Coactivation : Au carrefour des synergies

Découvrez la coactivation en psychologie et neurosciences : un mécanisme fondamental où motricité, cognition et émotions s’articulent en synergie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 31, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 31, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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La coactivation désigne le phénomène fondamental par lequel plusieurs structures biologiques, processus cognitifs, réseaux neuronaux ou ensembles musculaires s’activent de manière concomitante pour coordonner une action, stabiliser un état ou intégrer des flux d’informations hétérogènes. Qu’elle s’observe dans la contraction simultanée de muscles agonistes et antagonistes, dans l’embrasement synchronisé de sous-réseaux corticaux ou dans l’émergence d’états affectifs ambivalents, la coactivation illustre la nature éminemment dynamique et intégrative du fonctionnement psychologique et physiologique.

Coactivation

1. Définition concise

En psychologie, en neurosciences cognitives et en biomécanique, la coactivation renvoie à l’activation simultanée et coordonnée de deux ou plusieurs éléments d’un système biologique ou psychologique qui, dans d’autres contextes, peuvent opérer de manière autonome ou antagoniste. Cette synergie fonctionnelle permet d’atteindre un équilibre dynamique, d’optimiser le traitement de l’information ou de garantir la précision motrice face aux incertitudes environnementales.

Au niveau comportemental et psychologique, le concept transcende la simple concomitance temporelle : il implique une interaction fonctionnelle significative au sein de l’architecture cognitive et émotionnelle. Par exemple, dans les modèles de prise de décision et d’affect, la coactivation décrit la stimulation synchrone des voies motivationnelles d’approche et d’évitement, donnant lieu à des états psychologiques singuliers tels que l’ambivalence émotionnelle ou le doute délibératif. Dans le domaine perceptif, elle désigne l’intégration conjointe de signaux sensoriels redondants permettant une accélération substantielle des temps de traitement cognitif.

Enfin, sur le plan sensorimoteur et neurophysiologique, la coactivation traduit le recrutement synchrone de groupes neuronaux distincts ou d’unités motrices opposées, indispensable pour stabiliser les articulations, moduler le tonus postural en situation de stress et affiner l’exécution d’actes moteurs complexes face aux perturbations imprévues.

2. Étymologie et origine linguistique

Le substantif « coactivation » est un néologisme savant formé par la préfixation de la particule d’origine latine cum (réduite en co-), qui exprime l’association, la concomitance, le partage ou la simultanéité, et du terme « activation », lui-même dérivé du latin activus (actif, agissant), issu du verbe agere (faire, mener, agir). L’ensemble signifie littéralement « action de rendre actif conjointement » ou « mise en action simultanée ».

Historiquement, le terme a d’abord émergé dans la littérature physiologique et biomécanique anglo-saxonne (coactivation) au milieu du XXe siècle pour décrire la contraction conjointe des faisceaux musculaires antagonistes sous le contrôle des motoneurones alpha et gamma. Progressivement intégré au lexique français des sciences de la motricité, le vocable s’est ensuite étendu aux sciences cognitives lors de la révolution computationnelle des années 1970 et 1980.

Au cours des dernières décennies, l’expansion de la psychologie affective et des techniques de neuro-imagerie a consacré l’utilisation du concept en psychologie théorique. Il y désigne désormais non seulement des dynamiques physiques, mais également des coopérations systémiques entre représentations mentales, schémas de pensée et circuits neuro-émotionnels interconnectés.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, le mot se prononce en français standard [kɔ.ak.ti.va.sjɔ̃]. Il s’agit d’un nom commun féminin invariable au pluriel dans son orthographe lexicale de base, devenant « coactivations » [kɔ.ak.ti.va.sjɔ̃] lorsqu’il fait référence à de multiples occurrences ou à des modalités variées de ce processus.

Dans l’usage syntaxique académique, il s’emploie principalement avec des compléments du nom qui en précisent le champ d’application : on parlera ainsi de « coactivation musculaire », de « coactivation neuronale », de « coactivation d’attitudes » ou encore de « modèles de coactivation sensorielle ». Le verbe correspondant est « coactiver », fréquemment utilisé à la voix passive (« deux réseaux sont coactivés ») ou sous sa forme pronominale réfléchie (« les modules cognitifs se coactivent »).

