Indice de Barthel : Mesure de l’Autonomie

L’indice de Barthel est l’étalon-or d’évaluation de l’indépendance fonctionnelle et des activités de base de la vie quotidienne en rééducation et gériatrie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 26, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 26, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

L’évaluation rigoureuse de l’indépendance fonctionnelle constitue un pilier fondamental de la pratique clinique contemporaine, particulièrement à la croisée de la gériatrie, de la neuropsychologie et de la réadaptation fonctionnelle. Conçu pour quantifier avec précision le degré d’autonomie d’un individu dans l’accomplissement des activités fondamentales du quotidien, l’indice de Barthel s’est imposé au fil des décennies comme un étalon-or psychométrique incontournable au sein des équipes pluridisciplinaires.

Indice de Barthel

1. Définition concise

L’indice de Barthel (ou Barthel Index) est une échelle ordinale d’évaluation standardisée mesurant le degré d’indépendance fonctionnelle d’un individu lors de l’exécution de dix activités de base de la vie quotidienne (activités de la vie quotidienne). Initialement développé pour les patients atteints de troubles neuromusculaires et musculosquelettiques, cet instrument quantifie le niveau d’assistance humaine et technique requis, fournissant un score global allant traditionnellement de 0 (dépendance totale) à 100 (indépendance complète).

Sur le plan métrologique et clinique, l’échelle ne se contente pas d’enregistrer la capacité théorique d’une personne à réaliser une tâche dans un environnement idéalisé, mais évalue sa performance réelle observée au cours des dernières vingt-quatre à quarante-huit heures. L’outil s’articule autour de deux axes prépondérants : le contrôle des fonctions sphinctériennes (continence vésicale et fécale) et l’autonomie motrice de base, incluant les transferts posturaux, la locomotion et les soins corporels élémentaires.

En pratique gérontologique, neuropsychologique et hospitalière, le score obtenu permet non seulement d’établir un pronostic d’évolution fonctionnelle et d’orienter le projet thérapeutique individuel, mais également de planifier la charge en soins infirmiers et de statuer sur la faisabilité d’un retour à domicile versus une institutionnalisation médicalisée.

2. Étymologie et origine linguistique

L’appellation « indice de Barthel » rend hommage à la physiothérapeute américaine Florence I. Barthel, qui élabora et formalisa l’échelle au cours des années 1950 au Montebello State Hospital de Baltimore dans le Maryland, en étroite collaboration avec le médecin physiatre Dorothea W. Mahoney. Le substantif « indice » dérive du latin classique index, signifiant « indicateur », « dénonciateur » ou « pointeur », lui-même issu du verbe indicare (« indiquer », « faire connaître »).

Introduit formellement dans la littérature scientifique anglophone en 1965 sous la dénomination originale de Barthel Functional Evaluation puis pérennisé sous le vocable Barthel Index, le terme a été importé dans le lexique médical et ergothérapique francophone sous les formes synonymes d’« indice de Barthel » ou d’« échelle de Barthel ». Cette terminologie reflète la volonté de ses conceptrices d’établir une nomenclature standardisée de la performance motrice, s’affranchissant du vocabulaire subjectif et imprécis alors en vigueur dans les notes d’évolution clinique hospitalières.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, le terme s’énonce en français sous la transcription internationale /ɛ̃.dis də baʁ.tɛl/. La désignation relève de la catégorie grammaticale du syntagme nominal masculin singulier (un indice de Barthel, l’indice de Barthel). L’usage admet la forme plurielle « les indices de Barthel », bien que la référence à l’instrument standardisé s’emploie préférentiellement au singulier.

Dans les contextes de cotation et de rédaction de dossiers médicaux ou neuropsychologiques, on rencontre régulièrement des abréviations professionnelles standardisées telles que « IB » en français ou « BI » (issu de l’anglais Barthel Index). On veillera à distinguer l’indice de Barthel originel (noté sur 100 points par incréments de 5) de ses variantes révisées et pondérées (telles que la version modifiée de Shah cotée sur 100 par incréments unitaires, ou la version condensée de Collin et Wade cotée sur 20 points).

