Face à une tromperie, pourquoi certaines personnes parviennent-elles à surmonter la trahison tandis que d’autres s’enferment dans une rancœur indélébile ? D’après une étude publiée dans le Jurnal Ilmu Perilaku par les chercheurs Sabrina Aulia Rachman et Rizky Putra Santosa, la réponse trouverait en grande partie ses racines dans les premières années de la vie : les traumatismes vécus durant l’enfance limiteraient significativement la capacité à accorder son pardon à un partenaire infidèle à l’âge adulte.
Le poids du passé face à la trahison amoureuse
Chez les jeunes adultes, l’infidélité constitue l’un des déclencheurs majeurs de détresse et de stress interpersonnel. Pourtant, la réaction émotionnelle et la faculté d’octroyer une seconde chance ne dépendent pas uniquement de la gravité de l’acte commis, mais s’ancrent profondément dans l’histoire individuelle de la personne trompée. Les résultats obtenus par les auteurs indiquent que les expériences négatives de l’enfance (ou ACE, pour Adverse Childhood Experiences) exercent un effet négatif direct et statistiquement significatif sur le pardon (B = –0,35, p < 0,001). Les blessures précoces, qu’il s’agisse de négligences, d’abus ou de dysfonctionnements familiaux, semblent ainsi ériger un rempart psychologique tenace contre la réconciliation amoureuse.
Une hypothèse démentie : l’attachement n’explique pas tout
Les chercheurs ont cherché à comprendre le mécanisme sous-jacent à cette corrélation. Leur hypothèse de départ postulait que les traumatismes infantiles entravaient le pardon en altérant la sécurité affective, supposant que l’attachement amoureux jouerait le rôle de passerelle explicative. L’analyse révèle certes que l’insécurité d’attachement réduit la propension à pardonner (B = –0,14, p < 0,001). En revanche, les traumatismes vécus durant l’enfance n’ont pas permis de prédire de manière significative le style d’attachement romantique au sein du groupe étudié (p = 0,256).
Par conséquent, l’attachement amoureux n’agit pas comme un médiateur dans cette dynamique. Cette absence d’effet médiateur démontre que l’impact des blessures infantiles s’exerce de façon directe sur la difficulté à pardonner, court-circuitant la seule manière dont l’individu se lie émotionnellement à son partenaire actuel.
Une analyse rigoureuse chez les jeunes adultes
Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe s’est appuyée sur un échantillon de 188 jeunes adultes. L’évaluation a mobilisé trois instruments psychométriques standardisés : le questionnaire international sur les expériences négatives de l’enfance (WHO–ACE IQ), l’échelle de mesure du pardon Heartland Forgiveness Scale (HFS) et la version courte de l’échelle d’attachement Experiences in Close Relationships (ECR-S). Les données quantitatives ont été traitées au moyen du modèle 4 de la macro PROCESS de Hayes.
Les scientifiques soulignent toutefois les limites inhérentes à cette approche, notamment le recours à un échantillon de convenance et à un devis quantitatif non expérimental, qui invite à interpréter les liens observés avec nuance sans généralisation excessive à l’ensemble des populations.
Implications pour la thérapie de couple
Ces constats apportent un éclairage précieux pour la pratique clinique. Face à une infidélité, les psychologues et conseillers conjugaux ont souvent tendance à concentrer leurs efforts sur la dynamique relationnelle immédiate ou sur le style d’attachement réciproque. Or, cette recherche suggère qu’une telle approche risque d’être insuffisante si les blessures passées restent ignorées.
Pour accompagner efficacement le processus de reconstruction et favoriser un éventuel pardon, les interventions thérapeutiques devraient prioriser le traitement en profondeur des traumatismes anciens et le renforcement des compétences en matière de régulation émotionnelle.
Source
- Jejak Masa Lalu: Bagaimana Trauma di Masa Kecil dan Kelekatan Romantis Mempengaruhi Kemampuan Memaafkan Setelah Perselingkuhan
- Researchers: Sabrina Aulia Rachman, Rizky Putra Santosa
- Journal: Jurnal Ilmu Perilaku
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