Sur le plan morphologique, le terme s’intègre harmonieusement dans la famille lexicale de l’activité cognitive et motrice, aux côtés d’adjectifs spécialisés tels que « coactivable » ou « coactivateur », renforçant sa précision terminologique dans les protocoles expérimentaux et les publications scientifiques de langue française.

4. Explication conceptuelle détaillée

L’étude de la coactivation se situe au carrefour de la neurophysiologie, de la psychologie cognitive et de la psychodynamique des émotions. Sa compréhension requiert d’abandonner les modèles linéaires simples au profit d’une perspective systémique et non linéaire, où les composants d’un organisme ne fonctionnent pas selon une alternance rigide et exclusive, mais modulent en permanence leur degré d’intervention réciproque.

Dans le domaine du contrôle moteur, la coactivation antagoniste a longtemps été perçue comme un gaspillage énergétique ou le signe d’une immaturité motrice, car activer simultanément un fléchisseur et un extenseur semble contredire le principe d’inhibition réciproque de Sherrington. Cependant, les recherches contemporaines démontrent qu’elle constitue en réalité une stratégie d’adaptation sophistiquée : en augmentant la raideur articulaire (joint stiffness), le système nerveux central compense le manque de prédictibilité de l’environnement, protège l’intégrité articulaire et pallie les retards inhérents aux boucles de rétroaction sensorimotrice.

Dans le champ de la psychologie cognitive et de la perception, le modèle de coactivation s’oppose aux modèles de « course » (race models). Lorsqu’un individu est exposé à des signaux redondants (par exemple, un stimulus visuel et un stimulus auditif concomitants), le gain de vitesse observé lors de la réponse comportementale ne s’explique pas uniquement par le fait que le signal le plus rapide franchit le seuil de décision le premier. La théorie de la coactivation postule que les énergies neurales issues des différentes voies sensorielles convergent et s’accumulent au sein d’un mécanisme commun de décision, abaissant ainsi le temps de réaction en deçà des prédictions probabilistes de l’indépendance des voies.

Sur le plan affectif et motivationnel, la coactivation bouleverse la conception unidimensionnelle traditionnelle selon laquelle le bien-être et le mal-être, ou l’attirance et la répulsion, s’excluent mutuellement. Selon le modèle de l’espace évaluatif (Evaluative Space Model), les systèmes appetitifs et aversifs reposent sur des substrats neurobiologiques distincts et peuvent être stimulés conjointement. Cette coactivation engendre une ambivalence expérientielle riche, où un individu peut simultanément éprouver de la nostalgie (mélange de tristesse et de joie) ou un conflit décisionnel paralysant, modifiant profondément les stratégies d’adaptation psychologique.

Enfin, au niveau de l’architecture cérébrale globale explorée par l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), la coactivation de réseaux neuronaux à grande échelle – tels que le réseau du mode par défaut (DMN) et le réseau exécutif central (CEN) – illustre des états d’esprit hautement créatifs ou des processus métacognitifs complexes, réfutant la vision simpliste d’une stricte anticorrélation continue entre repos et tâche orientée.

5. Développement historique

L’histoire de la coactivation prend racine au tout début du XXe siècle avec les travaux pionniers de Sir Charles Scott Sherrington sur l’innervation réciproque. Sherrington avait postulé que la contraction d’un muscle agoniste s’accompagnait nécessairement de la relaxation réflexe de son antagoniste. Bien que ce principe demeure valide pour des mouvements réflexes simples, des physiologistes ultérieurs remarquèrent rapidement des situations physiologiques et pathologiques où agonistes et antagonistes se contractaient conjointement, jetant les bases des premières descriptions de la co-contraction.

Dans les années 1950 et 1960, la découverte du système fusimoteur (motoneurones gamma) par Ragnar Granit et ses pairs a révélé le mécanisme de « coactivation alpha-gamma ». Les chercheurs ont mis en lumière le fait que le cortex active simultanément les motoneurones alpha (qui provoquent la contraction des fibres musculaires squelettiques) et les motoneurones gamma (qui ajustent la tension des fuseaux neuromusculaires), maintenant ainsi la sensibilité proprioceptive tout au long du raccourcissement musculaire.

Au début des années 1980, le psychologue cognitiviste Jeff Miller a formalisé mathématiquement l’inégalité de Miller pour trancher un débat crucial en chronométrie mentale : comment expliquer l’accélération des réponses face à des stimuli redondants ? En démontrant la violation de la limite probabiliste des modèles de course indépendante, Miller a établi que l’information sensorielle issue de canaux multiples s’accumule au sein d’un même réservoir avant d’atteindre le seuil de déclenchement moteur, donnant une assise empirique solide à la coactivation cognitive.

