Psychothérapie de groupe analytique : Inconscient collectif

Découvrez les fondements, dynamiques inconscientes et applications cliniques de la psychothérapie de groupe analytique, de Bion à Kaës.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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La psychothérapie de groupe analytique constitue l’un des dispositifs thérapeutiques les plus féconds et complexes de la clinique psychanalytique contemporaine. En transposant les outils de l’écoute de l’inconscient, du transfert et de la régression au sein d’une matrice collective, cette méthode transforme le groupe en un puissant appareil de transformation psychique et de subjectivation. L’exploration des formations intersubjectives et des alliances inconscientes y offre un espace unique pour métaboliser des souffrances psychiques individuelles réputées inaccessibles à la cure individuelle classique.

Psychothérapie de groupe analytique

1. Définition concise

La psychothérapie de groupe analytique est une méthode thérapeutique d’orientation psychanalytique qui utilise l’appareil groupal comme lieu et instrument de transformation des processus inconscients des participants. Elle repose sur le postulat fondamental selon lequel le groupe n’est pas une simple agrégation d’individus, mais une entité psychique spécifique régie par des lois propres, au sein de laquelle se déploient des mouvements transférentiels croisés, des défenses archaïques et des fantasmes partagés.

Dans ce cadre, la libre association verbale individuelle est remplacée ou complétée par la libre discussion flottante du groupe, favorisant l’émergence d’une pensée collective et la réactualisation des conflits psychiques intrapsychiques et intersubjectifs. Le praticien intervient principalement pour expliciter les résistances, interpréter les mécanismes défensifs collectifs et individuels, et soutenir le développement d’une matrice relationnelle émancipatrice.

Cette approche s’adresse aussi bien aux névroses structurées qu’aux organisations narcissiques, aux états-limites et aux pathologies du lien, en offrant une enveloppe contenante propice à la reprise des processus de symbolisation défaillants chez le sujet singulier.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le syntagme « psychothérapie de groupe analytique » conjugue plusieurs héritages lexicaux et conceptuels issus du grec ancien et du vocabulaire technique psychanalytique du XXe siècle. Le terme « psychothérapie » découle du grec ancien psukhê (ψυχή), désignant le souffle vital, l’âme ou l’esprit, et de therapeia (θεραπεία), signifiant le soin, le traitement ou le service rendu au malade. Le mot « groupe », pour sa part, tire son origine de l’italien gruppo (dérivé du germanique kruppaz, masse ronde, nœud), introduit dans le vocabulaire artistique de la Renaissance pour décrire plusieurs figures peintes ou sculptées formant un ensemble cohérent, avant d’intégrer le langage sociologique et psychologique au tournant du XIXe siècle.

L’adjectif « analytique » procède du grec analusis (ἀνάλυσις), formé du préfixe ana- (de bas en haut, à rebours) et de luein (délier, dissoudre), qui renvoie à la décomposition d’un tout en ses éléments constitutifs et, dans le champ freudien, à la déconstruction des formations de l’inconscient. L’association de ces termes a émergé initialement dans la littérature anglo-saxonne sous les appellations analytic group psychotherapy et group analysis, formulées notamment par Trigant Burrow puis formalisées par Samuel Heinrich Foulkes dans les années 1940, avant d’être théorisée en France sous le concept d’« analyse groupale » et d’« appareil psychique groupal ».

3. Prononciation et forme grammaticale

En français standard international, la locution se prononce phonétiquement /psi.kɔ.te.ʁa.pi də ɡʁup a.na.li.tik/. Il s’agit d’un syntagme nominal féminin singulier composé d’un nom noyau féminin (« psychothérapie »), d’un complément du nom prépositionnel (« de groupe ») et d’un adjectif qualificatif épithète (« analytique ») qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom principal.

Dans la littérature spécialisée, on rencontre couramment des variantes synonymiques ou quasi-synonymiques telles que « psychothérapie psychanalytique de groupe » (PPG), « psychanalyse de groupe » ou encore « analyse de groupe » (traduction directe de la Group Analysis foulkienne). Bien que ces expressions partagent un corpus épistémologique commun, elles recouvrent parfois des nuances techniques précises selon que l’analyse porte prioritairement sur l’individu en groupe ou sur le groupe dans sa totalité.

