Sillon collatéral : Anatomie et cognition

Le sillon collatéral est un sillon majeur de la face inférieure du cerveau séparant le gyrus parahippocampique du gyrus fusiforme. Découvrez son anatomie, son rôle cognitif et son importance clinique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · novembre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : novembre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Le sillon collatéral constitue l’une des délimitations anatomiques et fonctionnelles les plus déterminantes de la surface ventrale du télencéphale humain. Situé à la croisée des circuits visuels ventraux dédiés à l’identification sémantique des objets et des réseaux limbiques sous-tendant la mémoire épisodique, ce repère morphologique profond oriente l’organisation microstructurale du cortex temporal inférieur. L’exploration fine de sa trajectoire permet d’élucider la transition complexe entre la perception sensorielle de haut niveau et l’intégration mnésique déclarative.

Sillon collatéral

1. Définition concise

Le sillon collatéral (en latin sulcus collateralis) est un sillon profond et constant situé sur la face inférieure ou temporo-occipitale (tentorielle) de chaque hémisphère cérébral. Il sépare médialement le gyrus parahippocampique et le gyrus lingual du gyrus fusiforme (ou gyrus temporo-occipital latéral) situé latéralement. Sur le plan fonctionnel, il abrite et côtoie des aires corticales hautement spécialisées, notamment le cortex périrhinal dans sa portion antérieure et les aires d’intégration visuelle de haut niveau dans sa portion postérieure.

Dans le domaine des neurosciences cognitives et de la neuropsychologie clinique, le sillon collatéral est reconnu comme un repère macroscopique indispensable pour localiser les structures du lobe temporal médial impliquées dans la mémoire de reconnaissance, la mémoire spatiale et le traitement sémantique. Sa profondeur et sa variabilité morphologique en font également un marqueur critique dans l’évaluation de l’atrophie corticale au cours du vieillissement normal et des processus pathologiques neurodégénératifs.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le substantif « sillon » provient du bas latin selio, issu lui-même d’un radical gaulois *selgo- signifiant la trace laissée dans la terre par le soc de la charrue. Dans le lexique anatomique moderne, il traduit le latin sulcus, qui désigne une rainure, un pli d’invagination ou une scissure séparant les circonvolutions (ou gyri) de l’écorce cérébrale. L’épithète « collatéral » dérive du latin médiéval collateralis, composé du préfixe con- (« avec, ensemble ») et du radical latus, lateris (« côté, flanc »), signifiant littéralement « qui se situe le long du côté » ou « qui marche parallèlement ».

Cette appellation a été historiquement attribuée par les anatomistes du XIXe siècle pour souligner la disposition de cette fissure, qui longe de manière remarquablement parallèle l’axe du ventricule latéral et la scissure calcarine le long de la face basale de l’encéphale. Introduit formellement dans la nomenclature par des précurseurs tels que Thomas Henry Huxley et standardisé ultérieurement dans la Nomina Anatomica puis dans la Terminologia Anatomica internationale sous le nom de sulcus collateralis, ce terme a conservé sa pleine validité à travers l’évolution de la neuroanatomie comparée et de l’imagerie contemporaine.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan morphosyntaxique, l’expression « sillon collatéral » est une locution nominale masculine singulière. Son pluriel régulier est « sillons collatéraux ». L’adjectif « collatéral » s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie (au féminin : « voie collatérale », « inhibition collatérale »).

La prononciation phonétique en français standard s’établit selon l’Alphabet Phonétique International (API) comme suit : /si.jɔ̃ kɔ.la.te.ʁal/. Le terme s’emploie principalement comme syntagme nominal autonome dans les descriptions anatomiques, ou au sein de compléments déterminatifs tels que « la berge médiale du sillon collatéral » ou « la profondeur du sulcus collateralis ».