Durant les années 1990, John Cacioppo et Gary Berntson ont transposé ce concept dans le champ de la psychologie des attitudes et des émotions. En introduisant l’Evaluative Space Model (ESM), ils ont remis en question le continuum bipolaire traditionnel (positif contre négatif) hérité de Thurstone et Osgood. Leurs travaux ont démontré que la coactivation des systèmes neurobiologiques d’approche et d’évitement est une réalité clinique et expérimentale tangible, inaugurant une ère nouvelle dans l’analyse de l’ambivalence et de la complexité affective.

6. Fondements théoriques

Les fondements théoriques de la coactivation reposent sur plusieurs corpus majeurs qui unifient la compréhension du vivant, de la matière cérébrale et de l’expérience phénoménologique. Le premier pilier provient de la théorie des systèmes dynamiques appliquée au système nerveux et à l’action motrice, conceptualisée notamment par Nikolaï Bernstein. Face au problème des « degrés de liberté », le système nerveux recourt à la coactivation comme solution d’auto-organisation, réduisant la complexité du contrôle moteur en rigidifiant temporairement les segments corporels pour faire face aux contraintes de la tâche.

Le deuxième cadre théorique relève de la psychologie cognitive computationnelle et des modèles de diffusion ou d’accumulation de preuves (drift-diffusion models). Dans cette perspective, la coactivation multisensorielle ou multidimensionnelle est théorisée comme une sommation spatio-temporelle de signaux afférents. Les représentations internes ne se développent pas en vase clos : les flux d’informations parallèles s’amalgament, créant un signal composite dont la dérive vers le seuil de décision est plus rapide et plus robuste face au bruit stochastique neuronal.

Le troisième socle s’ancre dans les théories biopsychologiques de la motivation et de l’affect, notamment le modèle de la sensibilité au renforcement de Jeffrey Gray et le modèle d’espace bidimensionnel de Cacioppo. Ces théories postulent que les modules neuronaux régissant l’aversion (amygdale, insula) et la récompense (striatum ventral, cortex préfrontal ventromédian) jouissent d’une indépendance architecturale relative. Cette indépendance permet trois modes d’activation : la réciprocité, l’inhibition et la coactivation, cette dernière étant particulièrement cruciale pour les comportements de vigilance exploratoire et l’évaluation fine du danger.

Enfin, la théorie des graphes et la connectomique fonctionnelle contemporaine soutiennent que le cerveau fonctionne selon un équilibre métastable. Les régions cérébrales ne sont pas de simples relais modulaires, mais des nœuds dynamiques capables de coactivation synchrone transitoire pour former des coalitions fonctionnelles éphémères, soutenant des opérations cognitives élaborées telles que la mémoire de travail et la prise de décision stratégique.

7. Composantes clés, types et dimensions

La coactivation peut être déclinée en plusieurs typologies et dimensions fondamentales, qui structurent son observation dans les diverses branches de la psychologie et des neurosciences :

  • Coactivation neuromusculaire antagoniste : Déploiement simultané d’impulsions motrices vers des muscles aux actions opposées (ex. biceps et triceps brachiaux) afin de verrouiller une posture, stabiliser un membre ou corriger des trajectoires imprévues.
  • Coactivation alpha-gamma : Processus neurophysiologique automatique par lequel les motoneurones alpha et gamma sont stimulés de concert, empêchant l’atrophie du signal afférent des fuseaux neuromusculaires pendant la contraction active.
  • Coactivation multisensorielle : Convergence et intégration temporelle étroite de stimuli émis par différentes modalités sensorielles (vision, audition, toucher), augmentant la saillance du signal perceptif et la vitesse de réponse comportementale.
  • Coactivation motivationnelle et affective : Stimulation conjointe des sous-systèmes neuronaux appetitifs (liés au désir, à l’approche) et aversifs (liés à la peur, au rejet), générant des états psychologiques de tension, d’ambivalence ou d’évaluation complexe.
  • Coactivation de réseaux neuronaux à grande échelle : Engagement synchrone de macro-réseaux corticaux généralement dissociés, comme le réseau de saillance, le réseau exécutif central et le réseau du mode par défaut, lors de tâches de créativité métaphorique ou de résolution de dilemmes moraux.

