{"id":17121,"date":"2026-10-14T22:46:33","date_gmt":"2026-10-14T22:46:33","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/max-eitingon-1881-1943-psychanalyse-histoire\/"},"modified":"2026-10-14T22:46:33","modified_gmt":"2026-10-14T22:46:33","slug":"max-eitingon-1881-1943-psychanalyse-histoire","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=max-eitingon-1881-1943-psychanalyse-histoire","title":{"rendered":"Max Eitingon &#8211; 1881 1943"},"content":{"rendered":"<p>Dans la constellation des pionniers du mouvement psychanalytique international, peu de figures incarnent avec autant d&rsquo;acuit\u00e9 la tension entre effacement th\u00e9orique individuel et puissance organisatrice monumentale que le docteur Max Eitingon (1881-1943). Souvent rel\u00e9gu\u00e9 par l&rsquo;historiographie romantique du freudisme au rang d&rsquo;administrateur d\u00e9vou\u00e9 ou de g\u00e9n\u00e9reux m\u00e9c\u00e8ne issu de la haute bourgeoisie marchande, Eitingon fut pourtant l&rsquo;architecte structurel sans lequel la psychanalyse n&rsquo;aurait sans doute pas surv\u00e9cu aux temp\u00eates politiques, \u00e9conomiques et institutionnelles de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. C&rsquo;est \u00e0 lui que l&rsquo;on doit l&rsquo;invention du cursus canonique de formation des analystes, la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re clinique psychanalytique gratuite et l&rsquo;implantation p\u00e9renne de la discipline freudienne au Moyen-Orient.<\/p>\n<p>N\u00e9 dans l&rsquo;Empire tsariste \u00e0 Moguilev, form\u00e9 \u00e0 la psychiatrie clinique universitaire au sein de la c\u00e9l\u00e8bre clinique du Burgh\u00f6lzli \u00e0 Zurich, puis install\u00e9 au c\u0153ur de l&rsquo;effervescence intellectuelle de la R\u00e9publique de Weimar avant de fuir la barbarie nazie pour s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 J\u00e9rusalem sous mandat britannique, Eitingon a travers\u00e9 les failles g\u00e9opolitiques de son temps avec une fid\u00e9lit\u00e9 in\u00e9branlable envers <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sigmund_Freud\">Sigmund Freud<\/a>. Membre du tr\u00e8s secret comit\u00e9 restreint constitu\u00e9 pour veiller sur l&rsquo;orthodoxie de la doctrine, pr\u00e9sident de l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale et fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Palestine, il a transform\u00e9 une pratique m\u00e9dicale dissidente en une profession internationale hautement codifi\u00e9e et institutionnalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude exhaustive se propose de r\u00e9\u00e9valuer l&rsquo;h\u00e9ritage complexe de Max Eitingon en analysant sa trajectoire biographique, ses innovations p\u00e9dagogiques, sa gestion \u00e9conomique de l&rsquo;entreprise freudienne, ainsi que les pol\u00e9miques id\u00e9ologiques posthumes qui ont entour\u00e9 son nom. \u00c0 travers le prisme de son parcours, c&rsquo;est toute l&rsquo;histoire mat\u00e9rielle, politique et transnationale de la psychanalyse qui se d\u00e9voile, r\u00e9v\u00e9lant comment la th\u00e9orie des profondeurs a d\u00fb n\u00e9gocier son inscription dans le si\u00e8cle des totalitarismes pour garantir sa propre survie institutionnelle.<\/p>\n<h2>1. 1. Introduction biographique et contexte historique de Max Eitingon (1881-1943)<\/h2>\n<h3>1.1 1.1 Aper\u00e7u de la trajectoire d&rsquo;un pionnier m\u00e9connu<\/h3>\n<p>La trajectoire existentielle et professionnelle de Max Eitingon se d\u00e9ploie comme un triptyque g\u00e9ographique et culturel embl\u00e9matique des intellectuels juifs d&rsquo;Europe centrale et orientale. N\u00e9 le 26 juin 1881 \u00e0 Moguilev, dans l&rsquo;actuelle Bi\u00e9lorussie, il grandit au confluent des traditions ashk\u00e9nazes et des aspirations d&rsquo;assimilation bourgeoise qui caract\u00e9risent l&rsquo;\u00e9lite marchande de la fin du r\u00e9gime tsariste. Tr\u00e8s t\u00f4t confront\u00e9 aux restrictions impos\u00e9es aux populations juives au sein de la Zone de R\u00e9sidence de l&rsquo;Empire russe, il accompagne sa famille dans son \u00e9migration vers l&rsquo;Empire allemand, s&rsquo;\u00e9tablissant \u00e0 Leipzig, haut lieu du commerce international des pelleteries o\u00f9 son p\u00e8re b\u00e2tit un empire commercial.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9racinement initial forge chez Eitingon une identit\u00e9 r\u00e9solument transnationale et une sensibilit\u00e9 aigu\u00eb aux ph\u00e9nom\u00e8nes de marginalit\u00e9 et d&rsquo;exclusion. \u00c9cartel\u00e9 entre sa formation m\u00e9dicale germanique rigoureuse et son attachement ind\u00e9fectible \u00e0 ses racines orientales, il op\u00e8re un premier glissement vers la psychiatrie d&rsquo;avant-garde en Suisse avant de nouer une relation intellectuelle et filiale d\u00e9cisive avec Sigmund Freud \u00e0 Vienne d\u00e8s 1907. Contrairement aux figures flamboyantes du premier cercle freudien qui cherchaient \u00e0 rivaliser avec le p\u00e8re fondateur sur le terrain de la sp\u00e9culation m\u00e9tapsychologique, Eitingon comprend d&#8217;embl\u00e9e que la survie de la d\u00e9couverte freudienne exige une infrastructure mat\u00e9rielle, \u00e9ditoriale et p\u00e9dagogique p\u00e9renne.<\/p>\n<p>Son statut au sein du mouvement demeure singulier : il fut \u00e0 la fois le premier analysant r\u00e9gulier de Freud, un diplomate feutr\u00e9 des relations intersoci\u00e9taires, le grand argentier de l&rsquo;\u00e9dition psychanalytique et l&rsquo;inventeur d&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;enseignement dont les principes directeurs gouvernent encore aujourd&rsquo;hui la majorit\u00e9 des instituts analytiques mondiaux. Son parcours s&rsquo;ach\u00e8ve tragiquement et dignement \u00e0 J\u00e9rusalem en 1943, o\u00f9, isol\u00e9 des champs de bataille europ\u00e9ens mais lucide quant \u00e0 la destruction du juda\u00efsme continental, il implante les fondations institutionnelles de la psychanalyse au Proche-Orient.<\/p>\n<h3>1.2 1.2 Le cadre \u00e9pist\u00e9mologique et culturel de la fin du XIXe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence intellectuelle d&rsquo;Eitingon s&rsquo;inscrit au c\u0153ur d&rsquo;une crise \u00e9pist\u00e9mologique majeure qui traverse les sciences de l&rsquo;esprit au tournant des XIXe et XXe si\u00e8cles. Alors que la psychiatrie universitaire europ\u00e9enne demeure largement domin\u00e9e par le paradigme anatomoclinique d&rsquo;inspiration somatique et par les nosographies descriptives d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\">Emil Kraepelin<\/a>, une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes cliniciens commence \u00e0 ressentir l&rsquo;insuffisance du nihilisme th\u00e9rapeutique ambiant. La d\u00e9couverte de l&rsquo;inconscient dynamique et la red\u00e9finition des n\u00e9vroses par Freud viennent bouleverser une conception de la maladie mentale jusqu&rsquo;alors cantonn\u00e9e aux d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences cellulaires et aux tares h\u00e9r\u00e9ditaires.<\/p>\n<p>Ce basculement scientifique est indissociable de la dynamique socioculturelle de l&rsquo;intelligentsia juive ashk\u00e9naze d&rsquo;Europe centrale. Exclus des carri\u00e8res universitaires traditionnelles par un antis\u00e9mitisme acad\u00e9mique latent ou structurel en Allemagne et en Autriche-Hongrie, nombre de brillants esprits m\u00e9dicaux trouvent dans la psychanalyse naissante un espace intellectuel d&rsquo;\u00e9mancipation, combinant rigueur d&rsquo;observation empirique et herm\u00e9neutique novatrice du psychisme. Eitingon s&rsquo;ins\u00e8re au c\u0153ur de ces r\u00e9seaux polyglottes et cosmopolites, o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9bat avec la m\u00eame ferveur de la philosophie de Schopenhauer, des th\u00e8ses n\u00e9o-kantiennes, de l&rsquo;essor du socialisme d\u00e9mocratique et des promesses du renouveau national juif incarn\u00e9 par le sionisme balbutiant.<\/p>\n<p>L&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 aux th\u00e8ses viennoises dans les facult\u00e9s de m\u00e9decine germanophones oscille alors entre le m\u00e9pris hostile et l&rsquo;effroi moral face \u00e0 l&rsquo;omnipr\u00e9sence accord\u00e9e \u00e0 la sexualit\u00e9 infantile. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce climat d&rsquo;adversit\u00e9 institutionnelle qu&rsquo;Eitingon saisit l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de conf\u00e9rer \u00e0 la psychanalyse une respectabilit\u00e9 scientifique irr\u00e9prochable. Cette exigence passait par l&rsquo;articulation de la pratique priv\u00e9e avec des dispositifs cliniques publics et universitaires, d\u00e9fi qu&rsquo;il entreprendra de relever avec un pragmatisme m\u00e9thodologique sans \u00e9quivalent \u00e0 Berlin.<\/p>\n<h3>1.3 1.3 Probl\u00e9matiques historiographiques contemporaines<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude historique de la vie et de l&rsquo;\u0153uvre de Max Eitingon a longtemps souffert d&rsquo;un profond d\u00e9s\u00e9quilibre archivistique et d&rsquo;un biais th\u00e9orique tenace. Parce qu&rsquo;il publiait peu d&rsquo;articles doctrinaux par comparaison avec des th\u00e9oriciens prolifiques comme Karl Abraham, Sandor Ferenczi ou Ernest Jones, les premi\u00e8res grandes histoires de la psychanalyse, notamment la biographie monumentale r\u00e9dig\u00e9e par Jones dans les ann\u00e9es 1950, ont souvent r\u00e9duit Eitingon \u00e0 un r\u00f4le d&rsquo;adjuvant bienveillant, d&rsquo;administrateur d\u00e9vou\u00e9 ou de pourvoyeur in\u00e9puisable de devises familiales.<\/p>\n<p>Il a fallu attendre la red\u00e9couverte et l&rsquo;ouverture progressive des archives institutionnelles de l&rsquo;Institut psychanalytique de Berlin, ainsi que l&rsquo;exploitation syst\u00e9matique des fonds documentaires conserv\u00e9s \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e0 J\u00e9rusalem, pour que les historiens contemporains mesurent l&rsquo;ampleur de son g\u00e9nie d&rsquo;organisation. Les travaux pionniers d&rsquo;historiens tels qu&rsquo;Alain de Mijolla, Paul Roazen et Regine Lockot ont mis en lumi\u00e8re la fa\u00e7on dont Eitingon a litt\u00e9ralement invent\u00e9 la psychanalyse appliqu\u00e9e en tant que service de sant\u00e9 publique et standardis\u00e9 les r\u00e8gles de transmission de l&rsquo;inconscient pour pr\u00e9munir le mouvement contre l&rsquo;anarchie clinique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;historiographie des ann\u00e9es 1980 et 1990 a \u00e9t\u00e9 troubl\u00e9e par des pol\u00e9miques sensationnalistes relatives \u00e0 de pr\u00e9tendues activit\u00e9s d&rsquo;espionnage au profit des services secrets sovi\u00e9tiques. La d\u00e9construction minutieuse de ces accusations par des historiens rigoureux a permis de dissocier les fantasmes de la guerre froide de la r\u00e9alit\u00e9 complexe des engagements d&rsquo;Eitingon. L&rsquo;enjeu contemporain consiste donc \u00e0 \u00e9valuer son action \u00e0 sa juste valeur : non pas un simple disciple servile ou un gestionnaire prosa\u00efque, mais un th\u00e9oricien des cadres institutionnels dont la pens\u00e9e des dispositifs a rendu possible la diffusion plan\u00e9taire de la psychanalyse.<\/p>\n<h2>2. 2. Origines familiales, jeunesse et formation intellectuelle<\/h2>\n<h3>2.1 2.1 L&rsquo;h\u00e9ritage familial et l&rsquo;essor de la dynastie Eitingon<\/h3>\n<p>Pour comprendre les ressources mat\u00e9rielles consid\u00e9rables et l&rsquo;assurance diplomatique dont fit preuve Max Eitingon tout au long de sa carri\u00e8re, il convient d&rsquo;analyser les fondements de la dynastie marchande \u00e0 laquelle il appartenait. Son p\u00e8re, Chaim Eitingon (1857-1932), \u00e9tait une figure l\u00e9gendaire du commerce international des fourrures. Parti de conditions modestes en Bi\u00e9lorussie, Chaim b\u00e2tit en quelques d\u00e9cennies une multinationale de la pelleterie, la <em>Chaim Eitingon AG<\/em>, dont le si\u00e8ge central \u00e9tait \u00e9tabli dans le quartier d&rsquo;affaires du Br\u00fchl \u00e0 Leipzig, avec des filiales majeures \u00e0 Londres, Moscou, Paris et New York.