4. Explication conceptuelle détaillée

La psychothérapie de groupe analytique repose sur l’hypothèse centrale selon laquelle le lien intersubjectif précède et façonne la constitution de l’appareil psychique individuel. Contrairement aux thérapies de groupe comportementales ou psychoéducatives, centrées sur l’apprentissage de compétences ou la modification directe de conduites cibles, le dispositif analytique groupal ne propose aucun thème imposé, aucun exercice programmé ni aucun objectif comportemental prédéterminé. La consigne fondamentale invite les participants à verbaliser spontanément ce qui leur vient à l’esprit, créant un espace d’association libre collective.

Ce cadre permet la projection et l’extériorisation des conflits psychiques internes sur la scène groupale. Le groupe fonctionne alors comme un miroir polyphonique où chaque participant reflète, déforme, amplifie ou éclaire les zones d’ombre des autres membres. Les angoisses de morcellement, de rejet, d’intrusion ou de dévoration trouvent un terrain d’expression privilégié, tout comme les aspirations idéalisées et les désirs identificatoires. Le groupe agit comme un espace transitionnel au sens de Donald Woods Winnicott, favorisant l’élaboration symbolique d’expériences affectives précoces restées non intégrées.

Une caractéristique primordiale du travail analytique groupal est la multiplicité des axes transférentiels. Alors que la cure psychanalytique individuelle bi-personnelle privilégie un transfert vertical exclusif orienté vers l’analyste, le groupe déploie un réseau complexe de transferts : des transferts latéraux (d’un membre envers d’autres membres, rejouant souvent des rivalités fraternelles ou des figures d’attachement primaires), un transfert sur le thérapeute (figure parentale ou surmoïque archaïque), et un transfert sur le groupe pris comme totalité unifiée, souvent investi comme une mère nourricière, protectrice ou menaçante.

Enfin, le dispositif institue une règle d’abstinence et de confidentialité rigoureuse. Les participants s’engagent à ne pas se fréquenter en dehors des séances afin de préserver l’intégrité de l’espace psychique partagé et d’éviter que les conflits inconscients ne soient agis au lieu d’être verbalisés et élaborés au sein de la séance.

5. Évolution et développement historique

L’histoire de la psychothérapie de groupe analytique s’enracine dans les écrits pionniers de Sigmund Freud, notamment dans son texte fondateur de 1921, Massenpsychologie und Ich-Analyse (Psychologie des masses et analyse du moi). Bien que Freud n’ait pas pratiqué la thérapie de groupe, il a magistralement décrit la manière dont les individus au sein d’une collectivité partagent un même idéal du Moi incarné par le meneur, générant des identifications mutuelles intenses et une régression pulsionnelle collective.

Dans les années 1920, l’analyste américain Trigant Burrow introduit le terme d’analyse de groupe (group analysis), affirmant que la névrose individuelle est indissociable des distorsions du tissu social environnant. Cependant, ses positions hétérodoxes l’écartent des cercles freudiens orthodoxes. Le véritable tournant clinique et institutionnel s’opère durant la Seconde Guerre mondiale à l’hôpital militaire de Northfield au Royaume-Uni. Face à l’afflux massif de soldats traumatisés, des psychiatres et psychanalystes britanniques conçoivent des méthodes thérapeutiques collectives novatrices.

C’est dans ce creuset de Northfield que Wilfred Bion et Samuel Heinrich Foulkes élaborent leurs modèles respectifs. Bion développe une lecture clinique radicale centrée sur la régression archaïque du groupe et identifie les mécanismes inconscients de défense collective contre l’angoisse de penser. Simultanément, Foulkes pose les jalons de la Group Analysis, concevant l’individu comme un « nœud » au sein d’un « réseau » matriciel relationnel préexistant.

En France, à partir des années 1960 et 1970, un courant théorique d’une richesse conceptuelle majeure voit le jour sous l’impulsion de psychanalystes tels que Didier Anzieu, Jean-Bertrand Pontalis et René Kaës. Anzieu élabore les notions d’illusion groupale et d’enveloppe psychique du groupe, étendant sa théorie du Moi-peau à la métapsychologie des ensembles collectifs. René Kaës formule quant à lui la théorie systématique de l’appareil psychique groupal et explore les « alliances inconscientes », conférant à la psychanalyse groupale francophone une dimension institutionnelle et clinique mondialement reconnue.

