{"id":18240,"date":"2026-10-16T16:41:51","date_gmt":"2026-10-16T16:41:51","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/william-mcdougall-1871-1938\/"},"modified":"2026-10-16T16:41:51","modified_gmt":"2026-10-16T16:41:51","slug":"william-mcdougall-1871-1938","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=william-mcdougall-1871-1938","title":{"rendered":"William McDougall &#8211; 1871 1938"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire des sciences de l\u2019esprit conserve la m\u00e9moire de figures singuli\u00e8res dont les trajectoires intellectuelles, \u00e0 la fois monumentales et controvers\u00e9es, \u00e9chappent aux classifications simplificatrices des manuels contemporains. William McDougall (1871-1938) compte incontestablement parmi ces g\u00e9ants oubli\u00e9s ou incompris de la psychologie du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. M\u00e9decin de formation, neurophysiologiste rigoureux, pionnier de l&rsquo;anthropologie de terrain lors de la c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9dition au d\u00e9troit de Torres, puis th\u00e9oricien audacieux \u00e0 Oxford, Harvard et Duke, il a consacr\u00e9 son existence \u00e0 \u00e9difier une science int\u00e9grale de la nature humaine capable de relier le substrat biologique aux accomplissements les plus \u00e9lev\u00e9s de la culture et de la vie sociale.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de son \u0153uvre se dresse un refus r\u00e9solu et constant du r\u00e9ductionnisme m\u00e9caniste. Alors que la psychologie de son \u00e9poque oscillait entre l&rsquo;atomisme structuraliste de laboratoire et les balbutiements du physicalisme b\u00e9havioriste, McDougall a d\u00e9fendu sans rel\u00e2che la \u00ab psychologie hormique \u00bb, une conception fonci\u00e8rement dynamique et t\u00e9l\u00e9ologique affirmant la primaut\u00e9 de la finalit\u00e9, de la conation et des forces instinctives dans l&rsquo;explication du vivant. Pour lui, l&rsquo;organisme ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une machine r\u00e9agissant passivement \u00e0 des stimulations p\u00e9riph\u00e9riques ; il est fondamentalement un agent actif, orient\u00e9 vers des buts et anim\u00e9 par des tendances inn\u00e9es que l&rsquo;\u00e9volution a patiemment fa\u00e7onn\u00e9es.<\/p>\n<p>Toutefois, le destin acad\u00e9mique de McDougall pr\u00e9sente un caract\u00e8re \u00e9minemment tragique. Auteur de trait\u00e9s universellement c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans les ann\u00e9es 1910 \u2014 dont sa magistrale <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/introductiontoso1908mcdo\"><em>An Introduction to Social Psychology<\/em><\/a> qui refonda les bases de la discipline \u2014, il vit son prestige s\u2019\u00e9roder progressivement \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;engageait dans des batailles \u00e9pist\u00e9mologiques et id\u00e9ologiques \u00e0 contre-courant de son \u00e9poque. Son opposition v\u00e9h\u00e9mente \u00e0 John B. Watson, son plaidoyer persistant pour l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis \u00e0 travers de laborieuses exp\u00e9riences n\u00e9o-lamarckiennes, son investissement pionnier mais d\u00e9cri\u00e9 dans la parapsychologie exp\u00e9rimentale et ses \u00e9crits teint\u00e9s d&rsquo;eug\u00e9nisme conservateur finirent par occulter la port\u00e9e visionnaire de ses intuitions. Cet article propose une r\u00e9\u00e9valuation historique et critique minutieuse de ce penseur inclassable, restituant la coh\u00e9rence profonde d&rsquo;une \u0153uvre monumentale qui pr\u00e9figura tant l&rsquo;\u00e9thologie moderne que les neurosciences affectives contemporaines.<\/p>\n<h2>1. Origines, formation acad\u00e9mique et premiers pas scientifiques<\/h2>\n<h3>1.1 Enfance, ascendance et formation initiale en Angleterre<\/h3>\n<p>William McDougall na\u00eet le 22 juin 1871 \u00e0 Chadderton, localit\u00e9 situ\u00e9e pr\u00e8s de Manchester, au sein d&rsquo;une famille repr\u00e9sentative de l&rsquo;essor industriel et de la bourgeoisie manufacturi\u00e8re de l&rsquo;Angleterre victorienne. Son p\u00e8re, Isaac McDougall, est un chimiste et industriel prosp\u00e8re, dot\u00e9 d&rsquo;une curiosit\u00e9 intellectuelle aigu\u00eb et d&rsquo;un temp\u00e9rament pragmatique, tandis que sa m\u00e8re transmet \u00e0 son fils une sensibilit\u00e9 esth\u00e9tique et une vive rigueur morale. \u00c9voluant dans un cadre familial o\u00f9 la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une valorisation constante du travail intellectuel et des sciences appliqu\u00e9es, le jeune William manifeste d\u00e8s sa prime jeunesse des aptitudes cognitives exceptionnelles, doubl\u00e9es d&rsquo;une inclination pr\u00e9coce pour l&rsquo;observation minutieuse du monde naturel.<\/p>\n<p>Reconnaissant les dispositions hors normes de l&rsquo;enfant, ses parents l&rsquo;orientent tr\u00e8s t\u00f4t vers un parcours acad\u00e9mique d&rsquo;\u00e9lite. Apr\u00e8s un s\u00e9jour formateur dans une \u00e9cole priv\u00e9e \u00e0 Weimar, en Allemagne, o\u00f9 il s&rsquo;initie \u00e0 la langue allemande et \u00e0 la rigueur disciplinaire continentale, il int\u00e8gre \u00e0 seulement quinze ans le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.manchester.ac.uk\/\">Owens College<\/a> de Manchester. Cette institution, qui deviendra plus tard l&rsquo;universit\u00e9 de Manchester, constitue alors l&rsquo;un des foyers les plus dynamiques de l&rsquo;enseignement des sciences modernes en Grande-Bretagne. McDougall s&rsquo;y consacre avec ferveur aux sciences naturelles, s&rsquo;impr\u00e9gnant de g\u00e9ologie, de botanique, de zoologie et de chimie organique, disciplines au sein desquelles il apprend les imp\u00e9ratifs de la taxonomie et du raisonnement inductif.<\/p>\n<p>En 1890, b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une bourse d&rsquo;\u00e9tudes prestigieuse, il franchit une \u00e9tape d\u00e9terminante en entrant au St John&rsquo;s College de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cam.ac.uk\/\">Universit\u00e9 de Cambridge<\/a> pour y suivre le <em>Natural Sciences Tripos<\/em>. C\u2019est durant ces ann\u00e9es cambridgiennes que s&rsquo;ancrent d\u00e9finitivement ses fondations intellectuelles. L&rsquo;Angleterre victorienne est alors profond\u00e9ment travers\u00e9e par les ondes de choc conceptuelles provoqu\u00e9es par les \u0153uvres de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.darwinproject.ac.uk\/\">Charles Darwin<\/a> et d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/spencer\/\">Herbert Spencer<\/a>. McDougall lit passionn\u00e9ment <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces<\/em> et <em>L&rsquo;Expression des \u00e9motions chez l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, d\u00e9couvrant dans la s\u00e9lection naturelle et la continuit\u00e9 phylog\u00e9n\u00e9tique un cadre \u00e9pist\u00e9mologique absolu. Loin de concevoir le psychisme humain comme une entit\u00e9 d\u00e9sincarn\u00e9e ou immat\u00e9rielle, il acquiert la certitude in\u00e9branlable que l&rsquo;esprit n&rsquo;est intelligible qu&rsquo;\u00e0 travers son histoire \u00e9volutive et son utilit\u00e9 adaptative pour la survie de l&rsquo;organisme dans son biotope.<\/p>\n<h3>1.2 Formation m\u00e9dicale et physiologique \u00e0 Londres et Cambridge<\/h3>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 la tradition des naturalistes britanniques pour qui la compr\u00e9hension de la physiologie constitue la porte d&rsquo;entr\u00e9e incontournable vers l&rsquo;\u00e9tude des fonctions mentales, McDougall s&rsquo;engage dans des \u00e9tudes de m\u00e9decine clinique apr\u00e8s l&rsquo;obtention de ses dipl\u00f4mes de Cambridge avec les honneurs de premi\u00e8re classe. Il rejoint la capitale pour accomplir son internat hospitalier au <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.guysandstthomas.nhs.uk\/\">St Thomas&rsquo; Hospital<\/a> de Londres, une institution r\u00e9put\u00e9e pour l&rsquo;excellence de sa formation clinique et la rigueur de sa pratique pathologique. Durant ces ann\u00e9es intenses, couronn\u00e9es par l&rsquo;obtention de son dipl\u00f4me de m\u00e9decin (M.B., B.Chir.), McDougall c\u00f4toie la souffrance humaine brute, les d\u00e9r\u00e8glements organiques et les manifestations spectaculaires des pathologies nerveuses, ce qui lui conf\u00e8re une assise empirique directe sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychosomatique de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Toutefois, c&rsquo;est dans les laboratoires de recherche fondamentale que son g\u00e9nie analytique s&rsquo;\u00e9panouit le plus spectaculairement. De retour \u00e0 Cambridge et dans les cercles scientifiques londoniens, il s&rsquo;associe aux travaux des plus grands neurophysiologistes de son temps, au premier rang desquels figure Sir <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1932\/sherrington\/biographical\/\">Charles Scott Sherrington<\/a>. Sous le patronage de ce futur laur\u00e9at du prix Nobel, McDougall approfondit l&rsquo;\u00e9tude des m\u00e9canismes de l&rsquo;inhibition r\u00e9flexe, de la sommation temporelle et spatiale de l&rsquo;influx nerveux, ainsi que du fonctionnement de la synapse nerveuse \u2014 terme que Sherrington venait d&rsquo;introduire. Il conduit lui-m\u00eame des recherches pionni\u00e8res et extr\u00eamement techniques sur la vision des couleurs, les images cons\u00e9cutives et les rivalit\u00e9s r\u00e9tiniennes, d\u00e9montrant un talent exceptionnel pour l&rsquo;exp\u00e9rimentation psycho-optique.<\/p>\n<p>Cette immersion prolong\u00e9e dans la neurophysiologie sensorielle op\u00e8re chez McDougall une mutation \u00e9pist\u00e9mologique fondamentale. S&rsquo;il admire la pr\u00e9cision m\u00e9trologique de la physiologie exp\u00e9rimentale, il prend progressivement conscience de l&rsquo;inad\u00e9quation radicale des mod\u00e8les purement m\u00e9canistes pour rendre compte de la totalit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. Observer l&rsquo;arc r\u00e9flexe chez un animal spinal ne permet nullement d&rsquo;\u00e9lucider la nature du d\u00e9sir, de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 ou de l&rsquo;effort conscient. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette \u00e9poque charni\u00e8re que s&rsquo;amorce sa transition intellectuelle : constatant les limites infranchissables de la m\u00e9decine purement somatique, McDougall choisit de consacrer sa vie non pas \u00e0 la pratique m\u00e9dicale ordinaire, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une psychologie scientifique qui int\u00e9grerait la rigueur neurobiologique sans sacrifier la dimension t\u00e9l\u00e9ologique de la conscience.<\/p>\n<h3>1.3 S\u00e9jour en Allemagne et impr\u00e9gnation de la psychologie exp\u00e9rimentale<\/h3>\n<p>Conscient que l&rsquo;Allemagne demeure, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9picentre mondial de l&rsquo;institutionnalisation de la psychologie en tant que discipline scientifique autonome, McDougall d\u00e9cide de parfaire sa formation au-del\u00e0 du Rhin. En 1899, apr\u00e8s avoir consolid\u00e9 ses bases th\u00e9oriques, il effectue un s\u00e9jour de travail d\u00e9terminant \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de G\u00f6ttingen au sein du laboratoire dirig\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pantheon.world\/profile\/person\/Georg_Elias_M%C3%BCller\">Georg Elias M\u00fcller<\/a>. M\u00fcller, successeur spirituel de Gustav Fechner et d&rsquo;Hermann Lotze, incarne la tradition la plus exigeante de la psychophysique et de l&rsquo;exp\u00e9rimentation de laboratoire, poussant la rigueur m\u00e9thodologique, l&rsquo;analyse des temps de r\u00e9action et l&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9moire bien au-del\u00e0 des standards initiaux pos\u00e9s par Wilhelm Wundt \u00e0 Leipzig.<\/p>\n<p>Dans cette atmosph\u00e8re germanique aust\u00e8re et hyper-m\u00e9thodique, McDougall se confronte directement \u00e0 l&rsquo;instrumentation la plus avanc\u00e9e du si\u00e8cle : chronoscopes d&rsquo;Arsonval, kymographes, tachistoscopes et appareils de mesure sensorielle. Il assimile la n\u00e9cessit\u00e9 absolue du contr\u00f4le exp\u00e9rimental des variables, du recueil syst\u00e9matique des donn\u00e9es quantitatives et de la r\u00e9p\u00e9tabilit\u00e9 des protocoles. Cependant, cette proximit\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9cole exp\u00e9rimentale allemande suscite chez le jeune savant britannique autant d&rsquo;admiration technique que de r\u00e9serves th\u00e9oriques. Il reproche au mod\u00e8le wundtien dominant son atomisme psychologique excessif \u2014 cette tendance \u00e0 diss\u00e9quer la vie mentale en sensations et \u00e9l\u00e9ments \u00e9l\u00e9mentaires d\u00e9connect\u00e9s de leur fonction vitale \u2014 ainsi que son intellectualisme abstrait qui n\u00e9glige les soubassements biologiques, affectifs et dynamiques de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Ce s\u00e9jour \u00e0 G\u00f6ttingen permet ainsi \u00e0 McDougall de forger une synth\u00e8se \u00e9pist\u00e9mologique originale, v\u00e9ritable signature de son \u0153uvre ult\u00e9rieure. Il allie l&rsquo;exigence empirique, inductive et fonctionnaliste de la tradition britannique (marqu\u00e9e par l&#8217;empirisme de Locke et Hume, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la th\u00e9orie darwinienne de l&rsquo;\u00e9volution) \u00e0 la pr\u00e9cision instrumentale et op\u00e9ratoire de la science exp\u00e9rimentale allemande. D\u00e9j\u00e0, l&rsquo;id\u00e9e m\u00fbrit en lui que la psychologie ne saurait se contenter d&rsquo;un inventaire statique des contenus de conscience ; elle doit imp\u00e9rativement devenir une science du comportement global et des forces motrices qui le sous-tendent, jetant les jalons de ce qui deviendra la doctrine de la conation.<\/p>\n<h2>2. L&rsquo;exp\u00e9dition du d\u00e9troit de Torres et le tournant anthropologique<\/h2>\n<h3>2.1 L&rsquo;exp\u00e9dition anthropologique de Cambridge de 1898<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des chapitres les plus remarquables et fondateurs de la trajectoire scientifique de McDougall s&rsquo;\u00e9crit sous les latitudes tropicales de l&rsquo;Oc\u00e9anie. En 1898, sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;anthropologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cam.ac.uk\/research\/news\/the-cambridge-anthropological-expedition-to-the-torres-strait\">Alfred Cort Haddon<\/a>, l&rsquo;universit\u00e9 de Cambridge organise ce qui restera dans l&rsquo;histoire des sciences humaines comme une entreprise matricielle : l&rsquo;exp\u00e9dition anthropologique du d\u00e9troit de Torres, situ\u00e9 entre l&rsquo;Australie et la Nouvelle-Guin\u00e9e. Con\u00e7ue pour collecter de mani\u00e8re interdisciplinaire et syst\u00e9matique les donn\u00e9es culturelles, linguistiques, sociologiques et somatiques des populations indig\u00e8nes menac\u00e9es par l&rsquo;acculturation coloniale, l&rsquo;exp\u00e9dition int\u00e8gre pour la premi\u00e8re fois une \u00e9quipe de psychologues exp\u00e9rimentateurs \u00e0 part enti\u00e8re, compos\u00e9e de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/rivers\/\">W.H.R. Rivers<\/a>, Charles Gabriel Seligman et du jeune William McDougall.