Le Khi-deux : Analyse catégorielle en psychologie

Découvrez les fondements, applications et interprétations psychométriques du test du khi-deux (χ²), un outil statistique clé pour l’analyse des données qualitatives.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

Au cœur de l’analyse quantitative en sciences humaines, l’évaluation de la distribution des variables qualitatives constitue un défi méthodologique fondamental pour établir des inférences empiriques rigoureuses. Le test du khi-deux s’impose ainsi comme l’un des piliers statistiques incontournables de la recherche psychologique contemporaine, permettant aux chercheurs d’éprouver la dépendance ou la conformité de données catégorielles avec une élégance mathématique remarquable.

Le Khi-deux (χ²) en Psychologie et Sciences du Comportement

1. Définition concise

Le test du khi-deux (noté χ²) est une méthode d’inférence statistique non paramétrique conçue pour évaluer si les fréquences observées au sein d’une ou plusieurs variables qualitatives s’écartent de manière significative des fréquences théoriques attendues sous une hypothèse nulle spécifique. Utilisé principalement pour tester l’adéquation d’un échantillon à une distribution théorique ou l’indépendance de deux variables nominales, cet outil constitue une passerelle essentielle entre le dénombrement empirique et la modélisation probabiliste.

Dans le domaine de la psychologie, le khi-deux permet d’analyser des comportements, des choix d’orientation, des profils cliniques ou des typologies de personnalité répertoriés sous forme de variables discrètes ou catégorielles. Contrairement aux statistiques paramétriques qui présupposent la normalité des distributions continues et l’homogénéité des variances, le khi-deux opère directement sur les effectifs observés, rendant possible l’exploration systématique de structures relationnelles qualitatives au sein d’échantillons cliniques ou expérimentaux.

Sur le plan fonctionnel, l’indicateur calcule la somme pondérée des écarts quadratiques entre les valeurs constatées sur le terrain et celles prédites par le modèle théorique, ramenée à la magnitude des valeurs attendues. Lorsque la statistique résultante dépasse un seuil critique défini par les degrés de liberté et le risque d’erreur consenti, le chercheur rejette l’hypothèse d’indépendance ou de conformité, validant ainsi l’existence d’une structure sous-jacente non imputable aux simples fluctuations d’échantillonnage.

2. Étymologie et origine linguistique

Le terme « khi-deux » provient de la translittération de la vingt-deuxième lettre de l’alphabet grec, le khi (χ), associée à l’exposant mathématique « 2 » symbolisant l’élévation au carré de variables aléatoires sous-jacentes. L’appellation dérive directement des travaux fondateurs du statisticien et polymathe britannique Karl Pearson, qui introduisit formellement le terme chi-square (χ²) dans son article séminal publié en 1900 dans la revue Philosophical Magazine.

Sur le plan morphologique et conceptuel, Pearson a forgé ce nom en hommage à la lettre grecque déjà employée de manière fragmentaire par des mathématiciens antérieurs, notamment le géomètre allemand Friedrich Robert Helmert, qui avait étudié la distribution de la somme des carrés d’erreurs indépendantes sans formaliser sa portée inférentielle globale. La dénomination s’est ensuite internationalisée dans la communauté scientifique : adoptée sous le vocable « chi-square » en anglais et « khi-deux » ou « khi-carré » en français, elle incarne la standardisation du langage inférentiel moderne.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français académique, l’expression se prononce phonétiquement [ki.dø], la lettre grecque « khi » s’articulant avec une consonne occlusive vélaire sourde [k] analogue au son « k », et non comme un chuintement [ʃ]. La variante « test du khi-carré » est également admise, bien que « test du khi-deux » demeure largement prépondérante dans les manuels universitaires de psychométrie et de biostatistique.

Du point de vue grammatical, le terme est un substantif masculin invariable lorsqu’il désigne la distribution de probabilité (« la loi du khi-deux ») ou le test d’hypothèse (« un test du khi-deux »). Lorsqu’il fait référence à la lettre grecque symbolisant la statistique calculée, il s’emploie couramment au masculin singulier (« le χ² observé est supérieur au χ² critique »). On l’associe fréquemment aux syntagmes nominaux « khi-deux d’indépendance », « khi-deux d’adéquation » ou « khi-deux d’homogénéité ».