4. Explication conceptuelle détaillée

L’indice de Barthel repose sur une conceptualisation comportementale et pragmatique de l’autonomie physique. Il ne cherche pas à diagnostiquer une étiologie neurologique sous-jacente ni à mesurer une force musculaire brute sous forme de bilan analytique segmentaire ; il quantifie la répercussion concrète des incapacités sur les gestes élémentaires de survie quotidienne. L’outil opère une distinction fondamentale entre la compétence intrinsèque (ce que le patient pourrait idéalement exécuter) et la réalisation effective (ce que le sujet accomplit réellement dans son cadre de vie hospitalier ou résidentiel).

Le périmètre d’action de l’indice se focalise exclusivement sur les activités de base de la vie quotidienne (souvent abrégées ADL pour Activities of Daily Living), par opposition aux activités instrumentales plus complexes (IADL), telles que la gestion du budget, la prise médicamenteuse autonome ou la conduite automobile. Cette délimitation méthodologique rigoureuse confère à l’indice une grande robustesse, tout en imposant une limite interprétative : un patient atteignant un score parfait de 100 peut être pleinement autonome pour ses soins corporels tout en demeurant incapable de vivre seul sans supervision en raison de troubles cognitifs ou de déficits des fonctions exécutives.

La cotation de l’indice est structurée de manière ordinale non linéaire. Chaque domaine reçoit un poids relatif fondé sur le temps et l’intensité de l’aide physique humaine nécessaire si le patient perd cette fonction. Ainsi, la déambulation autonome et les transferts lit-fauteuil se voient allouer jusqu’à 15 points chacun dans la version historique, tandis que des tâches moins exigeantes en ressources soignantes, comme le brossage des dents ou le rasage, ne sont valorisées qu’à hauteur de 5 points. Cette pondération asymétrique traduit la philosophie réadaptative de l’instrument, tournée vers l’économie de soins et le degré de dépendance envers autrui.

Un autre trait distinctif de l’indice réside dans l’acceptation expresse des aides techniques. Un sujet se déplaçant de manière totalement autonome à l’aide d’une canne tripode, d’un déambulateur ou manipulant son fauteuil roulant sans l’aide d’un tiers est considéré comme indépendant pour l’item correspondant. L’instrument valorise ainsi l’efficacité de l’adaptation et la compensation technologique, ce qui en fait un baromètre particulièrement fidèle des progrès réalisés lors d’une prise en charge en rééducation physique et kinésithérapique.

5. Évolution et développement historique

Le développement de l’indice de Barthel s’inscrit dans le contexte historique de l’après-guerre, marqué par l’essor de la médecine de rééducation et la prise en charge à grande échelle des séquelles de la poliomyélite, des blessés médullaires et des accidents vasculaires cérébraux. Au début des années 1950, au sein des hôpitaux pour malades chroniques de l’État du Maryland, le personnel soignant manquait cruellement d’un langage commun pour quantifier les progrès fonctionnels au fil des mois d’hospitalisation.

Florence Barthel initia une collecte systématique d’observations comportementales standardisées auprès des infirmières et des physiothérapeutes. Ces travaux ont abouti à la première publication princeps en 1965 dans le Maryland State Medical Journal, cosignée avec le Dr Dorothea W. Mahoney sous le titre « Functional Evaluation: The Barthel Index ». Dans cette publication fondatrice, les autrices démontraient que l’indice permettait non seulement d’attester de l’efficacité d’un protocole de réhabilitation, mais également d’établir un seuil empirique (généralement fixé autour de 60 points) déterminant la probabilité d’un retour à domicile pérenne.

Au cours des décennies 1970 et 1980, l’échelle a connu une diffusion mondiale fulgurante, particulièrement impulsée par les recherches en neurologie vasculaire. En 1988, Collin et Wade ont proposé une variante cotée sur 20 points afin de simplifier l’analyse statistique tout en démontrant une corrélation presque parfaite avec le score originel sur 100. Parallèlement, Shah, Vanclay et Cooper ont introduit en 1989 une version modifiée comprenant des échelles de Likert à 5 niveaux pour chaque item, augmentant substantiellement la sensibilité au changement clinique chez les patients présentant des progrès subtils.

