{"id":16978,"date":"2026-10-14T17:38:40","date_gmt":"2026-10-14T17:38:40","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/franz-mesmer-1734-1815\/"},"modified":"2026-10-14T17:38:40","modified_gmt":"2026-10-14T17:38:40","slug":"franz-mesmer-1734-1815","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=franz-mesmer-1734-1815","title":{"rendered":"Franz Mesmer &#8211; 1734 1815"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire de la m\u00e9decine et de la psychopathologie occidentale ne saurait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans toute sa complexit\u00e9 sans l&rsquo;examen minutieux d&rsquo;un moment de bascule singulier survenu au cr\u00e9puscule du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res : l&rsquo;av\u00e8nement du magn\u00e9tisme animal, con\u00e7u et th\u00e9oris\u00e9 par Franz Anton Mesmer (1734\u20131815). \u00c0 la crois\u00e9e du rationalisme cart\u00e9sien, de la m\u00e9canique newtonienne, de l&rsquo;illuminisme pr\u00e9romantique et des balbutiements de la psychologie clinique, la figure de Mesmer incarne l&rsquo;une des trajectoires \u00e9pist\u00e9mologiques les plus controvers\u00e9es, mais aussi les plus f\u00e9condes, de l&rsquo;histoire moderne des sciences. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9 par l&rsquo;historiographie positiviste au rang de charlatan spectaculaire ou d&rsquo;h\u00e9r\u00e9siarque de l&rsquo;orthodoxie m\u00e9dicale, le m\u00e9decin souabe appara\u00eet aujourd&rsquo;hui, \u00e0 la lumi\u00e8re des travaux d&rsquo;historiens de la psychiatrie tels que <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Henri Ellenberger<\/a> ou Jean Starobinski, comme le maillon interm\u00e9diaire d\u00e9cisif entre les rituels de gu\u00e9rison magico-religieux de l&rsquo;\u00e2ge baroque et l&rsquo;\u00e9mergence des psychoth\u00e9rapies dynamiques contemporaines.<\/p>\n<p>Le projet m\u00e9sm\u00e9rien est n\u00e9 d&rsquo;une ambition philosophique d\u00e9mesur\u00e9e : r\u00e9concilier la totalit\u00e9 de l&rsquo;univers physique et l&rsquo;\u00e9conomie du corps humain au sein d&rsquo;une cosmologie unifi\u00e9e, r\u00e9gie par un fluide subtil, universel et continu. Postulant que la maladie n&rsquo;est qu&rsquo;une rupture de l&rsquo;harmonie vibratoire entre l&rsquo;organisme et le cosmos, Mesmer pr\u00e9tendait offrir au monde une th\u00e9rapeutique universelle, soustraite aux artifices de la pharmacop\u00e9e et aux dogmes des facult\u00e9s. De la m\u00e9tropole viennoise fa\u00e7onn\u00e9e par les r\u00e9formes des Habsbourg aux salons parisiens en effervescence \u00e0 la veille des bouleversements r\u00e9volutionnaires de 1789, son parcours trace la g\u00e9ographie d&rsquo;une r\u00e9volution conceptuelle qui enflamma l&rsquo;Europe des \u00e9lites, avant de susciter la r\u00e9probation s\u00e9v\u00e8re des commissions acad\u00e9miques royales mandat\u00e9es pour en ausculter la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Explorer la trajectoire de Franz Anton Mesmer de 1734 \u00e0 1815, c&rsquo;est ainsi plonger dans un laboratoire intellectuel fascinant o\u00f9 s&rsquo;affrontent les crit\u00e8res naissants de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale moderne, les s\u00e9ductions de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 th\u00e9rapeutique, et les premi\u00e8res manifestations empiriques de ce que la post\u00e9rit\u00e9 d\u00e9signera sous les termes d&rsquo;hypnose, de suggestion et de transfert psychologique. Cette \u00e9tude exhaustive se propose de retracer, avec la rigueur de l&rsquo;analyse historico-critique, l&rsquo;ensemble des fondements doctrinaux, des dispositifs mat\u00e9riels, des d\u00e9chirements institutionnels et des r\u00e9sonances philosophiques qui constituent le grand r\u00e9cit du m\u00e9sm\u00e9risme.<\/p>\n<h2>1. Les origines et la formation intellectuelle de Franz Anton Mesmer (1734\u20131766)<\/h2>\n<h3>1.1 Enfance souabe et \u00e9ducation j\u00e9suite \u00e0 Dillingen et Ingolstadt<\/h3>\n<p>Franz Anton Mesmer na\u00eet le 23 mai 1734 \u00e0 Iznang, un modeste village situ\u00e9 sur la rive occidentale du lac de Constance (le <em>Bodensee<\/em>), au c\u0153ur du duch\u00e9 de Souabe et sous la suzerainet\u00e9 spirituelle du prince-\u00e9v\u00eaque de Constance. Issu d&rsquo;un milieu social respect\u00e9 sans \u00eatre opulent, il est le troisi\u00e8me des neuf enfants d&rsquo;Anton Mesmer, garde-forestier \u00e9piscopal, et de Maria Ursula Michel. Cette enfance pass\u00e9e dans un environnement naturel pr\u00e9gnant, rythm\u00e9 par les eaux du lac et la for\u00eat rh\u00e9nane, impr\u00e8gne durablement l&rsquo;imaginaire du jeune homme d&rsquo;une sensibilit\u00e9 aigu\u00eb aux forces \u00e9l\u00e9mentaires et aux cycles de la nature. N\u00e9anmoins, ses aptitudes intellectuelles pr\u00e9coces le destinent tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la pr\u00eatrise, unique voie de promotion sociale pour un jeune provincial d&rsquo;ascendance roturi\u00e8re dans l&rsquo;Allemagne catholique du milieu du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ses parents le confient d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de huit ans au monast\u00e8re franciscain voisin pour y recevoir ses premiers rudiments de grammaire latine et de plain-chant. En 1750, il est envoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 j\u00e9suite de Dillingen, un bastion intellectuel de la Contre-R\u00e9forme o\u00f9 la Compagnie de J\u00e9sus dispense un enseignement rigoureux ancr\u00e9 dans la scolastique aristot\u00e9licienne et la th\u00e9ologie thomiste. C&rsquo;est dans ce cadre hautement disciplin\u00e9 que Mesmer fait l&rsquo;apprentissage de la disputation dialectique, de la logique formelle et de la cosmologie ptol\u00e9ma\u00efque r\u00e9vis\u00e9e par les p\u00e8res j\u00e9suites. Durant cette p\u00e9riode, il int\u00e9riorise une vision du monde ordonn\u00e9e selon une hi\u00e9rarchie cosmique stricte, o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment de la cr\u00e9ation communique avec l&rsquo;ensemble par un jeu complexe de sympathies et de correspondances ontologiques.<\/p>\n<p>Poursuivant sa trajectoire cl\u00e9ricale, Mesmer s&rsquo;inscrit en 1754 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Ingolstadt, une autre institution domin\u00e9e par les j\u00e9suites, pour y \u00e9tudier la th\u00e9ologie sp\u00e9culative. C&rsquo;est pourtant l\u00e0 que s&rsquo;amorce sa rupture avec l&rsquo;orthodoxie religieuse. Mesmer d\u00e9couvre avec passion les rudiments de la physique math\u00e9matique, l&rsquo;humanisme critique et la philosophie naturelle moderne. La lecture des textes de Christian Wolff, vulgarisateur du rationalisme de Leibniz, ainsi que les avanc\u00e9es de la physique exp\u00e9rimentale introduites par l&rsquo;enseignement j\u00e9suite lui-m\u00eame le d\u00e9tachent inexorablement de la vocation sacerdotale. En 1759, rompant d\u00e9finitivement avec les esp\u00e9rances de sa famille, il quitte la Bavi\u00e8re pour la capitale de l&#8217;empire des Habsbourg afin de consacrer son esprit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des lois immanentes de la nature.<\/p>\n<h3>1.2 L&rsquo;apprentissage m\u00e9dical \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Vienne<\/h3>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 Vienne, Mesmer s&rsquo;inscrit initialement \u00e0 la facult\u00e9 de droit, o\u00f9 il passe une ann\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier la jurisprudence et le droit canonique, avant de trouver sa v\u00e9ritable voie en s&rsquo;inscrivant, en 1760, \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine. La capitale imp\u00e9riale traverse alors une \u00e8re de transformations intellectuelles profondes impuls\u00e9e par l&rsquo;imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se et son m\u00e9decin personnel, le N\u00e9erlandais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Gerard-van-Swieten\">Gerard van Swieten<\/a>. Ce dernier, disciple direct du c\u00e9l\u00e8bre Herman Boerhaave de Leyde, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de refondre int\u00e9gralement l&rsquo;enseignement m\u00e9dical viennois pour arracher la discipline aux d\u00e9rives sp\u00e9culatives de la scolastique tardive et en faire un mod\u00e8le europ\u00e9en d&#8217;empirisme clinique et d&rsquo;iatrom\u00e9canique rationnelle.