L’évaluation empirique des conduites anxieuses et des mécanismes d’évitement a longtemps été tributaire des déclarations subjectives des patients, jusqu’à l’avènement de protocoles standardisés d’observation directe. Au cœur de cette révolution méthodologique en thérapie comportementale se trouve le Behavioral Avoidance Test ou Behavioral Approach Task (BAT), un paradigme d’évaluation in vivo incontournable. En confrontant de manière graduée et contrôlée un individu au stimulus anxiogène redouté, cet outil clinique et expérimental permet de quantifier avec une rigueur inédite la distance critique, le degré d’inhibition et la dynamique psychophysiologique de la réaction phobique.
Test d’approche et d’évitement comportemental (BAT)
1. Définition concise
Le test d’évitement comportemental (communément désigné par l’acronyme anglais BAT pour Behavioral Avoidance Test ou Behavioral Approach Task) est une procédure d’évaluation standardisée employée en psychologie clinique et expérimentale, au cours de laquelle un sujet est invité à s’approcher physiquement et progressivement d’un stimulus anxiogène réel ou simulé. Ce protocole vise à mesurer objectivement la distance physique tolérée, la latence de la réponse, le degré d’inconfort rapporté et la survenue de conduites d’échappement ou d’inhibition motrice face à l’objet de la peur.
Dans la pratique contemporaine des thérapies cognitivo-comportementales, le BAT constitue à la fois un instrument de diagnostic fonctionnel avant intervention et une mesure d’efficacité thérapeutique post-traitement. Contrairement aux échelles d’auto-évaluation rétrospectives, qui sont sujettes aux biais mnésiques et à la désirabilité sociale, le BAT saisit le comportement en temps réel, dans une situation écologique contrôlée. Il permet d’analyser la triade de la réponse émotionnelle définie par Peter Lang : la composante motrice et comportementale (la distance franchie), la composante subjective ou cognitive (l’intensité de l’anxiété auto-évaluée) et la composante physiologique (les variations neurovégétatives concomitantes).
2. Étymologie et origine linguistique
L’acronyme BAT provient de la langue anglaise, où il désigne alternativement le Behavioral Avoidance Test (test d’évitement comportemental) ou le Behavioral Approach Task (tâche d’approche comportementale). Le terme behavioral découle du vieil anglais behabban (« contenir, se conduire »), qui a donné naissance au concept psychologique de « béhaviorisme » au début du XXe siècle pour désigner l’étude scientifique des comportements observables. Le mot avoidance dérive de l’ancien français esvuidier (« vider, dégager, s’éloigner »), traduisant le mouvement de retrait intentionnel face à une menace perçue.
Le substantif approach puise son étymologie dans le bas-latin appropiare (« approcher, rendre plus proche »), soulignant l’inversion du vecteur comportemental imposée par la consigne expérimentale. Introduit formellement dans la littérature scientifique américaine au début des années 1960, le terme a été importé dans le champ francophone sous les appellations de « test d’évitement comportemental », de « test d’approche motrice » ou de « tâche d’approche comportementale », bien que l’acronyme BAT demeure universellement prédominant dans les protocoles de recherche et les publications cliniques indexées.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français, l’acronyme BAT se prononce phonétiquement [bat] ou fait l’objet d’un épellation francophone lettre à lettre [be.a.te]. Sur le plan grammatical, il s’agit d’un substantif masculin invariable (« un BAT », « des BAT »), son genre étant hérité du mot recteur français « test ». Lorsqu’il est décliné sous sa forme longue en français, il s’accorde au masculin : « le test d’évitement comportemental » ou « le test d’approche comportementale ».
Dans le discours clinique et académique, le terme s’emploie principalement comme un nom commun désignant soit la méthode globale (« administrer un BAT »), soit une séance concrète d’évaluation (« la performance au BAT pré-thérapie »). On observe parfois son usage comme adjectif épithète d’emprunt dans des syntagmes spécialisés tels que « la procédure BAT » ou « l’épreuve BAT ». Les cliniciens veillent à préciser s’il s’agit d’une variante in vivo, imaginaire, ou médiatisée par des technologies d’immersion numérique.
