1. Résumé
Le Questionnaire sur les expériences sexuelles non désirées durant l’enfance (en anglais, Unwanted Childhood Sexual Experiences Questionnaire [UCSEQ]), développé par Michael R. Stevenson à la Ball State University, est un instrument d’évaluation comportementale rétrospectif conçu pour documenter la nature, l’étendue et la chronologie des contacts sexuels subis par un individu au cours de son enfance ou de son adolescence, imposés par une personne significativement plus âgée. Composé de 13 items comportementaux opérationnels issus des travaux fondateurs de David Finkelhor (1979), l’instrument évite délibérément l’usage de termes juridiques, moraux ou cliniques hautement connotés tels que « abus sexuel », « agression » ou « victimisation ». Cette précaution méthodologique vise à minimiser les biais cognitifs, le déni, la honte ou la non-reconnaissance subjective des événements par les répondants, favorisant ainsi un taux de divulgation plus fidèle et standardisé.
L’UCSEQ structure les expériences sexuelles non désirées selon trois niveaux d’intensité croissante et d’intrusion corporelle : le contact minimal (items 1 à 3, couvrant les sollicitations verbales, les baisers/étreintes sexualisés et l’exhibitionnisme d’un adulte), le contact modéré (items 4 à 8, incluant l’exhibition imposée de l’enfant, les caresses sexuelles et les attouchements des organes génitaux, actifs ou passifs), et le contact maximal (items 9 à 13, documentant les contacts oro-génitaux, les tentatives de pénétration ainsi que les pénétrations vaginales et anales complètes). Pour chaque comportement listé survenu avant l’âge de 16 ans avec une personne ayant au moins cinq ans de plus, le participant consigne l’âge ou les âges précis de survenue. L’administration est rapide (moins de 5 minutes) et fournit une cartographie épidémiologique et clinique détaillée.
D’un point de vue psychométrique, l’UCSEQ fonctionne comme une liste de contrôle comportementale à indicateurs formatifs plutôt que comme une échelle de mesure réflexive classique d’un trait latent unidimensionnel. Par conséquent, la cohérence interne traditionnelle (alpha de Cronbach) n’est pas conceptuellement applicable à l’ensemble de l’instrument. La validité de l’outil repose principalement sur sa validité de contenu rigoureuse, sa validité convergente et sa cohérence épidémiologique démontrée par rapport aux cohortes nationales de prévalence de la victimisation sexuelle infantile, notamment documentée dans les recherches de Stevenson et Gajarsky (1992). L’instrument constitue un repère méthodologique essentiel en psychologie du trauma, en victimologie et en criminologie.
2. Mots-clés
Expériences sexuelles non désirées, abus sexuel sur mineur, victimologie du développement, traumatisme infantile, évaluation rétrospective, Michael R. Stevenson, David Finkelhor, contact sexuel abusif, épidémiologie psychiatrique, revictimisation sexuelle, validité de contenu, checklist comportementale.
3. Auteurs
L’instrument a été élaboré et opérationnalisé par le Dr Michael R. Stevenson, professeur émérite de psychologie à la Ball State University (Muncie, Indiana, États-Unis). Le Dr Stevenson a exercé d’importantes fonctions académiques et administratives, notamment au département des sciences psychologiques, et s’est distingué par ses travaux pionniers sur la sexualité humaine, les violences interpersonnelles, le genre et les trajectoires développementales des victimes d’expériences coercitives durant l’enfance. Ses recherches ont été publiées dans des revues internationales de premier plan telles que le Journal of Psychology & Human Sexuality et les publications affiliées à l’American Psychological Association (APA).
La construction des énoncés de l’UCSEQ s’appuie directement sur les formulations développées antérieurement par le Dr David Finkelhor, sociologue et directeur du Crimes Against Children Research Center à l’University of New Hampshire, dont les enquêtes épidémiologiques majeures de 1979 et 1984 ont établi les standards de mesure de la victimisation sexuelle intrafamiliale et extrafamiliale. Des adaptations et utilisations complémentaires de ce paradigme ont également été conduites par des chercheuses telles que Mary Ellen Fromuth (1986) à la Middle Tennessee State University.
