{"id":17253,"date":"2026-10-15T03:47:50","date_gmt":"2026-10-15T03:47:50","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/neal-cohen-1952-a-nos-jours\/"},"modified":"2026-10-15T03:47:50","modified_gmt":"2026-10-15T03:47:50","slug":"neal-cohen-1952-a-nos-jours","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=neal-cohen-1952-a-nos-jours","title":{"rendered":"Neal Cohen &#8211; 1952 \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des neurosciences cognitives contemporaines est indissociable de la d\u00e9construction progressive du dogme unitaire de l&rsquo;esprit. Pendant la majeure partie du XXe si\u00e8cle, la m\u00e9moire fut appr\u00e9hend\u00e9e sous le prisme d&rsquo;une facult\u00e9 monolithique ou d&rsquo;un enregistrement diffus r\u00e9parti de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e au sein du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Il a fallu attendre les bouleversements m\u00e9thodologiques et conceptuels de la fin des ann\u00e9es 1970 pour que s&rsquo;op\u00e8re un basculement paradigmatique sans pr\u00e9c\u00e9dent, r\u00e9v\u00e9lant la multiplicit\u00e9 des syst\u00e8mes mn\u00e9siques et leur ancrage dans des architectures anatomocliniques distinctes. Au c\u0153ur de cette r\u00e9volution scientifique se tient une figure intellectuelle majeure : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Neal_J._Cohen\">Neal J. Cohen<\/a>. Par ses travaux pionniers sur les syndromes amn\u00e9siques humains, ses mod\u00e9lisations computationnelles et ses contributions th\u00e9oriques s\u00e9minales, Cohen a red\u00e9fini en profondeur notre compr\u00e9hension des substrats c\u00e9r\u00e9braux de la m\u00e9moire, de la perception et de la conscience.<\/p>\n<p>D\u00e8s le tournant des ann\u00e9es 1980, en \u00e9troite collaboration avec Larry Squire puis avec Howard Eichenbaum, Neal Cohen a apport\u00e9 la d\u00e9monstration empirique que la capacit\u00e9 d&rsquo;acqu\u00e9rir de nouvelles habilet\u00e9s motrices, perceptives et cognitives pouvait demeurer parfaitement intacte chez des individus priv\u00e9s de toute possibilit\u00e9 de former des souvenirs conscients de leurs exp\u00e9riences. Cette observation fondamentale, formalis\u00e9e initialement par la dichotomie entre m\u00e9moire d\u00e9clarative et m\u00e9moire proc\u00e9durale, a ouvert la voie \u00e0 une exploration syst\u00e9matique des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux sous-jacents, opposant le complexe hippocampique et les structures du lobe temporal m\u00e9dial aux r\u00e9seaux sous-corticaux des ganglions de la base et du cervelet. Loin de figer sa pens\u00e9e dans une taxonomie binaire, Cohen a ensuite insuffl\u00e9 une impulsion d\u00e9cisive \u00e0 la discipline en proposant la th\u00e9orie de la m\u00e9moire relationnelle, assignant \u00e0 l&rsquo;hippocampe la fonction pr\u00e9cise de tisser des liens associatifs flexibles entre les composantes disparates de notre environnement sensoriel, temporel et spatial.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ses apports fondamentaux \u00e0 la neuropsychologie cognitive, le parcours de Neal Cohen se caract\u00e9rise par une constante audace m\u00e9thodologique et une vision translationnelle \u00e9largie. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;introduction de l&rsquo;oculom\u00e9trie comme biomarqueur implicite des repr\u00e9sentations relationnelles, de l&rsquo;\u00e9tude du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral p\u00e9diatrique, de l&rsquo;exploration de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence ou encore de l&rsquo;impact transformateur de l&rsquo;exercice a\u00e9robie et de la nutrition sur la neurogen\u00e8se hippocampique, Cohen a b\u00e2ti un pont interdisciplinaire entre la neurobiologie cellulaire, la psychologie exp\u00e9rimentale et la sant\u00e9 publique. Ce vaste article acad\u00e9mique se propose de retracer l&rsquo;itin\u00e9raire intellectuel, les d\u00e9couvertes exp\u00e9rimentales d\u00e9terminantes, les controverses conceptuelles et la post\u00e9rit\u00e9 scientifique d&rsquo;un chercheur dont les travaux continuent d&rsquo;\u00e9clairer la complexit\u00e9 de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h2>1. Introduction biographique et gen\u00e8se intellectuelle de Neal Cohen<\/h2>\n<h3>1.1 Origines acad\u00e9miques et formation initiale dans les ann\u00e9es 1970<\/h3>\n<p>Le cheminement intellectuel de Neal Cohen s&rsquo;enracine au c\u0153ur d&rsquo;une \u00e9poque de profonde reconfiguration \u00e9pist\u00e9mologique. Durant les ann\u00e9es 1970, la psychologie exp\u00e9rimentale anglo-saxonne traverse ce que les historiens des sciences qualifient d&rsquo;effondrement d\u00e9finitif du paradigme b\u00e9havioriste strict. La psychologie de type stimulus-r\u00e9ponse (S-R), domin\u00e9e pendant plusieurs d\u00e9cennies par des figures tut\u00e9laires telles que B.F. Skinner ou Clark Hull, s&rsquo;av\u00e8re incapable de rendre compte des subtilit\u00e9s des processus mentaux internes, de la m\u00e9moire \u00e9pisodique, de l&rsquo;imagerie mentale et du langage. C&rsquo;est dans ce climat d&rsquo;effervescence que s&rsquo;affirme la \u00ab r\u00e9volution cognitive \u00bb, port\u00e9e par les th\u00e9ories du traitement de l&rsquo;information, la cybern\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9mergence des premiers mod\u00e8les computationnels de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Au cours de sa formation universitaire de premier cycle, Cohen est rapidement immerg\u00e9 dans cette confrontation entre b\u00e9haviorisme tardif et cognitivisme \u00e9mergent. Form\u00e9 \u00e0 la rigueur de la psychologie exp\u00e9rimentale, il acquiert une ma\u00eetrise solide des m\u00e9thodologies quantitatives de mesure des temps de r\u00e9action, des seuils de d\u00e9tection perceptive et des courbes d&rsquo;apprentissage. Toutefois, la psychologie cognitive naissante souffre \u00e0 cette \u00e9poque d&rsquo;une limite majeure : son d\u00e9tachement persistant vis-\u00e0-vis des r\u00e9alit\u00e9s biologiques et neuroanatomiques du cerveau. Le mod\u00e8le fonctionnaliste classique consid\u00e9rait l&rsquo;esprit comme un logiciel (<em>software<\/em>) pouvant \u00eatre analys\u00e9 ind\u00e9pendamment du support mat\u00e9riel neuronal (<em>hardware<\/em>).<\/p>\n<p>Refusant cette dissociation artificielle entre la fonction et le substrat, le jeune chercheur per\u00e7oit l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;ancrer l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;esprit dans la biologie. Ce glissement vers la neuropsychologie clinique et la neurologie comportementale s&rsquo;impose \u00e0 lui comme le seul moyen de d\u00e9passer les mod\u00e8les abstraits de bo\u00eetes et de fl\u00e8ches qui prolif\u00e9raient alors dans la litt\u00e9rature psychologique. Les observations issues de patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s, loin d&rsquo;\u00eatre de simples curiosit\u00e9s m\u00e9dicales, constituent \u00e0 ses yeux des \u00ab exp\u00e9riences de la nature \u00bb incomparables, capables de r\u00e9v\u00e9ler les architectures sous-jacentes du traitement c\u00e9r\u00e9bral de mani\u00e8re bien plus probante que les exp\u00e9riences men\u00e9es exclusivement sur des \u00e9tudiants sains au laboratoire.<\/p>\n<h3>1.2 Le doctorat \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 San Diego (UCSD)<\/h3>\n<p>L&rsquo;entr\u00e9e de Neal Cohen dans le programme doctoral de l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 San Diego (UCSD) marque le v\u00e9ritable point de d\u00e9part de son ascension scientifique. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;UCSD repr\u00e9sente un \u00e9picentre mondial d&rsquo;innovation en sciences cognitives et en neurobiologie. Sous l&rsquo;impulsion de personnalit\u00e9s visionnaires, le campus r\u00e9unit au sein d&rsquo;un m\u00eame \u00e9cosyst\u00e8me des psychologues, des neurologues, des anatomistes et des physiciens, jetant les bases formelles de ce qui allait bient\u00f4t s&rsquo;appeler les neurosciences cognitives modernes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans cet environnement exceptionnellement dynamique que Cohen fait la rencontre d\u00e9terminante de sa carri\u00e8re en la personne de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Larry_Squire\">Larry Squire<\/a>, professeur de psychiatrie et de neurosciences \u00e0 l&rsquo;UCSD et chercheur au centre hospitalier des v\u00e9t\u00e9rans (VA Medical Center) de San Diego. Squire est alors engag\u00e9 dans un programme de recherche ambitieux visant \u00e0 caract\u00e9riser les d\u00e9ficits mn\u00e9siques induits par des l\u00e9sions circonscrites du syst\u00e8me limbique et du dienc\u00e9phale. Entre le jeune doctorant rigoureux et le chercheur confirm\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit une osmose intellectuelle imm\u00e9diate, fond\u00e9e sur le d\u00e9sir commun de r\u00e9concilier les th\u00e9ories cognitives rigoureuses et la pratique clinique de chevet.<\/p>\n<p>Au cours de ses recherches doctorales, Cohen formule des hypoth\u00e8ses audacieuses relatives aux dissociations fonctionnelles de la m\u00e9moire. Alors que la communaut\u00e9 scientifique de l&rsquo;\u00e9poque concevait encore largement l&rsquo;amn\u00e9sie humaine comme un effondrement global et uniforme de la capacit\u00e9 d&rsquo;apprendre et de se souvenir, Cohen et Squire suspectent que le d\u00e9ficit n&rsquo;affecte qu&rsquo;un sous-syst\u00e8me particulier de la cognition, laissant d&rsquo;autres pans mn\u00e9siques absolument intacts. Sa th\u00e8se de doctorat, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;analyse fine des capacit\u00e9s d&rsquo;apprentissage r\u00e9siduelles chez les patients atteints de syndromes amn\u00e9siques d&rsquo;origines \u00e9tiologiques diverses, bouleverse les certitudes \u00e9tablies et attire imm\u00e9diatement l&rsquo;attention de la communaut\u00e9 internationale par sa pr\u00e9cision m\u00e9thodologique et l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ses d\u00e9monstrations empiriques.