{"id":17939,"date":"2026-10-16T04:00:40","date_gmt":"2026-10-16T04:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/stephen-grossberg-1939-present-neurosciences-computationnelles\/"},"modified":"2026-10-16T04:00:40","modified_gmt":"2026-10-16T04:00:40","slug":"stephen-grossberg-1939-present-neurosciences-computationnelles","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=stephen-grossberg-1939-present-neurosciences-computationnelles","title":{"rendered":"Stephen Grossberg &#8211; 1939 Pr\u00e9sent"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des neurosciences computationnelles et des sciences cognitives modernes est jalonn\u00e9e de tentatives audacieuses visant \u00e0 combler le gouffre ontologique s\u00e9parant les dynamiques biophysiques du cerveau de l&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;esprit. D\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, alors que la m\u00e9taphore de l&rsquo;ordinateur num\u00e9rique imposait une conception d\u00e9sincarn\u00e9e et purement symbolique de la pens\u00e9e, un homme a entrepris un programme scientifique sans \u00e9quivalent par son ampleur, sa rigueur math\u00e9matique et sa fid\u00e9lit\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s neurobiologiques. Stephen Grossberg, n\u00e9 en 1939, a consacr\u00e9 plus de six d\u00e9cennies \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale unifi\u00e9e du cerveau et du comportement, posant les fondations conceptuelles de ce qui allait devenir le connexionnisme contemporain et l&rsquo;ing\u00e9nierie neuromorphique.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les mod\u00e8les computationnels classiques traitaient le syst\u00e8me nerveux central comme un agr\u00e9gat de portes logiques ex\u00e9cutant des algorithmes s\u00e9quentiels de type von Neumann, Grossberg a appr\u00e9hend\u00e9 le cerveau comme un syst\u00e8me dynamique non lin\u00e9aire continu, auto-organis\u00e9 et profond\u00e9ment plastique. Face aux \u00e9nigmes de l&rsquo;apprentissage en temps r\u00e9el, \u00e0 la stabilit\u00e9 mn\u00e9sique au sein d&rsquo;un environnement fluctuant, \u00e0 la vision spatiale et aux interactions subtiles entre \u00e9motions et cognition, il a formul\u00e9 des principes d&rsquo;une port\u00e9e universelle. Ses \u00e9quations diff\u00e9rentielles membranaires, formalis\u00e9es d\u00e8s les ann\u00e9es 1950 et 1960, ont anticip\u00e9 de plusieurs d\u00e9cennies les d\u00e9couvertes neurobiologiques majeures portant sur la dynamique des synapses, la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle des aires corticales et les m\u00e9canismes oscillatoires de la conscience.<\/p>\n<p>Ce panorama approfondi retrace le parcours intellectuel, th\u00e9orique et institutionnel de Stephen Grossberg. \u00c0 travers l&rsquo;analyse m\u00e9ticuleuse de ses contributions majeures \u2014 depuis l&rsquo;\u00e9laboration de la th\u00e9orie de la r\u00e9sonance adaptative (Adaptive Resonance Theory ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/adaptive-resonance-theory\">ART<\/a>) jusqu&rsquo;aux architectures sophistiqu\u00e9es du contr\u00f4le moteur, de la perception auditive et des bases de la conscience subjective \u2014, cette \u00e9tude met en lumi\u00e8re l&rsquo;architecture monumentale d&rsquo;une \u0153uvre scientifique monumentale. Elle d\u00e9montre comment la d\u00e9marche grossbergienne, guid\u00e9e par une volont\u00e9 constante de relier la microstructure des r\u00e9cepteurs membranaires aux macrostructures du comportement \u00e9cologique, constitue une boussole essentielle face aux impasses th\u00e9oriques de l&rsquo;intelligence artificielle contemporaine.<\/p>\n<h2>1. Introduction et gen\u00e8se intellectuelle de Stephen Grossberg (1939-)<\/h2>\n<h3>1.1 Contexte biographique et formation acad\u00e9mique initiale<\/h3>\n<p>Stephen Grossberg na\u00eet le 31 d\u00e9cembre 1939 \u00e0 Woodside, dans le quartier du Queens \u00e0 New York, au sein d&rsquo;une famille issue de l&rsquo;immigration juive d&rsquo;Europe centrale et orientale. \u00c9voluant dans une atmosph\u00e8re urbaine marqu\u00e9e par les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, le jeune Grossberg fait montre tr\u00e8s t\u00f4t d&rsquo;une curiosit\u00e9 intellectuelle insatiable et d&rsquo;une pr\u00e9cocit\u00e9 intellectuelle singuli\u00e8re dans les domaines des math\u00e9matiques, de la physique et des humanit\u00e9s. Fascin\u00e9 par l&rsquo;organisation de la nature et les lois abstraites r\u00e9gissant les ph\u00e9nom\u00e8nes physiques, il d\u00e9vore durant son adolescence les trait\u00e9s classiques de m\u00e9canique, d&rsquo;analyse math\u00e9matique et de philosophie des sciences. Cette curiosit\u00e9 multidisciplinaire s&rsquo;accompagne d&rsquo;une interrogation persistante sur la gen\u00e8se de la pens\u00e9e humaine : comment un ensemble de structures mat\u00e9rielles, soumises aux lois ordinaires de la thermodynamique et de la chimie, peut-il engendrer des abstractions math\u00e9matiques, de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 et des perceptions organis\u00e9es ?<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, Grossberg int\u00e8gre le prestigieux <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/home.dartmouth.edu\/\">Dartmouth College<\/a>, haut lieu des \u00e9tudes humanistes et scientifiques de la Nouvelle-Angleterre. C&rsquo;est durant son cursus \u00e0 Dartmouth, d\u00e8s 1957, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-sept ans seulement, qu&rsquo;il conna\u00eet une \u00e9piphanie intellectuelle d\u00e9terminante. En observant les \u00e9tudiants s&rsquo;exercer \u00e0 des tests de m\u00e9morisation de listes verbales et en analysant les courbes d&rsquo;apprentissage publi\u00e9es par les psychologues exp\u00e9rimentaux de l&rsquo;\u00e9poque, il ressent un d\u00e9saccord profond avec les explications m\u00e9canistes et purement descriptives fournies par la litt\u00e9rature. Il d\u00e9couvre intuitivement que les processus d&rsquo;apprentissage s\u00e9quentiel et les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;interf\u00e9rence proactive et r\u00e9troactive ne peuvent \u00eatre compris que si l&rsquo;on formalise rigoureusement la dynamique temporelle continue des assembl\u00e9es neuronales. Rejetant les repr\u00e9sentations statiques, il entreprend d&rsquo;\u00e9crire, dans ses carnets d&rsquo;\u00e9tudiant, les premi\u00e8res \u00e9bauches d&rsquo;\u00e9quations diff\u00e9rentielles non lin\u00e9aires destin\u00e9es \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9volution temporelle des traces de m\u00e9moire \u00e0 court terme et \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>L&rsquo;influence des math\u00e9matiques pures et de la physique fondamentale s&rsquo;av\u00e8re centrale dans la constitution de son appareil m\u00e9thodologique. Plut\u00f4t que d&rsquo;adopter les statistiques descriptives qui dominaient la psychologie acad\u00e9mique am\u00e9ricaine d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, Grossberg se tourne vers le calcul diff\u00e9rentiel, la topologie et la physique statistique. Il consid\u00e8re que le cerveau doit \u00eatre trait\u00e9 avec la m\u00eame exigence \u00e9pist\u00e9mologique qu&rsquo;un syst\u00e8me physique complexe, gouvern\u00e9 par des \u00e9quations d&rsquo;\u00e9tat, des champs de forces d&rsquo;interaction et des attracteurs dynamiques. Cette rigueur le conduit \u00e0 poursuivre ses \u00e9tudes doctorales \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.rockefeller.edu\/\">Universit\u00e9 Rockefeller<\/a> \u00e0 New York, une institution d&rsquo;\u00e9lite o\u00f9 se c\u00f4toient math\u00e9maticiens, biophysiciens et neurobiologistes de tout premier ordre. Sous la tutelle bienveillante mais exigeante de savants form\u00e9s aux fronti\u00e8res de la biologie mol\u00e9culaire et des math\u00e9matiques appliqu\u00e9es, Grossberg parfait son formalisme. Il y soutient une th\u00e8se de doctorat r\u00e9volutionnaire en 1967, qui jette les bases formelles de ce qu&rsquo;il nommera la psychologie math\u00e9matique neuronale, bravant le scepticisme d&rsquo;une communaut\u00e9 scientifique encore largement inf\u00e9od\u00e9e aux dogmes b\u00e9havioristes.<\/p>\n<h3>1.2 \u00c9mergence du paradigme de la psychologie math\u00e9matique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence intellectuelle de Stephen Grossberg s&rsquo;inscrit dans une p\u00e9riode de crise \u00e9pist\u00e9mologique au sein des sciences du comportement. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le b\u00e9haviorisme orthodoxe, incarn\u00e9 par des figures telles que B.F. Skinner, r\u00e8gne en ma\u00eetre incontest\u00e9 sur les d\u00e9partements de psychologie am\u00e9ricains. Cette approche r\u00e9duit l&rsquo;organisme \u00e0 une bo\u00eete noire, postulant que la science du comportement doit se limiter \u00e0 l&rsquo;observation corr\u00e9lative des stimuli environnementaux et des r\u00e9ponses motrices observables. Pour Grossberg, cette posture rel\u00e8ve d&rsquo;un renoncement m\u00e9thodologique inacceptable : elle ignore volontairement les \u00e9tats internes du syst\u00e8me nerveux, \u00e9vacue la dynamique temporelle continue des repr\u00e9sentations mentales et se montre incapable d&rsquo;expliquer comment des processus internes autonomes r\u00e9gissent l&rsquo;attention s\u00e9lective, l&rsquo;attente perceptive ou la motivation.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la naissance de la r\u00e9volution cognitive et de l&rsquo;intelligence artificielle symbolique, sous l&rsquo;impulsion de pionniers comme Allen Newell, Herbert Simon et Marvin Minsky, propose une rupture avec le b\u00e9haviorisme en introduisant la m\u00e9taphore de l&rsquo;ordinateur num\u00e9rique issu des travaux de John von Neumann et d&rsquo;Alan Turing. Si Grossberg salue la r\u00e9habilitation des \u00e9tats mentaux internes op\u00e9r\u00e9e par le cognitivisme, il r\u00e9cuse cat\u00e9goriquement la pertinence de l&rsquo;architecture de von Neumann pour comprendre l&rsquo;esprit biologique. Pour lui, l&rsquo;analogie entre le cerveau et la machine s\u00e9quentielle \u2014 s\u00e9parant strictement le processeur central, la m\u00e9moire adressable passive et les unit\u00e9s d&rsquo;entr\u00e9e-sortie \u2014 constitue une impasse biologique profonde. Le syst\u00e8me nerveux ne manipule pas des symboles discrets selon des tables de v\u00e9rit\u00e9 logiques ; il op\u00e8re de mani\u00e8re massivement parall\u00e8le, analogique, synchrone et asynchrone, dans un r\u00e9seau o\u00f9 le calcul et la m\u00e9moire sont indiscernables au sein des m\u00eames structures synaptiques et membranaires.<\/p>\n<p>Refusant \u00e0 la fois le r\u00e9ductionnisme aveugle du b\u00e9haviorisme et l&rsquo;id\u00e9alisme d\u00e9sincarn\u00e9 du computationalisme symbolique, Grossberg formule l&rsquo;ambition d&rsquo;\u00e9tablir des lois formelles unifi\u00e9es reliant le comportement macroscopique, mesurable en psychologie, aux micro-processus neurobiologiques et biophysiques observables par la physiologie. Sa d\u00e9marche vise \u00e0 d\u00e9duire math\u00e9matiquement les architectures de r\u00e9seau n\u00e9cessaires \u00e0 partir d&rsquo;exigences fonctionnelles comportementales : comment un organisme peut-il voir sans \u00eatre aveugl\u00e9 par les variations de luminosit\u00e9 ? Comment peut-il apprendre de nouvelles informations sans effacer irr\u00e9versiblement ses apprentissages pass\u00e9s ? Cette posture \u00e9pist\u00e9mologique, d&rsquo;une originalit\u00e9 radicale, inverse la d\u00e9marche descriptive habituelle des neurosciences : au lieu d&rsquo;accumuler des donn\u00e9es anatomiques isol\u00e9es, Grossberg d\u00e9montre math\u00e9matiquement quelles architectures neuronales doivent imp\u00e9rativement exister pour rendre compte de la survie adaptative et du comportement autonome des \u00eatres vivants.<\/p>\n<h3>1.3 Fondation des d\u00e9partements de syst\u00e8mes cognitifs et neuronaux<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s de br\u00e8ves \u00e9tapes au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en tant que professeur assistant de math\u00e9matiques appliqu\u00e9es, o\u00f9 il affine la formalisation de ses r\u00e9seaux r\u00e9currents, Grossberg rejoint l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.bu.edu\/\">Universit\u00e9 de Boston<\/a> en 1975. C&rsquo;est au sein de cette institution qu&rsquo;il va d\u00e9ployer pleinement sa vision institutionnelle et b\u00e2tir l&rsquo;un des p\u00f4les d&rsquo;excellence les plus influents au monde dans le domaine de la mod\u00e9lisation c\u00e9r\u00e9brale. Conscient que les d\u00e9partements universitaires traditionnels \u2014 cloisonn\u00e9s entre psychologie exp\u00e9rimentale, math\u00e9matiques pures, informatique et physiologie \u2014 sont structurellement inadapt\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude unifi\u00e9e de l&rsquo;esprit et du cerveau, il con\u00e7oit une structure acad\u00e9mique in\u00e9dite capable de briser ces barri\u00e8res disciplinaires.<\/p>\n<p>En 1982, Grossberg fonde le <em>Center for Adaptive Systems<\/em> (CAS), con\u00e7u comme un laboratoire de recherche d&rsquo;avant-garde r\u00e9unissant math\u00e9maticiens, mod\u00e9lisateurs th\u00e9oriques et psychophysiciens. Sous sa direction, le CAS devient un p\u00f4le d&rsquo;attraction plan\u00e9taire pour les chercheurs refusant le paradigme symbolique dominant de l&rsquo;IA classique. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1991, il pousse cette logique institutionnelle \u00e0 son terme en cr\u00e9ant le <em>Department of Cognitive and Neural Systems<\/em> (CNS) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston. Ce d\u00e9partement universitaire, le premier du genre au monde, propose un cursus doctoral complet o\u00f9 les \u00e9tudiants re\u00e7oivent une formation conjointe et exigeante en dynamique non lin\u00e9aire, en neurophysiologie sensorimotrice, en psychologie exp\u00e9rimentale et en simulation num\u00e9rique sur supercalculateurs. Le CNS forme une g\u00e9n\u00e9ration exceptionnelle de chercheurs qui essaimeront dans les universit\u00e9s d&rsquo;\u00e9lite et les centres de recherche industrielle du monde entier.<\/p>\n<p>Le rayonnement de Grossberg d\u00e9passe largement le cadre de Boston. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1980, constatant la r\u00e9surgence spectaculaire de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les r\u00e9seaux de neurones artificiels, il s&rsquo;investit pour donner une voix unifi\u00e9e et une assise institutionnelle p\u00e9renne \u00e0 ce champ \u00e9mergent. En 1987, il est l&rsquo;un des p\u00e8res fondateurs de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.inns.org\/\">International Neural Network Society<\/a> (INNS), dont il devient le premier pr\u00e9sident \u00e9lu. Il fonde conjointement la prestigieuse revue acad\u00e9mique <em>Neural Networks<\/em>, dont il est le r\u00e9dacteur en chef fondateur aux c\u00f4t\u00e9s de pionniers tels que Shun-ichi Amari et Teuvo Kohonen. \u00c0 travers ces institutions, Grossberg impose l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9mulation des fonctions c\u00e9r\u00e9brales exige une compr\u00e9hension symbiotique entre la rigueur math\u00e9matique et les contraintes de l&rsquo;\u00e9volution biologique, positionnant son laboratoire comme le contrepoids th\u00e9orique rigoureux face aux approches purement empiriques et statistiques issues des d\u00e9partements d&rsquo;informatique.<\/p>\n<h2>2. Les fondements math\u00e9matiques de la cognition et du comportement<\/h2>\n<h3>2.1 L&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle non lin\u00e9aire comme socle cognitif<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9difice conceptuel \u00e9labor\u00e9 par Stephen Grossberg se trouve le refus syst\u00e9matique de consid\u00e9rer le neurone biologique comme un interrupteur binaire statique. Le mod\u00e8le canonique introduit par Warren McCulloch et Walter Pitts en 1943, bien qu&rsquo;historiquement fondateur, postulait que le neurone additionne lin\u00e9airement des entr\u00e9es synaptiques pond\u00e9r\u00e9es avant d&rsquo;appliquer une fonction de seuil abrupte pour produire un signal bool\u00e9en (0 ou 1). Pour Grossberg, cette simplification outranci\u00e8re oblit\u00e8re les propri\u00e9t\u00e9s computationnelles les plus fondamentales des tissus vivants. En r\u00e9alit\u00e9, la membrane cellulaire est une structure continue gouvern\u00e9e par des flux ioniques r\u00e9gis par les lois de l&rsquo;\u00e9lectrochimie et de la thermodynamique, dont les potentiels d&rsquo;action et les potentiels gradu\u00e9s s&rsquo;inscrivent dans un temps physique continu.