<\/p>\n<p>La mission assign\u00e9e \u00e0 McDougall et Rivers est in\u00e9dite dans les annales de la science : transporter l&rsquo;\u00e9quipement lourd et d\u00e9licat d&rsquo;un laboratoire de psychophysique moderne \u2014 tachistoscopes, dynamom\u00e8tres, prismes, diapasons d&rsquo;acuit\u00e9 auditive, esth\u00e9siom\u00e8tres de Weber \u2014 sur des \u00eeles isol\u00e9es telles que Murray (Mer) et Mabuiag, pour soumettre des populations n&rsquo;ayant eu que des contacts limit\u00e9s avec l&rsquo;Occident \u00e0 des mesures sensorielles standardis\u00e9es. McDougall prend personnellement en charge l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle, de la discrimination des intensit\u00e9s lumineuses, des seuils de sensibilit\u00e9 tactile, de l&rsquo;estimation des poids et de la vitesse motrice r\u00e9flexe. Ce travail de pionnier exige une ing\u00e9niosit\u00e9 m\u00e9thodologique permanente afin de surmonter la barri\u00e8re linguistique et de neutraliser les interf\u00e9rences contextuelles inh\u00e9rentes \u00e0 un tel environnement exotique.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience du d\u00e9troit de Torres constitue un jalon historique majeur : elle arrache la psychologie exp\u00e9rimentale aux laboratoires capitonn\u00e9s et ferm\u00e9s des universit\u00e9s europ\u00e9ennes pour la confronter \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 culturelle radicale et aux conditions r\u00e9elles du terrain. Les protocoles mis en \u0153uvre par McDougall s&rsquo;\u00e9tendent sur plusieurs mois d&rsquo;investigations rigoureuses, g\u00e9n\u00e9rant un corpus de donn\u00e9es comparatives quantitatives qui sera consign\u00e9 dans les prestigieux volumes des rapports de l&rsquo;exp\u00e9dition de Cambridge. Ce contact direct avec des cultures orales complexes et des modes d&rsquo;existence ancestraux bouleverse d\u00e9finitivement les repr\u00e9sentations ethnocentriques du savant victorien.<\/p>\n<h3>2.2 Enseignements \u00e9pist\u00e9mologiques et remise en question du sensorialisme<\/h3>\n<p>Les conclusions scientifiques issues de cette exp\u00e9dition \u00e9branlent de mani\u00e8re d\u00e9cisive plusieurs dogmes \u00e9volutionnistes victoriens alors solidement ancr\u00e9s. L&rsquo;opinion anthropologique dominante de l&rsquo;\u00e9poque, largement nourrie de pr\u00e9jug\u00e9s coloniaux, postulait que les \u00ab sauvages \u00bb ou populations primitives poss\u00e9daient une acuit\u00e9 sensorielle animale ph\u00e9nom\u00e9nale \u2014 une vision d&rsquo;aigle ou une ou\u00efe surhumaine \u2014 compensant une inf\u00e9riorit\u00e9 cong\u00e9nitale de leurs facult\u00e9s cognitives et abstraites sup\u00e9rieures. Les mesures m\u00e9ticuleuses r\u00e9alis\u00e9es par McDougall et Rivers d\u00e9mentent formellement cette hypoth\u00e8se : les seuils sensoriels absolus des M\u00e9lan\u00e9siens pour la d\u00e9tection visuelle, auditive ou tactile s&rsquo;av\u00e8rent statistiquement \u00e9quivalents \u00e0 ceux des populations europ\u00e9ennes moyennes.<\/p>\n<p>En revanche, McDougall met en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pist\u00e9mologique capital : si les indig\u00e8nes d\u00e9montrent une habilet\u00e9 prodigieuse \u00e0 rep\u00e9rer des d\u00e9tails minuscules dans leur milieu naturel (la trace d&rsquo;un animal marin, la nuance subtile d&rsquo;une feuille, la direction d&rsquo;un courant), cette comp\u00e9tence ne d\u00e9coule nullement d&rsquo;une constitution oculaire m\u00e9caniquement sup\u00e9rieure, mais d&rsquo;une focalisation de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/attention\/\">attention soutenue<\/a>, d&rsquo;un entra\u00eenement cognitif et d&rsquo;une motivation vitale directement articul\u00e9e \u00e0 leur survie et \u00e0 leurs imp\u00e9ratifs \u00e9cologiques. La perception cesse d\u00e8s lors d&rsquo;appara\u00eetre comme une saisie passive du r\u00e9el par des r\u00e9cepteurs m\u00e9caniques ; elle est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme un acte orient\u00e9, s\u00e9lectif, intrins\u00e8quement fa\u00e7onn\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et la finalit\u00e9 de l&rsquo;agent.<\/p>\n<p>Cet enseignement anthropologique porte un coup fatal, dans l&rsquo;esprit de McDougall, au vieux sensorialisme associationniste h\u00e9rit\u00e9 des philosophes des Lumi\u00e8res. L&rsquo;esprit humain ne saurait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une <em>tabula rasa<\/em> enregistrant machinalement des agr\u00e9gats d&rsquo;impressions sensorielles. Ce sont les impulsions internes, les d\u00e9sirs, les craintes et les besoins de l&rsquo;organisme qui guident le regard, structurent le champ perceptif et conf\u00e8rent du sens aux stimuli externes. Cette d\u00e9couverte empirique fournit \u00e0 McDougall le fondement observationnel dont il avait besoin pour rompre avec l&rsquo;intellectualisme st\u00e9rile de la psychologie traditionnelle et orienter l&rsquo;ensemble de ses r\u00e9flexions futures vers l&rsquo;\u00e9tude des pulsions dynamiques et motivationnelles communes \u00e0 toute l&rsquo;esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<h3>2.3 Transition acad\u00e9mique vers les postes d&rsquo;Oxford<\/h3>\n<p>Fort de la r\u00e9putation acquise lors de l&rsquo;exp\u00e9dition de Cambridge, McDougall r\u00e9int\u00e8gre le monde universitaire britannique avec le d\u00e9sir ardent d&rsquo;institutionnaliser la psychologie exp\u00e9rimentale au sein des structures acad\u00e9miques les plus prestigieuses. En 1904, apr\u00e8s un court passage comme lecteur \u00e0 l&rsquo;University College de Londres, il est nomm\u00e9 \u00e0 la prestigieuse chaire de philosophie mentale de la fondation Wilde \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ox.ac.uk\/\">Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford<\/a>. Cette accession marque le d\u00e9but d&rsquo;une d\u00e9cennie d&rsquo;une prodigieuse f\u00e9condit\u00e9 intellectuelle, mais \u00e9galement d&rsquo;une lutte institutionnelle \u00e9puisante contre le conservatisme philosophique ambiant.<\/p>\n<p>Oxford est alors la citadelle imprenable de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/idealism\/\">id\u00e9alisme britannique<\/a>, domin\u00e9 par des figures m\u00e9taphysiques majeures telles que Francis Herbert Bradley, Bernard Bosanquet et John Cook Wilson. Pour cette orthodoxie philosophique sp\u00e9culative, nourrie de n\u00e9o-h\u00e9g\u00e9lianisme et de dialectique abstraite, l&rsquo;irruption d&rsquo;une psychologie empirique pr\u00e9tendant introduire des chronoscopes, des statistiques et des th\u00e9ories \u00e9volutionnistes dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;esprit est per\u00e7ue avec un m\u00e9lange de m\u00e9pris condescendant et d&rsquo;hostilit\u00e9 ouverte. McDougall se voit rel\u00e9gu\u00e9 aux marges de la vie facultaire : la Wilde Readership lui interdit formellement d&rsquo;utiliser les fonds allou\u00e9s pour b\u00e2tir un laboratoire exp\u00e9rimental, les philosophes redoutant que la science naturelle ne corrompe la puret\u00e9 de la th\u00e9orie de la connaissance.<\/p>\n<p>Faisant preuve d&rsquo;une t\u00e9nacit\u00e9 exemplaire, McDougall contourne ces entraves institutionnelles en am\u00e9nageant \u00e0 ses propres frais un laboratoire de fortune dans un local mis \u00e0 disposition par le d\u00e9partement de physiologie de Sir John Burdon-Sanderson. C&rsquo;est dans ce contexte paradoxal d&rsquo;isolement militant qu&rsquo;il \u00e9labore ses chefs-d&rsquo;\u0153uvre th\u00e9oriques. L&rsquo;adversit\u00e9 intellectuelle oxonienne le contraint \u00e0 aff\u00fbter impitoyablement ses arguments : pour convaincre des philosophes sceptiques et des physiologistes m\u00e9fiants, il se doit de b\u00e2tir une doctrine psychologique d&rsquo;une coh\u00e9rence logique absolue. C\u2019est durant cette p\u00e9riode de fermentation critique que naissent les concepts r\u00e9volutionnaires qui convergeront bient\u00f4t vers la formulation de la psychologie hormique et la parution de son immortel trait\u00e9 de 1908.<\/p>\n<h2>3. La psychologie hormique : fondements t\u00e9l\u00e9ologiques et dynamiques<\/h2>\n<h3>3.1 D\u00e9finition conceptuelle de la psychologie hormique<\/h3>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de la psychologie du tournant du si\u00e8cle entre l&rsquo;introspectionnisme descriptif et les premi\u00e8res tentatives de r\u00e9duction m\u00e9caniste, McDougall forge une th\u00e9orie unifi\u00e9e qu&rsquo;il baptise du nom de \u00ab psychologie hormique \u00bb (<em>hormic psychology<\/em>). Forg\u00e9 \u00e0 partir du substantif grec ancien <em>\u1f41rm\u0113<\/em> (<em>horm\u0113<\/em>), qui d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9lan imp\u00e9tueux, l&rsquo;impulsion vitale, l&rsquo;assaut ou le mouvement vers l&rsquo;avant, ce vocable vise \u00e0 restaurer l&rsquo;\u00e9nergie primordiale et l&rsquo;effort intentionnel au centre de la science psychologique. Pour McDougall, l&rsquo;erreur fondamentale de la science moderne consiste \u00e0 vouloir appr\u00e9hender les conduites du vivant \u00e0 travers les cat\u00e9gories conceptuelles de la physique newtonienne et de la m\u00e9canique inerte.<\/p>\n<p>Le postulat cardinal de la doctrine hormique r\u00e9side dans la reconnaissance explicite de la conation \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire de la tendance, de la volont\u00e9, du striving orient\u00e9 vers une fin \u2014 comme caract\u00e9ristique intrins\u00e8que, irr\u00e9ductible et constitutive de tout ph\u00e9nom\u00e8ne psychique digne de ce nom. Un comportement vivant ne saurait en aucun cas \u00eatre compris comme une simple cha\u00eene causale lin\u00e9aire d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements m\u00e9caniques passifs, o\u00f9 un stimulus externe A d\u00e9clenche aveugl\u00e9ment une r\u00e9action motrice B par le biais d&rsquo;un c\u00e2blage physiologique inerte. Au contraire, l&rsquo;organisme agit toujours dans le dessein d&rsquo;atteindre un \u00e9tat final d\u00e9sir\u00e9 ou d&rsquo;\u00e9viter une issue aversive ; il est habit\u00e9 par une pouss\u00e9e t\u00e9l\u00e9ologique continue qui le rend proactif et non simplement r\u00e9actif.<\/p>\n<p>Par cette formulation radicale, McDougall prend d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le contre-pied des dogmes \u00e9mergents qui allaient dominer la psychologie anglo-saxonne : le mod\u00e8le exclusif de l&rsquo;arc r\u00e9flexe, le fonctionnalisme passif et surtout le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/behaviorism\/\">b\u00e9haviorisme<\/a> naissant. La psychologie hormique s&rsquo;affirme comme une psychologie de la motivation premi\u00e8re. Elle postule que sans l&rsquo;affirmation d&rsquo;une impulsion conative originelle, les processus cognitifs (la m\u00e9moire, l&rsquo;imagination, le raisonnement perceptif) ne sont que des instruments dormants et inanim\u00e9s, d\u00e9nu\u00e9s de force motrice. L&rsquo;intellect n&rsquo;est pas le moteur de l&rsquo;action humaine : il n&rsquo;en est que le serviteur, l&rsquo;instrument technique et strat\u00e9gique guid\u00e9 par les forces profondes du d\u00e9sir biologique.<\/p>\n<h3>3.2 Les caract\u00e9ristiques fondamentales du comportement t\u00e9l\u00e9ologique<\/h3>\n<p>Loin de se r\u00e9fugier dans des proclamations m\u00e9taphysiques vagues, McDougall s&rsquo;attache \u00e0 identifier des crit\u00e8res empiriques et observables rigoureux permettant de discriminer de mani\u00e8re incontestable un comportement v\u00e9ritablement t\u00e9l\u00e9ologique (ou intentionnel) d&rsquo;un pur mouvement m\u00e9canique dict\u00e9 par les lois de la physique inorganique. Dans des pages d&rsquo;une \u00e9clatante clart\u00e9 logique consign\u00e9es ult\u00e9rieurement dans son ouvrage fondamental <em>Outline of Psychology<\/em> (1923), il formalise sept crit\u00e8res universels de la conation vivante, dont les quatre piliers majeurs m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Le premier crit\u00e8re est la <strong>spontan\u00e9it\u00e9 relative du mouvement<\/strong> : contrairement \u00e0 la bille inerte qui attend d&rsquo;\u00eatre percut\u00e9e pour se mouvoir, l&rsquo;organisme vivant initie son action de l&rsquo;int\u00e9rieur, ind\u00e9pendamment de toute modification brutale de son environnement imm\u00e9diat, sous la pouss\u00e9e de besoins ou d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;alerte internes. Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re r\u00e9side dans la <strong>persistance de l&rsquo;activit\u00e9<\/strong> : face \u00e0 un but, l&rsquo;organisme ne cesse pas son action apr\u00e8s une stimulation initiale ; son effort persiste obstin\u00e9ment et continue de se d\u00e9ployer tant que la finalit\u00e9 recherch\u00e9e n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 atteinte ou que ses r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques ne sont pas totalement \u00e9puis\u00e9es.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me crit\u00e8re, sans doute le plus crucial pour la r\u00e9futation du m\u00e9canisme strict, est la <strong>variation adaptative de la direction<\/strong> de l&rsquo;effort :<\/p>\n<ul>\n<li>Si un obstacle mat\u00e9riel bloque la trajectoire habituelle de l&rsquo;organisme vers son objet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, celui-ci ne r\u00e9it\u00e8re pas ind\u00e9finiment la m\u00eame r\u00e9ponse st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e tel un automate d\u00e9faillant ;<\/li>\n<li>Il infl\u00e9chit sa motricit\u00e9, contourne la barri\u00e8re, explore de nouvelles voies d&rsquo;acc\u00e8s et modifie de mani\u00e8re plastique ses strat\u00e9gies motrices jusqu&rsquo;\u00e0 surmonter la r\u00e9sistance rencontr\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin, le quatri\u00e8me crit\u00e8re r\u00e9side dans la <strong>cessation imm\u00e9diate du comportement<\/strong> d\u00e8s l&rsquo;instant pr\u00e9cis o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tat final d\u00e9sir\u00e9 est accompli. L&rsquo;animal en qu\u00eate de nourriture interrompt instantan\u00e9ment son errance fr\u00e9n\u00e9tique d\u00e8s que la proie est saisie et ing\u00e9r\u00e9e, d\u00e9montrant que l&rsquo;action \u00e9tait suspendue \u00e0 cette fin r\u00e9gulatrice. Pour McDougall, toute th\u00e9orie scientifique qui refuse de reconna\u00eetre ces propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;autonomie orient\u00e9e se condamne \u00e0 mutiler m\u00e9thodologiquement son objet d&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<h3>3.3 Distinction entre t\u00e9l\u00e9ologie mcDougallienne et vitalisme m\u00e9taphysique<\/h3>\n<p>Une telle d\u00e9fense vigoureuse de la finalit\u00e9 exposait in\u00e9vitablement McDougall aux attaques virulentes de l&rsquo;orthodoxie scientifique de son \u00e9poque, laquelle assimilait volontiers toute \u00e9vocation de la t\u00e9l\u00e9ologie \u00e0 une r\u00e9gression obscurantiste vers l&rsquo;animisme m\u00e9di\u00e9val ou le vitalisme m\u00e9taphysique. De nombreux critiques accus\u00e8rent la psychologie hormique de r\u00e9introduire subrepticement l&rsquo;\u00ab ent\u00e9l\u00e9chie \u00bb d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/driesch\/\">Hans Driesch<\/a> ou l&rsquo;\u00ab \u00e9lan vital \u00bb d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/bergson\/\">Henri Bergson<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire des forces magiques, non mat\u00e9rielles et inconnaissables, suspendues au-dessus des lois de la nature.