L’exigence d’aptitude ou d’habilitation psychologique constitue un processus diagnostique et réglementaire rigoureux visant à évaluer la compatibilité structurelle, émotionnelle et cognitive d’un individu avec des responsabilités à haut risque ou des interventions médicales irréversibles. Présente au croisement de la psychologie clinique, de la psychologie du travail et de la psychologie médico-légale, cette démarche garantit la sécurité individuelle et collective en prévenant les décompensations psychopathologiques et les défaillances critiques en milieu opérationnel.
Exigence d’aptitude psychologique
1. Définition concise
Une exigence d’aptitude psychologique (souvent désignée en anglais sous le terme de clearance requirement) représente une condition préalable, statutaire ou clinique, imposant une évaluation standardisée du fonctionnement psychologique d’un individu avant l’octroi d’une autorisation spécifique. Cette autorisation peut concerner l’accès à des fonctions opérationnelles sensibles, le maniement d’armes létales, l’accès à des renseignements classifiés de haute sécurité, ou encore l’autorisation médicale préalable à des actes thérapeutiques invasifs tels que les chirurgies bariatriques, les greffes d’organes ou les transitions de genre médicalisées.
Sur le plan conceptuel, cette exigence ne se limite pas à l’absence de troubles psychiatriques manifestes répertoriés dans les nosographies internationales. Elle englobe également l’appréciation globale des capacités d’adaptation, de la stabilité émotionnelle, du jugement éthique, de la résistance au stress chronique et des mécanismes de défense déployés face à l’adversité.
Dans le champ de la santé comportementale, cette procédure vise principalement à déterminer si les ressources psychologiques du sujet sont suffisantes pour naviguer les exigences extrêmes de la situation visée, tout en minimisant les risques de préjudice pour le patient lui-même, pour autrui et pour les organisations concernées.
2. Étymologie et origine linguistique
Le mot français « exigence » provient du bas latin exigentia, lui-même dérivé du verbe latin exigere, signifiant « chasser hors de », « exiger », « réclamer avec autorité » ou « peser avec justesse ». Il renvoie à l’idée d’une condition rigoureuse imposée par une autorité normative ou une nécessité intrinsèque.
Le terme « aptitude » dérive du latin aptitudo, issu de l’adjectif aptus signifiant « attaché », « lié », « propre à » ou « approprié ». Dans le domaine médico-psychologique, l’aptitude désigne la disposition naturelle ou acquise d’un individu à accomplir une tâche ou à supporter une charge biopsychosociale déterminée.
L’équivalent anglophone psychological clearance puise ses racines dans le vieux français « clair », issu du latin clarus, signifiant éclatant, évident ou transparent. Le terme militaire et maritime clearance a évolué au XIXe et XXe siècles pour signifier le fait de libérer un navire, une marchandise ou un individu de tout soupçon, restriction ou obstacle juridique après vérification minutieuse. Son intégration dans la pratique psychologique et psychiatrique moderne s’est opérée au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide, lorsque les services de renseignement et les états-majors ont institutionnalisé des protocoles d’autorisation formelle fondés sur des examens de santé mentale.
3. Prononciation et forme grammaticale
L’expression « exigence d’aptitude psychologique » est un syntagme nominal féminin. Sa transcription phonétique en alphabet phonétique international (API) s’écrit : /ɛɡ.zi.ʒɑ̃s d‿ap.ti.tyd psi.kɔ.lɔ.ʒik/. Au pluriel, elle devient « exigences d’aptitude psychologique » ou « exigences d’aptitudes psychologiques ».
Sur le plan grammatical, « exigence » constitue le noyau nominal, complété par le groupe prépositionnel « d’aptitude », lequel est qualifié par l’adjectif relationnel « psychologique ». Dans le discours institutionnel francophone, on rencontre également des locutions synonymes telles que « habilitation psychologique », « agrément médico-psychologique », « clairance psychologique » (emprunt morphologique parfois utilisé en contexte hospitalier) ou « certificat d’aptitude mentale ».
Le terme s’utilise généralement avec des verbes d’obligation ou d’action procédurale, par exemple : « satisfaire à l’exigence d’aptitude psychologique », « lever une exigence », ou « se soumettre à un protocole d’habilitation psychologique ».
