Comportement reproducteur : Dynamiques du vivant

Découvrez les fondements éthologiques, biologiques et psychologiques du comportement reproducteur, de la sélection sexuelle aux dynamiques d’accouplement.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 27, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 27, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Le comportement reproducteur constitue l’un des piliers fondamentaux de la biologie évolutive, de l’éthologie et de la psychologie comparée. Véritable moteur de la sélection sexuelle et de la perpétuation génétique, il orchestre les interactions complexes qui précèdent, accompagnent et consolident l’acte de procréation à travers l’ensemble du règne animal.

Comportement reproducteur

1. Définition concise

Le comportement reproducteur désigne l’ensemble coordonné des patrons d’action comportementaux, physiologiques et sociaux déployés par un organisme dans le but de s’accoupler, de transmettre son patrimoine génétique et d’assurer, le cas échéant, la survie de sa descendance. En psychologie comparative et en éthologie, cette notion englobe aussi bien la recherche de partenaires, les rituels de cour et la copulation que les comportements parentaux consécutifs.

Sur le plan fonctionnel, ce répertoire comportemental maximise la valeur sélective (ou fitness) individuelle en répondant à des contraintes écologiques et phylogénétiques strictes. Loin d’être un acte purement mécanique ou instinctif uniforme, il s’agit d’un système dynamique où s’articulent des signaux neuroendocriniens internes, des rétroactions environnementales et des arbitrages stratégiques entre coût énergétique et succès reproductif.

Chez l’être humain, ce construit intègre des dimensions cognitives, symboliques et affectives singulières, où la sexualité se détache partiellement de la seule finalité procréatrice pour s’inscrire dans des logiques d’attachement, d’érotisme, de statut social et d’organisation culturelle des liens interpersonnels.

2. Étymologie et origines linguistiques

L’expression française « comportement reproducteur » associe deux termes aux racines latines profondes. Le mot « comportement » découle de l’ancien français « comporter », lui-même issu du verbe latin comportare (composé du préfixe cum-, « avec, ensemble », et de portare, « porter, transporter »). Au fil des siècles, et particulièrement sous l’impulsion de la psychologie behavioriste au début du XXe siècle, le terme a pris le sens de la manière d’agir et de réagir d’un organisme face à des stimuli environnementaux.

Le qualificatif « reproducteur » dérive du verbe latin médiéval reproducere, constitué du préfixe itératif re- (« à nouveau ») et de producere (« faire avancer, engendrer, mettre au jour »). Dans le contexte biologique moderne, le terme est formalisé pour qualifier les mécanismes cellulaires, anatomiques puis comportementaux par lesquels les formes de vie se perpétuent d’une génération à l’autre.

Dans la littérature anglophone, l’expression correspondante breeding behavior s’est enracinée dans le vocabulaire agronomique et zoologique dès le XVIIIe siècle, avant d’être intégrée dans l’éthologie académique par des chercheurs tels que Julian Huxley et Konrad Lorenz pour distinguer la dynamique globale de reproduction des simples réflexes copulatoires.

3. Prononciation et formes grammaticales

Sur le plan phonétique, « comportement reproducteur » se transcrit dans l’alphabet phonétique international sous la forme : /kɔ̃.pɔʁ.tə.mɑ̃ ʁə.pʁɔ.dyk.tœʁ/. Il s’agit d’un groupe nominal masculin singulier dont le pluriel s’écrit « comportements reproducteurs » (/kɔ̃.pɔʁ.tə.mɑ̃ ʁə.pʁɔ.dyk.tœʁ/).

Dans les textes spécialisés de langue française, on rencontre également des variantes d’usage telles que « comportement de reproduction » ou, dans une perspective plus orientée vers les choix stratégiques de l’organisme, « stratégies de reproduction » ou « patron reproductif ». L’adjectif « reproducteur » s’accorde au féminin sous la forme « reproductrice » lorsqu’il qualifie des notions connexes telles que la « maturité reproductrice » ou l’« attitude reproductrice ».

Sur le plan syntaxique, le syntagme peut fonctionner comme sujet d’actions fonctionnelles (« le comportement reproducteur régule la densité des populations ») ou comme complément d’objet d’analyses écologiques (« observer, modéliser ou quantifier le comportement reproducteur »).

