Anilingus : Approche Psychologique et Sexologique

Analyse psychologique et sexologique de l’anilingus : histoire, mécanismes psychodynamiques, scripts érotiques, enjeux relationnels et dimensions de santé.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’exploration de la sexualité humaine et de ses multiples manifestations requiert une analyse rigoureuse à l’intersection de la sexologie clinique, de la psychanalyse et de la psychologie sociale. L’anilingus, pratique érotique impliquant la stimulation buccale de la région anale, constitue un objet d’étude privilégié pour appréhender l’articulation complexe entre tabou corporel, scripts sexuels contemporains et régulation émotionnelle de l’intimité.

Anilingus

1. Définition concise

L’anilingus (souvent orthographié analingus) désigne la pratique sexuelle consistant en la stimulation bucco-linguale ou labiale de la zone anale et péri-anale d’un partenaire sexuel. Dans le champ de la sexologie clinique et de la psychologie comportementale, cette pratique relève de l’érotisme oro-génital et oro-anal, pouvant s’inscrire tant dans les préliminaires érotiques que dans l’accomplissement d’un acte sexuel autonome.

D’un point de vue psychologique, l’anilingus ne se résume pas à un simple comportement mécanique ou physiologique ; il représente un acte hautement chargé d’un point de vue symbolique et affectif. Il engage des mécanismes psychodynamiques profonds liés à la levée des inhibitions, à la transgression régulée de tabous ancestraux entourant les zones d’excrétion, et à l’établissement d’une vulnérabilité partagée au sein de la dynamique relationnelle.

Dans les nomenclatures contemporaines de la santé sexuelle, cette conduite est considérée comme une variation normative du répertoire sexuel humain dès lors qu’elle s’exerce entre adultes consentants, libérée de la nosologie psychopathologique qui l’a longtemps assimilée à une déviance ou à une perversion.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « anilingus » est un néologisme savant formé à la fin du XIXe siècle par les premiers théoriciens de la sexopathologie européenne. Il dérive directement de la combinaison de deux racines latines distinctes : d’une part le substantif anus, signifiant littéralement « anneau », « cercle » ou « orifice terminal du tube digestif », et d’autre part le verbe lingere, signifiant « lécher » ou « effleurer avec la langue ».

Cette structure morphologique s’inscrit dans la lignée directe d’autres termes désignant des activités oro-génitales, tels que cunnilingus (du latin cunnus, vulve, et lingere). L’apparition de la variante graphique analingus résulte d’une régularisation analogique avec l’adjectif « anal », bien que la racine étymologique classique favorise initialement la graphie avec la voyelle de liaison « i » (anilingus).

Le terme a d’abord pénétré les dictionnaires médicaux de langue allemande et latine avant d’être intégré au lexique psychiatrique et médico-légal francophone et anglophone au tournant du XXe siècle, souvent associé au vocabulaire des anomalies de l’instinct sexuel avant sa sécularisation par la sexologie positive moderne.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan grammatical, l’anilingus est un nom commun masculin singulier (invariable ou prenant la marque du pluriel selon les usages lexicographiques : des anilingus). Sa prononciation phonétique standard en français international se transcrit [a.ni.liŋ.ɡys] ou [a.ni.lɛ̃.ɡys], la première variante conservant une consonance étymologique latinisante où le « u » final est pleinement articulé.

En pratique clinique et dans la littérature scientifique, les deux graphies anilingus et analingus sont considérées comme des variantes synonymes acceptées, bien que l’Académie nationale de médecine et plusieurs dictionnaires terminologiques francophones continuent de répertorier préférentiellement la forme historique. Dans le registre vernaculaire ou sous-culturel, notamment au sein des communautés queers et de la culture populaire anglo-saxonne, le terme d’argot « rimming » (ou « anilinctus ») est fréquemment employé comme équivalent pragmatique.

4. Explication conceptuelle détaillée

Sur le plan neurophysiologique et somatique, la marge de l’anus et le périmètre péri-anal constituent une zone richement vascularisée et innervée. L’innervation sensitive, principalement assurée par les rameaux du nerf pudendal et des nerfs sacrés, confère à cette région une acuité sensorielle extrêmement élevée, comparable à celle des tissus génitaux externes. La stimulation tactile fine générée par la langue et la chaleur buccale active des mécanorécepteurs à adaptation rapide et lente, induisant des réponses réflexes de détente ou d’excitation génito-pelvienne chez le receveur.

