1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’incivilité académique (en anglais : Academic Incivility Scale [AIS]), développée par Laurie O. Campbell, Jessica Tinstman Jones, Claudia C. Sutter et Jaimie Stickl Haugen (2024), constitue un instrument psychométrique novateur et robuste conçu pour évaluer la fréquence perçue des comportements incivils au sein des contextes d’enseignement supérieur contemporains. Face à la diversification rapide des modalités pédagogiques consécutive à l’expansion des technologies éducatives et aux bouleversements post-pandémiques, l’AIS a été spécifiquement étalonnée pour capturer les manifestations d’incivilité survenant tant dans les environnements d’apprentissage en présentiel que distanciels (en ligne synchrones et asynchrones) ou hybrides. L’outil a été élaboré à la suite d’une revue systématique et approfondie de la littérature consacrée à l’incivilité en milieu universitaire et professionnel, ainsi qu’au harcèlement entre pairs. Après une phase initiale de validation de contenu ayant retenu 40 items, les analyses factorielles ont permis d’épurer l’échelle pour aboutir à une version finale composée de 33 items répartis en deux dimensions factorielles distinctes : la Communication interpersonnelle (Interpersonal Communication) et la Conduite personnelle (Personal Conduct).
Les données psychométriques recueillies auprès d’étudiants de l’enseignement supérieur démontrent des qualités métrologiques remarquables. L’analyse factorielle exploratoire (AFE) a mis en évidence une structure bidimensionnelle expliquant 60 % de la variance totale observée. La consistance interne de l’instrument s’avère particulièrement élevée, attestée par un coefficient alpha de Cronbach global de α = 0,973 pour l’ensemble des 33 items, un coefficient de α = 0,972 pour le facteur Communication interpersonnelle, et de α = 0,890 pour le facteur Conduite personnelle. La validité convergente et la validité divergente ont été solidement établies par des analyses corrélationnelles : l’AIS présente une corrélation négative statistiquement significative avec l’empathie mesurée par la Toronto Empathy Scale (ρ = −0,391, p < 0,001 ; taille d’effet faible de 0,15), confirmant sa divergence théorique, et une corrélation positive substantielle avec l’Attitudes Toward Classroom In/Civility Questionnaire (ρ = 0,585, p < 0,001 ; taille d’effet moyenne de 0,34), appuyant sa convergence conceptuelle. L’AIS s’administre au format électronique au moyen d’échelles de réponse de type Likert, offrant aux chercheurs et aux administrateurs universitaires un diagnostic précis pour cibler les interventions favorisant un climat d’apprentissage inclusif, équitable et respectueux.
2. Mots-clés / Keywords
incivilité académique, enseignement supérieur, environnement d’apprentissage, climat universitaire, communication interpersonnelle, conduite personnelle, cyberincivilité, apprentissage hybride, psychométrie, validité de construit, fidélité psychométrique, comportement perturbateur, climat de classe, relations étudiant-enseignant.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’incivilité académique (AIS) a été conceptualisée et validée par une équipe de chercheuses rattachées au College of Community Innovation and Education de l’Université de Central Florida (UCF), située à Orlando, Floride, États-Unis :
- Laurie O. Campbell, Ed.D. — Professeure associée en technologies de l’apprentissage et sciences de l’éducation, Département des technologies d’apprentissage, University of Central Florida. Courriel institutionnel : [email protected]. Ses travaux portent sur l’engagement des étudiants, la conception pédagogique multimodale et la dynamique des environnements d’apprentissage numériques et hybrides.
- Jessica Tinstman Jones, Ph.D. — Chercheuse et formatrice en éducation et en relation d’aide, University of Central Florida. Ses recherches examinent les interactions interpersonnelles, le bien-être émotionnel des étudiants et les approches préventives en contexte éducatif.
- Claudia C. Sutter, Ph.D. — Spécialiste en éducation et conseil, University of Central Florida. Ses axes d’investigation se concentrent sur la dynamique de groupe, la santé mentale en milieu universitaire et les facteurs sociocognitifs influençant les comportements en classe.