4. Explication conceptuelle détaillée

Le sillon collatéral représente l’un des plissements primaires les plus constants du cortex cérébral ventral, apparaissant précocement lors de la gyrification fœtale. Anatomiquement, il s’étend de la région postérieure du pôle temporal jusqu’aux abords immédiats du pôle occipital, formant un sillon particulièrement profond qui soulève le plancher de la corne temporale et de la corne occipitale du ventricule latéral, générant ainsi le relief ventriculaire nommé eminentia collateralis (éminence collatérale). Cette disposition témoigne de l’ampleur mécanique de cette invagination dans la morphogenèse de la face inférieure du cerveau.

Le trajet du sillon collatéral s’articule classiquement en plusieurs segments aux implications cytoarchitectoniques distinctes. Dans son segment antérieur, il est fréquemment en continuité fonctionnelle, voire anatomique, avec le sillon rhinal (sulcus rhinalis). À ce niveau, la berge médiale et le fond du sillon accueillent des portions substantielles du cortex périrhinal (aires de Brodmann 35 et 36), une zone charnière qui fait le pont entre le néocortex d’association visuelle unimodale et polysensorielle et le cortex entorhinal (aire de Brodmann 28). Plus en arrière, le sillon longe médialement le gyrus parahippocampique, hébergeant les subdivisions postérieures du cortex parahippocampique (aires TF et TH de von Economo), puis borde le gyrus lingual dans la sphère ventrale occipitale.

Latéralement, le sillon collatéral constitue la frontière interne continue du gyrus fusiforme (ou gyrus occipitotemporal latéral). Ce gyrus abrite des modules computationnels de premier plan pour la cognition visuelle de haut niveau, incluant l’aire fusiforme des visages (FFA) et la zone de la forme visuelle des mots (VWFA). De ce fait, les berges du sillon collatéral délimitent précisément le carrefour morphologique où convergent les flux d’informations perceptives complexes ascendants issus de la voie visuelle ventrale (dite voie du « quoi ») et les réseaux cortico-sous-corticaux de la mémoire et de l’émotion.

L’organisation architecturale des berges du sillon collatéral illustre une transition graduelle entre différents types de cortex. On y observe le passage progressif de l’isocortex à six couches bien différenciées (présent sur le gyrus fusiforme) vers le péri-allocortex mésocortical (cortex périrhinal) caractérisé par une couche IV amincie ou discontinue et une couche V proéminente, pour aboutir à l’allocortex de la formation hippocampique. Cette transition cytoarchitectonique confère au sillon collatéral un rôle de pivot dans les modélisations théoriques du gradient cortical unissant perception sensorielle et mémoire déclarative.

5. Évolution historique et découvertes

L’identification et la cartographie du sillon collatéral sont intimement liées aux progrès de la neuroanatomie descriptive européenne du XIXe siècle. Les premières descriptions précises de la face inférieure des hémisphères sont attribuées aux travaux de maîtres de l’anatomie tels que Friedrich Arnold et Louis Pierre Gratiolet. Ce dernier, en étudiant la disposition des circonvolutions chez les primates humains et non humains, a souligné la constance remarquable des plissements ventraux par rapport à la grande variabilité des gyri de la convexité latérale.

C’est toutefois le biologiste et comparatiste britannique Thomas Henry Huxley qui a codifié l’usage du terme « collateral sulcus » dans les années 1860, en étudiant la relation intime entre l’invagination externe de ce sillon et la saillie interne de l’éminence collatérale dans la cavité ventriculaire, un sujet au cœur des vives controverses de l’époque sur l’anatomie cérébrale des grands singes et de l’Homme. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les cartographies cytoarchitectoniques novatrices de Korbinian Brodmann (1909), ainsi que celles de Constantin von Economo et Georg N. Koskinas (1925), ont permis de démontrer que le fond et les berges du sillon collatéral ne formaient pas une unité histologique homogène, mais abritaient des frontières rigoureuses séparant les aires 35, 36, 37 et 19.