Toutefois, la compréhension psychologique de l’anilingus dépasse largement le cadre anatomique. La région anale est, dans la majorité des cultures humaines, investie d’une charge affective ambivalente, dominée par les notions de propreté, de saleté, d’intimité corporelle absolue et d’interdit. Dès lors, le franchissement de cette frontière somatique nécessite une renégociation active des schémas cognitifs relatifs au dégoût et à la pudeur. L’anilingus s’affirme ainsi comme une conduite érotique où l’expérience sensorielle est indissociable d’une transformation de la signification émotionnelle du corps.

Du point de vue de la psychologie de l’attachement et de la dynamique de couple, l’anilingus requiert un haut niveau de sécurité psychologique. Offrir ou solliciter cette pratique place les partenaires dans une position de transparence corporelle et de vulnérabilité mutuelle. Le partenaire donneur consent à entrer en contact buccal avec une zone culturellement associée à l’excrétion, manifestant un accueil inconditionnel du corps de l’autre, tandis que le partenaire receveur s’abandonne à une stimulation perçue comme hautement intime, nécessitant le relâchement volontaire des tensions sphinctériennes souvent associées au contrôle défensif du soi.

Dans le paradigme constructiviste des scripts sexuels, l’anilingus illustre l’évolution contemporaine des répertoires érotiques. Jadis confiné à la marginalité ou à des sous-cultures spécifiques (notamment au sein des minorités homosexuelles masculines), il fait désormais l’objet d’une intégration croissante dans les scénarios érotiques hétérosexuels et queer, témoignant d’une érosion des tabous traditionnels et d’une diversification des sources d’obtention du plaisir.

5. Évolution historique

L’histoire de l’anilingus reflète les mutations profondes du regard médical, philosophique et religieux porté sur le corps et les plaisirs non reproductifs. Bien que des représentations iconographiques de stimulations anales bucco-linguales apparaissent sporadiquement dans l’art érotique de l’Antiquité grecque, romaine ou péruvienne précolombienne (notamment la poterie Moche), ces actes étaient généralement interprétés à travers le prisme des hiérarchies de pouvoir, de la soumission rituelle ou de la transgression bachique.

À l’ère de la psychiatrisation de la sexualité au XIXe siècle, l’émergence de la sexopathologie moderne sous la plume de médecins aliénistes tels que Richard von Krafft-Ebing classe sans équivoque l’anilingus parmi les « perversions sexuelles » et les dégénérescences morales. Dans son ouvrage fondateur Psychopathia Sexualis (1886), Krafft-Ebing décrit ces pratiques comme des aberrations de l’instinct génésique, révélatrices d’un dérèglement constitutionnel ou d’une dépravation pathologique nécessitant l’internement ou la réprobation juridique.

Le tournant du XXe siècle amorce une lente déconstruction de cette approche punitive. Sigmund Freud, à travers ses Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), réintègre les composantes anales dans le développement psychosexuel universel, refusant d’y voir une anomalie intrinsèque lorsqu’elles participent aux préliminaires de l’acte d’amour. Plus tard, les enquêtes quantitatives majeures menées par Alfred Kinsey dans les années 1940 et 1950 révèlent que les contacts bucco-anaux sont bien plus fréquents dans la population générale que ne l’admettait le discours moral dominant, amorçant la sécularisation statistique de la pratique.

Enfin, les mouvements d’émancipation sexuelle des années 1960 et 1970, portés par le féminisme de la deuxième vague et la libération gaie, ont revendiqué la légitimité du plaisir érotique dissocié de la reproduction. Au cours des décennies 1990 et 2000, la visibilité accrue de l’anilingus dans les représentations pornographiques grand public et les médias a accéléré sa normalisation au sein de la jeunesse et des couples modernes, le faisant passer du statut de perversion psychiatrique à celui de variante banalisée du répertoire érotique contemporain.

6. Fondements théoriques

L’analyse psychologique de l’anilingus s’appuie sur plusieurs cadres conceptuels majeurs qui permettent d’éclairer sa genèse, sa fonction et ses résonances inconscientes ou relationnelles.