- Jaimie Stickl Haugen, Ph.D. — Professeure adjointe en psychologie du conseil et orientation scolaire, Department of Counselor Education and School Psychology, University of Central Florida. Ses travaux s’intéressent aux comportements à risque, à la victimisation, au climat scolaire et aux interventions préventives auprès des apprenants.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’incivilité académique (AIS) est de quantifier et de caractériser la perception qu’ont les étudiants de la fréquence des comportements incivils survenant au sein des divers écosystèmes pédagogiques de l’enseignement supérieur moderne. Contrairement aux outils traditionnels conçus exclusivement pour les amphithéâtres physiques conventionnels, l’AIS a été intentionnellement élaborée pour refléter la réalité contemporaine des parcours universitaires, où les interactions entre apprenants et enseignants se déploient indifféremment en face-à-face, en ligne synchrone (ex. via Zoom, Microsoft Teams), en ligne asynchrone (ex. forums de discussion, systèmes de gestion de l’apprentissage ou LMS tels que Canvas ou Moodle) et selon des configurations pédagogiques hybrides complexes.
L’utilité de cette échelle repose sur une double finalité, à la fois scientifique et appliquée :
- Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée : L’AIS offre un cadre standardisé permettant d’explorer les antécédents, les corrélats et les conséquences de l’incivilité en milieu académique. Elle permet d’examiner comment des variables telles que le sentiment d’appartenance, le niveau d’empathie, l’épuisement professionnel (burnout) des enseignants, ou encore la charge cognitive des étudiants modulent la perception des écarts de conduite. De surcroît, elle permet d’étudier scientifiquement le phénomène de transmigration de l’incivilité, à savoir la manière dont des micro-agressions ou des attitudes irrespectueuses nées dans l’espace numérique se répercutent dans l’espace présentiel, et vice-versa.
- Dans la pratique institutionnelle et la gouvernance universitaire : L’AIS sert d’outil diagnostique de premier plan pour les doyens, directeurs de départements, commissions pédagogiques et services de soutien à la vie étudiante. En fournissant des scores empiriques standardisés au niveau d’un cours spécifique, d’une filière ou de l’ensemble d’une institution, l’outil permet d’identifier précocement les foyers de détérioration du climat académique. Il offre une base factuelle indispensable pour concevoir des règlements pédagogiques éclairés, élaborer des programmes de formation au cybercivisme et évaluer l’impact longitudinal d’interventions institutionnelles visant à promouvoir une culture de respect mutuel et d’intégrité intellectuelle.
La justification théorique et empirique de l’instrument s’ancre dans la reconnaissance que l’incivilité académique n’est pas un phénomène anodin, mais une menace directe pour l’efficience de l’apprentissage et le bien-être psychologique. Les comportements perturbateurs non régulés créent un climat de tension, réduisent l’attention cognitive disponible pour le traitement des contenus disciplinaires, augmentent les taux de décrochage scolaire et contribuent à l’usure prématurée du corps professoral. En mesurant avec précision ces manifestations, l’AIS fournit aux acteurs éducatifs le levier empirique nécessaire pour passer d’une gestion réactive des crises à une politique préventive et proactive d’assainissement de l’environnement d’apprentissage.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit d’incivilité académique (academic incivility) renvoie à un continuum de comportements déviants, déstabilisateurs ou irrespectueux émanant des étudiants ou des enseignants, qui enfreignent les normes explicites et implicites de respect réciproque, d’engagement coopératif et de bienséance nécessaires au fonctionnement harmonieux de la communauté universitaire. Contrairement aux agressions physiques caractérisées, aux menaces directes ou aux délits disciplinaires majeurs qui relèvent du harcèlement pénal ou des infractions graves, l’incivilité se définit par sa nature souvent insidieuse, de basse à moyenne intensité, et par une ambiguïté intentionnelle quant à la volonté réelle de nuire. Toutefois, l’accumulation de ces micro-transgressions produit un effet corrosif cumulatif sur le climat institutionnel.
L’opérationnalisation du construit au sein de l’AIS repose sur une différenciation nette entre deux sous-dimensions fondamentales identifiées empiriquement :
1. La Communication interpersonnelle (Interpersonal Communication)
Cette dimension regroupe l’ensemble des comportements communicatifs verbaux, paraverbaux et écrits qui violent les standards d’une interaction respectueuse et constructive. Elle transcende les canaux d’interaction en englobant à la fois les échanges oraux en direct et les communications médiatisées par ordinateur. Dans le contexte de la communication interpersonnelle incivile, l’apprenant adopte une posture qui disqualifie, ridiculise ou agresse autrui.
