Coalition : Dynamiques d’alliance et pouvoir

Découvrez la définition psychologique, systémique et sociale de la coalition : mécanismes d’alliance, dynamiques de pouvoir, typologies et impact clinique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 31, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 31, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Au croisement de la psychologie sociale, de la thérapie systémique et de la dynamique des groupes, la notion de coalition éclaire la manière dont les individus s’unissent stratégiquement pour modifier les équilibres de pouvoir. Qu’elle émerge au sein d’une fratrie face à l’autorité parentale, dans une équipe de travail en restructuration ou au sein d’un collectif militant, la coalition constitue l’un des mécanismes relationnels les plus puissants pour influencer la prise de décision et redistribuer les ressources psychologiques ou matérielles.

Coalition

1. Définition concise

En psychologie et en sciences sociales, une coalition désigne une alliance temporaire ou durable formée entre au moins deux agents sociaux (individus, sous-groupes ou factions) qui décident de coordonner leurs ressources, leurs comportements ou leurs voix afin d’atteindre un objectif commun et d’exercer une influence prépondérante sur un tiers ou au sein d’un groupe plus vaste.

Sur le plan conceptuel, la coalition se distingue d’une simple affinité affective par son caractère fonctionnel, stratégique et souvent instrumental. Elle intervient généralement dans des situations d’interdépendance compétitive ou mixte, où aucun participant ne détient à lui seul une puissance suffisante pour imposer ses préférences face aux autres membres du système relationnel.

Dans le domaine de la psychologie familiale et systémique, la coalition prend une acception clinique précise : elle décrit le processus par lequel deux membres d’une famille établissent une solidarité exclusive et souvent dysfonctionnelle dirigée contre un troisième membre, rompant ainsi les frontières générationnelles ou fonctionnelles indispensables à l’équilibre psychologique du foyer.

2. Étymologie et origine linguistique

Le terme coalition puise ses racines dans le verbe latin coalescere, composé du préfixe co- (« ensemble », « avec ») et du verbe alescere (« grandir », « s’alimenter », « croître »), qui dérive lui-même de alere (« nourrir »). Dans son sens étymologique originel, le verbe coalescere signifiait littéralement « grandir ensemble », « s’unir pour ne former qu’un seul corps » ou « fusionner organiquement ».

Le mot a d’abord été adopté en français sous la forme savante au XVIe siècle pour désigner l’adhérence ou la soudure de parties organiques, avant de transiter par l’anglais politique au XVIIIe siècle (coalition), où il a acquis la signification diplomatique et parlementaire d’une entente entre partis ou nations rivales contre un adversaire commun. Le terme est ensuite revenu dans la langue française au cours des bouleversements révolutionnaires pour désigner les alliances des monarchies européennes contre la France, avant d’être transposé au XXe siècle dans le vocabulaire de la psychologie sociale et des théories des jeux mathématiques et comportementales.

3. Prononciation et forme grammaticale

En langue française, coalition est un substantif féminin singulier (pluriel : coalitions). Sa transcription phonétique normalisée dans l’Alphabet Phonétique International (API) est /kɔ.a.li.sjɔ̃/.

Sur le plan grammatical, il s’emploie principalement avec des verbes d’action ou de posture relationnelle tels que « former une coalition », « entrer en coalition », « briser une coalition » ou « sceller une coalition ». L’adjectif dérivé est coalitionnel (au féminin coalitionnelle, /kɔ.a.li.sjɔ.nɛl/), couramment employé dans des expressions telles que « dynamique coalitionnelle » ou « stratégie coalitionnelle ». Le verbe associé, quoique plus rare dans l’usage spontané contemporain, est se coaliser (/sə kɔ.a.li.ze/), qui connote l’action réciproque et délibérée d’acteurs choisissant de faire front commun.

4. Explication conceptuelle détaillée

L’analyse psychologique des coalitions repose sur l’étude des configurations triadique et polytriadique. L’être humain évoluant rarement dans un vide dyadique exclusif, l’introduction d’un troisième acteur dans n’importe quel système relationnel transforme radicalement la nature des interactions : la dyade devient instable et ouvre immédiatement la possibilité d’une asymétrie où deux entités peuvent s’associer pour neutraliser la troisième. Ce phénomène, formalisé par la sociologie interactionniste, montre que la coalition est la réponse adaptative élémentaire à la distribution inégale du pouvoir perçu.