<\/p>\n<p>McDougall r\u00e9cuse ces accusations avec une rigueur philosophique magistrale, notamment dans son monumental essai \u00e9pist\u00e9mologique <em>Body and Mind: A History and a Defense of Animism<\/em> (1911). Il y d\u00e9montre que sa t\u00e9l\u00e9ologie n&rsquo;a rien d&rsquo;un appel surnaturel : il s&rsquo;agit d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9ologie naturalis\u00e9e, immanente et parfaitement compatible avec les sciences biologiques modernes. Les buts poursuivis par l&rsquo;organisme ne sont pas des entit\u00e9s spirituelles planant dans le vide, mais des ajustements biologiques optimaux h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;une longue phylogen\u00e8se adaptative. La conation n&rsquo;est pas une violation des lois biochimiques, mais le principe d&rsquo;organisation hi\u00e9rarchique sup\u00e9rieur qui coordonne et subordonne ces processus physico-chimiques au service du maintien de la vie et de la propagation de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Refusant avec une \u00e9gale \u00e9nergie le monisme mat\u00e9rialiste (qui d\u00e9grade la conscience au rang d&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne inutile, v\u00e9ritable ombre port\u00e9e sans pouvoir causal) et le dualisme parall\u00e9liste cart\u00e9sien (qui creuse un ab\u00eeme infranchissable entre substance pensante et substance \u00e9tendue), McDougall adopte un interactionnisme psychosomatique audacieux. L&rsquo;esprit et le corps agissent r\u00e9ciproquement l&rsquo;un sur l&rsquo;autre ; la conscience et la volont\u00e9 sont des forces r\u00e9elles poss\u00e9dant une efficacit\u00e9 dynamique mesurable dans le monde physique. Dans le concert intellectuel du positivisme positiviste du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, cette position h\u00e9ro\u00efque, en avance sur son temps, constituait un v\u00e9ritable d\u00e9fi lanc\u00e9 au dogme dominant de la m\u00e9canisation int\u00e9grale du vivant.<\/p>\n<h2>4. La th\u00e9orie des instincts et l&rsquo;architecture de la vie affective<\/h2>\n<h3>4.1 Structure triadique de l&rsquo;instinct humain<\/h3>\n<p>La pierre angulaire de l&rsquo;\u00e9difice th\u00e9orique de William McDougall, expos\u00e9e de fa\u00e7on magistrale dans ses publications de 1908, est incontestablement sa conception originale de l&rsquo;instinct. Rejetant les visions r\u00e9ductrices qui d\u00e9finissaient alors l&rsquo;instinct comme une succession de r\u00e9flexes moteurs aveugles et immuables (conception qui pr\u00e9valait chez les physiologistes), McDougall appr\u00e9hende l&rsquo;instinct comme une structure psychophysique globale, une disposition inn\u00e9e hautement articul\u00e9e qui engage la totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre dans son rapport au monde ext\u00e9rieur. Il formalise ainsi une architecture triadique r\u00e9volutionnaire qui d\u00e9compose tout instinct en trois processus indissociables :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>La composante aff\u00e9rente ou perceptive<\/strong> : Il s&rsquo;agit d&rsquo;une pr\u00e9disposition inn\u00e9e et sp\u00e9cifique du syst\u00e8me nerveux \u00e0 diriger pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;attention vers certaines cat\u00e9gories d\u00e9termin\u00e9es de stimuli sensoriels, tout en ignorant d&rsquo;autres objets du champ perceptif. Par exemple, l&rsquo;oiseau nouveau-n\u00e9 r\u00e9agit s\u00e9lectivement \u00e0 la silhouette mena\u00e7ante d&rsquo;un rapace en vol, de m\u00eame que le nourrisson humain oriente son regard vers le visage maternel.<\/li>\n<li><strong>La composante centrale ou affective<\/strong> : Repr\u00e9sentant le c\u0153ur immuable et nucl\u00e9aire de l&rsquo;instinct, cette composante correspond \u00e0 une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle primaire, qualitativement unique et invariable. Chaque impulsion instinctive poss\u00e8de son affect constitutif qui infuse l&rsquo;organisme d&rsquo;une tonalit\u00e9 subjective imm\u00e9diate, fournissant l&rsquo;\u00e9nergie psychique n\u00e9cessaire \u00e0 la mobilisation somatique.<\/li>\n<li><strong>La composante eff\u00e9rente ou motrice<\/strong> : Il s&rsquo;agit de la propension conative \u00e0 d\u00e9ployer une activit\u00e9 motrice dirig\u00e9e vers une modification mat\u00e9rielle de la situation objective, en conformit\u00e9 avec l&rsquo;impulsion motrice originelle (s&rsquo;enfuir, frapper, dissimuler, nourrir).<\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 conceptuelle de McDougall r\u00e9side dans sa distinction magistrale entre la plasticit\u00e9 ontog\u00e9n\u00e9tique des composantes p\u00e9riph\u00e9riques et la rigidit\u00e9 absolue de la composante centrale. Au cours de la vie de l&rsquo;individu, les p\u00f4les perceptif et moteur peuvent subir d&rsquo;immenses modifications sous l&rsquo;effet de l&rsquo;apprentissage, de l&rsquo;exp\u00e9rience et de l&rsquo;acculturation : les stimuli d\u00e9clencheurs peuvent se diversifier ou se symboliser \u00e0 l&rsquo;infini (on apprend \u00e0 craindre des dangers abstraits comme la faillite bancaire), tandis que les modes d&rsquo;expression motrice s&rsquo;affinent et se diversifient (la d\u00e9fense physique peut devenir une riposte verbale ou diplomatique). Cependant, le c\u0153ur affectif central demeure \u00e9ternellement invariable : l&rsquo;\u00e9motion de peur ou de col\u00e8re \u00e9prouv\u00e9e par un homme civilis\u00e9 moderne est qualitativement identique \u00e0 celle v\u00e9cue par un hominid\u00e9 pal\u00e9olithique au fond de sa caverne.<\/p>\n<h3>4.2 La taxonomie des instincts et des \u00e9motions primaires<\/h3>\n<p>Partant de cette mod\u00e9lisation triadique, McDougall entreprend une \u0153uvre taxonomique d&rsquo;une envergure in\u00e9gal\u00e9e, visant \u00e0 cartographier les briques fondamentales de la nature humaine. Dans <em>An Introduction to Social Psychology<\/em>, il associe de fa\u00e7on univoque chaque instinct principal \u00e0 une \u00e9motion primaire sp\u00e9cifique, \u00e9rigeant un tableau syst\u00e9matique des propensions fondamentales de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine qui fera date dans l&rsquo;histoire de la psychologie diff\u00e9rentielle et compar\u00e9e.<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"8\" cellspacing=\"0\" style=\"width: 100%; border-collapse: collapse; margin-bottom: 25px;\">\n<thead>\n<tr style=\"background-color: #f2f2f2; text-align: left;\">\n<th style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Instinct fondamental (Tendance)<\/th>\n<th style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">\u00c9motion primaire associ\u00e9e (Affect)<\/th>\n<th style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Objectif adaptatif biologique<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Fuite<\/strong> (<em>Flight<\/em> \/ \u00c9chappement)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Peur (<em>Fear<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">\u00c9vitement du danger mortel et survie imm\u00e9diate de l&rsquo;organisme.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Combat<\/strong> (<em>Pugnacity<\/em> \/ Agressivit\u00e9)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Col\u00e8re (<em>Anger<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Destruction ou d\u00e9passement des obstacles entravant la satisfaction vitale.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>R\u00e9pulsion<\/strong> (<em>Repulsion<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">D\u00e9go\u00fbt (<em>Disgust<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Rejet des substances toxiques, nocives ou d\u00e9grad\u00e9es pour l&rsquo;organisme.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Curiosit\u00e9<\/strong> (<em>Curiosity<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">\u00c9merveillement (<em>Wonder<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Exploration active de l&rsquo;environnement inconnu et ma\u00eetrise spatiale.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Parental<\/strong> (<em>Parental care<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Tendresse protectrice (<em>Tender emotion<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Protection, nutrition et accompagnement prolong\u00e9 de la prog\u00e9niture.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Auto-affirmation<\/strong> (<em>Self-assertion<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Fiert\u00e9 \/ Exaltation (<em>Elation<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Ascendant hi\u00e9rarchique au sein du groupe social et leadership.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\"><strong>Soumission<\/strong> (<em>Subjection<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Humilit\u00e9 \/ D\u00e9f\u00e9rence (<em>Subjection<\/em>)<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #ddd; padding: 10px;\">Int\u00e9gration pacifique face \u00e0 un cong\u00e9n\u00e8re dominant et \u00e9vitement du conflit.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\u00c0 cette nomenclature cardinale s&rsquo;agr\u00e8gent d&rsquo;autres tendances fondamentales, telles que l&rsquo;instinct gr\u00e9gaire (qui pousse l&rsquo;individu \u00e0 rechercher imp\u00e9rieusement la pr\u00e9sence physique de ses semblables sans g\u00e9n\u00e9rer d&rsquo;\u00e9motion primaire distinctive autre qu&rsquo;un sentiment de r\u00e9confort partag\u00e9 ou de d\u00e9tresse en cas d&rsquo;isolement), l&rsquo;instinct d&rsquo;acquisition (propension \u00e0 collecter et conserver des biens), l&rsquo;instinct de construction et l&rsquo;instinct reproducteur ou sexuel. Par cette classification minutieuse, McDougall d\u00e9montre que la complexit\u00e9 infinie de la psych\u00e9 humaine ne na\u00eet pas d&rsquo;une multiplicit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e de processus ind\u00e9pendants, mais de l&rsquo;entrelacement dynamique et de la recombinaison continue de ces quelques forces propulsives originelles inscrites dans le patrimoine phylog\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<h3>4.3 La doctrine des sentiments et l&rsquo;int\u00e9gration de la personnalit\u00e9<\/h3>\n<p>Si la vie instinctive constitue l&rsquo;infrastructure biologique partag\u00e9e par l&rsquo;animal et l&rsquo;humain, elle ne suffit nullement \u00e0 expliquer la p\u00e9rennit\u00e9 des engagements moraux, la fid\u00e9lit\u00e9 aux id\u00e9aux, ni la complexit\u00e9 des attachements humains. C&rsquo;est ici que McDougall introduit l&rsquo;une de ses contributions th\u00e9oriques les plus profondes et durables : la doctrine des <em>sentiments<\/em>, concept qu&rsquo;il emprunte au philosophe britannique Alexander Shand pour le remodeler en un puissant outil d&rsquo;int\u00e9gration psychologique.<\/p>\n<p>Pour McDougall, il est imp\u00e9ratif de distinguer rigoureusement l&rsquo;\u00e9motion passag\u00e8re du sentiment structurel :<\/p>\n<ul>\n<li>Une <strong>\u00e9motion<\/strong> est un \u00e9tat affectif aigu, transitoire, r\u00e9actif, qui surgit \u00e0 la suite d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9cis et s&rsquo;\u00e9teint d\u00e8s que l&rsquo;excitation retombe.<\/li>\n<li>Un <strong>sentiment<\/strong>, en revanche, n&rsquo;est pas un \u00e9tat passager mais une organisation durable de dispositions instinctives et \u00e9motionnelles cristallis\u00e9es autour d&rsquo;une id\u00e9e ou d&rsquo;un objet sp\u00e9cifique (une personne, une patrie, une science, un culte).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;amour n&rsquo;est pas une \u00e9motion unique, mais un sentiment complexe qui englobe une constellation d&rsquo;\u00e9motions potentielles pr\u00eates \u00e0 s&rsquo;activer selon les vicissitudes touchant l&rsquo;objet aim\u00e9 : la joie si l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 triomphe, la peur s&rsquo;il est en p\u00e9ril, la col\u00e8re s&rsquo;il est agress\u00e9, le d\u00e9sespoir s&rsquo;il dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Au sommet de cette hi\u00e9rarchie des sentiments s&rsquo;\u00e9difie ce que McDougall nomme le \u00ab sentiment de soi \u00bb (<em>self-regarding sentiment<\/em>). Ce sentiment structurant est la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la personnalit\u00e9 mature, de la conscience morale et de la libert\u00e9 v\u00e9ritable. En organisant l&rsquo;ensemble des impulsions instinctives autour d&rsquo;un id\u00e9al du moi socialis\u00e9 et int\u00e9rioris\u00e9, le sentiment de soi permet \u00e0 l&rsquo;individu d&rsquo;arbitrer entre des d\u00e9sirs contradictoires, de diff\u00e9rer ses satisfactions imm\u00e9diates et de subordonner ses pulsions \u00e9go\u00efstes aux imp\u00e9ratifs du devoir \u00e9thique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;int\u00e9gration harmonieuse du sentiment de soi qui transforme le chaos des forces instinctives en ce que l&rsquo;on nomme traditionnellement le \u00ab caract\u00e8re \u00bb, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain sa stabilit\u00e9 volitive et son autonomie morale face aux pressions de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h2>5. Fondation de la psychologie sociale : &lsquo;An Introduction to Social Psychology&rsquo; (1908)<\/h2>\n<h3>5.1 Contexte de publication et rupture \u00e9pist\u00e9mologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1908 constitue un tournant m\u00e9morable dans l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e contemporaine : elle voit para\u00eetre simultan\u00e9ment, de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique, les deux premiers ouvrages revendiquant explicitement dans leur titre la fondation d&rsquo;une nouvelle discipline : <em>Social Psychology<\/em> du sociologue am\u00e9ricain <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.asanet.org\/about\/governance-and-leadership\/past-presidents\/edward-ross\/\">Edward Alsworth Ross<\/a>, et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/introductiontoso1908mcdo\"><em>An Introduction to Social Psychology<\/em><\/a> de William McDougall. Cependant, si le livre de Ross s&rsquo;ancre dans une tradition purement sociologique inspir\u00e9e des th\u00e9ories de l&rsquo;imitation de Gabriel Tarde et de Gustave Le Bon, l&rsquo;ouvrage de McDougall op\u00e8re une r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;une tout autre envergure en fondant la psychologie sociale sur des bases strictement \u00e9volutionnistes et psychobiologiques.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;introduction programmatique de son trait\u00e9, McDougall dresse un r\u00e9quisitoire d\u00e9vastateur contre les sciences sociales de son \u00e9poque \u2014 en particulier contre la science \u00e9conomique et la science politique classiques. Il fustige l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/utilitarianism-history\/\">utilitarisme<\/a> h\u00e9rit\u00e9 de Jeremy Bentham et John Stuart Mill, qui pr\u00e9tendait mod\u00e9liser le comportement des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 partir du postulat chim\u00e9rique de l&rsquo;<em>homo \u0153conomicus<\/em> : un calculateur rationnel, froid et omniscient, cherchant perp\u00e9tuellement \u00e0 maximiser son plaisir \u00e9go\u00efste et \u00e0 minimiser sa peine par des d\u00e9ductions arithm\u00e9tiques abstraites. McDougall d\u00e9nonce cette fiction intellectualiste comme une aberration psychologique totale, d\u00e9montrant que l&rsquo;esprit humain n&rsquo;est pas m\u00fb par la logique h\u00e9doniste mais par les imp\u00e9ratifs visc\u00e9raux de forces instinctives inn\u00e9es qui \u00e9chappent pour la plupart aux calculs conscients.<\/p>\n<p>De m\u00eame, il critique impitoyablement la sociologie comtienne et tardienne pour sa tendance \u00e0 \u00e9riger des notions vagues, telles que l&rsquo;\u00ab imitation \u00bb ou la \u00ab suggestion \u00bb, en causes supr\u00eames et magiques de la vie collective. L&rsquo;imitation, objecte-t-il, n&rsquo;est pas une force mystique en soi ; elle n&rsquo;est qu&rsquo;un m\u00e9canisme moteur subordonn\u00e9 \u00e0 des mobiles plus profonds, tels que la recherche de s\u00e9curit\u00e9, l&rsquo;instinct gr\u00e9gaire ou l&rsquo;auto-affirmation. McDougall affirme donc la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de refonder enti\u00e8rement l&rsquo;\u00e9difice des sciences de l&rsquo;homme sur une connaissance approfondie de l&rsquo;\u00e9quipement instinctif et conatif originel de l&rsquo;esp\u00e8ce. Sans cette base biologique, avertit-il, toute sociologie, toute science politique et toute philosophie du droit reposent sur du sable.