L’artère basilaire constitue le pilier vasculaire central de la fosse cérébrale postérieure, irriguant directement les structures anatomiques qui gouvernent les fonctions vitales, l’éveil et l’intégration sensorimotrice. En neuropsychologie et en neurosciences cognitives, ce conduit artériel unique est indissociable de la régulation de la conscience, dont l’altération brutale engendre des tableaux cliniques aussi spectaculaires que tragiques, à l’instar du syndrome d’enfermement ou des hallucinations pédonculaires.
Artère basilaire
1. Définition concise
L’artère basilaire, traditionnellement désignée sous le terme de tronc basilaire, est un vaisseau sanguin unique et impair du système nerveux central, formé par la confluence des deux artères vertébrales à la jonction bulbopontique. Elle chemine le long de la gouttière basilaire du pont (protubérance annulaire) avant de se diviser, au niveau de la citerne interpédonculaire, en artères cérébrales postérieures droite et gauche.
Sur le plan fonctionnel et neuropsychologique, l’artère basilaire est l’élément central du système vertébro-basilaire, responsable de la vascularisation du tronc cérébral, du cervelet, de la cochlée, des lobes occipitaux et de la face inféro-médiale des lobes temporaux, ainsi que des noyaux thalamiques postérieurs. À ce titre, elle alimente des réseaux neuraux critiques tels que la formation réticulée activatrice ascendante, régulatrice indispensable des états de vigilance, du cycle veille-sommeil et de l’accès à la conscience phénoménale.
Une interruption ou une réduction significative de son flux sanguin compromet de manière critique l’intégrité du pont et du mésencéphale, générant des déficits neurologiques majeurs couplés à des bouleversements profonds des fonctions cognitives, affectives et perceptives de l’individu.
2. Étymologie et origine linguistique
Le substantif « artère » dérive du latin arteria, lui-même issu du grec ancien ἀρτηρία (artēria), composé formé à partir de ἀείρειν (aeirein, « soulever, porter ») ou associé métaphoriquement au transport de l’air ou de l’esprit vital (pneuma), selon les conceptions physiologiques d’Érasistrate et d’Hippocrate qui supposaient que les vaisseaux artériels post-mortem contenaient du souffle plutôt que des hématies.
L’adjectif « basilaire » prend racine dans le bas-latin basilaris, dérivé du grec βάσις (basis), signifiant « socle », « pied » ou « fondement ». Cette qualification topographique s’explique par le rapport intime que le tronc vasculaire entretient avec la base du crâne, plus particulièrement le clivus de l’os occipital et la gouttière basilaire de la face antérieure du pont sur laquelle l’artère repose.
La nomenclature anatomique moderne a longtemps oscillé entre le terme descriptif truncus basilaris et la dénomination arteria basilaris, officialisée par les conventions de la Terminologia Anatomica. L’introduction du vocable dans la littérature médicale française s’est consolidée au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, parallèlement aux descriptions angiologiques pionnières de Thomas Willis et de Raymond Vieussens, pour désigner l’axe unifié issu des affluents vertébraux.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français contemporain, le terme se prononce phonétiquement [aʁtɛʁ bazilɛʁ]. Il s’agit d’un syntagme nominal féminin singulier composé du nom commun féminin « artère » et de l’adjectif qualificatif épithète « basilaire », qui s’accorde en genre et en nombre (au pluriel : « artères basilaires », bien que l’artère basilaire soit strictement un vaisseau impair et unique chez l’être humain normal).
Dans la littérature clinique, neurologique et neuroradiologique francophone, on observe fréquemment l’utilisation interchangeable du substantif masculin synonyme « tronc basilaire », désignant la même entité anatomique. L’adjectif dérivé « vertébro-basilaire » qualifie l’ensemble du territoire circulatoire postérieur (ex. : « insuffisance circulatoire vertébro-basilaire », « territoire vertébro-basilaire »).