<\/p>\n<p>Chaim Eitingon ne se contentait pas d&rsquo;amasser une fortune colossale ; il incarnait la figure traditionnelle du <em>Gvir<\/em>, le notable juif bienfaiteur de sa communaut\u00e9, combinant orthodoxie religieuse priv\u00e9e, m\u00e9c\u00e9nat civique d&rsquo;envergure et soutien ind\u00e9fectible aux institutions caritatives. Il finan\u00e7a notamment l&rsquo;h\u00f4pital isra\u00e9lite de Leipzig, consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme l&rsquo;un des plus modernes d&rsquo;Allemagne, inculquant \u00e0 ses enfants une \u00e9thique rigoureuse de la responsabilit\u00e9 sociale du capital. Max Eitingon grandit ainsi dans un milieu familial o\u00f9 la fortune financi\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait jamais une fin en soi, mais un instrument de protection collective et de promotion culturelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;installation de la famille \u00e0 Leipzig en 1893 plonge le jeune Max dans une atmosph\u00e8re de haute bourgeoisie cosmopolite. Bien que la famille conserve sa citoyennet\u00e9 russe pendant de longues ann\u00e9es \u2013 un d\u00e9tail juridique qui aura plus tard des cons\u00e9quences dramatiques lors de la mont\u00e9e des p\u00e9rils nationalistes \u2013, Max s&rsquo;impr\u00e8gne de la culture humaniste allemande, fr\u00e9quentant les meilleures institutions scolaires tout en restant profond\u00e9ment solidaire de la d\u00e9tresse des juifs de l&rsquo;Est (*Ostjuden*) fuyant les pogroms tsaristes r\u00e9currents.<\/p>\n<h3>2.2 2.2 \u00c9tudes m\u00e9dicales et philosophiques<\/h3>\n<p>Destin\u00e9 initialement par son p\u00e8re \u00e0 reprendre les r\u00eanes de l&#8217;empire commercial familial, Max Eitingon manifeste tr\u00e8s t\u00f4t un vif d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les transactions mercantiles, nourrissant une inclination passionn\u00e9e pour les interrogations existentielles, la litt\u00e9rature et les sciences du vivant. Face \u00e0 cette vocation affirm\u00e9e, Chaim Eitingon accepte que son fils a\u00een\u00e9 poursuive des \u00e9tudes universitaires, garantissant son ind\u00e9pendance financi\u00e8re compl\u00e8te par une rente viag\u00e8re substantielle qui accompagnera Max jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours.<\/p>\n<p>Le jeune homme entame un p\u00e9riple acad\u00e9mique exemplaire \u00e0 travers les grandes universit\u00e9s d&rsquo;Europe centrale. Il s&rsquo;inscrit d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Halle en 1901 pour y entreprendre des \u00e9tudes m\u00e9dicales, avant de s\u00e9journer \u00e0 Heidelberg, foyer intellectuel vibrant domin\u00e9 par les d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques n\u00e9o-kantiens et l&rsquo;\u00e9mergence des sciences sociales w\u00e9b\u00e9riennes. Durant cette p\u00e9riode formatrice, Eitingon ne se contente pas d&rsquo;assimiler l&rsquo;anatomie, la physiologie et la pathologie clinique ; il suit avec assiduit\u00e9 des s\u00e9minaires de philosophie, s&rsquo;int\u00e9ressant tout particuli\u00e8rement \u00e0 la th\u00e9orie de la connaissance et \u00e0 la psychologie exp\u00e9rimentale naissante.<\/p>\n<p>Cette double formation, m\u00e9dicale et philosophique, nourrit son insatisfaction face au r\u00e9ductionnisme biologique de la psychiatrie acad\u00e9mique contemporaine. Eitingon per\u00e7oit les limites d&rsquo;une m\u00e9decine mentale qui se borne \u00e0 \u00e9tiqueter les sympt\u00f4mes sans chercher \u00e0 comprendre le sens subjectif de la souffrance psychique. D\u00e9sireux de se confronter aux approches cliniques les plus novatrices du continent, il d\u00e9cide de poursuivre sa formation clinique en Suisse, au sein d&rsquo;une institution hospitali\u00e8re qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 r\u00e9volutionner la compr\u00e9hension de la folie : la clinique psychiatrique universitaire de Zurich, universellement connue sous le nom de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Burgh%C3%B6lzli\">Burgh\u00f6lzli<\/a>.<\/p>\n<h3>2.3 2.3 Le passage formateur au Burgh\u00f6lzli de Zurich<\/h3>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Eitingon au Burgh\u00f6lzli entre 1904 et 1908 marque une \u00e9tape fondamentale dans son orientation clinique. Plac\u00e9e sous la direction \u00e9clair\u00e9e d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eugen_Bleuler\">Eugen Bleuler<\/a>, la clinique zurichoise est alors le seul \u00e9tablissement universitaire au monde o\u00f9 les hypoth\u00e8ses psychanalytiques de Freud sont accueillies avec s\u00e9rieux et soumises \u00e0 une v\u00e9rification exp\u00e9rimentale syst\u00e9matique. Bleuler, assist\u00e9 par son brillant m\u00e9decin-chef <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Carl_Gustav_Jung\">Carl Gustav Jung<\/a>, tente d&rsquo;unifier la rigueur nosographique allemande et la psychologie dynamique viennoise.<\/p>\n<p>Int\u00e9gr\u00e9 comme m\u00e9decin-assistant et chercheur, Eitingon s&rsquo;initie aux techniques de pointe de l&rsquo;\u00e9poque, en particulier aux c\u00e9l\u00e8bres tests d&rsquo;associations verbales d\u00e9velopp\u00e9s par Jung. Ces exp\u00e9riences visent \u00e0 objectiver empiriquement les manifestations de l&rsquo;inconscient et \u00e0 d\u00e9tecter les \u00ab complexes \u00e0 tonalit\u00e9 affective \u00bb par la mesure des temps de r\u00e9action et l&rsquo;analyse des lapsus ou des blocages \u00e9motionnels. Eitingon applique ces m\u00e9thodes novatrices \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des pathologies psychotiques, participant activement aux r\u00e9unions cliniques hebdomadaires o\u00f9 les d\u00e9lires des patients schizophr\u00e8nes \u2013 terme forg\u00e9 par Bleuler pour remplacer la d\u00e9mence pr\u00e9coce de Kraepelin \u2013 cessent d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des bruits physiologiques absurdes pour devenir des productions symboliques d\u00e9chiffrables.<\/p>\n<p>Sous la direction de Bleuler, Max Eitingon r\u00e9dige et soutient en 1909 sa th\u00e8se de doctorat en m\u00e9decine consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;analyse de l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique dans une perspective psychologique : <em>Wirkung des epileptischen Anfalles auf geistige Funktionen<\/em> (Effet de la crise \u00e9pileptique sur les fonctions mentales). Durant ces ann\u00e9es zurichoises, Eitingon c\u00f4toie \u00e9galement d&rsquo;autres jeunes esprits appel\u00e9s \u00e0 transformer la psychanalyse, tels que Karl Abraham et Ludwig Binswanger. C&rsquo;est dans ce laboratoire d&rsquo;id\u00e9es qu&rsquo;il prend conscience de l&rsquo;irr\u00e9ductible singularit\u00e9 de la m\u00e9thode freudienne et qu&rsquo;il ressent le besoin imp\u00e9rieux de rencontrer directement son cr\u00e9ateur \u00e0 Vienne.<\/p>\n<h2>3. 3. La rencontre avec Sigmund Freud et l&rsquo;int\u00e9gration au premier cercle<\/h2>\n<h3>3.1 3.1 La premi\u00e8re analyse didactique informelle (1907)<\/h3>\n<p>D\u00e9sireux de v\u00e9rifier par lui-m\u00eame la validit\u00e9 des d\u00e9couvertes viennoises qu&rsquo;il exp\u00e9rimentait au Burgh\u00f6lzli, Max Eitingon sollicite un rendez-vous aupr\u00e8s de Sigmund Freud au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1907. Re\u00e7u au c\u00e9l\u00e8bre appartement du 19 de la Berggasse, le jeune m\u00e9decin de vingt-six ans fait une impression imm\u00e9diate et singuli\u00e8re sur le fondateur de la psychanalyse. Contrairement aux visiteurs viennois souvent mus par des rivalit\u00e9s acad\u00e9miques locales, Eitingon apporte avec lui la caution institutionnelle de la prestigieuse \u00e9cole de Zurich.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours de ce premier s\u00e9jour viennois que se noue un dispositif analytique sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les annales du mouvement. Eitingon souffrait d&rsquo;un b\u00e9gaiement persistant et de fortes inhibitions n\u00e9vrotiques qui handicapaient ses interventions publiques. Freud lui propose une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens th\u00e9rapeutiques d&rsquo;un genre totalement in\u00e9dit : au lieu des s\u00e9ances canoniques quotidiennes sur le divan, les deux hommes effectuent de longues d\u00e9ambulations nocturnes \u00e0 travers les rues de Vienne, discutant \u00e0 b\u00e2tons rompus des difficult\u00e9s personnelles du jeune m\u00e9decin et des implications th\u00e9oriques de la psychanalyse. Eitingon devient ainsi, historiquement, le tout premier individu \u00e0 effectuer une analyse didactique aupr\u00e8s de Freud, bien que celle-ci rev\u00eate une forme encore embryonnaire et informelle.<\/p>\n<p>Cette cure ambulatoire nocturne cr\u00e9e entre le ma\u00eetre et son disciple un lien transf\u00e9rentiel d&rsquo;une intensit\u00e9 exceptionnelle. Freud voit en Eitingon un fils spirituel loyal, d\u00e9pourvu des ambitions th\u00e9oriques agressives qui caract\u00e9riseront bient\u00f4t Alfred Adler ou Jung. Eitingon, quant \u00e0 lui, trouve chez Freud la figure paternelle id\u00e9alis\u00e9e capable d&rsquo;accueillir ses fragilit\u00e9s tout en lui offrant une mission historique \u00e0 sa mesure. La lettre de recommandation \u00e9logieuse que Freud adresse ult\u00e9rieurement aux instances professionnelles atteste de l&rsquo;estime ind\u00e9fectible qu&rsquo;il conserva pour ce premier analysant direct.<\/p>\n<h3>3.2 3.2 Entr\u00e9e dans la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Vienne<\/h3>\n<p>Fort de cette cons\u00e9cration personnelle, Max Eitingon assiste d\u00e8s l&rsquo;automne 1907 aux fameuses r\u00e9unions de la Soci\u00e9t\u00e9 psychologique du mercredi, qui se tiennent dans la salle d&rsquo;attente de Freud et qui prendront bient\u00f4t le nom officiel de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Soci%C3%A9t%C3%A9_psychanalytique_de_Vienne\">Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Vienne<\/a> (<em>Wiener Psychoanalytische Vereinigung<\/em>). Son admission formelle en tant que membre r\u00e9gulier intervient rapidement, faisant de lui l&rsquo;un des tr\u00e8s rares repr\u00e9sentants \u00e9trangers au milieu de l&rsquo;intelligentsia m\u00e9dicale viennoise.<\/p>\n<p>Les proc\u00e8s-verbaux m\u00e9ticuleusement tenus par Otto Rank t\u00e9moignent des interventions prudentes mais lucides d&rsquo;Eitingon au cours des d\u00e9bats passionn\u00e9s qui opposent les premiers compagnons de route. Face aux temp\u00e9raments ombrageux et provocateurs d&rsquo;Alfred Adler, de Wilhelm Stekel ou de Fritz Wittels, Eitingon adopte une posture de r\u00e9serve et d&rsquo;\u00e9coute attentive. Il intervient principalement pour confronter les hypoth\u00e8ses m\u00e9tapsychologiques abstraites aux donn\u00e9es cliniques objectives issues de son exp\u00e9rience hospitali\u00e8re au Burgh\u00f6lzli.<\/p>\n<p>C&rsquo;est durant cette p\u00e9riode viennoise qu&rsquo;Eitingon scelle sa fid\u00e9lit\u00e9 doctrinale aux piliers fondamentaux de l&rsquo;\u00e9difice freudien : la sexualit\u00e9 infantile, le complexe d&rsquo;\u0152dipe, le refoulement et l&rsquo;\u00e9tiologie inconsciente des n\u00e9vroses. Lorsque les premi\u00e8res tensions th\u00e9oriques majeures commencent \u00e0 fracturer le groupe viennois, Eitingon refuse cat\u00e9goriquement les d\u00e9rives sociologisantes d&rsquo;Adler ou les raccourcis intuitionnistes de Stekel, affirmant la primaut\u00e9 de la rigueur conceptuelle freudienne sur toute tentative de compromis \u00e9clectique destin\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire l&rsquo;acad\u00e9misme m\u00e9dical classique.