<\/p>\n<p>S&rsquo;appuyant sur les travaux fondamentaux d&rsquo;Alan Hodgkin et Andrew Huxley relatifs \u00e0 l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire, Grossberg d\u00e9rive une classe g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;\u00e9quations diff\u00e9rentielles non lin\u00e9aires connue sous le nom d&rsquo;\u00e9quations de d\u00e9rivation synaptique (<em>shunting differential equations<\/em>). Dans ce formalisme continu, le taux de variation du potentiel de membrane <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i\">$x_i$<\/span> d&rsquo;un neurone ou d&rsquo;une assembl\u00e9e neuronale <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i\">$i$<\/span> ne d\u00e9pend pas d&rsquo;une simple sommation arithm\u00e9tique, mais d&rsquo;une dynamique multiplicative o\u00f9 les conductances d&rsquo;entr\u00e9e modulent directement la distance du potentiel \u00e0 ses potentiels d&rsquo;inversion excitateurs et inhibiteurs. Une forme g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;\u00e9crit math\u00e9matiquement sous la dynamique suivante :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{dx_i}{dt} = -A_i x_i + (B_i - x_i) I_i^{\\text{exc}} - (x_i + C_i) I_i^{\\text{inh}}\">$$\\frac{dx_i}{dt} = -A_i x_i + (B_i &#8211; x_i) I_i^{\\text{exc}} &#8211; (x_i + C_i) I_i^{\\text{inh}}$$<\/span><\/p>\n<p>Dans cette formulation \u00e9l\u00e9gante, le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-A_i x_i\">$-A_i x_i$<\/span> repr\u00e9sente la constante de d\u00e9gradation passive vers le potentiel de repos. Le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"(B_i - x_i) I_i^{\\text{exc}}\">$(B_i &#8211; x_i) I_i^{\\text{exc}}$<\/span> traduit l&rsquo;influence des signaux excitateurs <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"I_i^{\\text{exc}}\">$I_i^{\\text{exc}}$<\/span>, pond\u00e9r\u00e9e par la distance au potentiel de saturation excitateur sup\u00e9rieur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B_i\">$B_i$<\/span>. Inversement, le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-(x_i + C_i) I_i^{\\text{inh}}\">$-(x_i + C_i) I_i^{\\text{inh}}$<\/span> exprime l&rsquo;action des signaux inhibiteurs <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"I_i^{\\text{inh}}\">$I_i^{\\text{inh}}$<\/span>, modul\u00e9e par l&rsquo;\u00e9cart au potentiel d&rsquo;hyperpolarisation inf\u00e9rieur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-C_i\">$-C_i$<\/span>.<\/p>\n<p>Ce formalisme diff\u00e9rentiel continu change radicalement la nature des calculs neuronaux. En introduisant des termes de saturation intrins\u00e8ques, les \u00e9quations de Grossberg r\u00e9solvent de mani\u00e8re \u00e9l\u00e9gante le probl\u00e8me fondamental de la plage dynamique (<em>dynamic range problem<\/em>) : le neurone ne sature jamais face \u00e0 des entr\u00e9es arbitrairement massives et pr\u00e9serve sa sensibilit\u00e9 diff\u00e9rentielle aux petites variations du signal. En appliquant la th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques non lin\u00e9aires \u2014 incluant la th\u00e9orie des bifurcations, les cycles limites et les principes de stabilit\u00e9 de Lyapunov \u2014 \u00e0 l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux, Grossberg \u00e9rige un pont analytique d&rsquo;une coh\u00e9rence absolue entre la cin\u00e9tique des canaux membranaires et les ph\u00e9nom\u00e8nes psychologiques globaux d&rsquo;int\u00e9gration temporelle et de choix perceptif.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;inhibition r\u00e9currente et les champs r\u00e9cepteurs antagonistes (On-Center\/Off-Surround)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions analytiques les plus retentissantes de Grossberg concerne la caract\u00e9risation syst\u00e9matique des r\u00e9seaux comp\u00e9titifs r\u00e9currents structur\u00e9s selon une topologie de type centre excitateur et p\u00e9riph\u00e9rie inhibitrice, d\u00e9sign\u00e9e en anglais sous le terme <em>on-center\/off-surround<\/em>. Inspir\u00e9 par les travaux neurophysiologiques d&rsquo;Haldan Keffer Hartline sur la r\u00e9tine du limule et de Georg von B\u00e9k\u00e9sy sur les syst\u00e8mes sensoriels, Grossberg formule d\u00e8s 1970 le th\u00e9or\u00e8me de normalisation et de conservation de l&rsquo;\u00e9nergie informationnelle dans les couches corticales interconnect\u00e9es. Il d\u00e9montre que l&rsquo;inhibition r\u00e9currente lat\u00e9rale est une n\u00e9cessit\u00e9 math\u00e9matique absolue pour emp\u00eacher l&rsquo;explosion de l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse tout en \u00e9vitant l&rsquo;affadissement du signal dans le bruit de fond thermique.<\/p>\n<p>Dans un r\u00e9seau r\u00e9current de type <em>shunting on-center\/off-surround<\/em>, chaque n\u0153ud <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i\">$i$<\/span> excite localement sa propre population tout en envoyant des projections inhibitrices \u00e0 l&rsquo;ensemble des n\u0153uds p\u00e9riph\u00e9riques <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"j \\neq i\">$j \\neq i$<\/span>. L&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle d\u00e9crivant cette comp\u00e9tition s&rsquo;\u00e9nonce comme :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{dx_i}{dt} = -A x_i + (B - x_i) \\left[ f(x_i) + I_i \\right] - (x_i + C) \\left[ \\sum_{j \\neq i} g(x_j) + \\sum_{j \\neq i} J_j \\right]\">$$\\frac{dx_i}{dt} = -A x_i + (B &#8211; x_i) \\left[ f(x_i) + I_i \\right] &#8211; (x_i + C) \\left[ \\sum_{j \\neq i} g(x_j) + \\sum_{j \\neq i} J_j \\right]$$<\/span><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette dynamique multiplicative non lin\u00e9aire, le r\u00e9seau op\u00e8re une op\u00e9ration de normalisation automatique en temps r\u00e9el. Grossberg prouve rigoureusement que si la fonction de transfert du signal <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"f(x)\">$f(x)$<\/span> est choisie convenablement \u2014 notamment \u00e0 travers une fonction sigmo\u00efde ou une fonction seuill\u00e9e supra-lin\u00e9aire \u2014, le r\u00e9seau poss\u00e8de la capacit\u00e9 unique d&rsquo;effectuer un compromis optimal entre le stockage du patron d&rsquo;entr\u00e9e (m\u00e9moire de travail \u00e0 court terme) et la s\u00e9lection du signal dominant selon un principe de comp\u00e9tition impitoyable du type <em>winner-take-all<\/em> (le gagnant rafle tout).<\/p>\n<p>Les implications psychophysiques de ces r\u00e9seaux sont immenses. Ils expliquent d&#8217;embl\u00e9e la mise en valeur des contrastes visuels, l&rsquo;accentuation des bordures perceptives et l&rsquo;apparition des bandes de Mach sans faire appel \u00e0 des calculs matriciels abstraits. De plus, ces structures r\u00e9solvent l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;invariance perceptive sous des niveaux d&rsquo;illumination globaux variables : le syst\u00e8me r\u00e9agit au contraste relatif et au rapport spatial des intensit\u00e9s plut\u00f4t qu&rsquo;aux luminances absolues, garantissant la constance de la clart\u00e9. La comp\u00e9tition r\u00e9currente locale pr\u00e9serve ainsi la sensibilit\u00e9 dynamique du r\u00e9seau, permettant \u00e0 l&rsquo;observateur de distinguer des d\u00e9tails subtils aussi bien dans la p\u00e9nombre que sous la lumi\u00e8re \u00e9clatante du soleil m\u00e9ridien.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;apprentissage associatif et les lois synaptiques membranaires<\/h3>\n<p>D\u00e8s 1949, Donald Hebb avait postul\u00e9 dans son ouvrage canonique que la coactivation persistante d&rsquo;un neurone pr\u00e9synaptique et d&rsquo;un neurone postsynaptique entra\u00eenait une augmentation durable de l&rsquo;efficacit\u00e9 synaptique. Si cette intuition \u00e9tait visionnaire, elle souffrait d&rsquo;un d\u00e9faut math\u00e9matique r\u00e9dhibitoire : une r\u00e8gle d&rsquo;apprentissage strictement hebbienne, non born\u00e9e, conduit in\u00e9vitablement \u00e0 une croissance exponentielle incontr\u00f4l\u00e9e des poids synaptiques, plongeant les r\u00e9seaux de neurones dans une instabilit\u00e9 fonctionnelle permanente. Conscient de cette aporie, Stephen Grossberg reformule et g\u00e9n\u00e9ralise le postulat de Hebb entre 1968 et 1971 \u00e0 travers un ensemble rigoureux d&rsquo;\u00e9quations diff\u00e9rentielles coupl\u00e9es, r\u00e9gissant les traces synaptiques \u00e0 long terme (<em>Long-Term Memory<\/em> ou LTM).<\/p>\n<p>Grossberg mod\u00e9lise l&rsquo;efficacit\u00e9 de la transmission synaptique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"z_{ij}\">$z_{ij}$<\/span> reliant le neurone pr\u00e9synaptique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i\">$i$<\/span> au neurone postsynaptique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"j\">$j$<\/span> en int\u00e9grant non seulement les taux de d\u00e9charge, mais \u00e9galement la lib\u00e9ration, l&rsquo;\u00e9puisement et la reconstitution des m\u00e9diateurs chimiques neurotransmetteurs. L&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle fondamentale de l&rsquo;apprentissage associatif grossbergien, souvent qualifi\u00e9e de loi d&rsquo;apprentissage conditionn\u00e9 ou d&rsquo;apprentissage comp\u00e9titif r\u00e9gul\u00e9, s&rsquo;exprime comme suit :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{dz_{ij}}{dt} = \\epsilon_j (t) \\left[ -D_{ij} z_{ij} + f(x_i) g(y_j) \\right]\">$$\\frac{dz_{ij}}{dt} = \\epsilon_j (t) \\left[ -D_{ij} z_{ij} + f(x_i) g(y_j) \\right]$$<\/span><\/p>\n<p>Dans ce cadre, la plasticit\u00e9 synaptique n&rsquo;est autoris\u00e9e que si un signal d&rsquo;apprentissage postsynaptique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\epsilon_j (t)\">$\\epsilon_j (t)$<\/span> est actif, signal qui peut \u00eatre modul\u00e9 par des facteurs motivationnels ou attentionnels globaux. Le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-D_{ij} z_{ij}\">$-D_{ij} z_{ij}$<\/span> impose un oubli passif ou une normalisation hom\u00e9ostatique qui emp\u00eache l&#8217;emballement des coefficients, tandis que le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"f(x_i) g(y_j)\">$f(x_i) g(y_j)$<\/span> mesure la corr\u00e9lation effective entre le signal axonal pr\u00e9synaptique et la d\u00e9polarisation postsynaptique.<\/p>\n<p>Cette formulation math\u00e9matique englobe de mani\u00e8re synth\u00e9tique la m\u00e9moire \u00e0 court terme (STM, repr\u00e9sent\u00e9e par les activit\u00e9s membranaires <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i\">$x_i$<\/span>) et la m\u00e9moire \u00e0 long terme (LTM, inscrite dans les poids chimiques <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"z_{ij}\">$z_{ij}$<\/span>). Grossberg d\u00e9montre comment ce couplage diff\u00e9rentiel rend compte avec une exactitude troublante des ph\u00e9nom\u00e8nes classiques du conditionnement pavlovien et op\u00e9rant : acquisition, extinction, r\u00e9instinctualisation spontan\u00e9e, inhibition latente et blocage kaminien. En ancrant le conditionnement psychologique dans la dynamique biochimique continue des r\u00e9cepteurs membranaires, il b\u00e2tit une th\u00e9orie physique et computationnelle de l&rsquo;engramme mn\u00e9sique qui transcende les s\u00e9parations arbitraires entre biologie cellulaire et psychologie de l&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<h2>3. La th\u00e9orie de la r\u00e9sonance adaptative (Adaptive Resonance Theory &#8211; ART)<\/h2>\n<h3>3.1 Le dilemme de la stabilit\u00e9 et de la plasticit\u00e9<\/h3>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1970, Stephen Grossberg formule l&rsquo;un des probl\u00e8mes les plus profonds et les plus universels de l&rsquo;apprentissage biologique et artificiel : le dilemme de la stabilit\u00e9 et de la plasticit\u00e9 (<em>stability-plasticity dilemma<\/em>). Ce probl\u00e8me s&rsquo;\u00e9nonce sous une forme faussement simple mais redoutable : comment un syst\u00e8me d&rsquo;apprentissage autonome peut-il demeurer suffisamment plastique pour int\u00e9grer de nouvelles connaissances et s&rsquo;adapter \u00e0 des environnements in\u00e9dits, tout en restant suffisamment stable pour ne pas alt\u00e9rer, \u00e9craser ou effacer de mani\u00e8re catastrophique les souvenirs d\u00e9j\u00e0 consolid\u00e9s ?<\/p>\n<p>Grossberg met en \u00e9vidence que les r\u00e9seaux de neurones conventionnels reposant sur des algorithmes d&rsquo;optimisation globale ou de r\u00e9troaction uniforme sont intrins\u00e8quement vuln\u00e9rables \u00e0 ce qu&rsquo;on nommera plus tard l&rsquo;oubli catastrophique (<em>catastrophic forgetting<\/em>). Si l&rsquo;on entra\u00eene un r\u00e9seau multicouche standard sur une t\u00e2che A, puis sur une t\u00e2che B, les ajustements successifs des poids synaptiques n\u00e9cessaires pour minimiser l&rsquo;erreur sur la t\u00e2che B d\u00e9truisent irr\u00e9m\u00e9diablement les configurations synaptiques encodant la t\u00e2che A. Or, les organismes vivants ne connaissent pas cette fragilit\u00e9 : un adulte peut apprendre le visage d&rsquo;une nouvelle personne sans oublier instantan\u00e9ment les visages de ses proches, et un oiseau peut m\u00e9moriser un nouveau point d&rsquo;eau sans effacer la carte cognitive de son territoire.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre cette contradiction apparente au sein des syst\u00e8mes auto-organis\u00e9s, Grossberg introduit en 1976 l&rsquo;hypoth\u00e8se de la r\u00e9sonance adaptative. Selon cette th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, l&rsquo;apprentissage synaptique stable ne s&rsquo;effectue pas de mani\u00e8re passive ou ouverte sous la dict\u00e9e du flux sensoriel ascendant. Il requiert un processus actif de validation interne o\u00f9 les donn\u00e9es ascendantes (<em>bottom-up<\/em>) sont confront\u00e9es \u00e0 des prototypes ou attentes descendantes (<em>top-down<\/em>). C&rsquo;est uniquement lorsqu&rsquo;un \u00e9tat de coh\u00e9rence mutuelle et de synchronisation dynamique est atteint \u2014 ce que Grossberg nomme un \u00e9tat de r\u00e9sonance \u2014 que les barri\u00e8res de la plasticit\u00e9 synaptique s&rsquo;ouvrent, permettant l&rsquo;enregistrement p\u00e9renne des informations. La r\u00e9sonance agit ainsi comme un verrou thermodynamique et informationnel, prot\u00e9geant le substrat m\u00e9moriel contre la dissolution anarchique caus\u00e9e par le flux incessant des stimuli environnementaux.<\/p>\n<h3>3.2 Architecture et m\u00e9canismes fonctionnels du mod\u00e8le ART 1<\/h3>\n<p>La concr\u00e9tisation algorithmique et architecturale de cette hypoth\u00e8se prend corps dans le mod\u00e8le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/ieeexplore.ieee.org\/document\/1057404\">ART 1<\/a>, d\u00e9velopp\u00e9 conjointement par Stephen Grossberg et Gail Carpenter et publi\u00e9 en 1987. Con\u00e7u sp\u00e9cifiquement pour le traitement et la cat\u00e9gorisation non supervis\u00e9e de vecteurs binaires arbitraires, le r\u00e9seau ART 1 repose sur une architecture bicouche \u00e9l\u00e9gante et sym\u00e9trique, compos\u00e9e d&rsquo;un champ de comparaison d&rsquo;entr\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span>) et d&rsquo;un champ de reconnaissance cat\u00e9gorielle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span>), coupl\u00e9s \u00e0 un sous-syst\u00e8me d&rsquo;orientation autonome.<\/p>\n<p>Le fonctionnement interne d&rsquo;ART 1 ob\u00e9it \u00e0 une s\u00e9quence dynamique rigoureusement ordonn\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Propagation ascendante (bottom-up) :<\/strong> Un vecteur binaire d&rsquo;entr\u00e9e se pr\u00e9sente au champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span>, qui le transmet au champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span> via des voies de projection synaptiques pond\u00e9r\u00e9es. Au sein de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span>, une comp\u00e9tition non lin\u00e9aire f\u00e9roce de type <em>winner-take-all<\/em> s&rsquo;engage, d\u00e9signant le n\u0153ud cat\u00e9goriel dont le patron de poids s&rsquo;apparente le plus au stimulus d&rsquo;entr\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9troaction descendante et r\u00e8gle des deux tiers (2\/3 Rule) :<\/strong> D\u00e8s qu&rsquo;un n\u0153ud est \u00e9lu dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span>, il renvoie vers le champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span> une attente descendante sous la forme d&rsquo;un vecteur de caract\u00e9ristiques prototypiques. Grossberg et Carpenter formalisent la <em>r\u00e8gle des deux tiers<\/em> : pour qu&rsquo;un neurone de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span> s&rsquo;active pleinement, il doit recevoir au moins deux sources d&rsquo;excitation parmi trois (le stimulus externe, l&rsquo;attente descendante, et un signal de gain non sp\u00e9cifique). En cons\u00e9quence, les caract\u00e9ristiques d&rsquo;entr\u00e9e qui ne sont pas confirm\u00e9es par l&rsquo;attente descendante sont supprim\u00e9es de la repr\u00e9sentation active sur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Calcul de similarit\u00e9 et param\u00e8tre de vigilance :<\/strong> Le sous-syst\u00e8me d&rsquo;orientation mesure le degr\u00e9 de co\u00efncidence entre le patron sensoriel originel et le patron filtr\u00e9 par l&rsquo;attente descendante sur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span>. Ce calcul est r\u00e9gi par un param\u00e8tre critique et configurable, le param\u00e8tre de vigilance <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"rho in [0, 1]\">$rho in [0, 1]$<\/span>. Si le rapport entre la norme du patron intersect\u00e9 et la norme du vecteur d&rsquo;entr\u00e9e d\u00e9passe <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"rho\">$rho$<\/span> :<br \/>\n    <span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{|I \\cap T_J|}{|I|} ge \\rho\">$$\\frac{|I \\cap T_J|}{|I|} ge \\rho$$<\/span><br \/>\n    une r\u00e9sonance s&rsquo;\u00e9tablit. Les traces synaptiques ascendantes et descendantes sont alors modifi\u00e9es pour affiner le prototype de la cat\u00e9gorie <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"J\">$J$<\/span>.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9initialisation autonome (reset) :<\/strong> Si, \u00e0 l&rsquo;inverse, la similarit\u00e9 est inf\u00e9rieure \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"rho\">$rho$<\/span>, le sous-syst\u00e8me d&rsquo;orientation envoie une onde inhibitrice globale au n\u0153ud actif dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span>. Ce n\u0153ud est d\u00e9sactiv\u00e9 pour la dur\u00e9e de la pr\u00e9sentation du stimulus, for\u00e7ant le champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_2\">$F_2$<\/span> \u00e0 rechercher une autre cat\u00e9gorie existante ou, \u00e0 d\u00e9faut, \u00e0 recruter un neurone vierge pour cr\u00e9er une nouvelle classe conceptuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce m\u00e9canisme d&rsquo;ad\u00e9quation et de r\u00e9initialisation autonome conf\u00e8re \u00e0 ART 1 une puissance th\u00e9orique in\u00e9gal\u00e9e : la vitesse de calcul est instantan\u00e9e (apprentissage en une ou quelques pr\u00e9sentations), et le syst\u00e8me est absolument immunis\u00e9 contre l&rsquo;oubli catastrophique, illustrant la ma\u00eetrise de Grossberg dans l&rsquo;ing\u00e9nierie des boucles r\u00e9currentes auto-stabilisatrices.