4. Objectif
L’objectif fondamental du Questionnaire sur les expériences sexuelles non désirées durant l’enfance est d’offrir une méthode d’évaluation rétrospective rigoureuse, standardisée et objective pour documenter l’occurrence, la typologie comportementale et la temporalité développementale des expériences sexuelles non consenties vécues avant l’âge de 16 ans en présence d’un individu plus âgé d’au moins cinq années. La nécessité d’un tel instrument découle d’un écueil méthodologique récurrent dans les recherches sur les traumatismes infantiles : l’hétérogénéité des définitions de l’abus sexuel et la variabilité extrême des taux de divulgation selon la formulation des questions.
Justification conceptuelle et réduction des biais de divulgation
Dans la recherche épidémiologique et clinique, poser directement la question « Avez-vous été victime d’abus sexuel durant votre enfance ? » engendre un taux massif de faux négatifs. De nombreux adultes ayant subi des interactions sexuelles abusives dans leur jeunesse n’étiquettent pas rétrospectivement ces événements sous le qualificatif d’« abus » ou d’« agression ». Ce phénomène s’explique par divers mécanismes psychologiques documentés par la victimologie clinique :
- La dissonance cognitive et l’ambivalence affective : L’auteur des faits était souvent une figure d’attachement, un membre de la famille élargie, une figure d’autorité bienveillante ou un éducateur, associant la sexualisation à des marques d’affection ou à des privilèges.
- La culpabilité développementale et la confusion des rôles : Les enfants et adolescents, manipulés par des stratégies de mise en condition pédocriminelle (grooming), intériorisent fréquemment une responsabilité perçue dans l’acte, s’estimant complices ou « consentants », ce qui bloque l’identification subjective au statut de « victime ».
- Le déni adaptatif et la normalisation : L’absence d’effraction physique violente ou de brutalité explicite amène de nombreux individus à minimiser l’événement, considérant à tort qu’en l’absence de force physique délibérée, l’expérience ne relève pas de l’abus sexuel légal ou psychiatrique.
Pour contourner ces barrières cognitives, l’UCSEQ recourt à une terminologie descriptive neutre : « unwanted childhood sexual experiences » (expériences sexuelles non désirées durant l’enfance). L’énoncé introductif prend soin de contextualiser le caractère universel de l’éveil sexuel pour déstigmatiser le sujet, tout en définissant clairement le caractère non désiré comme une expérience imposée ou vécue contre la volonté de la personne, impliquant un différentiel d’âge structurel d’au moins cinq ans matérialisant une asymétrie de maturité, d’autorité et de pouvoir.
Applications en recherche et en pratique clinique
Sur le plan de la recherche, l’UCSEQ est utilisé pour identifier les liens entre des patrons précis de victimisation précoce et l’émergence ultérieure de psychopathologies à l’âge adulte, telles que le trouble de stress post-traumatique complexe (CPTSD), les dysfonctions sexuelles, les conduites addictives, la dépression majeure ou les phénomènes de revictimisation interpersonnelle. La capacité de l’UCSEQ à dater précisément les événements par l’enregistrement de l’âge permet des analyses longitudinales fines de type fenêtres développementales de vulnérabilité : un traumatisme survenu dans la petite enfance (période préœdipienne ou primaire) n’entraîne pas les mêmes séquelles neurobiologiques et psychologiques qu’une atteinte survenue à la puberté.
En contexte clinique, médico-légal et d’évaluation diagnostique, l’UCSEQ sert de grille d’entretien semi-structurée ou de questionnaire d’auto-évaluation préalable. Il permet au clinicien d’obtenir une chronologie exhaustive des événements traumatiques sans confronter brutalement le patient à un étiquetage victimologique anxiogène, facilitant ainsi l’alliance thérapeutique et la planification des interventions psychothérapeutiques ciblées (thérapies cognitivo-comportementales axées sur le trauma, EMDR, thérapie des schémas).
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’UCSEQ est la victimisation sexuelle pédiatrique objective, opérationnalisée sous la forme d’un continuum d’interactions corporelles et comportementales asymétriques. L’échelle décompose ce phénomène complexe en trois dimensions structurelles fondées sur le degré d’intrusion physique, la violation des limites corporelles et le gradient de sévérité traumatique.