4. Explication conceptuelle détaillée
Le BAT repose sur le principe fondamental selon lequel l’anxiété n’est pas une entité monolithique purement intrapsychique, mais un ensemble de réponses observables articulées autour d’une tendance à l’action défensive. Lorsqu’un individu est confronté à un stimulus phobogène — qu’il s’agisse d’un animal inoffensif dans le cadre d’une phobie spécifique, d’une situation sociale ou d’une sensation intéroceptive redoutée —, son système motivationnel d’évitement s’active pour rétablir une distance de sécurité. Le BAT crée une situation expérimentale formalisée dans laquelle l’individu reçoit la consigne explicite de tenter de réduire cette distance de manière volontaire, sous le regard du thérapeute ou de l’évaluateur.
La structure d’un BAT standardisé est organisée en une série d’étapes hiérarchisées d’exposition croissante. Dans le cas classique de l’arachnophobie, par exemple, les étapes peuvent s’échelonner depuis l’entrée dans une pièce contenant un terrarium opaque scellé à plusieurs mètres, jusqu’au contact physique direct avec l’araignée posée sur la main nue du patient. À chaque palier prédéterminé, l’examinateur consigne deux variables majeures : l’exécution motrice effective de la tâche (le patient a-t-il atteint le niveau requis ou s’est-il arrêté ?) et le niveau d’inconfort ressenti, quantifié sur l’échelle des unités subjectives de détresse (SUDs, allant de 0 à 100).
Le périmètre du BAT s’étend au-delà de la simple mesure de la distance physique. Il permet de scruter minutieusement les comportements de sécurité subtils, tels que le détournement du regard, l’adoption d’une posture défensive crispée, les demandes répétées de réassurance, ou la recherche immédiate d’une issue de secours. Le BAT objective ainsi le coût comportemental de la peur : il matérialise le moment exact de rupture où le conflit motivationnel entre le désir de coopérer ou de surmonter son anxiété d’une part, et l’impératif biologique d’évitement de la détresse d’autre part, penche irrémédiablement vers la fuite ou l’interruption de la tâche.
Enfin, le BAT opère une distinction cruciale entre la capacité motrice pure et la tolérance à la détresse. Un patient peut techniquement réussir à toucher l’objet redouté en mobilisant des stratégies d’évitement cognitif ou d’hyperventilation massive avec un score de détresse maximal, tandis qu’un autre s’arrêtera à un mètre mais démontrera des capacités de régulation émotionnelle prometteuses. Le BAT fournit ainsi une matrice d’analyse multidimensionnelle indispensable pour dresser le profil clinique fonctionnel d’un trouble anxieux.
5. Développement historique
L’émergence du BAT s’inscrit directement dans la contestation des modèles psychanalytiques dominants au cours des décennies 1950 et 1960. À cette époque, les pionniers de la thérapie comportementale cherchaient à élaborer des techniques de traitement brèves et empiriquement validées, telles que la désensibilisation systématique introduite par Joseph Wolpe. Néanmoins, pour prouver l’efficacité de ces nouvelles approches thérapeutiques face au scepticisme du corps médical, il était impératif de disposer d’outils de mesure plus rigoureux, quantifiables et reproductibles que les récits d’entretiens cliniques.
Le tournant méthodologique décisif s’est produit en 1963 avec les travaux fondateurs de Peter J. Lang et David G. Lazovik à l’Université de Pittsburgh. Dans leur étude séminale consacrée au traitement de la phobie des serpents, ils ont conçu le premier prototype formel du Behavioral Avoidance Test. Ils ont demandé à des étudiants phobiques d’entrer dans une pièce où se trouvait un serpent non venimeux confiné dans une cage en verre, et de s’en approcher selon un protocole strictement standardisé comprenant vingt-neuf étapes comportementales distinctes, allant de l’observation à distance jusqu’à la manipulation prolongée de l’animal.