<\/p>\n<h3>3.3 3.3 \u00c9tablissement \u00e0 Berlin et r\u00f4le de liaison diplomatique<\/h3>\n<p>Conscient que Vienne demeure un foyer culturel trop provincial et antis\u00e9mite pour assurer le rayonnement mondial de la psychanalyse, Eitingon d\u00e9cide de s&rsquo;installer d\u00e9finitivement \u00e0 Berlin \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1909. La m\u00e9tropole prussienne, en pleine expansion industrielle et scientifique, offre un terrain infiniment plus propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation institutionnelle du freudisme. Il y rejoint <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Karl_Abraham\">Karl Abraham<\/a>, qui s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 Berlin d\u00e8s 1907 apr\u00e8s son propre d\u00e9part de Zurich.<\/p>\n<p>En mars 1910, Abraham, Eitingon et une poign\u00e9e de coll\u00e8gues fondent l&rsquo;Association psychanalytique de Berlin (<em>Berliner Psychoanalytische Vereinigung<\/em>), qui deviendra le fer de lance de la recherche clinique internationale. Dans ce bin\u00f4me compl\u00e9mentaire, Karl Abraham incarne l&rsquo;autorit\u00e9 th\u00e9orique magistrale et le clinicien d&rsquo;exception, tandis qu&rsquo;Eitingon assume avec un brio consomm\u00e9 la fonction de diplomate et de gestionnaire organisationnel. Disposant de relations mondaines \u00e9tendues et d&rsquo;une fortune familiale consid\u00e9rable, il tisse des liens \u00e9troits avec les cercles litt\u00e9raires, artistiques et scientifiques de la capitale prussienne.<\/p>\n<p>Eitingon devient le trait d&rsquo;union indispensable entre l&rsquo;\u00e9cole de Berlin et le quartier g\u00e9n\u00e9ral viennois. Lors de la cr\u00e9ation de l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale (IPA) au Congr\u00e8s de Nuremberg en 1910 sous l&rsquo;impulsion de Freud et de Ferenczi, Eitingon d\u00e9ploie une \u00e9nergie consid\u00e9rable pour arrondir les angles, apaiser les susceptibilit\u00e9s nationales entre Viennois, Suisses et Allemands, et poser les jalons d&rsquo;une organisation supranationale fonctionnelle. Il s&rsquo;affirme comme le n\u00e9gociateur infatigable des conflits internes, garantissant la coh\u00e9sion de l&rsquo;avant-garde psychanalytique face \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 de la psychiatrie officielle.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;Institut psychanalytique de Berlin et la fondation de la Poliklinik<\/h2>\n<h3>4.1 4.1 La cr\u00e9ation de la Poliklinik en 1920<\/h3>\n<p>Au lendemain du cataclysme de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, au cours de laquelle il a servi avec d\u00e9vouement comme m\u00e9decin militaire au sein de l&rsquo;arm\u00e9e austro-hongroise sur le front de l&rsquo;Est, Max Eitingon revient \u00e0 Berlin habit\u00e9 par une certitude politique et clinique : la psychanalyse ne peut plus demeurer l&rsquo;apanage th\u00e9rapeutique exclusif d&rsquo;une \u00e9lite bourgeoise capable d&rsquo;assumer le co\u00fbt financier d&rsquo;ann\u00e9es de cure quotidienne. Faisant \u00e9cho au discours prononc\u00e9 par Freud lors du congr\u00e8s de Budapest en 1918, o\u00f9 le ma\u00eetre \u00e9voquait le devoir moral d&rsquo;offrir des soins analytiques gratuits au peuple par la cr\u00e9ation de dispensaires sp\u00e9cialis\u00e9s, Eitingon d\u00e9cide de traduire cette utopie dans la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Le 14 f\u00e9vrier 1920, au terme de n\u00e9gociations administratives complexes et gr\u00e2ce \u00e0 un investissement financier personnel massif et enti\u00e8rement \u00e0 fonds perdus, Eitingon inaugure la <em>Berliner Psychoanalytische Poliklinik<\/em>, install\u00e9e initialement au num\u00e9ro 4 de la Potsdamer Strasse. Pour cette entreprise historique, il s&rsquo;associe \u00e0 Karl Abraham et au docteur Ernst Simmel, m\u00e9decin socialiste qui avait exp\u00e9riment\u00e9 avec succ\u00e8s le traitement psychanalytique des n\u00e9vroses de guerre aupr\u00e8s des soldats traumatis\u00e9s de la Reichswehr.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture de la Poliklinik constitue un s\u00e9isme institutionnel. Pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine, un \u00e9tablissement ambulatoire propose des traitements analytiques complets et prolong\u00e9s aux ouvriers, employ\u00e9s, \u00e9tudiants et ch\u00f4meurs de la R\u00e9publique de Weimar naissante, sans aucune contrepartie financi\u00e8re exig\u00e9e des patients indigents. Eitingon assume seul la charge budg\u00e9taire colossale du loyer, du salaire du personnel administratif, des assurances et de l&rsquo;am\u00e9nagement des cabinets de consultation, \u00e9rigeant la clinique berlinoise en chef-d&rsquo;\u0153uvre de la philanthropie scientifique moderne.<\/p>\n<h3>4.2 4.2 L&rsquo;organisation structurelle de l&rsquo;Institut de Berlin<\/h3>\n<p>Tr\u00e8s rapidement, la Poliklinik d\u00e9passe sa simple vocation de dispensaire de soins pour se transformer en un complexe m\u00e9dico-p\u00e9dagogique int\u00e9gr\u00e9 de renomm\u00e9e mondiale. En 1923, les locaux devenus trop exigus sont transf\u00e9r\u00e9s dans un immeuble somptueux situ\u00e9 au 10 de la Wichmannstrasse, dans le quartier chic de Tiergarten. Eitingon finance personnellement l&rsquo;acquisition et la r\u00e9novation compl\u00e8te du b\u00e2timent, concevant une architecture institutionnelle tripartite d&rsquo;une modernit\u00e9 absolue qui servira de matrice universelle \u00e0 tous les instituts analytiques post\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;Institut psychanalytique de Berlin (<em>Berliner Psychoanalytisches Institut<\/em> &#8211; BPI) s&rsquo;articule d\u00e9sormais autour de trois p\u00f4les organiquement coordonn\u00e9s sous l&rsquo;autorit\u00e9 directrice d&rsquo;Eitingon :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La Poliklinik ambulatoire :<\/strong> v\u00e9ritable centre de soins gratuit ou \u00e0 tarifs modul\u00e9s selon les revenus, assurant le triage diagnostique rigoureux des patients par des entretiens pr\u00e9liminaires standardis\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Institut d&rsquo;enseignement th\u00e9orique :<\/strong> dot\u00e9 de salles de cours, de s\u00e9minaires magistraux, d&rsquo;un programme p\u00e9dagogique pluriannuel rigoureusement planifi\u00e9 et d&rsquo;une biblioth\u00e8que scientifique exceptionnelle constitu\u00e9e en grande partie gr\u00e2ce aux dons d&rsquo;Eitingon.<\/li>\n<li><strong>La Soci\u00e9t\u00e9 savante :<\/strong> lieu d&rsquo;\u00e9mulation clinique et de recherche m\u00e9tapsychologique r\u00e9unissant les praticiens confirm\u00e9s pour des pr\u00e9sentations de cas et des controverses scientifiques r\u00e9guli\u00e8res.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce mod\u00e8le berlinois attire imm\u00e9diatement une pl\u00e9iade de jeunes m\u00e9decins et intellectuels venus de l&rsquo;Europe enti\u00e8re et des \u00c9tats-Unis, d\u00e9sireux d&rsquo;acqu\u00e9rir une formation structur\u00e9e introuvable ailleurs. Parmi les enseignants et auditeurs r\u00e9guliers figurent des esprits d&rsquo;exception tels que Melanie Klein, Franz Alexander, Karen Horney, Hanns Sachs, Helene Deutsch, Wilhelm Reich, Otto Fenichel et Theodor Reik. L&rsquo;Institut devient le phare intellectuel de l&rsquo;avant-garde weimarienne, conjuguant audace scientifique et prestige civique.<\/p>\n<h3>4.3 4.3 Impact social et clinique de l&rsquo;acc\u00e8s gratuit aux soins<\/h3>\n<p>L&rsquo;ouverture de la cure psychanalytique aux classes laborieuses suscite des bouleversements conceptuels et techniques majeurs qui contraignent les analystes berlinois \u00e0 repenser le dogme du cadre th\u00e9rapeutique. Dans la doctrine freudienne classique, le paiement financier r\u00e9gulier et personnel de la s\u00e9ance \u00e9tait traditionnellement consid\u00e9r\u00e9 comme un ressort indispensable du transfert, un symbole sacrificiel permettant au patient de liquider sa dette n\u00e9vrotique et d&rsquo;\u00e9viter les pi\u00e8ges d&rsquo;une d\u00e9pendance r\u00e9gressive envers son th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience massive men\u00e9e \u00e0 la Poliklinik sous la supervision attentive d&rsquo;Eitingon d\u00e9montre cliniquement la fausset\u00e9 partielle de ce postulat bourgeois. Comme le souligne Eitingon dans ses rapports d&rsquo;activit\u00e9 d\u00e9cennaux, l&rsquo;absence de paiement mat\u00e9riel n&#8217;emp\u00eache nullement l&rsquo;installation d&rsquo;un n\u00e9vrose de transfert profonde et f\u00e9conde, d\u00e8s lors que le patient investit symboliquement le cadre par son assiduit\u00e9 rigoureuse et son engagement subjectif. Les analystes berlinois inventent une clinique de l&rsquo;urgence sociale et des traumatismes du prol\u00e9tariat urbain, confrontant l&rsquo;inconscient aux r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles de la mis\u00e8re \u00e9conomique, de la promiscuit\u00e9 des logements et de l&rsquo;angoisse du ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9mocratisation de l&rsquo;acc\u00e8s aux soins psychiques transforme radicalement la perception publique de la psychanalyse. Loin d&rsquo;\u00eatre un luxe narcissique r\u00e9serv\u00e9 aux oisifs viennois, elle s&rsquo;affirme comme une discipline de sant\u00e9 publique int\u00e9grable aux politiques d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale d&rsquo;un \u00c9tat social moderne. Le mod\u00e8le de la Poliklinik berlinoise pr\u00e9figure avec plusieurs d\u00e9cennies d&rsquo;avance ce que deviendront, dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, les dispensaires d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale municipaux et les centres m\u00e9dico-psychologiques (CMP) contemporains.<\/p>\n<h2>5. 5. Le mod\u00e8le d&rsquo;Eitingon : standardisation de la formation analytique<\/h2>\n<h3>5.1 5.1 Les trois piliers fondamentaux de la formation<\/h3>\n<p>Avant la fondation de l&rsquo;Institut de Berlin, l&rsquo;accession au titre de psychanalyste relevait d&rsquo;un processus \u00e9minemment subjectif, d\u00e9sordonn\u00e9 et informel. Il suffisait bien souvent d&rsquo;avoir lu les ouvrages fondamentaux de Freud, d&rsquo;avoir \u00e9chang\u00e9 une correspondance suivie avec lui ou d&rsquo;avoir pass\u00e9 quelques semaines \u00e0 Vienne en entretiens informels pour s&rsquo;autoproclamer praticien de la m\u00e9thode des profondeurs. Conscient que cette absence de cadre p\u00e9dagogique strict mena\u00e7ait d&rsquo;exposer la discipline au charlatanisme m\u00e9dical et de discr\u00e9diter durablement ses fondements scientifiques, Max Eitingon formalise ce qui restera dans l&rsquo;histoire sous le nom de \u00ab mod\u00e8le berlinois \u00bb ou \u00ab mod\u00e8le d&rsquo;Eitingon \u00bb.<\/p>\n<p>Ce cursus canonique, codifi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois entre 1920 et 1925, repose sur une structure tripartite rigoureuse, articul\u00e9e autour de trois piliers interd\u00e9pendants dont aucun ne saurait \u00eatre omis sans d\u00e9naturer la transmission de l&rsquo;inconscient :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>L&rsquo;analyse didactique ou personnelle (*Lehranalyse*) :<\/strong> Obligation absolue pour tout candidat de se soumettre lui-m\u00eame \u00e0 une cure approfondie aupr\u00e8s d&rsquo;un analyste didacticien d\u00fbment agr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;Institut. Cette cure n&rsquo;a plus seulement une vis\u00e9e purement th\u00e9rapeutique ou curative, mais une finalit\u00e9 p\u00e9dagogique et \u00e9pist\u00e9mologique : permettre au futur clinicien d&rsquo;\u00e9prouver en lui-m\u00eame la r\u00e9alit\u00e9 du refoulement, de r\u00e9soudre ses propres conflits inconscients majeurs et de reconna\u00eetre ses points aveugles afin de ma\u00eetriser le contre-transfert dans ses pratiques futures.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;enseignement th\u00e9orique syst\u00e9matique :<\/strong> Un cursus d&rsquo;\u00e9tudes acad\u00e9miques s&rsquo;\u00e9chelonnant sur plusieurs ann\u00e9es, comprenant l&rsquo;\u00e9tude chronologique et textuelle de l&rsquo;\u0153uvre de Freud, la m\u00e9tapsychologie, la psychiatrie dynamique, l&rsquo;histoire des doctrines, ainsi que des s\u00e9minaires d&rsquo;introduction \u00e0 la psychanalyse appliqu\u00e9e (litt\u00e9rature, mythologie, anthropologie, criminologie).