Durant la seconde moitié du XXe siècle, l’avènement de la neuropsychologie moderne, catalysé par les observations séminales de Brenda Milner et William Scoville sur le patient H.M., a propulsé le lobe temporal médial au centre des théories de la mémoire. Il est apparu que les lésions affectant les structures situées le long du sillon collatéral, en particulier le cortex rhinal et parahippocampique, engendraient des déficits mnésiques distincts de ceux provoqués par l’atteinte isolée de l’hippocampe. Enfin, l’introduction de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) à haute résolution dans les années 1990 et 2000 a permis de quantifier la volumétrie de ce sillon chez le sujet vivant, inaugurant l’ère contemporaine de la neuroanatomie computationnelle.

6. Fondements théoriques et neurofonctionnels

Sur le plan des neurosciences cognitives, le sillon collatéral s’inscrit au sein de plusieurs cadres théoriques majeurs régissant le traitement de l’information et la structure hiérarchique de l’encéphale. Le modèle le plus influent est celui du double système mnésique temporal médial, qui postule une ségrégation fonctionnelle rigoureuse le long de l’axe parahippocampique ventral. Au sein de ce modèle, la région antérieure du sillon collatéral, hébergeant le cortex périrhinal, sous-tend la mémoire de familiarité et le codage unifié des caractéristiques des objets (perception d’items), tandis que sa portion postérieure, associée au cortex parahippocampique médial, est dédiée au codage du contexte spatial et environnemental.

Une seconde perspective théorique majeure repose sur l’hypothèse de la continuité perception-mémoire (Perceptual-Mnemonic Continuum) développée par des théoriciens tels que Murray, Bussey et Saksida. Selon cette approche, le cortex périrhinal niché dans le sillon collatéral ne doit pas être considéré comme un simple module mnésique étanche, mais plutôt comme l’apex hiérarchique de la voie visuelle ventrale. Ce modèle démontre que les représentations neuronales au sein du sillon collatéral résolvent les ambiguïtés perceptives complexes lorsque les objets partagent de nombreuses caractéristiques élémentaires intriquées, liant ainsi indissolublement l’analyse visuelle fine et la rétention mnésique.

Enfin, dans le cadre de la théorie des réseaux à large échelle, le sillon collatéral constitue une zone de transition critique entre deux grands circuits cérébraux concurrents : le réseau du mode par défaut (Default Mode Network), qui intègre les signaux mnésiques épisodiques et autobiographiques de la berge médiale, et le système d’identification visuelle ventral, orienté vers le traitement en temps réel des stimuli du monde extérieur situé sur sa berge latérale.

7. Composantes clés, morphologie et dimensions

La caractérisation anatomique du sillon collatéral repose sur l’identification de subdivisions segmentaires, d’embranchements secondaires et de rapports de contiguïté topographique constants :

  • Segment antérieur (rostral) et sillon rhinal : Cette portion antérieure borde l’uncus et le cortex entorhinal. Chez une proportion significative d’individus, elle s’anastomose directement avec le sillon rhinal pour former une scissure continue, tandis que chez d’autres, elle est interrompue par un pli de passage superficiel ou profond nommé pli temporo-rhinal.
  • Segment moyen : Il longe latéralement le corps du gyrus parahippocampique. C’est à ce niveau que la profondeur du sillon est généralement maximale, atteignant fréquemment entre 15 et 25 millimètres, et que son fond s’insinue vers la corne temporale ventriculaire.
  • Segment postérieur (caudal) : Il se prolonge vers l’arrière en longeant le gyrus lingual. Il peut se terminer sous forme de branche bifurquée, se poursuivre jusqu’au voisinage de la scissure calcarine ou rejoindre le sillon occipitotemporal médial.
  • Berge médiale : Zone cytoarchitectonique abritant successivement d’avant en arrière l’aire 35 de Brodmann (cortex périrhinal médial), le subiculum adjacent, puis les aires parahippocampiques TF/TH et le cortex lingual ventral.
  • Berge latérale : Zone correspondant à l’aire 36 de Brodmann dans sa portion antérieure et au cortex fusiforme (aire 37) sur toute son extension moyenne et postérieure, abritant des populations neuronales spécialisées dans la catégorisation sémantique visuelle.
  • Sulcus collateralis accessorius : Une duplication parallèle ou un rameau accessoire externe observé chez près d’un tiers des individus, introduisant des défis méthodologiques lors du parcellage automatisé en imagerie structurelle.