Dans une perspective de psychologie cognitive et motivationnelle, former une coalition répond à un calcul d’espérance d’utilité et de préservation de soi. Les individus évaluent en permanence les bénéfices attendus d’un ralliement par rapport aux coûts d’une confrontation directe ou d’un isolement prolongé. Rejoindre une alliance permet d’accroître son sentiment d’efficacité personnelle et collective, d’atténuer l’anxiété liée à la vulnérabilité individuelle et d’optimiser l’accès aux rétributions matérielles, affectives ou statutaires. Cependant, cette démarche exige également des concessions identitaires : les partenaires d’une coalition doivent accepter un compromis partiel sur leurs propres exigences pour préserver l’unité du front commun.

Sur le plan groupal et organisationnel, les coalitions ne requièrent pas nécessairement une convergence idéologique profonde ni une bienveillance mutuelle préalable. Il s’agit fréquemment de mariages de convenance dictés par la présence d’une menace extérieure ou d’un concurrent commun. Dès lors que l’adversaire est écarté ou que l’objectif partagé est atteint, la cohésion interne de la coalition est mise à l’épreuve par la question du partage des gains, ce qui conduit fréquemment à la dislocation du pacte et à l’émergence de nouvelles fractures relationnelles.

En psychologie clinique et développementale, la coalition s’étudie sous l’angle des frontières systémiques et de la différenciation du soi. Lorsque deux individus s’associent pour exclure, culpabiliser ou contrôler un tiers, les flux d’informations et les échanges émotionnels s’altèrent de manière durable. La coalition rigide empêche la résolution constructive des différends en figeant les rôles : d’un côté un bloc solidaire investi d’une légitimité autoproclamée, de l’autre un sujet marginalisé, placé en position de bouc émissaire ou de dépositaire exclusif du dysfonctionnement collectif.

5. Évolution historique

L’histoire de la notion de coalition s’articule autour de trois grandes vagues épistémologiques complémentaires, allant de la sociologie formelle aux développements contemporains des neurosciences sociales et de la psychothérapie systémique :

La première formulation scientifique remonte aux travaux pionniers du sociologue et philosophe Georg Simmel au tout début du XXe siècle (notamment dans sa Soziologie de 1908). Simmel étudie la transition fondamentale de la dyade à la triade, démontrant que le passage à trois acteurs crée une géométrie relationnelle nouvelle où apparaissent inévitablement les figures du tertius gaudens (le troisième qui profite de la rivalité des deux autres) et le principe de division pour régner (divide et impera). C’est dans ce cadre que la coalition est théorisée pour la première fois comme structure émergente inhérente à toute configuration sociale dès que le nombre de participants excède deux.

La deuxième phase, initiée dans les années 1950 et 1960, correspond à la formalisation mathématique et psychosociale menée par des chercheurs comme Theodore Caplow et William A. Gamson. Caplow propose en 1956 une théorie expérimentale des coalitions dans les triades, cherchant à prédire mathématiquement quelles paires vont s’allier selon la distribution initiale du pouvoir. Parallèlement, le développement de la théorie des jeux sous l’impulsion de John von Neumann et Oskar Morgenstern, puis de John Nash, ancre la coalition dans le champ des jeux coopératifs et non coopératifs, transformant l’alliance en un objet mesurable d’optimisation stratégique et de théorie du choix rationnel.

La troisième phase correspond à l’appropriation clinique du concept dans les années 1970 au sein de l’approche systémique structurale, sous la direction de Salvador Minuchin, ainsi que par les travaux de Jay Haley sur les « triangles pervers ». Ces cliniciens démontrent que les coalitions interfamiliales invisibles, notamment entre un parent et un enfant contre l’autre parent, constituent le moteur sous-jacent de nombreux symptômes psychopathologiques de l’enfance et de l’adolescence. Dès lors, le concept s’enrichit d’une dimension éthique et relationnelle profonde, sortant du cadre strictement computationnel des jeux de pouvoir pour devenir un marqueur central de santé mentale familiale et organisationnelle.

6. Fondements théoriques

La compréhension contemporaine de la coalition s’appuie sur quatre grands paradigmes théoriques articulés :

La théorie du pouvoir dans la triade de Theodore Caplow : Ce modèle postule que les membres d’une triade cherchent en permanence à maximiser leur contrôle tout en évitant d’être dominés. Caplow a catégorisé plusieurs types de triades en fonction de la répartition de la puissance (par exemple, des forces égales A = B = C, ou un acteur dominant mais inférieur à la somme des deux autres A < B + C). Sa conclusion fondamentale établit que le plus faible dans un système peut paradoxalement devenir le partenaire le plus convoité pour former une coalition gagnante, car il exige généralement moins de concessions lors du partage des bénéfices que ne le ferait un concurrent direct.

