1. Résumé / Abstract
L’Échelle de coercition sexuelle dans les relations intimes (connue dans la littérature internationale sous l’acronyme SCIRS pour Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par Todd K. Shackelford et Aaron T. Goetz (2004). Conçue pour combler d’importantes lacunes méthodologiques identifiées dans les instruments antérieurs d’évaluation des violences sexuelles, la SCIRS quantifie systématiquement l’étendue, la fréquence et la sévérité d’un vaste éventail de tactiques coercitives déployées au sein des couples amoureux. Contrairement aux échelles traditionnelles qui se cantonnent aux agressions physiques manifestes ou qui mesurent une prévalence cumulative tout au long de la vie sans distinguer les agresseurs, la SCIRS évalue de manière ciblée les comportements survenus au cours du dernier mois dans la relation actuelle.
Le questionnaire comporte 34 items mesurés sur une échelle de fréquence ordinale en six points allant de 0 (« l’acte ne s’est pas produit ») à 5 (« l’acte s’est produit 11 fois ou plus »). Le score global, oscillant théoriquement entre 0 et 170, reflète la charge globale de coercition subie ou perpétrée. L’analyse en composantes principales révèle une structure tripartite robuste articulée autour de trois facteurs corrélés mais distincts : (1) la Manipulation des ressources / Violence (Resource Manipulation/Violence), qui englobe le chantage économique, l’attribution manipulatoire de cadeaux ainsi que les menaces ou recours explicites à la force physique ; (2) la Manipulation de l’engagement (Commitment Manipulation), qui mobilise des injonctions morales, affectives et normatives assujettissant le devoir conjugal à la preuve d’amour ou d’engagement ; et (3) la Menace de défection (Defection Threat), qui exploite la peur de l’infidélité ou de l’abandon par l’évocation d’opportunités amoureuses ou sexuelles alternatives.
Sur le plan psychométrique, la SCIRS affiche d’excellentes qualités de mesure. Les indices de cohérence interne (alpha de Cronbach) sont systématiquement très élevés tant pour l’échelle globale (α = 0,96) que pour ses composantes spécifiques (α variant de 0,91 à 0,95). L’outil a fait l’objet d’une validation empirique approfondie, démontrant une validité convergente et discriminante substantielle avec les indices de comportements de contrôle coercitif, de violence physique conjugale, de rétention du partenaire et d’insultes conjugales, tout en maintenant une variance non partagée supérieure à 80 %. Disponible en version auto-rapportée masculine et en version hétéro-rapportée féminine, l’instrument constitue un étalon de référence pour la psychologie évolutionniste, la victimologie et la psychologie clinique des relations de couple.
2. Mots-clés / Keywords
Coercition sexuelle, relations intimes, agression sexuelle conjugale, psychométrie, tactiques de contrôle, psychologie évolutionniste, rétention du partenaire, manipulation affective, violence conjugale, fidélité psychométrique, validité de construit.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par deux chercheurs de premier plan dans le champ de la psychologie évolutionniste et de l’étude des dynamiques de couple :
- Aaron T. Goetz, Ph.D. : Professeur au Département de psychologie de la California State University, Fullerton (P.O. Box 6846, Fullerton, CA 92834, États-Unis). Spécialiste reconnu des conflits sexuels intersexes, de la jalousie romantique et des stratégies masculines de rétention de la partenaire. Courriel institutionnel : [email protected].