8. Exemples et cas cliniques illustratifs

L’utilité clinique du repérage anatomique du sillon collatéral se révèle de manière éclatante dans plusieurs tableaux neurologiques et neuropsychologiques majeurs. L’un des exemples les plus emblématiques concerne l’agnosie visuelle des objets et l’agnosie sémantique. Les patients présentant des lésions vasculaires ischémiques circonscrites dans le territoire des branches postérieures de l’artère cérébrale postérieure, englobant la berge latérale et le fond du sillon collatéral antérieur, manifestent souvent une incapacité profonde à identifier des objets complexes ou à intégrer leurs attributs distinctifs, tout en conservant une vision élémentaire préservée.

Un autre cas d’école est illustré par l’épilepsie temporale médiale pharmacorésistante avec sclérose mésiotemporale. Dans cette pathologie, la zone épileptogène primaire prend fréquemment naissance dans l’hippocampe et le cortex entorhinal, mais la zone de propagation rapide s’étend immédiatement au cortex périrhinal via la berge médiale du sillon collatéral. Lors des résections chirurgicales (amygdalo-hippocampectomie sélective), le sillon collatéral sert de frontière de sécurité anatomique : le neurochirurgien utilise le fond du sillon collatéral comme limite latérale de résection pour préserver le gyrus fusiforme et éviter l’apparition d’un déficit d’identification visuelle ou d’une prosopagnosie postopératoire.

Dans le domaine des syndromes amnésiques focaux, des infarctus localisés touchant exclusivement la profondeur du sillon collatéral bilatéral conduisent à une dissociation neuropsychologique remarquable : les patients présentent un effondrement dramatique du sentiment de familiarité lors des tâches de reconnaissance visuelle (évalué par des paradigmes de type « Savoir/Se souvenir »), tandis que leur capacité de rappel libre spatial peut rester relativement préservée si le cortex parahippocampique postérieur et l’hippocampe dorsal sont épargnés.

9. Mesure, neuroimagerie et évaluation

La quantification de l’anatomie et de l’intégrité du sillon collatéral repose aujourd’hui sur un ensemble sophistiqué d’outils de neuroimagerie quantitative et d’analyses morphométriques tridimensionnelles :

  • IRM structurelle haute résolution pondérée en T1 et T2 : L’acquisition d’images isotropiques infra-millimétriques (souvent à des champs magnétiques de 3 Teslas ou 7 Teslas) perpendiculaires au grand axe de l’hippocampe permet de distinguer sans ambiguïté les berges médiale et latérale du sillon et de visualiser l’amincissement cortical localisé.
  • Morphométrie basée sur le voxel (VBM) et analyse basée sur la surface (SBA) : Des suites logicielles standardisées telles que FreeSurfer, SPM ou BrainVisa permettent d’extraire des indices objectifs tels que la profondeur sulcale, le degré de courbure, l’épaisseur corticale locale et le volume de matière grise tapissant le sillon.
  • Imagerie par tenseur de diffusion (DTI) et tractographie : Ces techniques visualisent les faisceaux de substance blanche longeant ou traversant les abords du sillon collatéral, en particulier le faisceau longitudinal inférieur et le faisceau unciné, apportant des données structurales sur la connectivité anatomique.
  • Protocoles de parcellage manuel standardisés : En raison de la forte variabilité anatomique individuelle, des protocoles consensuels d’experts (tels que ceux du consortium de segmentation unifiée de l’hippocampe et des aires parahippocampiques) fournissent des critères opérationnels stricts pour délimiter le début, l’interruption ou le dédoublement du sillon.
  • Évaluations neuropsychologiques couplées : Les anomalies structurelles du sillon collatéral sont corrélées cliniquement à des scores obtenus lors de batteries de reconnaissance mnésique (ex. : test de rétention visuelle de Benton, épreuve de reconnaissance de visages de Warrington ou tâche de reconnaissance de paires d’items).