8. Exemples et cas illustratifs

Dans le domaine de la psychologie clinique et des troubles anxieux, la coactivation neuromusculaire s’illustre avec netteté chez les patients présentant un état d’hypervigilance généralisée. Confronté à un environnement perçu comme menaçant, un individu anxieux maintiendra une coactivation prolongée des muscles fléchisseurs et extenseurs du cou et des épaules. Cette tension bilatérale constante, destinée inconsciemment à préparer le corps à une réaction de sursaut ou de fuite, se traduit cliniquement par des céphalées de tension et une sensation d’épuisement physique durable, le système moteur restant bloqué dans une rigidité protectrice mais délétère.

Dans le contexte de la psychologie des émotions et du comportement du consommateur, la coactivation affective est monnaie courante. Considérons une personne hésitant à acheter un bien d’exception hors de prix ou à accepter une promotion impliquant une expatriation. Elle ressent simultanément une forte attraction pour le prestige ou l’aventure (activation du système de récompense) et une angoisse aiguë liée au coût financier ou à la perte de repères affectifs (activation du système aversif). Loin d’annuler son intérêt, cette coactivation génère un état de délibération intense et d’ambivalence, où la prise de décision requiert une régulation cognitive supérieure pour trancher le dilemme.

Sur le plan du développement moteur infantile, lorsqu’un nourrisson apprend à marcher de manière autonome, l’analyse cinématique révèle une coactivation massive des muscles agonistes et antagonistes des jambes. Incapable de doser avec finesse les rétroactions proprioceptives, l’enfant raidit ses membres inférieurs par co-contraction pour éviter la chute. Ce n’est qu’au fil des semaines, grâce à la maturation cérébrale et à l’apprentissage sensorimoteur, que cette coactivation primitive cède le pas à une alternance fluide d’innervation réciproque, réduisant la dépense énergétique.

9. Mesure et évaluation

L’observation et la quantification de la coactivation font appel à des méthodologies sophistiquées adaptées au niveau d’analyse considéré, qu’il soit physiologique, cognitif ou comportemental.

Au niveau biomécanique et psychophysiologique, la méthode de référence est l’électromyographie de surface (sEMG). Les chercheurs placent des électrodes sur des couples musculaires antagonistes pour mesurer l’amplitude de leurs potentiels d’action respectifs. Divers indices mathématiques de co-contraction (tels que l’indice de Falconer et Winter ou le ratio d’intégration normalisé) sont calculés pour chiffrer précisément la proportion d’activité électrique partagée par les deux muscles au cours d’une même fenêtre temporelle.

Dans le champ de la psychologie cognitive expérimentale, la coactivation sensorielle est évaluée par l’analyse des fonctions de distribution cumulative des temps de réaction. En appliquant le test d’inégalité de Miller (Miller’s Race Model Inequality), les chercheurs vérifient si la vitesse de traitement d’un stimulus bimodal dépasse la limite probabiliste prédite par la somme des probabilités de détection des stimuli unimodaux isolés. Toute violation empirique de cette frontière mathématique constitue une preuve robuste de coactivation sous-jacente.

Pour l’évaluation des états affectifs et de l’ambivalence psychologique, les chercheurs recourent aux échelles d’attitudes bidimensionnelles (séparant explicitement les composantes positives et négatives au lieu d’utiliser un axe de Likert unidimensionnel). Ces mesures psychométriques sont fréquemment couplées à des enregistrements de la réponse électrodermale, de la variabilité de la fréquence cardiaque et de l’électromyographie faciale (mesurant la coactivation concomitante du muscle grand zygomatique pour le sourire et du corrugateur pour le froncement des sourcils).

10. Applications et pertinence pratique

La compréhension des dynamiques de coactivation trouve des applications capitales dans plusieurs sphères de la pratique psychologique, médicale et ergonomique.

En neuropsychologie et en réhabilitation motrice après un accident vasculaire cérébral (AVC) ou chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, l’excès de coactivation antagoniste constitue un obstacle majeur à la fluidité du geste. Les cliniciens élaborent des protocoles de rééducation assistée par biofeedback EMG visant à réapprendre au patient comment inhiber sélectivement le muscle antagoniste, permettant ainsi de restaurer la dextérité motrice et de diminuer la spasticité invalidante.