- Todd K. Shackelford, Ph.D. : Professeur émérite et chercheur à l’Oakland University (anciennement affilié à la Florida Atlantic University lors du développement de l’échelle). Figure majeure de la psychologie évolutionniste contemporaine, auteur prolifique de travaux pionniers sur la compétition spermatique, l’infidélité, la violence au sein du couple et l’homicide conjugal.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental ayant motivé la création de la Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale (SCIRS) réside dans la nécessité critique d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur la diversité phénoménologique de la coercition sexuelle au sein des unions de couple stables. Historiquement, la recherche sur les agressions sexuelles a privilégié l’étude des attaques perpétrées par des inconnus ou des connaissances occasionnelles, mettant presque exclusivement l’accent sur le recours à la force physique brute ou sur l’incapacitation chimique de la victime. Or, comme le soulignent Goetz et Shackelford, les relations intimes se caractérisent par une interdépendance mutuelle prolongée, des investissements affectifs et matériels conjoints, ainsi qu’une asymétrie potentielle dans le pouvoir de négociation conjugal. Dans un tel contexte relationnel, la contrainte sexuelle s’exprime rarement de façon isolée par la violence physique soudaine ; elle s’inscrit bien plus fréquemment dans des dynamiques subtiles de chantage affectif, de pressions psychologiques graduées et d’exploitation de la dépendance économique.
Limites méthodologiques des instruments antérieurs
Avant l’avènement de la SCIRS, les instruments disponibles présentaient trois limites méthodologiques majeures que Shackelford et Goetz ont cherché à surmonter :
- Incapacité à mesurer la fréquence et la sévérité temporelle : De nombreuses échelles évaluaient la survenue d’actes coercitifs sous forme binaire (présence/absence au cours de la vie). Ce format empêchait d’évaluer la chronicité des abus, masquait la répétition d’actes quotidiens à basse intensité et ne permettait pas de suivre l’évolution d’un profil coercitif au fil du temps.
- Absence de contextualisation relationnelle : En adoptant un cadre temporel couvrant « l’ensemble de la vie », les outils antérieurs confondaient les violences subies pendant l’enfance ou l’adolescence (telles que les agressions pédocriminelles ou les abus intrafamiliaux) avec la coercition exercée spécifiquement par le partenaire amoureux régulier actuel. La SCIRS résout cette imprécision en isolant strictement la relation de couple en cours sur une fenêtre standardisée de trente jours.
- Indifférenciation de la nature des menaces : Bien que certains questionnaires intégraient la notion générique de menace, ils s’avéraient incapables de discriminer qualitativement les formes de menace (menace de violence corporelle directe, menace d’abandon affectif, menace d’infidélité concurrente ou rétention de subsides indispensables). La SCIRS propose ainsi une nomenclature comportementale fine permettant d’analyser le spectre complet des stratégies persuasives et coercitives.
Applications en recherche fondamentale et pratique clinique
Dans le domaine de la recherche empirique, la SCIRS offre aux chercheurs en psychologie sociale, en victimologie et en criminologie une mesure standardisée permettant d’étudier les corrélats prédictifs des agressions intimes : traits de personnalité sombres (narcissisme, machiavélisme, psychopathie), propension à la domination sociale, soupçons d’infidélité féminine et asymétries de valeur reproductive perçue. Sur le versant clinique et médico-légal, l’instrument constitue un outil diagnostique précieux lors d’évaluations de couple ou d’interventions auprès d’hommes auteurs de violences conjugales. Il permet d’objectiver des formes de violence insidieuse souvent banalisées ou non reconnues comme abusives par les conjoints eux-mêmes, facilitant ainsi l’identification des relations à haut risque de basculement vers des violences physiques graves.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique évalué par la SCIRS est la coercition sexuelle relationnelle. Celle-ci se définit conceptuellement comme tout comportement verbal, symbolique, matériel ou physique initié par un individu en vue de contraindre ou d’amener son partenaire à se livrer à des actes sexuels contre sa volonté délibérée, en contournant ou en étouffant son consentement libre et éclairé. La coercition ne constitue pas un acte unitaire mais un continuum tactique allant de pressions douces et répétées jusqu’à l’agression physique létale. L’analyse structurale menée par Shackelford et Goetz a démontré que ce construit s’organise autour de trois dimensions psychologiques distinctes :
1. Manipulation des ressources et Violence (Resource Manipulation/Violence)
Cette dimension regroupe des tactiques hautement intrusives et tangibles. Elle combine deux types de leviers opérationnels :
- L’instrumentalisation matérielle et financière : Elle inclut la rétention effective ou la menace de priver la partenaire d’avantages économiques ou matériels vitaux dont elle dépend pour son bien-être ou celui de ses enfants (nourriture, logement, argent de poche). Inversement, elle inclut l’offre conditionnelle de cadeaux et de privilèges (« gift-giving transactionnel ») conçue explicitement pour susciter chez la victime une dette morale contraignante imposant l’accès sexuel comme contrepartie attendue.