10. Applications cliniques et portée pratique

En neurologie et en psychiatrie de l’adulte âgé, le sillon collatéral représente l’un des biomarqueurs morphologiques les plus précoces de la maladie d’Alzheimer. Les études neuropathologiques fondées sur la stadification de Braak ont démontré que les dégénérescences neurofibrillaires tau initiales se déposent spécifiquement dans la région transentorhinale, localisée précisément sur la berge médiale du sillon rhinal et du segment antérieur du sillon collatéral (stades I et II de Braak). L’amincissement cortical focalisé à ce niveau, mesurable sur des IRM volumétriques, constitue un prédicteur robuste de la conversion d’un déficit cognitif léger (MCI) vers une démence avérée, souvent des années avant que l’hippocampe proprement dit ne montre une atrophie massive.

Dans le diagnostic différentiel des démences lobaires frontotemporales (DLFT), singulièrement dans la variante sémantique de l’aphasie primaire progressive (démence sémantique), l’atrophie débute de façon asymétrique dans le pôle temporal antérieur et progresse de manière prononcée le long du sillon collatéral et du gyrus fusiforme de l’hémisphère dominant (généralement gauche). Cette fonte corticale sous-tend la perte progressive et irréversible des concepts et de la signification des mots.

Par ailleurs, en neurochirurgie oncologique, le sillon collatéral offre un couloir d’accès anatomique essentiel pour les abords sous-temporaux et trans-sulcaux des tumeurs gliales profondes et des cavernomes du ventricule latéral basal. L’identification rigoureuse du sillon permet au chirurgien de minimiser les tractions sur les structures cérébrales fonctionnelles et de préserver les radiations optiques de Gratiolet qui croisent dorsalement la cavité ventriculaire.

11. Recherche empirique et preuves scientifiques

La recherche contemporaine consacrée au sillon collatéral mobilise à la fois l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) à ultra-haut champ et les enregistrements électrophysiologiques invasifs chez l’humain. Une étude fondatrice menée par Insausti et al. (1998) a posé les bases histologiques du découpage de cette région en démontrant que la berge médiale du sillon collatéral antérieur constitue la démarcation la plus constante du cortex périrhinal chez l’Homme, malgré une importante hétérogénéité interindividuelle dans la longueur totale du sillon.

Sur le versant fonctionnel, les travaux en IRMf menés par des équipes de neurosciences cognitives (telles que celles de Devlin et al., ou Tyler et al.) ont mis en évidence que les neurones situés le long de la berge latérale du sillon collatéral répondent préférentiellement aux stimuli visuels caractérisés par une forte densité de traits partagés (par exemple, distinguer un animal d’un autre au sein d’une même catégorie biologique). Ces découvertes confirment empiriquement que le sillon collatéral sert d’étage d’intégration intégrative fine des objets complexes.

De plus, des recherches longitudinales menées par Jack et al. dans le cadre de l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative (ADNI) ont établi que les mesures longitudinales de la profondeur et de l’épaisseur corticale du sillon collatéral affichent un taux de déclin annuel fortement corrélé aux niveaux de biomarqueurs dans le liquide céphalorachidien (LCR) et par tomographie par émission de positons (TEP-Tau). Chez le primate non humain, des travaux neurophysiologiques par électrodes multiples ont en outre prouvé que les neurones bordant ce sillon manifestent des propriétés remarquables d’adaptation synaptique et de plasticité à long terme, indispensables à la mémoire de familiarité rapide.

12. Considérations ontogéniques, phylogéniques et variabilité

L’ontogenèse du sillon collatéral est précoce et très stable au cours du développement intra-utérin. Il s’individualise dès la 18e à la 22e semaine de gestation sous forme d’une dépression superficielle qui s’approfondit rapidement au début du troisième trimestre sous l’effet des contraintes mécaniques de l’expansion du manteau néocortical. Cette apparition précoce classe le sillon collatéral parmi les sillons cérébraux primaires, présentant par conséquent un degré de détermination génétique plus élevé que les sillons tertiaires de la convexité.