4. Explication conceptuelle détaillée

Le comportement reproducteur ne se résume pas à l’accouplement ponctuel ; il forme une séquence comportementale hautement structurée qui s’étend sur des échelles de temps variées. Cette séquence s’amorce généralement par l’établissement d’un territoire ou la recherche active de congénères réceptifs, se poursuit par la parade nuptiale, culmine dans la fécondation (interne ou externe) et s’étend fréquemment aux soins prodigués aux œufs ou aux jeunes. Chaque étape exige une coordination fine entre la physiologie de l’individu et les caractéristiques de son milieu.

Le déclenchement de ces comportements repose sur une réactivité hormonale sous contrôle de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique. Les variations de photopériode, de température, de disponibilité alimentaire ou de signaux sociaux modulent la sécrétion de gonadolibérine (GnRH), qui stimule la libération de gonadotrophines (LH et FSH), induisant à son tour la production d’hormones stéroïdes stéroidiennes comme la testostérone, les œstrogènes et la progestérone. Ces messagers chimiques réorganisent les circuits neuronaux centraux afin d’orienter la motivation, la réceptivité sensorielle et l’agressivité intraspécifique vers des objectifs reproductifs.

Parallèlement, la dimension communicative est fondamentale. Le comportement reproducteur est un théâtre de signaux intraspécifiques : signaux visuels (plumages bariolés, mouvements synchronisés), signaux acoustiques (chants d’oiseaux, coassements, brame du cerf), signaux chimiques (sécrétion de phéromones) et signaux tactiles. Ces signaux remplissent une triple fonction : identifier l’espèce et le sexe du partenaire potentiel, évaluer sa qualité génétique et son état de santé via des indicateurs honnêtes, et synchroniser la physiologie reproductive des deux partenaires pour optimiser la fécondation.

L’investissement parental constitue le prolongement logique du comportement reproducteur. Défini par Robert Trivers comme tout investissement fait par un parent dans un descendant individuel qui augmente la chance de survie dudit descendant au coût de la capacité du parent d’investir dans d’autres descendants, il crée des asymétries majeures. Selon l’importance de cet investissement, les espèces adoptent des systèmes d’accouplement très contrastés : monogamie, polygynie, polyandrie ou promiscuité polygyne-polyandre.

Enfin, chez les primates supérieurs et singulièrement chez l’être humain, le comportement reproducteur subit une enculturation profonde. L’intervention des fonctions exécutives du cortex préfrontal, des conventions morales, des règles de parenté et des constructions identitaires nuance considérablement les impératifs biologiques, transformant la pulsion d’appariement en un fait social total façonné par le langage, les symboles et l’histoire.

5. Développement historique

L’étude systématique du comportement reproducteur s’enracine au XIXe siècle avec la révolution darwinienne. Dans son ouvrage fondamental de 1871, La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, Charles Darwin postule que la lutte pour l’existence n’explique pas à elle seule les caractères exubérants ou désavantageux pour la survie (comme la queue du paon). Il introduit le concept révolutionnaire de sélection sexuelle, divisée en sélection intrasexuelle (compétition entre individus de même sexe) et sélection intersexuelle (choix de partenaire par le sexe opposé).

Au début du XXe siècle, des précurseurs comme Julian Huxley examinent les parades nuptiales des grèbes huppés, mettant en lumière le phénomène de « ritualisation », processus par lequel des mouvements locomoteurs ou de toilettage ordinaires se muent, au fil de l’évolution, en signaux de communication stéréotypés. Durant les années 1930 et 1940, la fondation de l’éthologie classique par Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen confère une assise empirique rigoureuse à ces observations. Tinbergen, grâce à ses célèbres « quatre questions » (causes proximales, ontogenèse, valeur de survie, phylogenèse), offre une grille d’analyse canonique applicable aux comportements nuptiaux.