<\/p>\n<p>Sous la f\u00e9rule de Van Swieten et de son confr\u00e8re Anton de Haen, Mesmer s&rsquo;immerge dans un environnement acad\u00e9mique novateur o\u00f9 l&rsquo;observation au chevet du malade, la tenue rigoureuse d&rsquo;histoires cliniques et la recherche anatomopathologique post-mortem constituent d\u00e9sormais les fondements de la pratique m\u00e9dicale. Mesmer est ainsi expos\u00e9 \u00e0 la doctrine boerhaavienne qui con\u00e7oit le corps humain comme une machine hydraulique complexe gouvern\u00e9e par des lois physiques de pression, de d\u00e9bit et de tensions membranaires. Les solides et les fluides y interagissent m\u00e9caniquement, et la sant\u00e9 est assimil\u00e9e \u00e0 la libre circulation des humeurs dans les conduits vasculaires et glandulaires.<\/p>\n<p>Cette immersion viennoise s&rsquo;inscrit dans le cadre plus large de l&rsquo;<em>Aufkl\u00e4rung<\/em> autrichienne, un mouvement d&rsquo;\u00e9mancipation intellectuelle encadr\u00e9 par le pouvoir imp\u00e9rial qui favorise les sciences appliqu\u00e9es, l&rsquo;hygi\u00e9nisme et la s\u00e9cularisation prudente des institutions. Mesmer y d\u00e9veloppe une posture intellectuelle singuli\u00e8re : tout en assimilant le rationalisme des ma\u00eetres n\u00e9erlandais, il conserve une inclination secr\u00e8te pour les vastes synth\u00e8ses cosmologiques h\u00e9rit\u00e9es de la Renaissance. Durant ces six ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes exigeantes, il acquiert non seulement une ma\u00eetrise parfaite de l&rsquo;anatomie, de la physiologie et de la s\u00e9miologie de son temps, mais il forge \u00e9galement une m\u00e9fiance grandissante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des drogues allopathiques, des saign\u00e9es abusives et des purgatifs violents qui constituent encore le quotidien de la th\u00e9rapeutique viennoise.<\/p>\n<h3>1.3 La th\u00e8se de 1766 : De planetarum influxu in corpus humanum<\/h3>\n<p>Le 27 mai 1766, Franz Mesmer soutient publiquement sa th\u00e8se de doctorat en m\u00e9decine, r\u00e9dig\u00e9e en latin sous le titre programmatique : <em>De planetarum influxu in corpus humanum<\/em> (De l&rsquo;influence des plan\u00e8tes sur le corps humain). Loin d&rsquo;\u00eatre un trait\u00e9 d&rsquo;astrologie judiciaire d\u00e9suet, ce texte se veut une tentative d&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;astronomie newtonienne au sein de la physiologie humaine. Mesmer y pose la question fondamentale de l&rsquo;impact des corps c\u00e9lestes sur les organismes terrestres, formulant l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle les lois gravitationnelles mises en \u00e9vidence par Sir Isaac Newton ne s&rsquo;appliquent pas seulement aux masses macroscopiques des plan\u00e8tes et des mers, mais exercent \u00e9galement une influence continue sur les tissus vivants et les fluides corporels.<\/p>\n<p>L&rsquo;historiographie m\u00e9dicale contemporaine a \u00e9tabli que de larges pans de cette th\u00e8se empruntaient abondamment, parfois mot \u00e0 mot, au trait\u00e9 du m\u00e9decin britannique Richard Mead, <em>De Imperio Solis ac Lunae in Corpora Humana et Morbis Inde Oriundis<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 Londres en 1704. Mesmer n&rsquo;a jamais d\u00e9menti cette dette conceptuelle, qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme le point de d\u00e9part l\u00e9gitime de sa propre r\u00e9flexion. L\u00e0 o\u00f9 Mead se cantonnait \u00e0 l&rsquo;explication des mar\u00e9es atmosph\u00e9riques et de leur r\u00e9percussion sur les humeurs sanguines, Mesmer franchit un saut qualitatif audacieux : il th\u00e9orise l&rsquo;existence d&rsquo;une force sp\u00e9cifique, analogue \u00e0 l&rsquo;attraction universelle, qu&rsquo;il baptise la \u00ab gravit\u00e9 animale \u00bb (<em>gravitas animalis<\/em>).<\/p>\n<p>Selon cette proposition inaugurale, un fluide \u00e9th\u00e9r\u00e9, invisible et extraordinairement rar\u00e9fi\u00e9 remplit l&rsquo;espace universel et p\u00e9n\u00e8tre sans exception tous les corps mat\u00e9riels. Ce fluide sert de m\u00e9diateur entre le mouvement des astres et les fonctions vitales de l&rsquo;homme, agissant directement sur le syst\u00e8me nerveux et sur les liquides constitutifs de la machine corporelle. La sant\u00e9 de l&rsquo;individu d\u00e9pend d\u00e8s lors de l&rsquo;accord harmonique entre les flux de cette mar\u00e9e microscopique et les dynamiques c\u00e9lestes. Bien que la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Vienne accorde \u00e0 Mesmer son dipl\u00f4me doctoral sans y discerner la moindre subversion mat\u00e9rielle, cette dissertation acad\u00e9mique contient d\u00e9j\u00e0 en germe la totalit\u00e9 de la trajectoire intellectuelle future du praticien souabe : le passage de la gravitation c\u00e9leste \u00e0 la manipulation th\u00e9rapeutique immanente des forces de la nature vivante.<\/p>\n<h2>2. La transition th\u00e9orique : Du fluide plan\u00e9taire au magn\u00e9tisme animal<\/h2>\n<h3>2.1 L&rsquo;abandon des aimants min\u00e9raux au profit du corps vivant<\/h3>\n<p>Install\u00e9 \u00e0 Vienne comme m\u00e9decin praticien ais\u00e9 apr\u00e8s son mariage avantageux en 1768 avec Maria Anna von Posch, une riche veuve de l&rsquo;aristocratie viennoise, Mesmer m\u00e8ne l&rsquo;existence d&rsquo;un grand bourgeois \u00e9clair\u00e9, fr\u00e9quentant les artistes \u2013 il devient notamment le protecteur du tout jeune Wolfgang Amadeus Mozart, dont il fait jouer le premier op\u00e9ra, <em>Bastien und Bastienne<\/em>, dans le th\u00e9\u00e2tre de verdure de sa somptueuse demeure de Landstra\u00dfe. Pourtant, son esprit demeure hant\u00e9 par la volont\u00e9 de donner une application clinique directe aux intuitions cosmologiques de sa th\u00e8se de 1766. L&rsquo;occasion exp\u00e9rimentale se pr\u00e9sente au d\u00e9but des ann\u00e9es 1770 par l&rsquo;entremise de son ami le p\u00e8re j\u00e9suite Maximilian Hell, astronome de la cour imp\u00e9riale et directeur de l&rsquo;observatoire de Vienne.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Hell exp\u00e9rimente alors l&rsquo;usage d&rsquo;aimants d&rsquo;acier artificiels aux formes g\u00e9om\u00e9triques adapt\u00e9es aux contours anatomiques, destin\u00e9s \u00e0 traiter diverses affections rhumatismales et spasmodiques. Intrigu\u00e9 par ces r\u00e9sultats, Mesmer sollicite l&rsquo;astronome pour lui fabriquer des pi\u00e8ces magn\u00e9tiques sp\u00e9cifiques. Il les applique sur les membres et le thorax de patients souffrant de troubles n\u00e9vropathiques complexes. Les succ\u00e8s cliniques imm\u00e9diats qu&rsquo;il enregistre \u2013 marqu\u00e9s par la disparition instantan\u00e9e de douleurs chroniques et l&rsquo;att\u00e9nuation de convulsions nerveuses \u2013 \u00e9veillent d&rsquo;abord son enthousiasme pour l&rsquo;aimantation min\u00e9rale. N\u00e9anmoins, l&rsquo;observation minutieuse de ses malades l&rsquo;am\u00e8ne rapidement \u00e0 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure avec le j\u00e9suite.