La théorie de la ressource minimale de William Gamson : En opposition partielle aux modèles purement axés sur la maximisation brute, Gamson stipule que les participants à un jeu politique ou organisationnel préfèrent former la coalition dite « gagnante minimale » (minimum winning coalition). Selon cette loi de parcimonie décisionnelle, les acteurs s’unissent avec les partenaires stricts nécessaires pour surpasser le camp adverse, excluant tout membre superfétatoire afin de ne pas diluer excessivement les dividendes finaux de l’accord.

La théorie structurelle systémique de Salvador Minuchin : Dans ce cadre, la famille est appréhendée comme un système composé de sous-systèmes délimités par des frontières (sous-système conjugal, parental, filial). Une organisation saine exige des frontières claires et semi-perméables. La coalition pathologique survient lorsqu’un membre d’un sous-système franchit une frontière générationnelle pour s’unir à un membre d’un autre palier afin de disqualifier un pair, générant ainsi des inversions hiérarchiques dommageables pour le sentiment de sécurité et le développement affectif de l’enfant.

La théorie de l’identité sociale et de la catégorisation de soi (Tajfel et Turner) : Développée en psychologie sociale expérimentale, cette théorie démontre que la formation de coalitions entre groupes d’intérêts s’accompagne d’une redéfinition des identités collectives. Les coalisés activent une identité supranormale d’ordre supérieur (l’« endogroupe élargi ») tout en exacerbant la stéréotypie négative et la menace représentée par l’« exogroupe ». La coalition ne résulte donc pas uniquement d’une logique utilitariste : elle modifie en profondeur la perception cognitive, l’empathie sélective et les biais d’attribution des individus impliqués.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

L’analyse fine des phénomènes coalitionnels nécessite de distinguer leurs composantes fondamentales ainsi que leurs différentes formes phénoménologiques :

  • L’accord d’objectifs (composante téléologique) : Définition explicite ou tacite d’un but partagé, qu’il s’agisse de la conquête d’un poste, de la neutralisation d’une directive managériale ou de l’invalidation de l’autorité parentale.
  • La mutualisation des ressources (composante instrumentale) : Mise en commun de capitaux matériels, d’informations stratégiques privilégiées, de temps, de réseaux d’influence ou de soutien émotionnel.
  • La désignation d’une cible tierce (composante différentielle) : Présence obligatoire d’un tiers (individu, groupe ou institution) contre lequel la synergie des coalisés est dirigée. Sans tiers exclu ou ciblé, l’interaction relève de la simple coopération bilatérale.
  • La coalition transitoire ou instrumentale : Alliance éphémère nouée pour une prise de décision unique ou une négociation ponctuelle, qui se dissout aussitôt le résultat obtenu.
  • La coalition stable ou institutionnalisée : Entente durable régie par des normes implicites ou contractuelles fortes, souvent entretenue par des rituels et des canaux de communication exclusifs.
  • La coalition intergénérationnelle (ou transgénérationnelle) : Alliance clinique pathogène où un adulte et un mineur s’associent au détriment d’un autre adulte tuteur, dissolvant la frontière protectrice entre générations.
  • La coalition de neutralisation (ou défensive) : Alliance formée non pour conquérir de nouveaux privilèges, mais pour empêcher un leader dominant ou un sous-système tyrannique de monopoliser les prérogatives du groupe.
  • La coalition de blocage : Regroupement d’acteurs minoritaires détenant suffisamment de voix cumulées pour paralyser le processus décisionnel global sans pour autant disposer de l’énergie nécessaire pour porter un projet alternatif.

8. Exemples et cas illustratifs

Les dynamiques coalitionnelles se manifestent dans l’ensemble des sphères de la vie relationnelle, comme l’illustrent ces trois situations concrètes issues de la pratique clinique, organisationnelle et sociale :

Exemple clinique et familial : Dans le cadre d’un conflit conjugal chronique non résolu, une mère entretient avec son fils adolescent de 15 ans une relation de connivence étroite basée sur la confidence émotionnelle. Dès que le père tente d’imposer un cadre normatif (heures de rentrée, assiduité scolaire), la mère intervient pour invalider ses remarques en présence de l’enfant, soulignant la « rigidité excessive » du père. L’adolescent s’appuie systématiquement sur cette validation maternelle pour défier l’autorité paternelle. Il s’agit ici d’une coalition transitoire devenue stable, également qualifiée de triangulation perverse, où l’enfant est instrumentalisé pour régler une dette conjugale inconsciente, au détriment de son autonomie psychologique.