4. Explication conceptuelle détaillée
L’artère basilaire occupe une position charnière au confluent de la neuro-anatomie fonctionnelle, de la physiologie hémodynamique et de la neuropsychologie clinique. D’une longueur moyenne comprise entre 25 et 35 millimètres chez l’adulte et d’un diamètre oscillant généralement entre 3 et 4 millimètres, elle naît de la fusion des deux artères vertébrales à la hauteur du sillon bulbo-protubérantiel. Elle monte verticalement dans la citerne prépontique, blottie contre la ligne médiane de la protubérance annulaire, avant de culminer à la jonction ponto-mésencéphalique où elle donne naissance à ses branches terminales.
La morphologie de l’artère basilaire est caractérisée par une vascularisation étagée d’une complexité fonctionnelle remarquable. Tout au long de son trajet ascendant, elle émet des branches perforantes pontiques (médianes, paramédianes et circonférentielles courtes), ainsi que des branches circonférentielles longues indispensables : l’artère cérébelleuse antéro-inférieure (AICA) et, à proximité immédiate de sa terminaison, l’artère cérébelleuse supérieure (SCA). Enfin, au niveau de la bifurcation terminale, elle se sépare en deux artères cérébrales postérieures (PCA), reliées au réseau carotidien interne antérieur par le biais des artères communicantes postérieures, complétant ainsi l’hexagone de Willis.
Sur le plan neuropsychologique, la contribution du tronc basilaire est fondamentale en raison des structures cérébrales dont la viabilité dépend exclusivement de ses collatérales perforantes. Les branches paramédianes irriguent le tegmentum pontique et les noyaux du raphé, riches en neurones sérotoninergiques, ainsi que le locus coeruleus noradrénergique. Ces amas neuronaux constituent le centre névralgique du contrôle attentionnel endogène, de l’humeur et du traitement des stimuli sensoriels saillants. Par conséquent, toute ischémie du territoire de l’artère basilaire ne se solde pas seulement par des atteintes motrices ou bulbaires, mais affecte directement l’architecture globale de l’expérience consciente.
L’hémodynamique du tronc basilaire est par ailleurs soumise à des contraintes physiques particulières. Étant le résultat de la convergence de deux vecteurs de pression issus des artères vertébrales droite et gauche — fréquemment asymétriques du fait d’une hypoplasie congénitale fréquente de l’un des affluents vertébraux —, la paroi basilaire subit des forces de cisaillement (shear stress) turbulentes. Ces turbulences hémodynamiques expliquent la propension de ce vaisseau à développer des plaques d’athérome, des dilatations dolichoectasiques ou des dissections pariétales, autant d’anomalies structurelles qui précipitent des infarctus du tronc cérébral aux retombées cognitives dévastatrices.
5. Développement historique
La compréhension anatomique de l’artère basilaire s’est construite au fil des siècles grâce à l’avènement des dissections cadavériques minutieuses de la Renaissance et de l’âge classique. Si Claude Galien avait pressenti l’existence d’anastomoses à la base de l’encéphale, ses extrapolations basées sur le modèle porcin l’avaient conduit à décrire le fameux rete mirabile, inexistant sous cette forme chez l’Homme.
C’est en 1664 que le médecin et anatomiste anglais Thomas Willis livre la première description systématique et moderne du carrefour artériel postérieur dans son ouvrage séminal Cerebri Anatome. Willis illustre magistralement comment les deux artères vertébrales s’unissent pour composer un vaisseau commun médian avant d’alimenter la base cérébrale et de s’aboucher aux branches carotidiennes antérieures via le polygone anastomo-vasculaire qui portera désormais son nom. Willis identifie déjà avec perspicacité la fonction protectrice de ce maillage contre l’interruption focale de l’afflux sanguin vers les zones cérébrales sous-tendant la survie de l’organisme.
Au XIXe siècle, les cliniciens français et allemands corrèlent pour la première fois les atteintes vasculaires basilaires avec des tableaux neuropsychiatriques précis. En 1868, le pathologiste allemand Julius Cohnheim met en évidence les mécanismes d’embolie gazeuse et fibrineuse affectant les branches du tronc basilaire. Plus tard, à la fin du XIXe siècle, Charles Foix et ses collègues de l’école neurologique de la Salpêtrière décortiquent les syndromes topographiques du tronc cérébral, cartographiant avec une rigueur géométrique les territoires de nécrose ischémique correspondant à chaque embranchement de l’artère basilaire.