6. Fondements théoriques

Les fondements théoriques de la psychothérapie de groupe analytique s’articulent autour de plusieurs concepts métapsychologiques majeurs développés pour rendre compte du fonctionnement psychique partagé :

Le modèle bionien des « hypothèses de base » postule que tout groupe opère sur deux plans simultanés : le « groupe de travail » (tourné vers la réalité, l’apprentissage et la tâche objective) et le « groupe d’hypothèse de base » (dominé par des fantasmes primitifs partagés agissant comme des défenses contre les angoisses psychotiques sous-jacentes). Bion identifie trois hypothèses de base fondamentales : la dépendance (attente magique d’un leader omnipotent), le combat-fuite (désignation d’un ennemi interne ou externe à détruire ou fuir), et le couplage (attente messianique de la naissance d’une idée ou d’un être salvateur issu de la relation de deux membres).

Le concept d’« appareil psychique groupal » théorisé par René Kaës décrit une construction intermédiaire entre la réalité intrapsychique individuelle et la réalité sociale. Cet appareil permet de lier ensemble les pulsions, les affects et les représentations des sujets. Kaës y décrit les « alliances inconscientes », formations psychiques intersubjectives forgées par les membres du groupe pour maintenir leurs liens réciproques. Parmi ces alliances, le « pacte dénégatif » revêt une importance clinique critique : il s’agit d’un accord inconscient non formulé par lequel les participants conviennent de refouler, dénier ou rejeter hors du champ groupal certains éléments traumatiques insoutenables afin de préserver l’homéostasie du collectif.

La théorie de la « matrice » foulkienne propose une lecture réticulaire où le groupe représente le fondement sur lequel se détachent les figures individuelles. La matrice relationnelle est à la fois le substrat biologique, culturel et psychique sur lequel s’édifie la communication, transformant les symptômes autoplastiques isolés en discours communicable et partagé.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

La psychothérapie de groupe analytique se caractérise par des composantes structurelles et fonctionnelles rigoureuses qui définissent le cadre thérapeutique :

  • La matrice groupale : Réseau dynamique de significations partagées et de communications inconscientes tissé par l’ensemble des membres et le thérapeute tout au long de l’existence du groupe.
  • L’illusion groupale : Phase spécifique théorisée par Didier Anzieu où le groupe s’éprouve comme un objet idéal, tout-puissant et bienveillant, formant un bouclier narcissique protecteur contre les angoisses persécutives et de morcellement.
  • Les phénomènes de miroir : Processus par lequel un participant reconnaît un aspect clivé, refoulé ou aliéné de son propre psychisme à travers le comportement, les affects ou les verbalisations d’un pair.
  • La résonance fantasmatique : Phénomène de mise en écho immédiate et involontaire du fantasme d’un individu par les structures inconscientes des autres participants.
  • La chaîne associative groupale : Prolongement et transformation collective des énoncés verbaux où la pensée de l’un s’élabore à partir de la trace associative laissée par un autre.
  • Les typologies structurelles : Distinction entre groupes ouverts (dont la composition évolue par renouvellement progressif des membres) et groupes fermés (au sein desquels les mêmes participants effectuent l’intégralité du parcours sans nouvelles admissions).
  • Les variantes techniques : Différenciation entre le groupe analytique pur (centré exclusivement sur l’interprétation du discours verbal) et le psychodrame analytique de groupe (qui intègre le jeu scénique, la dramatisation corporelle et l’incarnation de rôles pour figurabiliser l’impensé).

8. Exemples cliniques et cas illustratifs

Pour illustrer la dynamique de la psychothérapie de groupe analytique, considérons le cas d’un groupe fermé composé de sept adultes souffrant de troubles relationnels chroniques et de manifestations anxio-dépressives. Lors des premières séances, le collectif traverse une phase de forte angoisse face au silence neutre et bienveillant des deux co-thérapeutes. Un membre, Marc, commence à se plaindre amèrement des horaires et de l’inconfort des sièges, rapidement rallié par Sophie et Antoine qui accusent les thérapeutes de froideur et d’indifférence cruelle. Le groupe bascule temporairement dans l’hypothèse de base de « combat-fuite », désignant les analystes comme des figures persécutrices responsables de leur détresse. L’interprétation du thérapeute, formulée non pas sur Marc individuellement mais sur la terreur collective de l’abandon et de l’impuissance partagée, permet d’apaiser l’angoisse sous-jacente et de réintroduire la capacité réflexive au sein du groupe de travail.