<\/p>\n<h3>3.3 \u00c9volution continue vers ART 2, ART 3 et au-del\u00e0<\/h3>\n<p>La publication d&rsquo;ART 1 a imm\u00e9diatement pos\u00e9 la question de l&rsquo;universalit\u00e9 du formalisme face \u00e0 des donn\u00e9es continues et analogiques, repr\u00e9sentatives du monde r\u00e9el. En 1987, Gail Carpenter et Stephen Grossberg pr\u00e9sentent l&rsquo;architecture <em>ART 2<\/em>, qui \u00e9tend les principes de la r\u00e9sonance adaptative aux signaux analogiques \u00e0 valeurs r\u00e9elles, tels que les spectres acoustiques ou les niveaux de gris d&rsquo;images num\u00e9riques. Pour ce faire, le champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span> est profond\u00e9ment restructur\u00e9 : il est d\u00e9compos\u00e9 en plusieurs sous-niveaux r\u00e9alisant des op\u00e9rations successives de normalisation par d\u00e9rivation synaptique, de seuillage non lin\u00e9aire et de filtrage du bruit. Ces transformations permettent \u00e0 ART 2 d&rsquo;extraire la g\u00e9om\u00e9trie structurelle des vecteurs continus ind\u00e9pendamment de leur amplitude globale, maintenant une s\u00e9gr\u00e9gation cat\u00e9gorielle robuste dans des espaces hautement bruit\u00e9s.<\/p>\n<p>Poursuivant cette qu\u00eate d&rsquo;exhaustivit\u00e9 biologique, Grossberg propose au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 le mod\u00e8le <em>ART 3<\/em>. Cette it\u00e9ration incorpore directement les dynamiques mol\u00e9culaires de la transmission synaptique chimique, mod\u00e9lisant la lib\u00e9ration quantique de neurotransmetteurs pr\u00e9synaptiques \u00e0 partir de v\u00e9sicules \u00e9puisables, leur recapture et la liaison aux r\u00e9cepteurs postsynaptiques. Dans ART 3, la r\u00e9initialisation neuronale (<em>reset<\/em>) lors d&rsquo;un d\u00e9calage entre attente descendante et signal ascendant n&rsquo;est plus m\u00e9di\u00e9e par un op\u00e9rateur algorithmique abstrait, mais d\u00e9coule naturellement de l&rsquo;inactivation et de la d\u00e9pl\u00e9tion rapide des r\u00e9serves de transmetteurs chimiques au niveau des synapses d\u00e9synchronis\u00e9es. Ce couplage intime entre biochimie synaptique et dynamique de r\u00e9seau permet de simuler des r\u00e9seaux massifs hi\u00e9rarchis\u00e9s sans que les signaux de commande ne requi\u00e8rent de processeur centralisateur externe.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces d\u00e9veloppements th\u00e9oriques, la validit\u00e9 empirique du cadre ART n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre corrobor\u00e9e par les d\u00e9couvertes de la neurophysiologie moderne. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1990 et tout au long des ann\u00e9es 2000, les techniques d&rsquo;enregistrement par \u00e9lectrodes multiples chez le primate vigile et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) chez l&rsquo;humain ont confirm\u00e9 l&rsquo;existence de boucles de r\u00e9troaction descendantes massives reliant les aires corticales sup\u00e9rieures (telles que le cortex pr\u00e9frontal et les aires associatives temporales) aux aires sensorielles primaires. Ces r\u00e9troactions n&rsquo;ont pas pour simple fonction de biaiser passivement les r\u00e9ponses, mais mettent en \u0153uvre des m\u00e9canismes d&rsquo;appariement pr\u00e9dictif et de s\u00e9lection attentionnelle strictement conformes aux pr\u00e9dictions de la r\u00e8gle des deux tiers d&rsquo;ART, validant de mani\u00e8re \u00e9clatante l&rsquo;intuition fondatrice de Grossberg.<\/p>\n<h2>4. Architectures supervis\u00e9es et r\u00e9seaux avanc\u00e9s : ARTMAP et d\u00e9riv\u00e9s<\/h2>\n<h3>4.1 Le syst\u00e8me ARTMAP et la classification pr\u00e9dictive<\/h3>\n<p>Si les architectures ART 1 et ART 2 constituent des solutions remarquables pour la cat\u00e9gorisation non supervis\u00e9e, de nombreuses t\u00e2ches cognitives complexes requi\u00e8rent un guidage par des retours d&rsquo;information environnementaux, propre \u00e0 l&rsquo;apprentissage supervis\u00e9. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette exigence, Gail Carpenter, Stephen Grossberg et John Reynolds introduisent en 1991 le syst\u00e8me <em>ARTMAP<\/em>. Cette architecture novatrice repr\u00e9sente une \u00e9tape majeure dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;intelligence computationnelle : elle parvient \u00e0 combiner la flexibilit\u00e9 et la rapidit\u00e9 d&rsquo;apprentissage de l&rsquo;ART non supervis\u00e9 avec une capacit\u00e9 pr\u00e9dictive rigoureusement supervis\u00e9e et auto-ajustable.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me ARTMAP repose sur l&rsquo;interconnexion structurelle de deux modules ART autonomes, d\u00e9sign\u00e9s conventionnellement par <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_b\">$ART_b$<\/span>. Le module <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> est charg\u00e9 de regrouper en cat\u00e9gories autonomes les vecteurs de caract\u00e9ristiques d&rsquo;entr\u00e9e (par exemple, un ensemble de signaux visuels ou spectraux), tandis que le module <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_b\">$ART_b$<\/span> cat\u00e9gorise les cibles de sortie ou les \u00e9tiquettes de classe associ\u00e9es. Ces deux r\u00e9seaux sont reli\u00e9s par un champ interm\u00e9diaire hautement sp\u00e9cialis\u00e9 appel\u00e9 le <em>champ de mise en correspondance intermodale<\/em> (<em>map field<\/em>, not\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_{ab}\">$F_{ab}$<\/span>). Au sein de ce champ, des connexions synaptiques adaptatives s&rsquo;\u00e9tablissent pour associer une cat\u00e9gorie g\u00e9om\u00e9trique form\u00e9e dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> \u00e0 une cat\u00e9gorie pr\u00e9dictive consolid\u00e9e dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_b\">$ART_b$<\/span>.<\/p>\n<p>Le coup de g\u00e9nie math\u00e9matique de l&rsquo;architecture ARTMAP r\u00e9side dans son m\u00e9canisme de minimisation autonome des erreurs pr\u00e9dictives, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>suivi de correspondance<\/em> (<em>match tracking<\/em>). Lorsqu&rsquo;un stimulus d&rsquo;entr\u00e9e est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span>, ce dernier s\u00e9lectionne une cat\u00e9gorie et pr\u00e9dit une classe dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_b\">$ART_b$<\/span>. Si cette pr\u00e9diction est confirm\u00e9e par le signal de supervision, le syst\u00e8me renforce ses poids et poursuit sa t\u00e2che. En revanche, si une erreur pr\u00e9dictive survient \u2014 signifiant que la cat\u00e9gorie s\u00e9lectionn\u00e9e par <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une r\u00e9ponse erron\u00e9e dans <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_{ab}\">$F_{ab}$<\/span> \u2014, le champ de mise en correspondance d\u00e9clenche imm\u00e9diatement une \u00e9l\u00e9vation infinit\u00e9simale et dynamique du param\u00e8tre de vigilance <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\rho_a\">$\\rho_a$<\/span> du module <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\rho_a = \\frac{|I_a \\cap w_J^a|}{|I_a|} + \\delta\">$$\\rho_a = \\frac{|I_a \\cap w_J^a|}{|I_a|} + \\delta$$<\/span><\/p>\n<p>Cette l\u00e9g\u00e8re augmentation force instantan\u00e9ment <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"ART_a\">$ART_a$<\/span> \u00e0 rejeter la cat\u00e9gorie fautive trop g\u00e9n\u00e9rale par le m\u00e9canisme de <em>reset<\/em>, et \u00e0 rechercher une sous-cat\u00e9gorie plus fine et discriminante, ou \u00e0 cr\u00e9er un nouveau prototype sp\u00e9cifique. Ce processus garantit un apprentissage incr\u00e9mental extr\u00eamement rapide, souvent en une seule passe (<em>one-shot learning<\/em>), tout en offrant une tra\u00e7abilit\u00e9 totale : \u00e0 l&rsquo;inverse des repr\u00e9sentations n\u00e9buleuses des r\u00e9seaux profonds actuels, chaque cat\u00e9gorie form\u00e9e dans ARTMAP est directement traduisible sous la forme d&rsquo;une r\u00e8gle logique explicite (\u00ab Si telles caract\u00e9ristiques sont pr\u00e9sentes, alors telle classe s&rsquo;ensuit \u00bb), conf\u00e9rant au mod\u00e8le une explicabilit\u00e9 algorithmique intrins\u00e8que.<\/p>\n<h3>4.2 D\u00e9clinaisons modulaires : Fuzzy ARTMAP et Default ARTMAP<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;amplifier la robustesse d&rsquo;ARTMAP face aux incertitudes du monde r\u00e9el et \u00e0 la manipulation de donn\u00e9es mixtes, continues et hautement non lin\u00e9aires, Carpenter, Grossberg et leurs collaborateurs con\u00e7oivent en 1992 le syst\u00e8me <em>Fuzzy ARTMAP<\/em>. Cette d\u00e9clinaison int\u00e8gre de fa\u00e7on magistrale les principes de la th\u00e9orie des ensembles flous, formul\u00e9e par Lotfi Zadeh, directement au sein des \u00e9quations de comparaison du champ <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F_1\">$F_1$<\/span>. L&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;intersection ensembliste binaire classique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"cap\">$cap$<\/span>) y est remplac\u00e9e par l&rsquo;op\u00e9rateur flou de minimum composante par composante (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"wedge\">$wedge$<\/span>), d\u00e9fini pour deux vecteurs <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"q\">$q$<\/span> par :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"(p wedge q)_i = \\min(p_i, q_i)\">$$(p wedge q)_i = \\min(p_i, q_i)$$<\/span><\/p>\n<p>Dans Fuzzy ARTMAP, les cat\u00e9gories encod\u00e9es par les poids synaptiques descendants peuvent \u00eatre visualis\u00e9es g\u00e9om\u00e9triquement sous la forme d&rsquo;hyperrectangles multidimensionnels dans l&rsquo;espace des caract\u00e9ristiques. Chaque hyperrectangle d\u00e9limite la zone de l&rsquo;espace couverte par un prototype de classe. Gr\u00e2ce \u00e0 une technique indispensable de pr\u00e9-traitement neuronal appel\u00e9e le <em>codage par compl\u00e9ment<\/em> (<em>complement coding<\/em>) \u2014 qui associe \u00e0 chaque vecteur d&rsquo;entr\u00e9e <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"a\">$a$<\/span> son compl\u00e9ment binaire ou continu <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"a^c = 1 - a\">$a^c = 1 &#8211; a$<\/span> \u2014, le r\u00e9seau normalise la taille relative des entr\u00e9es et pr\u00e9vient un probl\u00e8me g\u00e9om\u00e9trique pernicieux connu sous le nom de prolif\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e des cat\u00e9gories (<em>category proliferation<\/em>).<\/p>\n<p>Par la suite, des extensions optimis\u00e9es telles que <em>Default ARTMAP<\/em> ont \u00e9t\u00e9 introduites afin de standardiser les hyperparam\u00e8tres et d&rsquo;\u00e9liminer les biais li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ordre s\u00e9quentiel de pr\u00e9sentation des donn\u00e9es d&rsquo;apprentissage. Dans de multiples bancs d&rsquo;essai industriels et comp\u00e9titions algorithmiques face aux approches connexionnistes dominantes bas\u00e9es sur la r\u00e9tropropagation du gradient (<em>Backpropagation<\/em>), Fuzzy ARTMAP a d\u00e9montr\u00e9 une sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9clatante en termes de vitesse de convergence (atteignant souvent des vitesses d&rsquo;apprentissage mille fois sup\u00e9rieures) et d&rsquo;\u00e9conomie de calcul, tout en se montrant insensible aux pi\u00e8ges des minima locaux qui paralysent fr\u00e9quemment les r\u00e9seaux de neurones descendants conventionnels.<\/p>\n<h3>4.3 Fusion multimodale et m\u00e9moire \u00e9pisodique distribu\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 fonctionnelle de la brique de calcul ARTMAP a permis \u00e0 Stephen Grossberg d&rsquo;\u00e9tendre ses conceptions \u00e0 la mod\u00e9lisation des architectures c\u00e9r\u00e9brales complexes responsables de la fusion multimodale et de la m\u00e9moire \u00e9pisodique distribu\u00e9e. Dans le syst\u00e8me nerveux biologique, la compr\u00e9hension d&rsquo;une sc\u00e8ne complexe n&rsquo;est jamais le r\u00e9sultat de l&rsquo;activation d&rsquo;un canal sensoriel isol\u00e9 ; elle \u00e9merge de l&rsquo;int\u00e9gration synchrone et coh\u00e9rente de signaux visuels, de stimuli auditifs, de traces proprioceptives et d&rsquo;indices contextuels spatio-temporels.<\/p>\n<p>Grossberg propose d&rsquo;organiser des constellations modulaires de r\u00e9seaux ART interconnect\u00e9s en une hi\u00e9rarchie mimant l&rsquo;organisation anatomique reliant les aires sensorielles secondaires du n\u00e9ocortex aux formations du lobe temporal m\u00e9dian et au complexe hippocampique. Dans ces architectures de niveau sup\u00e9rieur, les sorties cat\u00e9gorielles de modules ART visuels et auditifs convergent vers un r\u00e9seau ART multimodal agissant comme un carrefour associatif. Cette structure permet au syst\u00e8me de r\u00e9aliser des inf\u00e9rences transmodales sophistiqu\u00e9es : la perception d&rsquo;un son caract\u00e9ristique peut instantan\u00e9ment susciter l&rsquo;attente descendante d&rsquo;une forme visuelle sp\u00e9cifique, m\u00eame si celle-ci est temporairement occult\u00e9e dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>Par ailleurs, cette approche computationnelle offre une mod\u00e9lisation rigoureuse de la m\u00e9moire \u00e9pisodique. En articulant la m\u00e9moire de travail \u00e0 court terme et le stockage hi\u00e9rarchique au sein de modules ART coupl\u00e9s, Grossberg et ses \u00e9l\u00e8ves simulent la fa\u00e7on dont le syst\u00e8me hippocampo-cortical lie de mani\u00e8re coh\u00e9rente des \u00e9v\u00e9nements s\u00e9quentiels (le \u00ab quoi \u00bb, le \u00ab o\u00f9 \u00bb et le \u00ab quand \u00bb) au sein d&rsquo;une trace unifi\u00e9e. Ces mod\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 valid\u00e9s sur des t\u00e2ches industrielles de tr\u00e8s haute complexit\u00e9, allant de la reconnaissance automatique de cibles radar multi-capteurs \u00e0 la navigation autonome de robots terrestres, d\u00e9montrant que les principes de r\u00e9sonance et d&rsquo;appariement adaptatif constituent un mod\u00e8le universel de traitement pour la fusion d&rsquo;informations massives et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<h2>5. Mod\u00e9lisation de la vision biologique et de la perception spatiale<\/h2>\n<h3>5.1 La th\u00e9orie du syst\u00e8me de segmentation et de compl\u00e9tion (BCS\/FCS)<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des accomplissements les plus vertigineux de Stephen Grossberg r\u00e9side dans sa th\u00e9orie computationnelle de la vision biologique, formul\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 en collaboration avec Ennio Mingolla. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les approches de vision par ordinateur issues des travaux de David Marr traitaient la perception visuelle comme une succession d&rsquo;op\u00e9rations de filtrage lin\u00e9aire et de reconstruction g\u00e9om\u00e9trique 3D passive (la d\u00e9rivation du <em>2.5D sketch<\/em>), Grossberg d\u00e9montre que la vision humaine est un processus \u00e9minemment actif, constructif et paradoxal. Pour rendre compte de la mani\u00e8re dont nous percevons les formes, il scinde fonctionnellement le traitement cortical de la forme et de la couleur en deux sous-syst\u00e8mes coop\u00e9ratifs et comp\u00e9titifs compl\u00e9mentaires : le <em>Boundary Contour System<\/em> (BCS) et le <em>Feature Contour System<\/em> (FCS).<\/p>\n<p>Le Boundary Contour System (BCS), localis\u00e9 principalement au sein du cortex visuel primaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span>) et secondaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V2\">$V2$<\/span>), est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extraction, \u00e0 l&rsquo;orientation et \u00e0 la compl\u00e9tion des bordures spatiales. Sa t\u00e2che fondamentale est d&rsquo;engendrer des fronti\u00e8res perceptives pr\u00e9cises et continues, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 le signal r\u00e9tinien est discontinu ou partiellement masqu\u00e9. Grossberg formalise math\u00e9matiquement au sein du BCS l&rsquo;\u00e9mergence des contours illusoires, dont le triangle de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"http:\/\/www.scholarpedia.org\/article\/Kanizsa_triangle\">Gaetano Kanizsa<\/a> offre la manifestation la plus spectaculaire. Il d\u00e9montre que des populations de cellules simples et complexes bipolaires collaborent \u00e0 travers un filtre orient\u00e9 et une boucle de r\u00e9troaction non lin\u00e9aire longue distance (les connexions horizontales de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V2\">$V2$<\/span>), pour projeter des fronti\u00e8res invisibles mais perceptibles reliant des indices g\u00e9om\u00e9triques colin\u00e9aires disjoints. Le BCS est un syst\u00e8me structurellement \u00ab aveugle \u00bb : il traite de la d\u00e9limitation pure et demeure insensible \u00e0 la polarit\u00e9 du contraste de luminosit\u00e9.<\/p>\n<p>Compl\u00e9mentaire au BCS, le <em>Feature Contour System<\/em> (FCS), situ\u00e9 le long de la voie ventrale aboutissant \u00e0 l&rsquo;aire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V4\">$V4$<\/span>, g\u00e8re la diffusion et le remplissage perceptif (<em>filling-in<\/em>) des attributs de brillance, de couleur et de texture. Selon Grossberg, la couleur et la clart\u00e9 ne sont pas encod\u00e9es point par point \u00e0 la surface d&rsquo;une image ; le cerveau mesure uniquement les contrastes locaux aux fronti\u00e8res des objets (gr\u00e2ce aux cellules r\u00e9tiniennes et thalamiques \u00e0 champs r\u00e9cepteurs antagonistes). Ensuite, ces signaux de couleur diffusent litt\u00e9ralement dans un milieu syncytial neuronal par un processus continu de diffusion \u00e9lectrochimique gouvern\u00e9 par des \u00e9quations de d\u00e9rivation non lin\u00e9aires. Cette diffusion se propage dans toutes les directions jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle rencontre les barri\u00e8res \u00e9tanches \u00e9rig\u00e9es par le BCS. Le BCS agit ainsi comme une digue computationnelle retenant la couleur. Cette th\u00e9orie \u00e9l\u00e9gante r\u00e9sout le compromis fondamental entre la localisation spatiale pr\u00e9cise des bordures et l&rsquo;identification des surfaces, expliquant avec une clart\u00e9 magistrale une multitude de paradoxes psychophysiques tels que l&rsquo;effet de Craik-O&rsquo;Brien-Cornsweet.