<\/p>\n<p>Mesmer constate en effet que l&rsquo;aimant min\u00e9ral n&rsquo;est qu&rsquo;un vecteur purement passif et contingent. Lors de nombreuses s\u00e9ances, il s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il peut provoquer des r\u00e9ponses physiologiques et th\u00e9rapeutiques identiques, voire sup\u00e9rieures, en utilisant de simples morceaux de bois, de verre, de soie, ou m\u00eame en pointant simplement ses propres doigts en direction des zones souffrantes. Il en tire une d\u00e9duction fondamentale : la force agissante n&rsquo;\u00e9mane pas du fer magn\u00e9tique, mais r\u00e9side dans l&rsquo;organisme de l&rsquo;op\u00e9rateur lui-m\u00eame. En 1774, Mesmer proclame publiquement l&rsquo;abandon des aimants m\u00e9talliques au profit de ce qu&rsquo;il nomme solennellement le \u00ab magn\u00e9tisme animal \u00bb. Il affirme avoir d\u00e9couvert une propri\u00e9t\u00e9 physique inh\u00e9rente au syst\u00e8me nerveux des \u00eatres vivants, capable d&rsquo;\u00eatre transmise, concentr\u00e9e et dirig\u00e9e par la simple volont\u00e9 et les gestes du magn\u00e9tiseur.<\/p>\n<h3>2.2 La d\u00e9finition ontologique du fluide universel<\/h3>\n<p>Dans la construction doctrinale de Mesmer, le magn\u00e9tisme animal n&rsquo;a rien de commun avec une force occulte, une op\u00e9ration magique ou une gr\u00e2ce surnaturelle. Le m\u00e9decin souabe se r\u00e9clame d&rsquo;un mat\u00e9rialisme m\u00e9caniste absolu, fid\u00e8le aux id\u00e9aux rationalistes de son si\u00e8cle. Le magn\u00e9tisme animal est d\u00e9fini comme une propri\u00e9t\u00e9 de communication universelle, reposant sur l&rsquo;existence d&rsquo;un fluide physique subtil, mat\u00e9riel mais impond\u00e9rable, continu et exempt de tout vide, qui baigne et interp\u00e9n\u00e8tre l&rsquo;ensemble des corps c\u00e9lestes et terrestres. Ce fluide universel est le m\u00e9dium par excellence de toutes les interactions cosmiques, reliant l&rsquo;infiniment grand plan\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;infiniment petit physiologique.<\/p>\n<p>Mesmer postule que ce fluide se comporte d&rsquo;apr\u00e8s des lois hydrodynamiques et m\u00e9caniques rigoureuses. Tout comme les mar\u00e9es oc\u00e9aniques sont r\u00e9gies par les attractions lunaires et solaires, le fluide animal est soumis \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes permanents de flux et de reflux au sein de la machine vivante. Plus encore, Mesmer soutient que les corps anim\u00e9s pr\u00e9sentent des propri\u00e9t\u00e9s de polarit\u00e9 rigoureusement sym\u00e9triques \u00e0 celles observ\u00e9es dans les aimants min\u00e9raux : un p\u00f4le positif et un p\u00f4le n\u00e9gatif, un p\u00f4le nord et un p\u00f4le sud, s&rsquo;articulant \u00e0 travers les axes anatomiques de l&rsquo;\u00eatre humain (la t\u00eate et les pieds, le c\u00f4t\u00e9 gauche et le c\u00f4t\u00e9 droit). Le syst\u00e8me nerveux central et p\u00e9riph\u00e9rique est con\u00e7u comme le canal conducteur privil\u00e9gi\u00e9 de cette \u00e9nergie fluide.<\/p>\n<p>Ce fluide universel se caract\u00e9rise par une plasticit\u00e9 infinie. Il peut \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chi par les miroirs, propag\u00e9 par le son, condens\u00e9 dans des substances mat\u00e9rielles inertes (l&rsquo;eau, le fer, le bois) et projet\u00e9 \u00e0 distance par l&rsquo;interm\u00e9diaire du regard ou des extr\u00e9mit\u00e9s digitales de l&rsquo;op\u00e9rateur. En th\u00e9orisant ce m\u00e9dium impalpable, Mesmer pense r\u00e9soudre l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;action \u00e0 distance qui tourmentait la physique depuis Newton. L&rsquo;homme n&rsquo;est plus une entit\u00e9 close et isol\u00e9e, mais un syst\u00e8me ouvert, une corde vibrante au sein d&rsquo;un orchestre cosmique, o\u00f9 la moindre variation de tension dans le tissu universel du fluide r\u00e9sonne instantan\u00e9ment \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des r\u00e9cepteurs nerveux de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;\u00e9tiologie m\u00e9sm\u00e9rienne des pathologies<\/h3>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 la plus radicale de Franz Anton Mesmer r\u00e9side dans son \u00e9tiologie m\u00e9dicale, qui op\u00e8re une simplification nosologique sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire de la clinique europ\u00e9enne. Refusant la nomenclature complexe des facult\u00e9s de m\u00e9decine \u2013 qui multipliaient les classifications nosologiques en imitant la taxonomie botanique de Carl von Linn\u00e9 \u2013, Mesmer \u00e9nonce un principe fondamental d&rsquo;un monisme absolu : <em>il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule maladie, comme il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul rem\u00e8de<\/em>. Pour le m\u00e9decin d&rsquo;Iznang, la vari\u00e9t\u00e9 infinie des sympt\u00f4mes pathologiques r\u00e9pertori\u00e9s par les trait\u00e9s cliniques n&rsquo;est que le reflet superficiel d&rsquo;un unique d\u00e9sordre sous-jacent.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sordre primitif consiste exclusivement en une alt\u00e9ration, une entrave ou un blocage dans la circulation du fluide magn\u00e9tique animal \u00e0 travers les vaisseaux, les nerfs et les organes du corps humain. Dans l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9, le fluide s&rsquo;\u00e9coule avec une r\u00e9gularit\u00e9 harmonieuse, maintenant une tension dynamique et une distribution \u00e9quilibr\u00e9e de la polarit\u00e9 dans toutes les parties de l&rsquo;organisme. Lorsque cette circulation est interrompue par des causes environnementales, \u00e9motionnelles, m\u00e9caniques ou morales, il se produit une stagnation locale, un engorgement ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, une d\u00e9perdition d&rsquo;\u00e9nergie. C&rsquo;est cette rupture d&rsquo;harmonie qui engendre la souffrance organique : la paralysie, l&rsquo;aveuglement nerveux, les fi\u00e8vres, les spasmes, les n\u00e9vroses ou les obstructions visc\u00e9rales.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la th\u00e9rapeutique ne saurait consister en l&rsquo;administration aveugle de substances chimiques \u00e9trang\u00e8res ou en l&rsquo;\u00e9vacuation violente des fluides physiologiques par la saign\u00e9e. Le seul et unique devoir du m\u00e9decin est de restaurer le flux continu et l&rsquo;\u00e9quilibre polaris\u00e9 du fluide magn\u00e9tique. Le praticien se mue en un r\u00e9parateur d&rsquo;harmonie : en appliquant ses mains, en focalisant l&rsquo;\u00e9nergie subtile sur les obstacles \u00e9nerg\u00e9tiques pour les forcer \u00e0 se r\u00e9sorber, il permet \u00e0 la nature vivante de reprendre son cours salutaire. La gu\u00e9rison n&rsquo;est autre que la r\u00e9int\u00e9gration de l&rsquo;organisme individuel dans le grand concert vibratoire du fluide universel, r\u00e9tablissant ainsi l&rsquo;hom\u00e9ostasie originelle de la vie.<\/p>\n<h2>3. Les premi\u00e8res exp\u00e9rimentations cliniques \u00e0 Vienne et la controverse Paradis<\/h2>\n<h3>3.1 Pratiques inaugurales et premi\u00e8res gu\u00e9risons revendiqu\u00e9es<\/h3>\n<p>C&rsquo;est au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1774 que Franz Mesmer met v\u00e9ritablement \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve ses conceptions th\u00e9oriques dans le cadre d&rsquo;un traitement syst\u00e9matique. Sa premi\u00e8re patiente embl\u00e9matique est une jeune femme de vingt-sept ans issue de son cercle proche, mademoiselle Franziska Osterlin (souvent orthographi\u00e9e Oesterlin), souffrant d&rsquo;une hyst\u00e9rie convulsive chronique particuli\u00e8rement invalidante. La malade pr\u00e9sentait un tableau clinique spectaculaire, fait de vomissements incoercibles, de r\u00e9tentions urinaires, de syncopes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, de c\u00e9cit\u00e9s temporaires et de douleurs violentes migrant dans tout le corps, d\u00e9fiant depuis des ann\u00e9es les efforts des praticiens viennois les plus renomm\u00e9s.<\/p>\n<p>Mesmer entreprend de la traiter par sa nouvelle m\u00e9thode. Fixant des aimants con\u00e7us par le p\u00e8re Hell sur ses pieds et sa poitrine, il \u00e9prouve pour la premi\u00e8re fois la survenue d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne singulier : d\u00e8s l&rsquo;application, la malade ressent des courants d&rsquo;\u00e9nergie br\u00fblants parcourir ses membres, imm\u00e9diatement suivis par le d\u00e9clenchement d&rsquo;un paroxysme convulsif d&rsquo;une intensit\u00e9 inou\u00efe. Apr\u00e8s cette temp\u00eate physique, les sympt\u00f4mes morbides disparaissent subitement. R\u00e9p\u00e9tant l&rsquo;op\u00e9ration \u00e0 plusieurs reprises mais en abandonnant progressivement les aimants de fer pour n&rsquo;utiliser que ses propres mains et des baguettes de verre, Mesmer obtient la r\u00e9mission compl\u00e8te et durable de Franziska Osterlin, qui finira par \u00e9pouser le beau-fils de Mesmer.