<\/p>\n<h3>5.2 L&rsquo;explication des institutions sociales par les forces instinctives<\/h3>\n<p>Muni de son puissant appareillage th\u00e9orique, McDougall consacre la seconde moiti\u00e9 de son ouvrage \u00e0 une relecture stup\u00e9fiante des grandes institutions humaines, les d\u00e9cryptant comme des cristallisations historiques et culturelles complexes issues de la dynamique des instincts primaires. Rien dans la civilisation n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 cette d\u00e9rivation \u00e9volutive : les r\u00e9alisations les plus sublimes comme les errements les plus destructeurs de l&rsquo;humanit\u00e9 trouvent leur source \u00e9nerg\u00e9tique dans la matrice biologique originelle.<\/p>\n<p>Il analyse notamment l&rsquo;\u00e9mergence des syst\u00e8mes juridiques et de la justice p\u00e9nale \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9volution conjointe de l&rsquo;instinct de combat et de son \u00e9motion corollaire, la col\u00e8re. L&rsquo;antique vengeance priv\u00e9e, dict\u00e9e par la fureur primitive de la r\u00e9torsion face \u00e0 l&rsquo;agression, est progressivement canalis\u00e9e, diff\u00e9r\u00e9e et sublim\u00e9e par la communaut\u00e9. Sous l&rsquo;\u00e9gide du sentiment de soi \u00e9largi et de l&rsquo;autorit\u00e9 morale du groupe, la soif de repr\u00e9sailles se d\u00e9tache des individus particuliers pour s&rsquo;incarner dans des codes l\u00e9gaux impartiaux, transformant la vindicte sauvage en punition r\u00e9tributive l\u00e9gale. De m\u00eame, la famille, le secours mutuel et la solidarit\u00e9 sociale ne d\u00e9coulent nullement d&rsquo;un \u00ab contrat social \u00bb d&rsquo;origine rationnelle, mais prennent directement racine dans l&rsquo;instinct parental et la tendresse protectrice d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, dont le rayonnement affectif s&rsquo;\u00e9tend peu \u00e0 peu, par sympathie, \u00e0 l&rsquo;ensemble du corps civique.<\/p>\n<p>La religion et l&rsquo;\u00e9thique collective font l&rsquo;objet d&rsquo;une dissection psychologique tout aussi p\u00e9n\u00e9trante. McDougall explique les attitudes religieuses fondamentales comme une synth\u00e8se raffin\u00e9e d&rsquo;\u00e9motions primaires antagonistes :<\/p>\n<ul>\n<li>Le sentiment de crainte r\u00e9v\u00e9rencielle (<em>awe<\/em>), pivot de la d\u00e9votion mystique, na\u00eet de la fusion intime entre la peur (suscit\u00e9e par la toute-puissance de la divinit\u00e9) et l&rsquo;\u00e9merveillement (provoqu\u00e9 par le myst\u00e8re cosmologique et la majest\u00e9 de l&rsquo;ordre universel) ;<\/li>\n<li>Si l&rsquo;on y adjoint l&rsquo;instinct de soumission, on obtient le respect sacr\u00e9 ;<\/li>\n<li>Si la tendresse de l&rsquo;instinct parental vient r\u00e9chauffer cette relation, l&rsquo;attitude religieuse s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la foi et \u00e0 l&rsquo;amour divin altruiste.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Inversement, le militarisme outrancier, l&rsquo;imp\u00e9rialisme belliqueux et le nationalisme chauvin sont identifi\u00e9s comme des hypertrophies collectives de l&rsquo;instinct de combativit\u00e9 et d&rsquo;auto-affirmation, prouvant que la mince pellicule de la culture civilis\u00e9e peut \u00e0 tout moment \u00eatre d\u00e9chir\u00e9e par les pulsions de l&rsquo;archa\u00efsme animalier.<\/p>\n<h3>5.3 R\u00e9ception critique et succ\u00e8s \u00e9ditorial mondial<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact de la publication de 1908 est imm\u00e9diat, foudroyant et plan\u00e9taire. L&rsquo;ouvrage r\u00e9pond avec une pertinence saisissante aux attentes d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;intellectuels d\u00e9sireux d&rsquo;\u00e9manciper les sciences sociales de la m\u00e9taphysique sp\u00e9culative sans pour autant basculer dans un mat\u00e9rialisme vulgaire. <em>An Introduction to Social Psychology<\/em> devient instantan\u00e9ment un succ\u00e8s d&rsquo;\u00e9dition acad\u00e9mique sans \u00e9quivalent dans les pays de langue anglaise. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 plus de vingt-cinq fois de son vivant, continuellement traduit, r\u00e9vis\u00e9 et augment\u00e9 de notes critiques, le texte s&rsquo;impose pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies comme le manuel canonique universellement prescrit aux \u00e9tudiants de Grande-Bretagne, des \u00c9tats-Unis et de l&rsquo;Empire britannique.<\/p>\n<p>Cependant, cette gloire plan\u00e9taire s&rsquo;accompagne d&rsquo;un flot croissant de contestations m\u00e9thodologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, une nouvelle vague de sociologues et de psychologues culturalistes \u2014 parmi lesquels Charles Horton Cooley, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/brocku.ca\/MeadProject\/Bernard\/1924\/1924_00.html\">L.L. Bernard<\/a> et plus tard Ellsworth Faris \u2014 sonne l&rsquo;alarme contre ce qu&rsquo;ils qualifient de \u00ab d\u00e9rive tautologique \u00bb ou de \u00ab nominalisme explicatif \u00bb. On reproche \u00e0 McDougall et \u00e0 ses disciples d&rsquo;inventer un nouvel instinct ad hoc pour chaque ph\u00e9nom\u00e8ne social observ\u00e9 : si les hommes se rassemblent, c&rsquo;est l&rsquo;instinct gr\u00e9gaire ; s&rsquo;ils b\u00e2tissent, c&rsquo;est l&rsquo;instinct constructif ; s&rsquo;ils accumulent des devises, c&rsquo;est l&rsquo;instinct de th\u00e9saurisation. Cette prolif\u00e9ration conceptuelle est d\u00e9nonc\u00e9e comme un pi\u00e8ge verbal qui donne l&rsquo;illusion d&rsquo;une explication scientifique alors qu&rsquo;elle ne fait que rebaptiser le probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces r\u00e9serves l\u00e9gitimes quant aux risques d&rsquo;une inflation taxonomique incontr\u00f4l\u00e9e, le travail pionnier de McDougall a ind\u00e9niablement accompli une perc\u00e9e historique irr\u00e9versible. En for\u00e7ant la psychologie sociale naissante \u00e0 abandonner la fiction du pur intellect pour se colleter avec l&rsquo;\u00e9nergie motivationnelle, les conflits pulsionnels et les h\u00e9ritages de la phylogen\u00e8se, il a dessin\u00e9 les contours modernes de la discipline et inspir\u00e9 des pans entiers de la th\u00e9orie des sciences humaines, de la criminologie naissante \u00e0 la sociologie des organisations.<\/p>\n<h2>6. L&rsquo;esprit de groupe et la dynamique des collectivit\u00e9s (&lsquo;The Group Mind&rsquo;, 1920)<\/h2>\n<h3>6.1 La th\u00e8se de l&rsquo;esprit collectif et ses pr\u00e9suppos\u00e9s<\/h3>\n<p>Fort du triomphe de son premier trait\u00e9 social, McDougall entreprend de concevoir le prolongement naturel de sa th\u00e9orie en \u00e9tudiant non plus l&rsquo;individu au sein du groupe, mais le groupe envisag\u00e9 comme une unit\u00e9 fonctionnelle et dynamique autonome. En 1920, au sortir des d\u00e9chirements plan\u00e9taires de la Grande Guerre, il publie \u00e0 Cambridge un ouvrage ambitieux et hautement controvers\u00e9 : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/groupmindapsket00mcdogoog\"><em>The Group Mind<\/em><\/a>. Dans ce volume dense, il avance une th\u00e8se hardie qui va susciter de formidables temp\u00eates th\u00e9oriques : lorsqu&rsquo;un ensemble d&rsquo;\u00eatres humains entre en interaction coordonn\u00e9e et soutenue, il \u00e9merge un syst\u00e8me de forces mentales organis\u00e9 qui poss\u00e8de une r\u00e9alit\u00e9 sui generis, irr\u00e9ductible \u00e0 la simple juxtaposition des consciences individuelles qui le composent.<\/p>\n<p>Pour fonder la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce concept d&rsquo;\u00ab esprit collectif \u00bb, McDougall refuse cat\u00e9goriquement l&rsquo;individualisme m\u00e9thodologique atomiste, qu&rsquo;il juge incapable de rendre compte de la continuit\u00e9 historique des peuples et de la transcendance des \u0153uvres de civilisation. Tout comme une cath\u00e9drale est infiniment plus qu&rsquo;un tas de pierres pos\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, ou qu&rsquo;un organisme biologique multicellulaire transcende la somme physico-chimique de ses cellules individuelles, un groupe social constitu\u00e9 poss\u00e8de une structure de pens\u00e9e, de sentiment et de volont\u00e9 qui s&rsquo;impose \u00e0 chaque membre singulier. Cet esprit de groupe ne repose pas sur une \u00e2me mystique planant dans les airs, mais sur une constellation de traditions, d&rsquo;institutions, de coutumes et de m\u00e9moires partag\u00e9es, incarn\u00e9e et perp\u00e9tu\u00e9e \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations par la transmission culturelle et l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Cette perspective place imm\u00e9diatement McDougall dans un dialogue complexe avec la sociologie durkheimienne. Tout comme <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/durkheim\/\">\u00c9mile Durkheim<\/a> th\u00e9orisait la \u00ab conscience collective \u00bb et les repr\u00e9sentations collectives dot\u00e9es d&rsquo;un pouvoir coercitif ext\u00e9rieur sur l&rsquo;individu, McDougall affirme l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 et la pr\u00e9\u00e9minence du syst\u00e8me mental social sur la psych\u00e9 individuelle. L&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;acquiert son humanit\u00e9 pleine, sa raison critique et son identit\u00e9 morale qu&rsquo;en s&rsquo;abreuvant continuellement \u00e0 la s\u00e8ve de cette m\u00e9moire collective s\u00e9diment\u00e9e depuis des mill\u00e9naires. Loin de dissoudre l&rsquo;individu, l&rsquo;esprit de groupe appara\u00eet ainsi comme le tuteur indispensable de son \u00e9l\u00e9vation spirituelle.<\/p>\n<h3>6.2 Diff\u00e9renciation structurelle : de la foule impulsive au groupe hautement organis\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport le plus \u00e9clatant de <em>The Group Mind<\/em> r\u00e9side dans sa distinction morphologique lumineuse entre deux formes antith\u00e9tiques de vie collective : la foule inorganis\u00e9e d&rsquo;une part, et le groupe hautement structur\u00e9 d&rsquo;autre part. En analysant la <strong>foule inorganis\u00e9e<\/strong> \u2014 ce rassemblement fortuit, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et sans r\u00e8gles d&rsquo;individus \u2014, McDougall retrouve et enrichit les analyses pessimistes de Scipio Sighele et de Gustave Le Bon. Dans une foule brute :<\/p>\n<ul>\n<li>Les barri\u00e8res inhibitrices forg\u00e9es par le sentiment de soi s&rsquo;effondrent sous l&rsquo;effet d&rsquo;une contagion \u00e9motionnelle d\u00e9vastatrice ;<\/li>\n<li>Le niveau intellectuel subit une r\u00e9gression vertigineuse vers l&rsquo;archa\u00efsme animal, tandis que les \u00e9motions primaires (la panique aveugle, la fureur destructrice, la cruaut\u00e9 vindicative) s&rsquo;amplifient mutuellement par r\u00e9sonance mim\u00e9tique ;<\/li>\n<li>La foule se comporte d\u00e8s lors comme une b\u00eate sauvage, impulsive, inconsistante, versatile et d\u00e9pourvue du moindre sens de la responsabilit\u00e9 morale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comment alors l&rsquo;humanit\u00e9 a-t-elle pu \u00e9chapper \u00e0 cette barbarie gr\u00e9gaire pour \u00e9difier des civilisations p\u00e9rennes ? C&rsquo;est ici que McDougall formalise sa th\u00e9orie des conditions structurelles de l&rsquo;organisation collective. Pour qu&rsquo;un groupe transcende l&rsquo;impulsivit\u00e9 bestiale de la foule et se m\u00e9tamorphose en une force morale cr\u00e9atrice, cinq conditions indispensables doivent \u00eatre imp\u00e9rativement r\u00e9unies :<\/p>\n<ol>\n<li>Une <strong>continuit\u00e9 d&rsquo;existence temporelle<\/strong> du groupe, qu&rsquo;elle soit mat\u00e9rielle (les m\u00eames individus dans le temps) ou formelle (une succession ininterrompue de personnes occupant des fonctions pr\u00e9d\u00e9finies) ;<\/li>\n<li>L&rsquo;existence d&rsquo;une <strong>repr\u00e9sentation claire<\/strong> et explicite, dans l&rsquo;esprit de chaque membre, de la nature, des buts et des limites du groupe ;<\/li>\n<li>L&rsquo;interaction soutenue avec d&rsquo;autres groupes rivaux ou partenaires, suscitant par contraste une prise de conscience accrue de l&rsquo;identit\u00e9 collective ;<\/li>\n<li>Un <strong>corps de traditions<\/strong>, de rites, d&rsquo;habitudes et de symboles int\u00e9rioris\u00e9s ancrant le respect de la m\u00e9moire pass\u00e9e ;<\/li>\n<li>Une <strong>sp\u00e9cialisation et diff\u00e9renciation fonctionnelle<\/strong> pouss\u00e9e des r\u00f4les, hi\u00e9rarchisant les comp\u00e9tences et divisant harmonieusement les t\u00e2ches.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Lorsque ces conditions sont r\u00e9unies, le groupe s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au statut d&rsquo;institution v\u00e9n\u00e9rable (telle une arm\u00e9e de m\u00e9tier, un ordre religieux, une guilde professionnelle ou une universit\u00e9 s\u00e9culaire). Le sommet de cette hi\u00e9rarchie mentale collective est incarn\u00e9, selon McDougall, par la \u00ab nation \u00bb moderne : une entit\u00e9 hautement organis\u00e9e qui sublime les instincts sauvages de ses citoyens, canalise leur d\u00e9vouement et leur permet de d\u00e9ployer une conscience \u00e9thique, civique et patriotique d&rsquo;une souveraine noblesse.<\/p>\n<h3>6.3 Controverses et incompr\u00e9hensions m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame rigueur interne de son argumentation et la finesse de ses descriptions institutionnelles, <em>The Group Mind<\/em> rencontre une hostilit\u00e9 critique cinglante, en particulier aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 le paradigme positiviste et individualiste s&rsquo;installe triomphalement dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. L&rsquo;expression m\u00eame d&rsquo;\u00ab esprit de groupe \u00bb (<em>Group Mind<\/em>) est brandie par ses d\u00e9tracteurs comme une preuve irr\u00e9futable de son \u00e9garement th\u00e9orique : McDougall est accus\u00e9 de r\u00e9gresser vers le romantisme politique r\u00e9actionnaire, l&rsquo;id\u00e9alisme h\u00e9g\u00e9lien le plus brumeux, voire une forme de mysticisme th\u00e9ologique postulant l&rsquo;existence d&rsquo;un grand cerveau flottant au-dessus des villes.<\/p>\n<p>Le coup de gr\u00e2ce m\u00e9thodologique lui est port\u00e9 en 1924 par le psychologue am\u00e9ricain <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psychology.fas.harvard.edu\/people\/floyd-henry-allport\">Floyd Henry Allport<\/a>, auteur d&rsquo;un trait\u00e9 de psychologie sociale rival qui fera \u00e9cole. Allport y pourfend impitoyablement ce qu&rsquo;il nomme la \u00ab fallace de l&rsquo;esprit de groupe \u00bb (<em>the group fallacy<\/em>). Arm\u00e9 d&rsquo;une posture positiviste intransigeante, Allport proclame que rien n&rsquo;existe en dehors des organismes individuels : la foule n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la juxtaposition physique d&rsquo;individus r\u00e9agissant \u00e0 des stimuli mutuels ; postuler un esprit collectif distinct rel\u00e8ve de l&rsquo;illusion m\u00e9taphysique la plus grossi\u00e8re. Cette charge empiriste radicale s\u00e9duit imm\u00e9diatement une communaut\u00e9 universitaire am\u00e9ricaine \u00e9prise de quantitativisme, de clart\u00e9 exp\u00e9rimentale et de pragmatisme op\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>McDougall tente vainement de se d\u00e9fendre dans les pr\u00e9faces des r\u00e9\u00e9ditions suivantes, d\u00e9non\u00e7ant une lecture superficielle et injuste de sa pens\u00e9e. Il r\u00e9p\u00e8te inlassablement qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais postul\u00e9 une conscience collective d\u00e9sincarn\u00e9e distincte des esprits individuels, mais seulement un \u00ab syst\u00e8me relationnel d&rsquo;organisation \u00bb \u2014 tout comme l&rsquo;on reconna\u00eet la r\u00e9alit\u00e9 des institutions \u00e9conomiques ou des langues sans pour autant supposer qu&rsquo;il existe un dieu de l&rsquo;anglais ou un fant\u00f4me du capitalisme. Peine perdue : l&rsquo;\u00e9tiquette d&rsquo;h\u00e9g\u00e9lianisme mystique colle d\u00e9sormais \u00e0 la peau de McDougall dans le Nouveau Monde. Cet \u00e9chec \u00e9ditorial et doctrinal marque le d\u00e9but d&rsquo;un profond d\u00e9senchantement professionnel pour l&rsquo;intellectuel britannique et inaugure une longue phase d&rsquo;isolement th\u00e9orique au sein de l&rsquo;universit\u00e9 am\u00e9ricaine.