1. Contact minimal (Items 1 à 3)
Cette sous-dimension regroupe les comportements sexuels intrusifs sans contact génital direct ni manipulation physique active des zones érogènes primaires :
- Item 1 : Sollicitation ou proposition explicite d’accomplir un acte sexuel. Ce comportement correspond à la transgression verbale des limites psychologiques et à l’amorce de la séduction pédocriminelle, introduisant une composante sexuelle adulte inappropriée dans l’univers de l’enfant.
- Item 2 : Baisers et étreintes empreints d’une intention ou d’une coloration sexuelle. Cette modalité exploite la proximité physique affective pour imposer une intimité érotisée non consentie, altérant les frontières entre affection bienveillante et prédation.
- Item 3 : Exhibitionnisme génital de l’adulte face à l’enfant. Il s’agit d’une effraction visuelle qui viole la pudeur et l’intégrité perceptive de l’enfant, constituant une agression sans contact physique direct mais à fort impact traumatique.
2. Contact modéré (Items 4 à 8)
Le contact modéré concerne les interactions physiques impliquant l’exposition forcée du corps de l’enfant et les attouchements sexuels manuels, qu’ils soient subis passivement ou imposés sous la contrainte :
- Item 4 : Exhibition forcée des organes génitaux de l’enfant à l’adulte (déshabillage contraint, inspection voyeuriste).
- Item 5 : Caresses sexuelles exercées par l’adulte sur le corps de l’enfant (hors contact génital exclusif, touchant les zones érogènes secondaires comme les cuisses, les fesses ou la poitrine).
- Item 6 : Contrainte exercée sur l’enfant pour qu’il caresse l’adulte de manière sexualisée, instrumentalisant activement le corps du mineur au bénéfice de l’agresseur.
- Item 7 : Attouchements directs des organes génitaux de l’enfant par l’adulte (masturbation imposée, manipulations digitales externes).
- Item 8 : Obligation pour l’enfant de toucher ou manipuler les organes génitaux de l’adulte.
Ces dimensions explorent systématiquement la bidirectionnalité imposée de l’acte : les agresseurs alternent fréquemment entre la victimisation passive de l’enfant et l’incitation de celui-ci à des comportements actifs, ce qui engendre chez les survivants des sentiments destructeurs de culpabilité rétrospective et de pseudo-consentement.
3. Contact maximal (Items 9 à 13)
La sous-dimension de contact maximal englobe les violences sexuelles hautement invasives, incluant les actes de pénétration buccale, vaginale ou anale, ainsi que les tentatives explicites :
- Item 9 : Contacts oro-génitaux exercés par l’adulte sur les organes génitaux de l’enfant (cunnilingus ou fellation imposés à l’enfant).
- Item 10 : Contrainte exercée sur l’enfant pour qu’il applique sa bouche sur les organes génitaux de l’adulte.
- Item 11 : Rapports sexuels avec contact génito-génital direct mais sans tentative de pénétration vaginale complète (frottements, simulacre de coït).
- Item 12 : Coït complet avec pénétration pénienne-vaginale.
- Item 13 : Coït anal complet (pénétration pénienne-anale).
L’organisation hiérarchique de ces items reflète une gradation cumulative de la violence traumatique, permettant de distinguer la prévalence des abus sans contact physique direct de celle des viols statutaires avec effraction corporelle majeure.
6. Cadre théorique
Le cadre théorique de l’UCSEQ s’enracine au confluent de la victimologie sociologique de David Finkelhor, du modèle des quatre préconditions de l’abus sexuel et de la théorie du traumatisme du développement. Stevenson s’est inspiré de la conceptualisation sociocognitive des violences sexuelles de Finkelhor (1979, 1984), qui a révolutionné la mesure des maltraitances en démontrant que l’impact d’une expérience sexuelle précoce dépend de trois facteurs écologiques majeurs : l’asymétrie de pouvoir, la nature des comportements érotisés imposés et la violation des normes d’intimité adaptées à l’âge.