<\/p>\n<h2>2. Les \u00e9tudes fondatrices sur l&rsquo;amn\u00e9sie humaine avec Larry Squire<\/h2>\n<h3>2.1 La rupture avec le mod\u00e8le unitaire de la m\u00e9moire<\/h3>\n<p>Le postulat d&rsquo;une m\u00e9moire unitaire, h\u00e9rit\u00e9 des conceptions psychologiques du XIXe si\u00e8cle et renforc\u00e9 par les th\u00e9ories de Karl Lashley sur l&rsquo;\u00e9quipotentialit\u00e9 corticale, affirmait que la force de r\u00e9tention d&rsquo;un apprentissage d\u00e9pendait de la quantit\u00e9 globale de tissu c\u00e9r\u00e9bral disponible plut\u00f4t que de la localisation anatomique pr\u00e9cise de la l\u00e9sion. Selon cette vue dominante, une l\u00e9sion du lobe temporal m\u00e9dial d\u00e9gradait globalement la \u00ab fonction de m\u00e9morisation \u00bb, sans \u00e9pargner de compartiment sp\u00e9cifique. Les travaux men\u00e9s par Neal Cohen et Larry Squire au tournant des ann\u00e9es 1980 vont porter le coup de gr\u00e2ce \u00e0 cette conception homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>En examinant minutieusement des patients pr\u00e9sentant un syndrome amn\u00e9sique dienc\u00e9phalique s\u00e9v\u00e8re (notamment le syndrome de Korsakoff induit par un d\u00e9ficit chronique en thiamine chez des patients alcooliques, entra\u00eenant des l\u00e9sions des corps mamillaires et du thalamus m\u00e9diodorsal) ainsi que des patients victimes d&rsquo;anoxies c\u00e9r\u00e9brales ou d&rsquo;enc\u00e9phalites herp\u00e9tiques entra\u00eenant des destructions bilat\u00e9rales du lobe temporal m\u00e9dial, Cohen observe un paradoxe saisissant. Bien que ces sujets soient rigoureusement incapables de rappeler ce qu&rsquo;ils ont mang\u00e9 le matin m\u00eame, d&rsquo;identifier le personnel soignant qui les suit depuis des mois ou d&rsquo;apprendre consciemment une courte liste de substantifs, ils manifestent n\u00e9anmoins des capacit\u00e9s d&rsquo;apprentissage et de r\u00e9tention parfaitement normales lorsqu&rsquo;ils sont soumis \u00e0 certaines \u00e9preuves sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Cette dissociation fondamentale impose une r\u00e9vision th\u00e9orique radicale : l&rsquo;amn\u00e9sie humaine n&rsquo;est pas un d\u00e9ficit d&rsquo;apprentissage universel, mais un d\u00e9ficit s\u00e9lectif affectant un m\u00e9canisme neurobiologique particulier. Cohen et Squire conceptualisent alors une fronti\u00e8re infranchissable entre les processus mn\u00e9siques conscients, exigeant une recollection ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;\u00e9pisode d&rsquo;encodage, et les processus automatiques ou dispositionnels, qui s&rsquo;expriment directement par la modification adaptative de la performance comportementale, sans n\u00e9cessiter la moindre intervention de la conscience introspective.<\/p>\n<h3>2.2 Le paradigme historique de la lecture en miroir (1980)<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience qui va cristalliser cette d\u00e9couverte et propulser le nom de Neal Cohen au panth\u00e9on des neurosciences exp\u00e9rimentales est publi\u00e9e en 1980 dans la prestigieuse revue <em>Science<\/em>. Cohen et Squire con\u00e7oivent un protocole d&rsquo;une remarquable sophistication m\u00e9thodologique reposant sur une t\u00e2che de lecture en miroir (<em>mirror-reading task<\/em>). Le paradigme consiste \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 des sujets des triplets de mots g\u00e9om\u00e9triquement invers\u00e9s horizontalement, ces derniers devant \u00eatre d\u00e9cod\u00e9s et lus le plus rapidement possible \u00e0 travers un syst\u00e8me optique ou un dispositif de projection invers\u00e9e.<\/p>\n<p>Le protocole exp\u00e9rimental dissocie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment deux aspects distincts de la r\u00e9tention mn\u00e9sique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;acquisition de l&rsquo;habilet\u00e9 perceptive et cognitive g\u00e9n\u00e9rale :<\/strong> \u00e9valu\u00e9e par la r\u00e9duction progressive et continue du temps n\u00e9cessaire pour lire des triplets de mots nouveaux et non r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au fil des sessions d&rsquo;entra\u00eenement successives.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9moire sp\u00e9cifique des items :<\/strong> mesur\u00e9e par l&rsquo;avantage temporel suppl\u00e9mentaire obtenu lors de la r\u00e9exposition \u00e0 des triplets de mots d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s et lus lors d&rsquo;essais ant\u00e9rieurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9sultats statistiques obtenus par Cohen et Squire s&rsquo;av\u00e8rent saisissants. Les patients amn\u00e9siques s\u00e9v\u00e8res d\u00e9montrent une courbe d&rsquo;apprentissage de l&rsquo;habilet\u00e9 de lecture en miroir strictement superposable \u00e0 celle des sujets t\u00e9moins appari\u00e9s : au fil des jours, ils apprennent \u00e0 d\u00e9coder les caract\u00e8res invers\u00e9s \u00e0 une vitesse identique, conservant cette comp\u00e9tence proc\u00e9durale intacte sur des intervalles de r\u00e9tention de plusieurs semaines. Pourtant, interrog\u00e9s imm\u00e9diatement apr\u00e8s chaque session, ces m\u00eames patients nient vigoureusement avoir jamais pratiqu\u00e9 l&rsquo;exercice, ne reconnaissent pas l&rsquo;appareil exp\u00e9rimental et sont incapables de distinguer les mots d\u00e9j\u00e0 lus des mots totalement nouveaux dans un test classique de reconnaissance explicite.<\/p>\n<p>La port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique de cette \u00e9tude de 1980 est monumentale. Elle d\u00e9montre pour la premi\u00e8re fois avec une rigueur statistique irr\u00e9futable qu&rsquo;une habilet\u00e9 cognitive complexe peut \u00eatre acquise, consolid\u00e9e et maintenue dans le temps en l&rsquo;absence totale de m\u00e9moire consciente de l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;apprentissage. Ce travail pionnier pulv\u00e9rise l&rsquo;id\u00e9e que la m\u00e9moire consciente constitue le pr\u00e9requis obligatoire de l&rsquo;adaptation cognitive et impose l&rsquo;existence de syst\u00e8mes neuronaux fonctionnant de mani\u00e8re parfaitement parall\u00e8le et dissociable.<\/p>\n<h2>3. La distinction s\u00e9minale entre m\u00e9moire d\u00e9clarative et m\u00e9moire proc\u00e9durale<\/h2>\n<h3>3.1 Conceptualisation th\u00e9orique de la dichotomie d\u00e9claratif \/ non-d\u00e9claratif<\/h3>\n<p>Forts des r\u00e9sultats de l&rsquo;exp\u00e9rience de lecture en miroir et de multiples travaux compl\u00e9mentaires, Neal Cohen et Larry Squire entreprennent une vaste entreprise de formalisation th\u00e9orique. Ils introduisent dans le lexique des neurosciences cognitives la distinction devenue classique entre <em>m\u00e9moire d\u00e9clarative<\/em> et <em>m\u00e9moire proc\u00e9durale<\/em> (ult\u00e9rieurement englob\u00e9e dans la cat\u00e9gorie plus large de la m\u00e9moire non-d\u00e9clarative). Cette nomenclature vise \u00e0 cat\u00e9goriser les diff\u00e9rentes formes de m\u00e9moire non pas selon leur dur\u00e9e de r\u00e9tention (court terme versus long terme), mais selon la nature de leur contenu informationnel et les r\u00e8gles r\u00e9gissant leur r\u00e9cup\u00e9ration.<\/p>\n<p>Pour fonder cette dichotomie sur un socle philosophique et \u00e9pist\u00e9mologique solide, Cohen puise directement dans les travaux du philosophe britannique <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Gilbert_Ryle\">Gilbert Ryle<\/a>, et plus particuli\u00e8rement dans son ouvrage magistral de 1949, <em>The Concept of Mind<\/em>. Ryle y \u00e9tablissait une fronti\u00e8re conceptuelle majeure entre le \u00ab savoir que \u00bb (<em>knowing that<\/em>) \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire la connaissance propositionnelle, verbale, factuelle, soumise \u00e0 des conditions de v\u00e9rit\u00e9 \u2014 et le \u00ab savoir-faire \u00bb (<em>knowing how<\/em>) \u2014 d\u00e9signant la comp\u00e9tence dispositionnelle, l&rsquo;aptitude pratique incarn\u00e9e dans l&rsquo;action, r\u00e9fractaire \u00e0 toute r\u00e9duction en \u00e9nonc\u00e9s propositionnels.<\/p>\n<p>Neal Cohen transpose cette distinction philosophique au sein de l&rsquo;architecture neurobiologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La m\u00e9moire d\u00e9clarative :<\/strong> renvoie aux repr\u00e9sentations qui peuvent \u00eatre \u00ab d\u00e9clar\u00e9es \u00bb, formul\u00e9es verbalement ou r\u00e9activ\u00e9es explicitement sous forme d&rsquo;images mentales. Elle englobe aussi bien la m\u00e9moire \u00e9pisodique des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus situ\u00e9s dans leur contexte spatio-temporel d&rsquo;acquisition que la m\u00e9moire s\u00e9mantique des faits g\u00e9n\u00e9raux et des concepts universels. Son trait d\u00e9finitoire r\u00e9side dans son accessibilit\u00e9 \u00e0 la conscience ph\u00e9nom\u00e9nologique et sa flexibilit\u00e9 d&rsquo;utilisation dans des situations nouvelles.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9moire proc\u00e9durale :<\/strong> s&rsquo;exprime exclusivement \u00e0 travers l&rsquo;ex\u00e9cution motrice, perceptive ou cognitive. Elle est intrins\u00e8quement li\u00e9e aux m\u00e9canismes d&rsquo;action, d&rsquo;automatisation et de calibrage sensorimoteur. Rigide, encapsulated et \u00e9troitement coupl\u00e9e au contexte sp\u00e9cifique de son entra\u00eenement, elle fonctionne hors du champ de l&rsquo;introspection consciente.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette mod\u00e9lisation r\u00e9volutionnaire permet de r\u00e9interpr\u00e9ter l&rsquo;ensemble de la s\u00e9miologie neurologique : le complexe hippocampique et les structures m\u00e9dio-temporales associ\u00e9es ne constituent pas le r\u00e9servoir de toute la m\u00e9moire humaine, mais sont les \u00e9l\u00e9ments indispensables et d\u00e9di\u00e9s au fonctionnement exclusif du syst\u00e8me d\u00e9claratif.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;\u00e9preuve de la Tour de Hano\u00ef et les apprentissages cognitifs complexes<\/h3>\n<p>Afin de consolider sa th\u00e9orie et de r\u00e9pondre aux critiques sugg\u00e9rant que la m\u00e9moire pr\u00e9serv\u00e9e chez les amn\u00e9siques se limiterait \u00e0 des comp\u00e9tences sensorimotrices \u00e9l\u00e9mentaires (\u00e0 l&rsquo;instar du trac\u00e9 en miroir d\u00e9crit par Brenda Milner chez le patient H.M.), Neal Cohen d\u00e9cide de tester les limites cognitives de ce syst\u00e8me proc\u00e9dural. Dans une \u00e9tude devenue c\u00e9l\u00e8bre publi\u00e9e en 1984, Cohen administre \u00e0 des patients atteints d&rsquo;amn\u00e9sie bilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re un probl\u00e8me math\u00e9matique et logique complexe hautement abstrait : la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Tower_of_Hanoi\">Tour de Hano\u00ef<\/a>.