- L’intimidation physique et le viol conjugal : Ce sous-groupe tactique comprend les menaces explicites de violences physiques contre la partenaire ou contre des êtres chers (enfants, proches, animaux domestiques), l’initiation de rapports sexuels lorsque la partenaire est inconsciente ou dans l’incapacité d’y consentir (sommeil, intoxication éthylique ou médicamenteuse), et l’usage effectif de la force physique contraignante pour consommer l’acte sexuel.
2. Manipulation de l’engagement (Commitment Manipulation)
La manipulation de l’engagement capitalise sur les normes relationnelles implicites et le sentiment de responsabilité affective de la partenaire. L’agresseur mobilise le cadre de la relation conjugale comme un argument contraignant :
- L’injonction morale de fidélité et d’amour : L’homme utilise des formules culpabilisatrices postulant que l’acceptation de rapports sexuels constitue la preuve indiscutable de l’amour ou du dévouement de sa partenaire (ex. : « Si tu m’aimais vraiment, tu coucherais avec moi »). Le refus est systématiquement réinterprété comme une preuve de désamour ou d’infidélité.
- L’institutionnalisation du « devoir conjugal » : La sexualité est présentée non comme une rencontre consensuelle et partagée, mais comme une obligation contractuelle inhérente au statut de partenaire. L’agresseur rappelle à sa conjointe qu’elle est redevable de relations sexuelles régulières et convoque la comparaison sociale descendante (ex. : affirmer que les autres couples ont une fréquence sexuelle bien supérieure afin d’induire un sentiment d’anormalité et de culpabilité chez la partenaire).
3. Menace de défection (Defection Threat)
Cette composante exploite la peur primordiale de l’abandon et de l’exclusion relationnelle chez la partenaire. L’agresseur instrumentalise la concurrence intrasexuelle en introduisant des rivales potentielles :
- La mise en avant de la convoitise d’autres femmes : L’homme insinue ou affirme ouvertement que d’autres femmes s’intéressent activement à lui sur le plan romantique ou sexuel, ou qu’elles sont disposées à coucher avec lui sans poser de conditions, dévaluant ainsi la position de négociation de sa conjointe.
- Le chantage direct à la rupture ou à l’infidélité : L’agresseur menace explicitement d’avoir des relations extraconjugales ou de rompre définitivement l’engagement amoureux pour s’installer avec une autre femme si la partenaire refuse de céder à ses avances sexuelles immédiates.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La genèse de la SCIRS s’enracine profondément dans le paradigme de la psychologie évolutionniste appliquée aux dynamiques reproductives humaines, telle que conceptualisée par des théoriciens fondamentaux comme David M. Buss, Robert Trivers et Martin Daly. Au sein de ce cadre analytique, les relations amoureuses entre hommes et femmes ne sont pas envisagées uniquement comme des espaces d’harmonie coopérative, mais également comme le théâtre de conflits sexuels intersexes permanents générés par l’asymétrie de l’investissement parental (Trivers, 1972).
La théorie du conflit sexuel et la compétition spermatique
Selon la théorie évolutionniste, les femmes investissent physiologiquement et énergétiquement de manière substantielle dans chaque épisode reproductif (gestation, lactation, soins parentaux primaires), ce qui a favorisé chez elles la sélection de mécanismes psychologiques d’appariement prudents et discriminants. En contrepartie, les hommes, confrontés à une asymétrie d’investissement potentiel, ont développé une propension adaptative à rechercher des opportunités sexuelles régulières et diversifiées. Lorsque les intérêts reproductifs des deux partenaires divergent — notamment lorsque la femme refuse l’accès sexuel temporairement ou durablement —, des tactiques de pression et de contournement émergent pour réduire les coûts de reproduction non consommée.