Le tournant conceptuel majeur du XXe siècle survient avec la description du syndrome du sommet du tronc basilaire par C. Miller Fisher en 1980. Cette publication de référence a transformé la perception clinique de l’artère basilaire, démontrant qu’une ischémie terminale pouvait induire des troubles comportementaux purs, des agnosies visuelles complexes, des états confusionnels délirants aigus et des amnésies globales, établissant définitivement l’artère basilaire comme un sujet central des neurosciences cognitives.
6. Fondements théoriques et neurobiologiques
D’un point de vue théorique en neurobiologie comportementale, l’artère basilaire sous-tend le modèle hiérarchique de l’intégration cortico-sous-corticale. Selon le cadre conceptuel formulé à l’origine par John Hughlings Jackson, le système nerveux central opère selon une organisation tripartite où les centres inférieurs (tronc cérébral) maintiennent les fonctions automatisées et l’éveil basique, conditions sine qua non à l’expression des fonctions cognitives hautement intégrées des néocortex frontal et pariétal. L’artère basilaire assure l’intégrité métabolique de ces centres inférieurs et intermédiaires.
Les théories contemporaines de la conscience, notamment la théorie de l’espace de travail neuronal global développée par Stanislas Dehaene, Lionel Naccache et Jean-Pierre Changeux, ainsi que la théorie de l’information intégrée (IIT) de Giulio Tononi, soulignent que la conscience d’accès nécessite à la fois un « commutateur » d’activation sous-corticale et un réseau cortico-thalamique interconnecté et réverbérant. L’artère basilaire alimente précisément les deux volets de cette dyade :
D’une part, ses branches pontiques et mésencéphaliques irriguent les noyaux intralaminaires du thalamus et la formation réticulée mésencéphalique, qui génèrent la désynchronisation électro-encéphalographique indispensable au maintien de la vigilance. Sans ce flux basilaire constant, le « commutateur » s’éteint, plongeant le sujet dans le coma, la syncope ou la mort cérébrale.
D’autre part, en vascularisant les corps genouillés latéraux, les pulvinars et les territoires corticaux temporo-occipitaux par l’intermédiaire des artères cérébrales postérieures, l’artère basilaire garantit le transport des entrées perceptives visuelles et la synchronisation gamma à longue distance, éléments moteurs de la synthèse phénoménologique consciente.
7. Composantes clés, branches et dimensions
L’anatomie structurelle de l’artère basilaire s’articule autour de subdivisions géométriques et fonctionnelles distinctes, chacune assurant la trophicité de régions cérébrales hautement spécialisées :
- Origine bulbopontique : Zone de confluence née de la réunion des artères vertébrales droite et gauche, située dans l’espace sous-arachnoïdien à proximité des racines des nerfs abducens (VI).
- Artères perforantes pontiques : Multitude de micro-artérioles (médianes, paramédianes et circonférentielles courtes) pénétrant à angle droit dans le parenchyme du pont pour irriguer la voie cortico-spinale, les fibres ponto-cérébelleuses, les noyaux du pont et les relais vestibulaires.
- Artères cérébelleuses antéro-inférieures (AICA) : Branches nées du tiers inférieur du tronc basilaire, contournant le pont pour irriguer la protubérance postéro-latérale, le flocculus cérébelleux, le plexus choroïde du quatrième ventricule et donnant habituellement naissance à l’artère labyrinthique, clé de l’équilibre labyrinthique et de l’audition.
- Artères cérébelleuses supérieures (SCA) : Nées juste en amont de la terminaison basilaire, elles contournent le pédoncule cérébral pour vasculariser la face supérieure de l’hémisphère cérébelleux, le vermis supérieur, les noyaux dentelés profonds et une partie du tegmentum mésencéphalique.