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender la logique interne du test du khi-deux, il convient de comprendre le principe de confrontation entre réalité empirique et hypothèse contrefactuelle. Dans toute étude psychologique portant sur des variables nominales (par exemple, le type d’attachement chez l’adulte ou la présence/absence d’un trouble anxieux), le chercheur classe les participants dans des catégories mutuellement exclusives. L’analyse ne porte pas sur des moyennes ou des écarts-types, mais sur le nombre absolu d’individus tombant dans chaque catégorie, constituant un tableau de contingence.

Le cœur de l’analyse réside dans la formulation de l’hypothèse nulle (notée H₀). Selon cette hypothèse, il n’existe aucune association entre les variables étudiées dans la population parente, ce qui implique que la répartition observée résulte d’un pur mécanisme de hasard. À partir des marges du tableau de contingence (les totaux des lignes et des colonnes), le chercheur calcule l’effectif théorique attendu pour chaque cellule si l’hypothèse d’indépendance était rigoureusement vraie. Ce calcul repose sur la règle de multiplication des probabilités indépendantes : la probabilité conjointe de deux événements indépendants équivaut au produit de leurs probabilités marginales respectives.

L’écart brut entre l’effectif observé (O) et l’effectif théorique attendu (E) représente l’anomalie empirique. Toutefois, soustraire simplement ces valeurs conduirait à une somme nulle, les écarts positifs compensant exactement les écarts négatifs. Pour résoudre cette contrainte mathématique, chaque résidu est élevé au carré, éliminant le signe négatif et accordant un poids disproportionnellement plus grand aux divergences substantielles. Enfin, chaque écart quadratique est normalisé en étant divisé par l’effectif attendu de sa cellule, afin qu’une variation de cinq participants n’ait pas le même impact statistique selon que l’effectif prévu était de dix ou de mille individus.

La statistique globale du khi-deux correspond à la somme cumulative de ces ratios standardisés sur l’ensemble des cellules du tableau. Si les fréquences réelles épousent parfaitement les fréquences prévues par le modèle nul, la valeur calculée est proche de zéro. À l’inverse, des divergences marquées traduisent une tension statistique incompatible avec l’hypothèse d’indépendance, incitant au rejet de H₀ en faveur d’une hypothèse alternative (H₁) révélant un lien significatif entre les facteurs examinés.

La conversion de cette statistique en probabilité critique (la fameuse valeur p) nécessite de la rapporter à la distribution théorique du khi-deux. Cette distribution continue dépend exclusivement d’un paramètre unique : les degrés de liberté (notés dl ou df). Dans un tableau croisé de dimensions r lignes par c colonnes, les degrés de liberté correspondent à (r – 1) × (c – 1), représentant le nombre d’informations libres nécessaires pour reconstituer l’ensemble du tableau lorsque les totaux marginaux sont fixés.

5. Développement historique

L’histoire de la distribution et du test du khi-deux est intimement liée à la naissance de la biométrie et de la psychométrie différentielle au tournant du XXe siècle. Avant l’intervention de Karl Pearson, les scientifiques se heurtaient à l’incapacité d’évaluer rigoureusement si des données qualitatives collectées sur des populations humaines se conformaient à des modèles théoriques préétablis, tels que les lois de l’hérédité mendélienne ou les distributions gaussiennes.

Bien que le mathématicien allemand Friedrich Robert Helmert ait décrit dès 1876 la forme analytique de la somme des carrés de variables normales indépendantes, son travail demeurait purement théorique et méconnu des biologistes et des premiers psychologues. C’est en 1900 que Karl Pearson réalisa une percée épistémologique majeure en publiant son article intitulé « On the criterion that a given system of deviations from the probable in the case of a correlated system of variables is such that it can be reasonably supposed to have arisen from random sampling ».

Pearson formula le test d’adéquation pour vérifier si des données empiriques observées correspondaient à une courbe normale ou à une autre distribution analytique. Néanmoins, une controverse historique célèbre éclata dans les années 1920 entre Karl Pearson et le jeune statisticien Ronald Aylmer Fisher. Pearson soutenait initialement que les degrés de liberté devaient être déterminés uniquement par le nombre de cellules (k – 1), négligeant l’impact de l’estimation des paramètres populationnels à partir des données elles-mêmes.