6. Fondements théoriques et modèles sous-jacents

Sur le plan théorique, l’indice de Barthel préfigure et s’aligne étroitement avec les modèles internationaux du handicap et du fonctionnement humain. L’instrument s’enracine initialement dans le modèle biomédical et comportemental de la réadaptation, où l’indépendance fonctionnelle est opérationnalisée par la capacité d’exécuter des séquences motrices finalisées indispensables au métabolisme et à l’hygiène sans assistance extérieure.

À la lumière de la classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) promue par l’Organisation mondiale de la santé, l’indice de Barthel se situe spécifiquement au niveau de la dimension « Activités » et évalue le sous-concept de « Performance ». Il ne mesure pas la déficience d’organe (comme une parésie musculaire ou une perte de sensibilité tactile) ni la « Participation sociale » (la reprise d’un emploi ou l’implication communautaire), mais se concentre avec rigueur sur l’exécution concrète des actions physiques individuelles.

Le modèle sous-jacent repose également sur le paradigme de la charge en soins (burden of care). Les dimensions évaluées ont été sélectionnées non pas selon une abstraction ontologique de la dignité humaine, mais à partir d’un critère empirique d’externalité soignante : chaque point perdu sur l’indice correspond directement à un quantum d’intervention physique requis de la part d’un aidant familial ou d’un soignant professionnel pour maintenir la survie et la sécurité du bénéficiaire.

7. Composantes clés, dimensions et cotation

Dans sa version classique originelle standardisée sur 100 points, l’indice de Barthel explore dix items distincts. La cotation valorise l’indépendance intégrale et sanctionne la nécessité d’une aide physique ou d’une surveillance active.

  • Alimentation (0, 5, 10 points) : Capacité à porter les aliments préparés à la bouche, à mâcher et à déglutir de manière autonome. L’usage d’une aide technique adaptée est autorisé ; si le patient a besoin qu’on lui coupe sa viande, il reçoit un score intermédiaire de 5.
  • Bain et douche (0, 5 points) : Capacité à se laver intégralement sans aucune présence ni aide soignante. L’entrée et la sortie du bac de douche ou de la baignoire doivent être totalement sécurisées et autonomes.
  • Soins corporels et hygiène personnelle (0, 5 points) : Autonomie complète pour le nettoyage du visage, le coiffage, le rasage et le brossage des dents, instruments mis à disposition.
  • Habillage (0, 5, 10 points) : Capacité à enfiler, ajuster et retirer l’ensemble des vêtements et sous-vêtements, y compris boutonner, lacer les chaussures et fermer les glissières. Un score de 5 indique le besoin d’une aide partielle.
  • Contrôle fécal (0, 5, 10 points) : Score de 10 pour une continence absolue sans accident fécaux. Un score de 5 indique des accidents occasionnels ou la nécessité d’une aide pour l’administration d’un lavement ou d’un suppositoire.
  • Contrôle urinaire (0, 5, 10 points) : Score de 10 pour une maîtrise mictionnelle diurne et nocturne sans fuites. Un score de 5 traduit des fuites sporadiques ou une autonomie partielle dans la manipulation d’un étui pénien ou d’une sonde urinaire.
  • Utilisation des toilettes (0, 5, 10 points) : Capacité à accéder au lieu d’aisance, s’asseoir, se relever, manipuler ses vêtements et s’essuyer sans surveillance ni assistance physique.
  • Transferts lit-chaise (0, 5, 10, 15 points) : Aptitude à passer de la position allongée à la position assise au bord du lit, puis à se transférer vers un fauteuil roulant ou une chaise et revenir, en toute sécurité.
  • Déambulation sur le plat (0, 5, 10, 15 points) : Capacité à parcourir au moins 50 mètres sans aide humaine ni supervision, les orthèses ou déambulateurs étant admis. Pour les sujets non ambulants, cet item évalue la propulsion autonome d’un fauteuil roulant sur 50 mètres (notée de 0 à 5 points).
  • Montée et descente des escaliers (0, 5, 10 points) : Faculté de gravir et descendre un étage de marches de façon sécurisée, l’usage de la rampe ou d’une canne étant expressément autorisé.