Dans ce prolongement, les travaux de Goetz et Shackelford (2006, 2009) ont articulé l’usage de la coercition sexuelle masculine à la théorie de la compétition spermatique. L’incertitude de la paternité constitue un risque biologique adaptatif majeur pour le mâle humain : investir des ressources considérables dans l’élevage d’une progéniture génétiquement issue d’un autre homme (« coût de cocuage »). Lorsque des indices suggèrent un risque d’infidélité conjugale ou une défection imminente de la partenaire, les hommes activent des mécanismes défensifs visant à maximiser l’insémination fréquente afin d’évincer les spermatozoïdes de rivaux potentiels. La coercition sexuelle est donc théorisée non comme une anomalie isolée, mais comme un volet agressif extrême des stratégies de rétention du partenaire (mate retention).
Articulation avec le modèle du contrôle coercitif
Bien que née de la psychologie évolutionniste, la SCIRS s’articule de manière frappante avec les théories sociologiques et cliniques modernes de la violence entre partenaires intimes, en particulier le modèle du contrôle coercitif développé par Evan Stark. En démontrant que la coercition sexuelle ne se résume pas à l’assaut physique mais s’imbrique dans un réseau dense de surveillance, d’intimidation économique et de chantage moral, les travaux de Shackelford et Goetz corroborent empiriquement la vision féministe et sociologique selon laquelle la sexualité contrainte sert d’outil structurel de domination conjugale.
7. Validité / Validity
Le programme de validation de la SCIRS a fait l’objet de rigoureuses vérifications empiriques, confirmant la pertinence, la solidité et la précision de sa mesure à travers de multiples échantillons de recherche hétérosexuels.
Validité de construit et prédictive
Pour démontrer la validité de construit et prédictive de l’instrument, Shackelford et Goetz ont testé plusieurs hypothèses dérivées des théories relationnelles et évolutionnistes :
- Satisfaction relationnelle de la conjointe : Conformément aux prédictions, une corrélation négative et robuste est systématiquement observée entre les scores de coercition masculine mesurés par la SCIRS et le niveau de satisfaction conjugale exprimé par les femmes (Shackelford & Goetz, 2004). Plus un homme use de pressions et de violences sexuelles, plus le bien-être relationnel de la partenaire s’effondre.
- Traits de personnalité masculine : L’analyse des Big Five révèle que les hommes affichant un faible niveau de conscienciosité (trait caractérisé par l’impulsivité, le mépris des normes et un faible contrôle inhibiteur) obtiennent des scores de coercition sexuelle significativement supérieurs à leurs pairs consciencieux (Goetz & Shackelford, 2009).
- Réactivité au refus sexuel : La SCIRS discrimine parfaitement les hommes en fonction de leur tolérance à la frustration sexuelle : plus un homme déclare qu’il serait bouleversé, furieux ou blessé si sa conjointe lui refusait l’accès sexuel, plus ses scores effectifs de coercition sexuelle s’avèrent élevés (Shackelford & Goetz, 2004).
- Suspicion d’infidélité : Des investigations ultérieures (Starratt, Popp, & Shackelford, 2008 ; Starratt et al., 2009) ont validé le rôle prédictif du risque perçu d’infidélité féminine, qui modère et amplifie considérablement le recours aux tactiques de la SCIRS.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de la SCIRS est attestée par des corrélations positives statistiquement significatives avec la sous-échelle de coercition sexuelle du Violence Assessment Index (VAI), tant selon les auto-évaluations masculines que selon les rapports des conjointes (Shackelford & Goetz, 2004).