Dans un second exemple clinique au sein d’un groupe ouvert, Éléonore, une patiente aux prises avec un deuil traumatique non résolu, maintient un silence impénétrable depuis plusieurs semaines. Au cours d’une séance chargée d’émotion, Julien relate un accident d’enfance au cours duquel il a cru perdre sa mère, décrivant un sentiment de vide glacial. Cette évocation agit comme un déclencheur par résonance fantasmatique chez Éléonore, qui fond en larmes pour la première fois. Deux autres participants accueillent ses sanglots avec des paroles apaisantes, formant une enveloppe contenante immédiate. Grâce au phénomène de miroir offert par le récit de Julien et à la contenance collective, Éléonore parvient à briser le pacte dénégatif interne qui la condamnait au mutisme, amorçant l’élaboration psychique de sa perte dans l’espace groupal.

9. Évaluation, mesure et observation clinique

L’évaluation des processus et de l’efficacité en psychothérapie de groupe analytique ne repose pas sur les grilles diagnostiques symptomatiques traditionnelles (telles que le DSM-5), jugées réductrices pour appréhender la complexité des mouvements métapsychologiques. Elle s’appuie en premier lieu sur l’observation clinique rigoureuse des paramètres du cadre, de la chaîne associative et des mutations subjectives :

Les cliniciens évaluent la capacité de contenance de l’enveloppe groupale, la plasticité des défenses individuelles et collectives (atténuation du clivage et de la projection au profit de l’introjection et du refoulement secondaire), ainsi que la diminution de l’emprise des alliances inconscientes pathogènes. L’évolution de la capacité réflexive et de la mentalisation chez chaque sujet constitue un indicateur central de progrès thérapeutique.

Dans le domaine de la recherche empirique sur les groupes, plusieurs instruments validés sont toutefois mobilisés pour objectiver ces transformations dynamiques. Le questionnaire Group Questionnaire (GQ) permet de sonder la qualité de l’alliance thérapeutique multidimensionnelle (relation aux pairs, relation au thérapeute, et lien au groupe global). L’échelle Curative Climate Instrument (CCI) mesure la présence des facteurs thérapeutiques universels identifiés par Irvin Yalom, tels que la cohésion, la catharsis et la prise de conscience relationnelle. Enfin, l’analyse rétrospective des comptes-rendus de séances rédigés par des observateurs silencieux ou des co-thérapeutes permet une cartographie qualitative détaillée des trajectoires transféro-contre-transférentielles.

10. Applications cliniques et portée pratique

La psychothérapie de groupe analytique trouve un champ d’application considérable au sein des institutions de soins psychiatriques, des centres médico-psychologiques (CMP), des cliniques universitaires et des cabinets libéraux. Elle s’avère particulièrement indiquée pour des tableaux cliniques qui mettent en échec la relation duelle conventionnelle :

Chez les patients présentant des organisations limites (borderline) ou des failles narcissiques majeures, la cure individuelle génère souvent des transferts massifs et persécuteurs insoutenables pour le moi fragile du patient. Le cadre groupal dilue le transfert en le distribuant sur une pluralité d’interlocuteurs, rendant la relation thérapeutique tolérable et évitant les ruptures brutales de traitement.

Dans le traitement des conduites addictives et des troubles du comportement alimentaire, le groupe analytique offre une fonction de pare-excitation externe et de contenance structurante. Il permet aux sujets de substituer à l’agir compulsif et à la dépendance à une substance toxique une dépendance transitoire au lien humain, métabolisable par la parole partagée.

Au-delà de la psychiatrie adulte, le dispositif est largement adapté aux adolescents sous forme de groupes de parole ou de psychodrame analytique, capitalisant sur l’affinité naturelle de cet âge de la vie avec la culture des pairs pour soutenir le travail de séparation-individuation et la métamorphose pubertaire. Dans le domaine institutionnel et organisationnel, les principes de l’analyse groupale sont également mobilisés pour l’analyse des pratiques, la supervision d’équipes soignantes et la régulation des souffrances au travail.