8. Exemples cliniques et cas illustratifs

Pour illustrer la mise en pratique de l’instrument, considérons le cas d’un patient de 68 ans pris en charge dans une unité neurovasculaire à la suite d’un accident vasculaire cérébral ischémique sylvien gauche, ayant entraîné une hémiparésie droite modérée et une aphasie d’expression partielle sans troubles phasiques majeurs de compréhension.

Lors de son admission en réadaptation à J+7, le bilan met en évidence une incontinence urinaire intermittente (5/10), une continence fécale préservée (10/10), un transfert nécessitant l’aide d’un soignant pour sécuriser l’appui (10/15), une déambulation impossible sans soutien physique bilatéral (5/15), un habillage nécessitant une assistance majeure (5/10), une toilette réalisée avec aide (0/5), une alimentation autonome une fois le plateau disposé (10/10), une dépendance pour les toilettes (5/10), l’impossibilité de monter les escaliers (0/10) et l’incapacité à prendre un bain seul (0/5). Le score total initial s’établit à 50/100, caractérisant une dépendance sévère nécessitant un encadrement médical permanent.

Après six semaines d’ergothérapie intensive, de kinésithérapie motrice et d’aménagements environnementaux, le patient est réévalué. La continence urinaire a été recouvrée (10/10), le patient se transfère seul en sécurité (15/15), marche plus de 100 mètres avec une simple canne anglaise sans aucune supervision (15/15), s’habille de manière autonome grâce à des adaptations ergonomiques comme des bandes auto-agrippantes (10/10), utilise les toilettes en toute indépendance (10/10) et monte un étage d’escalier en s’aidant de la rampe (10/10). Seul l’accès à la baignoire requiert encore une surveillance vigilante (0/5). Le nouveau score de 95/100 valide formellement la réussite de la réadaptation et autorise un retour sécurisé au domicile familial avec de simples passages infirmiers.

9. Métrologie, passation et propriétés psychométriques

D’un point de vue docimologique et psychométrique, l’indice de Barthel bénéficie d’une validité et d’une fidélité exceptionnelles, largement documentées dans la littérature internationale. La passation de l’instrument est particulièrement rapide, oscillant généralement entre cinq et dix minutes par simple entretien avec le soignant référent ou par observation écologique directe, ce qui limite considérablement le biais d’épuisement chez le patient fragile.

La fidélité inter-juges affiche des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) ou des coefficients Kappa de Cohen fréquemment supérieurs à 0,85, voire 0,95 lorsque les évaluateurs ont bénéficié d’une formation préalable aux critères d’attribution. La fidélité test-retest à court terme chez des patients cliniquement stables présente une reproductibilité du même ordre d’excellence. La cohérence interne de l’échelle, évaluée par l’alpha de Cronbach, oscille habituellement entre 0,80 et 0,92, démontrant une homogénéité satisfaisante des items tout en couvrant l’ensemble du spectre de la mobilité de base.

Sur le plan de la validité de construit, l’indice de Barthel démontre de fortes corrélations convergentes avec d’autres échelles d’autonomie motrice, notamment la Mesure de l’Indépendance Fonctionnelle (MIF / FIM) et l’échelle de Rankin modifiée. En termes de sensibilité au changement, bien que remarquable dans les zones médianes de l’échelle (scores compris entre 20 et 80), l’indice présente des limitations psychométriques bien documentées aux extrémités, matérialisées par un effet de plancher chez les patients grabataires végétatifs et un effet de plafond notable chez les patients ambulatoires réhabilités.

10. Applications cliniques et portée pratique

La portée d’application de l’indice de Barthel s’étend à un très large éventail de spécialités médicales et soignantes. En neurologie d’urgence et en neurovasculaire, il sert de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais cliniques randomisés évaluant l’efficacité des thérapeutiques de revascularisation (thrombolyse intraveineuse, thrombectomie mécanique) et des filières de soins post-AVC.