<\/p>\n<h3>5.2 Vision tridimensionnelle, st\u00e9r\u00e9opsie et mod\u00e8le 3D LAMINART<\/h3>\n<p>La puissance du mod\u00e8le BCS\/FCS a trouv\u00e9 son couronnement dans le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur du mod\u00e8le <em>3D LAMINART<\/em>, \u00e9labor\u00e9 par Grossberg, Mingolla et Deepak Raizada \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. LAMINART constitue un tour de force d&rsquo;int\u00e9gration neurobiologique : il incorpore explicitement l&rsquo;organisation cytoarchitectonique en six couches horizontales distinctes des aires corticales <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V2\">$V2$<\/span>, en reliant cette microstructure laminaire aux computations st\u00e9r\u00e9oscopiques et \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation de la figure et du fond.<\/p>\n<p>Dans LAMINART, les couches $4$, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span> et $6$ de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V2\">$V2$<\/span> entretiennent des interactions st\u00e9r\u00e9oscopiques pr\u00e9cises :<\/p>\n<ul>\n<li>Les signaux binoculaires en provenance du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral p\u00e9n\u00e8trent dans la couche $4$, o\u00f9 des d\u00e9tecteurs binoculaires comparent les d\u00e9calages de disparit\u00e9 r\u00e9tinienne entre les deux yeux.<\/li>\n<li>Ces signaux sont ensuite achemin\u00e9s vers les couches supragranulaires <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span>, au sein desquelles se d\u00e9ploient des interactions comp\u00e9titives et coop\u00e9ratives complexes (filtres bipolaires et connexions horizontales isotropes et anisotropes) qui extraient les surfaces situ\u00e9es \u00e0 des profondeurs concordantes.<\/li>\n<li>De mani\u00e8re cruciale, des r\u00e9troactions intracorticales descendantes issues des couches <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span> vers la couche $6$ permettent un contr\u00f4le de gain multiplicatif puissant. Ce circuit corticocortical en boucle ferm\u00e9e supprime s\u00e9lectivement les fausses appariements st\u00e9r\u00e9oscopiques, \u00e9liminant l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la vision binoculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De surcro\u00eet, le mod\u00e8le 3D LAMINART r\u00e9sout l&rsquo;\u00e9pineux probl\u00e8me de la capture de surface et de la translucidit\u00e9 perceptive. Il explique comment le syst\u00e8me visuel humain est capable d&rsquo;isoler une forme dissimul\u00e9e derri\u00e8re un feuillage dense ou une surface semi-transparente, en assignant simultan\u00e9ment les bordures aux diff\u00e9rents plans de profondeur. En cartographiant avec une exactitude math\u00e9matique la mani\u00e8re dont les neurones pyramidaux et les interneurones inhibiteurs des couches corticales coop\u00e8rent, Grossberg a apport\u00e9 la d\u00e9monstration \u00e9clatante que l&rsquo;architecture laminaire du cortex c\u00e9r\u00e9bral n&rsquo;est pas un accident de l&rsquo;\u00e9volution embryologique, mais une solution computationnelle universelle pour stabiliser le calcul perceptif tridimensionnel non lin\u00e9aire.<\/p>\n<h3>5.3 Perception du mouvement visuel et flux optique<\/h3>\n<p>La perception de l&rsquo;espace ne saurait \u00eatre compl\u00e8te sans le traitement dynamique du mouvement et du flux optique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le d\u00e9placement propre de l&rsquo;observateur. Stephen Grossberg et Mark Ruderman ont \u00e9tendu le champ de la th\u00e9orie unifi\u00e9e de la vision en formulant le mod\u00e8le <em>Motion BCS<\/em>, d\u00e9crivant la sp\u00e9cialisation fonctionnelle de la voie dorsale (magno-cellulaire) reliant l&rsquo;aire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span> au complexe m\u00e9dio-temporal (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V5\/MT\">$V5\/MT$<\/span>).<\/p>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis computationnels majeurs relev\u00e9s par ce mod\u00e8le est le c\u00e9l\u00e8bre probl\u00e8me de l&rsquo;ouverture (<em>aperture problem<\/em>). Lorsqu&rsquo;une ligne ou une bordure orient\u00e9e se d\u00e9place \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du champ r\u00e9cepteur restreint d&rsquo;un neurone visuel primaire, la composante du mouvement parall\u00e8le \u00e0 la bordure est physiquement ind\u00e9tectable ; seule la direction perpendiculaire peut \u00eatre enregistr\u00e9e, g\u00e9n\u00e9rant une incertitude intrins\u00e8que sur la trajectoire r\u00e9elle de l&rsquo;objet. Grossberg r\u00e9sout ce probl\u00e8me en mod\u00e9lisant l&rsquo;int\u00e9gration bidirectionnelle entre les cellules directionnelles locales de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span> et les cellules \u00e0 large champ int\u00e9grateur de l&rsquo;aire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"MT\">$MT$<\/span>. Les v\u00e9ritables vecteurs de mouvement d&rsquo;un objet sont en r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re univoque \u00e0 ses extr\u00e9mit\u00e9s, aux coins ou aux discontinuit\u00e9s g\u00e9om\u00e9triques (les signaux d&rsquo;occlusion). Le mod\u00e8le d\u00e9montre comment des r\u00e9troactions descendantes rapides issues de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"MT\">$MT$<\/span> vers <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V1\">$V1$<\/span> permettent aux signaux de mouvement non ambigus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s de capturer et de corriger instantan\u00e9ment les signaux ambigus le long des segments lin\u00e9aires, propageant un flux de mouvement coh\u00e9rent sur l&rsquo;ensemble de la silhouette.<\/p>\n<p>Ce formalisme s&rsquo;\u00e9tend harmonieusement \u00e0 l&rsquo;analyse du flux optique global et au maintien de la stabilit\u00e9 perceptive durant l&rsquo;exploration visuelle active. Tandis que nos yeux effectuent plusieurs saccades rapides par seconde \u2014 balayant brutalement l&rsquo;image r\u00e9tinienne d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre \u2014, notre perception consciente du monde demeure miraculeusement immobile et continue. Grossberg d\u00e9montre que cette stabilit\u00e9 d\u00e9coule d&rsquo;un m\u00e9canisme de recalibration pr\u00e9dictive o\u00f9 les signaux moteurs saccadiques (la d\u00e9charge corollaire) modulent par anticipation les filtres r\u00e9sonants du Motion BCS. En r\u00e9ajustant dynamiquement le r\u00e9f\u00e9rentiel spatial avant m\u00eame que le globe oculaire n&rsquo;ait achev\u00e9 sa course, le cerveau neutralise le flux de mouvement auto-induit, illustrant une fois de plus la sup\u00e9riorit\u00e9 des architectures r\u00e9currentes pr\u00e9dictives sur les approches de traitement passif du signal.<\/p>\n<h2>6. Traitement de l&rsquo;audition, de la parole et cognition du langage<\/h2>\n<h3>6.1 Le mod\u00e8le ARTSTREAM et la s\u00e9gr\u00e9gation des flux auditifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des modalit\u00e9s sensorielles par Stephen Grossberg ne s&rsquo;est pas confin\u00e9e \u00e0 la vision. D\u00e8s les ann\u00e9es 1990, en collaboration avec Govind Govindarajan, il s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;un des probl\u00e8mes les plus intimidants de la neurobiologie cognitive : le probl\u00e8me de la r\u00e9ception s\u00e9lective auditive, universellement d\u00e9sign\u00e9 sous le nom d&rsquo;effet cocktail party (<em>cocktail party problem<\/em>). Dans un environnement acoustique satur\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealent simultan\u00e9ment de multiples voix humaines, des rires, de la musique et des bruits de fond chaotiques, la cochl\u00e9e enregistre une onde de pression m\u00e9canique composite extr\u00eamement enchev\u00eatr\u00e9e. Comment le cerveau extrait-il et s\u00e9gr\u00e8ge-t-il avec une aisance d\u00e9concertante une voix individuelle continue pour la suivre au milieu du tumulte ambiant ?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, Grossberg con\u00e7oit le mod\u00e8le <em>ARTSTREAM<\/em>, une architecture fond\u00e9e sur la r\u00e9sonance spectro-temporelle adaptative. ARTSTREAM montre comment des couches neuronales cochl\u00e9otopiques, organis\u00e9es de mani\u00e8re hi\u00e9rarchique au sein du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cortex auditif primaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A1\">$A1$<\/span>), mettent en \u0153uvre des filtres de s\u00e9lection de p\u00e9riodicit\u00e9 et d&rsquo;extraction harmonique. Le c\u0153ur du mod\u00e8le repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se que la parole d&rsquo;un locuteur donn\u00e9 poss\u00e8de une coh\u00e9rence spectrale intime, caract\u00e9ris\u00e9e par une fr\u00e9quence fondamentale (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"F0\">$F0$<\/span>) et un ensemble harmonique corr\u00e9l\u00e9 \u00e9voluant contin\u00fbment dans le temps.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me ARTSTREAM utilise des boucles de r\u00e9sonance adaptative pour capturer ces signatures harmoniques. Lorsqu&rsquo;un faisceau harmonique coh\u00e9rent \u00e9merge, il d\u00e9clenche une r\u00e9sonance qui inhibe lat\u00e9ralement les composantes fr\u00e9quentielles non concordantes, s\u00e9gr\u00e9geant litt\u00e9ralement le flux sonore s\u00e9lectionn\u00e9 des flux concurrents. De mani\u00e8re fondamentale, Grossberg prouve que la s\u00e9lection attentionnelle descendante (<em>top-down auditory attention<\/em>) joue un r\u00f4le causal direct dans ce tri : l&rsquo;attention ne se borne pas \u00e0 amplifier passivement un signal pr\u00e9existant, elle stabilise la r\u00e9sonance spectrale de la voix cible, emp\u00eachant les fluctuations transitoires des sources sonores voisines de briser l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du flux auditif suivi. ARTSTREAM d\u00e9montre ainsi que la s\u00e9gr\u00e9gation et le suivi de flux sont deux facettes indissociables d&rsquo;une m\u00eame dynamique unificatrice de r\u00e9sonance adaptative.<\/p>\n<h3>6.2 Perception de la parole et restauration phon\u00e9mique (cARGPHONE)<\/h3>\n<p>La perception du langage articul\u00e9 pose un paradoxe temporel encore plus fascinant que celui de la vision : le signal acoustique de la parole humaine est fugace, hautement variable d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;autre et r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9grad\u00e9 par des coupures physiques de transmission ou des masquages par des bruits parasites. Dans les ann\u00e9es 1970, le psychologue Richard Warren avait document\u00e9 l&rsquo;illusion de restauration phon\u00e9mique : si l&rsquo;on prend l&rsquo;enregistrement d&rsquo;une phrase telle que \u00ab <em>There was time to *ave on the river<\/em> \u00bb en rempla\u00e7ant la consonne initiale par un son de toux (*), un auditeur entend non seulement le mot intact \u00ab <em>wave<\/em> \u00bb, mais il est absolument incapable de situer avec pr\u00e9cision le moment o\u00f9 la toux s&rsquo;est produite. La perception a litt\u00e9ralement synth\u00e9tis\u00e9 le phon\u00e8me manquant de mani\u00e8re r\u00e9troactive.<\/p>\n<p>Stephen Grossberg et ses coll\u00e8gues ont mod\u00e9lis\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne spectaculaire au sein de l&rsquo;architecture <em>cARGPHONE<\/em> (puis dans le mod\u00e8le ARTWORD). Ce mod\u00e8le \u00e9tablit que la reconnaissance de la parole met en jeu une dialectique dynamique entre une r\u00e9sonance prospective et une r\u00e9sonance r\u00e9trospective. Dans le cerveau, les traces auditives ascendantes br\u00e8ves sont conserv\u00e9es transitoirement dans une m\u00e9moire de travail phonologique. Si un segment acoustique est masqu\u00e9 ou ambigu, le flux ascendant ne s&rsquo;effondre pas imm\u00e9diatement : il active simultan\u00e9ment plusieurs hypoth\u00e8ses lexicales candidates au sein des aires temporales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>D\u00e8s que le mot complet est identifi\u00e9 en contexte par ces repr\u00e9sentations lexicales sup\u00e9rieures (par exemple, le contexte s\u00e9mantique de la rivi\u00e8re \u00e9limine \u00ab <em>rave<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>save<\/em> \u00bb au profit de \u00ab <em>wave<\/em> \u00bb), une attente descendante massive est projet\u00e9e en arri\u00e8re vers les couches acoustico-phon\u00e9tiques primaires. Si le bruit masquant (la toux) fournit une \u00e9nergie spectrale suffisante dans les fr\u00e9quences appropri\u00e9es, l&rsquo;attente descendante capture cette \u00e9nergie non structur\u00e9e et l&rsquo;auto-organise selon la forme prototypique du phon\u00e8me attendu via la r\u00e8gle des deux tiers d&rsquo;ART. Le phon\u00e8me \/w\/ est alors litt\u00e9ralement entendu de fa\u00e7on synth\u00e9tique avant que la perception ne devienne consciente. Grossberg apporte ainsi la preuve math\u00e9matique que la perception de la parole n&rsquo;est pas un d\u00e9codage purement s\u00e9quentiel en temps r\u00e9el, mais une int\u00e9gration r\u00e9sonante o\u00f9 le futur imm\u00e9diat d&rsquo;une phrase reconfigure le pass\u00e9 r\u00e9cent des phon\u00e8mes per\u00e7us.<\/p>\n<h3>6.3 Syntaxe, s\u00e9quen\u00e7age temporel et m\u00e9moire de travail linguistique<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 du phon\u00e8me et du mot, l&rsquo;esprit humain se singularise par sa facult\u00e9 de combiner des symboles dans un ordre syntaxique rigoureux pour engendrer un nombre infini de significations. Face aux mod\u00e8les linguistiques computationnels h\u00e9rit\u00e9s de Noam Chomsky, qui postulent l&rsquo;existence d&rsquo;organes grammaticaux inn\u00e9s manipulant des r\u00e8gles algorithmiques formelles d\u00e9sincarn\u00e9es, Stephen Grossberg a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie purement connexionniste et biologique de la syntaxe et de la m\u00e9moire de travail s\u00e9rielle, connue sous le nom de mod\u00e8le <em>Item-and-Order<\/em> et formalis\u00e9e dans le r\u00e9seau <em>Competitive Queuing<\/em> (file d&rsquo;attente comp\u00e9titive).<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me central du s\u00e9quen\u00e7age temporel est le suivant : comment un r\u00e9seau de neurones massivement parall\u00e8le peut-il m\u00e9moriser et restituer un ordre s\u00e9quentiel temporel (comme les lettres d&rsquo;un mot ou les mots d&rsquo;une phrase) sans disposer d&rsquo;une horloge num\u00e9rique interne ou de registres \u00e0 d\u00e9calage ? Grossberg d\u00e9montre que l&rsquo;ordre s\u00e9quentiel est encod\u00e9 sous la forme d&rsquo;un gradient spatial d&rsquo;activation au sein d&rsquo;une m\u00e9moire de travail r\u00e9currente. Lorsqu&rsquo;une s\u00e9quence d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments est pr\u00e9sent\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>Le premier \u00e9l\u00e9ment est repr\u00e9sent\u00e9 avec le niveau d&rsquo;activit\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9.<\/li>\n<li>Le second avec une intensit\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieure.<\/li>\n<li>Et ainsi de suite, cr\u00e9ant un gradient d\u00e9croissant d&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;activation sur une population de n\u0153uds distribu\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lors de la phase de restitution ou de performance motrice, une comp\u00e9tition globale non lin\u00e9aire s\u00e9lectionne l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment poss\u00e9dant l&rsquo;activit\u00e9 la plus haute (le premier de la liste). D\u00e8s que cet \u00e9l\u00e9ment est \u00e9mis, un m\u00e9canisme autonome d&rsquo;inhibition collat\u00e9rale (ou de d\u00e9pl\u00e9tion d&rsquo;activation) supprime temporairement ce n\u0153ud, permettant au deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment le plus actif d&rsquo;\u00e9merger \u00e0 son tour au sommet du gradient d&rsquo;activation, et de prendre la t\u00eate de la file d&rsquo;attente comp\u00e9titive.<\/p>\n<p>Grossberg d\u00e9montre math\u00e9matiquement que ce principe d&rsquo;activation spatio-temporelle pr\u00e9serve de mani\u00e8re optimale la stabilit\u00e9 des repr\u00e9sentations syntaxiques et phonologiques. Ce cadre explique naturellement les erreurs de permutation courantes observ\u00e9es dans le langage spontan\u00e9 (les lapsus de type m\u00e9tath\u00e8se ou <em>spoonerisms<\/em>), les effets de primaut\u00e9 et de r\u00e9cence dans le rappel s\u00e9riel, ainsi que la transition continue entre la structuration phonologique fine et l&rsquo;acc\u00e8s s\u00e9mantique conceptuel. En \u00e9liminant le besoin de machineries symboliques ad hoc, Grossberg r\u00e9int\u00e8gre la linguistique dans le giron de la dynamique des syst\u00e8mes physiques auto-stabilis\u00e9s.