<\/p>\n<h2>7. Le conflit frontal avec le b\u00e9haviorisme de John B. Watson<\/h2>\n<h3>7.1 L&rsquo;\u00e9migration aux \u00c9tats-Unis et la prise de fonction \u00e0 Harvard<\/h3>\n<p>En 1920, au fa\u00eete de sa renomm\u00e9e internationale bien que fatigu\u00e9 des querelles acad\u00e9miques oxoniennes, William McDougall accepte l&rsquo;une des invitations institutionnelles les plus prestigieuses du monde savant : traverser l&rsquo;Atlantique pour succ\u00e9der \u00e0 l&rsquo;illustre <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/james\/\">William James<\/a> et \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/munsterberg\/\">Hugo M\u00fcnsterberg<\/a> \u00e0 la chaire de psychologie de la c\u00e9l\u00e9brissime <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.harvard.edu\/\">Universit\u00e9 Harvard<\/a>. Pour McDougall, cette nomination au sanctuaire de l&rsquo;intelligentsia am\u00e9ricaine repr\u00e9sente l&rsquo;opportunit\u00e9 supr\u00eame d&rsquo;unifier la psychologie anglo-saxonne autour de son mod\u00e8le t\u00e9l\u00e9ologique et de r\u00e9gner sur le d\u00e9partement qui avait vu na\u00eetre le pragmatisme philosophique.<\/p>\n<p>Cependant, son arriv\u00e9e \u00e0 Cambridge, dans le Massachusetts, se transforme rapidement en un immense d\u00e9senchantement personnel et \u00e9pist\u00e9mologique. McDougall d\u00e9couvre une Am\u00e9rique acad\u00e9mique radicalement diff\u00e9rente de celle qu&rsquo;il avait imagin\u00e9e depuis son bureau d&rsquo;Oxford. Le pragmatisme nuanc\u00e9, humaniste et introspectif de William James s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9, c\u00e9dant la place \u00e0 un d\u00e9ferlement imp\u00e9tueux d&rsquo;objectivisme radical, d&rsquo;instrumentalisme technique et d&rsquo;engouement fr\u00e9n\u00e9tique pour le physicalisme m\u00e9caniste. La jeunesse universitaire am\u00e9ricaine d&rsquo;apr\u00e8s-guerre est captiv\u00e9e par la promesse de ma\u00eetriser scientifiquement le comportement humain sans s&rsquo;encombrer de notions jug\u00e9es d\u00e9su\u00e8tes telles que la subjectivit\u00e9, la conscience ou les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me int\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Ce choc culturel et m\u00e9thodologique est d&rsquo;une violence inou\u00efe pour McDougall. Lui qui consid\u00e9rait que l&rsquo;observation de l&rsquo;effort conscient et l&rsquo;introspection \u00e9clair\u00e9e constituent le c\u0153ur m\u00eame de la discipline psychologique, se heurte au m\u00e9pris poli ou narquois d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration montante pour qui seule compte la mesure brute des mouvements ext\u00e9rieurs, des s\u00e9cr\u00e9tions salivaires et des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s. Au lieu d&rsquo;\u00eatre accueilli en patriarche bienveillant venant parachever l&rsquo;\u00e9difice des sciences de l&rsquo;esprit, McDougall se retrouve brutalement per\u00e7u comme le vestige anachronique d&rsquo;une tradition philosophique europ\u00e9enne poussi\u00e9reuse, prisonni\u00e8re de sp\u00e9culations litt\u00e9raires d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<h3>7.2 Le grand d\u00e9bat public de Washington en 1924<\/h3>\n<p>La tension \u00e9pist\u00e9mologique accumul\u00e9e culmine de mani\u00e8re spectaculaire le 5 f\u00e9vrier 1924, lors d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement historique rest\u00e9 l\u00e9gendaire dans les annales de la psychologie am\u00e9ricaine. Devant une foule comble et \u00e9lectris\u00e9e de plus de mille universitaires, psychiatres et intellectuels r\u00e9unis sous l&rsquo;\u00e9gide du Psychological Club de Washington, McDougall affronte directement en combat singulier le jeune tribun triomphant du b\u00e9haviorisme radical : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psychology.fas.harvard.edu\/people\/john-broadus-watson\">John Broadus Watson<\/a>. Cet affrontement public est orchestr\u00e9 comme un v\u00e9ritable proc\u00e8s de la conscience humaine, un choc de titans entre deux visions diam\u00e9tralement antagonistes de la science et de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Watson, arrogant, percutant et r\u00e9solu, d\u00e9ploie son cat\u00e9chisme mat\u00e9rialiste avec une verve provocatrice : la conscience n&rsquo;existe pas, l&rsquo;esprit est un mythe h\u00e9rit\u00e9 des superstitions religieuses, l&rsquo;introspection est une illusion st\u00e9rile. La psychologie ne doit \u00eatre rien d&rsquo;autre que la science des stimuli physiques et des r\u00e9ponses musculaires ou glandulaires ; donnez-lui une douzaine d&rsquo;enfants sains et il s&rsquo;engage \u00e0 en faire, par le seul pouvoir du conditionnement m\u00e9canique, des m\u00e9decins, des voleurs ou des artistes. Face \u00e0 cette profession de foi r\u00e9ductionniste, McDougall d\u00e9ploie une argumentation d&rsquo;une souveraine hauteur philosophique, m\u00e2tin\u00e9e d&rsquo;une ironie toute britannique :<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00ab R\u00e9duire l&rsquo;\u00eatre humain \u00e0 une simple machine gouvern\u00e9e par des arcs r\u00e9flexes p\u00e9riph\u00e9riques, c&rsquo;est s&rsquo;interdire m\u00e9thodologiquement de comprendre la moindre \u00e9tincelle de l&rsquo;existence : c&rsquo;est \u00eatre incapable d&rsquo;expliquer pourquoi un savant passe sa nuit \u00e0 chercher la v\u00e9rit\u00e9, pourquoi un martyr monte au b\u00fbcher pour une id\u00e9e, ou pourquoi un amant compose un po\u00e8me. \u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<p>McDougall d\u00e9montre avec une impitoyable logique les contradictions internes du syst\u00e8me watsonien. Si le comportement n&rsquo;est qu&rsquo;une cha\u00eene de r\u00e9flexes d\u00e9termin\u00e9s sans finalit\u00e9, alors le discours m\u00eame de Watson proclamant le b\u00e9haviorisme n&rsquo;est lui-m\u00eame qu&rsquo;une s\u00e9cr\u00e9tion m\u00e9canique d\u00e9nu\u00e9e de valeur de v\u00e9rit\u00e9, un spasme laryng\u00e9 automatique sans signification logique. Il d\u00e9fend la n\u00e9cessit\u00e9 incontournable de combiner l&rsquo;observation ext\u00e9rieure la plus rigoureuse avec le t\u00e9moignage irrempla\u00e7able de l&rsquo;introspection subjective. Les actes du d\u00e9bat, publi\u00e9s la m\u00eame ann\u00e9e sous le titre explicite <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/battleofbehavior00mcdo\"><em>The Battle of Behaviorism<\/em><\/a>, constituent l&rsquo;un des textes les plus stimulants et pr\u00e9monitoires du si\u00e8cle sur les antinomies fondamentales des sciences de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h3>7.3 Enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques du d\u00e9saccord<\/h3>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre une simple querelle d&rsquo;ego acad\u00e9mique ou une dispute de clocher universitaire, l&rsquo;affrontement entre McDougall et Watson cristallise un choix de civilisation \u00e9pist\u00e9mologique capital dont les \u00e9chos r\u00e9sonnent encore aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;enjeu central tourne autour du statut ontologique de la conation et de la t\u00e9l\u00e9ologie : peut-on rendre compte de la plasticit\u00e9 du vivant sans admettre que le syst\u00e8me vivant est polaris\u00e9 par la repr\u00e9sentation anticip\u00e9e d&rsquo;une fin ?<\/p>\n<p>McDougall soutient magistralement l&rsquo;impossibilit\u00e9 de r\u00e9duire le comportement \u00e0 des \u00e9quations m\u00e9caniques simples de type stimulus-r\u00e9ponse (S-R). Ce qui caract\u00e9rise le comportement d&rsquo;un \u00eatre conscient, c&rsquo;est sa variabilit\u00e9 infinie au service d&rsquo;un but constant :<\/p>\n<ul>\n<li>Le stimulus physique objectif ne d\u00e9clenche rien par lui-m\u00eame ;<\/li>\n<li>Il n&rsquo;acquiert de pouvoir d&rsquo;action que parce qu&rsquo;il est signifi\u00e9, interpr\u00e9t\u00e9 et absorb\u00e9 par un syst\u00e8me motiv\u00e9 dot\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et de pulsions pr\u00e9existantes ;<\/li>\n<li>Le mod\u00e8le b\u00e9havioriste fait de l&rsquo;organisme une marionnette passive, un r\u00e9cepteur inerte agit\u00e9 par les ficelles de l&rsquo;environnement, alors que la biologie d\u00e9montre \u00e0 chaque instant qu&rsquo;il est un moteur souverain, un centre d&rsquo;initiative et de r\u00e9sistance.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cependant, dans l&rsquo;Am\u00e9rique optimiste et techniciste des ann\u00e9es 1920, assoiff\u00e9e d&rsquo;ing\u00e9nierie sociale, de pr\u00e9diction statistique et d&rsquo;efficacit\u00e9 industrielle, le b\u00e9haviorisme watsonien remporte une victoire institutionnelle foudroyante mais provisoire. La promesse watsonienne d&rsquo;une manipulabilit\u00e9 totale de l&rsquo;\u00eatre humain par le conditionnement s&rsquo;accorde trop intimement avec les imp\u00e9ratifs du capitalisme de masse naissant et de l&rsquo;id\u00e9ologie publicitaire. McDougall perd la bataille imm\u00e9diate de l&rsquo;opinion universitaire am\u00e9ricaine. Isol\u00e9 au sein m\u00eame de son d\u00e9partement \u00e0 Harvard, il contemple avec amertume l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une \u00e8re qu&rsquo;il consid\u00e8re comme un hiver intellectuel pour la vraie psychologie : une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re d&rsquo;exp\u00e9rimentateurs s&rsquo;enfermant dans des laboratoires pour chronom\u00e9trer des courses de rats dans des labyrinthes sans jamais plus oser prononcer les mots de \u00ab pens\u00e9e \u00bb, d&rsquo;\u00ab intention \u00bb ou d&rsquo;\u00ab \u00e2me \u00bb.<\/p>\n<h2>8. Contributions \u00e0 la psychopathologie et traumatismes de guerre<\/h2>\n<h3>8.1 Engagement m\u00e9dical durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/h3>\n<p>Lorsque la Premi\u00e8re Guerre mondiale embrase l&rsquo;Europe en ao\u00fbt 1914, William McDougall, \u00e2g\u00e9 de quarante-trois ans et p\u00e8re de famille, refuse de demeurer \u00e0 l&rsquo;abri dans le confort studieux des biblioth\u00e8ques d&rsquo;Oxford. R\u00e9activant imm\u00e9diatement son titre de docteur en m\u00e9decine, il s&rsquo;engage activement au service de sa patrie. Apr\u00e8s avoir servi comme ambulancier volontaire en France au sein d&rsquo;une unit\u00e9 m\u00e9dicale de la Croix-Rouge britannique sur le front occidental, il est int\u00e9gr\u00e9 en 1915 avec le rang de major dans le prestigieux <em>Royal Army Medical Corps<\/em> (RAMC).<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;horreur des tranch\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;industrialisation inou\u00efe du massacre et au d\u00e9luge d&rsquo;artillerie d&rsquo;une intensit\u00e9 inconnue dans l&rsquo;histoire, les autorit\u00e9s militaires britanniques se retrouvent confront\u00e9es \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie m\u00e9dicale sid\u00e9rante : des dizaines de milliers de jeunes soldats, sans pr\u00e9senter la moindre blessure physique ou l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale apparente, s&rsquo;effondrent brutalement, frapp\u00e9s de c\u00e9cit\u00e9 hyst\u00e9rique, de mutisme paralytique, de tremblements incoercibles, d&rsquo;amn\u00e9sie totale ou de cauchemars terrorisants. C&rsquo;est l&rsquo;apparition massive du ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;on baptise alors sous le terme d&rsquo;obusite ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3181665\/\"><em>shell shock<\/em><\/a>. McDougall est affect\u00e9 en premi\u00e8re ligne de cette tourmente psychiatrique : il prend la direction des services psychiatriques d&rsquo;h\u00f4pitaux militaires majeurs, d&rsquo;abord au <em>Netley Hospital<\/em> pr\u00e8s de Southampton, puis au centre sp\u00e9cialis\u00e9 de <em>Maghull<\/em> pr\u00e8s de Liverpool.<\/p>\n<p>Cet engagement m\u00e9dical de premi\u00e8re ligne offre \u00e0 McDougall un laboratoire clinique d&rsquo;une exceptionnelle et tragique densit\u00e9. Jour apr\u00e8s jour, il recueille les confidences bris\u00e9es de centaines d&rsquo;officiers et de fantassins d\u00e9truits par le champ de bataille. Cette confrontation imm\u00e9diate avec le traumatisme aigu lui permet de soumettre ses th\u00e9ories acad\u00e9miques de la conation et des instincts \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve souveraine du r\u00e9el clinique. Loin d&rsquo;infirmer ses concepts d&rsquo;Oxford, la psychopathologie de guerre lui apporte une confirmation \u00e9clatante : les n\u00e9vroses traumatiques ne sont pas des d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences organiques h\u00e9r\u00e9ditaires, mais l&rsquo;effondrement psychodynamique violent de l&rsquo;esprit pris en \u00e9tau entre des forces instinctives incompatibles.<\/p>\n<h3>8.2 \u00c9laboration d&rsquo;une nosographie dynamique dans &lsquo;Outline of Abnormal Psychology&rsquo; (1926)<\/h3>\n<p>La synth\u00e8se magistrale de ses observations cliniques de guerre et de sa pratique psychoth\u00e9rapeutique d&rsquo;apr\u00e8s-guerre est publi\u00e9e en 1926 dans son trait\u00e9 fondamental : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/outlineofabnorma0000mcdo\"><em>Outline of Abnormal Psychology<\/em><\/a>. Cet ouvrage colossal s&rsquo;impose d&#8217;embl\u00e9e comme l&rsquo;un des essais nosographiques les plus novateurs et rigoureux de l&rsquo;entre-deux-guerres, jetant un pont audacieux entre la neurophysiologie sensorielle, la psychologie g\u00e9n\u00e9rale et la psychiatrie dynamique.<\/p>\n<p>McDougall y d\u00e9veloppe une th\u00e9orie fonctionnelle et \u00e9nerg\u00e9tique des n\u00e9vroses. Il d\u00e9montre que la n\u00e9vrose traumatique ou de conversion na\u00eet d&rsquo;un <strong>conflit instinctuel terrifiant<\/strong> : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;instinct de fuite et son \u00e9motion de peur visc\u00e9rale, activ\u00e9s jusqu&rsquo;au paroxysme par les bombardements incessants ; de l&rsquo;autre, le sentiment de soi moral, la loyaut\u00e9 envers les camarades et la fiert\u00e9 sociale imposant le courage et la r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque. Lorsque le moi conscient ne parvient plus \u00e0 arbitrer cette d\u00e9chirure absolue entre deux impulsions d&rsquo;\u00e9gale violence, l&rsquo;organisme bascule dans la dissociation somatique. Le sympt\u00f4me n\u00e9vrotique (la paralysie d&rsquo;un bras, le b\u00e9gaiement hyst\u00e9rique, la contracture fonctionnelle) repr\u00e9sente un compromis inconscient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 : il permet au soldat de devenir physiquement inapte au combat sans que son sentiment d&rsquo;honneur moral ne soit explicitement an\u00e9anti par la reconnaissance de sa couardise.