Les décennies 1960 et 1970 marquent un tournant conceptuel majeur avec l’émergence de l’écologie comportementale et de la sociobiologie. Les travaux de William D. Hamilton sur la sélection de parentèle (1964), de George C. Williams sur l’adaptationnisme individuel (1966), et surtout de Robert Trivers sur l’investissement parental (1972) redéfinissent le comportement reproducteur non plus comme le bien d’une espèce (« pour la survie de l’espèce »), mais comme une arène de conflits d’intérêts génétiques entre individus et sexes.

À partir des années 1980 et 1990, l’apport des techniques d’empreintes génétiques par ADN révolutionne l’étude des systèmes d’accouplement. Des chercheurs découvrent que la monogamie sociale chez les oiseaux dissimule très fréquemment des copulations hors-couple, révélant la distinction essentielle entre système social et système génétique d’accouplement. Plus récemment, les neurosciences cognitives et l’imagerie cérébrale ont identifié les substrats neurochimiques (notamment le système oxytocinergique et vasopressinergique) régulant le lien de couple et les comportements parentaux.

6. Fondements théoriques

Le cadre théorique prédominant du comportement reproducteur repose sur la théorie de la sélection sexuelle et l’anisogamie. L’anisogamie — la fusion de deux gamètes de tailles inégales — constitue le point de départ asymétrique fondamental : le mâle produit des millions de spermatozoïdes minuscules et mobiles à faible coût métabolique, tandis que la femelle produit un nombre restreint d’ovocytes volumineux et riches en réserves nutritives. Cette différence initiale prédit une divergence évolutive dans les rôles sexuels, théorisée par le principe de Bateman (1948), selon lequel la variance du succès reproducteur des mâles est généralement supérieure à celle des femelles.

La théorie du choix du partenaire s’appuie sur deux modèles majeurs :

Le premier est le modèle du signal honnête et le principe du handicap d’Amotz Zahavi (1975). Selon Zahavi, les ornements coûteux, encombrants ou énergétiquement dispendieux constituent des indicateurs fiables de la résistance parasitaire ou de la vigueur physiologique de l’émetteur, car un individu de moindre qualité ne pourrait pas supporter le coût d’une telle parure sans succomber.

Le second modèle est celui du processus d’emballement fisherien (Fisherian runaway), proposé par Ronald Fisher en 1930. Selon cette approche, une corrélation génétique s’établit entre une préférence arbitraire chez les femelles et un trait physique chez les mâles, entraînant un cercle d’auto-renforcement évolutif rapide qui produit des caractères sexuels secondaires d’une démesure saisissante.

Enfin, la théorie des conflits sexuels, développée par Geoff Parker, met en évidence que les intérêts reproductifs des mâles et des femelles ne convergent jamais parfaitement. Ce désaccord perpétuel mène à une coévolution antagoniste : stratégies mâles pour forcer ou monopoliser la fécondation (ex. bouchons copulateurs, protéines du liquide séminal manipulatoires) opposées à des adaptations femelles pour préserver le libre choix du sperme ou limiter les coûts physiologiques des accouplements répétés.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’analyse fine du comportement reproducteur requiert sa décomposition en sous-ensembles fonctionnels et typologiques :

  • Recherche et localisation de partenaires : Déploiement de stratégies d’exploration spatiale, territorialité, patrouilles olfactives et émission de signaux longue portée pour entrer en contact avec des individus conspécifiques réceptifs.
  • Parade nuptiale et sélection intersexuelle : Séquences stéréotypées combinant danses, postures hiératiques, vocalises complexes et offrandes nuptiales permettant la reconnaissance spécifique, l’apaisement de l’agressivité et l’évaluation réciproque.
  • Compétition intrasexuelle : Combats ritualisés, joutes territoriales, maintien de hiérarchies de dominance et compétition spermatique au sein du tractus génital de la femelle.
  • Copulation et fertilisation : Comportements mécaniques d’appariement, lordose chez les rongeurs, amplexus chez les amphibiens, synchronisation de l’éjaculation et de l’ovulation.
  • Systèmes d’accouplement : Typologies structurales comprenant la monogamie (stricte ou sérielle), la polygynie (un mâle, plusieurs femelles), la polyandrie (une femelle, plusieurs mâles) et la polygynandrie.
  • Soins parentaux et alloparentalité : Construction de nids, couvaison, lactation, protection active contre les prédateurs et transmission d’apprentissages comportementaux aux juvéniles.