<\/p>\n<p>Fort de ce triomphe clinique, Mesmer transforme son somptueux domaine viennois de Landstra\u00dfe en une clinique priv\u00e9e ouverte \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite aristocratique et bourgeoise de l&#8217;empire. Des patients atteints d&rsquo;affections chroniques, souvent d\u00e9clar\u00e9s incurables par les ma\u00eetres de la Facult\u00e9, s&rsquo;y pressent en nombre. Mesmer formalise sa m\u00e9thode : il installe des salons sp\u00e9cifiques o\u00f9 il magn\u00e9tise ses sujets par imposition directe des mains et par des passes rythm\u00e9es. Tr\u00e8s vite, la r\u00e9putation du praticien souabe franchit les fronti\u00e8res de l&rsquo;Autriche. Il est invit\u00e9 en Bavi\u00e8re et en Hongrie, o\u00f9 il gu\u00e9rit des membres \u00e9minents de la noblesse et se livre \u00e0 des d\u00e9monstrations publiques devant des savants et des eccl\u00e9siastiques, attirant sur lui l&rsquo;attention jalouse de ses pairs de la facult\u00e9 de Vienne.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;affaire Maria Theresa von Paradis (1777)<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui va sceller le destin viennois de Mesmer et pr\u00e9cipiter son d\u00e9racinement s&rsquo;ouvre au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1777 avec la prise en charge de la jeune <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.oxfordmusiconline.com\">Maria Theresa von Paradis<\/a>. \u00c2g\u00e9e de dix-huit ans, fille d&rsquo;un conseiller imp\u00e9rial proche de la cour et filleule de l&rsquo;imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se elle-m\u00eame, Maria Theresa est une pianiste et compositrice virtuose, atteinte d&rsquo;une c\u00e9cit\u00e9 absolue depuis l&rsquo;\u00e2ge de trois ou quatre ans. Malgr\u00e9 des ann\u00e9es de traitements barbares subis aux mains des sommit\u00e9s m\u00e9dicales de l&#8217;empire \u2013 ayant inclus des caut\u00e9risations au fer rouge, des scarifications et l&rsquo;application r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de centaines de d\u00e9charges \u00e9lectriques sur les globes oculaires \u2013, la jeune fille \u00e9tait demeur\u00e9e totalement aveugle, recevant de la souveraine une pension annuelle substantielle en raison de son infirmit\u00e9 et de son g\u00e9nie musical.<\/p>\n<p>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;\u00e9chec de la m\u00e9decine officielle, les parents de Maria Theresa confient l&rsquo;enfant prodige \u00e0 Mesmer, qui l&rsquo;installe \u00e0 demeure dans sa clinique de Landstra\u00dfe. Le traitement commence par de longues s\u00e9ances quotidiennes de magn\u00e9tisation faciale et cr\u00e2nienne. Apr\u00e8s quelques semaines de soins assidus, l&rsquo;impossible semble se produire : la jeune fille commence \u00e0 percevoir des ombres, \u00e0 distinguer les couleurs \u00e9l\u00e9mentaires, puis \u00e0 reconna\u00eetre les contours des visages et les mouvements des mains de son m\u00e9decin. Les descriptions laiss\u00e9es par Mesmer t\u00e9moignent d&rsquo;une remarquable acuit\u00e9 clinique quant au d\u00e9sarroi perceptif d&rsquo;une personne aveugle recouvrant soudainement la vue : Maria Theresa est effray\u00e9e par les dimensions spatiales, incapable d&rsquo;\u00e9valuer les perspectives, et d\u00e9stabilis\u00e9e par les visages humains qu&rsquo;elle trouve monstrueux.<\/p>\n<p>Cette am\u00e9lioration visuelle revendiqu\u00e9e provoque un s\u00e9isme dans la soci\u00e9t\u00e9 viennoise, mais elle d\u00e9clenche \u00e9galement une panique sourde au sein de la famille Paradis. D&rsquo;une part, si Maria Theresa gu\u00e9rit, la rente imp\u00e9riale octroy\u00e9e au titre de son infirmit\u00e9 risque d&rsquo;\u00eatre purement et simplement supprim\u00e9e. D&rsquo;autre part, la jeune fille, troubl\u00e9e par le retour chaotique des stimuli visuels, perd temporairement l&rsquo;extraordinaire m\u00e9moire kinesth\u00e9sique qui faisait l&rsquo;excellence de son jeu pianistique. Les parents, manipul\u00e9s par les ennemis m\u00e9dicaux de Mesmer, font irruption dans la clinique pour arracher violemment leur fille au praticien. Une sc\u00e8ne de fureur et d&rsquo;hyst\u00e9rie collective \u00e9clate, au cours de laquelle la patiente, plong\u00e9e dans un \u00e9tat d&rsquo;angoisse extr\u00eame, rechute dans une c\u00e9cit\u00e9 psychog\u00e8ne totale.<\/p>\n<h3>3.3 La rupture avec le milieu viennois et la d\u00e9cision de l&rsquo;exil<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9chec final de la prise en charge de Maria Theresa von Paradis sert de d\u00e9tonateur \u00e0 une riposte institutionnelle implacable orchestr\u00e9e par l&rsquo;establishment m\u00e9dical de Vienne. \u00c0 la t\u00eate de la cabale se trouve le docteur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Jan Ingenhousz<\/a>, m\u00e9decin \u00e0 la cour imp\u00e9riale, membre \u00e9minent de la <em>Royal Society<\/em> britannique et sp\u00e9cialiste reconnu de l&rsquo;inoculation variolique et de la photosynth\u00e8se. Ingenhousz, qui s&rsquo;\u00e9tait initialement int\u00e9ress\u00e9 aux recherches de Mesmer avant de les juger sans appel comme des supercheries charlatanesques, prend la t\u00eate d&rsquo;une commission informelle issue du Coll\u00e8ge imp\u00e9rial des m\u00e9decins.<\/p>\n<p>Le corps m\u00e9dical accuse violemment Mesmer d&rsquo;imposture, de n\u00e9crophilie th\u00e9orique et d&rsquo;extorsion de fonds sous couvert de pseudosciences. Les praticiens affirment que la pr\u00e9tendue gu\u00e9rison de mademoiselle Paradis n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un simulacre hyst\u00e9rique complaisamment orchestr\u00e9 entre le m\u00e9decin et sa patiente. L&rsquo;atmosph\u00e8re devient irrespirable : somm\u00e9 par d\u00e9cret officiel de cesser ses pratiques non conventionnelles et menac\u00e9 de sanctions disciplinaires d\u00e9gradantes qui lui \u00f4teraient son autorisation l\u00e9gale d&rsquo;exercer la m\u00e9decine au sein de l&#8217;empire, Mesmer subit le discr\u00e9dit public le plus cuisant. Son propre mariage s&rsquo;effondre sous le poids de la disgr\u00e2ce et des d\u00e9saccords financiers.<\/p>\n<p>Conscient que son avenir scientifique et social est d\u00e9finitivement an\u00e9anti dans les fronti\u00e8res de l&rsquo;Empire des Habsbourg, Mesmer prend une d\u00e9cision strat\u00e9gique radicale. Il liquide discr\u00e8tement une partie de ses affaires, abandonne son \u00e9pouse \u00e0 Vienne \u2013 tout en lui assurant une pension \u2013 et quitte sa terre natale au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1778. Il tourne son regard vers la capitale intellectuelle et culturelle incontest\u00e9e de l&rsquo;Europe des Lumi\u00e8res : Paris. Convaincu que seule la France, patrie de la philosophie, des encyclop\u00e9distes et de l&rsquo;effervescence scientifique, saura appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur la port\u00e9e universelle de sa d\u00e9couverte physique, Mesmer part \u00e0 la conqu\u00eate de la sc\u00e8ne parisienne.