Le premier socle théorique relève de la théorie psychanalytique du développement psychosexuel initiée par Sigmund Freud. Selon cette perspective, le nourrisson traverse une phase anale (située approximativement entre 18 mois et 3 ans) au cours de laquelle la muqueuse anale constitue la principale zone érogène et le lieu d’apprentissage du contrôle pulsionnel (rétention et expulsion). Dans l’économie libidinale adulte, l’excitation anale témoigne de la persistance de pulsions partielles. L’anilingus réactive ces investissements pulsionnels archaïques en les intégrant dans une sexualité génitalisée, illustrant la plasticité de la libido humaine capable de sublimer ou de réinvestir des zones corporelles précoces.

Le deuxième cadre repose sur la théorie des scripts sexuels développée par les sociologues John Gagnon et William Simon. Cette approche postule que les comportements érotiques ne sont pas guidés par un pur instinct biologique, mais par des scénarios cognitifs structurés à trois niveaux : les scripts culturels (normes sociétales, représentations médiatiques), les scripts interpersonnels (négociations et attentes au sein de la relation) et les scripts intrapsychiques (fantasmes individuels, désirs conscients et inconscients). L’anilingus est aujourd’hui un marqueur d’actualisation de ces scripts, traduisant le passage d’une sexualité conventionnelle orientée vers le coït à une sexualité pluraliste valorisant l’exploration sensorielle réciproque.

Le troisième fondement mobilise la psychologie de l’émotion et l’anthropologie du dégoût, notamment théorisées par Paul Rozin et Mary Douglas. Le dégoût opère comme un gardien évolutif de l’intégrité biologique, repoussant tout contact avec les substances potentiellement pathogènes ou excrémentielles. Dans l’érotisme de l’anilingus, on assiste à ce que les psychologues appellent une « inversion hédonique » ou une désactivation transitoire du dégoût médiée par l’état d’excitation sexuelle intense. Cette transgression contrôlée de la souillure symbolique devient paradoxalement un puissant vecteur d’amplification de l’excitation (arousal), le plaisir naissant précisément de l’abolition momentanée des barrières défensives du moi socialisé.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’expérience de l’anilingus s’articule autour de multiples paramètres comportementaux, sensoriels et psychologiques qui définissent sa variété d’expression :

  • Dimension somatosensorielle et technique : Comprend la nature de la stimulation physique, allant de l’effleurement labial superficiel et du léchage péri-anal à l’insertion linguale active dans le sphincter anal relâché, souvent modulée par la lubrification salivaire ou l’adjonction de lubrifiants artificiels.
  • Rôles relationnels (donneur/receveur) : Distinction fonctionnelle entre la position active de stimulation bucco-linguale et la position réceptive d’abandon corporel, chacune mobilisant des dynamiques psychologiques différenciées de sollicitude, de contrôle, de dévouement ou de soumission érotique consentie.
  • Intégration scénaristique : Pratique adoptée comme composante des préliminaires avant un coït vaginal ou une pénétration anale, comme modalité d’accès direct à l’orgasme chez les personnes réceptives, ou comme pratique exclusive dans le cadre d’un échange érotique spécifique.
  • Composante psychologique et fantasmatique : Modalités psychiques associées à l’acte, oscillant entre la quête d’une intimité fusionnelle bienveillante, l’affirmation d’une érotisation du pouvoir (domination ou dévotion consentie) et la recherche de sensations vertigineuses liées à la transgression de l’interdit.
  • Protocoles de préparation et d’hygiène : Dimension rituelle entourant souvent la pratique (toilettage minutieux, douches intimes, lavements), jouant un rôle crucial de réassurance psychologique en dissipant l’anxiété liée aux odeurs ou aux matières résiduelles.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour mieux comprendre la signification clinique et expérientielle de l’anilingus, il convient d’examiner comment cette pratique se manifeste dans des trajectoires psychologiques concrètes.