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, McDougall fait preuve d&rsquo;un modernisme clinique saisissant :<\/p>\n<ul>\n<li>Il rejette cat\u00e9goriquement les m\u00e9thodes punitives et brutales alors couramment inflig\u00e9es aux soldats traumatis\u00e9s (telles que la \u00ab faradisation \u00bb ou l&rsquo;application douloureuse de courants \u00e9lectriques punitifs destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9masquer les simulateurs) ;<\/li>\n<li>Il privil\u00e9gie l&rsquo;usage syst\u00e9matique de l&rsquo;<strong>hypnose clinique<\/strong>, de la suggestion douce et de la parole analytique pour pratiquer ce qu&rsquo;il nomme la \u00ab r\u00e9int\u00e9gration de l&rsquo;exp\u00e9rience amn\u00e9sique \u00bb ;<\/li>\n<li>En replongeant le patient hypnotis\u00e9 au c\u0153ur du souvenir traumatisant scotomis\u00e9, il lib\u00e8re la charge \u00e9motionnelle enkyst\u00e9e (abr\u00e9action) et permet au sujet de recoudre le lambeau d&rsquo;exp\u00e9rience dissociated dans la trame unifi\u00e9e de son sentiment de soi conscient.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.3 Rapports ambivalents avec la psychanalyse freudienne<\/h3>\n<p>L&rsquo;ouvrage de 1926 est \u00e9galement le lieu d&rsquo;une confrontation intellectuelle capitale avec les th\u00e8ses de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/freud\/\">Sigmund Freud<\/a>. McDougall fut l&rsquo;un des tout premiers universitaires britanniques de premier rang \u00e0 lire les textes originaux de Freud en allemand et \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;immense g\u00e9nie du fondateur de la psychanalyse. Il salue sans r\u00e9serve l&rsquo;audace de Freud pour avoir bris\u00e9 les carcans de la psychologie rationaliste acad\u00e9mique, restaur\u00e9 la puissance souveraine des motivations inconscientes et th\u00e9oris\u00e9 les m\u00e9canismes fondamentaux du refoulement, du compromis n\u00e9vrotique et de la dynamique des transferts affectifs.<\/p>\n<p>Toutefois, cette admiration lucide s&rsquo;arr\u00eate net devant ce que McDougall d\u00e9nonce comme l&rsquo;impasse funeste du <strong>pansexualisme freudien<\/strong>. Il refuse avec v\u00e9h\u00e9mence de r\u00e9duire la totalit\u00e9 des pulsions humaines \u00e0 la seule <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/science\/libido\">libido<\/a> et \u00e0 ses al\u00e9as psychosexuels infantiles :<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00ab L&rsquo;affirmation freudienne selon laquelle chaque n\u00e9vrose, chaque geste culturel, chaque \u00e9lan mystique ou artistique n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9guisement symbolique de la sexualit\u00e9 refoul\u00e9e constitue une monstruosit\u00e9 th\u00e9orique et un r\u00e9tr\u00e9cissement grotesque de la nature humaine. \u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour McDougall, la n\u00e9vrose de guerre fournit pr\u00e9cis\u00e9ment la preuve empirique indiscutable de la faillite du monisme libidinal freudien : les soldats bris\u00e9s dans les boues de la Somme ne s&rsquo;effondraient pas \u00e0 cause d&rsquo;une fixation \u00e0 la sc\u00e8ne primitive ou d&rsquo;un conflit \u0153dipien non r\u00e9solu, mais sous l&rsquo;impact d&rsquo;une terreur existentielle pure li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instinct vital de conservation et de fuite.<\/p>\n<p>McDougall d\u00e9fend donc la pluralit\u00e9 irr\u00e9ductible des instincts originels (peur, combativit\u00e9, d\u00e9go\u00fbt, tendresse parentale, curiosit\u00e9) contre la simplification r\u00e9ductrice de la libido viennoise. De ce fait, ses affinit\u00e9s \u00e9lectives le rapprochent beaucoup plus des approches dissidentes de la psychanalyse, en particulier de la psychologie individuelle d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/adler\/\">Alfred Adler<\/a> \u2014 dont il salue l&rsquo;accent mis sur la volont\u00e9 de puissance et le sentiment de compensation d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9, qui recoupe sa propre th\u00e9orie de l&rsquo;instinct d&rsquo;auto-affirmation \u2014 et de la psychologie analytique de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/jung\/\">Carl Gustav Jung<\/a>, avec qui il partage une vision \u00e9largie de l&rsquo;\u00e9nergie psychique et une fascination intellectuelle pour les arch\u00e9types et symboles mythologiques collectifs.<\/p>\n<h2>9. L&rsquo;incursion dans la parapsychologie et la fondation des recherches psychiques<\/h2>\n<h3>9.1 Int\u00e9r\u00eat de longue date pour la Society for Psychical Research<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ses travaux de neurophysiologie et de psychologie clinique, William McDougall nourrit tout au long de son existence une curiosit\u00e9 scientifique passionn\u00e9e pour les territoires frontaliers de la conscience et les \u00e9nigmes inexpliqu\u00e9es de l&rsquo;esprit humain. D\u00e8s ses ann\u00e9es estudiantines \u00e0 Cambridge, il s&rsquo;int\u00e9resse vivement aux travaux de la prestigieuse <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.spr.ac.uk\/\">Society for Psychical Research<\/a> (SPR), fond\u00e9e en 1882 par des savants et philosophes \u00e9minents de l&rsquo;\u00e9poque victorienne tels que <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/sidgwick\/\">Henry Sidgwick<\/a>, Frederic Myers, William Barrett et Edmund Gurney. Pour ces esprits brillants, il ne s&rsquo;agissait nullement de verser dans l&rsquo;obscurantisme de table tournante ou la cr\u00e9dulit\u00e9 spirite, mais de soumettre les ph\u00e9nom\u00e8nes t\u00e9l\u00e9pathiques, les apparitions et les transes m\u00e9diumniques aux instruments de la m\u00e9thode scientifique et du scepticisme m\u00e9thodologique le plus impitoyable.<\/p>\n<p>McDougall adh\u00e8re pleinement \u00e0 cette d\u00e9marche pionni\u00e8re, y d\u00e9celant l&rsquo;opportunit\u00e9 de tester les limites de l&rsquo;interaction psychosomatique. Son prestige au sein du mouvement est si \u00e9clatant qu&rsquo;il est \u00e9lu \u00e0 la pr\u00e9sidence de la <em>British Society for Psychical Research<\/em> en 1920, pronon\u00e7ant un discours inaugural remarqu\u00e9 o\u00f9 il exhorte ses pairs \u00e0 ne pas abandonner l&rsquo;\u00e9tude des anomalies psychiques aux charlatans et aux illumin\u00e9s. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, install\u00e9 en Am\u00e9rique, il est appel\u00e9 \u00e0 assumer la pr\u00e9sidence de l&rsquo;<em>American Society for Psychical Research<\/em> (1921). Durant cette p\u00e9riode, il participe personnellement \u00e0 de nombreuses s\u00e9ances d&rsquo;investigation rigoureuses impliquant des m\u00e9diums c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;\u00e9poque \u2014 dont la fameuse m\u00e9dium bostonienne Margery (Mina Crandon) \u2014, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 concevoir des dispositifs m\u00e9caniques de contr\u00f4le pour d\u00e9masquer les fraudes et supercheries physiques avec une intransigeance absolue.<\/p>\n<p>Pour McDougall, la motivation sous-jacente \u00e0 ces recherches n&rsquo;a rien d&rsquo;un passe-temps \u00e9sot\u00e9rique : elle s&rsquo;articule au c\u0153ur m\u00eame de son combat m\u00e9taphysique contre le mat\u00e9rialisme r\u00e9ducteur. Si la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un seul cas av\u00e9r\u00e9 de transmission t\u00e9l\u00e9pathique d&rsquo;esprit \u00e0 esprit sans support physique direct pouvait \u00eatre indubitablement d\u00e9montr\u00e9e par l&rsquo;observation scientifique, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9difice m\u00e9caniste pr\u00e9tendant que la pens\u00e9e n&rsquo;est que la s\u00e9cr\u00e9tion biochimique du cortex c\u00e9r\u00e9bral qui s&rsquo;effondrerait instantan\u00e9ment. La recherche psychique constituait donc \u00e0 ses yeux le banc d&rsquo;essai ultime de la th\u00e8se de l&rsquo;ind\u00e9pendance ontologique de la conation spirituelle par rapport \u00e0 la mati\u00e8re inerte.<\/p>\n<h3>9.2 Cr\u00e9ation du laboratoire de parapsychologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Duke<\/h3>\n<p>En 1927, profond\u00e9ment us\u00e9 par les tensions constantes qui minent son s\u00e9jour \u00e0 Harvard, McDougall d\u00e9cide de d\u00e9missionner de sa chaire pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel visionnaire de la toute jeune et richement dot\u00e9e <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/duke.edu\/\">Universit\u00e9 Duke<\/a>, situ\u00e9e \u00e0 Durham en Caroline du Nord. S\u00e9duit par la promesse d&rsquo;une totale libert\u00e9 acad\u00e9mique et de moyens financiers substantiels pour b\u00e2tir un d\u00e9partement de psychologie sur mesure, il prend les r\u00eanes de l&rsquo;institution et attire rapidement autour de lui de jeunes chercheurs audacieux d\u00e9sireux d&rsquo;explorer de nouvelles fronti\u00e8res conceptuelles.<\/p>\n<p>Parmi ces recrues d&rsquo;exception figurent un jeune couple de botanistes form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago et reconvertis dans l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;esprit : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/J-B-Rhine\">Joseph Banks Rhine<\/a> et son \u00e9pouse Louisa Rhine. Reconnaissant imm\u00e9diatement la rigueur exp\u00e9rimentale et la ferveur m\u00e9thodologique de J.B. Rhine, McDougall lui accorde son patronage institutionnel inconditionnel, le nomme enseignant et autorise en 1930 la cr\u00e9ation au sein du d\u00e9partement de ce qui restera dans l&rsquo;histoire des sciences comme le premier laboratoire universitaire officiel d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la parapsychologie exp\u00e9rimentale (le fameux <em>Duke Parapsychology Laboratory<\/em>).<\/p>\n<p>Sous la supervision bienveillante de McDougall, Rhine et son \u00e9quipe r\u00e9volutionnent la m\u00e9thode d&rsquo;investigation des facult\u00e9s psi :<\/p>\n<ul>\n<li>Ils abandonnent d\u00e9finitivement le folklore des s\u00e9ances m\u00e9diumniques en chambre noire et les anecdotes r\u00e9trospectives subjectives au profit d&rsquo;une approche de laboratoire quantitative et statistique froide ;<\/li>\n<li>C&rsquo;est la naissance des c\u00e9l\u00e8bres <strong>cartes de Zener<\/strong> (arborant cinq symboles g\u00e9om\u00e9triques simples : cercle, croix, vagues, carr\u00e9, \u00e9toile) ;<\/li>\n<li>Ces tests standardis\u00e9s permettent de mesurer de mani\u00e8re s\u00e9rielle, sur des centaines de milliers d&rsquo;essais en double aveugle, les capacit\u00e9s de clairvoyance et de t\u00e9l\u00e9pathie sous l&rsquo;\u00e9tiquette formalis\u00e9e de \u00ab perception extrasensorielle \u00bb (PES ou <em>ESP<\/em>) ;<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9valuation math\u00e9matique de la d\u00e9viation statistique par rapport au hasard pur permet de conf\u00e9rer pour la premi\u00e8re fois \u00e0 ces recherches le vernis de la rigueur logico-math\u00e9matique moderne.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>9.3 Cons\u00e9quences sur son statut acad\u00e9mique et sa cr\u00e9dibilit\u00e9<\/h3>\n<p>Si la cr\u00e9ation du laboratoire de Duke attire une curiosit\u00e9 plan\u00e9taire et fait l&rsquo;objet d&rsquo;un enthousiasme populaire retentissant dans la presse am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1930, les cons\u00e9quences pour le statut acad\u00e9mique et la respectabilit\u00e9 scientifique de McDougall sont d\u00e9vastatrices. Au sein de la communaut\u00e9 des psychologues institutionnels et des neurobiologistes orthodoxes, cette caution institutionnelle offerte \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des \u00ab miracles \u00bb est per\u00e7ue comme un scandale \u00e9pist\u00e9mologique absolu, voire comme le naufrage intellectuel path\u00e9tique d&rsquo;un grand savant vieillissant tomb\u00e9 dans la s\u00e9nilit\u00e9 mystique.<\/p>\n<p>L&rsquo;establishment scientifique positiviste am\u00e9ricain, incarn\u00e9 par des comit\u00e9s de l&rsquo;<em>American Psychological Association<\/em> (APA), se d\u00e9solidarise ouvertement de McDougall. Ses anciens coll\u00e8gues de Harvard et des grandes universit\u00e9s de l&rsquo;Ivy League l&rsquo;accusent de trahir les standards m\u00e9thodologiques les plus \u00e9l\u00e9mentaires en pr\u00eatant le flanc \u00e0 des biais de s\u00e9lection statistique, \u00e0 des artefacts d&rsquo;enregistrement et aux manipulations de sujets complaisants. Les critiques les plus acerbes d\u00e9noncent son initiative comme une tentative masqu\u00e9e de r\u00e9introduire des dogmes religieux sous un jargon statistique exp\u00e9rimental moderne.<\/p>\n<p>Impassible devant l&rsquo;avalanche d&rsquo;opprobre et d&rsquo;ostracisme acad\u00e9mique qui s&rsquo;abat sur lui, McDougall refuse cat\u00e9goriquement d&rsquo;abjurer ses convictions. Jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle, il r\u00e9dige des plaidoyers passionn\u00e9s d\u00e9fendant la libert\u00e9 sacr\u00e9e de la recherche scientifique : selon lui, une science v\u00e9ritablement empirique n&rsquo;a pas le droit de d\u00e9cr\u00e9ter a priori ce qui est possible ou impossible en vertu de pr\u00e9jug\u00e9s mat\u00e9rialistes dogmatiques, mais a le devoir d&rsquo;\u00e9tudier sans crainte tout fait attest\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience, si d\u00e9concertant soit-il pour nos th\u00e9ories du moment. N\u00e9anmoins, sur le plan historiographique, cette implication parapsychologique ach\u00e8ve de rel\u00e9guer son \u0153uvre immense au purgatoire de la psychologie officielle pour plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<h2>10. Les controverses biologiques : l&rsquo;exp\u00e9rimentation n\u00e9o-lamarckienne<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;exp\u00e9rience des g\u00e9n\u00e9rations de rats d&rsquo;apprentissage<\/h3>\n<p>Convaincu que l&rsquo;\u00e9volution biologique ne pouvait reposer sur le seul jeu aveugle des mutations fortuites s\u00e9lectionn\u00e9es par le tamis m\u00e9canique d&rsquo;une nature destructrice, William McDougall s&rsquo;engage, \u00e0 partir de 1920 \u00e0 Harvard puis \u00e0 Duke, dans l&rsquo;une des entreprises exp\u00e9rimentales les plus titanesques, obstin\u00e9es et pol\u00e9miques de l&rsquo;histoire de la biologie exp\u00e9rimentale. Il entreprend de d\u00e9montrer empiriquement par le laboratoire la validit\u00e9 de l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;<strong>h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis<\/strong>, formul\u00e9e initialement par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/lamarck\/\">Jean-Baptiste de Lamarck<\/a>.<\/p>\n<p>Pour mettre cette hypoth\u00e8se \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, McDougall con\u00e7oit un protocole exp\u00e9rimental draconien qui va s&rsquo;\u00e9tendre sur plus de dix-sept ann\u00e9es cons\u00e9cutives et concerner des dizaines de g\u00e9n\u00e9rations successives de rats blancs de laboratoire. Le dispositif consiste en un labyrinthe aquatique plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9, comportant deux voies de sortie \u00e9merg\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;une des sorties, fortement \u00e9clair\u00e9e par une lampe \u00e9lectrique, est pi\u00e9g\u00e9e et d\u00e9livre une d\u00e9charge \u00e9lectrique douloureuse aux pattes du rongeur d\u00e8s que celui-ci tente de l&#8217;emprunter ;<\/li>\n<li>L&rsquo;autre issue, maintenue dans l&rsquo;obscurit\u00e9 la plus compl\u00e8te, offre un \u00e9chappement doux et sans douleur vers la terre ferme.