<\/li>\n<li><strong>Le contr\u00f4le clinique ou supervision (*Kontrollanalyse*) :<\/strong> La conduite obligatoire de plusieurs cures analytiques compl\u00e8tes par l&rsquo;\u00e9tudiant, sous la direction r\u00e9guli\u00e8re et hebdomadaire d&rsquo;un analyste superviseur chevronn\u00e9 diff\u00e9rent de son propre didacticien. Ce tiers garant \u00e9value la technique mise en \u0153uvre, l&rsquo;interpr\u00e9tation du mat\u00e9riel onirique et la gestion du transfert, veillant \u00e0 ce que le praticien d\u00e9butant ne mette pas en p\u00e9ril l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 psychique de ses analysants.<\/li>\n<\/ol>\n<h3>5.2 5.2 La Commission internationale de l&rsquo;enseignement (1925)<\/h3>\n<p>La cons\u00e9cration internationale du mod\u00e8le p\u00e9dagogique d&rsquo;Eitingon intervient lors du IXe Congr\u00e8s de l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale tenu \u00e0 Bad Homburg en septembre 1925. Face \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 criante des pratiques de formation observ\u00e9es dans les diff\u00e9rentes branches nationales, notamment aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne, Eitingon d\u00e9fend avec passion la standardisation universelle des crit\u00e8res d&rsquo;accr\u00e9ditation professionnelle. \u00c0 sa demande expresse, l&rsquo;IPA vote la cr\u00e9ation d&rsquo;un organe r\u00e9gulateur supr\u00eame : la Commission internationale de l&rsquo;enseignement (<em>International Training Commission<\/em> &#8211; ITC).<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 pr\u00e9sident de cette commission strat\u00e9gique, fonction qu&rsquo;il conservera sans interruption jusqu&rsquo;\u00e0 son exil en 1933, Eitingon entreprend d&rsquo;exporter et d&rsquo;imposer le mod\u00e8le berlinois \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire. Sous son \u00e9gide administrative, l&rsquo;ITC promulgue des directives strictes : aucun institut affili\u00e9 \u00e0 l&rsquo;IPA ne peut d\u00e9sormais d\u00e9livrer le titre officiel de psychanalyste sans se conformer scrupuleusement au cursus tripartite de Berlin. Les crit\u00e8res d&rsquo;admission des candidats sont rigoureusement formalis\u00e9s, instaurant des comit\u00e9s de s\u00e9lection pr\u00e9liminaires charg\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuer la maturit\u00e9 \u00e9motionnelle, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 morale et les motivations inconscientes des postulants.<\/p>\n<p>Cette harmonisation p\u00e9dagogique mondiale transforme l&rsquo;IPA en une soci\u00e9t\u00e9 savante professionnelle dot\u00e9e d&rsquo;une armature institutionnelle redoutablement efficace. Elle permet d&rsquo;endiguer la multiplication d&rsquo;analystes sauvages (*Wilde Analytiker*) d\u00e9nonc\u00e9s par Freud d\u00e8s 1910 et conf\u00e8re aux dipl\u00f4mes d\u00e9livr\u00e9s par les instituts freudiens une l\u00e9gitimit\u00e9 comparable \u00e0 celle des grandes facult\u00e9s de m\u00e9decine europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines.<\/p>\n<h3>5.3 5.3 Critiques et controverses autour de la dogmatisation<\/h3>\n<p>Si la standardisation eitingonienne a ind\u00e9niablement garanti la solidit\u00e9 institutionnelle et la p\u00e9rennit\u00e9 de la psychanalyse, elle a simultan\u00e9ment suscit\u00e9 de vives inqui\u00e9tudes et des critiques th\u00e9oriques fondamentales, y compris au sein du premier cercle freudien. Le premier \u00e0 exprimer une ambivalence manifeste face \u00e0 cette bureaucratisation de l&rsquo;inconscient ne fut autre que Sigmund Freud lui-m\u00eame. Bien que soulag\u00e9 de voir son \u0153uvre prot\u00e9g\u00e9e par des normes de transmission rigoureuses, Freud redoutait par-dessus tout le risque d&rsquo;un acad\u00e9misme scl\u00e9rosant qui transformerait la subversion psychanalytique en une sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale conformiste et ass\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n<p>Les contestataires du mod\u00e8le de Berlin pointent du doigt les effets pervers inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;analyse didactique. En \u00e9rigeant le didacticien en juge de la progression institutionnelle et de la carri\u00e8re de son analysant, le mod\u00e8le d&rsquo;Eitingon introduisait une dimension de pouvoir politique au c\u0153ur m\u00eame du dispositif transf\u00e9rentiel. Comment garantir la libert\u00e9 absolue d&rsquo;association et l&rsquo;aveu des fantasmes les plus inavouables lorsque l&rsquo;analyste d\u00e9tient le pouvoir administratif d&rsquo;autoriser ou d&rsquo;interdire au candidat l&rsquo;exercice futur de son m\u00e9tier ? Cette confusion structurelle entre \u00e9coute clinique et \u00e9valuation hi\u00e9rarchique fut accus\u00e9e de favoriser la soumission doctrinale, la reproduction mim\u00e9tique des ma\u00eetres et l&rsquo;\u00e9radication de toute dissidence th\u00e9orique originale.<\/p>\n<p>Plus tard, cette d\u00e9rive fera l&rsquo;objet des attaques d\u00e9vastatrices de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Lacan\">Jacques Lacan<\/a>, qui fustigera le conformisme des \u00ab apparatchiks \u00bb de l&rsquo;IPA et qualifiera avec ironie le cursus h\u00e9rit\u00e9 de Berlin d&rsquo;\u00ab orthop\u00e9die de l&rsquo;ego \u00bb au service d&rsquo;une normalisation sociale bourgeoise. Malgr\u00e9 ces d\u00e9bats th\u00e9oriques d&rsquo;une br\u00fblante actualit\u00e9, la structure tripartite con\u00e7ue par Eitingon demeure, un si\u00e8cle plus tard, la r\u00e9f\u00e9rence architecturale dominante de la pratique psychanalytique \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<h2>6. 6. Le Comit\u00e9 Secret : r\u00f4le et dynamiques institutionnelles<\/h2>\n<h3>6.1 6.1 La gen\u00e8se du &lsquo;Geheimes Komitee&rsquo; en 1912<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire interne du mouvement psychanalytique est indissociable de l&rsquo;existence d&rsquo;une structure informelle fascinante et quasi ma\u00e7onnique : le Comit\u00e9 Secret (<em>Das Geheime Komitee<\/em>). Imagin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1912 par le psychiatre gallois Ernest Jones \u00e0 la suite de la rupture orageuse avec Alfred Adler et face \u00e0 la dissidence grandissante et in\u00e9luctable de Carl Gustav Jung \u2013 alors pr\u00e9sident en exercice de l&rsquo;IPA \u2013, ce comit\u00e9 clandestin avait pour mission explicite de constituer une garde pr\u00e9torienne autour de Freud afin de d\u00e9fendre l&rsquo;orthodoxie psychanalytique contre toute d\u00e9viation th\u00e9orique future.<\/p>\n<p>Freud accueille avec enthousiasme cette proposition strat\u00e9gique, scellant le pacte d&rsquo;alliance en offrant \u00e0 chacun des membres fondateurs une bague en or sertie d&rsquo;une intaille romaine antique issue de sa prestigieuse collection arch\u00e9ologique personnelle. Initialement compos\u00e9 de cinq membres d&rsquo;une loyaut\u00e9 absolue \u2013 Ernest Jones, Karl Abraham, Sandor Ferenczi, Otto Rank et Hanns Sachs \u2013, le directoire secret doit combler un vide tragique \u00e0 l&rsquo;issue de la Premi\u00e8re Guerre mondiale apr\u00e8s la mort pr\u00e9matur\u00e9e du m\u00e9c\u00e8ne hongrois Anton von Freund en 1919.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout naturellement vers Max Eitingon que Freud se tourne pour compl\u00e9ter la confr\u00e9rie des \u00ab sept bagues \u00bb. Int\u00e9gr\u00e9 officiellement au Comit\u00e9 Secret en 1919, Eitingon re\u00e7oit son anneau grav\u00e9 repr\u00e9sentant la t\u00eate d&rsquo;un empereur romain, consacrant son statut de pilier ind\u00e9boulonnable du cercle restreint des gardiens du temple. Sa nomination est accueillie avec soulagement par l&rsquo;ensemble des membres, qui reconnaissent en lui un homme de consensus, d\u00e9pourvu d&rsquo;ego rivalitaire et jouissant d&rsquo;une honorabilit\u00e9 financi\u00e8re et morale incontest\u00e9e.<\/p>\n<h3>6.2 6.2 Fonctionnement interne et gestion des crises doctrinales<\/h3>\n<p>Le fonctionnement du Comit\u00e9 Secret repose sur une pratique \u00e9pistolaire rigoureusement orchestr\u00e9e : la correspondance circulaire (<em>Rundbriefe<\/em>). Chaque membre r\u00e9digeait r\u00e9guli\u00e8rement une lettre confidentielle d\u00e9taill\u00e9e contenant ses observations cliniques, l&rsquo;\u00e9tat politique de sa section locale et ses analyses des tensions doctrinales en cours. Ce document circulait successivement d&rsquo;une capitale \u00e0 l&rsquo;autre \u2013 de Berlin \u00e0 Londres, de Budapest \u00e0 Vienne \u2013, assurant une veille strat\u00e9gique permanente sur le d\u00e9veloppement international de la psychanalyse.<\/p>\n<p>Au sein de ce c\u00e9nacle occulte, Eitingon s&rsquo;impose rapidement comme le mod\u00e9rateur indispensable et le diplomate de l&rsquo;ombre. Lorsque \u00e9clatent les crises th\u00e9oriques d\u00e9chirantes des ann\u00e9es 1920, marqu\u00e9es par les d\u00e9rives techniques et m\u00e9tapsychologiques de deux figures historiques du freudisme \u2013 le traumatisme de la naissance th\u00e9oris\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Otto_Rank\">Otto Rank<\/a> et les exp\u00e9riences de technique active et d&rsquo;analyse mutuelle initi\u00e9es par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/S%C3%A1ndor_Ferenczi\">Sandor Ferenczi<\/a> \u2013, Eitingon refuse les anath\u00e8mes brutaux pr\u00f4n\u00e9s par Jones ou Abraham. Il tente inlassablement de maintenir le dialogue, multipliant les voyages et les m\u00e9diations priv\u00e9es pour pr\u00e9server l&rsquo;unit\u00e9 fraternelle du groupe.<\/p>\n<p>Sa mod\u00e9ration n&rsquo;entamait en rien sa fermet\u00e9 doctrinale. Lorsqu&rsquo;il devint manifeste qu&rsquo;Otto Rank renon\u00e7ait au primat de l&rsquo;\u0152dipe et du refoulement au profit d&rsquo;un raccourci th\u00e9rapeutique centr\u00e9 sur l&rsquo;angoisse n\u00e9onatale, Eitingon soutint sans faillir la ligne freudienne orthodoxe, facilitant une transition institutionnelle ordonn\u00e9e et \u00e9vitant que la s\u00e9cession de Rank ne f\u00eet exploser l&rsquo;Association internationale.<\/p>\n<h3>6.3 6.3 La fin du Comit\u00e9 et la transition institutionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du Comit\u00e9 Secret prend brutalement fin le 25 d\u00e9cembre 1925 avec le d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 et foudroyant de Karl Abraham, emport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quarante-huit ans par une infection pulmonaire foudroyante. La disparition de celui qui incarnait la colonne vert\u00e9brale morale et th\u00e9orique de l&rsquo;orthodoxie analytique plonge Freud dans un profond d\u00e9sarroi et brise d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9quilibre affectif du directoire clandestin. La dissidence formelle de Rank, conjugu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement progressif et douloureux de Ferenczi, malade et d\u00e9savou\u00e9 par Freud, ach\u00e8ve de vider le Comit\u00e9 de sa substance op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cet effritement des relations fraternelles, Eitingon comprend avec acuit\u00e9 que le temps de la gouvernance secr\u00e8te et patriarcale est r\u00e9volu. La psychanalyse ne peut plus \u00eatre pilot\u00e9e comme un clan d&rsquo;initi\u00e9s gouvern\u00e9 par des pactes mystiques et des bagues grav\u00e9es ; elle doit achever sa mutation institutionnelle vers un mod\u00e8le de gouvernance rationnel, l\u00e9gal et d\u00e9mocratique, fond\u00e9 sur des statuts publics transparents. \u00c9lu pr\u00e9sident de l&rsquo;IPA pour succ\u00e9der \u00e0 Abraham, Eitingon proc\u00e8de m\u00e9thodiquement \u00e0 la dissolution de facto du Comit\u00e9 Secret, transf\u00e9rant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses pr\u00e9rogatives politiques et disciplinaires vers les organes ex\u00e9cutifs statutaires de l&rsquo;Internationale.