En gériatrie et en soins de suite et de réadaptation (SSR), l’indice permet d’orienter le projet de soins individualisé. Les seuils de Barthel sont universellement reconnus dans les algorithmes de décision médico-sociale :

  • 0 à 20 : Dépendance totale, requérant une prise en charge institutionnelle lourde et continue.
  • 21 à 60 : Dépendance sévère, indiquant un besoin impérieux d’assistance physique quotidienne pluriquotidienne.
  • 61 à 90 : Dépendance modérée, ouvrant la voie à un maintien à domicile sous réserve d’un étayage par des aidants et des services d’auxiliaires de vie.
  • 91 à 99 : Dépendance légère, souvent compatible avec une vie autonome moyennant des adaptations techniques mineures.
  • 100 : Indépendance complète pour les gestes de base de la survie quotidienne.

En santé publique et en épidémiologie, l’indice fournit des métriques quantitatives standardisées pour auditer la performance des filières de santé, évaluer la rentabilité médico-économique des programmes d’intervention et comparer les charges de morbidité entre différents bassins de population.

11. Recherche empirique et données probantes

Des centaines d’investigations cliniques publiées depuis plus d’un demi-siècle confirment la valeur prédictive de l’indice de Barthel. Les études pionnières conduites par Granger et ses collaborateurs dans les années 1970 ont démontré de façon robuste qu’un score inférieur à 40 lors de l’admission en centre de rééducation était prédictif d’un taux de mortalité accru et d’une probabilité d’institutionnalisation définitive multipliée par cinq comparativement aux patients débutant avec un score supérieur à 60.

Dans les grandes cohortes d’accidents vasculaires cérébraux, telles que l’étude de Wade et Langton Hewer (1987), la cinétique de récupération du score de Barthel au cours des six premiers mois a permis d’établir des courbes pronostiques standardisées. Ces données empiriques ont mis en évidence que le gain fonctionnel maximal survient principalement durant les huit premières semaines post-lésionnelles, plaidant pour une prise en charge réadaptative précoce, intensive et coordonnée.

Plus récemment, la recherche gérontologique a établi que la baisse non anticipée de l’indice de Barthel chez un sujet âgé hospitalisé constitue un biomarqueur clinique sensible du syndrome de fragilité et un signal précurseur d’évènements iatrogènes ou d’infections nosocomiales, devançant parfois les marqueurs biologiques sériques conventionnels.

12. Considérations culturelles et contextuelles

Bien que l’indice de Barthel évalue des besoins physiologiques et moteurs universels, son interprétation ne peut s’abstraire totalement des configurations architecturales et socioculturelles des individus. L’item consacré à l’utilisation des toilettes, par exemple, pose des défis transculturels : l’usage de toilettes au sol (dites « à la turque »), courantes dans certaines régions du globe, réclame une flexion articulaire extrême et une stabilité posturale bien supérieures à celles nécessaires pour s’asseoir sur une cuvette occidentale surélevée.

De même, les habitudes de bain varient profondément selon les cultures, depuis la douche rapide jusqu’au bain rituel ou à l’utilisation d’installations communautaires, influençant directement la validité écologique de l’item correspondant si une transposition littérale est effectuée sans contextualisation. Les traducteurs et cliniciens travaillant dans des environnements transculturels doivent veiller à évaluer la fonction sous-jacente (l’hygiène autonome complète) plutôt que la conformité rigide à un équipement domestique occidental typique des années 1960.

13. Critiques, controverses et limites

En dépit de son omniprésence dans la pratique clinique, l’indice de Barthel a fait l’objet de critiques méthodologiques et conceptuelles substantielles de la part des neuropsychologues, des ergothérapeutes et des psychométriciens. La principale controverse réside dans son insensibilité quasi totale aux déficits cognitifs, communicationnels et psycho-affectifs. Un patient présentant un syndrome frontal sévère, des troubles mnésiques majeurs consécutifs à une démence de type Alzheimer ou des séquelles d’aphasie globale peut obtenir un score parfait de 100 s’il n’a pas de parésie motrice, alors même qu’il est absolument incapable de vivre en sécurité sans une tutelle continue.

Une seconde limite concerne le phénomène d’effet de plafond (ceiling effect). L’indice est incapable de capturer les dysfonctions exécutives fines, l’endurance à l’effort physique prolongé, la vitesse de marche écologique ou la capacité à réintégrer une activité professionnelle ou de loisirs. Ainsi, pour les patients présentant des séquelles discrètes ou modérées, l’instrument s’avère trop rudimentaire pour refléter la réalité de leurs difficultés existentielles.