Au cours des années 1970 et 1980, le paradigme du BAT a été étendu à d’autres pathologies anxieuses par des chercheurs de premier plan tels qu’Isaac Marks à Londres et David H. Barlow aux États-Unis. Le test a été adapté avec succès pour évaluer l’agoraphobie (mesure de la distance parcourue seul à pied ou en voiture à partir du cabinet du thérapeute), le trouble obsessionnel-compulsif (tests de contact avec des substances perçues comme contaminées sans recours aux rituels de lavage) et la phobie sociale (prise de parole improvisée devant un auditoire neutre ou critique).
Avec l’essor de la révolution cognitive puis des thérapies dites de la troisième vague à la fin du XXe siècle, le BAT a cessé d’être considéré comme une simple mesure de l’extinction comportementale. Il s’est transformé en un outil privilégié pour tester les croyances dysfonctionnelles catastrophiques et évaluer la flexibilité psychologique face à l’inconfort émotionnel. Au XXIe siècle, l’intégration de la réalité virtuelle et des capteurs physiologiques sans fil a redéfini le BAT, permettant une reproductibilité environnementale absolue et une collecte en temps réel de données biométriques de haute précision.
6. Fondements théoriques
Le BAT puise ses racines théoriques majeures dans le conditionnement pavlovien et le conditionnement opérant, synthétisés dans la célèbre théorie bifactorielle de l’apprentissage élaborée par Orval Hobart Mowrer. Selon cette perspective, un stimulus initialement neutre acquiert des propriétés aversives par association pavlovienne avec un état de terreur ou de douleur (conditionnement classique). Par la suite, le comportement de fuite ou d’évitement est activement renforcé de manière négative par la diminution immédiate de la tension anxieuse qu’il procure (conditionnement opérant). Le BAT matérialise cette séquence : le refus de progresser ou l’abandon de la tâche constitue l’observation directe du mécanisme d’évitement maintenant le trouble.
Sur le plan neuropsychologique, le modèle du système d’inhibition comportementale (BIS) et du système d’activation comportementale (BAS), conceptualisé par Jeffrey Gray, éclaire les mécanismes sous-jacents au BAT. Le protocole confronte directement l’individu à un conflit d’approche-évitement décrit initialement par Kurt Lewin et Neal Miller : l’instruction sociale et l’alliance thérapeutique stimulent le système d’approche, tandis que l’exposition au stimulus phobogène active puissamment le BIS, orchestrant l’inhibition motrice, l’hypervigilance et l’élévation de l’éveil neurovégétatif.
Dans le paradigme contemporain du traitement de l’information émotionnelle développé par Edna Foa et Michael Kozak, le BAT est conçu comme une épreuve d’activation des structures de peur mnésiques. Selon cette théorie, pour qu’une structure cognitive pathologique soit modifiée, elle doit d’abord être activée par la présentation des indices de menace pertinents, afin que des informations incompatibles avec les attentes catastrophiques puissent être encodées. Le BAT permet d’évaluer directement l’ampleur de cette activation émotionnelle et le niveau de correction cognitive qui en découle.
Enfin, la théorie de l’apprentissage inhibiteur formulée par Michelle Craske propose une relecture fondamentale du BAT. L’objectif premier de l’exposition n’est plus simplement l’habituation de la détresse physiologique au cours de la séance, mais la maximisation de la violation des attentes. Dans ce cadre, le BAT sert à mesurer empiriquement si le patient découvre que l’issue redoutée (par exemple, s’évanouir, perdre le contrôle ou subir une attaque) ne se produit pas, consolidant ainsi une nouvelle trace mnésique de sécurité en compétition avec l’ancienne mémoire de peur.