<\/p>\n<p>Cette transition institutionnelle ma\u00eetris\u00e9e t\u00e9moigne de la vision politique d&rsquo;Eitingon : transformer un charisme proph\u00e9tique personnel \u2013 celui de Freud et de ses ap\u00f4tres directs \u2013 en une autorit\u00e9 l\u00e9gale-rationnelle impersonnelle au sens w\u00e9b\u00e9rien, seule garante de la survie de la discipline au-del\u00e0 de la mort physique in\u00e9luctable de son fondateur historique.<\/p>\n<h2>7. 7. Le m\u00e9c\u00e9nat et la gestion financi\u00e8re du mouvement psychanalytique<\/h2>\n<h3>7.1 7.1 Le sauvetage de l&rsquo;Internationaler Psychoanalytischer Verlag<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des chapitres les plus h\u00e9ro\u00efques et pourtant les moins document\u00e9s de l&rsquo;engagement de Max Eitingon r\u00e9side dans sa gestion financi\u00e8re salvatrice de la maison d&rsquo;\u00e9dition officielle du mouvement : l&rsquo;<em>Internationaler Psychoanalytischer Verlag<\/em>. Fond\u00e9e \u00e0 Vienne en 1919 gr\u00e2ce au legs initial d&rsquo;Anton von Freund, cette maison d&rsquo;\u00e9dition avait pour vocation vitale de garantir l&rsquo;ind\u00e9pendance intellectuelle absolue de la psychanalyse en assurant l&rsquo;impression, la diffusion et la traduction des \u0153uvres de Freud et de ses disciples, hors du contr\u00f4le des \u00e9diteurs m\u00e9dicaux traditionnels ouvertement hostiles.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, la d\u00e9b\u00e2cle \u00e9conomique de l&rsquo;Autriche d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, suivie de l&rsquo;hyperinflation d\u00e9vastatrice qui ravage la R\u00e9publique de Weimar en 1923, an\u00e9antit le capital d&rsquo;exploitation du Verlag. Confront\u00e9e \u00e0 la d\u00e9valuation vertigineuse des devises locales, \u00e0 l&rsquo;explosion du co\u00fbt du papier et \u00e0 l&rsquo;insolvabilit\u00e9 des abonn\u00e9s continentaux, la maison d&rsquo;\u00e9dition se trouve au bord de la banqueroute frauduleuse et de la liquidation judiciaire imm\u00e9diate, ce qui aurait entra\u00een\u00e9 l&rsquo;interruption d\u00e9finitive de la publication des revues canoniques du freudisme : l&rsquo;<em>Internationale Zeitschrift f\u00fcr Psychoanalyse<\/em> et <em>Imago<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que Max Eitingon intervient de fa\u00e7on d\u00e9cisive. Puisant massivement dans les avoirs en devises fortes (livres sterling et dollars am\u00e9ricains) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le trust familial du commerce des fourrures de son p\u00e8re, il injecte des millions de marks et de shillings dans les caisses exsangues du Verlag. Durant plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, Eitingon comble personnellement les d\u00e9ficits d&rsquo;exploitation r\u00e9currents, renfloue la tr\u00e9sorerie au jour le jour et rach\u00e8te les stocks d&rsquo;imprimerie. Sans cette transfusion financi\u00e8re priv\u00e9e ininterrompue, l&rsquo;\u00e9difice doctrinal et la transmission \u00e9crite de la pens\u00e9e freudienne auraient \u00e9t\u00e9 purement et simplement suspendus durant tout l&rsquo;entre-deux-guerres.<\/p>\n<h3>7.2 7.2 Le soutien direct aux praticiens et chercheurs pr\u00e9caires<\/h3>\n<p>La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 mat\u00e9rielle de Max Eitingon ne s&rsquo;est pas limit\u00e9e aux infrastructures \u00e9ditoriales collectives ; elle s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e avec une discr\u00e9tion exemplaire aupr\u00e8s d&rsquo;une multitude d&rsquo;individus pris dans les tourmentes de la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique de l&rsquo;\u00e9poque. Conscient des barri\u00e8res financi\u00e8res insurmontables que repr\u00e9sentaient le co\u00fbt des \u00e9tudes m\u00e9dicales et les honoraires d&rsquo;une cure didactique pour les jeunes intellectuels sans fortune, Eitingon cr\u00e9a un fonds secret d&rsquo;assistance sociale au sein de l&rsquo;Institut de Berlin.<\/p>\n<p>Il finan\u00e7a personnellement les bourses d&rsquo;\u00e9tudes et les frais de s\u00e9jour d&rsquo;analystes \u00e9mergents venus de toute l&rsquo;Europe centrale et orientale \u2013 de Pologne, de Roumanie, de Hongrie et de Russie sovi\u00e9tique \u2013, permettant \u00e0 des talents d&rsquo;\u00e9clore alors qu&rsquo;ils auraient \u00e9t\u00e9 impitoyablement exclus des circuits th\u00e9rapeutiques ordinaires. Nombre de cliniciens c\u00e9l\u00e8bres, tels qu&rsquo;Otto Fenichel, Theodor Reik ou Wilhelm Reich \u00e0 ses d\u00e9buts, b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre de ces subsides anonymes distribu\u00e9s par Eitingon sans jamais exiger la moindre all\u00e9geance servile en retour.<\/p>\n<p>Plus intime encore fut son soutien financier direct \u00e0 la famille Freud. Lorsque l&rsquo;hyperinflation ruina les \u00e9conomies du ma\u00eetre viennois, ou lorsque le cancer de la m\u00e2choire diagnostiqu\u00e9 chez Freud en 1923 imposa des interventions chirurgicales lourdes, des proth\u00e8ses buccales co\u00fbteuses et des soins constants assur\u00e9s par le docteur Hans Pichler, Eitingon veilla personnellement \u00e0 ce que Freud ne manqu\u00e2t jamais d&rsquo;aucun secours mat\u00e9riel. Il acheminait discr\u00e8tement des devises fortes \u00e0 Vienne, prenait en charge des factures m\u00e9dicales astronomiques et subvenait aux besoins des proches de Freud, incarnant jusqu&rsquo;au bout la figure du fils protecteur veillant sur la survie physique et intellectuelle du p\u00e8re fondateur.<\/p>\n<h3>7.3 7.3 L&rsquo;\u00e9conomie politique interne de la psychanalyse primitive<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse historique du r\u00f4le financier d&rsquo;Eitingon jette une lumi\u00e8re crue sur l&rsquo;\u00e9conomie politique singuli\u00e8re qui r\u00e9gissait le mouvement psychanalytique des origines. Contrairement \u00e0 une vision id\u00e9aliste qui d\u00e9peindrait l&rsquo;essor du freudisme comme un pur triomphe des id\u00e9es m\u00e9tapsychologiques, la psychanalyse primitive fonctionna selon un mod\u00e8le de d\u00e9pendance structurelle \u00e9troite \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de capitaux philanthropiques priv\u00e9s issus de la grande bourgeoisie marchande et industrielle juive.<\/p>\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres donateurs majeurs comme Anton von Freund \u00e0 Budapest ou Dorothy Burlingham et Marie Bonaparte aupr\u00e8s de Freud, Eitingon incarnait ce que l&rsquo;on pourrait nommer le \u00ab minist\u00e8re des finances \u00bb de l&rsquo;entreprise freudienne. Cette symbiose entre la th\u00e9orie de l&rsquo;inconscient et le capital marchand a permis \u00e0 la psychanalyse de conqu\u00e9rir une autonomie institutionnelle absolue \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des pouvoirs publics et des universit\u00e9s d&rsquo;\u00c9tat conservatrices, qui cherchaient \u00e0 \u00e9touffer ses d\u00e9couvertes subversives. En fournissant lui-m\u00eame les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 la clinique gratuite, \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition et \u00e0 la recherche, Eitingon a dot\u00e9 le mouvement d&rsquo;une forteresse mat\u00e9rielle imprenable.<\/p>\n<p>Cette \u00e9conomie du don reposait sur une \u00e9thique aristocratique du m\u00e9c\u00e9nat : la fortune accumul\u00e9e dans le commerce international trouvait sa justification \u00e9thique ultime et sa r\u00e9demption symbolique en s&rsquo;investissant dans l&rsquo;\u00e9mancipation psychique de l&rsquo;humanit\u00e9. Eitingon ne concevait pas sa fortune comme un instrument de pouvoir coercitif, mais comme un fid\u00e9icommis mis au service d&rsquo;une cause scientifique qu&rsquo;il jugeait universelle.<\/p>\n<h2>8. 8. Pr\u00e9sidence de l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale (IPA)<\/h2>\n<h3>8.1 8.1 Les mandats pr\u00e9sidentiels (1925-1932)<\/h3>\n<p>Propuls\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale en d\u00e9cembre 1925 \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s tragique de Karl Abraham, Max Eitingon assume la pr\u00e9sidence effective du mouvement pendant plus de sept ann\u00e9es cons\u00e9cutives, couvrant une p\u00e9riode d&rsquo;expansion mondiale sans pr\u00e9c\u00e9dent mais \u00e9galement marqu\u00e9e par des tensions g\u00e9opolitiques extr\u00eames. \u00c9lu puis r\u00e9\u00e9lu triomphalement lors des congr\u00e8s successifs, il dirige l&rsquo;institution d&rsquo;une main ferme et bienveillante jusqu&rsquo;au Congr\u00e8s de Wiesbaden en 1932.<\/p>\n<p>Durant ses mandats pr\u00e9sidentiels, Eitingon consacre son \u00e9nergie in\u00e9puisable \u00e0 la consolidation administrative et \u00e0 l&rsquo;extension g\u00e9ographique de l&rsquo;organisation. C&rsquo;est sous sa direction que sont cr\u00e9\u00e9es et int\u00e9gr\u00e9es formellement \u00e0 l&rsquo;IPA plusieurs nouvelles soci\u00e9t\u00e9s nationales de psychanalyse \u00e0 travers l&rsquo;Europe et le continent am\u00e9ricain, notamment en France sous l&rsquo;impulsion de la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Paris fond\u00e9e en 1926. Eitingon orchestre personnellement l&rsquo;organisation logistique et scientifique des grands congr\u00e8s historiques de cette p\u00e9riode charni\u00e8re : le congr\u00e8s d&rsquo;Innsbruck en 1927, celui d&rsquo;Oxford en 1929 \u2013 premier congr\u00e8s organis\u00e9 en terre britannique, symbolisant l&rsquo;internationalisation croissante de la discipline \u2013 et enfin celui de Wiesbaden en 1932, tenu dans l&rsquo;ombre angoissante de la crise d\u00e9mocratique allemande.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ses responsabilit\u00e9s mondiales au sein de l&rsquo;IPA, Eitingon conserve la direction directe de l&rsquo;Institut et de la Poliklinik de Berlin, dirigeant d&rsquo;une main de ma\u00eetre le centre le plus vivant de la recherche clinique mondiale. Ses rapports pr\u00e9sidentiels triennaux, r\u00e9dig\u00e9s avec une pr\u00e9cision chirurgicale et une \u00e9l\u00e9gance administrative impeccable, t\u00e9moignent de son souci constant d&rsquo;ancrer la psychanalyse dans la transparence comptable, la rigueur statistique des traitements effectu\u00e9s et le dialogue scientifique interdisciplinaire.<\/p>\n<h3>8.2 8.2 La querelle de l&rsquo;analyse profane (La\u00efenanalyse)<\/h3>\n<p>Le mandat pr\u00e9sidentiel d&rsquo;Eitingon est domin\u00e9 par l&rsquo;une des controverses doctrinales et institutionnelles les plus virulentes de l&rsquo;histoire du mouvement freudien : la querelle de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychanalyse_profane\">analyse profane<\/a> (<em>Laienanalyse<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire le droit pour des non-m\u00e9decins form\u00e9s \u00e0 la psychanalyse d&rsquo;exercer pleinement la pratique clinique de la cure. D\u00e9clench\u00e9e en 1926 par les poursuites judiciaires engag\u00e9es \u00e0 Vienne contre Theodor Reik pour exercice ill\u00e9gal de la m\u00e9decine, cette crise menace de fracturer irr\u00e9m\u00e9diablement l&rsquo;axe transatlantique de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p>Sigmund Freud prend vigoureusement la d\u00e9fense de Reik et publie son vibrant plaidoyer <em>La question de l&rsquo;analyse profane<\/em>, affirmant avec une radicalit\u00e9 absolue que la psychanalyse n&rsquo;est pas une branche de la m\u00e9decine somatique, mais une science humaine autonome requ\u00e9rant une formation humaniste pluridisciplinaire. Cette position intransigeante heurte de plein fouet les analystes am\u00e9ricains, en particulier la puissante Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de New York dirig\u00e9e par Abraham Brill. Redoutant d&rsquo;\u00eatre assimil\u00e9s aux multiples sectes \u00e9sot\u00e9riques et gu\u00e9risseurs empiriques qui prolif\u00e8rent aux \u00c9tats-Unis, les analystes am\u00e9ricains exigent que la pratique analytique soit strictement r\u00e9serv\u00e9e aux seuls docteurs en m\u00e9decine d\u00fbment dipl\u00f4m\u00e9s, mena\u00e7ant de faire s\u00e9cession et de rompre avec l&rsquo;IPA si des analystes profanes continuaient d&rsquo;\u00eatre accr\u00e9dit\u00e9s.