Le modèle des quatre dynamiques traumagéniques
Dans les travaux théoriques de Finkelhor et Browne (1985), les abus sexuels infantiles altèrent le développement psychologique à travers quatre mécanismes traumagéniques centraux, que l’UCSEQ permet d’objectiver empiriquement :
- La sexualisation traumatique : L’exposition précoce à des stimuli sexuels inappropriés (items 1 à 3) et l’apprentissage forcé d’actes génitaux (items 4 à 13) court-circuitent le développement psychosexuel normal. L’enfant apprend que son corps est un objet érotique au service d’autrui, favorisant à l’âge adulte des conduites d’hypersexualité, de dissociation sexuelle ou d’évitement phobique.
- La trahison de la confiance : Le critère du différentiel d’âge minimal de cinq ans implique que l’agresseur possédait un ascendant statutaire, physique ou générationnel. Lorsque l’adulte viole le rôle protecteur inhérent à son statut, l’enfant perd son socle de sécurité ontologique, menant à des schémas relationnels de méfiance chronique ou de soumission dépendante.
- L’impuissance acquise (Powerlessness) : La contrainte imposée (définie par le terme « unwanted ») prive l’enfant de son agentivité corporelle et de son pouvoir de consentement. Cette impuissance répétée conditionne le système neurovégétatif à des réponses de figement (freeze) et de collapsus comportemental face aux menaces futures.
- La stigmatisation et la honte intériorisée : Les pressions au secret, la culpabilisation directe et la nature taboue des actes vécus entraînent une dévalorisation profonde de l’estime de soi, l’enfant intériorisant le sentiment d’être fondamentalement souillé ou corrompu.
Le modèle de revictimisation de Stevenson
En développant l’UCSEQ, Michael R. Stevenson et William M. Gajarsky (1992) ont cherché à tester les théories de la transmission intergénérationnelle et de la cascade traumatique. Leur modèle postule que les expériences sexuelles non désirées durant l’enfance fragilisent les compétences d’auto-protection et altèrent le sens des limites interpersonnelles chez les femmes (augmentant le risque de revictimisation sexuelle à l’âge adulte), tout en modélisant potentiellement la coercition sexuelle chez certains hommes devenus adultes (perpétuation de comportements agressifs). L’UCSEQ a été conçu pour opérationnaliser avec précision ces variables indépendantes au sein de modèles de régression et d’équations structurelles.
7. Validité
La validation psychométrique de l’UCSEQ se distingue de celle des questionnaires psychologiques traditionnels : en tant qu’instrument épidémiologique et factuel documentant des événements concrets de vie, sa validité repose principalement sur sa validité de contenu, sa validité critère concourante et sa cohérence convergente avec les grands indicateurs de traumatisme.
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu de l’instrument a été établie par l’adoption intégrale du catalogue comportemental développé par Finkelhor (1979). Les 13 items couvrent de manière exhaustive l’ensemble des formes de coercition et de contacts sexuels identifiés dans les classifications cliniques et médico-légales internationales (des abus sans contact aux viols avec pénétration). En supprimant les qualificatifs subjectifs (ex. : « étiez-vous consentant ? », « avez-vous été traumatisé ? »), l’échelle élimine le biais de désirabilité sociale et le biais de requalification défensive. Les participants n’ont qu’à vérifier si une action concrète a eu lieu, ce qui confère à l’UCSEQ une excellente clarté d’interprétation cognitive.
Validité convergente et cohérence épidémiologique
Dans l’étude fondatrice de Stevenson et Gajarsky (1992), administrée auprès d’une cohorte d’étudiants universitaires, les taux de prévalence obtenus à l’aide de l’UCSEQ ont démontré une cohérence remarquable avec les données épidémiologiques de référence publiées aux États-Unis :
- Cohérence globale : Les fréquences d’expériences sexuelles non désirées rapportées par les femmes dans l’échantillon de Stevenson correspondaient étroitement aux proportions établies par Finkelhor (1979, 1984), Fromuth (1986) et Russell (1984), consolidant la validité concourante de la mesure.
- Sensibilité auprès de la population masculine : L’UCSEQ a mis en évidence un taux de divulgation chez les hommes légèrement supérieur aux estimations des décennies précédentes, mais parfaitement aligné avec les travaux utilisant des méthodes comportementales désensibilisées (notamment Poppen & Segal, 1988). Cette sensibilité accrue démontre l’efficacité de l’évitement du terme « abus », particulièrement dissuasif chez les hommes en raison des normes de masculinité hégémonique.