Parallèlement, la validité discriminante a été examinée en corrélant la SCIRS avec une batterie étendue d’échelles mesurant les violences non sexuelles et les comportements de domination :
- Le Controlling Behavior Index (CBI ; Dobash et al., 1995)
- Le Violence Assessment Index (VAI ; Dobash et al., 1995)
- L’Injury Assessment Index (IAI ; Dobash et al., 1995)
- La Women’s Experience with Battering Scale (WEB ; Smith, Earp, & DeVellis, 1995)
- Le Mate Retention Inventory (MRI-SF ; Buss, Shackelford, & McKibbin, 2008)
- La Partner-Directed Insults Scale (PDIS ; Goetz, Shackelford, Schipper, & Stewart-Williams, 2006)
Bien que toutes ces associations soient positives et statistiquement significatives (confirmant l’appartenance à un spectre commun de conflits relationnels), aucune corrélation ne partage plus de 20 % de variance commune avec la SCIRS (coefficients r inférieurs à 0,45). Ce résultat démontre de manière décisive que la coercition sexuelle mesurée par la SCIRS constitue une dimension comportementale distincte, irréductible aux seules violences physiques générales ou aux comportements de contrôle ordinaire.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de la SCIRS relatives à la consistance et à la fidélité de mesure s’avèrent remarquables à travers l’ensemble des études empiriques conduites depuis sa création. L’homogénéité des items et la précision de l’outil ont été vérifiées à la fois sur des cohortes d’hommes rapportant leurs propres conduites et sur des cohortes de femmes décrivant le comportement de leur conjoint.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Lors de l’étude princeps de développement et de validation initiale (Shackelford & Goetz, 2004), les coefficients de cohérence interne calculés sur la population d’étalonnage se sont établis à des niveaux d’excellence psychométrique rarement égalés pour des échelles comportementales d’agression :
- Échelle globale (Total SCIRS, 34 items) : α = 0,96, témoignant d’une très haute cohérence unitaire de l’ensemble des énoncés mesurant le construit de coercition relationnelle.
- Sous-échelle Manipulation des ressources / Violence : α = 0,92, confirmant une homogénéité interne remarquable malgré l’apparente diversité thématique reliant menaces financières et agressions physiques.
- Sous-échelle Manipulation de l’engagement : α = 0,91, attestant d’une grande fidélité dans la saisie des injonctions morales et affectives.
- Sous-échelle Menace de défection : α = 0,95, démontrant une précision de mesure optimale des comportements de provocation concurrentielle et de chantage à la rupture.
Stabilité temporelle et cohérence inter-rapporteurs
Bien que la SCIRS ait été expressément conçue pour évaluer un intervalle temporel circonscrit (le mois écoulé) — ce qui rend la fidélité test-retest à long terme conceptuellement inappropriée en raison de la fluctuation réelle des comportements conjugaux —, des vérifications test-retest à court terme (intervalle de deux semaines sans événement de vie majeur) ont mis en évidence des corrélations de stabilité temporelle robustes (r > 0,85). De surcroît, la concordance croisée entre les rapports des hommes et ceux de leurs partenaires féminines révèle des corrélations dyadiques substantielles et significatives, confirmant que l’outil ne reflète pas de simples biais projectifs unilatéraux mais capte une réalité comportementale objectivable au sein du couple.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la SCIRS a été établie au moyen d’analyses factorielles rigoureuses lors des phases successives d’élaboration de l’instrument.
Procédure de dérivation et analyse en composantes principales (ACP)
Dans l’étude inaugurale de Shackelford et Goetz (2004), un ensemble initial exhaustif d’items comportementaux a été administré à un échantillon d’adultes engagés dans des relations hétérosexuelles stables. Une analyse en composantes principales (ACP) avec rotation oblique (Promax ou Direct Oblimin), justifiée par l’interdépendance théorique attendue entre les différentes stratégies d’agression conjugale, a été exécutée. Les critères d’extraction combinant la règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1), l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell (scree plot) et l’interprétabilité théorique des saturations ont convergé de façon limpide vers une structure trifactorielle.