7. Composantes clés, types et dimensions
L’administration et l’interprétation d’un BAT s’articulent autour de plusieurs dimensions opérationnelles et méthodologiques distinctes :
- La composante comportementale motrice : Elle évalue le niveau maximal de proximité physique ou d’interaction atteint sur une échelle ordinale prédéfinie (par exemple, nombre de mètres franchis, durée en secondes de manipulation d’un objet contaminé, nombre de minutes passées dans un espace clos).
- La composante subjective (SUDs) : Auto-évaluation quantitative de la détresse, de l’anxiété ou du dégoût rapportée par le sujet à chaque palier franchi, généralement notée de 0 (calme absolu) à 100 (panique maximale).
- La composante physiologique et autonome : Enregistrement des indices végétatifs tels que la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque (VRC), la réponse électrodermale ou le rythme respiratoire lors de la confrontation au stimulus.
- La latence de réponse et les hésitations : Mesure du temps écoulé entre l’instruction donnée par l’évaluateur et l’initiation du mouvement par le patient, reflétant le degré d’ambivalence et de paralysie décisionnelle.
- Les comportements de sécurité : Identification des actes subtils manifestés pour neutraliser l’anxiété sans fuir physiquement (port de gants, évitement du regard, contractions musculaires compensatoires, prières ou mantras internes).
- Le BAT in vivo (écologique) : Confrontation directe avec le stimulus réel dans l’environnement physique naturel ou au sein d’un laboratoire clinique.
- Le BAT en réalité virtuelle (V-BAT) : Immersion standardisée dans un environnement numérique tridimensionnel interactif modélisant l’objet phobogène avec un contrôle millimétré des paramètres spatio-temporels.
- Le BAT intéroceptif : Tâches provocant délibérément les sensations somatiques redoutées (hyperventilation volontaire, rotation sur chaise, respiration à travers une paille) pour évaluer la phobie des sensations corporelles propre au trouble panique.
8. Exemples et cas illustratifs
Pour illustrer la mise en œuvre pratique du BAT, considérons le cas clinique d’Élodie, 28 ans, souffrant d’une agoraphobie sévère avec attaques de panique, incapable de s’éloigner seule de son domicile à plus de cent mètres. Lors de l’évaluation initiale, le psychologue conçoit un BAT extérieur standardisé constitué de huit paliers successifs de cinquante mètres le long d’une avenue commerçante. À chaque point de repère, Élodie doit s’arrêter, évaluer son niveau d’anxiété sur l’échelle SUDs, et décider si elle se sent capable de passer à l’étape suivante. Lors du pré-test, elle s’arrête au palier 3 (150 mètres), signalant un score SUDs de 90/100, une tachycardie ressentie intense et une conviction à 80 % qu’elle va s’évanouir si elle poursuit, illustrant un évitement comportemental majeur provoqué par la rupture de sa tolérance à l’incertitude.
Un autre exemple typique concerne Marc, 35 ans, présentant un trouble obsessionnel-compulsif centré sur la peur des contaminations pathogènes par des fluides biologiques. Le protocole BAT de laboratoire comprend une série de dix tâches séquentielles : regarder une poubelle publique, toucher l’extérieur du récipient avec un doigt, poser la paume entière sur le couvercle souillé, toucher la semelle de ses propres chaussures, et enfin s’abstenir de se laver les mains pendant une durée consécutive de quinze minutes. Marc parvient à poser la paume sur le couvercle mais refuse catégoriquement l’étape de la semelle, interrompant l’épreuve à la septième étape avec un score SUDs de 95/100 et une envie compulsive irrépressible de nettoyage, objectivant le seuil précis de rupture de son contrôle émotionnel.
Dans le domaine de l’anxiété sociale, un BAT d’interaction peut consister à demander au participant d’entamer une conversation de cinq minutes avec un collaborateur inconnu qui maintient volontairement une attitude stoïque et un silence prolongé après chaque réplique. L’évaluation mesure la durée totale pendant laquelle le sujet maintient l’échange avant d’abréger la conversation, le nombre de silences initiés, le contact visuel direct en pourcentage de temps, et l’intensité des rougissements ou tremblements manifestes, fournissant un bilan clinique d’une valeur supérieure aux seuls questionnaires d’inhibition sociale.