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Plac\u00e9 au d\u00e9part dans l&rsquo;eau, le rat est instinctivement attir\u00e9 par la lumi\u00e8re (phototropisme positif) ; il se pr\u00e9cipite vers l&rsquo;issue \u00e9clair\u00e9e, subit le choc \u00e9lectrique, fait demi-tour dans la panique et finit, apr\u00e8s de multiples essais et erreurs, par apprendre \u00e0 fuir la lumi\u00e8re pour s&rsquo;\u00e9chapper syst\u00e9matiquement par la porte sombre non \u00e9lectrifi\u00e9e.<\/p>\n<p>McDougall consigne scrupuleusement le nombre d&rsquo;erreurs commises par chaque individu avant d&rsquo;atteindre le crit\u00e8re de ma\u00eetrise parfaite de l&rsquo;apprentissage (par exemple, douze sorties cons\u00e9cutives sans erreur par la voie sombre). Une fois les animaux dress\u00e9s, il les fait se reproduire exclusivement entre eux. Les descendants de cette premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 en contact avec leurs parents au moment des tests pour \u00e9liminer tout risque d&rsquo;imitation sociale ou d&rsquo;apprentissage culturel, sont soumis au m\u00eame protocole rigoureux, et ainsi de suite de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration sur plus de trente-quatre cohortes de rongeurs.<\/p>\n<h3>10.2 Interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats et d\u00e9fense du lamarckisme<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats publi\u00e9s par McDougall dans une s\u00e9rie de volumineux rapports empiriques entre 1927 et 1938 provoquent une stupeur monumentale dans le monde scientifique : les donn\u00e9es quantitatives indiquent une acc\u00e9l\u00e9ration spectaculaire, progressive et continue de la vitesse d&rsquo;apprentissage au fil des g\u00e9n\u00e9rations successives. Alors que les rats de la g\u00e9n\u00e9ration originelle (F0) n\u00e9cessitaient en moyenne plus de cent soixante \u00e0 deux cents chocs \u00e9lectriques pour comprendre la r\u00e8gle du labyrinthe, les descendants de la vingti\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration atteignaient le m\u00eame degr\u00e9 d&rsquo;expertise en moins de trente ou quarante essais, certains rongeurs des g\u00e9n\u00e9rations ultimes semblant choisir la sortie sombre quasi imm\u00e9diatement, apr\u00e8s seulement deux ou trois chocs l\u00e9gers !<\/p>\n<p>Pour McDougall, le verdict de l&rsquo;exp\u00e9rience est limpide et triomphal : il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9monstration indiscutable de la transmission biologique h\u00e9r\u00e9ditaire d&rsquo;une habitude comportementale acquise par l&rsquo;effort psychologique individuel. L&rsquo;exercice mental soutenu, la conation de l&rsquo;anc\u00eatre orient\u00e9e vers la survie a fini par s&rsquo;imprimer dans son patrimoine somatique et se transmettre \u00e0 sa lign\u00e9e. Par cette interpr\u00e9tation n\u00e9o-lamarckienne, McDougall pensait apporter le coup de gr\u00e2ce au dogme n\u00e9o-darwinien alors consolid\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/evolution\/#Weis\">August Weismann<\/a>, lequel postulait l&rsquo;imperm\u00e9abilit\u00e9 absolue et la s\u00e9paration \u00e9tanche entre le soma (le corps p\u00e9rissable subissant l&rsquo;environnement) et le germen (le plasma germinatif immortel transmettant les g\u00e8nes).<\/p>\n<p>Les implications philosophiques d&rsquo;une telle d\u00e9couverte \u00e9taient immenses aux yeux du savant britannique. Si le lamarckisme \u00e9tait vrai, l&rsquo;\u00e9volution n&rsquo;\u00e9tait plus le r\u00e8gne tragique du hasard mol\u00e9culaire et du massacre du plus faible dans une comp\u00e9tition sans piti\u00e9 ; elle redevenait un processus cr\u00e9atif, h\u00e9ro\u00efque et moral, au sein duquel chaque effort conscient consenti par l&rsquo;individu pour s&rsquo;\u00e9lever, s&rsquo;instruire ou ma\u00eetriser son environnement b\u00e9n\u00e9ficiait mat\u00e9riellement \u00e0 la constitution biologique inn\u00e9e de ses descendants. L&rsquo;esprit redevenait ainsi le co-pilote actif de sa propre destin\u00e9e biologique et de l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces.<\/p>\n<h3>10.3 R\u00e9plication critique et faillite de l&rsquo;hypoth\u00e8se<\/h3>\n<p>L&rsquo;annonce de tels r\u00e9sultats soul\u00e8ve un s\u00e9isme critique dans les rangs des g\u00e9n\u00e9ticiens professionnels, pour qui l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis rel\u00e8ve de la fable scientifique r\u00e9fut\u00e9e. Imm\u00e9diatement, deux \u00e9quipes de biologistes de renomm\u00e9e internationale entreprennent de r\u00e9pliquer scrupuleusement l&rsquo;exp\u00e9rience de McDougall dans des conditions de contr\u00f4le d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9trologique sup\u00e9rieure : d&rsquo;abord le professeur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/F._A._E._Crew\">F.A.E. Crew<\/a> \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9dimbourg, puis une \u00e9quipe pluridisciplinaire men\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Wilfrid_Eade_Agar\">W.E. Agar<\/a>, F.H. Drummond et O.W. Tiegs \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Melbourne en Australie, dont l&rsquo;exp\u00e9rimentation s&rsquo;\u00e9talera sur plus de vingt-cinq ans.<\/p>\n<p>Les conclusions des r\u00e9plications ind\u00e9pendantes sont sans appel : le protocole de McDougall est invalid\u00e9. Les \u00e9quipes de Crew et d&rsquo;Agar d\u00e9montrent que l&rsquo;am\u00e9lioration constat\u00e9e au fil des g\u00e9n\u00e9rations dans le laboratoire de McDougall ne d\u00e9coulait nullement d&rsquo;une transmission lamarckienne, mais de biais m\u00e9thodologiques involontaires majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li>En s\u00e9lectionnant par inadvertance, pour la reproduction, les rats les plus vigoureux, les moins stress\u00e9s par l&rsquo;eau ou les plus calmes sur le plan \u00e9motionnel, McDougall avait op\u00e9r\u00e9 sans le savoir une <strong>s\u00e9lection darwinienne artificielle<\/strong> classique portant sur des traits de r\u00e9silience physiologique g\u00e9n\u00e9rale plut\u00f4t que sur une m\u00e9moire acquise sp\u00e9cifique ;<\/li>\n<li>De plus, l&rsquo;intensit\u00e9 des chocs \u00e9lectriques d\u00e9livr\u00e9s par ses g\u00e9n\u00e9rateurs rudimentaires s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e avec les ann\u00e9es en raison de l&rsquo;oxydation des \u00e9lectrodes immerg\u00e9es, rendant l&rsquo;\u00e9preuve objectivement moins punitive pour les g\u00e9n\u00e9rations ult\u00e9rieures ;<\/li>\n<li>Lorsque le protocole est r\u00e9it\u00e9r\u00e9 avec un contr\u00f4le strict de la lign\u00e9e t\u00e9moin non entra\u00een\u00e9e et une instrumentation \u00e9lectrique infaillible, les descendants des rats dress\u00e9s ne manifestent aucune sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;apprentissage par rapport \u00e0 des rats ordinaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La confirmation \u00e9clatante de la th\u00e9orie chromosomique de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, l&rsquo;\u00e9mergence triomphante de la synth\u00e8se moderne de l&rsquo;\u00e9volution (orchestr\u00e9e par Fisher, Haldane, Wright et Dobzhansky) et la disqualification empirique d\u00e9finitive de ses exp\u00e9riences portent un coup fatal et irr\u00e9m\u00e9diable \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 biologique de William McDougall. Il est per\u00e7u par la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de biologistes comme un amateur obstin\u00e9 s&rsquo;accrochant \u00e0 des chim\u00e8res m\u00e9taphysiques d\u00e9pass\u00e9es. Cette d\u00e9faite scientifique retentissante scellera l&rsquo;amorce de son cr\u00e9puscule institutionnel et jettera une ombre persistante sur la validit\u00e9 de l&rsquo;ensemble de ses constructions th\u00e9oriques ant\u00e9rieures.<\/p>\n<h2>11. Pens\u00e9e politique, eug\u00e9nisme et positions id\u00e9ologiques<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;adh\u00e9sion aux doctrines eug\u00e9nistes de son \u00e9poque<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la figure de William McDougall dans son int\u00e9grit\u00e9 historique, il est impossible de passer sous silence une facette sombre et centrale de sa production intellectuelle : son adh\u00e9sion passionn\u00e9e, constante et militante aux doctrines de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/eugenics\/\">eug\u00e9nisme<\/a>. Profond\u00e9ment marqu\u00e9 d\u00e8s sa jeunesse par les \u00e9crits de Sir <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/galton\/\">Francis Galton<\/a> \u2014 cousin de Darwin et inventeur du concept d&rsquo;eug\u00e9nisme \u2014, McDougall partage avec une large fraction de l&rsquo;intelligentsia victorienne et \u00e9douardienne la conviction in\u00e9branlable que les facult\u00e9s intellectuelles, la valeur morale et la force de caract\u00e8re sont avant tout des qualit\u00e9s biologiquement h\u00e9r\u00e9ditaires r\u00e9gies par les lois de la g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>En 1921, fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, il publie un essai alarmiste qui fera scandale : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/isamericasafefor00mcdoiala\"><em>Is America Safe for Democracy?<\/em><\/a> (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 ult\u00e9rieurement sous le titre r\u00e9v\u00e9lateur <em>National Welfare and National Decay<\/em>). Dans ce livre d&rsquo;une virulence id\u00e9ologique extr\u00eame, McDougall se fait le proph\u00e8te d&rsquo;une d\u00e9cadence civilisationnelle imminente mena\u00e7ant les grandes d\u00e9mocraties occidentales. S&rsquo;appuyant sur des postulats sociod\u00e9mographiques pessimistes, il avance que la civilisation moderne produit un m\u00e9canisme contre-s\u00e9lectionniste funeste : les classes sociales sup\u00e9rieures et cultiv\u00e9es, au sein desquelles se concentrent selon lui les talents intellectuels et moraux indispensables \u00e0 la gestion d&rsquo;un \u00c9tat complexe, limitent drastiquement leur natalit\u00e9 (faible f\u00e9condit\u00e9 des \u00e9lites), tandis que les strates sociales les plus d\u00e9munies et les moins instruites procr\u00e9ent de mani\u00e8re effr\u00e9n\u00e9e.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce qu&rsquo;il diagnostique comme une \u00ab dilution tragique du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique sup\u00e9rieur \u00bb, McDougall se fait l&rsquo;ardent promoteur d&rsquo;un eug\u00e9nisme positif vigoureux. Il propose la mise en place de politiques \u00e9tatiques incitatives audacieuses, r\u00e9clamant notamment le versement d&rsquo;allocations familiales substantiellement major\u00e9es pour les professeurs d&rsquo;universit\u00e9, les magistrats, les savants et les cadres sup\u00e9rieurs, afin de les encourager \u00e0 concevoir des familles nombreuses. Inversement, il envisage avec faveur des mesures restrictives visant \u00e0 limiter la reproduction des individus diagnostiqu\u00e9s comme \u00ab d\u00e9biles mentaux \u00bb, inaptes ou criminels r\u00e9cidivistes, pr\u00e9figurant certaines des politiques de st\u00e9rilisation eug\u00e9nique qui furent effectivement promulgu\u00e9es dans plusieurs dizaines d&rsquo;\u00c9tats am\u00e9ricains au cours des ann\u00e9es 1920 et 1930.<\/p>\n<h3>11.2 Typologie raciale et hi\u00e9rarchisation sociale<\/h3>\n<p>Ce plaidoyer eug\u00e9niste s&rsquo;accompagne chez McDougall d&rsquo;une adh\u00e9sion sans fard aux th\u00e9ories du racisme scientifique et du diff\u00e9rentialisme ethnique alors omnipr\u00e9sentes dans l&rsquo;Occident imp\u00e9rial. Analysant avec une profonde candeur positiviste les r\u00e9sultats des premiers tests d&rsquo;intelligence de masse appliqu\u00e9s aux conscrits de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale (les fameux tests <em>Army Alpha<\/em> et <em>Beta<\/em> con\u00e7us par Robert Yerkes), McDougall en tire des conclusions diff\u00e9rentialistes radicales qu&rsquo;il expose publiquement sans la moindre pr\u00e9caution m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>Il affirme que les disparit\u00e9s statistiques observ\u00e9es dans les scores de QI entre les diff\u00e9rentes composantes ethniques de la population am\u00e9ricaine refl\u00e8tent des in\u00e9galit\u00e9s biologiques cong\u00e9nitales inalt\u00e9rables et non les cons\u00e9quences d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques, scolaires ou de discrimination raciale syst\u00e9mique. Il th\u00e9orise une hi\u00e9rarchisation de la cr\u00e9ativit\u00e9 civilisationnelle ordonn\u00e9e autour d&rsquo;une typologie raciale tripartite associant rigidement des profils psychologiques instinctuels distincts \u00e0 chaque \u00ab race \u00bb europ\u00e9enne :<\/p>\n<ul>\n<li>La race \u00ab nordique \u00bb, qu&rsquo;il cr\u00e9dite d&rsquo;un temp\u00e9rament introverti, fier, ind\u00e9pendant et industrieux, serait par excellence la b\u00e2tisseuse d&rsquo;institutions d\u00e9mocratiques libres et de progr\u00e8s technique ;<\/li>\n<li>La race \u00ab m\u00e9diterran\u00e9enne \u00bb, plus extravertie, sociable et passionn\u00e9e, excellerait dans les arts visuels et la rh\u00e9torique expressive, mais manquerait de discipline volitive ;<\/li>\n<li>La race \u00ab alpine \u00bb, enfin, se distinguerait par son conformisme patient, son conservatisme et son attachement \u00e0 la gl\u00e8be.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur la base de ces constructions typologiques arbitraires, McDougall p\u00e8se de tout son poids acad\u00e9mique pour influencer le d\u00e9bat politique am\u00e9ricain. Il soutient avec enthousiasme les mouvements politiques r\u00e9clamant la fermeture des fronti\u00e8res, et applaudit publiquement l&rsquo;adoption de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/history.house.gov\/Historical-Highlights\/1901-1950\/The-Immigration-Act-of-1924\/\">Immigration Act de 1924<\/a> (la loi Johnson-Reed), qui instaure des quotas d&rsquo;immigration draconiens ciblant sp\u00e9cifiquement et r\u00e9duisant \u00e0 la portion congrue les flux migratoires en provenance d&rsquo;Europe m\u00e9ridionale, d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est et d&rsquo;Asie. Sa confusion intellectuelle totale entre h\u00e9ritage culturel acquis, conditions mat\u00e9rielles d&rsquo;existence et d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique inn\u00e9 repr\u00e9sente l&rsquo;une des impasses les plus tragiques de son syst\u00e8me de pens\u00e9e.<\/p>\n<h3>11.3 Jugement historiographique et d\u00e9clin de son prestige<\/h3>\n<p>Si de telles prises de position id\u00e9ologiques rencontraient un \u00e9cho favorable et mondain au sein de la haute soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1920, le r\u00e9veil historiographique et politique de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre sera impitoyable pour la m\u00e9moire de McDougall. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les horreurs du g\u00e9nocide nazi et la r\u00e9v\u00e9lation des camps d&rsquo;extermination d\u00e9voilent \u00e0 la conscience universelle les cons\u00e9quences ultimes des d\u00e9lires eug\u00e9nistes et de l&rsquo;hygi\u00e8ne raciale biologique, l&rsquo;ensemble des th\u00e9oriciens ayant apport\u00e9 une caution scientifique \u00e0 ces th\u00e8ses subit un d\u00e9saveu moral et institutionnel imm\u00e9diat et sans appel.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de McDougall est alors frapp\u00e9e d&rsquo;un discr\u00e9dit quasi total au sein de la communaut\u00e9 sociologique et psychologique internationale. La sociologie nord-am\u00e9ricaine, d\u00e9sormais profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e par le culturalisme de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/boas\/\">Franz Boas<\/a>, Ruth Benedict et Margaret Mead, rel\u00e8gue les \u00e9crits de McDougall au rang de curiosit\u00e9s id\u00e9ologiques toxiques, t\u00e9moins d&rsquo;une \u00e9poque de vanit\u00e9 imp\u00e9rialiste et d&rsquo;\u00e9litisme pseudo-scientifique. La convergence involontaire mais textuelle entre certaines de ses th\u00e9ories sur la hi\u00e9rarchie des sangs et les doctrines totalitaires des r\u00e9gimes autoritaires europ\u00e9ens parach\u00e8ve la ruine de son magist\u00e8re moral.