- Bifurcation terminale (Artères cérébrales postérieures – PCA) : Scission ultime en deux conduits massifs (segments P1, P2, P3 et P4) vascularisant le mésencéphale dorsal, le thalamus postérieur (noyaux thalamiques médians et pulvinar), le cortex visuel primaire (scissure calcarine) et les régions ventrales temporo-occipitales incluant le gyrus fusiforme et l’hippocampe.
8. Exemples cliniques et études de cas
L’exploration clinique de l’artère basilaire révèle des tableaux neuropsychologiques saisissants qui ont profondément nourri la compréhension des liens entre cerveau et esprit. Le scénario le plus emblématique est sans conteste le syndrome d’enfermement (ou locked-in syndrome). Consécutif à un infarctus bilatéral de la partie ventrale du pont provoqué par une thrombose du tronc basilaire, ce syndrome détruit de manière irréversible les faisceaux cortico-spinaux et cortico-bulbaires tout en préservant le tegmentum dorsal et la substance réticulée. Le patient demeure pleinement conscient, lucide, orienté dans le temps et l’espace, capable de ressentir des émotions et de percevoir son environnement sans pouvoir bouger ni émettre un son, la communication n’étant préservée que par les clignements des yeux et les mouvements oculaires verticaux contrôlés par le mésencéphale épargné.
Un autre exemple saisissant est le syndrome du sommet du tronc basilaire (top-of-the-basilar syndrome). L’occlusion embolique de l’extrémité distale du tronc basilaire interrompt brutalement la perfusion des artères cérébrales postérieures et supérieures. Sur le plan neuropsychologique, les patients présentent fréquemment une agnosie visuelle complexe, une cécité corticale (syndrome d’Anton-Babinski où le sujet anosognosique nie être aveugle et affabule pour compenser ses pertes visuelles), ainsi qu’une prosopagnosie sévère secondaire à la nécrose des gyri fusiformes bilatéraux.
Enfin, l’hallucinose pédonculaire illustre les effets d’une lésion ischémique focale du mésencéphale paramédian liée à une micro-atteinte basilaire terminale. Les individus atteints rapportent des hallucinations visuelles florides, colorées, non menaçantes, représentant souvent des scènes de genre animées, des animaux miniatures (hallucinations lilliputiennes) ou des personnages vêtus de costumes folkloriques. Ces patients conservent généralement une critique lucide de leurs hallucinations, conscientisant l’irréalité du phénomène, ce qui en fait un modèle naturel exceptionnel pour étudier le désengagement des représentations perceptives internes des circuits visuels corticaux.
9. Mesure, évaluation et diagnostic neuro-psychologique
L’évaluation fonctionnelle et structurelle de l’artère basilaire mobilise des approches croisées alliant l’imagerie neuroradiologique de pointe et des protocoles d’évaluation neuropsychologique standardisés.
Sur le versant physique et angiologique, les techniques d’évaluation directe comprennent :
- L’angio-IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) et l’IRM de diffusion (DWI) : Examen de référence pour diagnostiquer les signaux précoces de cytotoxicité ischémique dans le tronc cérébral et objectiver l’absence de signal de flux (flow-void) dans le tronc basilaire en cas de thrombose.
- L’angioscanner spiralé du polygone de Willis : Permet d’évaluer la perméabilité luminale de l’artère basilaire en urgence, le degré de calcification athéromateuse et d’exclure une dissection aiguë.
- Le Doppler transcrânien (DTC) : Outil non invasif utilisant la fenêtre sous-occipitale ou foraminée pour mesurer les vélocités moyennes d’écoulement hémodynamique, détecter les inversions de flux (signe d’un vol sous-clavier) ou évaluer l’indice de pulsatilité.
- L’artériographie cérébrale conventionnelle par soustraction numérique : Standard d’or diagnostique et interventionnel pour guider les manœuvres de thrombectomie mécanique endovasculaire en urgence vitale.