Fisher démontra avec brio que l’estimation des paramètres marginaux imposait des contraintes supplémentaires réduisant le nombre de dimensions libres du système, établissant la formule canonique des degrés de liberté (r – 1)(c – 1) pour les tables de contingence. Malgré la résistance initiale farouche de Pearson, la correction de Fisher s’imposa définitivement comme le standard universel de l’inférence statistique. Dans les décennies suivantes, des chercheurs comme Frank Yates enrichirent la méthode en proposant une correction de continuité pour les petits échantillons, consolidant l’usage du khi-deux au sein de la psychologie différentielle, du diagnostic psychiatrique et de la sociologie quantitative naissante.

6. Fondements théoriques

Sur le plan mathématique fondamental, la distribution du khi-deux à k degrés de liberté se définit rigoureusement comme la distribution de probabilité régissant la somme des carrés de k variables aléatoires normales centrées réduites (indépendantes et identiquement distribuées selon la loi normale standard N(0, 1)). Sa densité de probabilité est une fonction asymétrique positive, définie pour les réelles strictement positives, dont l’allure évolue considérablement en fonction des degrés de liberté.

Lorsque le nombre de degrés de liberté est très faible (k = 1 ou k = 2), la courbe est fortement asymétrique, décroissante de manière exponentielle. Au fur et à mesure que les degrés de liberté augmentent, la distribution s’arrondit, s’étale vers la droite et développe un mode positif. En vertu du théorème central limite, lorsque k tend vers l’infini, la distribution du khi-deux converge asymptotiquement vers une loi normale de moyenne k et de variance 2k.

L’ancrage théorique du test repose sur le fait que la différence entre les effectifs observés et attendus, convenablement normalisée, converge asymptotiquement vers une variable normale sous l’hypothèse nulle. Dès lors, la somme de ces carrés normalisés suit une loi du khi-deux. Cette propriété fait du test de Pearson un test asymptotique : il n’est exact que lorsque la taille d’échantillon devient infiniment grande, ce qui justifie les critères rigoureux de validité portant sur les effectifs théoriques minimaux.

En psychométrie, le cadre théorique s’articule autour du modèle de mesure des traits latents et de la validité de construit. L’adéquation d’un modèle d’analyse factorielle confirmatoire ou d’équations structurelles fait également appel à des statistiques de khi-deux pour quantifier la discordance entre la matrice de covariance observée et la matrice de covariance reproduite par le modèle psychologique sous-jacent.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’application du khi-deux en sciences du comportement se décline en plusieurs variantes méthodologiques adaptées à la nature de la question de recherche posée par le psychologue :

  • Le test du khi-deux d’adéquation (Goodness-of-Fit) : Il compare la distribution empirique d’une seule variable catégorielle à plusieurs modalités à une distribution théorique connue d’avance (par exemple, vérifier si les admissions dans un service d’urgence psychiatrique se répartissent uniformément sur les sept jours de la semaine).
  • Le test du khi-deux d’indépendance : Appliqué à une table de contingence croisant deux variables qualitatives mesurées sur un échantillon unique, il évalue s’il existe une corrélation ou une dépendance entre ces deux facteurs (par exemple, déterminer si le statut socio-économique est associé au choix d’une modalité de psychothérapie).
  • Le test du khi-deux d’homogénéité : Conceptuellement similaire au test d’indépendance, il s’en distingue par le plan d’échantillonnage : des sous-populations distinctes prédéfinies sont échantillonnées séparément afin de vérifier si une variable d’intérêt présente la même distribution catégorielle au sein de chacun de ces groupes.
  • Les degrés de liberté (dl ou df) : Paramètre structural calculé par la relation dl = (Lignes – 1) × (Colonnes – 1), conditionnant la valeur critique du test pour un seuil alpha donné (généralement p < 0,05 ou p < 0,01).
  • Les effectifs théoriques (ou attendus) : Fréquences que l’on devrait observer dans chaque case si l’absence de lien était totale, calculées selon la formule : (Total de la ligne × Total de la colonne) / Effectif total de l’échantillon.
  • Les résidus standardisés et ajustés : Métriques dérivées pour chaque cellule permettant de repérer précisément quelles catégories spécifiques contribuent le plus à la significativité globale du test, guidant l’interprétation post-hoc des divergences.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer concrètement la démarche, considérons une étude menée en psychologie du travail portant sur les stratégies de régulation émotionnelle chez des cadres d’entreprise. Les chercheurs souhaitent déterminer s’il existe une association entre le style de management (autoritaire, participatif, permissif) et la présence d’un niveau élevé d’épuisement professionnel (burnout clinique : présent vs absent).