Saturations factorielles et composition des composantes
Les 34 items retenus présentaient tous des saturations factorielles (factor loadings) primaires substantielles (> 0,40, et fréquemment supérieures à 0,65) sur leur composante de rattachement, sans saturation croisée majeure perturbant la lisibilité dimensionnelle :
- Composante 1 : Manipulation des ressources / Violence (Resource Manipulation/Violence). Ce premier facteur agrège les items liés à la menace de suspension d’avantages économiques (items 1, 2, 3), à l’usage de cadeaux conditionnels (items 4, 5, 6), à l’insistance abusive malgré le refus (items 7, 8, 34), à l’agression sexuelle sur partenaire incapable de consentir (item 9), aux violences physiques effectives ou aux menaces d’agression corporelle directe ou contre des tiers (items 10, 11, 22, 23), ainsi qu’aux accusations fallacieuses d’infidélité pour forcer le rapport (items 32, 33).
- Composante 2 : Manipulation de l’engagement (Commitment Manipulation). Ce facteur regroupe les assertions où l’homme lie de force l’acte sexuel aux obligations de couple, à la loyauté maritale, aux déclarations de sentiments ou à la conformité aux normes des autres couples (items 12, 15, 18, 19, 20, 21, 30, 31).
- Composante 3 : Menace de défection (Defection Threat). Ce troisième facteur isole spécifiquement les tactiques d’intimidation relationnelle fondées sur la suggestion ou l’affirmation explicite que d’autres femmes convoitent le partenaire, sont prêtes à coucher avec lui, ou que l’homme cherchera des relations extraconjugales ou une rupture s’il n’obtient pas satisfaction immédiate (items 13, 14, 16, 17, 24, 25, 26, 27, 28, 29).
Bien que les trois composantes soient positivement corrélées entre elles (témoignant du fait que les conjoints usant de menaces verbales sont également les plus susceptibles d’escalader vers le chantage économique ou la contrainte corporelle), leurs variances respectives confirment qu’elles représentent des registres d’action fonctionnellement différenciés dans l’arsenal coercitif conjugal.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le protocole technique d’administration et de cotation de l’instrument est structuré comme suit :
- Nom complet de l’instrument : Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale (SCIRS).
- Traduction française usuelle : Échelle de coercition sexuelle dans les relations intimes.
- Typologie d’instrument : Questionnaire psychométrique standardisé d’auto-évaluation comportementale (disponible en auto-passation masculine pour les perpétrateurs et en hétéro-évaluation féminine pour les partenaires cibles). L’instrument est également adaptable pour des entretiens cliniques semi-directifs.
- Nombre total d’items : 34 items comportementaux univoques.
- Fenêtre temporelle d’évaluation : Les trente derniers jours écoulés au sein de la relation amoureuse courante (ajustable dans des protocoles expérimentaux d’évaluation longitudinale de programmes d’intervention thérapeutique).
- Format et échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale en 6 points cotée de 0 à 5 :
0= Act did NOT occur in the past month (L’acte ne s’est pas produit au cours du dernier mois)1= Act occurred 1 time in the past month (L’acte s’est produit 1 fois au cours du dernier mois)2= Act occurred 2 times in the past month (L’acte s’est produit 2 fois au cours du dernier mois)3= Act occurred 3 to 5 times in the past month (L’acte s’est produit 3 à 5 fois au cours du dernier mois)4= Act occurred 6 to 10 times in the past month (L’acte s’est produit 6 à 10 fois au cours du dernier mois)5= Act occurred 11 OR MORE times in the past month (L’acte s’est produit 11 fois ou plus au cours du dernier mois)
- Procédure de calcul des scores :
- Score total global : Somme arithmétique simple des valeurs attribuées aux 34 items. L’amplitude des scores s’étend de 0 à 170 points. Un score de 0 indique une absence totale de coercition sexuelle rapportée durant le mois écoulé ; des scores élevés traduisent une coercition polymorphe, répétée et sévère.
- Scores dimensionnels des sous-échelles : Calculés par la somme arithmétique des items constitutifs de chaque facteur dégagé par l’analyse factorielle (Manipulation des ressources / Violence, Manipulation de l’engagement, Menace de défection).
- Temps moyen de passation : Environ 8 à 10 minutes en auto-administration.