<\/p>\n<h2>7. Motivation, \u00e9motions et apprentissage par renforcement : Mod\u00e8le CogEM<\/h2>\n<h3>7.1 Architecture cognitive-\u00e9motionnelle-motrice (Cognitive-Emotional-Motor)<\/h3>\n<p>Dans la vision unifi\u00e9e de Stephen Grossberg, la cognition ne saurait \u00eatre comprise comme une facult\u00e9 intellectuelle froide, isol\u00e9e des imp\u00e9ratifs biologiques fondamentaux de la survie. Contrairement \u00e0 l&rsquo;intelligence artificielle classique qui a longtemps rel\u00e9gu\u00e9 les \u00e9motions au rang d&rsquo;artefacts perturbateurs ou de sous-syst\u00e8mes p\u00e9riph\u00e9riques, Grossberg con\u00e7oit l&rsquo;architecture mentale comme une boucle r\u00e9troactive indissociable entre cognition, \u00e9motion et action. Cette vision trouve sa concr\u00e9tisation formelle dans le mod\u00e8le <em>CogEM<\/em> (<em>Cognitive-Emotional-Motor<\/em>), \u00e9labor\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 et perfectionn\u00e9 au fil des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le CogEM articule les computations c\u00e9r\u00e9brales autour de trois populations nodales interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les repr\u00e9sentations sensorielles (Sensory Representations) :<\/strong> Situ\u00e9es dans les aires associatives n\u00e9ocorticales, elles traitent et cat\u00e9gorisent les configurations complexes de stimuli externes (la vue d&rsquo;un pr\u00e9dateur, la silhouette d&rsquo;un aliment, un signal sonore).<\/li>\n<li><strong>Les centres d&rsquo;entra\u00eenement motivationnel (Drive Representations) :<\/strong> Enracin\u00e9s au sein des structures sous-corticales \u2014 principalement l&rsquo;amygdale, l&rsquo;hypothalamus et le striatum ventral \u2014, ces circuits encodent les besoins hom\u00e9ostatiques internes prioritaires (la faim, la soif, la peur, le d\u00e9sir de reproduction).<\/li>\n<li><strong>Les commandes motrices (Motor Representations) :<\/strong> Localis\u00e9es dans le cortex moteur, les ganglions de la base et le cervelet, elles planifient et ex\u00e9cutent les plans d&rsquo;action comportementaux adapt\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La dynamique fondamentale de CogEM repose sur l&rsquo;\u00e9change de signaux d&rsquo;incitation conditionn\u00e9s et de r\u00e9troactions motivationnelles. Une repr\u00e9sentation sensorielle, initialement neutre, s&rsquo;associe par plasticit\u00e9 synaptique grossbergienne \u00e0 une repr\u00e9sentation motivationnelle lorsque le stimulus co\u00efncide avec un \u00e9tat de r\u00e9compense ou de punition. D\u00e8s que cette association est consolid\u00e9e, l&rsquo;activation du stimulus sensoriel envoie un signal d&rsquo;incitation ascendant vers le centre d&rsquo;entra\u00eenement \u00e9motionnel. En r\u00e9ponse, si le besoin hom\u00e9ostatique correspondant est actif (par exemple, si l&rsquo;organisme est priv\u00e9 de nourriture), le centre motivationnel renvoie un signal d&rsquo;attente \u00e9motionnelle descendante vers les repr\u00e9sentations sensorielles. Ce signal descendant agit comme une lentille attentionnelle : il amplifie pr\u00e9f\u00e9rentiellement la saillance cognitive des stimuli pertinents pour l&rsquo;\u00e9tat interne de l&rsquo;organisme, tout en lib\u00e9rant les commandes motrices orient\u00e9es vers l&rsquo;action consumatoire.<\/p>\n<p>En cartographiant pr\u00e9cis\u00e9ment ces circuits sur les projections r\u00e9ciproques unissant le complexe amygdalien, le cortex orbitofrontal et l&rsquo;hypothalamus, Grossberg propose une th\u00e9orie rigoureuse o\u00f9 les \u00e9motions constituent la monnaie motivationnelle universelle du cerveau, dictant la focalisation de l&rsquo;attention et canalisant l&rsquo;apprentissage par renforcement sans recourir \u00e0 un quelconque agent d\u00e9cisionnel magique.<\/p>\n<h3>7.2 La th\u00e9orie du dip\u00f4le r\u00e9current (Gated Dipole)<\/h3>\n<p>Pour expliquer comment le cerveau traite la valence \u00e9motionnelle, les transitions affectives rapides et les effets de contraste psychologique spectaculaires, Stephen Grossberg a d\u00e9velopp\u00e9 un mod\u00e8le d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 math\u00e9matique magistrale : la th\u00e9orie du <em>dip\u00f4le r\u00e9current<\/em> (<em>Gated Dipole<\/em>). Ce circuit neuronal mod\u00e9lise l&rsquo;antagonisme fonctionnel entre deux voies oppos\u00e9es (une voie \u00ab ON \u00bb signalant l&rsquo;activation ou le plaisir, et une voie \u00ab OFF \u00bb signalant l&rsquo;inhibition ou la d\u00e9tresse) soumises \u00e0 une stimulation non sp\u00e9cifique commune.<\/p>\n<p>Le secret computationnel du dip\u00f4le r\u00e9current repose sur la pr\u00e9sence de m\u00e9diateurs chimiques \u00e9puisables au niveau des synapses travers\u00e9es par les signaux. Grossberg mod\u00e9lise la cin\u00e9tique d&rsquo;un transmetteur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"z(t)\">$z(t)$<\/span> dont la concentration disponible diminue au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il est lib\u00e9r\u00e9 sous l&rsquo;effet d&rsquo;un signal aff\u00e9rent soutenu <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S(t)\">$S(t)$<\/span>, selon une dynamique diff\u00e9rentielle de d\u00e9pl\u00e9tion et de reconstitution :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{dz}{dt} = \\alpha (\\beta - z) - \\gamma S z\">$$\\frac{dz}{dt} = \\alpha (\\beta &#8211; z) &#8211; \\gamma S z$$<\/span><\/p>\n<p>o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\alpha (\\beta - z)\">$\\alpha (\\beta &#8211; z)$<\/span> d\u00e9crit le taux de synth\u00e8se hom\u00e9ostatique vers la capacit\u00e9 maximale <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\beta\">$\\beta$<\/span>, et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-\\gamma S z\">$-\\gamma S z$<\/span> la lib\u00e9ration proportionnelle au signal. Lorsque le signal est appliqu\u00e9 \u00e0 la voie ON, celle-ci produit une bouff\u00e9e d&rsquo;activit\u00e9 initiale massive, suivie d&rsquo;une adaptation graduelle due \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement partiel du stock de neurotransmetteur disponible.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence ph\u00e9nom\u00e9nologique la plus fascinante se produit lors de l&rsquo;extinction brutale du signal d&rsquo;entr\u00e9e. Lorsque le stimulus de la voie ON s&rsquo;interrompt brutalement, les deux voies ne re\u00e7oivent plus que l&rsquo;activation non sp\u00e9cifique de fond. Or, les r\u00e9serves chimiques de la voie ON sont transitoirement \u00e9puis\u00e9es, tandis que celles de la voie OFF oppos\u00e9e sont demeur\u00e9es intactes et gorg\u00e9es de transmetteur. En cons\u00e9quence, la comp\u00e9tition r\u00e9currente entre les deux canaux bascule instantan\u00e9ment en faveur du canal oppos\u00e9 : la voie OFF g\u00e9n\u00e8re un rebond autonome d&rsquo;activit\u00e9 vigoureux (<em>antagonistic rebound<\/em>). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne math\u00e9matique rend compte d&rsquo;une multitude de comportements affectifs paradoxaux : la cessation soudaine d&rsquo;un stimulus terrifiant n&rsquo;entra\u00eene pas un simple retour au calme neutre, mais d\u00e9clenche un \u00e9lan imm\u00e9diat de soulagement ou d&rsquo;euphorie ; inversement, la disparition inattendue d&rsquo;une source de r\u00e9compense attendue provoque une onde instantan\u00e9e de frustration ou de col\u00e8re am\u00e8re.<\/p>\n<p>Le dip\u00f4le r\u00e9current fournit \u00e9galement une base computationnelle d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance absolue pour expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;extinction comportementale, de punition secondaire et d&rsquo;inhibition conditionn\u00e9e. Il d\u00e9montre que les dynamiques de bascule affective et de modulation de l&rsquo;humeur sont inscrites au plus profond de l&rsquo;usure biochimique locale des transmissions synaptiques confront\u00e9es \u00e0 des topologies antagonistes.<\/p>\n<h3>7.3 Prise de d\u00e9cision adaptative sous contrainte motivationnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration des mod\u00e8les CogEM et des dip\u00f4les r\u00e9currents permet \u00e0 Grossberg de poser les bases d&rsquo;une th\u00e9orie alternative de la prise de d\u00e9cision adaptative, qui se distingue fondamentalement des mod\u00e8les standards de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale et de l&rsquo;apprentissage par renforcement par diff\u00e9rence temporelle (<em>Temporal Difference Learning<\/em> ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/direct.mit.edu\/neco\/article-abstract\/10\/7\/1591\/6143\/A-Unified-Theory-of-Reinforcement-Learning\">TD-Learning<\/a> popularis\u00e9 par Sutton et Barto).<\/p>\n<p>Tandis que le TD-Learning s&rsquo;appuie sur une estimation scalaire abstraite de la r\u00e9compense future cumul\u00e9e via une erreur de pr\u00e9diction scalaire (souvent associ\u00e9e de mani\u00e8re unilat\u00e9rale \u00e0 la d\u00e9charge dopaminergique m\u00e9solimbique), le mod\u00e8le d\u00e9cisionnel de Grossberg montre que la prise de d\u00e9cision biologique est une comp\u00e9tition multidimensionnelle distribu\u00e9e. Dans ce cadre :<\/p>\n<ul>\n<li>Les choix comportementaux ne r\u00e9sultent pas de l&rsquo;optimisation d&rsquo;une fonction d&rsquo;utilit\u00e9 math\u00e9matique universelle et froide.<\/li>\n<li>Ils \u00e9mergent de la convergence dynamique entre des pressions hom\u00e9ostatiques internes sp\u00e9cifiques et des repr\u00e9sentations sensorielles contextualis\u00e9es au sein du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian et de l&rsquo;amygdale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsqu&rsquo;un organisme est confront\u00e9 \u00e0 des alternatives concurrentes sous un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;incertitude environnementale, le syst\u00e8me neuronal grossbergien int\u00e8gre continuellement la valeur subjective instantan\u00e9e des options. Cette int\u00e9gration s&rsquo;op\u00e8re par le biais de r\u00e9seaux comp\u00e9titifs non lin\u00e9aires r\u00e9currents \u00e0 normalisation automatique, au sein desquels des seuils d&rsquo;action fluctuants sont modul\u00e9s par des signaux de vigilance. Grossberg d\u00e9montre que son mod\u00e8le surmonte les faiblesses critiques du TD-Learning face aux r\u00e9\u00e9valuations motivationnelles soudaines : si un animal rassasi\u00e9 est confront\u00e9 \u00e0 un stimulus associ\u00e9 auparavant \u00e0 de la nourriture, le mod\u00e8le de Grossberg inhibe imm\u00e9diatement la r\u00e9ponse motrice gr\u00e2ce au verrouillage descendant des centres d&rsquo;entra\u00eenement, alors qu&rsquo;un syst\u00e8me de type TD-Learning classique continuera de poursuivre aveugl\u00e9ment la r\u00e9compense p\u00e9rim\u00e9e tant qu&rsquo;une longue s\u00e9rie de renforcements n\u00e9gatifs n&rsquo;aura pas \u00e9cras\u00e9 ses tables de valeurs statiques.<\/p>\n<p>Cette sup\u00e9riorit\u00e9 structurelle conf\u00e8re aux architectures d\u00e9cisionnelles grossbergiennes une r\u00e9silience et une adaptabilit\u00e9 \u00e9cologique remarquables, fournissant une explication m\u00e9caniste et biologiquement ancr\u00e9e aux m\u00e9canismes qui pr\u00e9sident \u00e0 la s\u00e9lection des conduites adaptatives au c\u0153ur des milieux complexes et impr\u00e9visibles.<\/p>\n<h2>8. Contr\u00f4le moteur, planification et syst\u00e8mes sensori-moteurs<\/h2>\n<h3>8.1 Le mod\u00e8le VITE (Vector Integration To Endpoint)<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des syst\u00e8mes biologiques par Stephen Grossberg ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e aux fronti\u00e8res de la perception sensorielle et de la d\u00e9lib\u00e9ration \u00e9motionnelle ; elle a embrass\u00e9 avec la m\u00eame profondeur analytique le probl\u00e8me vertigineux de la motricit\u00e9 volontaire. Comment le syst\u00e8me nerveux planifie-t-il et coordonne-t-il le d\u00e9placement pr\u00e9cis et harmonieux d&rsquo;un membre \u2014 par exemple l&rsquo;extension du bras pour saisir un objet dans l&rsquo;espace \u2014, alors que les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9caniques des muscles, l&rsquo;inertie des articulations et la vitesse du geste varient continuellement ? Pour r\u00e9soudre cette \u00e9nigme, Stephen Grossberg et Daniel Bullock con\u00e7oivent en 1988 un mod\u00e8le fondamental de la commande motrice motrice : le mod\u00e8le <em>VITE<\/em> (<em>Vector Integration To Endpoint<\/em>).<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le VITE repose sur une formulation g\u00e9om\u00e9trique diff\u00e9rentielle d&rsquo;une clart\u00e9 magistrale, articul\u00e9e autour de trois variables neurales centrales repr\u00e9sent\u00e9es dans le cortex moteur et les aires pr\u00e9motrices :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La commande de position cible (Target Position Command, TPC ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T\">$T$<\/span>) :<\/strong> Un vecteur d&rsquo;activit\u00e9 spatiale codant la position finale d\u00e9sir\u00e9e pour le membre effecteur, dict\u00e9e par les repr\u00e9sentations perceptives spatiales.<\/li>\n<li><strong>Le vecteur de position actuelle (Present Position Command, PPC ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V\">$V$<\/span>) :<\/strong> Un vecteur neural refl\u00e9tant la position physique instantan\u00e9e du membre, continuellement mis \u00e0 jour par les r\u00e9troactions proprioceptives et l&rsquo;eff\u00e9rence interne.<\/li>\n<li><strong>Le vecteur diff\u00e9rence (Difference Vector, DV ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V - T\">$V &#8211; T$<\/span>) :<\/strong> Une assembl\u00e9e neuronale soustractive qui calcule en temps r\u00e9el l&rsquo;\u00e9cart vectoriel spatial r\u00e9siduel s\u00e9parant la position actuelle de la position cible d\u00e9sir\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le saut conceptuel r\u00e9volutionnaire de VITE r\u00e9side dans la s\u00e9paration rigoureuse op\u00e9r\u00e9e entre la planification spatiale de la trajectoire et le contr\u00f4le temporel de sa dynamique d&rsquo;ex\u00e9cution. Cette r\u00e9gulation est assur\u00e9e par un signal multiplicatif global non sp\u00e9cifique, \u00e9mis principalement par les ganglions de la base : le signal <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"GO\">$GO$<\/span> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"G(t)\">$G(t)$<\/span>). L&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle fondamentale gouvernant la mise \u00e0 jour de la position actuelle s&rsquo;\u00e9nonce :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{dV}{dt} = G(t) [T - V]^+\">$$\\frac{dV}{dt} = G(t) [T &#8211; V]^+$$<\/span><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ce couplage multiplicatif, la trajectoire g\u00e9om\u00e9trique du mouvement est invariante par rapport \u00e0 sa vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution : que le geste soit ex\u00e9cut\u00e9 lentement avec circonspection ou avec une v\u00e9locit\u00e9 explosive, le vecteur diff\u00e9rence dicte la m\u00eame trajectoire spatiale harmonieuse. De mani\u00e8re spectaculaire, Grossberg et Bullock d\u00e9montrent que l&rsquo;int\u00e9gration temporelle continue de cette \u00e9quation engendre spontan\u00e9ment des profils de vitesse en cloche (<em>bell-shaped velocity profiles<\/em>) asym\u00e9triques et reproduit fid\u00e8lement la c\u00e9l\u00e8bre loi empirique d&rsquo;invariance vitesse-courbure (la loi de puissance <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span>), confirmant que les r\u00e9gularit\u00e9s cin\u00e9matiques du mouvement humain ne n\u00e9cessitent aucun calcul d&rsquo;optimisation inverse complexe, mais \u00e9mergent naturellement de la dynamique d&rsquo;int\u00e9gration vectorielle interne.<\/p>\n<h3>8.2 Mod\u00e9lisation de la commande motrice c\u00e9r\u00e9belleuse et spinale<\/h3>\n<p>Si le mod\u00e8le VITE planifie avec \u00e9l\u00e9gance les coordonn\u00e9es cin\u00e9matiques du geste au sein des aires corticales, l&rsquo;ex\u00e9cution m\u00e9canique r\u00e9elle dans le monde physique doit affronter les contraintes de l&rsquo;inertie gravitationnelle, les frictions articulaires et les d\u00e9lais incompressibles de conduction nerveuse le long des axones moteurs p\u00e9riph\u00e9riques. Pour comprendre comment ces perturbations sont neutralis\u00e9es de mani\u00e8re fluide, Grossberg s&rsquo;associe \u00e0 nouveau \u00e0 Daniel Bullock, ainsi qu&rsquo;\u00e0 Michael Kuperstein, pour \u00e9tendre la th\u00e9orie \u00e0 la commande c\u00e9r\u00e9belleuse et aux r\u00e9flexes spinaux.<\/p>\n<p>Au sein de cette architecture motrice \u00e9tendue, le cervelet est mod\u00e9lis\u00e9 non pas comme une simple horloge, mais comme un filtre adaptatif pr\u00e9dictif \u00e0 apprentissage rapide, organis\u00e9 selon les principes de la r\u00e9sonance adaptative et des r\u00e9seaux d&rsquo;apprentissage synaptique biochimique. Les cellules de Purkinje re\u00e7oivent les signaux des fibres parall\u00e8les transmettant une copie de la commande motrice eff\u00e9rente corticale et des indices proprioceptifs p\u00e9riph\u00e9riques, tandis que les fibres grimpantes v\u00e9hiculent des signaux d&rsquo;erreur de trajectoire issus de l&rsquo;olive inf\u00e9rieure. Grossberg d\u00e9montre comment ce dispositif affine continuellement les gains de commande motrice en g\u00e9n\u00e9rant des compensations anticipatoires (<em>feedforward control<\/em>) qui neutralisent les couples de torsion passifs et les interactions d&rsquo;inertie multi-articulaires avant m\u00eame que ceux-ci ne d\u00e9vient le bras de sa trajectoire id\u00e9ale.<\/p>\n<p>Au niveau inf\u00e9rieur, l&rsquo;architecture s&rsquo;articule directement avec la biom\u00e9canique spinale via le mod\u00e8le <em>FLETE<\/em> (<em>Formant and Leading Element Target Engine<\/em>), qui formalise le fonctionnement des motoneurones alpha et gamma, des faisceaux neuromusculaires et des organes tendineux de Golgi r\u00e9gissant les paires de muscles agonistes et antagonistes. FLETE r\u00e9sout le probl\u00e8me classique du rel\u00e2chement musculaire et de la co-contraction : le syst\u00e8me neuronal est capable de moduler ind\u00e9pendamment la raideur articulaire (pour r\u00e9sister \u00e0 des perturbations externes ou stabiliser un outil) et l&rsquo;angle d&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;articulation. Cette synth\u00e8se magistrale unifie la cin\u00e9matique corticale et la dynamique musculo-squelettique dans un continuum cybern\u00e9tique coh\u00e9rent.