<\/p>\n<p>La r\u00e9solution de la Tour de Hano\u00ef exige la manipulation de disques de tailles gradu\u00e9es dispos\u00e9s sur trois tiges verticales, l&rsquo;objectif \u00e9tant de transf\u00e9rer la pile initiale vers une autre tige en respectant deux r\u00e8gles strictes : ne d\u00e9placer qu&rsquo;un seul disque \u00e0 la fois et ne jamais poser un disque de diam\u00e8tre sup\u00e9rieur sur un disque plus petit. Loin d&rsquo;\u00eatre une t\u00e2che motrice triviale, cette \u00e9preuve requiert la formulation d&rsquo;objectifs interm\u00e9diaires, l&rsquo;inhibition de r\u00e9ponses directes trompeuses, l&rsquo;anticipation d&rsquo;arbres de choix d\u00e9cisionnels et la d\u00e9couverte d&rsquo;un algorithme r\u00e9cursif de r\u00e9solution mentale.<\/p>\n<p>Les conclusions tir\u00e9es par Cohen sont sans appel : les patients amn\u00e9siques soumis \u00e0 des s\u00e9ances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es apprennent \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me avec une efficacit\u00e9 et un nombre de mouvements optimaux rigoureusement identiques \u00e0 ceux des sujets t\u00e9moins sains. Confront\u00e9s \u00e0 des configurations \u00e0 quatre ou cinq disques, ils progressent de mani\u00e8re continue et conservent leurs strat\u00e9gies algorithmiques sur plusieurs semaines. Pourtant, au d\u00e9but de chaque session d&rsquo;essai, lorsqu&rsquo;on leur pr\u00e9sente le plateau, ils pr\u00e9tendent n&rsquo;avoir jamais vu l&rsquo;objet, demandent qu&rsquo;on leur r\u00e9explique les consignes et ignorent qu&rsquo;ils d\u00e9tiennent en eux-m\u00eames la cl\u00e9 de la r\u00e9solution du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte magistrale prouve que le syst\u00e8me proc\u00e9dural ne se cantonne pas aux coordinations musculaires de base ou aux adaptations r\u00e9flexes du cervelet. Il poss\u00e8de la capacit\u00e9 d&rsquo;encoder des r\u00e8gles formelles d&rsquo;inf\u00e9rence, des strat\u00e9gies de traitement de l&rsquo;information et des algorithmes heuristiques hautement sophistiqu\u00e9s. La m\u00e9moire proc\u00e9durale s&rsquo;affirme ainsi comme un r\u00e9seau computationnel distribu\u00e9 complexe, ancr\u00e9 principalement dans le n\u00e9ostriatum (putamen et noyau caud\u00e9) et les circuits cortico-striataux, op\u00e9rant en parfaite ind\u00e9pendance de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du complexe hippocampique.<\/p>\n<h2>4. Les investigations empiriques aupr\u00e8s du patient H.M. (Henry Molaison)<\/h2>\n<h3>4.1 Le protocole d&rsquo;\u00e9valuation directe administr\u00e9 \u00e0 Henry Molaison<\/h3>\n<p>Impossible d&rsquo;\u00e9voquer l&rsquo;itin\u00e9raire scientifique de Neal Cohen sans aborder son implication directe dans l&rsquo;\u00e9tude du patient le plus c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;histoire de la neuropsychologie mondiale : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Henry_Molaison\">Henry Molaison<\/a>, universellement d\u00e9sign\u00e9 par ses initiales <strong>H.M.<\/strong> Op\u00e9r\u00e9 en 1953 par le neurochirurgien William Beecher Scoville pour soulager une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire d\u00e9vastatrice, H.M. avait subi une r\u00e9section bilat\u00e9rale standardis\u00e9e comprenant la majeure partie des formations hippocampiques, du cortex entorhinal et p\u00e9rirhinal, ainsi que des amygdales.<\/p>\n<p>Bien que Brenda Milner ait d\u00e9j\u00e0 document\u00e9 chez H.M. l&rsquo;incroyable pr\u00e9servation de l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une habilet\u00e9 motrice (le dessin en miroir d&rsquo;une \u00e9toile) au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, les fronti\u00e8res pr\u00e9cises des capacit\u00e9s pr\u00e9serv\u00e9es et d\u00e9grad\u00e9es de ce patient d&rsquo;exception demeuraient incompl\u00e8tement cartographi\u00e9es. Gr\u00e2ce \u00e0 une collaboration scientifique avec Brenda Milner et le personnel soignant de l&rsquo;Institut Neurologique de Montr\u00e9al, Neal Cohen a pu administrer directement \u00e0 H.M. ses batteries exp\u00e9rimentales novatrices au cours de protocoles exp\u00e9rimentaux hautement standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Cohen soumet H.M. \u00e0 une multiplicit\u00e9 de tests crois\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c9preuves d&rsquo;apprentissage perceptif et visuo-spatial complexe (y compris la lecture en miroir et la r\u00e9solution de puzzles g\u00e9om\u00e9triques bidimensionnels et tridimensionnels) ;<\/li>\n<li>T\u00e2ches de cat\u00e9gorisation probabiliste et d&rsquo;apprentissage de grammaires artificielles ;<\/li>\n<li>\u00c9valuations de la m\u00e9moire de reconnaissance verbale, associative et temporelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les observations recueillies par Neal Cohen chez Henry Molaison confirment sans ambigu\u00eft\u00e9 les pr\u00e9dictions th\u00e9oriques de son mod\u00e8le : H.M. d\u00e9montre une vitesse d&rsquo;acquisition proc\u00e9durale irr\u00e9prochable tout en restant confin\u00e9 dans un pr\u00e9sent perp\u00e9tuel d&rsquo;environ trente \u00e0 soixante secondes pour tout \u00e9v\u00e9nement autobiographique ou d\u00e9claratif. La nettet\u00e9 chirurgicale des l\u00e9sions de Molaison permet \u00e0 Cohen de dissocier d\u00e9finitivement la circuiterie striato-corticale sous-tendant les comp\u00e9tences proc\u00e9durales de la machinerie temporale interne d\u00e9di\u00e9e aux repr\u00e9sentations explicites.<\/p>\n<h3>4.2 Retomb\u00e9es th\u00e9oriques sur la localisation des traces mn\u00e9siques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude approfondie d&rsquo;H.M. sous la grille d&rsquo;analyse d\u00e9velopp\u00e9e par Cohen et ses contemporains va radicalement transformer les conceptions neurobiologiques relatives \u00e0 l&rsquo;engramme \u2014 la trace physique et synaptique du souvenir. Premi\u00e8rement, ces donn\u00e9es prouvent d\u00e9finitivement que l&rsquo;hippocampe <em>n&rsquo;est pas<\/em> le site ultime de stockage \u00e0 long terme des repr\u00e9sentations mn\u00e9siques d\u00e9claratives pr\u00e9alablement acquises. En effet, H.M. conservait une m\u00e9moire s\u00e9mantique g\u00e9n\u00e9rale convenable de son enfance et pouvait mobiliser le lexique de sa langue maternelle acquis avant son op\u00e9ration chirurgicale de 1953, d\u00e9montrant que les m\u00e9moires stabilis\u00e9es sont engrang\u00e9es dans de vastes r\u00e9seaux n\u00e9ocorticaux distribu\u00e9s.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, Cohen et Squire d\u00e9duisent de ces observations que le complexe hippocampique agit comme un <strong>m\u00e9canisme d&rsquo;interm\u00e9diation temporaire et de consolidation<\/strong>. Il est indispensable pour orchestrer, durant une fen\u00eatre temporelle s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs semaines, mois ou ann\u00e9es, la r\u00e9organisation progressive et la stabilisation synaptique des ensembles n\u00e9ocorticaux jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ceux-ci deviennent autonomes vis-\u00e0-vis des formations temporales profondes. Si l&rsquo;hippocampe est d\u00e9truit, les souvenirs r\u00e9cents n&rsquo;ayant pas achev\u00e9 ce processus de consolidation syst\u00e9mique sont irr\u00e9m\u00e9diablement perdus (amn\u00e9sie r\u00e9trograde temporellement gradu\u00e9e), tandis que la formation de nouveaux engrammes d\u00e9claratifs devient purement impossible (amn\u00e9sie ant\u00e9rograde absolue).<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la dissociation chez H.M. entre savoir d\u00e9claratif an\u00e9anti et savoir proc\u00e9dural vigoureux clarifie de fa\u00e7on d\u00e9cisive le r\u00f4le des ganglions de la base, du cervelet et des cortex sensorimoteurs primaires et secondaires. Ces structures p\u00e9riph\u00e9riques au syst\u00e8me temporal m\u00e9dial ne d\u00e9pendent pas du m\u00e9canisme unificateur de l&rsquo;hippocampe : elles modifient directement l&rsquo;efficacit\u00e9 synaptique de leurs circuits d\u00e9di\u00e9s par des processus de plasticit\u00e9 locale (d\u00e9pression \u00e0 long terme c\u00e9r\u00e9belleuse, plasticit\u00e9 striatale d\u00e9pendante de la dopamine), permettant \u00e0 l&rsquo;organisme de raffiner son comportement sans laisser de trace accessible \u00e0 la conscience r\u00e9flexive.<\/p>\n<h2>5. La th\u00e9orie de la m\u00e9moire relationnelle de Cohen et Eichenbaum<\/h2>\n<h3>5.1 Fondements de l&rsquo;approche relationnelle face \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9pisodique<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, une intense controverse anime la neuropsychologie internationale. Le psychologue canado-estonien <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Endel_Tulving\">Endel Tulving<\/a> a formul\u00e9 une proposition th\u00e9orique majeure distinguant au sein de la m\u00e9moire d\u00e9clarative deux sous-syst\u00e8mes fondamentaux : la <em>m\u00e9moire s\u00e9mantique<\/em> (les connaissances encyclop\u00e9diques d\u00e9contextualis\u00e9es) et la <em>m\u00e9moire \u00e9pisodique<\/em> (le souvenir ph\u00e9nom\u00e9nologique d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements singuliers v\u00e9cus personnellement, accompagn\u00e9 d&rsquo;une sensation intime de \u00ab voyage mental dans le temps \u00bb ou conscience autono\u00e9tique). Tulving et ses partisans soutiennent alors ardemment que l&rsquo;hippocampe est le module biologique sp\u00e9cifique et exclusif de la seule m\u00e9moire \u00e9pisodique consciente.<\/p>\n<p>Neal Cohen, amor\u00e7ant une longue et fructueuse collaboration scientifique avec le neurobiologiste <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Howard_Eichenbaum\">Howard Eichenbaum<\/a>, refuse cat\u00e9gor\u7d20ement cette vision qu&rsquo;il juge excessivement ph\u00e9nom\u00e9nologique et anthropocentrique. Cohen et Eichenbaum soulignent que le concept de conscience autono\u00e9tique est par essence inaccessible \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale rigoureuse et ne fournit aucun principe de traitement algorithmique permettant de mod\u00e9liser le fonctionnement neuronal de l&rsquo;hippocampe \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cellulaire.