9. Mesure et évaluation
La fidélité et la validité du BAT reposent sur la standardisation rigoureuse de ses conditions d’administration. L’expérimentateur doit suivre un script directif invariable, s’abstenir de tout encouragement excessif ou de toute réassurance verbale qui viendrait fausser la mesure comportementale spontanée. Les consignes sont formulées de manière neutre : « Veuillez vous approcher de l’objet aussi près que possible, jusqu’au point où vous ressentez que vous ne pouvez plus continuer sans éprouver un inconfort intolérable. Vous avez le contrôle total et pouvez vous arrêter à tout moment. »
Le système de cotation du BAT combine des variables quantitatives continues et discrètes. La variable principale est le score d’approche terminal, calculé en pourcentage de la tâche maximale accomplie ou sous la forme d’un rang ordinal d’étapes franchies. Parallèlement, on construit des profils cinétiques en traçant des courbes croisant la distance résiduelle et l’évaluation SUDs correspondante. Ces représentations graphiques permettent de calculer l’aire sous la courbe de détresse ressentie, offrant un indice synthétique de la charge anxieuse globale supportée au cours de la confrontation.
Pour assurer la validité inter-juges, les sessions de BAT sont fréquemment enregistrées sur support vidéo et codées de manière indépendante par deux cliniciens formés. Les grilles d’observation évaluent des indicateurs micro-comportementaux : mouvements de recul, postures asymétriques, tremblements des extrémités, débit vocal et interruptions respiratoires. L’intégration d’algorithmes de vision par ordinateur permet désormais une quantification automatisée et objective des micro-mouvements faciaux et des micro-hésitations motrices lors de l’exécution du test.
10. Applications et portée pratique
Sur le plan clinique, le BAT sert de pierre angulaire dans la planification des protocoles d’exposition graduée. En identifiant précisément le seuil à partir duquel l’inconfort devient bloquant, le thérapeute et le patient peuvent co-construire une hiérarchie d’exposition individualisée réaliste et opérante. Utilisé en milieu de traitement, le BAT permet de vérifier si les apprentissages correctifs s’opèrent réellement sur le plan moteur et comportemental, ou si le patient développe de subtiles compensations cognitives inefficaces en dehors des séances.
En recherche translationnelle et en psychopharmacologie clinique, le BAT représente le « gold standard » pour tester l’efficacité d’agents thérapeutiques innovants. Lorsqu’une nouvelle molécule anxiolytique ou un potentialisateur cognitif de l’extinction (comme la D-cyclosérine) est évalué, le BAT offre une variable dépendante primaire objective et insensible aux biais de complaisance des patients. Si les scores d’auto-évaluation peuvent s’améliorer sous simple effet placebo, le gain de distance mesurable lors d’un BAT reflète un changement robuste dans le système d’action motivationnel.
Dans le domaine organisationnel et professionnel, des déclinaisons adaptées du BAT sont employées pour évaluer l’aptitude physique et psychologique d’individus exerçant des métiers à haut risque. Les corps de sapeurs-pompiers, les plongeurs professionnels et les forces d’intervention d’élite utilisent des protocoles similaires au BAT pour tester la tolérance aux espaces confinés (épreuve de claustrophobie), au travail en grande hauteur (épreuve d’acrophobie) ou à l’exposition à des stimuli menaçants imprévisibles, mesurant ainsi la capacité opérationnelle réelle sous contrainte aiguë.