8. Exemples et cas illustratifs

Un exemple paradigmatique de parade nuptiale complexe s’observe chez les oiseaux jardiniers (famille des Ptilonorhynchidae) d’Australasie. Les mâles de cette famille ne se contentent pas d’arborer des plumages voyants ; ils construisent des berceaux architecturaux élaborés en brindilles, puis collectent méticuleusement des objets colorés (baies, éclats de verre, capsules de plastique) qu’ils disposent par symétrie et couleur. Les femelles inspectent ces constructions pendant plusieurs jours, évaluant les compétences cognitives et spatiales de l’artisan avant de consentir à l’accouplement.

Dans le domaine des mammifères, le campagnol des prairies (Microtus ochrogaster) fournit une illustration fondamentale des bases neuroendocriniennes du comportement reproducteur monogame. Contrairement à son cousin proche le campagnol des montagnes (Microtus montanus), qui adopte une promiscuité stricte, le campagnol des prairies forme des couples stables pour la vie, manifeste une coparentalité vigilante et rejette agressivement tout congénère intrus après le premier coït. Des travaux dirigés par Thomas Insel et Larry Young ont démontré que ce comportement singulier dépend de la densité et de la distribution des récepteurs à l’ocytocine dans le striatum ventral des femelles et des récepteurs V1a de la vasopressine dans le pallidum ventral des mâles.

Chez l’espèce humaine, les rituels de séduction et la dynamique du choix conjugal manifestent une hybridation permanente entre héritage phylogénétique et modulations psychosociales. Si les travaux de psychologie évolutionniste mettent en lumière des préférences statistiques universelles liées à la jeunesse apparente ou au statut protecteur, les sciences sociales démontrent comment l’hypergamie, les règles d’endogamie, les contraintes religieuses et les applications de rencontre contemporaines redéfinissent la rencontre amoureuse et la contractualisation des unions parentales.

9. Mesure et évaluation

La caractérisation scientifique du comportement reproducteur repose sur une diversité d’approches quantitatives et qualitatives issues de l’éthologie de terrain et des laboratoires de psychophysiologie :

L’observation éthologique directe constitue la méthode fondamentale. Les éthologues élaborent des éthogrammes exhaustifs cataloguant chaque unité comportementale discrète (fréquence des sollicitations, durée des parades, latence avant la monte, succès de l’intromission). L’échantillonnage temporel focalisé (focal animal sampling) permet de mesurer précisément la part du budget-temps allouée à la recherche de partenaires et aux soins parentaux.

Les dosages endocriniens non invasifs complètent ces observations. La collecte de métabolites stéroïdiens dans les fèces, l’urine, la salive ou le sérum permet de corréler les pics d’œstradiol, de progestérone, de testostérone et de corticostérone avec les différentes phases du cycle reproducteur sans perturber le pattern comportemental naturel de l’animal.

L’écologie moléculaire intervient pour mesurer le succès reproducteur effectif. L’analyse des marqueurs microsatellites et le séquençage d’ADN permettent de déterminer la paternité réelle des portées ou couvées, révélant les décalages fréquents entre l’accouplement observé (appariement social) et la reproduction biologique véritable (fécondation génétique).

Chez l’humain, l’évaluation fait appel à des inventaires standardisés en psychologie, tels que l’échelle d’orientation sociosexuelle (Sociosexual Orientation Inventory – SOI), des paradigmes de suivi oculaire (eye-tracking) pour mesurer les biais attentionnels face à des stimuli corporels, ainsi que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour cartographier les réseaux dopaminergiques et l’activation du striatum lors de la présentation d’images du partenaire amoureux.

10. Applications et portée pratique

La compréhension approfondie du comportement reproducteur trouve des applications cruciales dans plusieurs secteurs disciplinaires majeurs :

En biologie de la conservation, la sauvegarde d’espèces menacées d’extinction repose directement sur la maîtrise de l’éthologie de reproduction. Dans les parcs zoologiques, de nombreux programmes d’élevage en captivité (comme ceux dédiés au panda géant ou au condor de Californie) ont longtemps échoué par méconnaissance des déclencheurs environnementaux, acoustiques ou olfactifs requis pour initier la parade nuptiale et inhiber l’agressivité territoriale.