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;apog\u00e9e parisienne et l&rsquo;engouement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Ancien R\u00e9gime (1778\u20131784)<\/h2>\n<h3>4.1 L&rsquo;implantation \u00e0 Paris et la publication du M\u00e9moire de 1779<\/h3>\n<p>Franz Mesmer s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 Paris en f\u00e9vrier 1778, \u00e9lisant d&rsquo;abord domicile dans un h\u00f4tel particulier de la place Vend\u00f4me avant de s&rsquo;installer pr\u00e8s de la place Royale, puis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de Coigny, rue du Coq-H\u00e9ron. La France traverse alors une p\u00e9riode d&rsquo;intense curiosit\u00e9 scientifique : les cours publics de chimie, les d\u00e9monstrations spectaculaires d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 statique et les premi\u00e8res ascensions a\u00e9rostatiques des fr\u00e8res Montgolfier passionnent l&rsquo;aristocratie comme la haute bourgeoisie. Mesmer saisit parfaitement l&rsquo;esprit du temps et d\u00e9ploie une activit\u00e9 inlassable pour faire reconna\u00eetre le magn\u00e9tisme animal par les deux institutions savantes supr\u00eames du royaume : l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.academie-sciences.fr\">Acad\u00e9mie des Sciences<\/a> et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Soci\u00e9t\u00e9 Royale de M\u00e9decine<\/a>, fond\u00e9e par F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la r\u00e9serve polie mais glaciale de ces corps constitu\u00e9s, qui refusent de cautionner des th\u00e9ories non \u00e9tay\u00e9es par des d\u00e9monstrations publiques rigoureuses, Mesmer choisit d&rsquo;en appeler directement au tribunal de l&rsquo;opinion publique. En 1779, il publie un manifeste fondateur qui va faire l&rsquo;effet d&rsquo;une d\u00e9flagration intellectuelle : le <em>M\u00e9moire sur la d\u00e9couverte du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Dans cet opuscule d&rsquo;une cinquantaine de pages, Mesmer r\u00e9sume l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de son syst\u00e8me philosophique et m\u00e9dical sous la forme p\u00e9remptoire de vingt-sept propositions th\u00e9oriques. Il y formule avec une clart\u00e9 lapidaire les axiomes de son dogme : l&rsquo;existence du fluide universel, son action sur le syst\u00e8me nerveux, l&rsquo;inutilit\u00e9 des rem\u00e8des chimiques et la souverainet\u00e9 du magn\u00e9tiseur comme agent de r\u00e9tablissement de l&rsquo;harmonie vitale.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s du trait\u00e9 est fulgurant. En quelques mois, la doctrine m\u00e9sm\u00e9rienne \u2013 rapidement rebaptis\u00e9e \u00ab m\u00e9sm\u00e9risme \u00bb par la presse et les mondains \u2013 devient le sujet exclusif de toutes les conversations dans les caf\u00e9s du Palais-Royal et les salons aristocratiques les plus exclusifs. Les \u00e9lites r\u00e9formatrices, \u00e9prises de nature et de philanthropie rousseauiste, voient dans le magn\u00e9tisme animal une promesse de lib\u00e9ration corporelle et une r\u00e9conciliation quasi spirituelle avec les forces du cosmos, loin de la corruption artificielle de la civilisation citadine.<\/p>\n<h3>4.2 L&rsquo;alliance d\u00e9cisive avec Charles Deslon<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;enthousiasme grandissant de la haute soci\u00e9t\u00e9, Mesmer souffre d&rsquo;un handicap majeur : n&rsquo;\u00e9tant pas dipl\u00f4m\u00e9 de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Paris, il n&rsquo;a l\u00e9galement pas le droit d&rsquo;administrer des soins ni d&rsquo;ouvrir un \u00e9tablissement clinique permanent sur le sol de la capitale sans l&rsquo;aval d&rsquo;un confr\u00e8re agr\u00e9g\u00e9. Sa trajectoire bascule de mani\u00e8re d\u00e9cisive lorsqu&rsquo;il rencontre en 1780 le docteur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\">Charles Deslon<\/a> (parfois orthographi\u00e9 d&rsquo;Eslon), docteur-r\u00e9gent de la prestigieuse Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Paris et premier m\u00e9decin ordinaire du comte d&rsquo;Artois, fr\u00e8re cadet du roi Louis XVI.<\/p>\n<p>Esprit brillant, curieux et d&rsquo;une intr\u00e9pidit\u00e9 intellectuelle singuli\u00e8re, Deslon assiste aux traitements administr\u00e9s par Mesmer et en ressort totalement subjugu\u00e9. Il abandonne sans r\u00e9serve ses pr\u00e9jug\u00e9s acad\u00e9miques pour devenir le disciple inconditionnel, le porte-parole et le d\u00e9fenseur officiel du ma\u00eetre allemand dans l&rsquo;ar\u00e8ne publique fran\u00e7aise. Deslon met son nom prestigieux, son carnet d&rsquo;adresses aristocratiques et sa pratique m\u00e9dicale au service exclusif de la propagation du m\u00e9sm\u00e9risme. Cet engagement tonitruant provoque la fureur imm\u00e9diate de ses coll\u00e8gues docteurs-r\u00e9gents de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine. Convoqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour abjurer ses h\u00e9r\u00e9sies, Deslon refuse obstin\u00e9ment de renier le magn\u00e9tisme animal. Le verdict de la Facult\u00e9 est impitoyable : il est d\u00e9chu de son droit de vote aux assembl\u00e9es de l&rsquo;institution et menac\u00e9 d&rsquo;\u00eatre d\u00e9finitivement ray\u00e9 du tableau de l&rsquo;ordre s&rsquo;il ne rentre pas dans le rang.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;\u00e9touffer le mouvement, la disgr\u00e2ce institutionnelle de Deslon lui conf\u00e8re une aura de martyr de la v\u00e9rit\u00e9 et d\u00e9multiplie l&rsquo;attrait de la nouvelle th\u00e9rapie. Deslon ouvre son propre \u00e9tablissement de magn\u00e9tisation rue de l&rsquo;Estrade, rivalisant bient\u00f4t avec celui de Mesmer. L&rsquo;afflux des malades devient tel qu&rsquo;il d\u00e9passe largement les capacit\u00e9s d&rsquo;accueil individuelles des deux praticiens. Des centaines d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants de toutes conditions \u2013 de la duchesse au savetier \u2013 assi\u00e8gent quotidiennement les h\u00f4tels particuliers o\u00f9 officient le ma\u00eetre et son disciple. La pratique individuelle du magn\u00e9tisme par imposition des mains s&rsquo;av\u00e8re mat\u00e9riellement incapable de r\u00e9pondre \u00e0 cette mar\u00e9e humaine, imposant l&rsquo;invention de nouvelles technologies th\u00e9rapeutiques collectives.<\/p>\n<h3>4.3 La fondation de la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle<\/h3>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;explosion de la demande et \u00e0 la multiplication des imitateurs non form\u00e9s, Mesmer comprend qu&rsquo;il doit organiser la transmission de son savoir tout en consolidant son assise financi\u00e8re. En 1783, \u00e9paul\u00e9 par deux avocats parisiens influents, Nicolas Bergasse et Guillaume Kornmann, il fonde une structure organisationnelle semi-secr\u00e8te calqu\u00e9e sur les rituels de la franc-ma\u00e7onnerie : la <strong>Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle<\/strong>. L&rsquo;objectif officiel de cette soci\u00e9t\u00e9 est d&rsquo;assurer la conservation, l&rsquo;enseignement th\u00e9orique et la diffusion clinique de la doctrine du magn\u00e9tisme animal \u00e0 travers tout le royaume de France et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre admis dans le sanctuaire de la Soci\u00e9t\u00e9 et \u00eatre initi\u00e9 par Mesmer lui-m\u00eame aux myst\u00e8res les plus secrets de la manipulation du fluide universel, chaque postulant doit s&rsquo;acquitter d&rsquo;une souscription financi\u00e8re exorbitante : la somme de cent louis d&rsquo;or. Malgr\u00e9 ce tarif prohibitif, l&rsquo;\u00e9lite de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime se pr\u00e9cipite pour rejoindre la confr\u00e9rie. Parmi les adeptes et membres souscripteurs les plus prestigieux figurent de grandes figures de la noblesse d&rsquo;\u00e9p\u00e9e et de robe, \u00e0 l&rsquo;instar du marquis de Lafayette, aur\u00e9ol\u00e9 de sa gloire am\u00e9ricaine, du duc de Choiseul, du duc de Fronsac, du duc de Noailles, mais \u00e9galement des publicistes radicaux et futurs t\u00e9nors de la R\u00e9volution comme Jacques-Pierre Brissot.