- Population cible : Adultes et jeunes adultes engagés dans une relation amoureuse (âge moyen des cohortes de validation : environ 24 ans).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2004 (article fondateur publié dans la revue internationale Violence and Victims).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenu conjointement par les auteurs (Aaron T. Goetz et Todd K. Shackelford) et la maison d’édition scientifique (Springer Publishing Company / Violence and Victims).
- Conditions d’accès et tarification : L’utilisation de la SCIRS est gratuite à des fins de recherche académique non commerciale et d’évaluation universitaire. Les chercheurs sont autorisés à reproduire l’instrument dans leurs protocoles sous réserve de citation bibliographique rigoureuse de la publication princeps.
- Demandes d’autorisation et correspondances : Les demandes d’adaptation, de traduction transcuturelle officielle ou d’application commerciale doivent être adressées au premier auteur : Dr. Aaron T. Goetz, Department of Psychology, California State University, Fullerton, P.O. Box 6846, Fullerton, CA 92834, États-Unis ; Courriel : [email protected].
12. Références / References
Les sources académiques de référence mobilisées dans la conceptualisation, la validation et l’évaluation psychométrique de la SCIRS sont répertoriées ci-dessous selon les normes APA (7e édition) :
- Buss, D. M., Shackelford, T. K., & McKibbin, W. F. (2008). The Mate Retention Inventory—Short Form (MRI-SF). Personality and Individual Differences, 44(2), 322–334. https://doi.org/10.1016/j.paid.2007.08.013
- Dobash, R. E., Dobash, R. P., Cavanagh, K., & Lewis, R. (1995). Evaluating criminal justice programmes for violent men. In R. E. Dobash, R. P. Dobash, & L. Noaks (Eds.), Gender and crime (pp. 358–389). Cardiff: University of Wales Press.
- Goetz, A. T., & Shackelford, T. K. (2006). Sexual coercion and forced in-pair copulation as sperm competition tactics in humans. Human Nature, 17(3), 265–282. https://doi.org/10.1007/s12110-006-1010-6
- Goetz, A. T., & Shackelford, T. K. (2009). Sexual coercion in intimate relationships: A comparative analysis of the effects of women’s infidelity and men’s dominance and control. Archives of Sexual Behavior, 38(2), 226–234. https://doi.org/10.1007/s10508-007-9244-6
- Goetz, A. T., Shackelford, T. K., Schipper, L. D., & Stewart-Williams, S. (2006). Adding insult to injury: Development and initial validation of the Partner-Directed Insults Scale. Violence and Victims, 21(6), 691–706. https://doi.org/10.1891/0886-6708.21.6.691
- Shackelford, T. K., & Goetz, A. T. (2004). Men’s sexual coercion in intimate relationships: Development and initial validation of the Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale. Violence and Victims, 19(5), 541–556. https://doi.org/10.1891/vivi.19.5.541.63683
- Smith, P. H., Earp, J., & DeVellis, R. (1995). Measuring battering: Development of the Women’s Experience with Battering (WEB) Scale. Women’s Health, 1(4), 273–288.
- Starratt, V. G., Goetz, A. T., Shackelford, T. K., McKibbin, W. F., & Stewart-Williams, S. (2008). Men’s partner-directed insults and sexual coercion in intimate relationships. Journal of Family Violence, 23(5), 315–323. https://doi.org/10.1007/s10896-008-9156-4
- Starratt, V. G., Popp, D., & Shackelford, T. K. (2008). Not all men are sexually coercive: A preliminary investigation of the moderating effect of mate desirability on the relationship between female infidelity and male sexual coercion. Personality and Individual Differences, 45(1), 10–14. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.02.012
- Starratt, V. G., Shackelford, T. K., Goetz, A. T., & McKibbin, W. F. (2009). Only if he thinks she’s cheating: Perceived risk of female infidelity moderates the relationship between objective risk of female infidelity and sexual coercion. Manuscript under editorial review.
- Trivers, R. L. (1972). Parental investment and sexual selection. In B. Campbell (Ed.), Sexual selection and the descent of man 1871-1971 (pp. 136–179). Chicago: Aldine.