En agronomie et en zootechnie, l’optimisation de la reproduction du bétail dépend de la détection précoce des signes comportementaux de l’œstrus chez la vache ou la truie (phénomène d’immobilisation, vocalisations, nervosité). La gestion précise de ces signaux conditionne l’efficacité de l’insémination artificielle et garantit le bien-être animal en évitant les stress d’appariement forcé.

En santé publique et en psychologie clinique, l’analyse des liens entre pulsion reproductive, attachement émotionnel et cognition sociale éclaire la prise en charge des dysfonctionnements sexuels, des troubles de l’attachement affectif, ainsi que l’évaluation des paraphilies et des comportements sexuels compulsifs au sein de consultations de sexologie et de thérapie systémique de couple.

11. Recherches et données empiriques

Depuis la fin du XXe siècle, un corpus massif de recherches a affiné les lois régissant le comportement reproducteur. L’une des études fondatrices les plus commentées en psychologie comparée est celle de David Buss (1989), portant sur plus de 10 000 participants issus de 37 cultures différentes. Ses données empiriques ont mis en évidence des régularités transculturelles notables : les hommes accordent en moyenne une valeur supérieure à la jeunesse et à l’attractivité physique (indices traditionnels de fécondité), tandis que les femmes privilégient davantage le statut social, les ambitions et les ressources matérielles disponibles (indices d’investissement parental potentiel).

Dans le règne aviaire, les travaux novateurs de Patricia Gowaty et Anders Møller sur les hirondelles de fenêtre et rustiques ont documenté les déterminants de la sélection sexuelle. Møller a prouvé expérimentalement que l’allongement artificiel des rectrices caudales chez les mâles augmentait significativement leur vitesse d’appariement et leur taux de paternité hors-couple, apportant un soutien empirique indiscutable au rôle des caractères ornementaux dans le choix des femelles.

Plus récemment, les recherches en épigénétique comportementale menées par Michael Meaney ont éclairé comment la qualité des soins parentaux reçus durant la petite enfance chez les rats modifie la méthylation de l’ADN des gènes récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe, altérant de façon permanente le comportement reproducteur et maternel de la descendance à l’âge adulte, démontrant la transmission non génétique des styles parentaux.

12. Considérations culturelles et transculturelles

Bien que les mécanismes physiologiques et les pressions sélectives fondamentales soient partagés au sein de l’espèce humaine, l’expression du comportement reproducteur y est médiée par une variabilité culturelle considérable. L’anthropologie structurale, illustrée par les travaux de Claude Lévi-Strauss dans Les Structures élémentaires de la parenté, a démontré que l’universalité de la prohibition de l’inceste constitue la frontière inaugurale par laquelle la reproduction biologique devient régulation sociale, prescription d’alliance et circulation des partenaires entre groupes humains.

Les systèmes matrimoniaux offrent un miroir de cette diversité : si la polygynie est autorisée ou valorisée dans de nombreuses sociétés traditionnelles d’Afrique subsaharienne ou du Proche-Orient, elle s’avère proscrite par le droit civil occidental au profit d’une monogamie institutionnelle. À l’inverse, la polyandrie fraternelle, observée historiquement dans certaines régions himalayennes du Tibet et du Népal, répond à des contraintes écologiques sévères de rareté des terres arables, prévenant leur morcellement successif par la fusion de plusieurs frères avec une seule épouse.

De nos jours, la transition démographique et la diffusion des méthodes contraceptives ont dissocié le comportement sexuel récréatif de sa conséquence reproductive. Les normes régissant la séduction, le célibat, la parentalité solo et l’homoparentalité démontrent que la psychologie humaine reconstruit continuellement les finalités de l’attachement, émancipant le désir individuel des seuls impératifs darwiniens de propagation génétique.