11. Recherche et preuves empiriques
Depuis plus de six décennies, un corpus monumental d’études atteste de la validité empirique du BAT. Les méta-analyses systématiques confirment régulièrement que le BAT présente une validité convergente substantielle avec les échelles psychométriques d’anxiété validées, tout en prédisant mieux la récidive symptomatique à long terme que les mesures sur questionnaire seul. Les travaux classiques de Bandura sur l’auto-efficacité ont démontré que les progrès réalisés et constatés par le patient lors d’un BAT constituent le moteur le plus puissant de restauration du sentiment de compétence personnelle.
Les recherches pionnières de Michelle Craske et de ses collègues à l’UCLA ont exploité le BAT pour révolutionner notre compréhension du mécanisme d’extinction. Leurs expériences ont démontré que la réduction de l’anxiété subjective au cours du BAT (habituation intasessionnelle) ne corrèle pas nécessairement avec le maintien des acquis thérapeutiques lors d’un test différé plusieurs semaines plus tard. En revanche, le degré de violation des attentes mesuré lors du BAT — c’est-à-dire l’écart maximal constaté entre la catastrophe anticipée par le sujet et la réalité objective de ce qui s’est produit — constitue le prédicteur statistique le plus solide de la rémission durable de la phobie.
L’imagerie cérébrale fonctionnelle corrélée au BAT a permis d’élucider les substrats neurobiologiques de l’approche en contexte menaçant. Des études d’IRM fonctionnelle ont mis en évidence que le franchissement réussi d’étapes lors d’un BAT corrèle avec une connectivité fonctionnelle accrue entre le cortex préfrontal ventromédian (vmPFC) et l’amygdale basolatérale, témoignant d’une inhibition top-down efficace des réponses de panique sous-corticales au moment précis où le comportement d’approche est exécuté.
12. Considérations culturelles et contextuelles
L’interprétation des résultats d’un BAT ne peut être déconnectée des normes socioculturelles propres à la population évaluée. L’acceptabilité de la proximité physique avec certains animaux, l’intensité des manifestations émotionnelles acceptables ou la signification attribuée à la souillure varient profondément d’une culture à l’autre. Par exemple, dans certaines sociétés traditionnelles ou groupes religieux, le refus de toucher un chien ou de manipuler certains objets rituels relève de prescriptions normatives sacrées et non d’un évitement phobique sous-jacent.
Les stéréotypes de genre constituent un biais contextuel puissant lors de l’administration d’un BAT. Des études expérimentales ont démontré que les hommes tendent en moyenne à s’approcher plus près des stimuli redoutés que les femmes lors des tests publics, non pas en raison d’une anxiété subjective ou physiologique inférieure, mais en réponse à une pression normative d’invulnérabilité masculine. Cette divergence illustre le phénomène de « compliance sociale défensive », où le comportement moteur masque une détresse interne extrême, nécessitant une analyse croisée rigoureuse avec les indices neurovégétatifs.
En outre, le contexte de laboratoire induit intrinsèquement un sentiment implicite de protection (l’« effet de sécurité expérimentale »). Les participants consentent souvent à s’approcher davantage d’un serpent ou d’une seringue en présence d’un professeur en blouse blanche au sein d’un hôpital universitaire qu’ils ne le feraient seuls dans la nature. Les cliniciens doivent donc faire preuve de prudence lors de la généralisation des performances obtenues lors d’un BAT standardisé aux situations de vie réelle du patient.
13. Critiques, controverses et limites
En dépit de ses qualités psychométriques reconnues, le BAT fait l’objet de plusieurs débats méthodologiques récurrents. La critique la plus vive concerne son manque d’uniformité entre les différents centres de recherche. D’une équipe à l’autre, les caractéristiques physiques du stimulus (taille du serpent, vivacité d’une araignée, distance entre les paliers, luminosité de la pièce) diffèrent considérablement, rendant les comparaisons méta-analytiques parfois délicates en l’absence de protocole internationalement unifié.