11. Recherche empirique et données probantes

Bien que la tradition psychanalytique ait historiquement privilégié la monographie clinique qualitative au détriment de l’expérimentation standardisée, un corpus croissant de recherches empiriques rigoureuses atteste de l’efficacité robuste de la psychothérapie de groupe analytique. Des méta-analyses contemporaines, telles que celles conduites par Burlingame, Strauss et Joyce (2013), ont mis en évidence que les thérapies de groupe de long terme produisent des tailles d’effet équivalentes, voire supérieures dans certains domaines relationnels, aux thérapies individuelles pour les troubles dépressifs majeurs, les troubles anxieux complexes et les troubles de la personnalité.

Des études longitudinales coordonnées par des équipes de recherche nordiques et allemandes (notamment Lorentzen et al., 2013) ont démontré que les patients souffrant de troubles de la personnalité sévères engagés dans une psychothérapie de groupe analytique de longue durée affichent des améliorations substantielles et pérennes de leur fonctionnement interpersonnel, de leur bien-être subjectif et de la réduction de leurs symptômes, avec un maintien des bénéfices plusieurs années après la fin de la cure.

De plus, les neurosciences sociales et les recherches sur la mentalisation (menées par Peter Fonagy et Anthony Bateman) corroborent indirectement les intuitions des pionniers de l’analyse de groupe : la confrontation dynamique et soutenue aux états mentaux d’autrui au sein d’un collectif active les réseaux cérébraux de l’empathie et de la théorie de l’esprit, favorisant la neuroplasticité et la réorganisation des représentations internes d’attachement.

12. Considérations socioculturelles et interculturelles

La psychothérapie de groupe analytique est intrinsèquement sensible aux contextes socioculturels dans lesquels elle prend corps. Comme le soulignait S. H. Foulkes, la culture, le langage et les mythes fondateurs d’une société sont déjà intériorisés par l’individu avant son entrée dans le groupe ; ils forment ce qu’il a théorisé sous le terme de « matrice fondamentale ».

Dans les cultures non occidentales caractérisées par des structures sociales collectivistes ou communautaires, le groupe thérapeutique résonne souvent avec une familiarité anthropologique profonde. Contrairement au dispositif en tête-à-tête freudien classique perçu parfois comme une anomalie culturelle individualiste occidentale, le cercle de parole groupal s’inscrit dans la continuité des traditions orales de résolution collective des conflits et de partage communautaire de la souffrance psychique.

Toutefois, la pratique interculturelle de l’analyse de groupe impose au praticien une vigilance constante face aux enjeux liés aux tabous culturels, à l’expression de la honte, aux hiérarchies générationnelles et aux traumatismes collectifs hérités (guerres, colonisation, exils migratoires). Le groupe devient alors un espace précieux d’interculturalité où peuvent se négocier la pluralité des mémoires et la reconnaissance réciproque des altérités identitaires.

13. Critiques, controverses et limites

En dépit de ses apports majeurs, la psychothérapie de groupe analytique a suscité d’âpres controverses théorico-cliniques et fait face à des limites méthodologiques reconnues :

Une première critique historique émane de l’orthodoxie psychanalytique elle-même, qui a longtemps contesté la possibilité d’une véritable cure psychanalytique en groupe. Les tenants de cette position soutenaient que l’absence de divan, le regard mutuel permanent et la dilution du transfert rendaient impossible l’analyse de la névrose de transfert au sens strict freudien, réduisant le groupe à un outil de régulation sociologique superficielle. Les travaux d’Anzieu et de Kaës ont répondu à cette objection en démontrant qu’il ne s’agit pas d’appliquer la psychanalyse au groupe, mais de découvrir la métapsychologie spécifique des formations groupales.

Sur le plan clinique, le groupe comporte des risques iatrogènes non négligeables s’il n’est pas rigoureusement régulé par un analyste expérimenté. Le danger principal réside dans les phénomènes de désignation de bouc émissaire, où l’agressivité collective refoulée est violemment projetée sur un membre isolé fragilisé, risquant d’aggraver sa symptomatologie décompensatrice. De même, l’effet de contagion émotionnelle ou la tyrannie d’une conformité groupale défensive peuvent entraver le libre développement singulier.