Sur le versant neuropsychologique, le clinicien procède à une cartographie méticuleuse des fonctions cognitives résiduelles dès que l’état de vigilance du sujet le permet. L’évaluation requiert l’adaptation spécifique des batteries de tests (telles que la WAIS ou le MoCA) en contournant les handicaps moteurs : recours à des dispositifs de poursuite oculaire (eye-tracking) pour valider la mémoire de travail, l’encodage mnésique épisodique verbal, les fonctions exécutives et le langage réceptif.
L’évaluation de l’état de conscience et des réponses minimales recourt à des échelles comportementales étalonnées, en particulier la Coma Recovery Scale-Revised (CRS-R), essentielle pour distinguer un état végétatif / syndrome d’éveil non-répondant d’un syndrome d’enfermement consécutif à une thrombose basilaire partielle stabilisée.
10. Applications et pertinence pratique
L’étude approfondie de l’artère basilaire trouve des applications cruciales dans plusieurs domaines médicaux et psychologiques :
En neurologie vasculaire d’urgence, la prise en charge de l’occlusion de l’artère basilaire (OAB) représente l’une des urgences médicales les plus critiques. Longtemps associée à un taux de mortalité supérieur à 80 %, la pathologie a vu son pronostic profondément modifié par le perfectionnement des techniques de recanalisation d’urgence par thrombectomie mécanique, réalisable désormais dans des fenêtres thérapeutiques élargies guidées par l’imagerie de perfusion cérébrale.
En neuropsychologie de la réadaptation, les séquelles cognitives et émotionnelles des accidents vasculaires basilaires nécessitent des prises en charge hautement spécialisées. Les patients ayant survécu à un infarctus basilaire présentent fréquemment le syndrome cérébelleux cognitif et affectif (CCAS ou syndrome de Schmahmann), causé par la déafférentation des circuits cortico-ponto-cérébelleux vascularisés par les branches basilaires collatérales. Ce syndrome se traduit par des déficits des fonctions exécutives, une labilité émotionnelle marquée, un aplatissement affectif et des troubles du traitement spatial, imposant un plan de remédiation cognitive multidisciplinaire adapté.
En psychologie clinique et en éthique médicale, le cas des survivants d’accidents basilaires sévères nourrit les réflexions autour de la qualité de vie perçue. Des travaux longitudinaux ont démontré que les patients atteints du syndrome d’enfermement stabilisé, contrairement aux présupposés des soignants ou du grand public, rapportent fréquemment un niveau de bien-être subjectif et une satisfaction de vie équivalents à ceux de personnes valides, dès lors que des interfaces cerveau-ordinateur (BCI) performantes et des soutiens affectifs constants sont instaurés.
11. Recherches et preuves empiriques
Le champ de recherche contemporain sur l’artère basilaire a connu des avancées spectaculaires au cours de la dernière décennie, alimentées par de vastes essais cliniques internationaux multicentriques et des protocoles d’imagerie fonctionnelle avancée.
Sur le front interventionnel, les essais cliniques randomisés ATTENTION (2022) et BAOCHE (2022) ont apporté des preuves empiriques irréfutables concernant l’efficacité de la thrombectomie endovasculaire dans l’occlusion aiguë de l’artère basilaire. Ces études ont démontré une supériorité statistique nette de l’intervention combinée au traitement médical standard par rapport au traitement médical seul, avec un taux significativement accru de récupération fonctionnelle et cognitive favorable selon l’échelle de Rankin modifiée (mRS) à 90 jours.
Parallèlement, les neurosciences cognitives ont tiré parti des accidents vasculaires cérébraux très focalisés du territoire basilaire pour cartographier la neurobiologie du sommeil et du rêve. Des recherches menées par Mark Solms ont révélé que les lésions des voies pontiques descendantes issues de branches basilaires préservent la capacité de rêver si les zones dopaminergiques mésolimbiques et temporo-occipitales restent perfusées, démontrant ainsi la dissociation anatomo-clinique entre la production du rêve et le sommeil paradoxal (REM sleep) généré dans le pont sous-basilaire.