<\/p>\n<p>Ils proposent alors une rupture th\u00e9orique fondamentale : la <strong>th\u00e9orie de la m\u00e9moire relationnelle<\/strong> (<em>Relational Memory Theory<\/em>). Selon Cohen et Eichenbaum, la sp\u00e9cificit\u00e9 computationnelle de l&rsquo;hippocampe ne r\u00e9side pas dans la coloration affective ou subjective du souvenir, mais dans le format des repr\u00e9sentations qu&rsquo;il traite. L&rsquo;hippocampe est fondamentalement un <em>moteur de traitement relationnel<\/em> :<\/p>\n<ul>\n<li>Il encode les configurations d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments arbitraires cooccurrents, reliant entre elles les informations sur les objets (\u00ab quoi \u00bb), leur localisation spatiale (\u00ab o\u00f9 \u00bb) et leur s\u00e9quence temporelle (\u00ab quand \u00bb) ;<\/li>\n<li>Il s&rsquo;oppose au traitement \u00e9l\u00e9mentaire ou fusionn\u00e9 op\u00e9r\u00e9 par les aires n\u00e9ocorticales sensorielles ou les structures p\u00e9rirhinales, qui traitent les \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s ou fusionnent les caract\u00e9ristiques d&rsquo;un stimulus en une gestalt rigide ;<\/li>\n<li>Il produit des repr\u00e9sentations intrins\u00e8quement <strong>flexibles<\/strong> et <strong>compositionnelles<\/strong>, permettant aux informations apprises dans un contexte d&rsquo;\u00eatre mobilis\u00e9es avec succ\u00e8s dans un environnement radicalement transform\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5.2 L&rsquo;ouvrage s\u00e9minal &lsquo;Memory, Amnesia, and the Hippocampal System&rsquo; (1993)<\/h3>\n<p>En 1993, Neal Cohen et Howard Eichenbaum publient aux \u00e9ditions MIT Press ce qui est consid\u00e9r\u00e9 unanimement comme un classique absolu des neurosciences modernes : <em>Memory, Amnesia, and the Hippocampal System<\/em>. Cet ouvrage colossal de synth\u00e8se interdisciplinaire r\u00e9alise un tour de force \u00e9pist\u00e9mologique en int\u00e9grant dans une architecture unifi\u00e9e :<\/p>\n<ol>\n<li>Les donn\u00e9es de la neuropsychologie clinique humaine issues des patients amn\u00e9siques (H.M. et les cohortes de Cohen et Squire) ;<\/li>\n<li>Les \u00e9tudes \u00e9lectrophysiologiques et l\u00e9sionnelles chez le rongeur (notamment la navigation spatiale dans le labyrinthe aquatique de Morris et les cellules de lieu d\u00e9couvertes par John O&rsquo;Keefe) ;<\/li>\n<li>Les architectures connexionnistes et la mod\u00e9lisation math\u00e9matique des r\u00e9seaux de neurones formels.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Dans ce livre fondateur, les auteurs \u00e9tablissent une comparaison rigoureuse entre les propri\u00e9t\u00e9s computationnelles du n\u00e9ocortex et celles du complexe hippocampique. Le n\u00e9ocortex associatif est d\u00e9crit comme un syst\u00e8me \u00e0 apprentissage lent, op\u00e9rant par ajustements graduels des poids synaptiques, id\u00e9al pour extraire les r\u00e9gularit\u00e9s statistiques de l&rsquo;environnement, moyenner l&rsquo;exp\u00e9rience et construire des repr\u00e9sentations cat\u00e9gorielles stables. En revanche, le syst\u00e8me hippocampique est caract\u00e9ris\u00e9 comme un r\u00e9seau \u00e0 m\u00e9moire rapide, capable d&rsquo;encoder en un essai unique des associations relationnelles arbitraires sans effacer les apprentissages pr\u00e9alables.<\/p>\n<p>Cohen et Eichenbaum formalisent le concept fondamental d&rsquo;<strong>espace relationnel<\/strong> (<em>relational space<\/em>). L&rsquo;hippocampe ne stocke pas des repr\u00e9sentations isol\u00e9es : il projette les \u00e9l\u00e9ments appris au sein d&rsquo;une matrice relationnelle continue. Cela permet \u00e0 l&rsquo;organisme de comparer, de distinguer, d&rsquo;ordonner et d&rsquo;interpoler des \u00e9v\u00e9nements dissemblables, conf\u00e9rant au comportement une flexibilit\u00e9 adaptative infinie qui fait totalement d\u00e9faut aux syst\u00e8mes proc\u00e9duraux ou aux r\u00e9flexes conditionn\u00e9s.<\/p>\n<h3>5.3 Inf\u00e9rences transitives et flexibilit\u00e9 repr\u00e9sentationnelle<\/h3>\n<p>Pour apporter la preuve exp\u00e9rimentale irr\u00e9futable de leur mod\u00e8le relationnel et damer le pion \u00e0 la th\u00e9orie purement \u00e9pisodique de Tulving, Cohen et Eichenbaum con\u00e7oivent un paradigme exp\u00e9rimental \u00e9l\u00e9gant emprunt\u00e9 \u00e0 la psychologie du d\u00e9veloppement cognitif : la t\u00e2che d&rsquo;<strong>inf\u00e9rence transitive<\/strong> non-spatiale.<\/p>\n<p>L&rsquo;inf\u00e9rence transitive mesure la capacit\u00e9 d&rsquo;un sujet \u00e0 d\u00e9duire une relation indirecte entre deux \u00e9l\u00e9ments en s&rsquo;appuyant sur des pr\u00e9misses interconnect\u00e9es pr\u00e9alablement apprises de mani\u00e8re isol\u00e9e. Les sujets sont d&rsquo;abord entra\u00een\u00e9s \u00e0 ma\u00eetriser par essais et erreurs des paires d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments arbitraires ordonn\u00e9s hi\u00e9rarchiquement : A est sup\u00e9rieur \u00e0 B (A > B), B est sup\u00e9rieur \u00e0 C (B > C), C est sup\u00e9rieur \u00e0 D (C > D) et D est sup\u00e9rieur \u00e0 E (D > E). Dans ce sch\u00e9ma, tous les \u00e9l\u00e9ments interm\u00e9diaires (B, C, D) sont associ\u00e9s un nombre \u00e9gal de fois \u00e0 une issue positive (gagnante) et \u00e0 une issue n\u00e9gative (perdante), annulant tout biais d&rsquo;apprentissage fond\u00e9 sur la simple valeur de renforcement individuel.<\/p>\n<p>Le test critique d&rsquo;inf\u00e9rence transitive consiste \u00e0 confronter les sujets \u00e0 une paire nouvelle, jamais rencontr\u00e9e lors des sessions d&rsquo;entra\u00eenement : la paire B versus D. Pour r\u00e9ussir \u00e0 choisir correctement B plut\u00f4t que D (puisque A > B > C > D > E, alors obligatoirement B > D), le cerveau ne peut s&rsquo;appuyer sur la simple m\u00e9moire d&rsquo;une association directe ou sur une r\u00e9action de familiarit\u00e9. Il est imp\u00e9ratif de relier les repr\u00e9sentations mn\u00e9siques disjointes (B > C et C > D) au sein d&rsquo;une cha\u00eene relationnelle ordonn\u00e9e et d&rsquo;op\u00e9rer une d\u00e9duction logique flexible.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques recueillies par Cohen, Eichenbaum et leurs collaborateurs chez des patients avec l\u00e9sions bilat\u00e9rales de l&rsquo;hippocampe r\u00e9v\u00e8lent une dissociation \u00e9clatante :<\/p>\n<ul>\n<li>Ces patients parviennent, \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9titions, \u00e0 m\u00e9moriser les paires de pr\u00e9misses directes adjacentes (A > B, B > C, etc.), s&rsquo;appuyant sur des circuits extra-hippocampiques ;<\/li>\n<li>En revanche, d\u00e8s qu&rsquo;ils sont confront\u00e9s au test d&rsquo;inf\u00e9rence indirecte non apprise (B > D), leurs performances s&rsquo;effondrent rigoureusement au niveau du hasard statistique pur (50 % de r\u00e9ussite).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette observation prouve sans conteste que la fonction indispensable de l&rsquo;hippocampe r\u00e9side dans la structuration des liens relationnels permettant la flexibilit\u00e9 inf\u00e9rentielle. Cette fonction op\u00e8re m\u00eame sur des stimuli arbitraires totalement d\u00e9nu\u00e9s de toute composante autobiographique, validant ainsi la th\u00e9orie de la m\u00e9moire relationnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle universelle de la cognition humaine et animale.<\/p>\n<h2>6. Neuroanatomie fonctionnelle et dynamique du complexe hippocampique<\/h2>\n<h3>6.1 Organisation interne du lobe temporal m\u00e9dial<\/h3>\n<p>L&rsquo;approfondissement de la th\u00e9orie relationnelle a conduit Neal Cohen \u00e0 analyser m\u00e9ticuleusement l&rsquo;architecture neuroanatomique fine du lobe temporal m\u00e9dial (LTM), d\u00e9montrant que cette macro-structure ne fonctionne pas comme un bloc homog\u00e8ne, mais plut\u00f4t comme une hi\u00e9rarchie de traitement hautement sp\u00e9cialis\u00e9e. Les travaux de synth\u00e8se anatomofonctionnelle de Cohen mettent en lumi\u00e8re le r\u00f4le capital des connexions r\u00e9ciproques unissant le n\u00e9ocortex, les cortex parahippocampiques et la formation hippocampique proprement dite.<\/p>\n<p>Le flux informationnel s&rsquo;organise selon une architecture convergente et r\u00e9currente rigoureuse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le cortex p\u00e9rirhinal et le cortex parahippocampique :<\/strong> re\u00e7oivent respectivement les voies corticales ventrales (identifiant les objets, les visages, le contenu \u00ab Quoi \u00bb) et dorsales (transmettant les coordonn\u00e9es spatiales et environnementales, le contexte \u00ab O\u00f9 \u00bb). Ces structures r\u00e9alisent un premier niveau d&rsquo;int\u00e9gration et de traitement de la familiarit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le cortex entorhinal :<\/strong> constitue la porte d&rsquo;entr\u00e9e et de sortie nodale de l&rsquo;hippocampe, relayant massivement ces flux unimodaux et polymodaux vers la formation hippocampique interne par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la c\u00e9l\u00e8bre <em>voie perforante<\/em>.<\/li>\n<li><strong>Le gyrus dentel\u00e9 (DG) :<\/strong> agit comme un filtre de d\u00e9-corr\u00e9lation computationnel. Dot\u00e9 d&rsquo;un nombre ph\u00e9nom\u00e9nal de cellules granulaires, il assure la <strong>s\u00e9paration de motifs<\/strong> (<em>pattern separation<\/em>), transformant des entr\u00e9es corticales hautement chevauchantes en repr\u00e9sentations neuronales orthogonales et non interf\u00e9rentes.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9gion Cornu Ammonis 3 (CA3) :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9e par ses puissantes collat\u00e9rales r\u00e9currentes auto-associatives, assure la <strong>compl\u00e9tion de motifs<\/strong> (<em>pattern completion<\/em>). \u00c0 partir d&rsquo;un fragment indiciel partiel ou d\u00e9grad\u00e9 d&rsquo;une sc\u00e8ne, le r\u00e9seau r\u00e9current de CA3 r\u00e9active l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la configuration synaptique originelle.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9gion Cornu Ammonis 1 (CA1) et le subiculum :<\/strong> constituent la station de d\u00e9codage et de comparaison finale, relayant les configurations compl\u00e9t\u00e9es vers les couches profondes du cortex entorhinal, qui redistribuent \u00e0 leur tour les signaux vers les aires n\u00e9ocorticales associatives.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Neal Cohen d\u00e9montre que cette cha\u00eene anatomique bidirectionnelle est sp\u00e9cifiquement param\u00e9tr\u00e9e pour encoder en temps r\u00e9el des relations arbitraires complexes sans effacer les apprentissages ant\u00e9rieurs, r\u00e9alisant ainsi l&rsquo;\u00e9quilibre parfait entre plasticit\u00e9 synaptique rapide et stabilit\u00e9 mn\u00e9sique \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>6.2 Mod\u00e9lisation computationnelle des repr\u00e9sentations hippocampiques<\/h3>\n<p>Afin de valider la robustesse algorithmique de ses hypoth\u00e8ses empiriques, Neal Cohen s&rsquo;est associ\u00e9 au fil des d\u00e9cennies \u00e0 des math\u00e9maticiens et sp\u00e9cialistes des r\u00e9seaux neuronaux connexionnistes, notamment Jerry O&rsquo;Reilly et Howard Eichenbaum. L&rsquo;enjeu fondamental de ces collaborations \u00e9tait d&rsquo;\u00e9lucider le \u00ab dilemme de la stabilit\u00e9 et de la plasticit\u00e9 \u00bb : comment un syst\u00e8me d&rsquo;apprentissage artificiel ou biologique peut-il acqu\u00e9rir continuellement de nouvelles informations sans d\u00e9truire instantan\u00e9ment les connaissances anciennes (un ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom d&rsquo;<em>interf\u00e9rence catastrophique<\/em>) ?