4. Explication conceptuelle détaillée
L’exigence d’aptitude psychologique repose sur une dialectique complexe entre le droit individuel à l’autonomie et le devoir collectif de précaution et de bienfaisance. Contrairement à une évaluation psychothérapeutique classique, dans laquelle le patient sollicite une aide pour soulager une souffrance intime, l’évaluation d’aptitude intervient généralement dans un cadre mandataire où le praticien répond à une commande institutionnelle, corporative ou médico-chirurgicale. Le psychologue ou le psychiatre n’agit pas ici en tant qu’allié thérapeutique immédiat, mais en qualité d’évaluateur impartial chargé d’objectiver la viabilité psychologique d’un projet de vie ou d’une affectation professionnelle.
Dans le domaine organisationnel et de haute sécurité (défense, armement, énergie nucléaire, aviation civile), l’exigence vise à prévenir les comportements déviants, l’altération subite du discernement opérationnel, les décompensations psychotiques en mission et les actes de sabotage ou de trahison. Les experts mesurent des dimensions telles que l’intégrité morale, la tolérance à la frustration, le contrôle de l’impulsivité, l’absence de traits de personnalité antisociaux ou paranoïaques, et la capacité à collaborer sous pression extrême. L’évaluation sert ici de rempart contre le risque catastrophique.
Dans le domaine somatique et chirurgical, l’exigence d’aptitude poursuit un objectif médico-éthique fondamental : s’assurer que le patient possède le discernement cognitif nécessaire pour consentir de manière libre et éclairée, qu’il appréhende pleinement la nature des risques et des transformations post-opératoires, et qu’il dispose du soutien psychosocial et des stratégies d’adaptation requis pour adhérer au protocole de soins au long cours. Par exemple, lors d’une chirurgie bariatrique ou d’une transplantation d’organe, le refus temporaire ou le report de l’habilitation ne constitue pas une sanction morale, mais une mesure protectrice visant à traiter en amont une dépression majeure, une addiction non stabilisée ou un trouble du comportement alimentaire qui compromettrait gravement la survie du patient après l’intervention.
La délimitation des frontières de l’habilitation est essentielle : elle ne prédit pas l’infaillibilité d’un être humain pour l’éternité, mais certifie un état fonctionnel optimal et une résilience statistiquement satisfaisante au moment de l’examen et pour une période temporellement circonscrite. Elle comporte inévitablement un seuil de probabilité et de tolérance au risque déterminé par les normes déontologiques et légales en vigueur.
5. Évolution historique
Les prémices des exigences d’aptitude psychologique remontent à la Première Guerre mondiale, période durant laquelle la psychiatrie militaire américaine a développé les tests Army Alpha et Beta sous la direction de Robert Yerkes afin de filtrer massivement les recrues inaptes ou intellectuellement vulnérables à l’épreuve des tranchées. Ces premiers instruments standardisés visaient avant tout la détection des déficits intellectuels et des psychopathologies sévères susceptibles d’entraver le fonctionnement des unités militaires.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le Bureau des services stratégiques (OSS), sous la direction de pionniers comme Donald MacKinnon et Henry Murray, a considérablement complexifié ces exigences en concevant les premiers véritables centres d’évaluation de la personnalité opérationnelle. Il ne s’agissait plus seulement d’exclure les sujets pathologiques, mais d’identifier des profils exceptionnellement résilients, capables de supporter l’isolement, la torture et le stress prolongé derrière les lignes ennemies. Ces travaux ont jeté les fondations théoriques de l’évaluation multifactorielle de l’aptitude.
Dans les décennies 1950 et 1960, l’avènement de l’ère nucléaire, de la guerre froide et de la conquête spatiale a conduit à la formalisation institutionnelle des exigences d’habilitation de sécurité. Les protocoles gouvernementaux ont intégré des batteries psychologiques approfondies pour filtrer le personnel des silos de missiles et les premiers astronautes de la NASA. C’est à cette époque que la notion de security clearance s’est enrichie d’un volet d’évaluation de la personnalité et de la vulnérabilité au chantage émotionnel.
À partir des années 1970 et 1980, le concept a franchi les frontières du monde militaire et industriel pour s’implanter au cœur de la médecine tertiaire. L’essor de la chirurgie de transplantation cardiaque et rénale, suivi de la chirurgie bariatrique et des procédures d’implantation d’appareils de stimulation cérébrale ou médullaire, a imposé l’intervention systématique de psychiatres et de psychologues de liaison pour statuer sur la clairance des candidats aux greffes et aux chirurgies complexes.