En psychothérapie cognitivo-comportementale et systémique, la reconnaissance de la coactivation affective permet de valider le vécu d’ambivalence des patients. Dans les troubles addictifs ou le deuil pathologique, admettre qu’un individu puisse aimer et détester simultanément une même personne ou un même comportement addictif évite d’interpréter le doute comme un manque de volonté. L’entretien motivationnel s’appuie directement sur cette coactivation pour explorer et résoudre les conflits internes sans polariser artificiellement la parole du patient.

En ergonomie et en ingénierie des facteurs humains, l’analyse de la coactivation cognitive intervient dans la conception des interfaces de pilotage aéronautique ou ferroviaire. L’intégration de signaux redondants (alarmes visuelles doublées de signaux sonores spatialisés) exploite les propriétés de la coactivation multisensorielle pour raccourcir les temps de réponse des opérateurs dans des situations d’urgence extrême, tout en évitant la surcharge cognitive grâce à un calibrage minutieux des seuils d’alerte.

11. Recherche et données empiriques

Les avancées scientifiques récentes ont permis d’élucider des mécanismes que l’on ne pouvait auparavant qu’inférer par des voies comportementales indirectes. Les études d’imagerie cérébrale fonctionnelle à haute résolution spatio-temporelle ont démontré que la coactivation n’est pas une simple résonance passive, mais un mode de calcul distribué essentiel au traitement de la complexité.

Les méta-analyses conduites en modélisation de la connectivité méta-analytique (Meta-Analytic Connectivity Modeling ou MACM) ont documenté des schémas systématiques de coactivation entre l’insula antérieure et le cortex cingulaire antérieur dorsal dans presque toutes les tâches impliquant une prise de décision sous incertitude ou une modulation de la douleur. Ces deux structures constituent les carrefours clés du réseau de saillance, qui coordonne la transition fonctionnelle entre d’autres réseaux cérébraux majeurs.

Dans la recherche sur les biais implicites et la cognition sociale, les travaux pionniers utilisant des tâches d’amorce ont mis en évidence la coactivation automatique de stéréotypes concurrents lors de la présentation d’indices sociaux ambigus. Ces résultats confirment que les représentations mentales opposées ne s’annulent pas instantanément, mais subsistent dans un état de coactivation transitoire mesurable par les micro-mouvements de déviation de la souris d’ordinateur (mouse-tracking paradigms).

12. Considérations culturelles et interculturelles

L’expression et l’acceptation cognitive de la coactivation, en particulier sur le plan émotionnel et affectif, sont intimement modulées par les cadres culturels d’appartenance.

Les recherches en psychologie interculturelle, notamment celles de Richard Nisbett et Kaiping Peng, soulignent des divergences fondamentales entre les sociétés occidentales et les sociétés est-asiatiques face à la contradiction psychologique. Dans les cultures imprégnées de pensée dialectique (inspirée du taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme), la coactivation simultanée de sentiments opposés (comme le bonheur et le chagrin) est perçue comme un état naturel, harmonieux et mature de l’existence. Les individus de ces cultures rapportent une fréquence nettement plus élevée d’émotions mixtes lors d’événements marquants, tels qu’une remise de diplôme ou un mariage.

À l’inverse, dans les cultures occidentales dominées par les principes de la logique aristotélicienne et du tiers exclu, la coactivation affective est souvent interprétée comme une dissonance cognitive inconfortable, un état d’instabilité ou un signe de confusion interne que le sujet cherche activement à dissoudre. Ces distinctions culturelles influencent directement la manière dont la détresse psychologique est verbalisée lors des consultations thérapeutiques et nécessitent une sensibilité aiguë de la part des praticiens interculturels.

13. Critiques, débats et limites

Bien que le concept de coactivation soit largement adopté, il soulève d’importants débats conceptuels et méthodologiques au sein de la communauté scientifique.

En neurophysiologie, la distinction entre véritable coactivation et « diaphonie » (crosstalk) électromyographique reste une source continue de contestations méthodologiques. Lorsque deux muscles proches s’activent, la propagation spatiale des champs électriques au travers des tissus sous-cutanés peut faussement enregistrer un signal sur l’électrode du muscle antagoniste, créant un artefact de co-contraction là où il n’existe qu’une contraction unilatérale. Les chercheurs doivent donc employer des techniques rigoureuses de décomposition de signaux et de filtrage pour s’assurer de l’authenticité de l’activation conjointe.