<\/p>\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle se ramifie rapidement en filiales provinciales prosp\u00e8res, notamment \u00e0 Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Nantes et Montpellier. Mesmer amasse en quelques mois une fortune colossale qui d\u00e9passe les 300 000 livres tournois, assurant son ind\u00e9pendance mat\u00e9rielle face aux pressions gouvernementales. Toutefois, cette marchandisation effr\u00e9n\u00e9e du savoir th\u00e9rapeutique ne tarde pas \u00e0 susciter d&rsquo;am\u00e8res dissensions internes. De nombreux soci\u00e9taires, men\u00e9s par Nicolas Bergasse, reprochent \u00e0 Mesmer son avidit\u00e9 financi\u00e8re, son autoritarisme dogmatique et son refus de laisser la doctrine s&rsquo;\u00e9manciper vers des horizons moraux et politiques plus larges. Ces tensions annoncent les fractures irr\u00e9m\u00e9diables qui d\u00e9chireront le mouvement au cours des ann\u00e9es suivantes.<\/p>\n<h2>5. Le dispositif th\u00e9rapeutique m\u00e9sm\u00e9rien : Mat\u00e9rialit\u00e9 et sc\u00e9nographie<\/h2>\n<h3>5.1 L&rsquo;architecture du baquet collectif<\/h3>\n<p>Pour faire face \u00e0 la patient\u00e8le innombrable qui se presse \u00e0 ses portes et rationaliser l&rsquo;application du fluide magn\u00e9tique, Franz Mesmer con\u00e7oit un appareil m\u00e9canique original qui deviendra l&#8217;embl\u00e8me mat\u00e9riel le plus c\u00e9l\u00e8bre et le plus caricatur\u00e9 de toute son entreprise : le <strong>baquet magn\u00e9tique<\/strong>. Ce dispositif technologique in\u00e9dit est une vaste cuve circulaire en bois de ch\u00eane, d&rsquo;environ cinq \u00e0 six pieds de diam\u00e8tre et d&rsquo;un pied et demi de profondeur, sur\u00e9lev\u00e9e du sol par de petits patins isolants. L&rsquo;int\u00e9rieur de la cuve est minutieusement agenc\u00e9 pour fonctionner comme un v\u00e9ritable condensateur d&rsquo;\u00e9nergie fluide.<\/p>\n<p>Au fond du baquet sont dispos\u00e9es plusieurs couches successives de mati\u00e8res diverses : de la limaille de fer tamis\u00e9e, du verre pil\u00e9, du soufre, du sable quartzeux, le tout recouvert d&rsquo;eau claire pr\u00e9alablement magn\u00e9tis\u00e9e par Mesmer. Au centre de ce substrat sont immerg\u00e9es des bouteilles de verre remplies d&rsquo;eau magn\u00e9tis\u00e9e, ordonn\u00e9es sym\u00e9triquement selon une g\u00e9om\u00e9trie polaris\u00e9e rigoureuse, les cols des unes convergeant vers le centre tandis que les autres sont dirig\u00e9s vers la p\u00e9riph\u00e9rie. Le tout est recouvert d&rsquo;un lourd couvercle en bois perc\u00e9 d&rsquo;orifices calibr\u00e9s.<\/p>\n<p>De ces orifices \u00e9mergent de longues tiges de fer d&rsquo;acier flexibles, coud\u00e9es \u00e0 angle droit, que les patients assis en cercle tout autour du baquet peuvent orienter et appliquer directement sur les parties malades de leur anatomie (le foie, la rate, l&rsquo;ut\u00e9rus, les poumons ou les articulations). Pour renforcer la circulation fluidique et cr\u00e9er une continuit\u00e9 physique ininterrompue, une longue corde de chanvre, attach\u00e9e au pourtour du baquet, enlace le corps de tous les participants assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, tandis que les patients sont invit\u00e9s \u00e0 unir leurs mains en pressant l&rsquo;index et le pouce de leur voisin respectif. Ce dispositif forme la fameuse \u00ab cha\u00eene magn\u00e9tique \u00bb, un circuit ferm\u00e9 au sein duquel la charge d&rsquo;\u00e9nergie subtile s&rsquo;amplifie par r\u00e9sonance mutuelle.<\/p>\n<h3>5.2 L&rsquo;arsenal des passes et des manipulations corporelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;action passive du baquet est continuellement activ\u00e9e et d\u00e9multipli\u00e9e par l&rsquo;intervention corporelle directe de Franz Mesmer et de ses assistants sp\u00e9cialis\u00e9s, d\u00e9sign\u00e9s sous le terme de \u00ab magn\u00e9tiseurs \u00bb ou d&rsquo;\u00ab op\u00e9rateurs \u00bb. L&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique du m\u00e9sm\u00e9risme ne se limite pas \u00e0 la pr\u00e9sence m\u00e9tallique ; il s&rsquo;incarne avant tout dans une chor\u00e9graphie manuelle rigoureuse, fond\u00e9e sur la technique des <strong>passes magn\u00e9tiques<\/strong>. Ces passes consistent en des mouvements lents, amples et r\u00e9p\u00e9titifs ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 quelques centim\u00e8tres de la peau du sujet ou en contact tactile direct, descendant g\u00e9n\u00e9ralement depuis le sommet du cr\u00e2ne jusqu&rsquo;aux extr\u00e9mit\u00e9s des membres inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Mesmer utilise ses mains comme de v\u00e9ritables p\u00f4les magn\u00e9tiques vivants. Il approche les extr\u00e9mit\u00e9s jointes de ses dix doigts pour concentrer le jet de fluide vers un point pr\u00e9cis, ou balaie l&rsquo;air de la paume ouverte pour disperser un engorgement morbide. Des baguettes de fer poli, mani\u00e9es avec une pr\u00e9cision chirurgicale, servent souvent de prolongement directionnel \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;op\u00e9rateur. Les zones d&rsquo;intervention privil\u00e9gi\u00e9es sont le creux \u00e9pigastrique, le plexus c\u0153liaque \u2013 consid\u00e9r\u00e9 par Mesmer comme le v\u00e9ritable centre nerveux sensoriel de l&rsquo;organisme humain \u2013, ainsi que les r\u00e9gions hypocondriaques et g\u00e9nitales, fr\u00e9quemment le si\u00e8ge de fixations n\u00e9vropathiques.<\/p>\n<p>\u00c0 cette g\u00e9om\u00e9trie gestuelle s&rsquo;ajoute une technique d&rsquo;induction fondamentale : l&rsquo;affrontement des regards. Mesmer se place face \u00e0 ses patients, genoux contre genoux, empoignant leurs pouces entre ses mains dans une \u00e9treinte tactile continue, tout en fixant intens\u00e9ment leurs pupilles de ses yeux per\u00e7ants sans ciller pendant plusieurs dizaines de minutes. Ce magn\u00e9tisme par le regard \u2013 que la psychiatrie ult\u00e9rieure reconna\u00eetra comme une technique majeure de fascination suggestive \u2013 cr\u00e9e une syntonie physiologique imm\u00e9diate entre le praticien et le malade, d\u00e9clenchant chez ce dernier une alt\u00e9ration sensible du rythme respiratoire, une dilatation des vaisseaux p\u00e9riph\u00e9riques et l&rsquo;imminence de la d\u00e9charge nerveuse.<\/p>\n<h3>5.3 L&rsquo;atmosph\u00e8re sensorielle des salons de traitement<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 du traitement m\u00e9sm\u00e9rien reposait \u00e9galement sur une mise en sc\u00e8ne sensorielle sophistiqu\u00e9e, qui transformait les salons de soins de l&rsquo;h\u00f4tel particulier de Mesmer en un sanctuaire immersif propice \u00e0 la d\u00e9stabilisation des d\u00e9fenses psychiques ordinaires. Rien n&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9 au hasard dans la sc\u00e9nographie spatiale. Les vastes pi\u00e8ces \u00e9taient plong\u00e9es dans une p\u00e9nombre permanente, la lumi\u00e8re du jour \u00e9tant occult\u00e9e par d&rsquo;\u00e9pais rideaux de velours cramoisi ou vert fonc\u00e9, \u00e0 peine temp\u00e9r\u00e9e par la lueur vacillante de quelques bougies strat\u00e9giquement dispos\u00e9es.<\/p>\n<p>De gigantesques miroirs recouvraient les murs du salon, multipliant \u00e0 l&rsquo;infini les reflets des corps assembl\u00e9s, des visages contract\u00e9s et des gestes silencieux des op\u00e9rateurs, produisant un sentiment vertigineux de dissolution des rep\u00e8res spatiaux. Les sols \u00e9taient recouverts d&rsquo;\u00e9pais tapis de Turquie destin\u00e9s \u00e0 amortir le bruit des pas et \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;isolation acoustique la plus absolue, favorisant une r\u00e9sonance feutr\u00e9e. Dans cet univers \u00e9touff\u00e9, un silence religieux r\u00e9gnait, bris\u00e9 seulement par les soupirs des malades et par la diffusion continue d&rsquo;ondes sonores envo\u00fbtantes.