Parmi les manifestations typiques de cette sous-échelle, on retrouve :
- Les interruptions répétées et hostiles de la parole de l’enseignant ou des pairs lors d’un débat académique.
- L’utilisation d’un langage blessant, méprisant ou condescendant dans les échanges oraux ou dans les courriels adressés au personnel académique (ex. invectives, absence de formules de politesse de base, exigences tyranniques et impérieuses concernant les délais de correction).
- Le « flaming » ou les attaques personnelles sur les forums de discussion virtuels et les fils de discussion de visioconférence (chat box), incluant le dénigrement public des compétences ou des opinions d’un camarade de classe.
- Les commentaires sarcastiques, les soupirs ostensibles, le roulement des yeux ou les ricanements visant à décrédibiliser une question posée par un pair ou une consigne donnée par l’enseignant.
- Les micro-agressions ciblées portant sur l’identité, l’origine, le genre ou les compétences présumées des participants à la communauté d’apprentissage.
2. La Conduite personnelle (Personal Conduct)
Cette seconde sous-échelle englobe les attitudes comportementales, comportementales passives ou les défaillances d’autorégulation individuelle qui témoignent d’un désengagement flagrant et d’un mépris manifeste envers le processus pédagogique et le temps partagé. Bien que ces comportements ne constituent pas nécessairement une attaque verbale frontale dirigée contre un individu précis, ils créent une perturbation environnementale substantielle et brisent le contrat didactique implicite unissant le groupe.
Les expressions caractéristiques de la conduite personnelle incivile comprennent :
- L’utilisation inappropriée et compulsive des appareils technologiques à des fins récréatives non sollicitées pendant les séances de cours (ex. naviguer sur les réseaux sociaux, regarder des vidéos de divertissement, jouer en ligne, que ce soit en classe physique ou caméra éteinte/allumée en session distancielle).
- Les retards chroniques injustifiés et les départs prématurés bruyants perturbant la dynamique d’attention collective.
- Les conversations annexes audibles en présentiel ou le non-respect des règles de mise en sourdine du microphone en environnement virtuel, polluant l’espace acoustique commun.
- L’inactivité délibérée et le parasitisme lors des travaux de groupe collaboratifs (phénomène de paresse sociale ou free-riding), forçant les autres membres à assumer une surcharge de travail indue.
- L’endormissement ostensible ou l’étalage d’une apathie démonstrative visant à communiquer le mépris de l’activité pédagogique en cours.
- Le non-respect flagrant des consignes de sécurité, de probité ou d’éthique académique élémentaire dans les salles de laboratoire ou d’examen.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Échelle d’incivilité académique s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie des organisations et des sciences de l’éducation. Les auteures ont articulé leur démarche autour de théories établies qui éclairent comment les normes de groupe se dégradent et comment les comportements déviants se propagent au sein d’une collectivité.
La théorie de la spirale de l’incivilité (Andersson & Pearson, 1999)
Au cœur du modèle sous-jacent à l’AIS se trouve la théorie pionnière développée par Lynne M. Andersson et Christine M. Pearson (1999) concernant la spirale de l’incivilité en milieu de travail. Selon ce modèle, l’incivilité est définie comme un comportement déviant de faible intensité avec une intention ambiguë de nuire, transgressant les normes de respect mutuel en vigueur. Andersson et Pearson postulent que les actes d’incivilité non sanctionnés ou non corrigés créent une boucle de rétroaction négative : une première incivilité engendre un sentiment de colère ou d’injustice chez la cible ou les observateurs, qui y répondent par un comportement réciproque tout aussi incivil ou légèrement plus intense. Ce mécanisme d’escalade transforme progressivement une simple maladresse interpersonnelle en un climat d’agression généralisée, entraînant l’érosion des normes de civilité institutionnelles. Transposé à l’enseignement supérieur par Campbell et ses collègues, ce cadre explique comment des négligences individuelles d’apparence mineure (ex. consultations intempestives de smartphones, courriels irrespectueux) peuvent dégénérer en conflits ouverts et contaminer l’ensemble de l’environnement éducatif.