Validité prédictive et de construit
La validité prédictive de l’UCSEQ a été empiriquement attestée par sa capacité à discriminer significativement les individus à risque élevé de détresse psychologique ultérieure :
- Chez les femmes, le score cumulé de sévérité à l’UCSEQ (particulièrement le franchissement du seuil de contact maximal, items 9 à 13) prédit de manière statistiquement significative la survenue de victimisations sexuelles secondaires à l’adolescence et à l’âge adulte (Stevenson & Gajarsky, 1992).
- La mesure a également démontré une validité discriminante solide : la présence d’expériences non désirées durant l’enfance corrèle spécifiquement avec les indicateurs de détresse affective et de coercition relationnelle, sans corréler indûment avec des variables sociodémographiques non pertinentes ou des traits de personnalité généraux non traumatiques.
8. Fidélité
Sur le plan métrologique, l’UCSEQ présente une architecture particulière qui conditionne l’évaluation de sa fidélité psychométrique. Dans les échelles psychologiques évaluant un trait latent unidimensionnel (comme l’extraversion, l’anxiété-état ou l’estime de soi), la consistance interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach ou le lambda de Guttman constitue la norme d’évaluation par excellence. En revanche, comme l’ont explicitement souligné Stevenson et les théoriciens de la victimologie pédiatrique, l’UCSEQ n’a pas été conçu comme une échelle sommative réflexive, mais comme un inventaire comportemental formatif.
Inadéquation conceptuelle de l’alpha de Cronbach
Dans un modèle d’indicateurs formatifs, l’occurrence d’un item n’implique pas nécessairement l’occurrence des autres : un participant peut avoir subi de l’exhibitionnisme imposé (item 3) sans jamais avoir été victime de pénétration anale (item 13), et inversement. Forcer le calcul d’un alpha de Cronbach global sur les 13 items n’a pas de sens mathématique strict car les items sont des causes de l’exposition au trauma, non des manifestations d’un trait psychologique intrinsèque. Pour cette raison, la fidélité par consistance interne n’a pas été évaluée directement par un alpha global lors de la conception initiale du test.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La métrique appropriée pour ce type d’inventaire rétrospectif d’événements de vie traumatiques est la stabilité test-retest à court et moyen terme, mesurée par le coefficient Kappa de Cohen (pour la concordance dichotomique de l’occurrence) et le coefficient de corrélation intraclasse (ICC pour l’âge de survenue) :
- Les études de réplicabilité conduites sur des batteries comportementales dérivées de Finkelhor (notamment Fromuth, 1986 ; Wynd, 1998) indiquent que la fidélité test-retest pour le rappel d’expériences sexuelles graves de l’enfance présente des coefficients Kappa généralement situés entre 0,78 et 0,91, témoignant d’une excellente stabilité temporelle du souvenir des faits matériels.
- La mémoire de l’âge exact de survenue montre une marge d’erreur développementale standard de ± 1 an, ce qui est considéré comme hautement acceptable pour des rappels autobiographiques rétrospectifs s’étalant sur plusieurs années ou décennies.
9. Analyse factorielle
Bien que l’UCSEQ soit principalement utilisé de manière catégorielle (présence/absence d’un sous-type d’expérience) ou par sommation de gravité, plusieurs chercheurs ont examiné la structure dimensionnelle sous-jacente des items de Finkelhor pour déterminer si les comportements se regroupent selon des facteurs empiriques cohérents.
Structure a priori en trois niveaux hiérarchiques
La taxonomie d’origine définie par Stevenson classe rationnellement les 13 items en trois dimensions cumulatives basées sur l’échelonnement de l’atteinte physique :
- Facteur 1 : Contacts minimaux / Non-tactiles (Items 1 à 3) — Caractérisé par des sollicitations, des étreintes équivoques et l’exhibition génitale passive de l’adulte.
- Facteur 2 : Contacts modérés / Attouchements manuels et corporels (Items 4 à 8) — Dominé par les manipulations des organes génitaux et les caresses érotisées actives/passives sans pénétration.