Cas clinique 1 : Désinhibition et réparation narcissique au sein du couple
Un homme de 35 ans consulte en sexothérapie pour une baisse marquée du désir au sein de son couple hétérosexuel stable. Au fil des entretiens, il émerge une forte culpabilité liée à son désir inavoué de recevoir des stimulations anales, désir refoulé par crainte d’être jugé « non masculin » ou « pervers » par sa partenaire. Après un travail d’exploration des scripts de genre et l’instauration d’un dialogue conjugal sécurisé, le couple intègre l’anilingus dans ses moments d’intimité. La validation bienveillante apportée par la partenaire lors de cet acte a permis au patient de lever une honte corporelle enracinée, entraînant une revitalisation globale de l’érotisme conjugal et une estime de soi restaurée.

Cas clinique 2 : Gestion de l’anxiété de contamination et déconstruction cognitive
Une femme de 28 ans exprime une répulsion intense face à la demande d’anilingus formulée par son compagnon, assimilant immédiatement l’acte à une menace hygiénique et à un manque d’égards envers elle. La thérapie a consisté à dissocier le rejet moral automatique de l’analyse des risques réels, tout en introduisant la possibilité d’utiliser des barrières de protection (digues dentaires en latex aromatisées). Cette médiation a permis à la patiente de désamorcer l’affect d’aversion phobique, lui redonnant une autonomie décisionnelle exempte de dégoût traumatique, que celle-ci choisisse ou non de consentir à la pratique ultérieurement.

9. Mesure et évaluation

Dans la recherche empirique en psychologie et en sexologie, l’anilingus est appréhendé au moyen d’outils psychométriques et de questionnaires épidémiologiques standardisés évaluant la diversité des répertoires érotiques.

Parmi les instruments fréquemment mobilisés figurent les échelles d’attitudes sexuelles (telles que le Brief Sexual Attitudes Scale de Hendrick et Hendrick) et les inventaires de comportements sexuels (comme le Derogatis Sexual Functioning Inventory ou les questionnaires de comportements sexuels intégrés aux grandes cohortes de santé publique, notamment le National Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles au Royaume-Uni). Ces outils mesurent la fréquence de l’acte, le degré d’attirance ou d’aversion ressenti, ainsi que le niveau de détresse psychologique éventuellement associé.

Sur le plan clinique, l’évaluation psychosexologique ne porte pas sur la morphologie de l’acte en soi, mais sur ses corrélats qualitatifs : le caractère libre et consenti de la pratique, l’absence de coercition ou de pressions liées aux représentations pornographiques, la concordance fantasmatique entre les partenaires, et l’absence de retentissement sur l’équilibre psychopathologique (vérifiant que l’acte ne s’inscrit pas dans un tableau d’obsession compulsive, de trouble de stress post-traumatique lié à des abus passés, ou de dégoût corporel invalidant).

10. Applications et portée pratique

La compréhension scientifique de l’anilingus trouve des retombées directes dans les domaines du conseil conjugal, de la psychothérapie sexuelle et de la médecine préventive.

En sexothérapie, l’anilingus peut être proposé comme une ressource thérapeutique dans le cadre de la thérapie de désensibilisation ou de la thérapie cognitivo-comportementale des dysfonctions sexuelles. Pour certains hommes souffrant de dysfonction érectile psychogène liée à une anxiété de performance génito-centrée, le fait de recevoir un anilingus déplace le focus attentionnel loin de l’érection obligatoire, réactivant l’abandon corporel et le système parasympathique indispensable à la réponse érectile spontanée.

En éducation à la santé sexuelle et en médecine préventive, la prise en compte clinique de l’anilingus est fondamentale pour la transmission d’informations objectives relatives à la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST). Si l’anilingus ne présente aucun risque de transmission du VIH (sauf présence de sang visible), il constitue un vecteur documenté de transmission d’entéropathogènes (tels que Shigella, Salmonella, Campylobacter et les parasites intestinaux), des hépatites virales A et B, ainsi que des papillomavirus humains (VPH) oncogènes pour les sphères oropharyngée et anale. Les praticiens recommandent ainsi des stratégies de réduction des risques, incluant la vaccination ciblée (contre le VPH et les hépatites) et l’emploi de digues dentaires ou de carrés de latex pour concilier épanouissement sexuel et sécurité sanitaire.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations empiriques contemporaines attestent d’une diffusion significative de l’anilingus au-delà des populations au sein desquelles il a été initialement documenté. Les grandes enquêtes démographiques révèlent que 25 % à 45 % des adultes sexuellement actifs déclarent avoir déjà expérimenté l’anilingus au cours de leur vie, les taux étant particulièrement élevés chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH, où la prévalence à vie dépasse fréquemment 70 %), mais en croissance rapide chez les jeunes adultes hétérosexuels.