<\/p>\n<p>Ce rejet globalis\u00e9 et justifi\u00e9 de ses th\u00e8ses politiques a eu pour effet pervers d&rsquo;entra\u00eener dans la m\u00eame tombe l&rsquo;ensemble de ses d\u00e9couvertes psychologiques authentiques. Pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, citer McDougall dans un d\u00e9partement universitaire est devenu synonyme d&rsquo;archa\u00efsme r\u00e9actionnaire ou de compromission eug\u00e9nique. Il appartiendra \u00e0 l&rsquo;histoire critique des id\u00e9es contemporaines d&rsquo;op\u00e9rer la n\u00e9cessaire et rigoureuse dissociation m\u00e9thodologique : d\u00e9noncer sans complaisance les d\u00e9rives raciologiques et antid\u00e9mocratiques d&rsquo;un savant enferm\u00e9 dans les aveuglements imp\u00e9riaux de sa classe sociale, tout en sachant extraire avec discernement les intuitions th\u00e9oriques r\u00e9volutionnaires qui continuent de f\u00e9conder la psychologie scientifique moderne.<\/p>\n<h2>12. Post\u00e9rit\u00e9, r\u00e9\u00e9valuation critique et impact sur les sciences contemporaines<\/h2>\n<h3>12.1 Influence majeure sur l&rsquo;\u00e9thologie compar\u00e9e<\/h3>\n<p>Si la psychologie universitaire am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1930 \u00e0 1960, aveugl\u00e9e par le paradigme b\u00e9havioriste skinnerien, a consciencieusement ignor\u00e9 l&rsquo;h\u00e9ritage de McDougall, c&rsquo;est en Europe et sur le terrain de la biologie du comportement animal que sa pens\u00e9e a trouv\u00e9 sa r\u00e9surrection la plus spectaculaire et f\u00e9conde. L&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/ethology\/\">\u00e9thologie compar\u00e9e<\/a> moderne, qui allait s&rsquo;imposer mondialement et valoir le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1973 \u00e0 ses trois p\u00e8res fondateurs \u2014 <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1973\/lorenz\/biographical\/\">Konrad Lorenz<\/a>, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1973\/tinbergen\/biographical\/\">Nikolaas Tinbergen<\/a> et Karl von Frisch \u2014, est directement et profond\u00e9ment tributaire des concepts forg\u00e9s par McDougall.<\/p>\n<p>Konrad Lorenz a lui-m\u00eame reconnu \u00e0 maintes reprises sa dette intellectuelle envers le psychologue britannique. Ce que l&rsquo;\u00e9thologie a immortalis\u00e9 sous le terme d&rsquo;<em>Erbkoordination<\/em> ou \u00ab sch\u00e8me d&rsquo;action sp\u00e9cifique \u00bb (FAP : <em>Fixed Action Pattern<\/em>), ainsi que le concept fondamental de \u00ab m\u00e9canisme d\u00e9clencheur inn\u00e9 \u00bb (MDI ou <em>Innate Releasing Mechanism<\/em>), ne constituent rien d&rsquo;autre que la reformulation op\u00e9ratoire, rigoureusement valid\u00e9e par l&rsquo;observation naturaliste, des composantes aff\u00e9rentes et eff\u00e9rentes de l&rsquo;instinct mcDougallien. McDougall avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 postuler qu&rsquo;un stimulus visuel ou acoustique tr\u00e8s pr\u00e9cis d\u00e9clenche automatiquement, par le biais d&rsquo;une structure neuro-sensorielle pr\u00e9-c\u00e2bl\u00e9e, une s\u00e9quence motrice invariable d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la survie.<\/p>\n<p>De m\u00eame, Nikolaas Tinbergen s&rsquo;est inspir\u00e9 de l&rsquo;architecture hi\u00e9rarchique des instincts de McDougall pour construire son propre mod\u00e8le organisationnel du comportement pulsionnel dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage <em>The Study of Instinct<\/em> (1951). En d\u00e9montrant chez l&rsquo;animal que le comportement n&rsquo;est pas une simple acquisition passive issue de contingences de renforcement artificielles, mais l&rsquo;expression adaptative de structures phylog\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9es que la conation interne pousse \u00e0 s&rsquo;exprimer, l&rsquo;\u00e9thologie compar\u00e9e a magistralement valid\u00e9, contre le b\u00e9haviorisme triomphant, l&rsquo;intuition centrale de la psychologie hormique : l&rsquo;organisme est un agent biologiquement pr\u00e9par\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution pour interagir s\u00e9lectivement avec son biotope.<\/p>\n<h3>12.2 R\u00e9surgence au sein de la psychologie \u00e9volutionniste moderne<\/h3>\n<p>\u00c0 partir de la fin du XXe si\u00e8cle, un second retournement \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;envergure est venu exhumer et r\u00e9habiliter la pertinence visionnaire des travaux de McDougall : l&rsquo;av\u00e8nement triomphant de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/evolutionary-psychology\/\">psychologie \u00e9volutionniste<\/a> moderne, port\u00e9e par des th\u00e9oriciens tels que Leda Cosmides, John Tooby, Steven Pinker et David Buss. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du \u00ab mod\u00e8le standard des sciences sociales \u00bb (qui postulait la mall\u00e9abilit\u00e9 infinie du cerveau humain et voyait en lui un ordinateur universel g\u00e9n\u00e9raliste vierge de tout contenu inn\u00e9), la psychologie contemporaine a red\u00e9couvert la nature profond\u00e9ment modulaire et sp\u00e9cialis\u00e9e de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<p>Ce que les psychologues \u00e9volutionnistes d\u00e9crivent aujourd&rsquo;hui comme des \u00ab modules darwiniens \u00bb \u2014 des algorithmes mentaux sp\u00e9cialis\u00e9s, taill\u00e9s par la s\u00e9lection naturelle durant le Pl\u00e9istoc\u00e8ne pour r\u00e9soudre des d\u00e9fis adaptatifs pr\u00e9cis (la d\u00e9tection des pr\u00e9dateurs, le choix du partenaire sexuel, la d\u00e9tection des tricheurs dans les \u00e9changes sociaux, l&rsquo;investissement parental) \u2014 correspond point par point, dans un vocabulaire computationnel contemporain, \u00e0 la table des instincts fondamentaux dress\u00e9e par McDougall en 1908. De m\u00eame, la r\u00e9habilitation philosophique de la t\u00e9l\u00e9ologie sous la forme du fonctionnalisme adaptatif (l&rsquo;esprit s&rsquo;explique par sa \u00ab fonction adaptative \u00bb t\u00e9l\u00e9ologique) prouve que le combat de McDougall pour une conation finalis\u00e9e n&rsquo;avait rien d&rsquo;un d\u00e9lire m\u00e9taphysique, mais constituait la condition sine qua non de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 du vivant.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les avanc\u00e9es les plus spectaculaires des neurosciences affectives contemporaines sont venues sceller la justesse empirique de son intuition triadique de l&rsquo;affectivit\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Les travaux neurobiologiques r\u00e9volutionnaires de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3181986\/\">Jaak Panksepp<\/a> sur les sept circuits \u00e9motionnels primaires sous-corticaux partag\u00e9s par tous les mammif\u00e8res (<em>SEEKING<\/em>, <em>RAGE<\/em>, <em>FEAR<\/em>, <em>LUST<\/em>, <em>CARE<\/em>, <em>PANIC\/GRIEF<\/em>, <em>PLAY<\/em>) confirment presque trait pour trait la taxonomie des instincts et \u00e9motions primaires \u00e9tablie par McDougall un si\u00e8cle plus t\u00f4t ;<\/li>\n<li>De m\u00eame, la c\u00e9l\u00e8bre distinction op\u00e9r\u00e9e par le neurologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Antonio-Damasio\">Antonio Damasio<\/a> entre \u00ab \u00e9motions primaires \u00bb (r\u00e9actions somatiques automatis\u00e9es du tronc c\u00e9r\u00e9bral et de l&rsquo;amygdale) et \u00ab sentiments conscients \u00bb (repr\u00e9sentations corticales int\u00e9gr\u00e9es au sentiment de soi) fait \u00e9cho de fa\u00e7on saisissante \u00e0 la s\u00e9paration th\u00e9orique instaur\u00e9e par McDougall entre le noyau \u00e9motionnel instinctuel et le sentiment d&rsquo;objet complexe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.3 Bilan \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;un penseur inclassable<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure du bilan historique, William McDougall s&rsquo;impose comme une figure tragique et fascinante de l&rsquo;histoire intellectuelle : le dernier grand polymathe d&rsquo;une science de l&rsquo;esprit en voie de balkanisation irr\u00e9m\u00e9diable. Homme de la Renaissance \u00e9gar\u00e9 au c\u0153ur du XXe si\u00e8cle naissant, il aura tent\u00e9 le pari prom\u00e9th\u00e9en d&#8217;embrasser dans un m\u00eame regard synoptique la neurophysiologie sensorielle, l&rsquo;anthropologie de terrain, la philosophie morale, la m\u00e9tapsychologie des foules, la psychopathologie clinique et la parapsychologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Sa trag\u00e9die personnelle d\u00e9coule pr\u00e9cis\u00e9ment de son refus h\u00e9ro\u00efque de se plier aux exigences de l&rsquo;hypersp\u00e9cialisation universitaire et aux modes r\u00e9ductionnistes de son temps. En s&rsquo;opposant frontalement \u00e0 la fois au physicalisme b\u00e9havioriste qui dominait l&rsquo;Am\u00e9rique, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme abstrait qui st\u00e9rilisait l&rsquo;Angleterre et au pansexualisme freudien qui subjuguait l&rsquo;Europe continentale, il s&rsquo;est condamn\u00e9 \u00e0 un isolement acad\u00e9mique pr\u00e9coce, encore aggrav\u00e9 par son ent\u00eatement tragique dans l&rsquo;exp\u00e9rimentation n\u00e9o-lamarckienne et ses \u00e9crits teint\u00e9s de pr\u00e9jug\u00e9s raciologiques et eug\u00e9nistes d&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, par-del\u00e0 les ombres et les errements historiques inh\u00e9rents \u00e0 son temps, l&rsquo;h\u00e9ritage vivant de McDougall r\u00e9side dans sa d\u00e9fense ind\u00e9fectible d&rsquo;une <strong>psychologie humaniste \u00e0 assise biologique<\/strong>. En proclamant que l&rsquo;esprit humain ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une machine stupide d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;intention, ni d\u00e9sincarn\u00e9 en un pur esprit sans racines phylog\u00e9n\u00e9tiques, il a maintenu vivante la flamme d&rsquo;une conception dynamique du vivant o\u00f9 le d\u00e9sir, la conation, le combat moral et l&rsquo;effort conscient demeurent les moteurs souverains de l&rsquo;aventure humaine. C&rsquo;est \u00e0 ce titre que William McDougall m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 comme l&rsquo;un des penseurs les plus profonds, les plus int\u00e8gres et les plus visionnaires de la modernit\u00e9 psychologique.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Agar, W. E., Drummond, F. H., &#038; Tiegs, O. W. (1935). A first report on a test of McDougall&rsquo;s Lamarckian experiment on the training of rats. <em>Journal of Experimental Biology<\/em>, 12(3), 191-211. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1242\/jeb.12.3.191\">https:\/\/doi.org\/10.1242\/jeb.12.3.191<\/a><\/p>\n<p>Allport, F. H. (1924). <em>Social psychology<\/em>. Houghton Mifflin.<\/p>\n<p>Boring, E. G. (1950). <em>A history of experimental psychology<\/em> (2nd ed.). Appleton-Century-Crofts.<\/p>\n<p>Crew, F. A. E. (1936). A repetition of McDougall&rsquo;s Lamarckian experiment. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences<\/em>, 120(819), 523-550. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1936.0049\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1936.0049<\/a><\/p>\n<p>Damasio, A. (1994). <em>Descartes&rsquo; error: Emotion, reason, and the human brain<\/em>. Putnam.<\/p>\n<p>Degler, C. N. (1991). <em>In search of human nature: The decline and revival of Darwinism in American social thought<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Hearst, E. (Ed.). (1979). <em>The first century of experimental psychology<\/em>. Lawrence Erlbaum Associates.<\/p>\n<p>Lorenz, K. (1981). <em>The foundations of ethology<\/em>. Springer-Verlag. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-7091-3671-3\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-7091-3671-3<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1905). <em>Physiological psychology<\/em>. J.M. Dent &#038; Co.<\/p>\n<p>McDougall, W. (1908). <em>An introduction to social psychology<\/em>. Methuen &#038; Co. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/introductiontoso1908mcdo\">https:\/\/archive.org\/details\/introductiontoso1908mcdo<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1911). <em>Body and mind: A history and a defense of animism<\/em>. Methuen &#038; Co.<\/p>\n<p>McDougall, W. (1920). <em>The group mind: A sketch of the principles of collective psychology<\/em>. Cambridge University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/groupmindapsket00mcdogoog\">https:\/\/archive.org\/details\/groupmindapsket00mcdogoog<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1921). <em>Is America safe for democracy? Six lectures given at the Lowell Institute of Boston<\/em>. Charles Scribner&rsquo;s Sons. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/isamericasafefor00mcdoiala\">https:\/\/archive.org\/details\/isamericasafefor00mcdoiala<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1923). <em>Outline of psychology<\/em>. Charles Scribner&rsquo;s Sons.<\/p>\n<p>McDougall, W. (1926). <em>Outline of abnormal psychology<\/em>. Charles Scribner&rsquo;s Sons. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/outlineofabnorma0000mcdo\">https:\/\/archive.org\/details\/outlineofabnorma0000mcdo<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1927). An experiment for the testing of the hypothesis of Lamarck. <em>British Journal of Psychology<\/em>, 17(4), 267-304. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.2044-8295.1927.tb00424.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.2044-8295.1927.tb00424.x<\/a><\/p>\n<p>McDougall, W. (1930). The hormic psychology. In C. Murchison (Ed.), <em>Psychologies of 1930<\/em> (pp. 3-36). Clark University Press.<\/p>\n<p>Panksepp, J. (1998). <em>Affective neuroscience: The foundations of human and animal emotions<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Rhine, J. B. (1934). <em>Extra-sensory perception<\/em>. Boston Society for Psychic Research.<\/p>\n<p>Rivers, W. H. R., &#038; McDougall, W. (1901). Reports of the Cambridge Anthropological Expedition to Torres Straits: Volume II, Physiology and psychology. Cambridge University Press.<\/p>\n<p>Robinson, D. N. (1995). <em>An intellectual history of psychology<\/em> (3rd ed.). University of Wisconsin Press.<\/p>\n<p>Tinbergen, N. (1951). <em>The study of instinct<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Watson, J. B., &#038; McDougall, W. (1929). <em>The battle of behaviorism: An exposition and an exposure<\/em>. W.W. Norton &#038; Company. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/battleofbehavior00mcdo\">https:\/\/archive.org\/details\/battleofbehavior00mcdo<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tude acad\u00e9mique exhaustive de la vie, des th\u00e9ories et de l&rsquo;h\u00e9ritage de William McDougall (1871-1938), pionnier de la psychologie hormique et sociale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,154],"tags":[4657,7021,9258,28673,9257],"class_list":["post-18240","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-psychologie-sociale","tag-behaviorisme","tag-histoire-de-la-psychologie","tag-psychologie-hormique","tag-theorie-des-instincts","tag-william-mcdougall"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/18240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18240"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/18240\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}