<\/p>\n<p>Cohen et ses coll\u00e8gues d\u00e9montrent que la solution computationnelle r\u00e9side dans le recours \u00e0 des <strong>repr\u00e9sentations hypersparses<\/strong> (<em>sparse coding<\/em>) au sein des circuits hippocampiques internes. Contrairement aux mod\u00e8les de traitement n\u00e9ocortical o\u00f9 les repr\u00e9sentations sont largement distribu\u00e9es et hautement superpos\u00e9es pour favoriser la g\u00e9n\u00e9ralisation statistique, l&rsquo;hippocampe n&rsquo;active qu&rsquo;une fraction infime de sa population neuronale (moins de 2 \u00e0 3 % des cellules granulaires du gyrus dentel\u00e9) pour encoder une sc\u00e8ne donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette sparsit\u00e9 extr\u00eame minimise drastiquement les risques de chevauchement entre traces mn\u00e9siques distinctes. Les mod\u00e8les computationnels inspir\u00e9s des th\u00e8ses de Cohen simulent avec un r\u00e9alisme saisissant la vitesse avec laquelle l&rsquo;hippocampe associe des \u00e9l\u00e9ments in\u00e9dits en un essai unique, tout en projetant en continu ces liaisons vers des mod\u00e8les n\u00e9ocorticaux lents. Cette convergence remarquable entre neuroanatomie l\u00e9sionnelle, psychologie exp\u00e9rimentale et intelligence artificielle connexionniste a fourni l&rsquo;un des cadres th\u00e9oriques les plus influents des sciences cognitives contemporaines.<\/p>\n<h2>7. L&rsquo;oculom\u00e9trie comme biomarqueur indirect de la m\u00e9moire relationnelle<\/h2>\n<h3>7.1 Innovation m\u00e9thodologique : le paradigme de suivi du regard (eye-tracking)<\/h3>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Neal Cohen r\u00e9alise une perc\u00e9e m\u00e9thodologique spectaculaire qui va m\u00e9tamorphoser l&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9moire humaine : l&rsquo;application syst\u00e9matique de l&rsquo;<strong>oculom\u00e9trie haute r\u00e9solution<\/strong> (<em>eye-tracking<\/em>) \u00e0 l&rsquo;exploration des repr\u00e9sentations mn\u00e9siques relationnelles. Jusqu&rsquo;alors, l&rsquo;\u00e9valuation de la m\u00e9moire d\u00e9clarative d\u00e9pendait presque exclusivement de r\u00e9ponses verbales conscientes fournies par le sujet (t\u00e2ches de rappel libre, de rappel indic\u00e9 ou jugements explicites de reconnaissance \u00ab ancien\/nouveau \u00bb).<\/p>\n<p>Conscient que ces r\u00e9ponses motrices et verbales directes introduisent des biais m\u00e9tacognitifs et ne capturent qu&rsquo;une fraction tardive du traitement de l&rsquo;information, Cohen imagine d&rsquo;utiliser les trajectoires et les fixations du regard comme une fen\u00eatre directe et objective sur l&rsquo;activation instantan\u00e9e de l&rsquo;engramme relationnel. L&rsquo;appareil oculaire humain n&rsquo;explore pas une sc\u00e8ne visuelle de mani\u00e8re al\u00e9atoire : la succession des micro-saccades et la dur\u00e9e de fixation fov\u00e9ale sur des zones pr\u00e9cises sont pilot\u00e9es en temps r\u00e9el par les repr\u00e9sentations stock\u00e9es en m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Cohen et son \u00e9quipe d\u00e9veloppent des paradigmes exp\u00e9rimentaux fond\u00e9s sur la modification subtile de relations spatiales ou associatives au sein de sc\u00e8nes visuelles complexes :<\/p>\n<ol>\n<li>Les participants sont d&rsquo;abord expos\u00e9s \u00e0 des photographies r\u00e9alistes comportant plusieurs objets en interaction spatiale sp\u00e9cifique (par exemple, un salon avec une lampe pos\u00e9e sur une table particuli\u00e8re \u00e0 gauche d&rsquo;un sofa) ;<\/li>\n<li>Dans une phase ult\u00e9rieure de test, l&rsquo;image est r\u00e9affich\u00e9e, mais la relation spatiale a \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9e (la lampe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e sur la table de droite) ou un objet a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un nouvel \u00e9l\u00e9ment arbitraire ;<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me d&rsquo;oculom\u00e9trie enregistre avec une r\u00e9solution millim\u00e9trique et milliseconde l&rsquo;orientation spatiale du regard des sujets d\u00e8s les premiers instants de l&rsquo;exposition visuelle.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les r\u00e9sultats d\u00e9montrent que chez les sujets sains, l&rsquo;\u0153il est irr\u00e9sistiblement attir\u00e9 de mani\u00e8re ultra-rapide (dans les 200 \u00e0 400 premi\u00e8res millisecondes) vers la zone exacte o\u00f9 la relation spatiale a \u00e9t\u00e9 transgress\u00e9e. Fait capital, cet effet de regard pr\u00e9f\u00e9rentiel s&rsquo;observe de fa\u00e7on syst\u00e9matique <em>avant m\u00eame<\/em> que le participant ne formule une r\u00e9ponse verbale explicite, et persiste m\u00eame chez des sujets qui \u00e9chouent \u00e0 verbaliser consciemment la nature exacte de la modification visuelle.<\/p>\n<h3>7.2 Dissociations oculomotrices chez les patients amn\u00e9siques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tape d\u00e9cisive de cette r\u00e9volution m\u00e9thodologique consiste \u00e0 tester ce paradigme oculom\u00e9trique chez des patients atteints de l\u00e9sions s\u00e9lectives de l&rsquo;hippocampe, travaux men\u00e9s notamment avec Deborah Hannula et Jennifer Ryan. Les r\u00e9sultats, publi\u00e9s dans des revues d&rsquo;impact telles que <em>Neuron<\/em> et <em>PNAS<\/em>, fournissent l&rsquo;une des d\u00e9monstrations les plus \u00e9l\u00e9gantes de l&rsquo;histoire des neurosciences cognitives.<\/p>\n<p>Chez les patients amn\u00e9siques pr\u00e9sentant des l\u00e9sions hippocampiques bilat\u00e9rales :<\/p>\n<ul>\n<li>Le comportement d&rsquo;exploration oculaire guid\u00e9 par la m\u00e9moire relationnelle est <strong>totalement aboli<\/strong> : leur regard ne manifeste aucune diff\u00e9renciation entre les r\u00e9gions modifi\u00e9es et non modifi\u00e9es, explorant la sc\u00e8ne d\u00e9structur\u00e9e comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une image enti\u00e8rement in\u00e9dite ;<\/li>\n<li>Pourtant, lorsque l&rsquo;\u00e9preuve est modifi\u00e9e pour \u00e9valuer la m\u00e9moire d&rsquo;un objet isol\u00e9 sans composante relationnelle (mesurant la simple d\u00e9tection d&rsquo;un item familier versus nouveau via le cortex p\u00e9rirhinal pr\u00e9serv\u00e9), les patients amn\u00e9siques pr\u00e9sentent des mouvements oculaires normaux, fixant spontan\u00e9ment l&rsquo;objet inhabituel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette d\u00e9couverte d\u00e9montre de mani\u00e8re foudroyante que le complexe hippocampique est biologiquement indispensable au traitement et \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration des informations relationnelles, <em>ind\u00e9pendamment de la prise de conscience r\u00e9flexive ou verbale du sujet<\/em>. Le syst\u00e8me oculaire trahit la pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence de l&rsquo;encodage hippocampique avec une sensibilit\u00e9 inaccessible aux tests neuropsychologiques traditionnels en papier-crayon. Cette avanc\u00e9e ouvre imm\u00e9diatement des perspectives diagnostiques inesp\u00e9r\u00e9es pour le d\u00e9pistage ultra-pr\u00e9coce des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, notamment la maladie d&rsquo;Alzheimer, o\u00f9 l&rsquo;hippocampe est la premi\u00e8re structure anatomique cibl\u00e9e par l&rsquo;accumulation des prot\u00e9ines tau hyperphosphoryl\u00e9es et du peptide b\u00eata-amylo\u00efde.<\/p>\n<h2>8. Trajectoires neurod\u00e9veloppementales et vieillissement cognitif<\/h2>\n<h3>8.1 Maturation de la m\u00e9moire relationnelle chez l&rsquo;enfant<\/h3>\n<p>Tout au long de sa maturit\u00e9 scientifique, Neal Cohen a \u00e9tendu ses investigations aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la trajectoire de vie humaine, convaincu que la dissociation entre syst\u00e8mes de m\u00e9moire doit s&rsquo;incarner dans des chronologies neurod\u00e9veloppementales asynchrones. En collaboration avec des sp\u00e9cialistes de la psychologie p\u00e9diatrique et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) structurelle, Cohen d\u00e9montre que la m\u00e9moire relationnelle ne se met pas en place d&rsquo;un seul bloc chez le nourrisson ou le jeune enfant.<\/p>\n<p>Tandis que les syst\u00e8mes proc\u00e9duraux (associ\u00e9s \u00e0 la maturation pr\u00e9coce du tronc c\u00e9r\u00e9bral, des ganglions de la base et du cervelet) ainsi que la m\u00e9moire de familiarit\u00e9 des items isol\u00e9s (cortex p\u00e9rirhinal) sont fonctionnels d\u00e8s la petite enfance, le r\u00e9seau relationnel hippocampique pr\u00e9sente une maturation exceptionnellement prolong\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>Les subdivisions internes de l&rsquo;hippocampe, particuli\u00e8rement le gyrus dentel\u00e9 et le secteur CA1, poursuivent leur synaptogen\u00e8se et leur r\u00e9organisation structurelle jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de six \u00e0 huit ans, voire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adolescence ;<\/li>\n<li>Les faisceaux de substance blanche connectant l&rsquo;hippocampe au cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et ventrom\u00e9dian (notamment le <em>fornix<\/em> et le <em>faisceau uncin\u00e9<\/em>) ne parviennent \u00e0 leur my\u00e9linisation optimale qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En corr\u00e9lant les mesures quantitatives volum\u00e9triques obtenues par IRM \u00e0 haute r\u00e9solution et les performances sur des t\u00e2ches d&rsquo;inf\u00e9rence transitive et d&rsquo;oculom\u00e9trie relationnelle, Cohen et son \u00e9quipe d\u00e9montrent que l&rsquo;\u00e9mergence de la flexibilit\u00e9 cognitive et de la m\u00e9moire associative chez les enfants scolaris\u00e9s suit scrupuleusement la trajectoire de maturation volum\u00e9trique de l&rsquo;hippocampe. Ces d\u00e9couvertes ont exerc\u00e9 un impact consid\u00e9rable sur les th\u00e9ories de la p\u00e9dagogie et des apprentissages scolaires fondamentaux, prouvant que les enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire ne poss\u00e8dent pas encore les r\u00e9seaux neurobiologiques requis pour synth\u00e9tiser des relations conceptuelles multidimensionnelles complexes, exigeant des m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement progressives adapt\u00e9es au calendrier neurobiologique de l&rsquo;enc\u00e9phalisation.