Des travaux conduits en psychologie sociale et en neurobiologie du comportement (notamment par des équipes scandinaves et nord-américaines) ont mis en lumière les corrélats de bien-être associés à la diversification des pratiques. Les couples rapportant un répertoire érotique varié incluant des pratiques bucco-anales témoignent fréquemment de scores plus élevés de satisfaction conjugale globale et d’une plus grande fluidité communicationnelle. L’acceptation de ces conduites s’avère négativement corrélée avec le conservatisme moral et positivement associée à l’ouverture à l’expérience (selon le modèle du Big Five) et au concept de « sex-positivity ».

Sur le versant médical, la recherche épidémiologique infectiologique (notamment les études de cohortes coordonnées par l’Organisation mondiale de la santé et les centres de contrôle des maladies) s’est focalisée sur le rôle de l’anilingus dans les épidémies de gastro-entérites bactériennes invasives chez les adultes urbains, démontrant que la méconnaissance des risques de transmission oro-fécale chez les praticiens comme chez les usagers constitue un facteur de retard diagnostique majeur.

12. Considérations culturelles et transculturelles

L’attitude envers l’anilingus varie considérablement selon les configurations socioculturelles, les prescriptions religieuses et les systèmes de parenté. Dans les cultures régies par des codes rigides de pureté rituelle (comme dans certaines traditions orthodoxes abrahamiques ou dans le système des castes en Inde), tout contact entre la bouche — symbole de pureté, de parole et de nourriture — et la sphère excrémentielle est considéré comme une pollution rituelle majeure, frappé d’un interdit absolu et d’un opprobre social durable.

À l’inverse, dans les sociétés occidentales sécularisées contemporaines, la valorisation de l’hédonisme individuel, l’affaiblissement des dogmes religieux et l’omniprésence de la cyberpornographie ont favorisé une démocratisation rapide de la pratique. L’accès instantané à des contenus vidéo explicites a reconfiguré l’imaginaire érotique de vastes segments de la population, intégrant l’anilingus comme une modalité standard de l’expression érotique branchée et désinhibée.

Néanmoins, des disparités de genre notables subsistent d’une culture à l’autre. Dans de nombreux contextes patriarcaux, la pratique de l’anilingus par un homme sur une femme peut être tolérée ou valorisée comme une preuve d’assiduité amoureuse, tandis que la demande inverse émanant d’un homme hétérosexuel recevant l’anilingus reste fortement stigmatisée, car perçue à tort comme une dévirilisation ou un indice latent d’homosexualité. Les approches transculturelles rappellent ainsi que la zone anale demeure un territoire géopolitique où se projettent les tensions du système de genre.

13. Critiques, controverses et limites

Malgré sa normalisation progressive, l’anilingus continue de susciter des controverses éthiques, relationnelles et féministes.

L’une des critiques les plus saillantes émane des sociologues et théoriciennes féministes de la sexualité (telles que Gail Dines), qui soulignent la pression à la conformité érotique exercée par la pornographie industrielle. Dans ce cadre commercialisé, l’anilingus est parfois mis en scène de manière coercitive ou réifiante, imposant aux femmes de nouvelles normes de performance corporelle (incluant le blanchiment anal ou l’obligation de satisfaire des scripts masculins exigeants). Cette normalisation prescriptive risque de transformer ce qui devrait être une exploration volontaire en une injonction anxiogène de disponibilité sexuelle totale.

Une autre controverse concerne la dialectique du consentement. En raison de sa charge transgressive persistante, l’anilingus requiert un consentement explicite et enthousiaste. Les cliniciens constatent parfois en consultation des situations de rupture de confiance où l’un des partenaires impose le contact sans accord préalable durant les préliminaires, provoquant un sentiment d’intrusion, de souillure ou de détresse psychique assimilable à une agression sexuelle.

Enfin, les limites inhérentes à la pratique touchent à l’anxiété de performance somatique. La peur d’un incident physiologique involontaire (sécrétion, odeur, émission de gaz) peut entraîner une contracture réflexe du plancher pelvien (anisme), transformant une tentative d’intimité en une expérience de malaise mutuel et de fermeture corporelle si la communication n’est pas suffisamment mature au sein du couple.