Le modèle conceptuel de l’incivilité dans l’enseignement supérieur (Clark & Springer, 2007 ; Clark, 2008)
L’AIS s’inspire également des travaux déterminants de Cynthia Clark (notamment le Conceptual Model for Fostering Civility in Nursing Education), qui conceptualise l’incivilité académique comme un continuum dynamique allant des comportements perturbateurs de faible intensité (inattention, soupirs, retards) aux comportements hautement toxiques (menaces verbales, intimidations, agressions ouvertes). Clark souligne que l’incivilité universitaire ne relève pas d’une causalité unilatérale mais d’un processus relationnel bidirectionnel influencé par des facteurs de stress partagés (pression académique, charge d’évaluation, surcharge professionnelle des enseignants, ambiguïté des attentes). L’échelle de Campbell et al. opérationnalise précisément ce continuum en adaptant les descripteurs de Clark aux réalités numériques et multimodales contemporaines.
La théorie sociocognitive (Bandura, 1986) et les normes sociales
La perspective sociocognitive d’Albert Bandura fournit une assise essentielle pour comprendre la diffusion des conduites inciviles. À travers le modèle de l’apprentissage vicariant ou par observation, les apprenants ajustent leurs propres standards comportementaux en observant les conséquences associées aux conduites de leurs pairs. Lorsqu’un étudiant constate que des comportements perturbateurs (comme l’absentéisme passif, le parasitisme dans un travail d’équipe ou l’agressivité dans un forum virtuel) sont tolérés sans régulation par l’enseignant ou l’institution, le sentiment d’inhibition comportementale diminue. L’inconduite devient perçue comme une « norme descriptive » (ce que la majorité fait sans conséquence) plutôt que comme une déviance par rapport à la « norme prescriptive » (ce qu’il conviendrait de faire). L’AIS mesure la fréquence de cette exposition aux transgressions normatives, fournissant un indicateur de la porosité du groupe aux comportements contre-productifs.
7. Validité / Validity
Le protocole de validation métrologique de l’Échelle d’incivilité académique (AIS) a suivi une démarche rigoureuse conforme aux standards de l’American Psychological Association (APA) et de l’American Educational Research Association (AERA).
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu a été garantie dès l’étape initiale de génération des énoncés. Les chercheuses ont conduit une recension exhaustive de la littérature portant sur l’incivilité en classe, l’incivilité au travail, la cyber-intimidation et le harcèlement scolaire. Un pool initial d’items a été soumis à l’évaluation d’experts disciplinaires afin d’analyser la pertinence, la clarté linguistique, la représentativité du domaine et l’adéquation conceptuelle aux trois modalités d’enseignement (présentiel, en ligne, hybride). Suite à cette revue d’experts, 40 items ont été retenus pour la phase d’expérimentation psychométrique préliminaire, avant que les analyses quantitatives d’épuration ne sélectionnent les 33 meilleurs indicateurs.
Validité de construit (Construct Validity) : Validité convergente et divergente
Pour étayer la validité de construit de l’AIS, les chercheuses ont examiné le profil corrélationnel de l’échelle par rapport à deux construits théoriquement ciblés : l’empathie dispositionnelle et les attitudes envers l’incivilité en classe. Les résultats des coefficients de corrélation de rang de Spearman (ρ) ont confirmé les hypothèses a priori :
- Validité divergente / discriminante : L’AIS a démontré une corrélation négative et statistiquement significative avec les scores obtenus sur la Toronto Empathy Scale (TES ; Spreng et al., 2009) : ρ = −0,391 (p < 0,001), correspondant à une taille d’effet faible à modérée (r² ou effect size = 0,15). D’un point de vue psychologique, ce résultat corrobore l’hypothèse selon laquelle les individus manifestant un haut degré d’empathie, de prise de perspective d’autrui et de sensibilité émotionnelle perçoivent ou perpètrent moins d’incivilités, soulignant que l’empathie agit comme un facteur protecteur contre l’irrespect académique. Cette divergence empirique confirme que l’AIS ne mesure pas une simple détresse émotionnelle ou une réactivité empathique générale, mais bien un construit comportemental spécifique.