<\/p>\n<h3>8.2 Vuln\u00e9rabilit\u00e9 diff\u00e9rentielle durant la s\u00e9nescence et la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du cycle vital, les travaux de Neal Cohen ont diss\u00e9qu\u00e9 les m\u00e9canismes de l&rsquo;effritement mn\u00e9sique au cours du vieillissement physiologique et pathologique. L&rsquo;une de ses contributions conceptuelles majeures r\u00e9side dans la mise en \u00e9vidence de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective de l&rsquo;hippocampe face au processus d&rsquo;immunos\u00e9nescence et de stress oxydatif.<\/p>\n<p>Dans le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral normal, le d\u00e9clin des performances cognitives n&rsquo;est pas g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>La m\u00e9moire s\u00e9mantique (vocabulaire, connaissances g\u00e9n\u00e9rales accumul\u00e9es) et les habilet\u00e9s proc\u00e9durales automatis\u00e9es au cours de la vie (pratique d&rsquo;un instrument, conduite d&rsquo;un v\u00e9hicule) demeurent remarquablement stables, soutenues par des r\u00e9seaux n\u00e9ocorticaux et striataux robustes ;<\/li>\n<li>En revanche, la m\u00e9moire relationnelle subit un d\u00e9clin lin\u00e9aire pr\u00e9coce d\u00e8s la cinqui\u00e8me d\u00e9cennie, caract\u00e9ris\u00e9 par une difficult\u00e9 grandissante \u00e0 associer des visages \u00e0 des noms nouveaux ou \u00e0 localiser des objets dans des environnements visuels spatialement r\u00e9organis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Neal Cohen d\u00e9montre que cette d\u00e9gradation n&rsquo;est pas due \u00e0 un d\u00e9ficit d&rsquo;attention g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, mais d\u00e9coule directement de l&rsquo;atrophie volum\u00e9trique pr\u00e9f\u00e9rentielle du gyrus dentel\u00e9 et de CA3, perturbant le processus de <em>s\u00e9paration de motifs<\/em>. Les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e9prouvent une tendance accrue au chevauchement mn\u00e9sique (interf\u00e9rence proactive), traitant des situations relationnelles in\u00e9dites comme si elles \u00e9taient identiques \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Dans le cadre pathologique de la maladie d&rsquo;Alzheimer d\u00e9butante et du d\u00e9ficit cognitif l\u00e9ger (<em>Mild Cognitive Impairment<\/em> ou MCI), les paradigmes oculom\u00e9triques d\u00e9velopp\u00e9s par Cohen s&rsquo;affirment comme des outils de d\u00e9pistage pr\u00e9clinique r\u00e9volutionnaires. Bien avant que les tests psychom\u00e9triques traditionnels ne r\u00e9v\u00e8lent des anomalies patentes, l&rsquo;absence anormale de d\u00e9tection oculomotrice des transgressions relationnelles permet d&rsquo;identifier l&rsquo;amorce de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence synaptique hippocampique avec plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;anticipation, offrant une fen\u00eatre th\u00e9rapeutique cruciale pour les interventions neuroprotectrices futures.<\/p>\n<h2>9. Interactions entre activit\u00e9 physique, nutrition et plasticit\u00e9 hippocampique<\/h2>\n<h3>9.1 Recherches interdisciplinaires avec Art Kramer et Charles Hillman<\/h3>\n<p>Loin de cantonner ses recherches \u00e0 une description fataliste de la d\u00e9gradation hippocampique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge, Neal Cohen s&rsquo;est engag\u00e9 dans une voie avant-gardiste cherchant \u00e0 promouvoir la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et la r\u00e9serve cognitive tout au long de l&rsquo;existence. \u00c0 l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois \u00e0 Urbana-Champaign, il noue des partenariats interdisciplinaires hautement prolifiques avec des experts mondiaux de la physiologie de l&rsquo;exercice et de la psychophysiologie cognitive, au premier rang desquels figurent <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Arthur_F._Kramer\">Arthur Kramer<\/a> et Charles Hillman.<\/p>\n<p>Ensemble, ils publient au cours des d\u00e9cennies 2000 et 2010 une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes marquantes publi\u00e9es dans des revues d&rsquo;\u00e9lite comme <em>PNAS<\/em>, d\u00e9montrant pour la premi\u00e8re fois chez l&rsquo;\u00eatre humain que l&rsquo;hippocampe n&rsquo;est pas une structure anatomique statique et inexorablement vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;atrophie au cours de la s\u00e9nescence. Dans des essais cliniques randomis\u00e9s rigoureux, des cohortes de personnes \u00e2g\u00e9es s\u00e9dentaires sont soumises \u00e0 des programmes standardis\u00e9s d&rsquo;entra\u00eenement physique a\u00e9robie (marche rapide mod\u00e9r\u00e9e) d&rsquo;une dur\u00e9e de six \u00e0 douze mois.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es morphom\u00e9triques par IRM tridimensionnelle r\u00e9v\u00e8lent un r\u00e9sultat stup\u00e9fiant :<\/p>\n<ul>\n<li>Alors que le groupe t\u00e9moin s\u00e9dentaire pr\u00e9sente la perte volum\u00e9trique hippocampique annuelle habituelle li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (environ 1 \u00e0 2 % par an), le groupe soumis \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement a\u00e9robie manifeste une <strong>augmentation nette de 2 % du volume hippocampique bilat\u00e9ral<\/strong> ;<\/li>\n<li>Ce gain volum\u00e9trique se traduit directement par une am\u00e9lioration statistiquement significative des performances sur les t\u00e2ches sp\u00e9cifiques de m\u00e9moire relationnelle ;<\/li>\n<li>Sur le plan biologique mol\u00e9culaire, ces gains sont m\u00e9di\u00e9s par une augmentation circulante du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Brain-derived_neurotrophic_factor\">BDNF<\/a>), qui stimule l&rsquo;angiogen\u00e8se, l&rsquo;arborisation dendritique et la neurogen\u00e8se adulte dans la zone sous-granulaire du gyrus dentel\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cohen prouve ainsi que le syst\u00e8me de m\u00e9moire relationnelle poss\u00e8de une mall\u00e9abilit\u00e9 physiologique remarquable et que le d\u00e9clin cognitif peut \u00eatre non seulement frein\u00e9, mais litt\u00e9ralement invers\u00e9 par des interventions comportementales non invasives.<\/p>\n<h3>9.2 Nutrition, sant\u00e9 m\u00e9tabolique et biomarqueurs c\u00e9r\u00e9braux<\/h3>\n<p>Poursuivant cette approche int\u00e9grative globale de la sant\u00e9 cognitive, Neal Cohen \u00e9largit son champ de recherche aux interactions complexes unissant la nutrition, la r\u00e9gulation m\u00e9tabolique et la microstructure hippocampique. S&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 l&rsquo;impact des micronutriments et des profils lipidiques sur le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral, il codirige des projets novateurs explorant le r\u00f4le sp\u00e9cifique des carot\u00e9no\u00efdes antioxydants, et plus particuli\u00e8rement de la <strong>lut\u00e9ine<\/strong>, ainsi que des acides gras polyinsatur\u00e9s om\u00e9ga-3.<\/p>\n<p>En employant des technologies de pointe combinant la biom\u00e9trie optique (densit\u00e9 optique du pigment maculaire, refl\u00e9tant les concentrations de lut\u00e9ine c\u00e9r\u00e9brale) et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Magnetic_resonance_spectroscopy\">spectroscopie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (SRM) pour quantifier les m\u00e9tabolites neuronaux <em>in vivo<\/em> (comme le N-ac\u00e9tylaspartate, biomarqueur de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 neuronale, et le myo-inositol, marqueur de la prolif\u00e9ration gliale), Cohen et ses coll\u00e8gues documentent des relations fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li>Les individus pr\u00e9sentant des concentrations tissulaires \u00e9lev\u00e9es en lut\u00e9ine et en om\u00e9ga-3 manifestent une int\u00e9grit\u00e9 microstructurale sup\u00e9rieure du complexe hippocampique ;<\/li>\n<li>Ces concentrations m\u00e9taboliques avantageuses corr\u00e8lent directement avec une efficacit\u00e9 accrue des fixations oculaires relationnelles et une r\u00e9duction des interf\u00e9rences lors de l&rsquo;apprentissage de configurations spatiales denses ;<\/li>\n<li>Ces effets b\u00e9n\u00e9fiques interagissent de mani\u00e8re synergique avec la condition cardiorespiratoire : l&rsquo;association d&rsquo;un r\u00e9gime nutritionnel protecteur et d&rsquo;une activit\u00e9 physique r\u00e9guli\u00e8re procure une protection d\u00e9multipli\u00e9e contre les alt\u00e9rations hippocampiques de la cinquantaine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ces travaux, Neal Cohen s&rsquo;affirme comme un pionnier incontestable de la neuro-\u00e9pid\u00e9miologie cognitive et de la m\u00e9decine translationnelle, montrant comment les concepts les plus abstraits de la m\u00e9moire relationnelle trouvent leur ancrage ultime dans les d\u00e9terminants m\u00e9taboliques et comportementaux de la vie quotidienne.<\/p>\n<h2>10. Leadership acad\u00e9mique et structuration de la recherche \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois<\/h2>\n<h3>10.1 Direction du programme de neurosciences \u00e0 l&rsquo;Institut Beckman (UIUC)<\/h3>\n<p>L&rsquo;immense impact scientifique de Neal Cohen ne d\u00e9coule pas uniquement de ses d\u00e9couvertes empiriques directes ; il s&rsquo;exprime \u00e9galement \u00e0 travers son leadership institutionnel exceptionnel. Arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/University_of_Illinois_Urbana-Champaign\">Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois \u00e0 Urbana-Champaign<\/a> (UIUC) au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Cohen y devient l&rsquo;un des piliers structurants de l&rsquo;\u00e9minent <strong>Beckman Institute for Advanced Science and Technology<\/strong>.<\/p>\n<p>Con\u00e7u sur les plans visionnaires du philanthrope et chimiste Arnold O. Beckman pour abattre les fronti\u00e8res traditionnelles entre disciplines scientifiques, l&rsquo;Institut Beckman offre \u00e0 Neal Cohen une plateforme r\u00eav\u00e9e pour concr\u00e9tiser sa vision transversale de la cognition. Cohen prend la t\u00eate du p\u00f4le des neurosciences cognitives et comportementales, orchestrant la cr\u00e9ation de plateformes de neuro-imagerie de classe mondiale. Il favorise des collaborations in\u00e9dites entre des physiciens experts en r\u00e9sonance magn\u00e9tique, des ing\u00e9nieurs en traitement du signal, des biologistes mol\u00e9culaires, des informaticiens et des neuropsychologues.