Exemple organisationnel : Au sein du comité de direction d’une entreprise technologique, le directeur financier et la directrice des ressources humaines s’inquiètent des investissements colossaux et risqués portés unilatéralement par le directeur général délégué à l’innovation. Bien qu’ils s’opposent historiquement sur les budgets de formation interne, les deux cadres s’accordent en amont du conseil d’administration pour harmoniser leurs interventions et soumettre une motion conjointe d’audit indépendant. Leur coalition minimale bloque temporairement l’initiative du pôle innovation et redistribue la balance du pouvoir au sein du comité exécutif.

Exemple de psychologie communautaire : Dans un quartier urbain confronté à un projet d’aménagement contesté, deux associations riveraines que tout oppose sur le plan sociologique et idéologique (une association de commerçants traditionnels et un collectif écologiste autogéré) s’unissent pour former une coalition d’action civique. En concentrant leurs compétences juridiques et leur visibilité médiatique respective contre le promoteur immobilier et la municipalité, elles contraignent les pouvoirs publics à rouvrir les concertations, démontrant comment la perception d’une menace partagée transcende temporairement les clivages d’appartenance.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation des coalitions constitue un défi méthodologique majeur en raison de leur nature parfois clandestine ou informelle. Les chercheurs et cliniciens déploient plusieurs outils standardisés pour cartographier et quantifier ces alliances :

La sociométrie et l’analyse des réseaux sociaux (ARS) : Initiée par Jacob Levy Moreno, la méthode sociométrique permet, au moyen de questionnaires nominatifs portant sur les affinités, les rejets et les transferts d’information, de construire des matrices relationnelles. L’analyse algorithmique contemporaine des réseaux calcule la densité des cliques, l’indice de centralité d’intermédiarité et les ponts structuraux, révélant formellement l’existence de coalitions occultes au sein des entreprises ou des groupes scolaires.

Le génogramme structural et le blason familial : En psychothérapie systémique, le praticien trace un génogramme codifié où les doubles lignes indiquent les alliances saines, les triples lignes symbolisent les fusions pathologiques et les traits coupés représentent les antagonismes. L’observation combinée de ces liens permet de matérialiser graphiquement les coalitions stables entre sous-systèmes et de mesurer l’étanchéité des frontières familiales lors des entretiens cliniques.

Les protocoles de jeux expérimentaux : En laboratoire de psychologie sociale, les chercheurs emploient des simulations dérivées du jeu du dilemme du prisonnier ou des matrices de partage de ressources triadiques (telles que le paradigme de Vinacke et Arkoff). En manipulant les poids de vote initiaux attribués aux sujets et les gains potentiels, l’expérimentateur quantifie précisément la fréquence des offres d’alliance, le délai de négociation et la stabilité des coalitions formées face à des conditions d’asymétrie de pouvoir contrôlées.

10. Applications et pertinence pratique

La compréhension des logiques coalitionnelles s’avère indispensable dans plusieurs branches de la psychologie appliquée :

Médiation et thérapie de couple et de famille : Le rôle premier du thérapeute systémicien consiste à identifier les coalitions cachées qui maintiennent l’homéostasie pathologique. Les interventions visent à dissoudre la coalition transfrontalière (par exemple, mère-enfant) en renforçant l’alliance conjugale parentale. Le thérapeute s’applique à rétablir des frontières intergénérationnelles saines afin de libérer l’individu du fardeau d’une loyauté invisible aliénante.

Psychologie du travail et conseil en organisation : Les consultants en conduite du changement doivent impérativement identifier les coalitions préexistantes au sein des départements. Ignorer une coalition informelle de cadres intermédiaires peut anéantir un plan de réorganisation stratégique. L’accompagnement psychologique des managers inclut l’apprentissage de la négociation intégrative et la constitution d’alliances positives axées sur la coopération et la sécurité psychologique, plutôt que sur la défiance politique.

Négociation de crise et gestion des conflits : Dans les situations de prise d’otages ou de tensions intercommunautaires aiguës, les négociateurs exploitent la théorie des coalitions pour fissurer les alliances des belligérants ou, à l’inverse, pour consolider un pôle de modérés au sein d’une assemblée factionnelle. Comprendre les faiblesses internes d’une coalition adverse permet d’ajuster les leviers incitatifs pour inciter certains acteurs périphériques à se désolidariser du noyau dur.