Dans le domaine cognitif, certains tenants stricts des modèles probabilistes soutiennent que bon nombre de phénomènes attribués à la coactivation sensorielle pourraient être modélisés par des architectures de course sophistiquées incluant des interactions négatives ou des critères de décision variables dans le temps. La querelle théorique entre modèles d’accumulation interactive et modèles de course dépendante demeure un champ de recherche particulièrement disputé.

Enfin, en psychologie de la personnalité et en psychométrie, mesurer des composantes coactivées demeure une gageure statistique. L’évaluation simultanée de traits ou d’attitudes opposés induit fréquemment des problèmes de multicolinéarité et de variance partagée, compliquant l’interprétation des modèles d’équations structurelles et exposant les études à des risques de surinterprétation conceptuelle.

14. Termes connexes et distinctions

Afin d’éviter tout flou sémantique, il est indispensable de distinguer la coactivation de notions voisines avec lesquelles elle est souvent confondue :

  • Coactivation vs Inhibition réciproque : L’inhibition réciproque correspond à la mise au repos active d’un élément (ex. muscle antagoniste ou circuit concurrent) lors de l’excitation de l’élément agoniste, alors que la coactivation implique leur engagement simultané.
  • Coactivation vs Synchronisation neuronale : La synchronisation fait référence à l’alignement précis de la phase oscillatoire ou de la décharge unitaire de potentiels d’action entre neurones, tandis que la coactivation renvoie à un recrutement conjoint plus large sur une échelle temporelle donnée, sans exiger nécessairement une synchronie de phase à la milliseconde près.
  • Coactivation vs Ambivalence cognitive : L’ambivalence est l’expérience psychologique subjective résultant de la coactivation d’attitudes ou de sentiments contradictoires vis-à-vis d’un même objet psychologique ; la coactivation constitue le mécanisme sous-jacent, l’ambivalence en est le corollaire phénoménologique ou cognitif.
  • Coactivation vs Sommation temporelle : La sommation temporelle désigne l’accumulation de signaux successifs issus d’une même source sur une courte période, alors que la coactivation implique des sources anatomiques ou fonctionnelles différentes opérant concomitamment.

15. Résumé et points clés à retenir

La coactivation représente un principe organisateur indispensable à la survie, à l’adaptation et à la souplesse fonctionnelle de l’organisme humain. Loin de constituer une aberration mécanique ou un bruit computationnel, elle incarne une solution évolutive sophistiquée pour maîtriser les environnements incertains et traiter l’information complexe.

Dans le registre moteur, elle assure la stabilité des articulations et la régulation posturale au prix d’une dépense métabolique temporairement accrue. Dans la sphère sensorielle et cognitive, elle accélère le décodage perceptif et la prise de décision par l’intégration d’indices multiples redondants. Sur le plan affectif, elle rend compte de la texture nuancée de notre vie intérieure, capable d’embrasser simultanément l’attrait et la répulsion.

L’exploration contemporaine de la coactivation, fertilisée par l’imagerie cérébrale de pointe et les modèles computationnels avancés, continue de renouveler en profondeur les paradigmes de la psychologie, révélant un esprit humain fondamentalement fondé sur la synergie, la coopération distribuée et la fluidité adaptative.

Références

  • Berntson, G. G., Boysen, S. T., & Cacioppo, J. T. (1993). Neurobehavioral organization and the evaluative space: A call for integrality. In J. T. Cacioppo & R. E. Petty (Eds.), Social Neuroscience. Psychological Review.
  • Cacioppo, J. T., & Berntson, G. G. (1994). Relationship between attitudes and evaluative space: A critical review, with emphasis on the separability of positive and negative substrates. Psychological Bulletin, 115(3), 401–423.
  • Gribble, P. L., Mullin, L. I., Cothros, N., & Mattar, A. A. (2003). Role of cocontraction in arm movement accuracy. Journal of Neurophysiology, 89(5), 2396–2405.
  • Miller, J. (1982). Divided attention: Evidence for coactivation with redundant signals. Cognitive Psychology, 14(2), 247–279.
  • Sherrington, C. S. (1906). The Integrative Action of the Nervous System. Yale University Press.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 31). Coactivation : Au carrefour des synergies. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coactivation-psychologie-neurosciences
Looti, Mohammed. “Coactivation : Au carrefour des synergies.” Base de données de psychologie en français, 31 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coactivation-psychologie-neurosciences.
Looti, Mohammed. “Coactivation : Au carrefour des synergies.” Base de données de psychologie en français. octobre 31, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coactivation-psychologie-neurosciences.