<\/p>\n<p>Sous son impulsion directe, le campus de l&rsquo;UIUC s&rsquo;\u00e9quipe de syst\u00e8mes IRM \u00e0 ultra-haut champ (notamment des scanners de recherche 7 Tesla et 9.4 Tesla d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exploration de la microstructure tissulaire), permettant de visualiser pour la premi\u00e8re fois avec une nettet\u00e9 millim\u00e9trique les diff\u00e9rentes couches cellulaires et sous-champs de l&rsquo;hippocampe humain (DG, CA1, CA3, subiculum). Cohen cr\u00e9e un \u00e9cosyst\u00e8me de recherche o\u00f9 l&rsquo;informatique computationnelle dialogue en permanence avec la psychopathologie clinique, positionnant l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois comme une r\u00e9f\u00e9rence mondiale incontournable dans l&rsquo;\u00e9tude des syst\u00e8mes mn\u00e9siques.<\/p>\n<h3>10.2 Direction de l&rsquo;Interdisciplinary Health Sciences Institute (IHSI)<\/h3>\n<p>Couronnant plusieurs d\u00e9cennies d&rsquo;engagement institutionnel, Neal Cohen fonde et pr\u00e9side en tant que directeur inaugural l&rsquo;<strong>Interdisciplinary Health Sciences Institute<\/strong> (IHSI) \u00e0 l&rsquo;UIUC. L&rsquo;IHSI est fond\u00e9 sur une intuition directrice : pour relever les d\u00e9fis sanitaires complexes du XXIe si\u00e8cle \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la crise des d\u00e9mences neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, des traumatismes cr\u00e2niens ou des troubles neuropsychiatriques majeurs \u2014, il est indispensable de cr\u00e9er des passerelles directes entre la recherche fondamentale de laboratoire et les politiques de sant\u00e9 publique appliqu\u00e9es aux populations vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>Sous la direction \u00e9clair\u00e9e de Neal Cohen, l&rsquo;IHSI impulse des programmes de recherche majeurs articul\u00e9s autour de plusieurs axes soci\u00e9taux primordiaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le programme sur la sant\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale des v\u00e9t\u00e9rans militaires :<\/strong> explorant les s\u00e9quelles cognitives et relationnelles invisibles induites par les explosions sous-l\u00e9tales, les traumatismes cr\u00e2niens l\u00e9gers (TBI) et le stress post-traumatique (PTSD) ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;initiative sur le vieillissement r\u00e9silient :<\/strong> concevant des programmes d&rsquo;intervention communautaires pluridisciplinaires combinant stimulation cognitive, r\u00e9entra\u00eenement a\u00e9robie et optimisation nutritionnelle aupr\u00e8s des populations seniors d\u00e9favoris\u00e9es ;<\/li>\n<li><strong>La formation et le mentorat acad\u00e9mique d&rsquo;\u00e9lite :<\/strong> Neal Cohen a consacr\u00e9 une part colossale de son \u00e9nergie \u00e0 former, conseiller et propulser une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re de chercheurs et chercheuses qui dominent aujourd&rsquo;hui les neurosciences contemporaines (parmi lesquels Deborah Hannula, Jennifer Ryan, Aron Barbey, Arthur Kramer et Matthew Monti).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce d\u00e9vouement acad\u00e9mique exemplaire a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par l&rsquo;attribution de distinctions scientifiques prestigieuses, de chaires d&rsquo;excellence dot\u00e9es \u00e0 l&rsquo;UIUC et de son \u00e9lection au rang de Fellow au sein de l&rsquo;Association for Psychological Science (APS) et de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/American_Association_for_the_Advancement_of_Science\">American Association for the Advancement of Science<\/a> (AAAS).<\/p>\n<h2>11. D\u00e9bats th\u00e9oriques, controverses scientifiques et positionnements critiques<\/h2>\n<h3>11.1 La confrontation avec les mod\u00e8les unitaires \u00e0 processus unique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ascension des mod\u00e8les de syst\u00e8mes de m\u00e9moire multiples promus par Neal Cohen n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 exempte de violentes controverses scientifiques. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980 et jusqu&rsquo;au c\u0153ur des ann\u00e9es 2000, un courant influent de psychologues exp\u00e9rimentalistes et de mod\u00e9lisateurs math\u00e9matiques \u2014 emmen\u00e9 par des auteurs tels que Douglas Hintzman, David Shanks ou John Wixted \u2014 s&rsquo;est dress\u00e9 contre la multiplication des sous-syst\u00e8mes anatomiques distincts (d\u00e9claratif, proc\u00e9dural, s\u00e9mantique, \u00e9pisodique, relationnel).<\/p>\n<p>Ces contradicteurs d\u00e9fendent des <strong>mod\u00e8les unitaires \u00e0 processus unique<\/strong> (<em>single-process models<\/em>). Selon cette approche concurrente fond\u00e9e sur les th\u00e9ories de d\u00e9tection du signal (SDT) et les repr\u00e9sentations vectorielles globales :<\/p>\n<ul>\n<li>Il n&rsquo;y aurait qu&rsquo;un seul syst\u00e8me de stockage mn\u00e9sique dot\u00e9 d&rsquo;une trace continue de force variable (<em>trace strength<\/em>) ;<\/li>\n<li>Les dissociations apparentes observ\u00e9es chez les patients amn\u00e9siques comme H.M. ne traduiraient pas l&rsquo;existence de syst\u00e8mes neuronaux qualitativement ind\u00e9pendants, mais s&rsquo;expliqueraient simplement par des art\u00e9facts psychom\u00e9triques li\u00e9s \u00e0 la <strong>difficult\u00e9 relative des t\u00e2ches<\/strong>. Les t\u00e2ches proc\u00e9durales ou implicites seraient simplement \u00ab plus faciles \u00bb et exigeraient une force de trace minimale, accessible aux cerveaux endommag\u00e9s, tandis que les \u00e9preuves d\u00e9claratives exigeraient une intensit\u00e9 de trace sup\u00e9rieure exc\u00e9dant les capacit\u00e9s r\u00e9siduelles des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Neal Cohen s&rsquo;est personnellement et ardemment investi dans cette controverse th\u00e9orique majeure. Avec une rigueur m\u00e9thodologique implacable, il a r\u00e9fut\u00e9 point par point les postulats des mod\u00e8les unitaires :<\/p>\n<ul>\n<li>En calibrant rigoureusement la difficult\u00e9 des \u00e9preuves et en d\u00e9montrant des <strong>doubles dissociations<\/strong> irr\u00e9futables : certains patients pr\u00e9sentant des atteintes des ganglions de la base (maladie de Parkinson ou de Huntington) \u00e9chouent sur les t\u00e2ches proc\u00e9durales de lecture en miroir ou de poursuite rotative tout en r\u00e9ussissant parfaitement les tests de m\u00e9moire d\u00e9clarative verbale, prouvant l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle r\u00e9ciproque des deux modules neuronaux ;<\/li>\n<li>En d\u00e9montrant que la nature qualitative du traitement (compositionnel et relationnel versus dispositionnel et automatique) ne peut \u00eatre math\u00e9matiquement r\u00e9duite \u00e0 un simple continuum unidimensionnel de \u00ab force \u00bb de signal.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette joute scientifique a contraint la neuropsychologie contemporaine \u00e0 raffiner ses protocoles de validation, aboutissant \u00e0 une reconnaissance unanime de la pertinence biologique des syst\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s distribu\u00e9s d\u00e9fendus par Cohen.<\/p>\n<h3>11.2 Divergences autour de la conscience : th\u00e9orie d\u00e9clarative vs th\u00e9orie relationnelle<\/h3>\n<p>Une seconde tension \u00e9pist\u00e9mologique, particuli\u00e8rement f\u00e9conde, a oppos\u00e9 Neal Cohen \u00e0 son mentor et collaborateur historique, Larry Squire. Bien qu&rsquo;ayant forg\u00e9 ensemble le mod\u00e8le d\u00e9claratif\/proc\u00e9dural en 1980, leurs conceptions ont diverg\u00e9 sur une question philosophique et neurologique vertigineuse : <em>le r\u00f4le imp\u00e9ratif de la conscience ph\u00e9nom\u00e9nologique dans le fonctionnement de l&rsquo;hippocampe<\/em>.<\/p>\n<p>Pour Larry Squire et ses \u00e9mules (l&rsquo;\u00ab \u00e9cole de San Diego \u00bb), la m\u00e9moire d\u00e9clarative est par essence <strong>consciente<\/strong>. L&rsquo;hippocampe est d\u00e9fini de fa\u00e7on axiomatique comme la structure assurant la r\u00e9cup\u00e9ration explicite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ou de faits avec le sentiment conscient de rem\u00e9moration (<em>conscious recollection<\/em>). Selon cette perspective, tout apprentissage s&rsquo;op\u00e9rant sans acc\u00e8s \u00e0 la conscience est automatiquement disqualifi\u00e9 du champ hippocampique et renvoy\u00e9 au domaine non-d\u00e9claratif.<\/p>\n<p>Neal Cohen (rejoint par Howard Eichenbaum) rejette fermement ce crit\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nologique introspectif qu&rsquo;il qualifie de conceptuellement circulaire. Pour l&rsquo;\u00e9cole relationnelle de Cohen :<\/p>\n<ul>\n<li>La conscience n&rsquo;est qu&rsquo;une modalit\u00e9 \u00e9mergente tardive d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information, et non le principe computationnel organisateur de l&rsquo;hippocampe ;<\/li>\n<li>L&rsquo;hippocampe est un <em>processeur relationnel<\/em> : sa fonction biologique exclusive est d&rsquo;encoder, d&rsquo;int\u00e9grer et d&rsquo;interpoler des liens arbitraires entre des repr\u00e9sentations distribu\u00e9es, que cette int\u00e9gration franchisse ou non le seuil de la verbalisation consciente ;<\/li>\n<li>La d\u00e9monstration apport\u00e9e par les paradigmes d&rsquo;oculom\u00e9trie (o\u00f9 des mouvements oculaires relationnels d\u00e9pendants de l&rsquo;hippocampe s&rsquo;activent de mani\u00e8re subliminale et automatique sans que le patient ne poss\u00e8de la moindre conscience explicite de la relation spatiale) a d\u00e9finitivement valid\u00e9 la position de Cohen.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce basculement conceptuel capital a lib\u00e9r\u00e9 les neurosciences de la m\u00e9moire de la tutelle encombrante de la ph\u00e9nom\u00e9nologie pure, r\u00e9alignant l&rsquo;investigation sur l&rsquo;analyse des formats de repr\u00e9sentations neuronales et des op\u00e9rations algorithmiques ex\u00e9cut\u00e9es par les circuits de mati\u00e8re grise.<\/p>\n<h2>12. H\u00e9ritage intellectuel et prolongements actuels des travaux de Neal Cohen<\/h2>\n<h3>12.1 R\u00e9percussions en neuro-imagerie fonctionnelle et connectomique<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) haute r\u00e9solution et de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Connectomics\">connectomique<\/a> computationnelle, les th\u00e9ories postul\u00e9es par Neal Cohen re\u00e7oivent une confirmation empirique quasi quotidienne. L&rsquo;av\u00e8nement des s\u00e9quences d&rsquo;imagerie \u00e0 ultra-haut champ \u00e0 7 Tesla permet d\u00e9sormais aux neuroscientifiques contemporains de cartographier en temps r\u00e9el l&rsquo;activation des sous-champs hippocampiques chez l&rsquo;\u00eatre humain vivant en respectant fid\u00e8lement le cadre relationnel formul\u00e9 par Cohen.