Une controverse majeure porte sur les instructions fournies aux participants. Certains investigateurs utilisent des consignes d’approche « douce » invitant à s’arrêter dès le moindre inconfort, tandis que d’autres emploient des consignes « de performance maximale » incitant explicitement le sujet à repousser ses limites au prix d’un stress aigu. Ces variations modifient radicalement les résultats observés et mesurent en réalité deux construits psychologiques différents : le seuil spontané d’évitement dans le premier cas, et la tolérance volontaire à la détresse dans le second.
Sur le plan éthique, le BAT confronte intentionnellement un individu vulnérable à une détresse psychologique et neurovégétative parfois paroxystique. Bien que le consentement éclairé soit rigoureusement recueilli et que le patient conserve la maîtrise théorique de l’interruption, des cas d’attaques de panique sévères, de malaises vagaux ou de ruptures de l’alliance thérapeutique ont été rapportés lorsque l’évaluation était conduite de manière trop rigide sans préparation préalable suffisante.
14. Termes associés et distinctions
Afin d’éviter toute ambiguïté nosologique ou méthodologique, il convient de distinguer clairement le BAT d’autres notions connexes de la littérature psychologique :
- BAT vs Thérapie d’exposition : Le BAT est une procédure diagnostique et évaluative ponctuelle visant à mesurer un comportement à un instant T, tandis que la thérapie d’exposition est une intervention clinique prolongée et répétée destinée à produire l’extinction pérenne de la peur.
- BAT vs BATD (Behavioral Activation Treatment for Depression) : L’acronyme BAT est parfois confondu avec le BATD, qui désigne le protocole d’activation comportementale pour la dépression conçu par Lejuez et ses collègues, lequel vise à augmenter les comportements récompensés au quotidien et n’a aucun lien direct avec l’évaluation des phobies.
- Évitement actif vs Évitement passif : Le BAT mesure principalement l’inhibition d’approche (évitement passif consistant à refuser de s’avancer), alors que l’évitement actif implique la mise en œuvre motrice délibérée d’une action pour fuir ou annuler la menace.
- SUDs (Subjective Units of Distress Scale) : L’échelle SUDs est un outil psychométrique de mesure subjective qui s’intègre comme une variable dépendante à l’intérieur du protocole BAT, sans se confondre avec l’épreuve globale elle-même.
- Test de provocation des symptômes : Utilisé fréquemment en neuro-imagerie, il consiste à exposer le sujet à des photographies anxiogènes de manière statique pour enregistrer des activations cérébrales, sans l’engagement moteur et la liberté d’approche spatiale qui caractérisent un véritable BAT.
15. Synthèse et points clés à retenir
Le test d’évitement comportemental (BAT) demeure l’un des paradigmes expérimentaux les plus féconds et les plus rigoureux de la psychologie scientifique moderne. Conçu pour pallier les biais inhérents aux auto-questionnaires rétrospectifs, il saisit la réalité du trouble anxieux dans sa matérialité motrice, cognitive et physiologique.
En fournissant un instantané fidèle de la tension entre le désir d’action et la pulsion d’évitement, le BAT permet aux praticiens de calibrer les interventions thérapeutiques, d’évaluer objectivement l’efficacité des traitements comportementaux et cognitifs, et d’approfondir notre compréhension neurobiologique des mécanismes d’apprentissage inhibiteur et d’extinction de la peur.
Références
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- Craske, M. G., Treanor, M., Conway, C. C., Zbozinek, T., & Vervliet, B. (2014). Maximizing exposure therapy: An inhibitory learning approach. Behaviour Research and Therapy, 58, 10–23. https://doi.org/10.1016/j.brat.2014.04.006
- Foa, E. B., & Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. Psychological Bulletin, 99(1), 20–35. https://doi.org/10.1037/0033-2909.99.1.20
- Lang, P. J., & Lazovik, A. D. (1963). Experimental desensitization of a phobia. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 66(6), 519–525. https://doi.org/10.1037/h0047047
- Wolpe, J. (1958). Psychotherapy by reciprocal inhibition. Stanford University Press.