D’autres travaux récents s’intéressent aux micro-altérations du débit sanguin de l’artère basilaire chez les personnes âgées. En utilisant l’IRM de flux 4D, les chercheurs ont mis en évidence que la rigidité et la pulsatilité anormale du flux basilaire sont corrélées à une neurodégénérescence accélérée de l’hippocampe et à un risque accru de démence vasculaire, soulignant que l’hémodynamique du tronc basilaire protège directement les structures mnésiques profondes à long terme.
12. Considérations culturelles et sociétales
L’artère basilaire et les pathologies qui lui sont associées occupent une place singulière dans la culture contemporaine et l’histoire des représentations médicales. En Occident, le syndrome d’enfermement a acquis une notoriété publique mondiale grâce au témoignage autobiographique de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef du magazine Elle, qui a dicté lettre par lettre, par le clignement de sa paupière gauche, son chef-d’œuvre Le Scaphandre et le Papillon après un infarctus massif du tronc basilaire survenu en 1995. Cette œuvre a radicalement transformé le regard sociétal sur l’enfermement moteur en révélant la richesse introspective préservée au cœur du mutisme neurologique.
D’un point de vue transatlantique et transculturel, les disparités de pronostic face aux pathologies basilaires sont remarquables. Dans les pays à revenu élevé dotés de réseaux d’urgences neurovasculaires télémédicaux intégrés, le diagnostic rapide de thrombose du tronc basilaire permet un sauvetage cérébral précoce. À l’inverse, dans les contextes où l’accès à l’angio-scanner et aux centres de neuroradiologie interventionnelle est rare, l’accident vasculaire de l’artère basilaire demeure perçu comme une fatalité brutale conduisant inexorablement au décès ou à des séquelles végétatives irréversibles.
De plus, l’interprétation des états de conscience altérée résultant d’ischémies basilaires fluctue grandement selon les philosophies médicales et les critères légaux de la fin de vie à travers le monde. La frontière entre état végétatif persistant, coma et syndrome d’enfermement exige des compétences sémiologiques d’une précision absolue, sous peine de commettre des erreurs diagnostiques tragiques lors de prises de décision relatives à l’arrêt des thérapeutiques actives.
13. Critiques, controverses et limites conceptuelles
L’étude de l’artère basilaire n’est pas exempte de débats nosologiques, anatomiques et thérapeutiques qui agitent régulièrement la communauté scientifique.
La première controverse historique a longtemps concerné la fenêtre temporelle optimale d’intervention endovasculaire. Contrairement aux accidents ischémiques de la circulation antérieure (carotidienne) où la limite standard de la thrombolyse était traditionnellement fixée à 4,5 heures, l’artère basilaire a longtemps fait l’objet d’exceptions pragmatiques, certains cliniciens opérant jusqu’à 24 voire 48 heures post-symptômes compte tenu de la létalité catastrophique de l’évolution spontanée. Si les essais récents ont clarifié le bénéfice de la thrombectomie jusqu’à 24 heures, les critères d’imagerie volumétrique délimitant le tissu cérébral encore viable (la pénombre ischémique du tronc) font toujours l’objet d’intenses controverses en raison de la compacité extrême du parenchyme pontique où chaque millimètre cube héberge des fonctions vitales.
Une seconde limite conceptuelle réside dans la variabilité anatomique considérable du carrefour vertébro-basilaire. Entre 10 % et 25 % des individus présentent une hypoplasie d’une artère vertébrale, ou une persistance d’anastomoses embryonnaires fœtales telles que l’artère trigéminée primitive. Ces variantes rendent les classifications sémiologiques standard parfois inopérantes, car le territoire d’irrigation de l’artère basilaire peut alors être suppléé par la carotide interne, ou inversement, induisant des présentations cliniques trompeuses qui retardent le diagnostic étiologique.
Enfin, sur le plan psychiatrique, la frontière diagnostique entre les atteintes basilaires focales et les troubles psychiatriques primaires demeure une source récurrente d’erreurs d’orientation. Les états d’agitation motrice, les délires oniriques consécutifs aux ischémies mésencéphaliques de top-of-the-basilar et les hallucinations pédonculaires sont encore trop souvent étiquetés à tort comme des bouffées délirantes aiguës ou des états dissociatifs d’allure psychiatrique chez le sujet âgé, retardant la réalisation d’une imagerie vasculaire salvatrice.