Un échantillon aléatoire de 300 cadres est constitué et évalué au moyen d’échelles standardisées. Les données observées sont regroupées dans un tableau de contingence 3 × 2. L’hypothèse nulle stipule que le style de management et l’apparition de l’épuisement professionnel sont totalement indépendants. À l’aide des marges du tableau, les effectifs attendus sont calculés pour chaque combinaison théorique.

Supposons que 60 cadres autoritaires sur 100 présentent un burnout, alors que le modèle théorique d’indépendance ne prévoyait que 35 cas dans cette cellule. La statistique globale de Pearson obtenue sur le tableau s’élève à χ² = 18,45. Avec (3 – 1) × (2 – 1) = 2 degrés de liberté, la valeur critique tabulée pour un seuil de signification de 0,001 est de 13,82. La valeur obtenue excédant ce seuil, les psychologues rejettent H₀ au profit de l’hypothèse d’une interdépendance significative, concluant que le style autoritaire surreprésente drastiquement les manifestations cliniques d’épuisement.

Un autre cas paradigmatique réside dans l’analyse de conformité génétique ou neuropsychologique : imaginons une cohorte de 120 patients atteints d’un trouble spécifique du langage. L’évaluation de la latéralité manuelle (droitier, gaucher, ambidextre) produit des fréquences empiriques que le chercheur confronte à la prévalence connue dans la population générale (85 % de droitiers, 10 % de gauchers, 5 % d’ambidextres). Le test d’adéquation du khi-deux permet d’affirmer si le profil de latéralité de ce groupe clinique s’écarte significativement de la norme épidémiologique.

9. Mesure et évaluation psychométrique

L’utilisation valide du khi-deux requiert le respect scrupuleux de plusieurs postulats méthodologiques sans lesquels les inférences perdent toute fiabilité statistique :

En premier lieu, l’indépendance stricte des observations constitue un prérequis non négociable : chaque sujet doit être comptabilisé dans une seule et unique case du tableau. Si un participant fournit des réponses répétées au fil du temps ou appartient simultanément à deux catégories exclusives, le khi-deux classique est invalide et doit être remplacé par le test de McNemar ou un modèle d’équations d’estimation généralisées (GEE).

En second lieu, la validité asymptotique repose sur la règle de Cochran relative aux effectifs théoriques attendus : aucune cellule du tableau ne doit posséder un effectif attendu inférieur à 1, et au moins 80 % des cellules doivent afficher un effectif théorique supérieur ou égal à 5. Si ces seuils ne sont pas respectés en raison d’un effectif insuffisant ou de modalités trop rares, le chercheur doit obligatoirement recourir au test exact de Fisher ou regrouper de manière cohérente certaines modalités qualitatives adjacentes.

Enfin, la seule significativité statistique (p < 0,05) ne renseigne en rien sur l’ampleur clinique de la relation observée. Les recommandations de l’American Psychological Association (APA) exigent systématiquement la déclaration d’une mesure de taille d’effet normalisée :

  • Le coefficient phi (φ) : Idéal pour les tables 2 × 2, calculé comme la racine carrée du quotient du khi-deux par l’effectif total (√(χ² / N)).
  • Le V de Cramér (Cramér’s V) : Utilisé pour les tableaux de dimensions supérieures (r × c), il neutralise l’impact de la taille de l’échantillon et du nombre de cases, oscillant entre 0 (indépendance absolue) et 1 (association parfaite).
  • Les rapports de cotes (Odds Ratios) : Largement mobilisés en psychopathologie pour estimer l’accroissement relatif du risque d’un comportement pathologique en fonction d’un facteur prédisposant.

10. Applications et portée pratique

La portée pratique du khi-deux en psychologie s’étend à travers l’ensemble des sous-disciplines académiques et appliquées :

En psychologie clinique et psychiatrie, le test sert à éprouver la concordance diagnostique, la comorbidité entre entités nosologiques (comme le trouble dépressif majeur et les troubles de l’usage de substances) et la prévalence différentielle de symptômes spécifiques entre sexes ou tranches d’âge. Il permet d’étudier comment l’adhésion thérapeutique varie en fonction des classes d’âge des consultants.