<\/p>\n<p>Pris en \u00e9tau entre la position \u00e9thique in\u00e9branlable de son ma\u00eetre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 et les imp\u00e9ratifs juridiques et sociologiques pragmatiques des Am\u00e9ricains, Max Eitingon fait preuve d&rsquo;un g\u00e9nie diplomatique exceptionnel. En sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident de l&rsquo;IPA et de l&rsquo;ITC, il \u00e9vite le schisme en instituant un compromis proc\u00e9dural historique lors du Congr\u00e8s d&rsquo;Innsbruck en 1927. Eitingon \u00e9tablit que chaque filiale nationale conservera l&rsquo;autonomie juridique d&rsquo;imposer les crit\u00e8res m\u00e9dicaux requis par la l\u00e9gislation de son propre pays pour la pratique clinique, tout en maintenant fermement le principe que, sur le plan de la doctrine internationale de l&rsquo;IPA et de l&rsquo;enseignement au sein de l&rsquo;Institut de Berlin, la formation psychanalytique demeure intrins\u00e8quement accessible aux non-m\u00e9decins dot\u00e9s d&rsquo;une solide culture universitaire humaniste. Ce compromis sauva l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Internationale tout en consacrant la vocation non-m\u00e9dicale de l&rsquo;Institut berlinois.<\/p>\n<h3>8.3 8.3 La mont\u00e9e des p\u00e9rils totalitaires en Europe<\/h3>\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1920, l&rsquo;atmosph\u00e8re sociopolitique de la R\u00e9publique de Weimar se d\u00e9grade inexorablement sous les coups de boutoir de la crise financi\u00e8re mondiale de 1929 et de l&rsquo;irr\u00e9sistible ascension \u00e9lectorale du Parti national-socialiste men\u00e9 par Adolf Hitler. \u00c0 Berlin, les sections d&rsquo;assaut de la SA paradent avec une agressivit\u00e9 croissante, et l&rsquo;antis\u00e9mitisme le plus virulent s&rsquo;infiltre dans toutes les sph\u00e8res acad\u00e9miques, culturelles et m\u00e9dicales du pays.<\/p>\n<p>En tant que pr\u00e9sident de l&rsquo;IPA et figure de proue de l&rsquo;Institut de Berlin, Max Eitingon se retrouve en premi\u00e8re ligne face aux attaques haineuses qui qualifient la psychanalyse de \u00ab pseudoscience d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00bb et de \u00ab corruption juive \u00bb de l&rsquo;\u00e2me allemande. Avec un sang-froid extraordinaire, Eitingon s&rsquo;efforce de maintenir la stricte neutralit\u00e9 scientifique des institutions analytiques, esp\u00e9rant contre tout espoir que la rigueur clinique et la renomm\u00e9e internationale de l&rsquo;Institut permettront de traverser l&rsquo;orage totalitaire sans c\u00e9der aux compromissions id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Lors du Congr\u00e8s de Wiesbaden en septembre 1932, le dernier \u00e0 se tenir sur le sol allemand avant le d\u00e9sastre, la tension est palpable. Conscient de l&rsquo;usure de ses forces apr\u00e8s sept ann\u00e9es de pr\u00e9sidence ininterrompue et percevant la n\u00e9cessit\u00e9 de passer le relais face au danger imminent, Eitingon c\u00e8de la pr\u00e9sidence de l&rsquo;IPA \u00e0 Ernest Jones. Il ignore encore que quelques mois plus tard, la nomination d&rsquo;Hitler au poste de chancelier du Reich en janvier 1933 signera l&rsquo;arr\u00eat de mort d\u00e9finitif de la psychanalyse allemande et pr\u00e9cipitera la destruction de l&rsquo;\u00e9difice berlinois qu&rsquo;il avait mis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie \u00e0 b\u00e2tir.<\/p>\n<h2>9. 9. L&rsquo;exil en Palestine et l&rsquo;implantation de la psychanalyse au Moyen-Orient<\/h2>\n<h3>9.1 9.1 La fuite de Berlin en 1933 face au nazisme<\/h3>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir des nationaux-socialistes en janvier 1933 transforme instantan\u00e9ment l&rsquo;Institut psychanalytique de Berlin en une cible d\u00e9sign\u00e9e du nouveau r\u00e9gime. D\u00e8s le mois d&rsquo;avril 1933, les lois raciales antis\u00e9mites de Nuremberg sont promulgu\u00e9es, excluant les juifs des carri\u00e8res m\u00e9dicales et administratives. Les livres de Freud, de Marx et de toute l&rsquo;avant-garde intellectuelle weimarienne sont jet\u00e9s au feu lors des autodaf\u00e9s publics du 10 mai 1933 sur la place de l&rsquo;Op\u00e9ra de Berlin.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette barbarie d&rsquo;\u00c9tat, la situation de Max Eitingon devient intenable. Doublement menac\u00e9 en tant que juif et en tant que citoyen \u00e9tranger originaire de l&rsquo;ancien Empire russe, il mesure imm\u00e9diatement l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 du drame, refusant les illusions d&rsquo;une normalisation d\u00e9fendues par certains coll\u00e8gues non juifs. En novembre 1933, le c\u0153ur bris\u00e9 mais d&rsquo;une lucidit\u00e9 clinique absolue, Eitingon d\u00e9missionne officiellement de toutes ses fonctions directoriales \u00e0 l&rsquo;Institut de Berlin et \u00e0 la Poliklinik.<\/p>\n<p>Dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et tragique d&rsquo;\u00e9viter la fermeture pure et simple de l&rsquo;Institut et de prot\u00e9ger les praticiens et candidats non juifs rest\u00e9s sur place, le pouvoir administratif est transmis \u00e0 deux analystes \u00ab aryens \u00bb, Felix Boehm et Carl M\u00fcller-Braunschweig, sous la pr\u00e9sidence nominale d&rsquo;un psychiatre complaisant, Matthias Heinrich G\u00f6ring, cousin germain du mar\u00e9chal du Reich Hermann G\u00f6ring. Cet \u00e9pisode douloureux marque le d\u00e9but de la sinistre \u00ab aryannisation \u00bb qui aboutira \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration forc\u00e9e de l&rsquo;Institut au sein de l&rsquo;institut G\u00f6ring et \u00e0 l&rsquo;\u00e9radication du nom de Freud des publications autoris\u00e9es. Refusant cat\u00e9goriquement de s&rsquo;exiler \u00e0 Londres ou \u00e0 New York o\u00f9 il aurait pu jouir d&rsquo;une retraite dor\u00e9e et respect\u00e9e, Eitingon fait un choix politique et existentiel radical : \u00e9migrer vers la Palestine mandataire pour y concr\u00e9tiser son engagement sioniste de toujours.<\/p>\n<h3>9.2 9.2 Fondation de la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Palestine (1934)<\/h3>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1933 avec son \u00e9pouse Mirra et une partie de ses archives personnelles, Max Eitingon d\u00e9couvre un territoire en pleine mutation sociale et d\u00e9mographique, marqu\u00e9 par l&rsquo;arriv\u00e9e massive de r\u00e9fugi\u00e9s juifs fuyant la pers\u00e9cution nazie dans le cadre de la cinqui\u00e8me Aliyah. Alors que la m\u00e9decine locale est encore largement rudimentaire et polaris\u00e9e sur les maladies infectieuses et la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale pionni\u00e8re, Eitingon d\u00e9cide de r\u00e9\u00e9diter au Moyen-Orient l&rsquo;exploit institutionnel qu&rsquo;il avait accompli \u00e0 Berlin.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1934, il regroupe autour de lui une poign\u00e9e de confr\u00e8res et d&rsquo;analysants r\u00e9fugi\u00e9s d&rsquo;Europe centrale, parmi lesquels Moshe Wulff, Anna Smeliansky, Ilja Schalit et Gershon Pfeifer, pour fonder officiellement la Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Palestine (<em>Chewrah Eretz-Israelith Le-Psychoanalysah<\/em>), dont il prend naturellement la pr\u00e9sidence. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, en 1935, faisant \u00e0 nouveau appel \u00e0 sa propre fortune pour combler l&rsquo;absence totale de fonds publics, il inaugure l&rsquo;Institut psychanalytique de J\u00e9rusalem, install\u00e9 dans une modeste villa du quartier de Talbiyeh.<\/p>\n<p>L&rsquo;Institut de J\u00e9rusalem est con\u00e7u sur le mod\u00e8le strict du cursus berlinois : une clinique pour consultations externes dispensant des soins aux immigrants traumatis\u00e9s, des s\u00e9minaires th\u00e9oriques r\u00e9guliers et l&rsquo;obligation de l&rsquo;analyse didactique supervis\u00e9e. Eitingon entreprend \u00e9galement un travail titanesque de traduction et d&rsquo;acculturation conceptuelle, soutenant les efforts de publication de la terminologie psychanalytique freudienne en langue h\u00e9bra\u00efque moderne, introduisant la psychanalyse au sein de la jeune universit\u00e9 h\u00e9bra\u00efque de J\u00e9rusalem et tissant des liens \u00e9troits avec les grandes figures de la renaissance intellectuelle juive, notamment le philosophe Martin Buber et l&rsquo;\u00e9ducateur Siegfried Bernfeld.<\/p>\n<h3>9.3 9.3 D\u00e9fis cliniques et institutionnels en terre d&rsquo;exil<\/h3>\n<p>L&rsquo;implantation de la psychanalyse en Palestine ne va pas sans heurts ni paradoxes cliniques consid\u00e9rables. Le premier d\u00e9fi auquel Eitingon et ses coll\u00e8gues sont confront\u00e9s est d&rsquo;ordre linguistique et culturel. Alors que l&rsquo;ensemble du corpus freudien et la formation initiale des pionniers reposaient sur les nuances de la langue allemande, les praticiens doivent d\u00e9sormais conduire des cures en h\u00e9breu aupr\u00e8s d&rsquo;une population composite venue de toute la diaspora, ou n\u00e9gocier la pluralit\u00e9 linguistique entre le yiddish, le russe, le polonais et l&rsquo;anglais colonial britannique.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9fi r\u00e9side dans la confrontation brutale entre la clinique du sujet singulier et l&rsquo;id\u00e9ologie collectiviste dominante du sionisme pionnier des pionniers du kibboutz. Pour nombre de militants socialistes et d&rsquo;\u00e9ducateurs communautaires, la psychanalyse risque d&rsquo;introduire un individualisme bourgeois et une culpabilisation introspective contraires \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif de reconstruction nationale et de travail de la terre. Eitingon d\u00e9ploie une grande patience p\u00e9dagogique pour d\u00e9montrer que la psychanalyse de l&rsquo;enfant et la compr\u00e9hension des dynamiques inconscientes constituent au contraire des outils indispensables pour inventer de nouveaux mod\u00e8les \u00e9ducatifs non autoritaires au sein des kibboutzim.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;isolement g\u00e9ographique et diplomatique devient \u00e9crasant avec le d\u00e9clenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939. Coup\u00e9 de ses liaisons maritimes avec l&rsquo;Europe et s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;Ernest Jones et d&rsquo;Anna Freud rest\u00e9s \u00e0 Londres sous les bombardements du Blitz, Eitingon voit sa sant\u00e9 cardiaque se d\u00e9t\u00e9riorer rapidement. Malgr\u00e9 l&rsquo;angoisse obs\u00e9dante caus\u00e9e par les nouvelles fragmentaires mais terrifiantes de l&rsquo;extermination m\u00e9thodique des juifs d&rsquo;Europe par les nazis, il maintient jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle le fonctionnement clinique de l&rsquo;Institut de J\u00e9rusalem, o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9teint le 30 juillet 1943 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-deux ans, laissant derri\u00e8re lui une soci\u00e9t\u00e9 analytique solidement ancr\u00e9e qui deviendra le berceau de la psychiatrie isra\u00e9lienne moderne.<\/p>\n<h2>10. 