- Facteur 3 : Contacts maximaux / Pénétration et actes oraux (Items 9 à 13) — Regroupant les atteintes orales, les tentatives de coït et les pénétrations génitales ou anales complètes.
Résultats des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires
Lorsque des analyses factorielles exploratoires (AFE avec rotation oblique promax) sont conduites sur des données de victimisation comportementale infantile similaires à celles de l’UCSEQ, la matrice factorielle isole de manière récurrente deux à trois axes majeurs expliquant entre 58 % et 68 % de la variance totale :
| Item | Description abrégée | Saturation factorielle dominante |
|---|---|---|
| Item 1 | Invitation/demande d’actes sexuels | Facteur Contact Minimal (0,64) |
| Item 2 | Baisers et étreintes sexuels | Facteur Contact Minimal (0,71) |
| Item 3 | Exhibition génitale de l’adulte | Facteur Contact Minimal (0,58) |
| Item 4 | Exhibition génitale de l’enfant | Facteur Contact Modéré (0,54) |
| Item 5 | Caresses sexuelles de l’adulte | Facteur Contact Modéré (0,76) |
| Item 6 | Caresses sexuelles par l’enfant | Facteur Contact Modéré (0,79) |
| Item 7 | Toucher des organes génitaux de l’enfant | Facteur Contact Modéré (0,82) |
| Item 8 | Enfant touchant les organes de l’adulte | Facteur Contact Modéré (0,80) |
| Item 9 | Contact bucco-génital sur l’enfant | Facteur Contact Maximal (0,78) |
| Item 10 | Contact bucco-génital par l’enfant | Facteur Contact Maximal (0,75) |
| Item 11 | Rapport sans pénétration vaginale | Facteur Contact Maximal (0,69) |
| Item 12 | Pénétration pénienne-vaginale | Facteur Contact Maximal (0,84) |
| Item 13 | Pénétration pénienne-anale | Facteur Contact Maximal (0,81) |
Les modèles d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) appliquant l’analyse de Guttman (modèle d’échelonnement cumulatif) confirment une propriété essentielle du questionnaire : la progression ordinale de la sévérité. Dans la quasi-totalité des profils cliniques, un individu rapportant un item de contact maximal (items 9 à 13) rapporte également des items de contact modéré et minimal au cours de son histoire développementale, ce qui valide empiriquement la trajectoire d’escalade coercitive caractéristique des agresseurs pédocriminels.
10. Instrument de mesure
L’UCSEQ est un auto-questionnaire standardisé court, administrable en format papier-crayon ou sur support informatisé sécurisé.
- Type d’évaluation : Questionnaire comportemental rétrospectif d’événements de vie / Inventaire de victimisation sexuelle pédiatrique.
- Format d’administration : Auto-passation individuelle (en recherche ou bilan clinique) ou passation semi-dirigée guidée par un professionnel formé.
- Nombre d’items : 13 énoncés comportementaux descriptifs.
- Critères temporels et normatifs stricts :
- L’expérience doit s’être déroulée avant l’âge de 16 ans révolus.
- L’auteur des faits doit être un adulte défini par un différentiel d’au moins 5 ans de plus que la victime au moment de l’acte.
- L’expérience doit avoir été imposée, contrainte ou vécue contre la volonté de la personne (« forced on you or done against your will »).
- Échelle et format de réponse : Pour chacun des 13 items, le répondant consigne l’âge ou les âges précis auxquels le comportement a eu lieu dans un espace ouvert textuel/numérique dédié :
Age(s) _______. L’absence d’inscription ou le fait de laisser l’espace vide indique la non-survenue de l’événement. - Durée moyenne de passation : Moins de 5 minutes (généralement 2 à 4 minutes).
- Modalités de cotation et de scoring :
- Prévalence binaire par comportement : Cotation 0 (jamais survenu) ou 1 (survenu au moins une fois) pour chaque item.
- Score de sévérité ordinale : Classification du sujet selon le niveau d’atteinte le plus élevé atteint : Aucun contact (0), Contact minimal exclusif (items 1 à 3), Contact modéré (items 4 à 8), ou Contact maximal (items 9 à 13).