14. Termes connexes et distinctions

Afin de prévenir toute confusion taxinomique dans l’évaluation psychologique et sexologique, l’anilingus doit être rigoureusement distingué de concepts périphériques :

  • Cunnilingus : Stimulation bucco-linguale exclusive de l’appareil génital féminin (vulve, clitoris, vestibule). Contrairement à l’anilingus, il cible la zone uro-génitale et s’affranchit de la symbolique de l’excrétion fécale.
  • Fellation : Stimulation buccale de la verge et des bourses masculines. Si les deux pratiques relèvent de la sexualité orale, l’anilingus peut être pratiqué indépendamment du sexe anatomique du partenaire receveur.
  • Sodomie / Pénétration anale : Insertion du pénis (ou d’un objet phallique) dans le canal anal. L’anilingus se limite à la stimulation buccale superficielle ou orificielle, sans mobiliser la mécanique de pénétration profonde propre au coït anal.
  • Rimming (ou anilinctus) : Terme vernaculaire, emprunté à l’argot sexuel anglo-saxon, désignant de manière strictement équivalente l’acte d’anilingus, souvent privilégié dans les contextes sous-culturels ou militants.
  • Coprophilie : Paraphilie caractérisée par l’excitation sexuelle impérative ou préférentielle liée aux matières fécales. L’anilingus est une pratique d’érotisme corporel standard qui n’implique nullement l’attrait pour les excréments, la recherche d’hygiène étant généralement un prérequis à son accomplissement.

15. Résumé et points clés

L’anilingus s’impose aujourd’hui comme une composante reconnue et de plus en plus partagée de la panoplie érotique humaine, dont la compréhension exige de dépasser les simplifications moralisatrices ou médicales réductrices :

  • Nature somato-psychique : L’acte combine une riche innervation périphérique (nerf pudendal) à un investissement affectif intense fondé sur la confiance réciproque et le relâchement des contrôles défensifs.
  • Rupture avec la psychopathologie : Jadis stigmatisé comme une perversion par l’aliénisme du XIXe siècle, l’anilingus est aujourd’hui appréhendé comme une variation normative et non pathologique de l’érotisme d’adulte à adulte.
  • Régulation du dégoût : Sur le plan psychologique, la pratique nécessite une neutralisation temporaire des frontières hygiéniques et morales, conférant au dépassement du tabou une dimension hautement excitante.
  • Santé sexuelle et sécurité : Bien que dépourvu de risque d’infection par le VIH par la salive, il nécessite une information éclairée sur la prévention des infections digestives et du VPH, conciliant hédonisme et prophylaxie.
  • Primauté du consentement : En raison de son impact émotionnel et physique, sa pratique ne peut s’épanouir harmonieusement que dans un climat relationnel exempt de pressions pornographiques et fondé sur un accord mutuel explicite.

Références

  • Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie sexuelle. Gallimard. https://www.gallimard.fr/
  • Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual Conduct: The Social Sources of Human Sexuality. Aldine Publishing Company.
  • Kinsey, A. C., Pomeroy, W. B., & Martin, C. E. (1948). Sexual Behavior in the Human Male. W.B. Saunders.
  • Krafft-Ebing, R. von. (1886). Psychopathia Sexualis. Enke Verlag.
  • Rozin, P., Haidt, J., & McCauley, C. R. (2008). Disgust. In M. Lewis, J. M. Haviland-Jones, & L. F. Barrett (Eds.), Handbook of Emotions (3rd ed., pp. 757–776). Guilford Press. https://www.guilford.com/
  • Organisation mondiale de la santé. (2020). Lignes directrices pour la prise en charge des infections sexuellement transmissibles. OMS. https://www.who.int/fr

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). Anilingus : Approche Psychologique et Sexologique. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anilingus-definition-psychologie-sexologie
Looti, Mohammed. “Anilingus : Approche Psychologique et Sexologique.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anilingus-definition-psychologie-sexologie.
Looti, Mohammed. “Anilingus : Approche Psychologique et Sexologique.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anilingus-definition-psychologie-sexologie.