En psychologie sociale et cognitive, il permet de disséquer les décisions comportementales dans des paradigmes expérimentaux d’engagement, de conformisme (tels que les réplications de l’expérience de Asch) ou d’altruisme situationnel, où les réponses des participants sont binaires (aide apportée vs refus d’aide).

Dans le domaine des organisations et de la psychométrie appliquée au travail, le khi-deux éclaire les décisions en matière de sélection du personnel, en garantissant notamment l’absence de biais de sélection défavorable envers des minorités protégées (règle des quatre cinquièmes ou analyse d’impact adverse). Il sert également à tester l’homogénéité de la satisfaction au travail à travers divers départements d’une entreprise.

11. Recherche et données empiriques

Le test du khi-deux apparaît dans des milliers de publications révisées par des pairs chaque année, constituant une étape préliminaire quasi systématique dans l’analyse de profil des cohortes expérimentales. Les chercheurs comparent systématiquement les caractéristiques sociodémographiques (sexe, niveau d’éducation, statut marital) des groupes contrôle et expérimental au moyen du khi-deux pour s’assurer de l’équivalence initiale avant toute intervention thérapeutique.

Des études marquantes en psychologie du développement, telles que les travaux de recherche longitudinaux sur la trajectoire des styles d’attachement infantile (Mary Ainsworth et ses continuateurs), ont eu massivement recours au test du khi-deux pour démontrer la stabilité des classifications sécure, insécure-évitant et insécure-ambivalent à travers les âges.

De même, dans les recherches contemporaines en neuropsychologie cognitive sur les troubles neurodéveloppementaux, les équipes scientifiques évaluent par le khi-deux la co-occurrence entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles des apprentissages (dyslexie, dyscalculie), fournissant des preuves quantitatives solides de regroupements syndromiques non fortuits dans la population générale.

12. Considérations culturelles et transculturelles

L’application du khi-deux dans les études transculturelles requiert une vigilance épistémologique aiguë. La catégorisation nominale n’est jamais neutre : ce qui constitue une modalité diagnostique claire dans un pays occidental (par exemple, la classification DSM d’un trouble de l’humeur) peut correspondre à une somatisation diffuse ou à une détresse spirituelle dans un autre contexte culturel.

Lorsque des psychologues comparent des distributions de comportements entre plusieurs nations au moyen d’un khi-deux d’homogénéité, ils doivent préalablement garantir l’invariance conceptuelle des catégories. Si le sens accordé aux catégories diffère entre les groupes culturels comparés, le rejet de l’hypothèse nulle traduit un artefact de mesure plutôt qu’une réelle différence psychologique comportementale.

Par ailleurs, les variations culturelles dans les styles de réponse aux questionnaires (par exemple, la réticence à cocher des catégories extrêmes ou le biais d’acquiescement) peuvent artificiellement gonfler ou dégonfler les effectifs observés, menant à des résultats de khi-deux faussement significatifs. Les approches méthodologiques contemporaines exigent donc de coupler les analyses catégorielles à des études d’équivalence de mesure rigoureuses.

13. Critiques, débats et limites méthodologiques

Malgré sa popularité universelle, le test du khi-deux fait l’objet de réserves théoriques et de critiques récurrentes parmi les méthodologistes et psychométriciens :

La critique principale réside dans son extrême dépendance à la taille de l’échantillon. Étant donné que la statistique χ² est directement proportionnelle à l’effectif N, une divergence comportementale absolument négligeable et sans portée clinique deviendra hautement significative (p < 0,001) dès lors que l’échantillon compte plusieurs milliers de sujets. À l’inverse, dans des études cliniques portant sur des populations rares avec de petits effectifs, des effets substantiels risquent d’échapper à la significativité statistique en raison d’une faible puissance statistique.

Un autre écueil fréquent concerne la perte massive d’information induite par la catégorisation artificielle de variables initialement continues. Convertir un score continu d’anxiété ou de quotient intellectuel en catégories arbitraires (« élevé » vs « faible ») par simple dichotomisation afin de pratiquer un test du khi-deux détruit la variance fine, diminue la puissance statistique et peut générer des corrélations fallacieuses.