<\/p>\n<h3>8.3 Syst\u00e8me saccadique et coordination \u0153il-t\u00eate<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des concr\u00e9tisations les plus achev\u00e9es des mod\u00e8les sensorimoteurs de Grossberg s&rsquo;incarne dans sa mod\u00e9lisation computationnelle du syst\u00e8me de guidage des saccades oculaires et de la coordination coordonn\u00e9e entre le regard et le d\u00e9placement de la t\u00eate. Les yeux humains accomplissent les mouvements balistiques les plus v\u00e9loces de l&rsquo;organisme, atteignant des vitesses angulaires sup\u00e9rieures \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"700^circ\">$700^circ$<\/span> par seconde, sans b\u00e9n\u00e9ficier de r\u00e9troactions visuelles en cours de course.<\/p>\n<p>En analysant les circuits reliant le cortex visuel, les champs oculaires frontaux (<em>Frontal Eye Fields<\/em> ou FEF) et le colliculus sup\u00e9rieur, Grossberg et ses collaborateurs mod\u00e9lisent le colliculus sup\u00e9rieur comme une carte motrice topographique auto-organis\u00e9e non lin\u00e9aire. Cette structure applique une transformation g\u00e9om\u00e9trique logarithmique complexe pour convertir des signaux r\u00e9tinotopiques d&rsquo;erreur sensorielle en commandes motrices vectorielles pr\u00e9cises dirig\u00e9es vers les noyaux pr\u00e9moteurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral :<\/p>\n<ul>\n<li>Le r\u00e9seau explique les m\u00e9canismes intimes de la recalibration saccadique : lorsqu&rsquo;un sujet porte des verres d\u00e9formants d\u00e9calant l&rsquo;image per\u00e7ue, le syst\u00e8me oculaire r\u00e9ajuste spontan\u00e9ment l&rsquo;amplitude de ses tirs moteurs en quelques dizaines d&rsquo;essais pour restaurer la pr\u00e9cision de la fov\u00e9ation.<\/li>\n<li>Grossberg mod\u00e9lise comment une onde de d\u00e9polarisation propag\u00e9e (<em>traveling wave<\/em>) au sein des couches interm\u00e9diaires du colliculus sup\u00e9rieur interagit avec les neurones de pause du raph\u00e9 m\u00e9dian pour couper instantan\u00e9ment la saccade lorsque l&rsquo;int\u00e9grateur neural oculaire confirme l&rsquo;atteinte de la cible.<\/li>\n<li>De plus, le mod\u00e8le r\u00e9sout le passage dynamique entre les r\u00e9f\u00e9rentiels \u00e9gocentr\u00e9s : les coordonn\u00e9es r\u00e9tinotopiques de l&rsquo;\u0153il sont fusionn\u00e9es de mani\u00e8re continue avec les signaux proprioceptifs des muscles nucaux et les flux vestibulaires issus de l&rsquo;oreille interne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette int\u00e9gration permet \u00e0 un observateur de d\u00e9placer de concert ses yeux, sa t\u00eate et son torse vers un point sonore ou visuel de l&rsquo;espace tridimensionnel tout en maintenant une stabilit\u00e9 absolue du rep\u00e8re spatial interne. En formalisant ces processus, Grossberg d\u00e9mant\u00e8le une nouvelle fois la vision fragmentaire de la perception passive, prouvant que voir, c&rsquo;est agir, et qu&rsquo;agir, c&rsquo;est pr\u00e9dire le monde \u00e0 travers des boucles r\u00e9sonantes incarn\u00e9es.<\/p>\n<h2>9. Conscience, attention et bases neurales de l&rsquo;exp\u00e9rience subjective<\/h2>\n<h3>9.1 Le mod\u00e8le de l&rsquo;attention consciente : &lsquo;Conscious ART&rsquo;<\/h3>\n<p>L&rsquo;interrogation philosophique et neuroscientifique relative \u00e0 la nature de la conscience ph\u00e9nom\u00e9nologique \u2014 le fameux \u00ab probl\u00e8me difficile \u00bb (<em>hard problem<\/em>) popularis\u00e9 par David Chalmers \u2014 a trouv\u00e9 chez Stephen Grossberg une r\u00e9ponse computationnelle audacieuse, articul\u00e9e tout au long de sa carri\u00e8re et synth\u00e9tis\u00e9e sous la banni\u00e8re du paradigme <em>Conscious ART<\/em>. Grossberg rejette vigoureusement le dualisme mystique tout autant que l&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme mat\u00e9rialiste r\u00e9ducteur, qui consid\u00e8re la conscience subjective comme un sous-produit tardif et sans fonction causale de la machinerie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Pour Grossberg, la conscience poss\u00e8de une fonction adaptative indispensable \u00e0 la survie des organismes sup\u00e9rieurs : elle est l&rsquo;\u00e9tat computationnel \u00e9mergent par lequel le syst\u00e8me nerveux valide, stabilise et consolide ses repr\u00e9sentations face \u00e0 l&rsquo;incertitude environnementale. Le postulat fondamental de Conscious ART s&rsquo;\u00e9nonce avec une concision lapidaire : <em>tous les \u00e9tats conscients sont des \u00e9tats r\u00e9sonants, bien que tous les \u00e9tats r\u00e9sonants ne soient pas n\u00e9cessairement conscients<\/em>. En d&rsquo;autres termes, la r\u00e9sonance neuronale synchrone est la condition physique <em>sine qua non<\/em> de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation d&rsquo;un contenu informationnel au seuil de l&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nologique subjective.<\/p>\n<p>Dans cette architecture, l&rsquo;attention descendante (<em>top-down attention<\/em>) joue le r\u00f4le de levier s\u00e9lectif primaire. Un stimulus sensoriel ascendant qui ne suscite aucune attente descendante correspondante s&rsquo;\u00e9teint rapidement dans les circuits p\u00e9riph\u00e9riques sans franchir le seuil d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la conscience, demeurant au stade de traitement subliminal automatique. En revanche, lorsque les flux ascendants et les projections descendantes issues du cortex pr\u00e9frontal ou des aires associatives entrent en phase d&rsquo;ad\u00e9quation mutuelle, une r\u00e9sonance adaptative locale ou globale s&#8217;embrase. Cette dynamique r\u00e9sonante synchronise les assembl\u00e9es cellulaires distantes, amplifie dramatiquement leurs potentiels membranaires et les maintient actifs pendant une dur\u00e9e temporelle suffisante pour d\u00e9clencher la synth\u00e8se perceptive consciente. La conscience n&rsquo;est donc ni localis\u00e9e dans un centre c\u00e9r\u00e9bral privil\u00e9gi\u00e9, ni dispers\u00e9e de mani\u00e8re amorphe : elle est une propri\u00e9t\u00e9 dynamique de coh\u00e9rence r\u00e9sonante distribu\u00e9e \u00e0 travers les couches lamellaires du n\u00e9ocortex.<\/p>\n<h3>9.2 Synchronisation gamma, oscillateurs neuronaux et coh\u00e9rence de phase<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des validations exp\u00e9rimentales les plus saisissantes des pr\u00e9dictions th\u00e9oriques de Grossberg r\u00e9side dans la d\u00e9couverte, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 par Wolf Singer, Charles Gray et leurs confr\u00e8res, des oscillations neuronales synchronis\u00e9es dans la bande de fr\u00e9quence gamma (autour de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"40\\text{ Hz}\">$40\\text{ Hz}$<\/span>). Alors que la communaut\u00e9 neuroscientifique d\u00e9couvrait avec stupeur que des neurones visuels distants d\u00e9chargeaient leurs potentiels d&rsquo;action en synchronie de phase pour lier les diff\u00e9rents attributs d&rsquo;un m\u00eame objet (r\u00e9solvant empiriquement le probl\u00e8me de la liaison temporelle ou <em>binding problem<\/em>), Grossberg avait pr\u00e9dit math\u00e9matiquement ce ph\u00e9nom\u00e8ne plus d&rsquo;une d\u00e9cennie auparavant dans ses \u00e9quations de r\u00e9sonance adaptative.<\/p>\n<p>Grossberg d\u00e9montre dans ses mod\u00e8les d&rsquo;oscillateurs neuronaux non lin\u00e9aires que la synchronisation temporelle rapide en phase gamma n&rsquo;est pas un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9coratif du m\u00e9tabolisme c\u00e9r\u00e9bral, mais le m\u00e9canisme physique exact par lequel s&rsquo;op\u00e8re la r\u00e9sonance adaptative :<\/p>\n<ul>\n<li>Lorsque les boucles d&rsquo;anticipation descendante et de signalement ascendant atteignent l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique d&rsquo;ad\u00e9quation de patron, le r\u00e9seau bifurque d&rsquo;un r\u00e9gime d&rsquo;activit\u00e9 incoh\u00e9rente vers une dynamique collective d&rsquo;oscillations synchrones stables de haute fr\u00e9quence (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"30 - 80\\text{ Hz}\">$30 &#8211; 80\\text{ Hz}$<\/span>).<\/li>\n<li>Cette coh\u00e9rence de phase agit comme un filtre s\u00e9lectif : seuls les paquets de potentiels d&rsquo;action oscillant en coh\u00e9rence temporelle \u00e9troite peuvent traverser les barri\u00e8res synaptiques postsynaptiques sans \u00eatre annihil\u00e9s par l&rsquo;inhibition locale des interneurones inhibiteurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, Grossberg int\u00e8gre les diff\u00e9rentes bandes de fr\u00e9quences oscillatoires dans une hi\u00e9rarchie fonctionnelle unifi\u00e9e. Tandis que les oscillations gamma mat\u00e9rialisent la r\u00e9sonance focale de cat\u00e9gorisation et de liaison des caract\u00e9ristiques, les rythmes plus lents \u2014 notamment les ondes b\u00eata (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"15 - 30\\text{ Hz}\">$15 &#8211; 30\\text{ Hz}$<\/span>) et th\u00eata (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"4 - 8\\text{ Hz}\">$4 &#8211; 8\\text{ Hz}$<\/span>) \u2014 coordonnent la communication \u00e0 longue distance entre le cortex pr\u00e9frontal, les structures hippocampiques et les aires motrices lors du maintien de la m\u00e9moire de travail et de la r\u00e9gulation de l&rsquo;attention s\u00e9lective spatiale. La symphonie oscillatoire du cerveau trouve ainsi, sous la plume de Grossberg, sa partition math\u00e9matique fondamentale.<\/p>\n<h3>9.3 Le Soi incarn\u00e9 et l&rsquo;illusion de l&rsquo;homoncule<\/h3>\n<p>En poussant la th\u00e9orie de la r\u00e9sonance adaptative vers ses cons\u00e9quences ontologiques ultimes, Stephen Grossberg accomplit une d\u00e9construction computationnelle radicale de l&rsquo;homoncule cart\u00e9sien \u2014 ce mythe tenace d&rsquo;un \u00ab petit homme \u00bb ou d&rsquo;un observateur interne log\u00e9 au c\u0153ur du cerveau pour contempler le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;esprit. Dans le mod\u00e8le grossbergien, il n&rsquo;existe aucun centre de contr\u00f4le centralis\u00e9, aucun r\u00e9cepteur ultime des perceptions.<\/p>\n<p>L&rsquo;agentivit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9mergence ph\u00e9nom\u00e9nologique d&rsquo;un \u00ab Soi \u00bb coh\u00e9rent et incarn\u00e9 r\u00e9sultent de l&rsquo;auto-organisation distribu\u00e9e d&rsquo;architectures r\u00e9sonantes en interaction permanente :<\/p>\n<ul>\n<li>Le Soi s&rsquo;\u00e9rige au carrefour dynamique o\u00f9 convergent les centres motivationnels hom\u00e9ostatiques (les repr\u00e9sentations de nos besoins vitaux), les commandes pr\u00e9dictives de notre motricit\u00e9 incarn\u00e9e (nos intentions d&rsquo;action) et les flux r\u00e9sonants perceptifs (nos synth\u00e8ses sensorielles).<\/li>\n<li>Cette architecture modulaire imbriqu\u00e9e produit en temps r\u00e9el une narration continue de stabilit\u00e9 pr\u00e9dictive, qui engendre le sentiment ph\u00e9nom\u00e9nologique d&rsquo;\u00eatre un sujet unifi\u00e9 agissant intentionnellement sur le monde ext\u00e9rieur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette approche computationnelle rigoureuse offre simultan\u00e9ment des \u00e9clairages cliniques r\u00e9volutionnaires sur la gen\u00e8se de graves pathologies psychiatriques et neurologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La schizophr\u00e9nie :<\/strong> Grossberg l&rsquo;analyse comme une d\u00e9faillance structurelle des m\u00e9canismes d&rsquo;ad\u00e9quation descendante et de d\u00e9charge corollaire motrice. Si la boucle de r\u00e9troaction descendante pr\u00e9dictive est affaiblie, les pens\u00e9es internes ou les r\u00e9p\u00e9titions phonologiques priv\u00e9es ne sont plus \u00e9tiquet\u00e9es comme auto-induites, et r\u00e9sonnent anormalement dans les aires temporales acoustiques comme des voix ext\u00e9rieures autonomes (hallucinations auditives).<\/li>\n<li><strong>Les troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) :<\/strong> \u00c0 travers son mod\u00e8le <em>iSTART<\/em>, Grossberg d\u00e9montre qu&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement hom\u00e9ostatique fixant le param\u00e8tre de vigilance <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"rho\">$rho$<\/span> \u00e0 un niveau anormalement et chroniquement \u00e9lev\u00e9 force le syst\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 une hypers\u00e9lectivit\u00e9 cat\u00e9gorielle permanente. Incapable de fusionner des variations l\u00e9g\u00e8res dans des cat\u00e9gories g\u00e9n\u00e9rales flexibles, l&rsquo;individu autiste se retrouve submerg\u00e9 par un univers sensoriel compos\u00e9 de d\u00e9tails hyper-pr\u00e9cis mais d\u00e9connect\u00e9s, engendrant une surcharge cognitive massive et des conduites de retrait protecteur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En unifiant la neurobiologie mol\u00e9culaire des r\u00e9cepteurs et la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la subjectivit\u00e9, Grossberg prouve que la maladie mentale n&rsquo;est pas une \u00e9nigme insondable, mais la rupture formelle de lois dynamiques d&rsquo;\u00e9quilibre et de r\u00e9sonance qui gouvernent l&rsquo;harmonie de l&rsquo;esprit sain.<\/p>\n<h2>10. Applications technologiques et impact en intelligence artificielle neuromorphique<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;ing\u00e9nierie neuromorphique et les processeurs bio-inspir\u00e9s<\/h3>\n<p>Si les th\u00e9ories de Stephen Grossberg sont n\u00e9es d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9lucider le fonctionnement biologique du cerveau, leurs formulations sous la forme de r\u00e9seaux diff\u00e9rentiels hautement distribu\u00e9s et parall\u00e9lisables ont naturellement exerc\u00e9 une influence colossale sur l&rsquo;essor de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41586-020-2904-7\">ing\u00e9nierie neuromorphique<\/a>. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980, en \u00e9troite r\u00e9sonance avec les travaux pionniers de Carver Mead sur les circuits int\u00e9gr\u00e9s analogiques \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/ieeexplore.ieee.org\/document\/1057404\">VLSI<\/a>), les algorithmes de la famille ART ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s comme des candidats id\u00e9aux pour une impl\u00e9mentation mat\u00e9rielle directe en silicium.<\/p>\n<p>Contrairement aux architectures d&rsquo;apprentissage profond actuelles (telles que les Transformers ou les r\u00e9seaux convolutifs massifs) qui d\u00e9pendent de fermes de serveurs GPU \u00e9nergivores effectuant des multiplications matricielles continues, les circuits con\u00e7us sur la base des \u00e9quations de Grossberg fonctionnent selon des principes analogiques et asynchrones \u00e0 tr\u00e8s basse consommation :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans ces puces neuromorphiques, les op\u00e9rations de normalisation par d\u00e9rivation synaptique (<em>shunting<\/em>) sont directement reproduites par les lois de Kirchhoff gouvernant la sommation des courants \u00e9lectriques et les ponts diviseurs de tension form\u00e9s par les transistors \u00e0 effet de champ op\u00e9rant en r\u00e9gime de sous-seuil (<em>subthreshold<\/em>).<\/li>\n<li>L&rsquo;absence de transfert s\u00e9quentiel massif de donn\u00e9es entre une m\u00e9moire distante et des unit\u00e9s de calcul (le goulot d&rsquo;\u00e9tranglement de von Neumann) permet \u00e0 des processeurs ART d\u00e9di\u00e9s de traiter des flux d&rsquo;information continus en consommant des puissances de l&rsquo;ordre du milliwatt.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;\u00e9mergence des technologies nano-\u00e9lectroniques \u00e0 base de memristors (r\u00e9sistances \u00e0 m\u00e9moire) et de circuits photoniques int\u00e9gr\u00e9s a donn\u00e9 un souffle technologique nouveau aux mod\u00e8les grossbergiens. Les lois diff\u00e9rentielles de plasticit\u00e9 synaptique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"z_{ij}\">$z_{ij}$<\/span> de Grossberg s&rsquo;appliquent avec une correspondance physique directe aux variations de conductance des memristors sous l&rsquo;effet de flux d&rsquo;impulsions. Ces puces neuromorphiques bio-inspir\u00e9es d\u00e9montrent une tol\u00e9rance intrins\u00e8que aux pannes mat\u00e9rielles : la destruction physique de plusieurs dizaines de composants \u00e9l\u00e9mentaires au sein du r\u00e9seau n&rsquo;an\u00e9antit pas la m\u00e9moire collective, le traitement r\u00e9sonant distribu\u00e9 absorbant les d\u00e9faillances locales par plasticit\u00e9 compensatoire, \u00e0 l&rsquo;image du tissu c\u00e9r\u00e9bral biologique r\u00e9silient aux microl\u00e9sions isch\u00e9miques.<\/p>\n<h3>10.2 Robots autonomes et navigation en environnement non contr\u00f4l\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;autonomie r\u00e9elle des machines constitue l&rsquo;un des bancs d&rsquo;essai les plus impitoyables pour l&rsquo;intelligence artificielle. Les robots traditionnels, tributaires d&rsquo;une programmation heuristique rigide ou de mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage statistique n\u00e9cessitant des millions d&rsquo;exemples d&rsquo;entra\u00eenement hors-ligne, se r\u00e9v\u00e8lent tristement d\u00e9munis d\u00e8s lors qu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 des environnements r\u00e9els non contr\u00f4l\u00e9s, instables et dynamiques. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce domaine que les architectures sensorimotrices et perceptives de Grossberg ont d\u00e9montr\u00e9 toute leur sup\u00e9riorit\u00e9 op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p>Des laboratoires robotiques de pointe ont embarqu\u00e9 des architectures neuromorphiques grossbergiennes compl\u00e8tes \u2014 int\u00e9grant la vision BCS\/FCS, la cat\u00e9gorisation ARTMAP et la commande motrice VITE \u2014 au sein d&rsquo;agents robotiques mobiles autonomes :<\/p>\n<ul>\n<li>Ces syst\u00e8mes r\u00e9alisent des t\u00e2ches de cartographie et de localisation simultan\u00e9es (<em>Neuromorphic SLAM<\/em>) en temps r\u00e9el avec une efficacit\u00e9 saisissante.