Aujourd’hui, avec la complexification des menaces asymétriques, de la cybersécurité et l’émergence des thérapies médicales de haute précision, les exigences d’aptitude psychologique font l’objet d’une réactualisation permanente, intégrant les neurosciences cognitives et des protocoles éthiques de plus en plus stricts encadrant les droits individuels.
6. Fondements théoriques
L’exigence d’aptitude psychologique repose sur une architecture conceptuelle pluridisciplinaire combinant le modèle diathèse-stress, la théorie des traits de personnalité et l’approche socio-cognitive du fonctionnement exécutif.
Le modèle diathèse-stress, conceptualisé notamment par Paul Meehl et développé par la psychopathologie cognitive, postule qu’un individu porte des vulnérabilités biologiques, psychologiques ou environnementales latentes (la diathèse) qui ne s’expriment cliniquement que lorsqu’elles sont déclenchées par un niveau critique d’événements stresseurs. Dans le cadre de l’évaluation d’aptitude, le psychologue évalue précisément l’écart entre la charge allostatique prévisible du poste ou de l’opération chirurgicale et la capacité de l’individu à absorber cette charge sans basculer dans la rupture pathologique.
La théorie des traits de personnalité, articulée autour du modèle du modèle des Big Five (les cinq grands facteurs : Ouverture, Conscienciosité, Extraversion, Agréabilité, Neuroticisme) développé par Paul Costa et Robert McCrae, fournit un cadre psychométrique indispensable. Les exigences d’aptitude recherchent généralement des niveaux modérés à élevés de Conscienciosité (associés au respect des règles, à la rigueur méthodologique et à la prudence) et des niveaux faibles de Neuroticisme (synonyme de stabilité affective, de faible réactivité à la panique et de contrôle des émotions négatives).
Sur le plan des neurosciences cognitives, l’aptitude mobilise la théorie des fonctions exécutives hébergées dans le cortex préfrontal : l’inhibition motrice et émotionnelle, la flexibilité cognitive, la mémoire de travail et la prise de décision en situation d’ambiguïté. Une défaillance de ces mécanismes sous stress aigu compromet l’aptitude requise pour le pilotage d’avions de ligne ou la gestion d’incidents critiques en centrale nucléaire.
Enfin, la psychologie de la santé apporte les modèles d’adhésion thérapeutique, tels que le modèle des croyances relatives à la santé (Health Belief Model) et la théorie du comportement planifié d’Icek Ajzen, qui structurent les exigences d’aptitude chirurgicale en quantifiant la motivation interne, l’auto-efficacité perçue et la compréhension des impératifs comportementaux post-opératoires.
7. Composantes clés, typologies et dimensions
L’exigence d’aptitude psychologique se décline en différentes dimensions structurelles selon le domaine d’application. Elle peut être classifiée en sous-catégories méthodologiques et fonctionnelles précises :
- L’aptitude opérationnelle et de sécurité publique : Concerne les forces de police, les agents de sécurité pénitentiaire et les personnels armés. Elle évalue le contrôle pulsionnel, l’absence de sadisme, la propension à l’usage disproportionné de la force et la capacité à désamorcer les conflits sous haute charge émotionnelle.
- L’aptitude de haute sécurité nationale et d’intégrité : Requise pour l’accès aux secrets d’État et aux technologies sensibles. Elle analyse la vulnérabilité à la manipulation, la présence d’addictions cachées (jeu d’argent, alcoolisme), la suggestibilité et les troubles de la personnalité narcissique ou antisociale.
- L’aptitude aux environnements extrêmes et isolés : Exigée pour les sous-mariniers, les personnels des bases polaires ou les astronautes. Cette dimension sonde l’adaptabilité interpersonnelle, la tolérance à la privation sensorielle et à la monotonie, et la résistance à l’usure relationnelle en milieu confiné.
- L’aptitude pré-chirurgicale et médicale invasive : Appliquée aux transplantations d’organes vitaux, à la chirurgie du rachis ou aux interventions bariatriques. Elle explore la compréhension de la procédure, la stabilité psychiatrique, l’absence de comportements d’auto-sabotage et l’existence d’un réseau de soutien social fonctionnel.