11. Recherche et preuves empiriques

Les investigations contemporaines confirment l’omniprésence et la complexité psychologique des dynamiques coalitionnelles à travers diverses observations empiriques :

Dans le domaine de la primatologie et de la psychologie évolutionniste, les travaux fondateurs de Frans de Waal documentés dans son ouvrage La politique du chimpanzé (1982) ont mis en évidence que les mâles dominants chez Pan troglodytes ne conservent que rarement leur statut alpha par la seule force brute. Ils dépendent impérativement de coalitions stables conclues avec des femelles influentes ou des mâles subordonnés. Ces observations empiriques démontrent que la capacité cognitive à concevoir, entretenir et anticiper des coalitions complexes constitue une adaptation évolutive majeure, corrélée au volume relatif du néocortex chez les primates supérieurs.

Dans le champ de la psychologie cognitive et de la prise de décision, des recherches menées par Murnighan et Brass ont exploré les facteurs d’effondrement des coalitions au sein des équipes de direction. Leurs résultats indiquent que la rupture d’une coalition n’est pas principalement causée par des pressions externes, mais par la rupture du contrat psychologique d’équité procédurale perçue lors de la répartition des bénéfices. Dès qu’un membre perçoit que sa contribution à l’effort commun n’est plus rémunérée proportionnellement à son apport stratégique, sa propension à déserter ou à négocier une contre-coalition avec l’ancien rival augmente de façon exponentielle.

En psychopathologie développementale, les études longitudinales menées par des équipes universitaires sur les divorces hautement conflictuels ont démontré une corrélation robuste entre l’enrôlement prolongé d’un enfant dans une coalition aliénante contre un parent et l’apparition ultérieure de troubles anxieux généralisés, d’une précarité de l’estime de soi et de difficultés chroniques d’attachement à l’âge adulte. L’expérience de la coalition contrainte entrave en effet le processus naturel d’individuation psychologique.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La perception, la légitimité et les modes de constitution des coalitions varient sensiblement selon les contextes culturels et les valeurs normatives dominantes :

Dans les cultures individualistes (caractéristiques de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale), la coalition est souvent envisagée sous un angle pragmatique, contractuel et éphémère. Les individus intègrent et quittent des alliances en fonction d’un calcul direct de coût-bénéfice personnel, et les coalitions formées au détriment de collègues peuvent susciter une désapprobation morale liée à la valorisation de l’authenticité et de l’équité transactionnelle directe.

À l’inverse, dans les cultures collectivistes (rencontrées dans de nombreuses sociétés d’Asie orientale, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine), la dynamique coalitionnelle est profondément intégrée dans les réseaux d’obligations communautaires, de parentèle élargie et de clientélisme relationnel (comme le concept de guanxi en Chine ou de wasta au Proche-Orient). Dans ces contextes, la loyauté envers la coalition du groupe d’appartenance prévaut sur les règles abstraites de l’organisation. L’alliance n’est pas perçue comme un opportunisme tactique mais comme un impératif éthique de solidarité intra-communautaire, renforçant la démarcation nette entre le réseau solidaire interne et le monde extérieur.

Ces divergences culturelles posent des défis significatifs lors des négociations internationales ou au sein d’équipes multinationales : une tentative de composer une coalition transversale par des incitations individuelles peut être interprétée comme une trahison intolérable par des collaborateurs issus de traditions relationnelles holistes, alors qu’elle sera vue comme une saine habileté politique par des acteurs formés au management anglo-saxon.

13. Critiques, débats et limites

L’étude psychologique des coalitions fait l’objet de vifs débats théoriques et éthiques :

Le principal reproche adressé aux modèles classiques de théorie des jeux (tels que ceux de Caplow ou Gamson) réside dans leur postulat d’un acteur rationnel hyper-calculateur. En conditions réelles, les êtres humains ne disposent pas d’une visibilité exhaustive sur les ressources d’autrui et leurs choix d’alliances sont largement biaisés par des facteurs émotionnels, tels que la jalousie, le besoin inconscient d’approbation ou des antécédents d’attachement insécure. Réduire la coalition à une équation de puissance masque souvent la dynamique affective sous-jacente.