Enfin, la contre-indication de cette thérapie concerne les patients en phase psychotique aiguë délirante non stabilisée, les sociopathies avec passage à l’acte pervers compulsif non contenu, ou les personnes présentant des défenses narcissiques hyper-vulnérables incapables de tolérer le partage de l’attention du thérapeute.

14. Termes associés et distinctions conceptuelles

Afin de délimiter rigoureusement le champ de la psychothérapie de groupe analytique, il importe de la distinguer de notions connexes :

  • Psychanalyse de groupe vs Groupe de rencontre (ou humaniste) : Alors que les groupes de rencontre (d’inspiration rogérienne ou gestaltiste) valorisent l’expression émotionnelle immédiate (ici et maintenant), l’authenticité et la croissance personnelle sans focalisation métapsychologique, le groupe analytique examine systématiquement les défenses inconscientes, le transfert et la dynamique pulsionnelle sous-jacente.
  • Psychothérapie de groupe analytique vs Thérapie de groupe cognitivo-comportementale (TCCG) : La TCCG suit un programme structuré, psychoéducatif, orienté vers la modification ciblée de schémas cognitifs dysfonctionnels par des exercices et des tâches comportementales à domicile, à l’opposé de la dérive associative libre et non directive du cadre psychanalytique.
  • Analyse de groupe (Foulkes) vs Psychanalyse en groupe (Slavson) : L’analyse de groupe foulkienne traite le groupe comme un tout vivant autonome où l’interprétation s’adresse prioritairement à la matrice collective, tandis que l’approche nord-américaine précoce de Samuel Slavson analysait l’individu au sein du groupe, utilisant la présence des pairs comme un simple décor facilitateur sans conceptualiser l’entité groupale globale.
  • Psychodrame psychanalytique de groupe : Variante technique fondée par Jacob Levy Moreno puis réaménagée par les psychanalystes français (Serge Lebovici, Paul Lemoine), qui substitue au dialogue assis la mise en scène physique de scénarios fantasmatiques ou réels via le jeu corporel.

15. Synthèse et points clés

La psychothérapie de groupe analytique représente une avancée déterminante de la clinique psychanalytique, démontrant que l’inconscient s’élabore autant dans le tissu intersubjectif que dans le secret du colloque singulier. Elle s’appuie sur une tradition théorique prestigieuse unissant les conceptions pionnières de Freud, Bion et Foulkes aux modélisations métapsychologiques de l’école française incarnée par Anzieu et Kaës.

Ses spécificités techniques résident dans l’association libre partagée, la polyphonie des transferts (verticaux, latéraux et sur l’ensemble groupal), et le maniement d’enveloppes psychiques favorisant la métabolisation des angoisses les plus primitives. En tant que matrice transformatrice, elle neutralise l’isolement pathologique, soutient la mentalisation et offre une voie de guérison privilégiée pour les états-limites et les pathologies du lien.

Adossée à des validations empiriques modernes démontrant sa pérennité et sa pertinence économique au sein des institutions de santé publique, elle demeure une pratique vivante, humaniste et rigoureusement étayée face aux défis de la souffrance psychique contemporaine.

Références

  • Anzieu, D. (1984). Le groupe et l’inconscient : L’imaginaire groupal (2e éd.). Dunod. https://www.dunod.com
  • Bion, W. R. (1961). Experiences in groups and other papers. Tavistock Publications. https://www.tandfonline.com
  • Burlingame, G. M., Strauss, B., & Joyce, A. S. (2013). Change mechanisms and effectiveness of small group treatments. In M. J. Lambert (Ed.), Bergin and Garfield’s handbook of psychotherapy and behavior change (6th ed., pp. 640–687). John Wiley & Sons. https://www.wiley.com
  • Foulkes, S. H. (1964). Therapeutic group analysis. George Allen & Unwin. https://www.routledge.com
  • Kaës, R. (1993). Le groupe et le sujet du groupe : Éléments pour une théorie psychanalytique du groupe. Dunod. https://www.cairn.info

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). Psychothérapie de groupe analytique : Inconscient collectif. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-de-groupe-analytique
Looti, Mohammed. “Psychothérapie de groupe analytique : Inconscient collectif.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-de-groupe-analytique.
Looti, Mohammed. “Psychothérapie de groupe analytique : Inconscient collectif.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-de-groupe-analytique.