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9 de musique et lui-m\u00eame excellent instrumentiste, Mesmer accordait un r\u00f4le primordial \u00e0 l&rsquo;effet acoustique sur le syst\u00e8me nerveux. Il accompagnait fr\u00e9quemment les s\u00e9ances en jouant du pianoforte, ou mieux encore, de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">harmonica de verre<\/a> (le <em>glassharmonica<\/em>), un instrument invent\u00e9 par Benjamin Franklin en 1761, compos\u00e9 de coupelles de cristal embo\u00eet\u00e9es tournant sur un axe horizontal, frott\u00e9es par les doigts mouill\u00e9s du musicien. Les sons cristallins, \u00e9th\u00e9r\u00e9s et vibratoires de cet instrument \u2013 r\u00e9put\u00e9 pour provoquer d&rsquo;intenses m\u00e9lancolies et des \u00e9branlements nerveux \u2013 baignaient le salon, accordant les ondes fluidiques des patients comme les cordes d&rsquo;un instrument de musique g\u00e9ant. Au milieu de ce th\u00e9\u00e2tre des sens, Mesmer d\u00e9ambulait en majest\u00e9, drap\u00e9 dans une longue redingote de soie violette aux reflets chatoyants, maniant sa baguette d&rsquo;acier avec une autorit\u00e9 quasi thaumaturgique.<\/p>\n<h2>6. La crise m\u00e9sm\u00e9rienne : Ph\u00e9nom\u00e9nologie et th\u00e9orie du d\u00e9nouement morbide<\/h2>\n<h3>6.1 La s\u00e9miologie des crises th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus spectaculaire et le plus d\u00e9battu du traitement m\u00e9sm\u00e9rien r\u00e9side indiscutablement dans l&rsquo;av\u00e8nement de la <strong>crise magn\u00e9tique<\/strong>. Loin d&rsquo;\u00eatre redout\u00e9e comme un accident f\u00e2cheux, la crise est activement recherch\u00e9e par le praticien et attendue par les patients comme le pivot incontournable de la cure. Dans l&rsquo;atmosph\u00e8re satur\u00e9e des salons du baquet, apr\u00e8s quelques dizaines de minutes de silence, de passes magn\u00e9tiques et de vibrations musicales, la tension accumul\u00e9e au sein de la cha\u00eene humaine finissait in\u00e9vitablement par exploser en manifestations s\u00e9miologiques d&rsquo;une violence physique saisissante.<\/p>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie de la crise d\u00e9bute g\u00e9n\u00e9ralement par des prodromes discrets : une rougeur subite au visage, des sueurs profuses, une respiration haletante entrecoup\u00e9e de hoquets, un tremblement involontaire des paupi\u00e8res et des extr\u00e9mit\u00e9s. Puis, le tableau clinique s&#8217;embrase brutalement. Les malades sont saisis de secousses musculaires spasmodiques incontr\u00f4lables, de convulsions g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es mimant l&rsquo;\u00e9pilepsie, de vomissements de pituite et d&rsquo;acc\u00e8s \u00e9motionnels paroxystiques. Les uns sont pris d&rsquo;\u00e9clats de rire incoercibles et hyst\u00e9riques, tandis que d&rsquo;autres s&rsquo;effondrent dans des torrents de larmes, poussent des hurlements d\u00e9chirants ou perdent totalement conscience dans des \u00e9tats de catalepsie ou de syncope profonde.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la turbulence de ces d\u00e9charges motrices, Mesmer avait fait am\u00e9nager des pi\u00e8ces contigu\u00ebs sp\u00e9cifiques, baptis\u00e9es la <strong>\u00ab chambre des crises \u00bb<\/strong>. Les murs et les sols de cette salle \u00e9taient int\u00e9gralement matelass\u00e9s de coussins et de matelas rembourr\u00e9s de crin pour \u00e9viter que les convulsionnaires ne se blessent lors de leurs contorsions violentes. D\u00e8s qu&rsquo;un patient entrait en crise aigu\u00eb, les aides-magn\u00e9tiseurs l&rsquo;extrayaient d\u00e9licatement du cercle du baquet pour le transporter dans ce r\u00e9duit o\u00f9 Mesmer venait calmer ou orienter les spasmes par des passes apaisantes. Par ailleurs, la dynamique de groupe jouait un r\u00f4le amplificateur d\u00e9terminant : la vue d&rsquo;une crise chez un malade d\u00e9clenchait instantan\u00e9ment, par contagion \u00e9motionnelle et mim\u00e9tisme physique, des crises en cha\u00eene parmi les autres membres de l&rsquo;assembl\u00e9e.<\/p>\n<h3>6.2 La crise comme passage oblig\u00e9 vers l&rsquo;hom\u00e9ostasie<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue doctrinal, Franz Mesmer n&rsquo;a jamais interpr\u00e9t\u00e9 ces manifestations paroxystiques comme des pathologies surajout\u00e9es ou des effets secondaires ind\u00e9sirables. Dans sa logique m\u00e9dicale, la crise est au contraire l&rsquo;expression vivante, physique et n\u00e9cessaire de l&rsquo;action salutaire du magn\u00e9tisme animal. Elle repr\u00e9sente l&rsquo;acm\u00e9 du d\u00e9blocage \u00e9nerg\u00e9tique : le moment pr\u00e9cis o\u00f9 le fluide universel, condens\u00e9 et projet\u00e9 par l&rsquo;op\u00e9rateur, force la r\u00e9sistance de l&rsquo;obstacle pathologique qui engorgeait les canaux du corps vivant.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orisation plonge ses racines conceptuelles dans le mod\u00e8le hippocratique traditionnel de la <em>coctio<\/em> (la coction) et de la crise r\u00e9solutive des humeurs. Mesmer r\u00e9actualise cette antique doctrine humorale \u00e0 travers le prisme du m\u00e9canicisme moderne : pour qu&rsquo;une affection chronique enracin\u00e9e gu\u00e9risse, il est indispensable de la convertir artificiellement en une maladie aigu\u00eb. Les convulsions et les \u00e9vacuations corporelles (sueurs, larmes, expectorations) constituent la phase d&rsquo;expulsion de la mati\u00e8re morbide et le r\u00e9alignement brutal de la polarit\u00e9 magn\u00e9tique d\u00e9voy\u00e9e. Sans crise, point de gu\u00e9rison possible : l&rsquo;intensit\u00e9 de la secousse physique est directement proportionnelle \u00e0 la gravit\u00e9 du blocage originel et \u00e0 la radicalit\u00e9 de l&rsquo;assainissement final.<\/p>\n<p>Une fois le paroxysme pass\u00e9, le sujet retombait dans un \u00e9tat de prostration profonde, de langueur et de calme absolu, que Mesmer d\u00e9crivait comme le d\u00e9but de l&rsquo;hom\u00e9ostasie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. Les spasmes musculaires laissaient la place \u00e0 une sensation d&rsquo;apaisement int\u00e9rieur, \u00e0 un r\u00e9chauffement harmonieux des membres et \u00e0 une s\u00e9dation imm\u00e9diate des douleurs chroniques. Au fil des s\u00e9ances hebdomadaires successives, les crises s&rsquo;att\u00e9nuaient progressivement en violence pour laisser place \u00e0 un \u00e9tat de bien-\u00eatre stable, signalant que le flux magn\u00e9tique circulait de nouveau librement \u00e0 travers la totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie corporelle.<\/p>\n<h3>6.3 L&rsquo;ambivalence \u00e9motionnelle et la dynamique de soumission<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation attentive du d\u00e9roulement des crises m\u00e9sm\u00e9riennes met en lumi\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 relationnelle complexe qui \u00e9chappait aux grilles de lecture purement m\u00e9canistes forg\u00e9es par Mesmer lui-m\u00eame. Au-del\u00e0 des th\u00e9ories de fluide et de polarit\u00e9 physique, c&rsquo;est une dynamique intersubjective d&rsquo;une intensit\u00e9 in\u00e9dite qui se jouait autour du baquet. La d\u00e9pendance \u00e9motionnelle des patients \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la personne du magn\u00e9tiseur \u00e9tait absolue. D&rsquo;un simple geste de la main, d&rsquo;un coup de baguette ou d&rsquo;un regard imp\u00e9rieux, Mesmer poss\u00e9dait le pouvoir prodigieux de d\u00e9clencher instantan\u00e9ment le paroxysme convulsif chez un sujet, ou \u00e0 l&rsquo;inverse de faire cesser une crise terrifiante en quelques secondes pour replonger l&rsquo;individu dans un sommeil paisible.<\/p>\n<p>Cette puissance quasi d\u00e9miurgique g\u00e9n\u00e9rait une fascination ambivalente, m\u00eal\u00e9e de terreur sacr\u00e9e et de soumission totale chez les patients, particuli\u00e8rement au sein d&rsquo;une patient\u00e8le f\u00e9minine issue des couches privil\u00e9gi\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Ancien R\u00e9gime. Dans le cadre hautement ritualis\u00e9, permissif et protecteur du salon m\u00e9sm\u00e9rien, les conventions sociales s\u00e9v\u00e8res, le carcan de la biens\u00e9ance aristocratique et les refoulements moraux volaient en \u00e9clats. La crise offrait une ar\u00e8ne l\u00e9gitim\u00e9e par le discours m\u00e9dical pour l&rsquo;expression libre des passions refoul\u00e9es, des angoisses existentielles, de la sensualit\u00e9 contenue et des souffrances psychologiques.