Le débat sur la correction de continuité de Yates pour les tables 2 × 2 suscite également de nombreuses controverses : plusieurs statisticiens de premier plan ont démontré que cette correction tend à être excessivement conservatrice, abaissant la puissance du test en deçà du niveau acceptable, recommandant aujourd’hui de privilégier directement des tests exacts de permutations ou le test exact de Fisher.

14. Termes connexes et distinctions

Pour naviguer avec précision dans l’arsenal statistique, il importe de distinguer le khi-deux d’autres procédures inférentielles complémentaires :

  • Test exact de Fisher : Contrairement au khi-deux qui est un test d’approximation asymptotique, le test de Fisher calcule la probabilité combinatoire exacte de la distribution conditionnelle observée ; il est indispensable lorsque les effectifs théoriques attendus sont inférieurs à 5.
  • Test de McNemar : Réservé aux plans à mesures répétées ou aux échantillons appariés en format catégoriel binaire (par exemple, évaluer la présence d’un symptôme avant et après une intervention psychologique chez les mêmes sujets).
  • Test G (Likelihood Ratio Test) : Fondé sur le rapport de vraisemblance logarithmique, il est mathématiquement lié au khi-deux mais offre une meilleure additivité dans les modèles log-linéaires complexes.
  • Analyse de variance (ANOVA) : Alors que le khi-deux examine des fréquences au sein de variables catégorielles qualitatives, l’ANOVA compare des moyennes arithmétiques d’une variable dépendante quantitative continue en fonction de facteurs qualitatifs.
  • Régression logistique : Prolongement multivarié de l’analyse catégorielle, permettant d’évaluer l’impact combiné de multiples prédicteurs (continus ou nominaux) sur une issue catégorielle, dépassant les limites du tableau croisé bivarié.

15. Résumé et points clés

Le test du khi-deux demeure l’instrument analytique de référence pour toute recherche psychologique confrontée à des données de dénombrement et des variables discrètes. Sa fonction primordiale consiste à quantifier la probabilité que les écarts constatés entre la réalité observée et les prédictions d’un modèle d’indépendance ne soient que le reflet du hasard.

Son emploi légitime repose impérativement sur l’indépendance des observations, la suffisance des effectifs attendus par cellule et la prise en compte des degrés de liberté. Pour éviter les pièges de l’illusion de significativité liée aux grands effectifs, tout chercheur rigoureux doit adjoindre à la valeur p une taille d’effet standardisée comme le V de Cramér ou l’odds ratio.

Maîtriser les fondements épistémologiques, les applications cliniques et les limites du khi-deux permet aux étudiants, chercheurs et cliniciens d’interpréter avec discernement les données comportementales, garantissant ainsi des conclusions scientifiques reproductibles et méthodologiquement irréprochables.

Références

  • Agresti, A. (2013). Categorical data analysis (3e éd.). John Wiley & Sons. https://www.wiley.com/
  • Cochran, W. G. (1954). Some methods for strengthening the common χ² tests. Biometrics, 10(4), 417-451. https://doi.org/10.2307/3001616
  • Fisher, R. A. (1922). On the interpretation of χ² from contingency tables, and the calculation of P. Journal of the Royal Statistical Society, 85(1), 87-94. https://doi.org/10.2307/2340521
  • Howell, D. C. (2012). Statistical methods for psychology (8e éd.). Cengage Learning.
  • Pearson, K. (1900). On the criterion that a given system of deviations from the probable in the case of a correlated system of variables is such that it can be reasonably supposed to have arisen from random sampling. The London, Edinburgh, and Dublin Philosophical Magazine and Journal of Science, 50(302), 157-175. https://doi.org/10.1080/14786440009463897

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 30). Le Khi-deux : Analyse catégorielle en psychologie. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-du-khi-deux-psychologie
Looti, Mohammed. “Le Khi-deux : Analyse catégorielle en psychologie.” Base de données de psychologie en français, 30 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-du-khi-deux-psychologie.
Looti, Mohammed. “Le Khi-deux : Analyse catégorielle en psychologie.” Base de données de psychologie en français. octobre 30, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-du-khi-deux-psychologie.