Sur le plan clinique, la notion de « coalition intergénérationnelle » a parfois été instrumentalisée ou surinterprétée de façon abusive dans les contextes judiciaires de garde d’enfants, notamment au sein des controverses entourant le prétendu « syndrome d’aliénation parentale ». Certains critiques soulignent qu’assimiler systématiquement le rejet d’un parent maltraitant à une « coalition pathologique manipulée » par l’autre parent conduit à disqualifier la parole légitime et la détresse réelle de l’enfant en danger.

Enfin, en psychologie des organisations, subsiste une controverse récurrente entre les partisans d’une éradication des politiques internes (visant une culture de transparence absolue) et les réalistes systémiques. Si certains estiment que les coalitions minent inexorablement la confiance et l’intelligence collective, d’autres démontrent qu’elles constituent des contre-pouvoirs nécessaires face aux dérives autocratiques des dirigeants, servant d’amortisseurs sociaux indispensables à la survie psychologique des salariés subalternes.

14. Termes connexes et distinctions

Pour éviter toute confusion conceptuelle, il importe de différencier rigoureusement la coalition de plusieurs notions voisines :

  • Alliance : L’alliance désigne un accord de collaboration fondé sur un intérêt partagé ou une affinité mutuelle sans nécessairement cibler ou exclure une tierce partie. La coalition, elle, se définit fondamentalement en opposition directe ou indirecte à un tiers.
  • Triangulation : Concept systémique plus large développé par Murray Bowen, la triangulation décrit l’introduction d’un tiers pour stabiliser la tension anxieuse au sein d’une dyade. Toute coalition clinique implique une triangulation, mais la triangulation ne débouche pas systématiquement sur une alliance active contre l’un des protagonistes (par exemple, un enfant peut être triangulé comme arbitre neutre ou bouc émissaire passif).
  • Complot ou collusion : La collusion relève d’une entente secrète, souvent implicite et inconsciente, visant un bénéfice illégitime ou névrotique en contournant les règles. La coalition peut être parfaitement explicite, visible et légitime dans le jeu politique ou organisationnel.
  • Faction : Une faction est un sous-groupe partisan constitué durablement autour d’une idéologie ou d’une appartenance doctrinaire commune. Une coalition peut rassembler des factions radicalement divergentes qui décident d’ignorer temporairement leurs différends pour remporter un scrutin ou évincer un rival.
  • Coopération : La coopération implique une convergence coordonnée d’efforts pour maximiser un gain conjoint dans un esprit gagnant-gagnant, alors que la coalition s’inscrit typiquement dans une logique de distribution asymétrique du pouvoir face à des compétiteurs.

15. Résumé et points clés

En synthèse, la coalition représente une dynamique psychosociale et systémique majeure dont les caractéristiques essentielles sont les suivantes :

  • Nature stratégique : Elle formalise l’union d’au moins deux acteurs dans une triade ou un groupe pour mutualiser leurs ressources face à une partie adverse.
  • Ancrage théorique pluridisciplinaire : Elle s’enracine dans la sociologie formelle de Simmel, la théorie mathématique des jeux et la thérapie familiale structurale de Minuchin.
  • Double valence : Elle constitue à la fois un levier adaptatif fondamental d’émancipation et d’équilibre des forces, et un mécanisme potentiellement pathogène lorsqu’elle fige les relations ou détruit les frontières générationnelles saines.
  • Dépendance contextuelle : Son émergence est catalysée par la perception d’une menace commune et son issue dépend de la rigueur équitable avec laquelle les dividendes de l’alliance sont partagés après l’action.

Références

  • Caplow, T. (1956). A theory of coalitions in the triad. American Sociological Review, 21(4), 489–493. https://doi.org/10.2307/2088718
  • de Waal, F. (1982). Chimpanzee Politics: Power and Sex among Apes. Jonathan Cape.
  • Gamson, W. A. (1961). A theory of coalition formation. American Sociological Review, 26(3), 373–382. https://doi.org/10.2307/2089964
  • Haley, J. (1976). Problem-Solving Therapy. Jossey-Bass.
  • Minuchin, S. (1974). Families and Family Therapy. Harvard University Press.
  • Simmel, G. (1908). Soziologie: Untersuchungen über die Formen der Vergesellschaftung. Duncker & Humblot.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 31). Coalition : Dynamiques d’alliance et pouvoir. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coalition-definition-psychologie
Looti, Mohammed. “Coalition : Dynamiques d’alliance et pouvoir.” Base de données de psychologie en français, 31 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coalition-definition-psychologie.
Looti, Mohammed. “Coalition : Dynamiques d’alliance et pouvoir.” Base de données de psychologie en français. octobre 31, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coalition-definition-psychologie.