- L’aptitude de maintien en fonction (Fitness-for-Duty) : Évaluation déclenchée lorsqu’un employé en poste manifeste des signes d’altération cognitive, des propos incohérents ou un comportement erratique mettant en péril la sécurité des opérations.
8. Exemples et cas illustratifs
Pour mieux comprendre la mise en œuvre pratique de ces exigences, considérons deux situations types issues de la pratique clinique et organisationnelle contemporaine :
Cas 1 : L’évaluation d’aptitude pour le recrutement en unité d’intervention policière d’élite.
Le candidat X présente des antécédents professionnels exemplaires et d’excellentes capacités physiques. Lors de l’évaluation standardisée d’habilitation psychologique, les tests d’inventaire de la personnalité révèlent une élévation significative sur l’échelle de recherche de sensations et une tendance marquée à la rationalisation de l’agressivité. Durant l’entretien clinique en situation de fatigue induite, le psychologue identifie une rigidité psychologique face à la contradiction et une incapacité à reconnaître ses propres signaux d’anxiété. L’expert conclut à une non-aptitude pour l’unité d’intervention, motivée par un risque accru de prise de décision téméraire et de refus d’obtempérer lors d’opérations sous menace armée.
Cas 2 : L’habilitation psychologique préopératoire pour don d’organe entre vifs (greffe rénale).
Une femme de 42 ans souhaite donner un rein à son frère aîné. L’exigence légale et éthique impose une évaluation par un psychologue indépendant de l’équipe de néphrologie. L’investigation démontre que la donneuse potentielle comprend parfaitement les risques chirurgicaux, mais qu’elle fait l’objet d’une pression familiale intense et de culpabilisation insidieuse de la part de ses parents. L’évaluation met également en lumière un état dépressif sous-jacent non traité. Le psychologue suspend temporairement l’aptitude, préconise un soutien psychothérapeutique individuel et exige un délai de réflexion de trois mois hors de la présence du cercle familial afin de garantir la totale liberté et l’authenticité de son consentement.
9. Mesure et évaluation psychologique
L’administration d’une exigence d’aptitude psychologique ne repose jamais sur une intuition subjective isolée ; elle fait appel à une batterie multiméthode standardisée, validée scientifiquement et encadrée par des guides de bonnes pratiques professionnelles :
Au cœur de l’arsenal psychométrique figurent les inventaires objectifs de la personnalité à large spectre. Le Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI-3 ou MMPI-2-RF) représente l’instrument le plus largement utilisé au niveau mondial pour détecter la psychopathologie clinique et l’exagération ou la dissimulation de symptômes, grâce à ses échelles de validité sophistiquées. Le Personality Assessment Inventory (PAI) constitue une alternative majeure, particulièrement appréciée pour sa précision dans la mesure des traits limites, de l’agressivité et de l’abus de substances.
L’entretien clinique semi-structuré constitue la deuxième clé de voûte du processus. Conduit par un clinicien expérimenté, il permet d’approfondir l’histoire de vie, d’évaluer l’expression affective, la cohérence du discours et de confronter avec tact le sujet aux divergences relevées dans les tests psychométriques. L’examinateur recherche activement des indices de dissimulation ou de présentation de soi favorable (désirabilité sociale).
Dans les contextes d’aptitude cognitive ou neurocognitive (pilotes, aiguilleurs du ciel), des tests d’attention soutenue, de vigilance psychomotrice et de fonctions exécutives complètent le tableau. Enfin, l’examen collatéral — recueil d’informations auprès de la médecine du travail, antécédents disciplinaires ou médicaux, entretiens avec l’entourage dans les cas autorisés par la loi — permet d’assurer une triangulation rigoureuse des données empiriques.
10. Applications et portée pratique
Les exigences d’aptitude psychologique exercent une influence prépondérante dans de nombreux secteurs névralgiques de la société contemporaine :
Dans le domaine de l’aviation civile et militaire, les règlements internationaux imposent des bilans réguliers de santé mentale pour les équipages de conduite. L’accident tragique du vol 9525 de la Germanwings en 2015 a mis en exergue l’impérieuse nécessité de renforcer la surveillance psychologique continue et de lever les obstacles communicationnels entre la médecine du travail et les compagnies lorsque la sécurité publique est menacée.