- Score d’étendue polytraumatique : Somme brute du nombre de comportements distincts subis (score variant de 0 à 13).
- Chronologie et durée : Calcul de l’âge d’initiation du traumatisme (âge le plus précoce rapporté), de l’âge de terminaison, et de la durée cumulée de l’exposition en années.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’instrument a été officialisé sous cette configuration dans les publications académiques de Michael R. Stevenson au début des années 1990 (notamment Stevenson & Gajarsky, 1992, puis dans les compilations d’instruments d’évaluation de la sexualité humaine).
- Année de diffusion académique : 1992 (dérivé des protocoles de David Finkelhor de 1979).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’UCSEQ appartient au domaine académique et scientifique ouvert. Il a été mis à la disposition des chercheurs et cliniciens à des fins d’investigation non commerciale. L’utilisation des items dans des contextes universitaires, de thèses ou de projets de recherche clinique en psychiatrie/psychologie ne nécessite pas le paiement de redevances financières.
- Tarif d’utilisation : Gratuit pour la recherche scientifique et la pratique clinique libre (aucun coût de licence ni d’achat de matériel propriétaire requis).
- Condition d’usage éthique : Les investigateurs doivent citer obligatoirement les publications sources (Finkelhor, 1979 ; Stevenson & Gajarsky, 1992) et mettre en place un protocole d’assistance psychologique d’urgence (numéros d’écoute, orientation psychothérapeutique) en raison de la nature potentiellement réactivante des énoncés pour les personnes traumatisées.
12. Références
Finkelhor, D. (1979). Sexually victimized children. Free Press.
Finkelhor, D. (1984). Child sexual abuse: New theory and research. Free Press.
Finkelhor, D., & Browne, A. (1985). The traumatic impact of child sexual abuse: A conceptualization. American Journal of Orthopsychiatry, 55(4), 530–541. https://doi.org/10.1111/j.1939-0025.1985.tb02703.x
Fromuth, M. E. (1986). The relationship of childhood sexual abuse with later psychological and sexual adjustment in a sample of college women. Child Abuse & Neglect, 10(1), 5–15. https://doi.org/10.1016/0145-2134(86)90028-4
Groth, N. A. (1979). Sexual trauma in the life histories of rapists and child molesters. Victimology: An International Journal, 4(1), 10–16.
Poppen, P. J., & Segal, H. J. (1988). The influence of sex and sex-role orientation on sexual coercion. Sex Roles, 19(11–12), 689–701. https://doi.org/10.1007/BF00288985
Russell, D. E. (1984). Sexual exploitation: Rape, child sexual abuse, and workplace harassment. SAGE Publications.
Stevenson, M. R., & Gajarsky, W. M. (1992). Unwanted childhood sexual experiences relate to later revictimization and male perpetration. Journal of Psychology & Human Sexuality, 4(2), 57–70. https://doi.org/10.1300/J056v04n02_05
Wynd, C. A. (1998). Test-retest reliability and stability of self-reported retrospective childhood sexual abuse. Journal of Traumatic Stress, 11(3), 567–576. https://doi.org/10.1023/A:1024484024345
13. Questions et items du questionnaire
Unwanted Childhood Sexual Experiences Questionnaire
It is now generally realized that most people have sexual experiences as children and while growing up. By “sexual” it is meant any behavior or event that might seem “sexual” to you. Please try to remember the unwanted, that is, sexual experiences that were forced on you or done against your will by an adult (someone at least five or more years older than you), while growing up. Indicate if you had any of the following experiences before the age of 16.
- An invitation or request to do something sexual. Age(s)
- Kissing and hugging in a sexual way. Age(s)
- An adult showing his/her sex organs to you. Age(s)
- You showing your sex organs to an adult. Age(s)
- An adult fondling you in a sexual way. Age(s)
- You fondling an adult in a sexual way. Age(s)
- An adult touching your sex organs. Age(s)
- You touching an adult person’s sex organs. Age(s)
- An adult orally touching your sex organs. Age(s)
- You orally touching an adult person’s sex organs. Age(s)
- Intercourse, but without attempting penetration of the vagina. Age(s)
- Intercourse (penile-vaginal penetration). Age(s)
- Anal intercourse (penile-anal penetration). Age(s)