Sur le plan phylogénique, un homologue fonctionnel et structural du sillon collatéral est observé chez tous les primates simiens, bien que son étendue longitudinale et son niveau de ramification soient nettement moins complexes chez les lémuriens et les singes du Nouveau Monde que chez les grands singes hominoïdes. L’évolution de ce sillon chez l’humain reflète l’expansion spectaculaire du gyrus fusiforme et du cortex associatif visuo-temporal nécessaire aux compétences cognitives avancées telles que la reconnaissance fine des visages et l’alphabétisation (traitement de la forme orthographique des mots).

Malgré sa nature de sillon primaire, la variabilité interindividuelle de sa morphologie est notoire. On distingue classiquement trois configurations anatomiques majeures :

  • Type continu : Le sillon se présente comme une rainure unique, ininterrompue, s’étendant du pôle temporal jusqu’à la région occipitale sans pli de passage intermédiaire (environ 40 % des individus).
  • Type interrompu : Le sillon est sectionné en deux ou trois segments distincts par des ponts de matière grise (plis de passage transversaux), généralement situés à la jonction temporo-occipitale (environ 45 % des cas).
  • Type bifurqué ou dupliqué : Le segment caudal se divise en deux branches divergentes, ou coexiste avec un sillon accessoire externe (environ 15 % des cas).

Il existe par ailleurs des asymétries hémisphériques subtiles mais constantes, le sillon collatéral gauche étant souvent plus rectiligne et plus long que son homologue droit, une observation fréquemment mise en relation avec la latéralisation hémisphérique des réseaux sémantiques et de lecture.

13. Controverses, débats et limites méthodologiques

La délimitation et la nomenclature entourant le sillon collatéral demeurent au cœur de nombreux débats méthodologiques au sein de la communauté neuroanatomique internationale. La controverse la plus persistante concerne la frontière précise entre le sulcus collateralis et le sulcus rhinalis. Dans la littérature neurobiologique anglo-saxonne, ces termes sont parfois employés de façon interchangeable pour désigner le segment le plus antérieur, alors que l’école anatomique classique réserve l’appellation de sillon rhinal à une formation strictement rostrale marquant la limite latérale du paléocortex. L’absence d’un consensus universel engendre des discordances notables dans la délimitation des volumes d’intérêt dans les études d’IRM fonctionnelle et morphométrique.

Un second point de friction méthodologique réside dans la variabilité de la position de la frontière cytoarchitectonique entre le cortex périrhinal et le cortex fusiforme. Bien que la plupart des investigateurs s’accordent pour situer la transition au fond ou sur la berge latérale du sillon collatéral, des études de cartographie post-mortem sur de larges cohortes (notamment les travaux de Ding et Van Hoesen) ont révélé que cette frontière histologique peut osciller de plusieurs millimètres le long de la berge selon les individus. Il est donc impossible de postuler une correspondance parfaite à 100 % entre repères macroscopiques sulcaux visibles en imagerie clinique et frontières microstructurales sous-jacentes.

Enfin, une limite technique majeure concerne la précision des algorithmes de recalage et de parcellage automatisé en imagerie par résonance magnétique. Dans les cerveaux âgés ou atteints de processus neurodégénératifs, l’élargissement sulcal causé par la perte de substance grise et le contact étroit des berges opposées (problème d’effet de volume partiel) conduisent fréquemment à des segmentations erronées dans les pipelines informatiques standards, nécessitant impérativement une inspection et une correction manuelles par des neuroanatomistes expérimentés.