Dans le secteur de la justice pénale et de la police, ces exigences permettent de filtrer les postulants porteurs de traits d’autoritarisme pathologique, de racisme systémique intériorisé ou d’instabilité affective, contribuant ainsi à la déontologie policière et à la pacification des rapports entre forces de l’ordre et citoyens.
Dans les industries à haut risque technologique (pétrochimie, transports ferroviaires, centrales nucléaires), l’évaluation d’aptitude psychologique prévient les catastrophes industrielles en s’assurant que les opérateurs en salle de commande possèdent la réserve cognitive nécessaire pour gérer les alertes multiples sans sidération intellectuelle.
Dans le domaine de la bioéthique et des thérapies de pointe, elle assure la sauvegarde de l’intégrité psychique des patients recevant des cœurs artificiels totaux, des implants neuronaux profonds ou participant à des essais cliniques novateurs aux effets potentiellement déstabilisants pour le sentiment d’identité personnelle.
11. Recherche et données empiriques
La recherche académique consacrée aux exigences d’aptitude psychologique se concentre sur la validité prédictive des instruments, la détection des faux négatifs et la gestion de la désirabilité sociale.
Des méta-analyses majeures, notamment celles menées par des chercheurs comme Paul R. Sackett ou Deniz S. Ones dans le champ de la psychologie industrielle et organisationnelle, ont démontré que les tests d’intégrité et les inventaires de personnalité bien standardisés corrèlent de façon significative avec la réduction des comportements contre-productifs au travail (vols, violence, absentéisme, manquements à la sécurité). Ces études confirment qu’une exigence d’aptitude rigoureuse diminue statistiquement l’occurrence d’incidents critiques dans les postes à responsabilité.
Dans le domaine médical, les recherches longitudinales publiées par des auteurs comme David B. Sarwer sur les candidats à la chirurgie bariatrique ont mis en évidence que les patients ayant bénéficié d’une évaluation psychologique préopératoire approfondie — assortie d’une prise en charge ciblée de leurs troubles alimentaires préalables — présentent une perte de poids plus durable et un taux de réadmission psychiatrique significativement inférieur à ceux opérés sans filtrage psychologique.
D’autres travaux contemporains s’intéressent à l’intelligence artificielle et au traitement automatique du langage naturel pour analyser les transcriptions d’entretiens ou les micro-expressions faciales lors des évaluations d’aptitude. Cependant, la communauté scientifique demeure prudente, rappelant que l’intelligence artificielle ne saurait remplacer l’analyse clinique globale et éthique d’un praticien humain qualifié.
12. Considérations culturelles et transculturelles
La validité d’une exigence d’aptitude psychologique dépend intrinsèquement des normes culturelles dans lesquelles elle s’inscrit. Les critères définissant ce qui constitue un comportement « adapté », « stable » ou « rationnel » varient selon les aires géographiques et les traditions philosophiques :
Dans les cultures individualistes occidentales, l’aptitude est souvent évaluée au prisme de l’autonomie personelle, de l’assertivité, de l’expression directe des émotions et de la responsabilisation individuelle. En revanche, dans les cultures collectivistes, une retenue émotionnelle marquée, la déférence hiérarchique et la conformité au groupe sont perçues comme des signes de maturité et d’équilibre, tandis qu’un clinicien occidental non averti pourrait y voir une inhibition excessive ou un manque d’initiative.
La mesure psychométrique pose également le problème du biais transculturel des tests. Des instruments comme le MMPI ont nécessité des décennies de réétalonnage pour éviter de sur-pathologiser les minorités ethniques ou culturelles, dont les réponses à certaines questions existentielles ou spirituelles pouvaient être erronément interprétées comme des manifestations de paranoïa ou de pensée magique.
L’évaluation transculturelle requiert donc de l’examinateur une solide compétence culturelle afin de distinguer une réelle défaillance adaptative d’une simple divergence socioculturelle par rapport à la norme dominante du pays d’accueil.
13. Critiques, débats et limites
L’application d’exigences d’aptitude psychologique soulève d’importantes controverses déontologiques, juridiques et épistémologiques :
La critique principale concerne le risque inhérent de « faux positifs » (un individu parfaitement sain exclu à tort) et de « faux négatifs » (un individu vulnérable ou dangereux qui franchit les mailles du filet). Aucune méthode psychologique ne possédant une sensibilité et une spécificité absolues de 100 %, l’attribution ou le refus d’une habilitation peut briser une carrière professionnelle ou priver un patient d’une intervention médicale vitale sur la base d’une prédiction probabiliste imparfaite.