- Validité convergente : L’AIS a montré une corrélation positive substantielle et hautement significative avec l’Attitudes Toward Classroom In/Civility Questionnaire : ρ = 0,585 (p < 0,001), associée à une taille d’effet moyenne à forte (effect size = 0,34). Cette corrélation robuste prouve que les scores sur l’AIS partagent une part importante de variance commune avec la tolérance ou l’acceptabilité perçue des incivilités dans le milieu éducatif, attestant que l’outil capte de manière congruente le spectre des conduites perturbatrices en milieu universitaire.
La convergence de ces indicateurs statistiques confirme que l’AIS possède une validité de construit exemplaire, capable de discriminer finement la perception de l’incivilité par rapport à d’autres construits affectifs et axiologiques.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle d’incivilité académique a été documentée au moyen d’indices d’homogénéité et de consistance interne rigoureux. Dans les études psychométriques de référence menées par Campbell et al. (2024), les coefficients de consistance interne ont atteint des seuils d’excellence remarquablement élevés :
- Échelle globale (Full Scale – 33 items) : Le coefficient alpha de Cronbach global s’élève à α = 0,973. Une telle valeur témoigne d’une cohérence interne exceptionnelle entre les différents énoncés de l’inventaire, garantissant que l’ensemble des items contribue de façon univoque à la mesure du macro-construit de l’incivilité académique.
- Facteur 1 : Communication interpersonnelle (Interpersonal Communication) : La consistance interne de cette sous-échelle est de α = 0,972. Ce coefficient reflète une homogénéité remarquable dans la capture des facettes de communication verbale, écrite et numérique hostile ou inappropriée.
- Facteur 2 : Conduite personnelle (Personal Conduct) : La consistance interne pour ce second facteur affiche un α = 0,890. Ce score se situe bien au-delà du seuil conventionnel de 0,70 (et même du seuil exigeant de 0,80) préconisé par Nunnally et Bernstein pour l’évaluation de la recherche fondamentale et clinique, attestant d’une excellente précision de mesure pour les comportements d’inattention, de désengagement et d’entrave individuelle.
L’ampleur de ces coefficients alpha indique une variance d’erreur de mesure minime, assurant une fiabilité élevée pour le calcul de scores composites dans le cadre d’études épidémiologiques institutionnelles ou d’évaluations longitudinales. Les corrélations item-total corrigées confirment la discrimination de chaque énoncé vis-à-vis du score total, sans redondance excessive compromettant l’amplitude conceptuelle couverte.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne de l’AIS a été mise à l’épreuve au moyen d’une analyse factorielle exploratoire (AFE), indispensable pour explorer la dimensionalité émergente d’une échelle conçue pour des modalités éducatives mixtes.
Les étapes analytiques ont révélé les caractéristiques factorielles suivantes :
- Adéquation de l’échantillonnage : Les critères préalables à la factorisation, notamment le test de sphéricité de Bartlett (démontrant la significativité statistique de la matrice d’inter-corrélations, p < 0,001) et l’indice de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO), ont confirmé une factorisabilité optimale des données collectées auprès des étudiants universitaires.
- Structure bidimensionnelle : L’analyse factorielle exploratoire a mis en lumière une solution parcimonieuse et théoriquement cohérente à deux facteurs, dont les valeurs propres (eigenvalues) dépassaient le seuil d’utilité empirique du critère de Kaiser et s’alignaient sur la rupture du test de l’éboulis (scree test) :
- Facteur 1 : Communication interpersonnelle : Ce facteur regroupe les items liés aux échanges hostiles, aux attaques verbales, au dénigrement et aux interruptions impolies dans les différents canaux de communication.
- Facteur 2 : Conduite personnelle : Ce facteur capture les comportements perturbateurs individuels, l’absentéisme mental, l’usage déviant de la technologie et la rupture des conventions d’engagement en cours.
- Variance totale expliquée : La solution retenue à deux dimensions rend compte de 60 % de la variance totale des scores d’incivilité, un taux particulièrement solide en sciences sociales et comportementales, où un seuil d’au moins 50 à 60 % est considéré comme l’indice d’une modélisation factorielle robuste.