14. Termes associés et distinctions différentielles

La maîtrise de la neuroanatomie de la base de l’encéphale requiert d’opérer des distinctions nettes entre le sillon collatéral et les structures avoisinantes :

  • Sillon rhinal (Sulcus rhinalis) : Situé à l’extrémité antérieure du sillon collatéral, il borde médialement la partie la plus antérieure du cortex entorhinal et l’uncus. Il s’en distingue par sa morphologie plus courte, son origine phylogénique plus primitive et son interruption fréquente par rapport au sillon collatéral principal.
  • Gyrus parahippocampique : Circonvolution corticale située médialement par rapport au sillon collatéral. Alors que le sillon est une concavité profonde d’invagination, le gyrus est une convexité de tissu cérébral hébergeant le cortex entorhinal et parahippocampique.
  • Gyrus fusiforme (Gyrus occipitotemporal latéral) : Situé immédiatement sur le versant latéral du sillon collatéral. Il constitue l’élément convexe limitrophe opposé au gyrus parahippocampique.
  • Sillon occipitotemporal (Sulcus occipitotemporalis) : Sillon situé latéralement par rapport au gyrus fusiforme, le séparant du gyrus temporal inférieur. Il chemine de manière grossièrement parallèle au sillon collatéral mais occupe une position plus latérale sur la face inférieure de l’hémisphère.
  • Scissure calcarine : Sillon primaire situé sur la face médiale du lobe occipital, abritant le cortex visuel primaire. Bien que son extrémité antérieure se rapproche du segment caudal du sillon collatéral, elle s’en distingue par son orientation plus horizontale et son implication dans le traitement visuel rétinotopique élémentaire.

15. Synthèse et points clés à retenir

Le sillon collatéral est l’un des carrefours morphologiques et fonctionnels les plus remarquables du cerveau humain. Sillon primaire profond de la face tentorielle des hémisphères, il assure la scission anatomique fondamentale entre le gyrus parahippocampique et lingual en dedans, et le gyrus fusiforme en dehors.

Au-delà de sa stricte définition anatomique, il constitue la clé de voûte de l’interface perception-mémoire : ses berges abritent le cortex périrhinal et parahippocampique, essentiels à la mémoire de reconnaissance, au codage de la familiarité et à l’analyse sémantique fine des objets visuels. En clinique, l’analyse méticuleuse de son épaisseur et de sa morphologie offre une fenêtre privilégiée sur les stades ultra-précoces de la maladie d’Alzheimer, guide la résection chirurgicale des foyers d’épilepsie temporale et permet de comprendre les dissociations neuropsychologiques des syndromes agnosiques et amnésiques.

Références

  • Brodmann, K. (1909). Vergleichende Lokalisationslehre der Grosshirnrinde in ihren Prinzipien dargestellt auf Grund des Zellenbaues. Johann Ambrosius Barth.
  • Bussey, T. J., & Saksida, L. M. (2007). Memory, perception, and the ventral stream. Cognitive, Affective, & Behavioral Neuroscience, 7(3), 161–168. https://doi.org/10.3758/CABN.7.3.161
  • Ding, S. L., & Van Hoesen, G. W. (2010). Borders, extent, and topography of human perirhinal and entorhinal cortices: An MRI-based study. Journal of Comparative Neurology, 518(12), 2262–2284. https://doi.org/10.1002/cne.22331
  • Insausti, R., Juottonen, K., Soininen, H., Insausti, A. M., Partanen, K., Vainio, P., Laakso, M. P., & Pitkänen, A. (1998). MR volumetric analysis of the human entorhinal, perirhinal, and temporopolar cortices. AJNR. American Journal of Neuroradiology, 19(4), 659–671.
  • von Economo, C., & Koskinas, G. N. (1925). Die Cytoarchitektonik der Hirnrinde des erwachsenen Menschen. Julius Springer.

Citer cet article

Looti, M. (2026, novembre 1). Sillon collatéral : Anatomie et cognition. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=sillon-collateral-anatomie-neuropsychologie
Looti, Mohammed. “Sillon collatéral : Anatomie et cognition.” Base de données de psychologie en français, 1 novembre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=sillon-collateral-anatomie-neuropsychologie.
Looti, Mohammed. “Sillon collatéral : Anatomie et cognition.” Base de données de psychologie en français. novembre 1, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=sillon-collateral-anatomie-neuropsychologie.