<\/li>\n<li>Gr\u00e2ce \u00e0 la gestion autonome du dilemme stabilit\u00e9-plasticit\u00e9 par ART, le robot m\u00e9morise instantan\u00e9ment de nouveaux obstacles ou des pi\u00e8ces de topologie in\u00e9dite sans corrompre les cartes cognitives des zones explor\u00e9es auparavant.<\/li>\n<li>Le m\u00e9canisme de <em>match tracking<\/em> ajuste automatiquement la sensibilit\u00e9 de sa cat\u00e9gorisation spatiale selon la dangerosit\u00e9 du terrain : en terrain plat et homog\u00e8ne, la vigilance diminue pour acc\u00e9l\u00e9rer la progression ; \u00e0 l&rsquo;approche de zones accident\u00e9es, la vigilance s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, contraignant le robot \u00e0 raffiner sa perception des micro-reliefs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette adaptabilit\u00e9 en ligne sans r\u00e9entra\u00eenement hors-ligne a conduit des agences spatiales de premier ordre, notamment la NASA, ainsi que des industriels des v\u00e9hicules autonomes, \u00e0 s&rsquo;appuyer sur les mod\u00e8les de Boston pour concevoir les modules de navigation de rovers plan\u00e9taires et d&rsquo;engins d&rsquo;exploration sous-marine. Ces machines sont capables de r\u00e9agir ad\u00e9quatement \u00e0 des sc\u00e9narios physiques n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9s par leurs concepteurs humains, prouvant la pertinence industrielle d&rsquo;une robotique b\u00e2tie sur les principes fondamentaux de la biologie adaptative.<\/p>\n<h3>10.3 Diagnostic m\u00e9dical, t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection et traitement de m\u00e9gadonn\u00e9es<\/h3>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;analyse des donn\u00e9es de masse (<em>Big Data<\/em>) et des syst\u00e8mes critiques, les algorithmes d\u00e9riv\u00e9s des travaux de Stephen Grossberg \u2014 en particulier Fuzzy ARTMAP et ses variantes avanc\u00e9es \u2014 occupent une place d&rsquo;\u00e9lection en raison de deux propri\u00e9t\u00e9s fondamentales : leur vitesse de traitement foudroyante et leur explicabilit\u00e9 structurelle compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans le domaine du diagnostic m\u00e9dical et de la sant\u00e9 computationnelle, la classification de signaux biophysiques complexes \u00e0 haute r\u00e9solution temporelle \u2014 tels que les \u00e9lectroenc\u00e9phalogrammes (EEG) multi-canaux pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des foyers \u00e9pileptiques, ou les \u00e9lectrocardiogrammes (ECG) pour l&rsquo;identification des arythmies malignes transitoires \u2014 se heurte fr\u00e9quemment \u00e0 la variabilit\u00e9 interindividuelle et \u00e0 la raret\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements pathologiques critiques. L\u00e0 o\u00f9 les r\u00e9seaux de neurones profonds standards \u00e9chouent en sur-ajustant les donn\u00e9es d&rsquo;entra\u00eenement ou en d\u00e9livrant des diagnostics inexplicables sous la forme de bo\u00eetes noires opaques, ARTMAP excelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Il isole les micro-patterns anormaux en quelques passes de calcul.<\/li>\n<li>Chaque d\u00e9cision clinique est directement justifiable par l&rsquo;interrogation de l&rsquo;hyperrectangle de d\u00e9cision form\u00e9 dans l&rsquo;espace des caract\u00e9ristiques, explicitant aux praticiens les param\u00e8tres physiologiques exacts ayant motiv\u00e9 l&rsquo;alerte.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans le domaine de la t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection satellitaire et du traitement des images d&rsquo;observation de la Terre, les mod\u00e8les grossbergiens ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s pour la segmentation et la cartographie d&rsquo;occupation des sols \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle continentale sur des donn\u00e9es multi-spectrales et radar haute r\u00e9solution. Face \u00e0 des t\u00e9raoctets de donn\u00e9es arrivant en flux continu des constellations satellitaires, les r\u00e9seaux ART proc\u00e8dent \u00e0 un catalogage incr\u00e9mental sans d\u00e9gradation des classes ant\u00e9rieures, distinguant de subtiles signatures \u00e9cologiques ou agricoles avec une pr\u00e9cision sup\u00e9rieure aux approches statistiques conventionnelles. Dans tous ces contextes \u00e0 haute responsabilit\u00e9 op\u00e9rationnelle, o\u00f9 l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e et o\u00f9 la justification causale est un imp\u00e9ratif juridique et \u00e9thique, les paradigmes grossbergiens s&rsquo;imposent comme des r\u00e9f\u00e9rences incontournables d&rsquo;intelligence artificielle de confiance.<\/p>\n<h2>11. R\u00e9ception critique, d\u00e9bats th\u00e9oriques et comparaisons paradigmatiques<\/h2>\n<h3>11.1 Grossberg face \u00e0 la mont\u00e9e de la r\u00e9tropropagation (Backpropagation)<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des sciences est souvent le th\u00e9\u00e2tre de rivalit\u00e9s paradigmatiques o\u00f9 les qualit\u00e9s intrins\u00e8ques d&rsquo;une th\u00e9orie sont temporairement occult\u00e9es par des courants plus faciles d&rsquo;acc\u00e8s ou plus s\u00e9duisants d&rsquo;un point de vue technologique imm\u00e9diat. L&rsquo;un des \u00e9pisodes les plus r\u00e9v\u00e9lateurs de la trajectoire scientifique de Stephen Grossberg concerne la confrontation th\u00e9orique majeure qui l&rsquo;a oppos\u00e9, d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1980, \u00e0 la mont\u00e9e h\u00e9g\u00e9monique de l&rsquo;\u00e9cole connexionniste du traitement distribu\u00e9 en parall\u00e8le (<em>Parallel Distributed Processing<\/em> ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/direct.mit.edu\/books\/book\/4392\/Parallel-Distributed-Processing-Explorations-in\">PDP<\/a>), men\u00e9e sur la c\u00f4te ouest des \u00c9tats-Unis par David Rumelhart, James McClelland et Geoffrey Hinton.<\/p>\n<p>La publication en 1986 du diptyque canonique du groupe PDP consacre le triomphe de l&rsquo;algorithme de r\u00e9tropropagation du gradient (<em>Backpropagation<\/em>) pour l&rsquo;entra\u00eenement des r\u00e9seaux multicouches supervis\u00e9s (MLP). Stephen Grossberg prend imm\u00e9diatement la parole pour dresser une critique \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique implacable de cette approche. Il d\u00e9montre avec une rigueur implacable que l&rsquo;algorithme de r\u00e9tropropagation souffre d&rsquo;une implausibilit\u00e9 neurobiologique fatale, marqu\u00e9e par trois anomalies r\u00e9dhibitoires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le probl\u00e8me du transport des poids (Weight Transport Problem) :<\/strong> L&rsquo;algorithme exige que le signal d&rsquo;erreur descendant utilise exactement la transpos\u00e9e math\u00e9matique de la matrice des poids synaptiques ascendants. Or, dans le syst\u00e8me nerveux, les voies synaptiques r\u00e9trogrades sont physiquement s\u00e9par\u00e9es des voies ant\u00e9rogrades ; aucun m\u00e9canisme biologique ne permet \u00e0 une synapse descendante de conna\u00eetre instantan\u00e9ment la valeur du poids synaptique d&rsquo;une projection ascendante distincte.<\/li>\n<li><strong>La non-localit\u00e9 des calculs :<\/strong> Le calcul du gradient d&rsquo;erreur requiert la transmission globale d&rsquo;informations num\u00e9riques complexes \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des couches, violant le principe fondamental de la localit\u00e9 biophysique des computations synaptiques.<\/li>\n<li><strong>La catastrophe de l&rsquo;oubli :<\/strong> En minimisant aveugl\u00e9ment une fonction de co\u00fbt d&rsquo;erreur globale hors-ligne, la r\u00e9tropropagation est structurellement incapable d&rsquo;apprentissage continu en temps r\u00e9el, s&rsquo;effondrant dans l&rsquo;oubli catastrophique d\u00e8s que la distribution des donn\u00e9es \u00e9volue.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Malgr\u00e9 la justesse \u00e9clatante de ses arguments, les travaux de Grossberg et de son \u00e9cole de Boston (CNS) subissent un isolement relatif durant les ann\u00e9es 1990 et 2000. Le pragmatisme des d\u00e9partements d&rsquo;informatique, s\u00e9duits par la relative simplicit\u00e9 algorithmique de la descente de gradient et par l&rsquo;obtention de r\u00e9sultats empiriques imm\u00e9diats sur des benchmarks standardis\u00e9s, pr\u00e9f\u00e8re rel\u00e9guer au second plan la vraisemblance biologique. Grossberg choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de ne faire aucun compromis avec la v\u00e9rit\u00e9 neurobiologique, pr\u00e9f\u00e9rant la construction d&rsquo;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale rigoureuse et p\u00e9renne \u00e0 la course aux victoires empiriques \u00e9ph\u00e9m\u00e8res du connexionnisme orthodoxe.<\/p>\n<h3>11.2 Complexit\u00e9 math\u00e9matique et accessibilit\u00e9 des publications<\/h3>\n<p>L&rsquo;autre facteur d\u00e9terminant ayant frein\u00e9 la diffusion universelle des id\u00e9es de Stephen Grossberg au sein de la communaut\u00e9 \u00e9largie des sciences cognitives tient \u00e0 la complexit\u00e9 math\u00e9matique monumentale et \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 stylistique de son corpus th\u00e9orique. Alors que les publications du courant PDP utilisaient un formalisme d&rsquo;alg\u00e8bre lin\u00e9aire discret et des simulations num\u00e9riques simples accessibles \u00e0 des chercheurs form\u00e9s aux sciences humaines ou \u00e0 l&rsquo;informatique de gestion, Grossberg r\u00e9digeait ses trait\u00e9s dans le langage sans concession des syst\u00e8mes diff\u00e9rentiels non lin\u00e9aires coupl\u00e9s de haute dimension.<\/p>\n<p>Un article typique de Grossberg dans les ann\u00e9es 1970 ou 1980 s&rsquo;\u00e9tend fr\u00e9quemment sur plusieurs dizaines de pages denses, contenant des syst\u00e8mes imbriqu\u00e9s d&rsquo;\u00e9quations diff\u00e9rentielles stochastiques non autonomes, accompagn\u00e9s de th\u00e9or\u00e8mes analytiques de convergence et de stabilit\u00e9 de Lyapunov r\u00e9dig\u00e9s avec une minutie intransigeante. Cette formidable barri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e math\u00e9matique a d\u00e9courag\u00e9 des cohortes enti\u00e8res de psychologues exp\u00e9rimentaux et de neurobiologistes descriptifs, incapables de d\u00e9chiffrer les ramifications comportementales dissimul\u00e9es sous cette prolif\u00e9ration formelle.<\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 a \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9e par un certain isolement terminologique. Grossberg a forg\u00e9 tout au long de sa carri\u00e8re un lexique th\u00e9orique hautement sp\u00e9cialis\u00e9, presque herm\u00e9tique pour le non-initi\u00e9 : <em>shunting networks<\/em>, <em>gated dipoles<\/em>, <em>boundary contour systems<\/em>, <em>monocular reset<\/em>, <em>attentional shroud<\/em>, etc. Cet appareil conceptuel singulier a parfois donn\u00e9 le sentiment trompeur d&rsquo;une forteresse th\u00e9orique autor\u00e9f\u00e9rentielle, ferm\u00e9e aux dialogues acad\u00e9miques ext\u00e9rieurs. Conscient tardivement de ce foss\u00e9 communicationnel, Grossberg entreprend \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re un travail colossal de synth\u00e8se et de vulgarisation de haut niveau, qui aboutira en 2021 \u00e0 la publication de son opus magnum, <em>Conscious Mind, Resonant Brain: How Each Brain Makes a Mind<\/em>, un ouvrage monumental de plus de 700 pages o\u00f9 il s&rsquo;efforce d&rsquo;exposer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de sa d\u00e9marche sans noyer le lecteur sous l&rsquo;appareil math\u00e9matique brut.<\/p>\n<h3>11.3 Validation exp\u00e9rimentale par les neurosciences modernes<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique de Stephen Grossberg illustre de mani\u00e8re spectaculaire le mot c\u00e9l\u00e8bre du philosophe Arthur Schopenhauer : toute v\u00e9rit\u00e9 franchit trois \u00e9tapes \u2014 d&rsquo;abord ridiculis\u00e9e, puis violemment combattue, elle finit par \u00eatre accept\u00e9e comme une \u00e9vidence \u00e9clatante. Au fur et \u00e0 mesure que les technologies d&rsquo;exploration neurofonctionnelle ont progress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube du vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle, les pr\u00e9dictions th\u00e9oriques formul\u00e9es par Grossberg vingt, trente ou quarante ans plus t\u00f4t ont re\u00e7u une s\u00e9rie impressionnante de confirmations empiriques directes.<\/p>\n<p>Parmi les confirmations les plus remarquables, on peut citer :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La nature des projections corticales descendantes :<\/strong> Alors que la neuroanatomie classique les consid\u00e9rait comme de simples voies d&rsquo;ajustement modeste, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle \u00e0 tr\u00e8s haut champ (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"7\\text{ Tesla}\">$7\\text{ Tesla}$<\/span>) et les enregistrements laminaires intracellulaires ont confirm\u00e9 que les connexions de r\u00e9troaction sont plus nombreuses que les voies d&rsquo;entr\u00e9e ascendantes, et qu&rsquo;elles ob\u00e9issent scrupuleusement aux lois de modulation d&rsquo;ad\u00e9quation et de r\u00e9sonance pr\u00e9dites par ART.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;organisation en couches fonctionnelles du cortex :<\/strong> Les neurophysiologistes ont red\u00e9couvert au cours des ann\u00e9es 2010 que les couches laminaires $4$, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span> et $6$ op\u00e8rent exactement les op\u00e9rations de s\u00e9gr\u00e9gation figure-fond et de contr\u00f4le de gain pr\u00e9dictif formalis\u00e9es dans le mod\u00e8le LAMINART.<\/li>\n<li><strong>La dynamique des oscillations gamma et le binding temporel :<\/strong> Les protocoles d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique et d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie multi-sites contemporains ont d\u00e9montr\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 que la focalisation de l&rsquo;attention consciente d\u00e9clenche des \u00e9pisodes de r\u00e9sonance coh\u00e9rente de phase \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"40\\text{ Hz}\">$40\\text{ Hz}$<\/span>, balayant les doutes qui pesaient jadis sur l&rsquo;universalit\u00e9 de la r\u00e9sonance adaptative.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, un consensus grandissant \u00e9merge au sein des neurosciences th\u00e9oriques les plus avanc\u00e9es pour reconna\u00eetre que le cadre forg\u00e9 par Stephen Grossberg a devanc\u00e9 de plusieurs d\u00e9cennies les courants actuels du codage pr\u00e9dictif. L&rsquo;histoire contemporaine rend ainsi progressivement justice \u00e0 la lucidit\u00e9 d&rsquo;un penseur qui a su d\u00e9duire la structure intime du cerveau par la seule puissance du raisonnement math\u00e9matique et de l&rsquo;analyse fonctionnelle int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<h2>12. H\u00e9ritage scientifique et perspectives contemporaines en neurosciences cognitives<\/h2>\n<h3>12.1 L&rsquo;unification de l&rsquo;esprit, du cerveau et du comportement<\/h3>\n<p>L&rsquo;ambition initiale formul\u00e9e par Stephen Grossberg en 1957 \u2014 forger une science formelle unifi\u00e9e capable de tisser des liens causaux directs et rigoureux entre la physico-chimie des r\u00e9cepteurs synaptiques, l&rsquo;organisation anatomique des r\u00e9seaux corticaux et l&rsquo;architecture ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;esprit \u2014 demeure sans doute l&rsquo;entreprise la plus monumentale des sciences cognitives de notre temps. Au cr\u00e9puscule de sa carri\u00e8re, cet \u00e9difice th\u00e9orique se dresse comme l&rsquo;un des rares cadres conceptuels globalement coh\u00e9rents, capables d&rsquo;appr\u00e9hender le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral dans son int\u00e9gralit\u00e9 sans jamais recourir \u00e0 des sauts explicatifs magiques ou \u00e0 des r\u00e9ductions simplistes.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les convergences contemporaines entre la th\u00e9orie grossbergienne et d&rsquo;autres approches computationnelles de premier plan sont saisissantes. Le c\u00e9l\u00e8bre principe de l&rsquo;\u00e9nergie libre (<em>Free Energy Principle<\/em>) et le paradigme du cerveau pr\u00e9dictif (<em>Predictive Coding<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9s par le neurobiologiste britannique Karl Friston, partagent avec l&rsquo;Adaptive Resonance Theory une intuition fondamentale commune : le cerveau est une machine d&rsquo;inf\u00e9rence active dont la mission t\u00e9l\u00e9ologique est de minimiser l&rsquo;erreur d&rsquo;ad\u00e9quation (la surprise informationnelle ou l&rsquo;incoh\u00e9rence r\u00e9sonante) entre ses attentes descendantes et la r\u00e9alit\u00e9 sensorielle brute. Toutefois, l\u00e0 o\u00f9 les mod\u00e8les de Friston s&rsquo;expriment \u00e0 un niveau d&rsquo;abstraction statistique bay\u00e9sien tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, Grossberg offre l&rsquo;infrastructure biophysique d\u00e9taill\u00e9e d\u00e9crivant les circuits membranaires et les dynamiques synaptiques exactes par lesquelles cette minimisation de l&rsquo;erreur est concr\u00e8tement impl\u00e9ment\u00e9e par le tissu nerveux vivant.