- Saturations factorielles : Les items ont démontré des poids factoriels élevés sur leur facteur respectif (saturations primaires largement supérieures à 0,45 ou 0,50), sans saturations croisées (cross-loadings) problématiques, attestant d’une structure factorielle simple et clairement délimitée entre la dynamique communicationnelle directe et l’autorégulation de la conduite individuelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle d’incivilité académique (AIS) se présente comme un inventaire psychométrique structuré destiné à une passation rapide et standardisée :
- Type d’instrument : Questionnaire auto-rapporté / Inventaire d’évaluation de la fréquence comportementale perçue.
- Format d’administration : Administration principalement électronique (via des plateformes d’enquêtes en ligne telles que Qualtrics, REDCap, ou les espaces numériques d’apprentissage institutionnels), mais adaptable sur support papier-crayon si nécessaire.
- Population cible : Étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur (premier, deuxième et troisième cycles universitaires), adultes de 18 ans et plus.
- Modalités pédagogiques ciblées : Cours dispensés en présentiel traditionnel, cours entièrement à distance (synchrones et asynchrones) et dispositifs d’enseignement hybride (blended learning).
- Nombre total d’items : 33 items (réduits à partir des 40 items initiaux suite aux analyses psychométriques).
- Sous-échelles : Deux sous-dimensions indépendantes et corrélées :
- Sous-échelle 1 : Communication interpersonnelle (Interpersonal Communication).
- Sous-échelle 2 : Conduite personnelle (Personal Conduct).
- Format de réponse : Échelle de type Likert à choix forcé évaluant la fréquence perçue des comportements incivils observés dans l’environnement académique durant une période de référence définie (par exemple au cours du semestre écoulé). Les ancres de réponse s’échelonnent typiquement selon un format en 5 points allant de :
- 1 = Jamais (Never)
- 2 = Rarement (Rarely)
- 3 = Parfois (Sometimes)
- 4 = Souvent (Often)
- 5 = Très souvent / Presque toujours (Very Frequently / Almost Always)
- Cotation et calcul des scores :
- Un score moyen ou cumulatif peut être calculé séparément pour chaque sous-échelle : le score moyen de Communication interpersonnelle et le score moyen de Conduite personnelle.
- Un score global d’incivilité perçue peut être obtenu par la somme ou la moyenne arithmétique de l’ensemble des 33 items.
- Des scores plus élevés reflètent une exposition perçue plus intense ou plus fréquente à l’incivilité au sein de l’environnement éducatif évalué.
- Temps de passation estimé : Environ 8 à 12 minutes pour l’ensemble du questionnaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Les informations relatives à l’utilisation, aux droits de propriété intellectuelle et aux conditions d’accès de l’AIS sont les suivantes :
- Année de publication du test : 2024.
- Statut du droit d’auteur : L’Échelle d’incivilité académique (AIS) et les articles associés sont protégés par le droit d’auteur détenu par les auteurs (Campbell, Tinstman Jones, Sutter, & Stickl Haugen) et par la maison d’édition scientifique Springer Nature (Learning Environments Research).
- Accès et tarification pour la recherche académique : L’instrument est généralement accessible sans frais financiers directs (gratuit) pour les chercheurs, universitaires, doctorants et institutions d’enseignement supérieur à des fins de recherche fondamentale, d’évaluation institutionnelle non commerciale ou de travaux académiques, sous réserve d’obtenir au préalable l’autorisation formelle de l’auteure correspondante et de citer adéquatement l’article original de 2024.
- Procédure de demande d’accès : Les items exhaustifs n’étant pas systématiquement mis en accès libre téléchargeable dans le domaine public afin de préserver l’intégrité du protocole, les chercheurs souhaitant utiliser l’échelle doivent contacter l’auteure principale et correspondante par courrier électronique : Dr. Laurie O. Campbell, University of Central Florida, courriel : [email protected].
- Utilisation commerciale : Toute intégration de l’AIS au sein d’outils d’audit payants, de logiciels de consulting commercial ou de programmes d’évaluation d’entreprises privées nécessite une licence spécifique négociée avec l’éditeur et les titulaires des droits.