<\/p>\n<p>De plus, la th\u00e9orie relationnelle s&rsquo;int\u00e8gre harmonieusement dans les recherches consacr\u00e9es aux grands r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 large \u00e9chelle. L&rsquo;hippocampe n&rsquo;est plus envisag\u00e9 comme un \u00eelot isol\u00e9 du lobe temporal, mais comme le c\u0153ur architectural dynamique du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Default_mode_network\">r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut<\/a> (<em>Default Mode Network<\/em> ou DMN). Ce vaste macro-r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral, unissant l&rsquo;hippocampe au cortex cingulaire post\u00e9rieur, au pr\u00e9cun\u00e9us et au cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial, est pr\u00e9cis\u00e9ment charg\u00e9 de mobiliser les repr\u00e9sentations relationnelles pour :<\/p>\n<ul>\n<li>Construire des sc\u00e9narios mentaux futurs (prospection mentale et simulation \u00e9pisodique) ;<\/li>\n<li>Comprendre les perspectives psychologiques d&rsquo;autrui (th\u00e9orie de l&rsquo;esprit) ;<\/li>\n<li>Naviguer \u00e0 travers des cartes cognitives abstraites de relations s\u00e9mantiques ou sociales multidimensionnelles.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les concepts forg\u00e9s par Neal Cohen fournissent \u00e9galement le socle th\u00e9orique unifiant les d\u00e9couvertes consacr\u00e9es \u00e0 la navigation spatiale animale (les cellules de grille du cortex entorhinal de May-Britt et Edvard Moser) et les th\u00e9ories cognitives humaines les plus complexes. L&rsquo;espace relationnel de Cohen appara\u00eet aujourd&rsquo;hui comme le langage computationnel universel par lequel le cerveau cartographie aussi bien les espaces g\u00e9ographiques que les r\u00e9seaux s\u00e9mantiques abstraits de la pens\u00e9e conceptuelle.<\/p>\n<h3>12.2 Applications translationnelles en psychiatrie et intelligence artificielle<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage scientifique de Neal Cohen rayonne avec une acuit\u00e9 particuli\u00e8re dans le domaine de la psychopathologie clinique translationnelle. La red\u00e9finition des fonctions hippocampiques sous le prisme relationnel \u00e9claire de fa\u00e7on novatrice l&rsquo;\u00e9tiologie de pathologies psychiatriques majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le trouble de stress post-traumatique (PTSD) :<\/strong> est d\u00e9sormais compris comme un effondrement du traitement relationnel contextuel. L&rsquo;hippocampe, atrophi\u00e9 par la toxicit\u00e9 du cortisol et l&rsquo;hyperactivation noradr\u00e9nergique, \u00e9choue \u00e0 lier le souvenir traumatique \u00e0 son contexte spatio-temporel d&rsquo;origine. La trace mn\u00e9sique \u00e9motionnelle, isol\u00e9e de son ancre relationnelle (\u00ab cela s&rsquo;est pass\u00e9 l\u00e0-bas et dans le pass\u00e9 \u00bb), envahit sans entrave la conscience pr\u00e9sente sous forme de reviviscences et de flashbacks sensoriels d\u00e9sorganis\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>La d\u00e9pression majeure unipolaire et bipolaire :<\/strong> se caract\u00e9rise par un d\u00e9ficit s\u00e9v\u00e8re de flexibilit\u00e9 cognitive et une difficult\u00e9 tenace \u00e0 mobiliser des souvenirs relationnels positifs, corr\u00e9lant pr\u00e9cis\u00e9ment avec la r\u00e9duction de neurogen\u00e8se dans le gyrus dentel\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin, les mod\u00e8les de Neal Cohen constituent une source d&rsquo;inspiration fondamentale pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;<strong>intelligence artificielle contemporaine<\/strong> et de l&rsquo;apprentissage profond (<em>deep learning<\/em>). Les limites actuelles des grands mod\u00e8les de langage et des r\u00e9seaux de neurones artificiels profonds \u2014 vuln\u00e9rables aux hallucinations, incapables d&rsquo;int\u00e9grer des informations nouvelles en un seul essai sans subir d&rsquo;interf\u00e9rence catastrophique et d\u00e9pourvus de v\u00e9ritable flexibilit\u00e9 d&rsquo;inf\u00e9rence transitive \u2014 reproduisent fid\u00e8lement les d\u00e9ficits observ\u00e9s chez les patients priv\u00e9s d&rsquo;hippocampe.<\/p>\n<p>Les laboratoires d&rsquo;intelligence artificielle de premier plan s&rsquo;inspirent directement des architectures computationnelles formalis\u00e9es par Cohen et Eichenbaum pour concevoir des modules de \u00ab m\u00e9moire \u00e9pisodique et relationnelle artificielle \u00bb. En int\u00e9grant des sous-r\u00e9seaux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la liaison relationnelle rapide coupl\u00e9s \u00e0 des r\u00e9seaux neuronaux profonds n\u00e9ocorticaux lents, la recherche en IA tente de reproduire l&rsquo;\u00e9quilibre exceptionnel mis au jour par Neal Cohen au sein du complexe hippocampique humain.<\/p>\n<p>Par l&rsquo;ampleur de ses d\u00e9couvertes, la rigueur de ses protocoles exp\u00e9rimentaux et la profondeur de ses synth\u00e8ses conceptuelles, Neal J. Cohen s&rsquo;affirme sans conteste comme l&rsquo;un des g\u00e9ants intellectuels de la r\u00e9volution cognitive moderne. Depuis ses travaux fondateurs sur l&rsquo;amn\u00e9sie humaine jusqu&rsquo;\u00e0 ses plaidoyers visionnaires pour une sant\u00e9 cognitive int\u00e9grative, son \u0153uvre a transform\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile le paysage des neurosciences, illuminant pour les g\u00e9n\u00e9rations futures les myst\u00e8res insondables de la m\u00e9moire de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cohen, N. J., &amp; Squire, L. R. (1980). Preserved learning and retention of pattern-analyzing skill in amnesia: Dissociation of knowing how and knowing that. <em>Science<\/em>, 210(4466), 207-210. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.7414331\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.7414331<\/a><\/li>\n<li>Cohen, N. J. (1984). Preserved learning capacity in amnesia: Evidence for multiple memory systems. In L. R. Squire &amp; N. Butters (Eds.), <em>Neuropsychology of Memory<\/em> (pp. 83-103). Guilford Press.<\/li>\n<li>Cohen, N. J., &amp; Eichenbaum, H. (1993). <em>Memory, Amnesia, and the Hippocampal System<\/em>. The MIT Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/4531.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/4531.001.0001<\/a><\/li>\n<li>Eichenbaum, H., Otto, T., &amp; Cohen, N. J. (1992). The hippocampus\u2014what does it do? <em>Behavioral and Neural Biology<\/em>, 57(1), 2-36. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0163-1047(92)90724-I\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0163-1047(92)90724-I<\/a><\/li>\n<li>Eichenbaum, H., Otto, T., &amp; Cohen, N. J. (1994). Two functional components of the hippocampal memory system. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 17(3), 449-472. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00035391\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00035391<\/a><\/li>\n<li>Erickson, K. I., Voss, M. W., Prakash, R. S., Basak, C., Szabo, A., Chaddock, L., Kim, J. S., Heo, S., Alves, H., White, S. M., Wojcicki, T. R., Mailey, E., Vieira, V. J., Martin, S. A., Pence, B. D., Woods, J. A., McAuley, E., &amp; Kramer, A. F. (2011). Exercise training increases size of hippocampus and improves memory. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 108(7), 3017-3022. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1015950108\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1015950108<\/a><\/li>\n<li>Hannula, D. E., Ryan, J. D., Tranel, D., &amp; Cohen, N. J. (2007). Rapid onset relational memory effects are evident in eye movement behavior, but not in abstract forms of implicit memory. <em>Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition<\/em>, 33(6), 1082-1098. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.33.6.1082\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.33.6.1082<\/a><\/li>\n<li>Hannula, D. E., Tranel, D., &amp; Cohen, N. J. (2006). The long and the short of it: Relational memory impairments in amnesia, even at short delays. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 26(32), 8352-8359. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.5222-05.2006\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.5222-05.2006<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Reilly, R. C., &amp; Rudy, J. W. (2001). Beyond simple conditioning: An expanded role for the hippocampal system in relational learning and flexible memory expression. In N. J. Cohen &amp; H. Eichenbaum (Eds.), <em>From Conditioning to Conscious Recollection<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Ryle, G. (1949). <em>The Concept of Mind<\/em>. Hutchinson &amp; Co.<\/li>\n<li>Ryan, J. D., Althoff, R. R., Whitlow, S., &amp; Cohen, N. J. (2000). Memory for items and memory for relations in the visual world: Evidence from eye movements. <em>Journal of Experimental Psychology: General<\/em>, 129(4), 544-569. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.129.4.544\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.129.4.544<\/a><\/li>\n<li>Scoville, W. B., &amp; Milner, B. (1957). Loss of recent memory after bilateral hippocampal lesions. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 20(1), 11-21. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.20.1.11\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.20.1.11<\/a><\/li>\n<li>Squire, L. R., &amp; Cohen, N. J. (1984). Human memory and amnesia. In G. Lynch, J. L. McGaugh, &amp; N. M. Weinberger (Eds.), <em>Neurobiology of Learning and Memory<\/em> (pp. 3-64). Guilford Press.<\/li>\n<li>Tulving, E. (1985). Memory and consciousness. <em>Canadian Psychology\/Psychologie canadienne<\/em>, 26(1), 1-12. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0080017\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0080017<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plan acad\u00e9mique exhaustif consacr\u00e9 \u00e0 Neal Cohen, neuroscientifique pionnier de la m\u00e9moire d\u00e9clarative, de l&rsquo;hippocampe et de la th\u00e9orie relationnelle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,1387],"tags":[4698,1554,24449,26503,173],"class_list":["post-17253","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-neurosciences-cognitives","tag-hippocampe","tag-memoire-declarative","tag-memoire-relationnelle","tag-neal-cohen","tag-neuropsychologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/17253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17253"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/17253\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}