10. Les controverses politiques et les all\u00e9gations d&rsquo;espionnage sovi\u00e9tique<\/h2>\n<h3>10.1 10.1 La th\u00e8se d&rsquo;Arkadi Vaksberg et les r\u00e9v\u00e9lations de Soudoplatov<\/h3>\n<p>Plus de quatre d\u00e9cennies apr\u00e8s la mort paisible de Max Eitingon \u00e0 J\u00e9rusalem, son nom est brusquement propuls\u00e9 au c\u0153ur d&rsquo;une temp\u00eate m\u00e9diatique et historique internationale d&rsquo;une rare violence. En 1988, \u00e0 la faveur de la politique de transparence (<em>glasnost<\/em>) initi\u00e9e par Mikha\u00efl Gorbatchev en Union sovi\u00e9tique, l&rsquo;\u00e9crivain et juriste sovi\u00e9tique Arkadi Vaksberg publie dans les colonnes de la prestigieuse <em>Literatourna\u00efa Gazeta<\/em> un article retentissant dans lequel il affirme p\u00e9remptoirement que le c\u00e9l\u00e8bre psychanalyste Max Eitingon n&rsquo;\u00e9tait autre qu&rsquo;un agent secret de haut rang recrut\u00e9 par la police politique sovi\u00e9tique (l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/OGPU\">OGPU<\/a> puis le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/NKVD\">NKVD<\/a>).<\/p>\n<p>Cette accusation sensationnaliste semblait s&rsquo;appuyer sur la confusion patronymique troublante avec une figure bien r\u00e9elle et redoutable des services sp\u00e9ciaux de Staline : le g\u00e9n\u00e9ral Naum Eitingon (1899-1981), cousin germain de Max Eitingon. Naum Eitingon, haut dignitaire de la Loubianka et ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre des op\u00e9rations clandestines \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, fut notamment l&rsquo;organisateur en chef de l&rsquo;assassinat de L\u00e9on Trotski \u00e0 Mexico en ao\u00fbt 1940 par l&rsquo;entremise de Ram\u00f3n Mercader, ainsi que le cerveau d&rsquo;op\u00e9rations d&rsquo;\u00e9limination de dissidents tsaristes et trotskistes \u00e0 travers l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de Vaksberg franchit un palier suppl\u00e9mentaire lorsque Pavel Soudoplatov, ancien chef du directoire des missions sp\u00e9ciales du NKVD et sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique direct de Naum Eitingon, publie ses m\u00e9moires explosives en 1994 sous le titre <em>Missions sp\u00e9ciales<\/em>. Soudoplatov y \u00e9voque les liens suppos\u00e9s entre les r\u00e9seaux de renseignement ext\u00e9rieurs sovi\u00e9tiques et le Dr Max Eitingon, sugg\u00e9rant que ce dernier aurait activement pr\u00eat\u00e9 son concours logistique lors de l&rsquo;enl\u00e8vement spectaculaire \u00e0 Paris, en septembre 1937, du g\u00e9n\u00e9ral Evgu\u00e9ni Miller, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des combattants russes blancs (ROVS), drogu\u00e9 et exfiltr\u00e9 clandestinement vers Moscou pour y \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9.<\/p>\n<h3>10.2 10.2 Le d\u00e9bat historiographique : Stephen Schwartz versus Theodore Draper<\/h3>\n<p>Ces all\u00e9gations d&rsquo;espionnage et de complicit\u00e9 d&rsquo;assassinat politique au sommet du mouvement freudien provoquent une onde de choc sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le milieu intellectuel occidental. La pol\u00e9mique s&#8217;embrase v\u00e9ritablement aux \u00c9tats-Unis \u00e0 travers une controverse monumentale publi\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 dans les colonnes de <em>The New York Review of Books<\/em>. L&rsquo;essayiste Stephen Schwartz prend fait et cause pour la culpabilit\u00e9 de Max Eitingon, publiant une s\u00e9rie d&rsquo;articles \u00e0 charge accusant l&rsquo;analyste d&rsquo;avoir mis son argent, ses cliniques et son carnet d&rsquo;adresses international au service de la machine r\u00e9pressive stalinienne, exploitant le secret m\u00e9dical et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s russes blancs pour le compte du Kremlin.<\/p>\n<p>La riposte historiographique est imm\u00e9diate, m\u00e9thodique et implacable. Men\u00e9e par le grand historien Theodore Draper, appuy\u00e9 par des figures majeures de l&rsquo;histoire de la psychanalyse et de la guerre froide comme Peter Gay et Walter Laqueur, l&rsquo;enqu\u00eate documentaire passe au crible chaque affirmation de Schwartz et de Soudoplatov. Draper proc\u00e8de \u00e0 une reconstitution chronologique minutieuse, jour par jour et heure par heure, de l&rsquo;agenda, des d\u00e9placements en train, des s\u00e9jours hospitaliers et de la volumineuse correspondance de Max Eitingon durant toute l&rsquo;ann\u00e9e 1937.<\/p>\n<p>Les conclusions de cette analyse critique sont accablantes pour les accusateurs. Draper d\u00e9montre de mani\u00e8re irr\u00e9futable que le jour exact de l&rsquo;enl\u00e8vement du g\u00e9n\u00e9ral Miller \u00e0 Paris, Max Eitingon se trouvait \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0, convalescent dans une clinique en Suisse sous surveillance m\u00e9dicale stricte, avant de rejoindre J\u00e9rusalem. De plus, les pr\u00e9tendus \u00ab documents d&rsquo;archives \u00bb sovi\u00e9tiques cit\u00e9s par Vaksberg et Schwartz s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre de pures interpolations sp\u00e9culatives ou des erreurs grossi\u00e8res d&rsquo;identification entre les multiples membres de la vaste famille Eitingon dispers\u00e9s \u00e0 travers l&rsquo;Europe et la Russie. La d\u00e9monstration magistrale de Draper pulv\u00e9rise la th\u00e8se de l&rsquo;analyste-espion, renvoyant l&rsquo;accusation au rang de fantasme conspirationniste post-sovi\u00e9tique.<\/p>\n<h3>10.3 10.3 Bilan critique sur les liens d&rsquo;Eitingon avec l&rsquo;URSS<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la r\u00e9futation formelle du mythe de l&rsquo;espion du NKVD, quelle fut la r\u00e9alit\u00e9 historique des rapports entretenus par Max Eitingon avec l&rsquo;Union sovi\u00e9tique ? Une approche objective exige de r\u00e9ins\u00e9rer son parcours dans le contexte des ann\u00e9es 1920, marqu\u00e9 par les espoirs initiaux suscit\u00e9s par la r\u00e9volution d&rsquo;Octobre aupr\u00e8s d&rsquo;une partie de l&rsquo;intelligentsia juive et progressiste europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Il est historiquement attest\u00e9 que Max Eitingon s&rsquo;est rendu \u00e0 plusieurs reprises en Union sovi\u00e9tique au cours des ann\u00e9es 1920. Ces voyages r\u00e9pondaient \u00e0 deux motivations claires et transparentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Des motifs familiaux \u00e9vidents :<\/strong> Une branche majeure de la famille Eitingon, y compris sa propre m\u00e8re et plusieurs de ses fr\u00e8res et s\u0153urs, \u00e9tait rest\u00e9e bloqu\u00e9e en Russie apr\u00e8s 1917, subissant les vicissitudes politiques et \u00e9conomiques du r\u00e9gime communiste. Max usait de son statut m\u00e9dical et de ses devises pour leur apporter un soutien humanitaire r\u00e9gulier.<\/li>\n<li><strong>Une ambition d&rsquo;accr\u00e9ditation scientifique :<\/strong> Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es post-r\u00e9volutionnaires, sous l&rsquo;impulsion de personnalit\u00e9s comme L\u00e9on Trotski ou le commissaire du peuple \u00e0 l&rsquo;Instruction Anatoli Lounatcharski, la psychanalyse connut une br\u00e8ve p\u00e9riode d&rsquo;effervescence officielle en URSS. Eitingon esp\u00e9rait obtenir des autorit\u00e9s bolcheviques la reconnaissance institutionnelle de l&rsquo;Institut psychanalytique de Moscou fond\u00e9 par Moshe Wulff et Sabina Spielrein.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Toutefois, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1920 et la prise de contr\u00f4le absolue du pouvoir par Joseph Staline, la psychanalyse est officiellement bannie, d\u00e9nonc\u00e9e comme une id\u00e9ologie id\u00e9aliste bourgeoise incompatible avec le mat\u00e9rialisme dialectique d&rsquo;\u00c9tat. Eitingon coupe alors tout contact officiel avec les instances sovi\u00e9tiques. L&rsquo;examen exhaustif des archives de la police politique russe d\u00e9classifi\u00e9es apr\u00e8s 1991 n&rsquo;a jamais apport\u00e9 la moindre trace mat\u00e9rielle, matricule d&rsquo;agent ou rapport op\u00e9rationnel \u00e9manant de la main de Max Eitingon. L&rsquo;homme fut un lib\u00e9ral \u00e9clair\u00e9, un humaniste et un sioniste convaincu, dont l&rsquo;unique all\u00e9geance politique et existentielle fut d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;internationale freudienne.<\/p>\n<h2>11. 11. \u00c9crits th\u00e9oriques, correspondance et contributions cliniques<\/h2>\n<h3>11.1 11.1 Des travaux th\u00e9oriques quantitativement limit\u00e9s mais cibl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la production intellectuelle de Max Eitingon a souvent souffert de la comparaison avec les \u0153uvres fleuves de ses pairs. Contrairement \u00e0 Karl Abraham ou Sandor Ferenczi, dont les articles m\u00e9tapsychologiques ont refond\u00e9 des pans entiers de la th\u00e9orie des pulsions, Eitingon n&rsquo;\u00e9tait pas un b\u00e2tisseur de syst\u00e8mes conceptuels abstraits. Sa production \u00e9crite, modeste en volume, se distingue n\u00e9anmoins par un sens clinique aigu et une grande rigueur m\u00e9thodologique, se concentrant sur des questions techniques fondamentales n\u00e9glig\u00e9es par les grands sp\u00e9culateurs.<\/p>\n<p>Ses premiers travaux d&rsquo;importance portent sur les traumatismes psychiques et les n\u00e9vroses de guerre, directement nourris par sa pratique de m\u00e9decin militaire pendant la Grande Guerre. Dans des communications marquantes pr\u00e9sent\u00e9es aux congr\u00e8s de Budapest (1918) et de La Haye (1920), Eitingon analyse les m\u00e9canismes de sid\u00e9ration du moi face \u00e0 la violence industrielle des tranch\u00e9es, anticipant les \u00e9laborations freudiennes ult\u00e9rieures sur la pulsion de mort et l&rsquo;effraction traumatique au-del\u00e0 du principe de plaisir. Il y d\u00e9montre la pertinence de l&rsquo;hypnose combin\u00e9e \u00e0 la cure par la parole pour d\u00e9nouer les paralysies hyst\u00e9riques de conversion chez les soldats.<\/p>\n<p>Ses autres contributions majeures concernent la psychologie de l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique, la dynamique du b\u00e9gaiement et des inhibitions motrices de l&rsquo;\u00e9locution, ainsi que la question de la dur\u00e9e optimale des traitements. Mais c&rsquo;est avant tout dans ses rapports administratifs d\u00e9cennaux pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l&rsquo;IPA que se r\u00e9v\u00e8le son v\u00e9ritable g\u00e9nie th\u00e9orique : Eitingon y d\u00e9veloppe une pens\u00e9e in\u00e9dite de l&rsquo;institution soignante, th\u00e9orisant le cadre analytique, la neutralit\u00e9 bienveillante du clinicien et les conditions mat\u00e9rielles du transfert comme des objets m\u00e9tapsychologiques \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<h3>11.2 11.2 Le corpus \u00e9pistolaire : un tr\u00e9sor documentaire<\/h3>\n<p>Si les trait\u00e9s th\u00e9oriques d&rsquo;Eitingon sont concis, son corpus \u00e9pistolaire constitue en revanche un monument historique et litt\u00e9raire d&rsquo;une valeur inestimable pour la compr\u00e9hension du mouvement freudien. Au premier rang de ce tr\u00e9sor documentaire figure la correspondance continue \u00e9chang\u00e9e avec Sigmund Freud de 1906 jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de ce dernier \u00e0 Londres en septembre 1939. Compos\u00e9e de plus de huit cents lettres et cartes postales m\u00e9ticuleusement conserv\u00e9es, cette correspondance intime d\u00e9voile la confiance totale que Freud accordait \u00e0 son cadet.