13. Critiques, débats et limites

L’étude du comportement reproducteur suscite d’intenses controverses théoriques et méthodologiques. La critique la plus virulente s’adresse à l’adaptationnisme naïf ou « programme adaptationniste », dénoncé dès 1979 par Stephen Jay Gould et Richard Lewontin. Ces auteurs mettent en garde contre la tendance à inventer des fables évolutives (just-so stories) attribuant rétrospectivement une valeur adaptative optimale à chaque nuance morphologique ou comportementale, sans considérer les contraintes structurales, les dérives génétiques ou les simples effets collatéraux (spandrels).

Par ailleurs, les critiques féministes de la biologie évolutive, portées notamment par Sarah Blaffer Hrdy et Joan Roughgarden, ont profondément remis en cause la vision stéréotypée et victorienne héritée de Bateman et Darwin, qui décrivait les mâles comme intrinsèquement ardents et compétitifs et les femelles comme passives, timides et sélectives. Des observations rigoureuses ont révélé la fréquence universelle de la promiscuité femelle adaptative, la compétition féroce entre femelles pour les ressources et l’existence d’une diversité spectaculaire d’expressions sexuelles non conformes aux stéréotypes binaires traditionnels.

En psychologie, la transposition directe des modèles animaux à la société humaine fait l’objet de réserves majeures quant au réductionnisme biologique. Ignorer les rapports de domination économique, l’oppression patriarcale institutionnalisée et l’autonomie des dynamiques socioculturelles au profit d’un déterminisme génétique simpliste constitue un biais heuristique majeur que nombre de sociologues et de psychologues contemporains réfutent fermement.

14. Termes connexes et distinctions

Pour clarifier l’appareil conceptuel lié au comportement reproducteur, il importe d’expliciter ses frontières avec d’autres notions éthologiques et psychologiques :

  • Comportement sexuel : Ensemble des interactions physiques et psychologiques visant la stimulation érotique ou la copulation. Contrairement au comportement reproducteur, il n’implique pas nécessairement de fécondation, de synchronisation hormonale procréatrice ni d’engagement parental consécutif.
  • Investissement parental : Allocation de temps, d’énergie et de risques physiques dédiée à l’élevage des descendants. Il constitue un sous-ensemble post-copulatoire du comportement reproducteur, mais tous les comportements reproducteurs ne s’accompagnent pas d’investissement parental (ex. fécondation externe abandonnée chez les coraux).
  • Sélection sexuelle : Mécanisme évolutif sous-jacent qui façonne et sélectionne les traits favorables à l’accès aux gamètes. Le comportement reproducteur est la manifestation phénotypique concrète par laquelle s’exerce cette sélection.
  • Attachement : Système motivationnel et affectif assurant la proximité entre individus (parent-enfant ou entre partenaires). Bien qu’il optimise le succès reproducteur en sécurisant la progéniture, l’attachement relève de la régulation émotionnelle et de la sécurité existentielle à long terme.

15. Résumé et points clés

Le comportement reproducteur englobe l’ensemble des stratégies comportementales et physiologiques mobilisées par un organisme pour maximiser sa transmission génétique et assurer la pérennité de son lignage.

Articulé autour de la sélection sexuelle théorisée par Darwin, il se déploie à travers des étapes rigoureusement programmées : recherche du partenaire, parade nuptiale ritualisée, compétition intrasexuelle, copulation et soins parentaux éventuels.

Ses déclencheurs intègrent des interactions complexes entre les neurohormones (GnRH, stéroïdes, ocytocine, vasopressine) et les stimuli sensoriels environnementaux, traduisant des signaux honnêtes de qualité biologique.

Si les modèles sociobiologiques et écologiques éclairent les logiques d’optimisation chez l’animal, la reproduction humaine se singularise par une médiation culturelle, éthique et symbolique qui émancipe largement la sexualité des seuls déterminismes de la fécondité brute.

Références

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 27). Comportement reproducteur : Dynamiques du vivant. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=comportement-reproducteur
Looti, Mohammed. “Comportement reproducteur : Dynamiques du vivant.” Base de données de psychologie en français, 27 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=comportement-reproducteur.
Looti, Mohammed. “Comportement reproducteur : Dynamiques du vivant.” Base de données de psychologie en français. octobre 27, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=comportement-reproducteur.