Un autre débat récurrent porte sur la « simulation positive » ou le fardage (faking good). Les candidats informés connaissent les profils idéaux attendus et peuvent adapter artificiellement leurs réponses aux questionnaires psychométriques. Malgré la présence d’échelles de mensonge et de détection sophistiquées, certains profils machiavéliques ou très entraînés parviennent à dissimuler leurs troubles réels.
Sur le plan éthique, les critiques dénoncent parfois la dérive du pouvoir discrétionnaire des évaluateurs, qui peuvent devenir les gardiens zélés de l’ordre établi ou projeter inconsciemment leurs propres préjugés de classe ou de genre. Dans certains cas, l’exigence d’habilitation a été accusée d’être instrumentalisée comme un outil de contrôle social ou d’exclusion arbitraire sous couvert de caution médicale et scientifique.
14. Termes connexes et distinctions conceptuelles
Il est impératif de distinguer l’exigence d’aptitude psychologique d’autres concepts médico-légaux voisins qui prêtent souvent à confusion :
- Aptitude psychologique vs Capacité juridique : La capacité juridique renvoie à l’aptitude légale d’une personne à exercer ses droits (vendre un bien, tester, contracter), protégée par la loi civile, tandis que l’aptitude psychologique évalue une compétence fonctionnelle et opérationnelle contextuelle.
- Aptitude psychologique vs Responsabilité pénale : La responsabilité pénale examine si, au moment précis d’une infraction passée, le sujet souffrait d’un trouble ayant aboli ou altéré son discernement. L’habilitation psychologique est quant à elle prospective : elle évalue les probabilités d’adaptation et de stabilité futures.
- Aptitude psychologique vs Diagnostic clinique usuel : Un diagnostic identifie une maladie selon les critères du DSM ou de la CIM en vue d’un traitement. L’évaluation d’aptitude utilise les données diagnostiques mais va au-delà, en mesurant l’impact pragmatique du profil mental sur une activité définie.
- Habilitation de sécurité (Security Clearance) administrative vs Habilitation psychologique : L’habilitation de sécurité administrative examine l’ensemble de la vie d’un individu (dettes financières, fidélité à la nation, casier judiciaire, relations étrangères), dont le bilan psychologique n’est qu’un volet contributif.
15. Synthèse et points clés
L’exigence d’aptitude psychologique constitue un dispositif de régulation incontournable dans les sociétés hautement technologiques et procédurales. Ses aspects fondamentaux peuvent être résumés ainsi :
- Elle désigne une évaluation formelle et standardisée attestant de la robustesse émotionnelle, cognitive et comportementale d’une personne avant l’accès à un rôle à risque ou à un acte médical majeur.
- Elle sert un double objectif de protection de la collectivité contre les défaillances critiques et de protection du sujet contre des situations dépassant ses capacités de résilience.
- Sa méthodologie combine impérativement des tests psychométriques validés (MMPI, PAI), des entretiens cliniques approfondis et la triangulation de données comportementales réelles.
- Elle requiert une prudence éthique extrême afin de prévenir les discriminations abusives et les erreurs d’interprétation transculturelles, tout en maintenant un standard de rigueur scientifique intransigeant.
Références
- American Psychological Association. (2014). Specialty guidelines for forensic psychology. American Psychologist, 68(1), 7-19. https://www.apa.org/practice/guidelines/forensic-psychology
- Ben-Porath, Y. S., & Tellegen, A. (2020). Minnesota Multiphasic Personality Inventory-3 (MMPI-3): Technical manual. Pearson.
- Corey, D. M., & Borum, R. (2013). Forensic assessment for high-risk occupations. In R. K. Otto & I. B. Weiner (Eds.), Handbook of Psychology: Forensic Psychology (Vol. 11, pp. 246-270). John Wiley & Sons.
- Sackett, P. R., & Walmsley, P. T. (2014). Which personality attributes are most important in the workplace? Perspectives on Psychological Science, 9(5), 538-551. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1745691614543972
- Sarwer, D. B., & Heinberg, L. J. (2020). A review of the psychological aspects of bariatric surgery. American Psychologist, 75(2), 252-264. https://doi.org/10.1037/amp0000574