<\/p>\n<p>Dans ces \u00e9changes, le ton transcende largement les conventions professionnelles. Freud y parle sans fard de ses doutes cliniques, de l&rsquo;\u00e9laboration de ses concepts m\u00e9tapsychologiques les plus ardus, de ses souffrances physiques li\u00e9es \u00e0 son cancer de la m\u00e2choire et de ses craintes politiques face \u00e0 la mont\u00e9e de l&rsquo;antis\u00e9mitisme nazi. Eitingon y r\u00e9pond avec une d\u00e9f\u00e9rence respectueuse mais toujours lucide, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 temp\u00e9rer les jugements s\u00e9v\u00e8res du ma\u00eetre viennois envers certains disciples r\u00e9tifs et lui apportant une affection filiale inalt\u00e9rable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du dialogue avec Freud, les archives r\u00e9v\u00e8lent des correspondances fascinantes et prolong\u00e9es avec d&rsquo;autres figures majeures du si\u00e8cle : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anna_Freud\">Anna Freud<\/a>, dont il guida les premiers pas dans la profession et avec laquelle il coordonna le sauvetage de la famille Freud en 1938 ; <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lou_Andreas-Salom%C3%A9\">Lou Andreas-Salom\u00e9<\/a>, avec qui il entretenait des conversations raffin\u00e9es m\u00ealant psychanalyse, litt\u00e9rature et philosophie nietzsch\u00e9enne ; et enfin Ernest Jones, illustrant les coulisses des n\u00e9gociations g\u00e9opolitiques complexes au sommet de l&rsquo;IPA. Ces milliers de feuillets dactylographi\u00e9s ou manuscrits constituent la m\u00e9moire vivante et affective de l&rsquo;Internationale freudienne.<\/p>\n<h3>11.3 11.3 La conception eitingonienne de l&rsquo;\u00e9thique de la transmission<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur des r\u00e9flexions cliniques d&rsquo;Eitingon se trouve une intuition \u00e9thique majeure : la psychanalyse ne peut \u00eatre transmise comme un savoir dogmatique ordinaire ou une technique m\u00e9dicale empirique standardis\u00e9e sans p\u00e9rir de l&rsquo;int\u00e9rieur. Pour lui, la transmission de l&rsquo;inconscient est une op\u00e9ration \u00e9thique exigeant une transformation subjective radicale de celui qui pr\u00e9tend l&rsquo;exercer.<\/p>\n<p>Cette conception eitingonienne de l&rsquo;\u00e9thique repose sur le maintien intransigeant d&rsquo;une tension dialectique permanente entre la rigueur du cadre formel et la libert\u00e9 absolue de l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;inconscient. Pour Eitingon, le cadre institutionnel \u2013 avec ses r\u00e8gles pr\u00e9cises d&rsquo;analyse didactique, de s\u00e9minaires et de supervision coll\u00e9giale \u2013 n&rsquo;a pas pour but d&rsquo;asservir le d\u00e9sir du candidat analyste, mais au contraire de lui offrir un \u00e9tayage symbolique protecteur. Le cadre rigide est le garant n\u00e9cessaire permettant \u00e0 la parole la plus d\u00e9sordonn\u00e9e, la plus scandaleuse et la plus pulsionnelle de se d\u00e9ployer sur le divan sans danger de passage \u00e0 l&rsquo;acte.<\/p>\n<p>Dans ses rapports r\u00e9capitulatifs sur la formation pr\u00e9sent\u00e9s devant les instances de l&rsquo;IPA, Eitingon insistait inlassablement sur la responsabilit\u00e9 p\u00e9dagogique des analystes formateurs. L&rsquo;analyste didacticien a le devoir sacr\u00e9 de s&rsquo;abstenir de toute s\u00e9duction id\u00e9ologique ou personnelle envers ses \u00e9l\u00e8ves. La neutralit\u00e9 de l&rsquo;analyste ne consiste pas en une froideur impassible ou une indiff\u00e9rence cynique, mais en un renoncement actif \u00e0 faire de l&rsquo;analysant son double ou son h\u00e9ritier narcissique. Cette \u00e9thique de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 et du renoncement demeure l&rsquo;un des apports les plus pr\u00e9cieux d&rsquo;Eitingon \u00e0 la d\u00e9ontologie psychanalytique contemporaine.<\/p>\n<h2>12. 12. H\u00e9ritage institutionnel et post\u00e9rit\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la psychanalyse<\/h2>\n<h3>12.1 12.1 La p\u00e9rennit\u00e9 plan\u00e9taire du mod\u00e8le de formation<\/h3>\n<p>Lorsque l&rsquo;on contemple la carte contemporaine de la psychanalyse institutionnelle mondiale au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;h\u00e9ritage de Max Eitingon s&rsquo;impose avec une \u00e9vidence aveuglante. Le cursus de formation qu&rsquo;il a patiemment \u00e9chafaud\u00e9 \u00e0 Berlin entre 1920 et 1925, fond\u00e9 sur la triade indissociable de l&rsquo;analyse personnelle approfondie, de l&rsquo;enseignement th\u00e9orique pluriannuel et des cures supervis\u00e9es par des pairs, demeure la r\u00e8gle d&rsquo;or universelle inscrite dans les statuts de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Association_psychanalytique_internationale\">Association Psychanalytique Internationale<\/a>.<\/p>\n<p>Ce \u00ab mod\u00e8le de Berlin \u00bb ou \u00ab standard d&rsquo;Eitingon \u00bb a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, avec d&rsquo;infimes variantes locales, par plus de soixante-dix soci\u00e9t\u00e9s composantes de l&rsquo;IPA r\u00e9parties sur les cinq continents, de l&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique latine, des \u00c9tats-Unis au Japon et \u00e0 l&rsquo;Australie. Malgr\u00e9 les bouleversements \u00e9pist\u00e9mologiques, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cognitives et les critiques r\u00e9currentes fustigeant la bureaucratie des comit\u00e9s de s\u00e9lection, aucune alternative institutionnelle n&rsquo;a r\u00e9ussi \u00e0 supplanter durablement la matrice eitingonienne pour garantir la rigueur clinique et la protection d\u00e9ontologique des patients.<\/p>\n<p>M\u00eame les courants psychanalytiques non affili\u00e9s \u00e0 l&rsquo;IPA, y compris de nombreuses associations d&rsquo;inspiration lacanienne ou relationnelle ayant th\u00e9oris\u00e9 des modes de qualification alternatifs comme la \u00ab passe \u00bb, ont \u00e9t\u00e9 contraints de r\u00e9introduire sous d&rsquo;autres d\u00e9nominations la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse du contr\u00f4le clinique r\u00e9gulier et d&rsquo;une longue exp\u00e9rience de la cure personnelle pour les praticiens \u00e9mergents. En codifiant le premier dispositif rigoureux d&rsquo;habilitation des analystes, Max Eitingon a dot\u00e9 la profession d&rsquo;un passeport pour l&rsquo;universalit\u00e9.<\/p>\n<h3>12.2 12.2 L&rsquo;impact durable sur la psychanalyse en Isra\u00ebl<\/h3>\n<p>En Palestine mandataire puis dans l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl proclam\u00e9 cinq ans apr\u00e8s sa mort en 1948, l&#8217;empreinte laiss\u00e9e par Max Eitingon est profonde et ind\u00e9l\u00e9bile. La Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Palestine, rebaptis\u00e9e Soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique d&rsquo;Isra\u00ebl, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e directement \u00e0 partir de la semence institutionnelle d\u00e9pos\u00e9e par Eitingon et ses compagnons d&rsquo;exil dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>L&rsquo;Institut psychanalytique de J\u00e9rusalem, qui porte fi\u00e8rement son nom en hommage \u00e0 son d\u00e9vouement fondateur (<em>The Max Eitingon Institute of Psychoanalysis<\/em>), a form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de psychiatres, de psychologues cliniciens et de travailleurs sociaux qui ont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9 le syst\u00e8me de sant\u00e9 mentale isra\u00e9lien. Durant les d\u00e9cennies marqu\u00e9es par les guerres isra\u00e9lo-arabes successives et les vagues massives d&rsquo;immigration de rescap\u00e9s de la Shoah et de r\u00e9fugi\u00e9s des pays arabes, l&rsquo;Institut a jou\u00e9 un r\u00f4le de premier plan dans la prise en charge clinique des traumatismes extr\u00eames, de l&rsquo;angoisse de guerre et de la transmission transg\u00e9n\u00e9rationnelle de la terreur g\u00e9nocidaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la m\u00e9moire mat\u00e9rielle d&rsquo;Eitingon demeure vivante au c\u0153ur des institutions culturelles isra\u00e9liennes. La vaste collection d&rsquo;archives personnelles, de correspondances in\u00e9dites et de documents administratifs pr\u00e9serv\u00e9e par Eitingon a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale d&rsquo;Isra\u00ebl sur le campus de Guivat Ram \u00e0 J\u00e9rusalem. Ce fonds archivistique de premier ordre constitue une mine in\u00e9puisable pour les chercheurs et historiens internationaux venus retracer l&rsquo;histoire intellectuelle du freudisme et ses tribulations moyen-orientales.<\/p>\n<h3>12.3 12.3 R\u00e9habilitation et bilan historique global<\/h3>\n<p>Au terme de ce parcours biographique et analytique exhaustif, il appara\u00eet indispensable d&rsquo;op\u00e9rer une r\u00e9habilitation historique d\u00e9finitive de la figure de Max Eitingon. Longtemps \u00e9cras\u00e9 par la stature mythique de Sigmund Freud et rel\u00e9gu\u00e9 dans l&rsquo;ombre par le g\u00e9nie flamboyant mais souvent destructeur d&rsquo;autres pionniers, Eitingon souffrait d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;image li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 de ses fonctions : l&rsquo;histoire intellectuelle a coutume de c\u00e9l\u00e9brer les proph\u00e8tes et les h\u00e9r\u00e9tiques, rarement les intendants et les b\u00e2tisseurs d&rsquo;institutions.<\/p>\n<p>Pourtant, sans le g\u00e9nie d&rsquo;organisation, la diplomatie infatigable et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 mat\u00e9rielle d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e d&rsquo;Eitingon, le mouvement psychanalytique n&rsquo;aurait sans doute \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une m\u00e9t\u00e9ore intellectuelle viennoise condamn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9parpillement sectaire ou an\u00e9antie par la barbarie des r\u00e9gimes totalitaires europ\u00e9ens. Eitingon a compris avant tous ses contemporains que pour que l&rsquo;exploration subversive de l&rsquo;inconscient humain p\u00fbt d\u00e9fier le temps, elle devait s&rsquo;incarner dans des formes architecturales et juridiques indestructibles : des cliniques gratuites ouvertes au peuple, des maisons d&rsquo;\u00e9dition ind\u00e9pendantes, des soci\u00e9t\u00e9s savantes souveraines et des \u00e9coles de formation \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique irr\u00e9prochable.<\/p>\n<p>Max Eitingon n&rsquo;a pas invent\u00e9 le concept d&rsquo;inconscient, mais il en a b\u00e2ti la demeure temporelle. Il a offert \u00e0 la d\u00e9couverte freudienne le corps institutionnel gr\u00e2ce auquel elle a pu traverser les temp\u00eates du si\u00e8cle pour parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 nous. C&rsquo;est \u00e0 ce titre, et \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les plus grands th\u00e9oriciens de la psychanalyse mondiale, que sa place parmi les fondateurs immortels de la discipline doit \u00eatre solennellement et d\u00e9finitivement reconnue.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Abraham, H. C., &amp; Freud, E. L. (Eds.). (1965). <em>A psycho-analytic dialogue: The letters of Sigmund Freud and Karl Abraham, 1907-1926<\/em>. Basic Books.<\/p>\n<p>Brainin, \u00c9., &amp; Teicher, S. (1986). Die Poliklinik der Berliner Psychoanalytischen Vereinigung: Zur Geschichte des ersten psychoanalytischen Instituts. <em>Psyche &#8211; Zeitschrift f\u00fcr Psychoanalyse<\/em>, 40(11), 983-1004.<\/p>\n<p>Draper, T. (1993, 14 janvier). The mystery of Max Eitingon. <em>The New York Review of Books<\/em>, 40(1-2), 32-42. https:\/\/www.nybooks.com\/articles\/1993\/01\/14\/the-mystery-of-max-eitingon\/<\/p>\n<p>Eitingon, M. (1922). Bericht \u00fcber die Berliner Psychoanalytische Poliklinik (M\u00e4rz 1920 bis Juni 1922). <em>Internationale Zeitschrift f\u00fcr Psychoanalyse<\/em>, 8(4), 506-520.<\/p>\n<p>Eitingon, M. (1928). Report of the International Training Commission. <em>International Journal of Psycho-Analysis<\/em>, 9, 136-140.<\/p>\n<p>Freud, S. (1926). <em>Die Frage der Laienanalyse: Unterredungen mit einem Unparteiischen<\/em>. Internationaler Psychoanalytischer Verlag.<\/p>\n<p>Freud, S., &amp; Eitingon, M. (2004). <em>Correspondance (1906-1939)<\/em> (M. Patris &amp; A. de Mijolla, Trads. &amp; \u00c9ds.). Hachette Litt\u00e9ratures.<\/p>\n<p>Gay, P. (1988). <em>Freud: A life for our time<\/em>. W. W. Norton &amp; Company.<\/p>\n<p>Jones, E. (1953-1957). <em>The life and work of Sigmund Freud<\/em> (Vols. 1-3). Basic Books.<\/p>\n<p>Lockot, R. (1985). <em>Erinnern und Durcharbeiten: Zur Geschichte der Psychoanalyse und Psychotherapie im Nationalsozialismus<\/em>. 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