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;intelligence artificielle moderne, domin\u00e9e par les grands mod\u00e8les de langage (LLM) et l&rsquo;apprentissage profond massif, se heurte de plein fouet \u00e0 des barri\u00e8res structurelles redoutables \u2014 le manque criant de robustesse, l&rsquo;opacit\u00e9 d\u00e9cisionnelle, les hallucinations g\u00e9n\u00e9ratives et l&rsquo;oubli catastrophique \u2014, l&rsquo;h\u00e9ritage de Grossberg se profile comme une source inestimable de solutions de rupture. En prouvant qu&rsquo;il est possible de concevoir des syst\u00e8mes capables d&rsquo;apprendre continuellement en temps r\u00e9el, de fa\u00e7on totalement transparente, auto-stabilis\u00e9e et \u00e9conome en \u00e9nergie, Grossberg a trac\u00e9 la voie vers une v\u00e9ritable intelligence computationnelle de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, r\u00e9conciliant l&rsquo;efficience empirique et la fid\u00e9lit\u00e9 aux lois de la vie.<\/p>\n<h3>12.2 G\u00e9n\u00e9ration de chercheurs form\u00e9s et diffusion mondiale<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact d&rsquo;un g\u00e9ant de la pens\u00e9e ne se mesure pas seulement au nombre de ses publications ou \u00e0 la pertinence formelle de ses th\u00e9or\u00e8mes ; il se manifeste avec \u00e9clat dans l&rsquo;h\u00e9ritage humain et acad\u00e9mique qu&rsquo;il transmet aux g\u00e9n\u00e9rations futures. \u00c0 travers la direction du <em>Department of Cognitive and Neural Systems<\/em> (CNS) et du <em>Center for Adaptive Systems<\/em> (CAS) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston, Stephen Grossberg a \u00e9t\u00e9 le mentor, le guide et l&rsquo;inspirateur d&rsquo;une lign\u00e9e exceptionnelle de scientifiques qui dirigent aujourd&rsquo;hui les laboratoires les plus influents des neurosciences computationnelles et de l&rsquo;IA bio-inspir\u00e9e.<\/p>\n<p>Parmi les figures marquantes form\u00e9es dans son sillage ou ayant collabor\u00e9 intimement avec lui, citons :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Gail Carpenter :<\/strong> Math\u00e9maticienne d&rsquo;exception et \u00e9pouse de Stephen Grossberg, co-d\u00e9veloppeuse de l&rsquo;ensemble de la famille des architectures ART et ARTMAP, dont la clart\u00e9 formelle a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l&rsquo;algorithmique neuromorphique.<\/li>\n<li><strong>Daniel Bullock :<\/strong> Pionnier incontest\u00e9 de la mod\u00e9lisation motrice computationnelle, co-cr\u00e9ateur des mod\u00e8les VITE et FLETE.<\/li>\n<li><strong>Ennio Mingolla :<\/strong> Figure de proue de la mod\u00e9lisation de la vision et de la perception spatiale, co-auteur de la th\u00e9orie BCS\/FCS.<\/li>\n<li>Des dizaines d&rsquo;autres chercheurs renomm\u00e9s \u2014 tels que Frank Guenther (cr\u00e9ateur du mod\u00e8le DIVA du contr\u00f4le de la parole), Massimiliano Versace, Michael Cohen ou Arash Yazdanbakhsh \u2014 qui ont essaim\u00e9 dans le monde entier, perp\u00e9tuant l&rsquo;exigence m\u00e9thodologique et l&rsquo;audace conceptuelle de l&rsquo;\u00e9cole de Boston.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 de cet h\u00e9ritage est \u00e9galement assur\u00e9e par le r\u00f4le institutionnel continu de l&rsquo;<em>International Neural Network Society<\/em> (INNS) et par la revue <em>Neural Networks<\/em>, qui continuent d&rsquo;accueillir les contributions scientifiques consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;interface entre mod\u00e9lisation c\u00e9r\u00e9brale et innovation technologique. De surcro\u00eet, la mise \u00e0 disposition ouverte et l&rsquo;actualisation continue des biblioth\u00e8ques algorithmiques impl\u00e9mentant les architectures ART, ARTMAP et LAMINART permettent \u00e0 de jeunes ing\u00e9nieurs et chercheurs du monde entier d&rsquo;exp\u00e9rimenter directement ces mod\u00e8les sur des probl\u00e9matiques contemporaines, assurant la diffusion ininterrompue des concepts grossbergiens au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me num\u00e9rique mondial.<\/p>\n<h3>12.3 Les fronti\u00e8res actuelles de la recherche grossbergienne<\/h3>\n<p>Bien qu&rsquo;ayant atteint un \u00e2ge v\u00e9n\u00e9rable, Stephen Grossberg et ses continuateurs demeurent \u00e0 la pointe de la r\u00e9flexion scientifique, explorant sans rel\u00e2che les fronti\u00e8res ultimes des sciences de l&rsquo;esprit. L&rsquo;un des axes de recherche les plus prometteurs concerne la mod\u00e9lisation computationnelle fine des alt\u00e9rations de la connectivit\u00e9 laminaire dans les maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, notamment la maladie d&rsquo;Alzheimer. En \u00e9tendant les mod\u00e8les ART laminaires, les chercheurs s&rsquo;attachent \u00e0 d\u00e9montrer comment la perte pr\u00e9coce des synapses cholinergiques et glutamatergiques dans les projections descendantes du cortex entorhinal et de l&rsquo;hippocampe brise l&rsquo;\u00e9quilibre de vigilance r\u00e9sonante, provoquant l&rsquo;effondrement progressif de la consolidation mn\u00e9sique et l&rsquo;intrusion d&rsquo;\u00e9tats confusionnels caract\u00e9ristiques de la d\u00e9mence.<\/p>\n<p>Sur le front technologique, l&rsquo;une des perspectives les plus stimulantes r\u00e9side dans l&rsquo;hybridation des mod\u00e8les ART avec les architectures d&rsquo;apprentissage profond et les mod\u00e8les de fondation g\u00e9n\u00e9ratifs modernes (mod\u00e8les neuro-symboliques hybrides). En greffant des modules de supervision de r\u00e9sonance adaptative au sommet de r\u00e9seaux neuronaux profonds, des ing\u00e9nieurs parviennent \u00e0 doter ces derniers d&rsquo;une explicabilit\u00e9 instantan\u00e9e, d&rsquo;un contr\u00f4le rigoureux des hallucinations s\u00e9mantiques et d&rsquo;une immunit\u00e9 totale contre l&rsquo;oubli catastrophique lors de leur d\u00e9ploiement op\u00e9rationnel dans des contextes dynamiques non supervis\u00e9s.<\/p>\n<p>En observant la trajectoire intellectuelle incomparable de Stephen Grossberg depuis ses intuitions adolescentes \u00e0 Dartmouth en 1957 jusqu&rsquo;\u00e0 la cons\u00e9cration internationale de ses synth\u00e8ses contemporaines, un constat s&rsquo;impose avec la force de l&rsquo;\u00e9vidence : il est l&rsquo;architecte fondamental qui a permis aux sciences de l&rsquo;esprit de d\u00e9passer le clivage s\u00e9culaire entre le corps et la pens\u00e9e. En d\u00e9montrant avec une majest\u00e9 math\u00e9matique absolue que les harmonies secr\u00e8tes de l&rsquo;exp\u00e9rience consciente ne sont rien d&rsquo;autre que la r\u00e9sonance vivante de milliards de cellules dialoguant selon des lois universelles d&rsquo;\u00e9quilibre adaptatif, Stephen Grossberg a grav\u00e9 son nom au panth\u00e9on des plus grands savants qui ont \u00e9clair\u00e9 les myst\u00e8res de la condition humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Amazeen, P. G. (1998). The dynamical perspective on perception and action: Foundations for a unified science of cognition. <em>Ecological Psychology<\/em>, 10(3-4), 303-316. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/10407413.1998.9652686\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/10407413.1998.9652686<\/a><\/p>\n<p>Bullock, D., &#038; Grossberg, S. (1988). Neural dynamics of planned arm movements: Emergent invariants and kinematics of trajectory formation. <em>Psychological Review<\/em>, 95(1), 49-90. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.95.1.49\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.95.1.49<\/a><\/p>\n<p>Bullock, D., Grossberg, S., &#038; Guenther, F. H. (1993). A self-organizing neural model of motor equivalent reaching and tool use by a multijoint arm. <em>Journal of Cognitive Neuroscience<\/em>, 5(4), 408-435. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1162\/jocn.1993.5.4.408\">https:\/\/doi.org\/10.1162\/jocn.1993.5.4.408<\/a><\/p>\n<p>Carpenter, G. A., &#038; Grossberg, S. (1987). A massively parallel architecture for a self-organizing neural pattern recognition machine. <em>Computer Vision, Graphics, and Image Processing<\/em>, 37(1), 54-115. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0734-189X(87)80014-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0734-189X(87)80014-2<\/a><\/p>\n<p>Carpenter, G. A., &#038; Grossberg, S. (1987). ART 2: Self-organization of stable category recognition codes for analog input patterns. <em>Applied Optics<\/em>, 26(23), 4919-4930. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1364\/AO.26.004919\">https:\/\/doi.org\/10.1364\/AO.26.004919<\/a><\/p>\n<p>Carpenter, G. A., &#038; Grossberg, S. (1990). ART 3: Hierarchical search using chemical transmitters in self-organizing pattern recognition architectures. <em>Neural Networks<\/em>, 3(2), 129-152. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-6080(90)90085-Z\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-6080(90)90085-Z<\/a><\/p>\n<p>Carpenter, G. A., Grossberg, S., &#038; Reynolds, J. H. (1991). ARTMAP: Supervised real-time learning and classification of nonstationary data by a self-organizing neural network. <em>Neural Networks<\/em>, 4(5), 565-588. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-6080(91)90012-T\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-6080(91)90012-T<\/a><\/p>\n<p>Carpenter, G. A., Grossberg, S., Markuzon, N., Reynolds, J. H., &#038; Rosen, D. B. (1992). Fuzzy ARTMAP: A neural network architecture for incremental supervised learning of analog multidimensional maps. <em>IEEE Transactions on Neural Networks<\/em>, 3(5), 698-713. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1109\/72.159059\">https:\/\/doi.org\/10.1109\/72.159059<\/a><\/p>\n<p>Chalmers, D. J. (1995). Facing up to the problem of consciousness. <em>Journal of Consciousness Studies<\/em>, 2(3), 200-219.<\/p>\n<p>Friston, K. (2010). The free-energy principle: A unified brain theory? <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 11(2), 127-138. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2787\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2787<\/a><\/p>\n<p>Gray, C. M., &#038; Singer, W. (1989). Stimulus-specific neuronal oscillations in orientation columns of cat visual cortex. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 86(5), 1698-1702. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.86.5.1698\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.86.5.1698<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1968). Some nonlinear networks capable of learning a spatial pattern of arbitrary complexity. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 59(2), 368-372. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.59.2.368\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.59.2.368<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1970). Neural pattern discrimination. <em>Journal of Theoretical Biology<\/em>, 27(2), 291-337. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-5193(70)90151-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-5193(70)90151-5<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1972). A neural theory of punishment and avoidance, II: Quantitative theory. <em>Mathematical Biosciences<\/em>, 15(3-4), 253-285. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0025-5564(72)90038-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0025-5564(72)90038-0<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1976). Adaptive pattern classification and universal recoding: I. Parallel development and coding of neural feature detectors. <em>Biological Cybernetics<\/em>, 23(3), 121-134. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00344744\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00344744<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1976). Adaptive pattern classification and universal recoding: II. Feedback, tonotopicity, and cognitive codes. <em>Biological Cybernetics<\/em>, 23(4), 187-202. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00340335\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00340335<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1980). How does a brain build a cognitive code? <em>Psychological Review<\/em>, 87(1), 1-51. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.87.1.1\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.87.1.1<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1982). <em>Studies of Mind and Brain: Neural Principles of Learning, Perception, Development, Cognition, and Motor Control<\/em>. D. Reidel Publishing Company. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-94-009-7758-7\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-94-009-7758-7<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1987). Competitive learning: From interactive activation to adaptive resonance. <em>Cognitive Science<\/em>, 11(1), 23-63. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1551-6708.1987.tb00862.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1551-6708.1987.tb00862.x<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (1999). The link between brain learning, attention, and consciousness. <em>Consciousness and Cognition<\/em>, 8(1), 1-44. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1006\/ccog.1998.0372\">https:\/\/doi.org\/10.1006\/ccog.1998.0372<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (2013). Adaptive Resonance Theory: How a brain learns to consciously attend, learn, and recognize a changing world. <em>Neural Networks<\/em>, 37, 1-47. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neunet.2012.09.017\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neunet.2012.09.017<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S. (2021). <em>Conscious Mind, Resonant Brain: How Each Brain Makes a Mind<\/em>. Oxford University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/oso\/9780190070557.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/oso\/9780190070557.001.0001<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S., &#038; Mingolla, E. (1985). Neural dynamics of perceptual grouping: Textures, boundaries, and emergent segmentations. <em>Perception &#038; Psychophysics<\/em>, 38(2), 141-171. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03198851\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03198851<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S., &#038; Raizada, R. D. (2000). Contrast-sensitive perceptual grouping and object-based attention in the laminar circuits of primary visual cortex. <em>Cerebral Cortex<\/em>, 10(3), 291-308. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/10.3.291\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/10.3.291<\/a><\/p>\n<p>Grossberg, S., &#038; Schmajuk, N. A. (1987). Neural dynamics of attentionally modulated Pavlovian conditioning: Conditioned reinforcement, inhibition, and opponent processing. <em>Psychobiology<\/em>, 15(3), 195-240. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03327273\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03327273<\/a><\/p>\n<p>Hebb, D. O. (1949). <em>The Organization of Behavior: A Neuropsychological Theory<\/em>. John Wiley &#038; Sons.<\/p>\n<p>Hodgkin, A. L., &#038; Huxley, A. F. (1952). A quantitative description of membrane current and its application to conduction and excitation in nerve. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 117(4), 500-544. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1952.sp004764\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1952.sp004764<\/a><\/p>\n<p>Kanizsa, G. (1976). Subjective contours. <em>Scientific American<\/em>, 234(4), 48-52. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/scientificamerican0476-48\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/scientificamerican0476-48<\/a><\/p>\n<p>Kohonen, T. (1982). Self-organized formation of topologically correct feature maps. <em>Biological Cybernetics<\/em>, 43(1), 59-69. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00337288\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00337288<\/a><\/p>\n<p>Marr, D. (1982). <em>Vision: A Computational Investigation into the Human Representation and Processing of Visual Information<\/em>. W. H. Freeman and Company.<\/p>\n<p>McCulloch, W. S., &#038; Pitts, W. (1943). A logical calculus of the ideas immanent in nervous activity. <em>The Bulletin of Mathematical Biophysics<\/em>, 5(4), 115-133. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02478259\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02478259<\/a><\/p>\n<p>Mead, C. (1989). <em>Analog VLSI and Neural Systems<\/em>. Addison-Wesley.<\/p>\n<p>Rumelhart, D. E., McClelland, J. L., &#038; PDP Research Group. (1986). <em>Parallel Distributed Processing: Explorations in the Microstructure of Cognition<\/em> (Vols. 1-2). MIT Press.<\/p>\n<p>Sutton, R. S., &#038; Barto, A. G. (2018). <em>Reinforcement Learning: An Introduction<\/em> (2nd ed.). MIT Press.<\/p>\n<p>von B\u00e9k\u00e9sy, G. (1967). <em>Sensory Inhibition<\/em>. Princeton University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/9781400886470\">https:\/\/doi.org\/10.1515\/9781400886470<\/a><\/p>\n<p>Warren, R. M. (1970). Perceptual restoration of missing speech sounds. <em>Science<\/em>, 167(3917), 392-393. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.167.3917.392\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.167.3917.392<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse acad\u00e9mique exhaustive de la vie, des mod\u00e8les th\u00e9oriques et de l&rsquo;h\u00e9ritage de Stephen Grossberg, pionnier des neurosciences computationnelles.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1578,647],"tags":[28049,27178,28050,1580,1579],"class_list":["post-17939","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-neurosciences-computationnelles","category-psychologie-cognitive","tag-artmap","tag-psychologie-mathematique","tag-reseaux-neuronaux-biologiques","tag-stephen-grossberg","tag-theorie-de-la-resonance-adaptative"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/17939","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17939"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/17939\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17939"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17939"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17939"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}