Enfin, la nature ordinale des scores est régulièrement source d’erreurs d’analyse statistique dans la recherche. Sommer des points ordinaux pour créer un score global sur 100 postule implicitement que la distance entre chaque point est égale, ce qui est mathématiquement inexact : progresser de 5 points en passant de l’incontinence à la continence fécale ne requiert ni n’implique le même investissement fonctionnel que de passer d’une aide partielle à une autonomie complète pour le brossage des dents. L’application de modèles de Rasch a toutefois permis de créer des versions à intervalles réguliers pour pallier cette lacune biométrique.

14. Termes associés et distinctions conceptuelles

Pour appréhender l’indice de Barthel avec rigueur, il convient de le situer au sein de la nosologie des outils d’évaluation fonctionnelle :

  • Mesure de l’Indépendance Fonctionnelle (MIF / FIM) : Instrument plus exhaustif composé de 18 items cotés sur une échelle de 1 à 7, intégrant non seulement les dimensions motrices (comparables au Barthel) mais également un sous-score cognitif et psychosocial explorant la communication et la cognition sociale.
  • Échelle de Katz (ADL) : Échelle gériatrique antérieure (1959) reposant sur six items hiérarchisés selon le développement ontogénétique de l’enfant ; le Barthel est plus détaillé et accorde une pondération plus substantielle à la locomotion.
  • Activités Instrumentales de la Vie Quotidienne (IADL de Lawton) : Échelle mesurant des tâches adaptatives complexes (téléphoner, cuisiner, gérer ses finances, faire les courses) dépendant étroitement des fonctions exécutives et cognitives, à l’opposé du Barthel qui n’évalue que la motricité de base.
  • Échelle de Rankin modifiée (mRS) : Échelle globale ordinale en sept points (de 0 pour l’absence de symptômes à 6 pour le décès) évaluant le handicap global après un AVC ; elle synthétise en un seul chiffre le statut fonctionnel global mais n’offre pas la finesse analytique du Barthel item par item.

15. Synthèse et points clés

L’indice de Barthel demeure un monument historique et pratique de l’évaluation clinique en santé fonctionnelle. Sa longévité s’explique par sa remarquable simplicité d’administration, sa rapidité de passation, son absence de coût et son exceptionnelle reproductibilité inter-juges au sein des équipes pluridisciplinaires.

Bien qu’il doive impérativement être complété par des outils neuropsychologiques et des échelles évaluant les activités instrumentales dès lors que l’on explore des troubles cognitifs ou la réinsertion sociale globale, il reste l’indicateur universel de choix pour mesurer la dépendance corporelle, guider les filières de rééducation motrice et planifier la dispensation des soins fondamentaux chez les personnes vulnérables.

Références

  • Collin, C., Wade, D. T., Davies, S., & Horne, V. (1988). The Barthel ADL Index: A reliability study. International Disability Studies, 10(2), 61–63. https://doi.org/10.3109/09638288809164103
  • Granger, C. V., Albrecht, G. L., & Hamilton, B. B. (1979). Outcome of comprehensive medical rehabilitation: Measurement by PULSES profile and the Barthel Index. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 60(4), 145–154.
  • Mahoney, F. I., & Barthel, D. W. (1965). Functional Evaluation: The Barthel Index. Maryland State Medical Journal, 14, 61–65.
  • Shah, S., Vanclay, F., & Cooper, B. (1989). Improving the sensitivity of the Barthel Index for stroke rehabilitation. Journal of Clinical Epidemiology, 42(8), 703–709. https://doi.org/10.1016/0895-4356(89)90065-6
  • Wade, D. T., & Collin, C. (1988). The Barthel ADL Index: A standard measure of physical disability?. International Disability Studies, 10(2), 89–92. https://doi.org/10.3109/09638288809164107

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 26). Indice de Barthel : Mesure de l’Autonomie. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=indice-de-barthel
Looti, Mohammed. “Indice de Barthel : Mesure de l’Autonomie.” Base de données de psychologie en français, 26 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=indice-de-barthel.
Looti, Mohammed. “Indice de Barthel : Mesure de l’Autonomie.” Base de données de psychologie en français. octobre 26, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=indice-de-barthel.