14. Termes connexes et distinctions
Pour appréhender avec exactitude le rôle neuropsychologique de l’artère basilaire, il est nécessaire de la distinguer des structures vasculaires voisines avec lesquelles elle interagit :
- Artères vertébrales : Vaisseaux pairs naissant des artères sous-clavières, traversant les foramens transversaires cervicaux pour pénétrer le crâne par le foramen magnum. Elles donnent les artères spinales et l’artère cérébelleuse postéro-inférieure (PICA) avant de s’unir pour forger l’artère basilaire.
- Polygone de Willis (Cercle artériel du cerveau) : Anneau anastomotique situé à la base du cerveau unissant la circulation antérieure (système carotidien) et la circulation postérieure (système vertébro-basilaire). L’artère basilaire s’abouche à ce cercle par le biais de ses branches terminales et des artères communicantes postérieures.
- Artères cérébrales postérieures (PCA) : Branches de bifurcation terminale de l’artère basilaire. Tandis que l’artère basilaire irrigue l’infrastructure sous-corticale (pont, mésencéphale, cervelet), les PCA alimentent des structures corticales visuelles et mnésiques (lobes occipitaux et temporaux internes).
- Système carotidien interne : Système artériel antérieur majeur alimentant les lobes frontaux, pariétaux et la majeure partie des noyaux gris centraux, fonctionnant de concert avec le système basilaire pour maintenir la perfusion globale de l’encéphale.
15. Synthèse et points clés
L’artère basilaire représente un chef-d’œuvre d’ingénierie biologique et un carrefour neurovasculaire d’une vulnérabilité critique. Vaisseau unique né de l’affluence des deux artères vertébrales, elle assure l’irrigation du tronc cérébral et du cervelet avant de se dissoudre dans les artères cérébrales postérieures.
En neuropsychologie, l’artère basilaire incarne le socle physiologique sans lequel aucun acte conscient, aucun éveil cognitif et aucune motricité volontaire ne sont possibles. Ses atteintes pathologiques — qu’il s’agisse de thromboses fulgurantes ou d’ischémies focales — illustrent avec une limpidité tragique les corrélats anatomiques de l’esprit humain, du confinement lucide du syndrome d’enfermement aux chimères visuelles de l’hallucinose pédonculaire.
Les progrès fulgurants de la neuroradiologie diagnostique et interventionnelle ont transformé le pronostic d’occlusion de ce vaisseau, autrefois réputé inéluctablement létal, inaugurant une ère prometteuse où la restauration précoce du flux basilaire permet désormais de préserver non seulement la vie, mais également les architectures cognitives et psychologiques les plus raffinées de l’individu.
Références
- Caplan, L. R. (1996). Posterior circulation disease: Clinical findings, diagnosis, and management. Blackwell Science. https://www.worldcat.org/title/34515579
- Fisher, C. M. (1980). The « top of the basilar » syndrome. Neurology, 30(1), 72–85. https://doi.org/10.1212/wnl.30.1.72
- Jauch, E. C., Saver, J. L., Adams, H. P., Bruno, A., Connors, J. J., Demaerschalk, B. M., Khatri, P., McMullan, P. W., Qureshi, A. I., Rosenfield, K., Scott, P. A., Summers, D. R., Wang, D. Z., Wintermark, M., & Yonas, H. (2013). Guidelines for the early management of patients with acute ischemic stroke. Stroke, 44(3), 870–947. https://doi.org/10.1161/STR.0b013e318284056a
- Tao, C., Nogueira, R. G., Zhu, Y., Sun, J., Han, H., Yuan, G., Shen, C., & BAOCHE Investigators. (2022). Trial of endovascular treatment of acute basilar-artery occlusion. New England Journal of Medicine, 387(15), 1361–1372. https://doi.org/10.1056/NEJMoa2206317