12. Références / References
Voici les références scientifiques fondamentales documentant la conception psychométrique de l’AIS et les théories connexes :
- Andersson, L. M., & Pearson, C. M. (1999). Tit for tat? The spiraling effect of incivility in the workplace. Academy of Management Review, 24(3), 452–471. https://doi.org/10.5465/amr.1999.2202131
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Campbell, L. O., Tinstman Jones, J., Sutter, C. C., & Stickl Haugen, J. (2024). The development of the Academic Incivility Scale for higher education. Learning Environments Research, 27(2), 1–17. https://doi.org/10.1007/s10984-023-09478-6
- Clark, C. M. (2008). The dance of incivility in nursing education as described by nursing faculty and students. Advances in Nursing Science, 31(4), E28–E39. https://doi.org/10.1097/01.ANS.0000341419.65375.23
- Clark, C. M., & Springer, P. J. (2007). Thoughts on incivility: Student and faculty perceptions of uncivil behavior in nursing education. Nursing Education Perspectives, 28(2), 93–97.
- Feldmann, L. J. (2001). Classroom civility is another culture. College Teaching, 49(4), 137–140. https://doi.org/10.1080/87567555.2001.10844595
- Spreng, R. N., McKinnon, M. C., Mar, R. A., & Levine, B. (2009). The Toronto Empathy Questionnaire: Scale development and initial validation of a factor-analytic solution to simple empathy. Journal of Personality Assessment, 91(1), 62–71. https://doi.org/10.1080/00223890802484381
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels de l’Échelle d’incivilité académique (AIS) constituent une œuvre protégée par le droit d’auteur (copyright © 2024 Springer Nature / Campbell et al.) et ne sont pas diffusés dans le domaine public ouvert.
Conformément aux normes psychométriques et de propriété intellectuelle, le protocole intégral et standardisé des 33 items doit être obtenu directement auprès de l’auteure correspondante ou via la publication officielle (Campbell et al., 2024). L’architecture de cotation et la composition conceptuelle des énoncés se structurent comme suit :
Modalités d’évaluation et système de réponse (Likert Scale)
Les participants évaluent la fréquence d’apparition de chaque comportement sur une échelle de fréquence ordonnée :
- 1 Jamais (Never)
- 2 Rarement (Rarely)
- 3 Parfois (Sometimes)
- 4 Souvent (Often)
- 5 Très souvent (Very Frequently)
Dimension 1 : Communication interpersonnelle (Interpersonal Communication)
Cette dimension comporte les items relatifs aux manifestations communicatives directes ou numériques, incluant :
- Les interruptions non respectueuses pendant les explications orales ou les interventions d’un camarade.
- L’envoi de courriels agressifs, impérieux, condescendants ou dépourvus des formules élémentaires de courtoisie.
- La formulation de remarques sarcastiques, dégradantes ou désobligeantes au sein des forums d’échange en ligne ou de l’espace de messagerie instantanée (chat).
- L’expression de réactions non verbales hostiles (roulements d’yeux, soupirs audibles, ricanements) lors des prises de parole.
- Le mépris ouvert manifesté à l’égard des opinions divergentes émises par les pairs au cours des débats.
- Les attaques directes ou insinuations malveillantes remettant en cause l’autorité académique ou les compétences pédagogiques de l’enseignant.
- Les comportements de cyberincivilité ciblée (flaming, exclusion délibérée des canaux de communication de groupe).
Dimension 2 : Conduite personnelle (Personal Conduct)
Cette dimension rassemble les items évaluant le désengagement individuel, la passivité et les perturbations environnementales, incluant :
- L’utilisation inappropriée des téléphones portables, tablettes ou ordinateurs pour naviguer sur les réseaux sociaux, faire des achats en ligne ou jouer durant le cours.
- Les arrivées tardives répétées ou les sorties prématurées interrompant le déroulement de la séance.
- Le bavardage ou les conversations annexes sans rapport avec les objectifs d’apprentissage lors des présentations magistrales.
- Le refus de participation active ou la contribution minimale lors des travaux de groupe requis (paresse sociale).
- Le maintien du microphone ouvert générant des bruits parasites lors des cours virtuels sans considération pour le groupe.
- Les postures d’endormissement ou d’apathie démonstrative affichées ostensiblement devant la classe.
- Le non-respect délibéré des consignes pédagogiques relatives à la remise des travaux ou aux règles d’interaction établies dans le syllabus.