<\/p>\n<p>Sans en poss\u00e9der encore les concepts analytiques modernes, Mesmer venait d&rsquo;inventer le premier dispositif empirique de catharsis \u00e9motionnelle collective de la modernit\u00e9. Les manifestations explosives observ\u00e9es autour du baquet n&rsquo;\u00e9taient rien d&rsquo;autre que les pr\u00e9figurations de ce que Josef Breuer et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.iep.utm.edu\/freud\/\">Sigmund Freud<\/a> baptiseront un si\u00e8cle plus tard l&rsquo;\u00ab abr\u00e9action \u00bb : la lib\u00e9ration explosive d&rsquo;un affect traumatique inconscient jusqu&rsquo;alors bloqu\u00e9 dans les replis somatiques du corps hyst\u00e9rique. Mesmer manipulait avec virtuosit\u00e9 les ressorts psychiques de l&rsquo;inconscient naissant, tout en persistant de bonne foi \u00e0 croire qu&rsquo;il ne dirigeait que les vagues d&rsquo;un fluide m\u00e9canique mat\u00e9riel.<\/p>\n<h2>7. L&rsquo;offensive institutionnelle : Les commissions d&rsquo;enqu\u00eate royales de 1784<\/h2>\n<h3>7.1 La commission de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences et de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine<\/h3>\n<p>Devant l&rsquo;ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent du ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9sm\u00e9rien, qui mena\u00e7ait de vider les cabinets des praticiens orthodoxes et d&rsquo;instaurer un contre-pouvoir m\u00e9dical incontr\u00f4lable au c\u0153ur de la capitale, le gouvernement royal d\u00e9cide d&rsquo;intervenir avec la plus grande rigueur d&rsquo;\u00c9tat. En mars 1784, sur ordre expr\u00e8s du roi Louis XVI, deux commissions royales d&rsquo;enqu\u00eate scientifique sont officiellement mandat\u00e9es pour instruire le proc\u00e8s du magn\u00e9tisme animal et examiner l&rsquo;authenticit\u00e9 mat\u00e9rielle du pr\u00e9tendu fluide universel.<\/p>\n<p>La commission la plus prestigieuse r\u00e9unit des membres \u00e9minents de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Paris et de l&rsquo;Acad\u00e9mie Royale des Sciences. La composition de ce coll\u00e8ge d&rsquo;experts t\u00e9moigne de la volont\u00e9 monarchique de r\u00e9unir les sommit\u00e9s incontest\u00e9es de la raison des Lumi\u00e8res. Pr\u00e9sid\u00e9e nominalement par l&rsquo;illustre ambassadeur des \u00c9tats-Unis \u00e0 Paris, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Benjamin-Franklin\">Benjamin Franklin<\/a>, elle compte parmi ses membres le p\u00e8re de la chimie moderne, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Antoine Lavoisier<\/a>, l&rsquo;astronome royal <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Jean Sylvain Bailly<\/a>, le physicien Jean-Baptiste Le Roy, ainsi que le docteur Joseph-Ignace Guillotin. Mesmer ayant refus\u00e9 avec d\u00e9dain d&rsquo;ouvrir les portes de sa clinique \u00e0 des commissaires qu&rsquo;il jugeait partiaux d&rsquo;avance, les savants d\u00e9cident d&rsquo;orienter leurs investigations cliniques et exp\u00e9rimentales sur les pratiques du docteur Charles Deslon, qui accepte de collaborer en toute transparence.<\/p>\n<p>Conduits principalement sous la direction m\u00e9thodologique d&rsquo;Antoine Lavoisier, les commissaires vont inventer \u00e0 cette occasion les protocoles fondateurs de l&rsquo;exp\u00e9rimentation clinique moderne et du contr\u00f4le scientifique. Refusant de se contenter de l&rsquo;observation brute des gu\u00e9risons subjectives \u2013 toujours sujettes \u00e0 caution \u2013, les savants con\u00e7oivent des dispositifs d&rsquo;essais \u00e0 l&rsquo;aveugle pour isoler les variables : ils bandent les yeux de patients particuli\u00e8rement sensibles au fluide afin de tester leurs r\u00e9actions en leur faisant croire qu&rsquo;ils sont magn\u00e9tis\u00e9s alors qu&rsquo;ils ne le sont pas, ou \u00e0 l&rsquo;inverse en les magn\u00e9tisant \u00e0 leur insu \u00e0 travers des cloisons de bois dissimul\u00e9es. De m\u00eame, des arbres du jardin de Benjamin Franklin \u00e0 Passy sont magn\u00e9tis\u00e9s par Deslon sans que les sujets d&rsquo;exp\u00e9rience ne sachent quel arbre est porteur de l&rsquo;\u00e9nergie bienfaisante.<\/p>\n<h3>7.2 Les conclusions du Rapport officiel public de 1784<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats de ces exp\u00e9rimentations novatrices sont d\u00e9vastateurs pour l&rsquo;\u00e9difice doctrinal m\u00e9sm\u00e9rien. L&rsquo;application des tests en aveugle d\u00e9montre sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9 que les crises et les effets physiologiques spectaculaires ne se produisent que lorsque le patient est convaincu d&rsquo;\u00eatre magn\u00e9tis\u00e9. D\u00e8s lors que le sujet a les yeux band\u00e9s, il \u00e9prouve des crises violentes face \u00e0 un arbre ordinaire s&rsquo;il s&rsquo;imagine qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9, alors qu&rsquo;il demeure parfaitement insensible face \u00e0 l&rsquo;arbre v\u00e9ritablement magn\u00e9tis\u00e9 par Deslon lorsqu&rsquo;il ignore son identit\u00e9. De m\u00eame, magn\u00e9tis\u00e9 \u00e0 travers une cloison \u00e0 son insu, le malade ne ressent absolument rien.<\/p>\n<p>Le 11 ao\u00fbt 1784, la commission publie son verdict dans un volumineux document r\u00e9dig\u00e9 d&rsquo;une plume magistrale par l&rsquo;astronome Jean Sylvain Bailly : le <em>Rapport des commissaires charg\u00e9s par le Roi de l&rsquo;examen du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Le jugement \u00e9pist\u00e9mologique est impitoyable et sans appel :\n<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00ab Les commissaires ont reconnu que ce fluide n&rsquo;a pas d&rsquo;existence mat\u00e9rielle, qu&rsquo;il est impossible de le rendre sensible par aucun moyen physique, et que les effets violents observ\u00e9s lors des traitements publics ne sont nullement dus \u00e0 une force ext\u00e9rieure, mais doivent \u00eatre attribu\u00e9s int\u00e9gralement \u00e0 trois causes purement subjectives : <strong>l&rsquo;imagination, l&rsquo;imitation et l&rsquo;attouchement<\/strong>. \u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour Lavoisier et Bailly, l&rsquo;imagination humaine \u2013 entendue ici comme l&rsquo;attente psychologique, la croyance et la suggestibilit\u00e9 \u2013 est une puissance colossale capable d&rsquo;\u00e9branler les nerfs et de bouleverser la machinerie corporelle au point d&rsquo;engendrer d&rsquo;authentiques spasmes et des r\u00e9missions temporaires. Quant au magn\u00e9tisme lui-m\u00eame, il est r\u00e9voqu\u00e9 au rang d&rsquo;illusion pseudo-scientifique et de fiction mat\u00e9rialiste. Le rapport public, tir\u00e9 \u00e0 des milliers d&rsquo;exemplaires et traduit dans toute l&rsquo;Europe, porte un coup d&rsquo;arr\u00eat brutal \u00e0 l&rsquo;institutionnalisation acad\u00e9mique du mouvement.<\/p>\n<h3>7.3 La divergence de Laurent de Jussieu<\/h3>\n<p>Au sein de cette unanimit\u00e9 destructrice des corps savants de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, une voix discordante et d&rsquo;une remarquable probit\u00e9 intellectuelle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve avec \u00e9clat : celle du naturaliste et botaniste <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Antoine-Laurent-de-Jussieu\">Antoine-Laurent de Jussieu<\/a>. Membre de la commission mandat\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 Royale de M\u00e9decine qui enqu\u00eatait en parall\u00e8le sur les m\u00eames ph\u00e9nom\u00e8nes, Jussieu refuse cat\u00e9goriquement d&rsquo;apposer sa signature au bas du rapport collectif condamnant en bloc la doctrine m\u00e9sm\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs mois, Jussieu a observ\u00e9 avec une scrupuleuse minutie les faits cliniques au cabinet de Deslon, sans parti pris id\u00e9ologique. Tout en rejetant fermement, \u00e0 l&rsquo;instar de ses confr\u00e8res, l&rsquo;hypoth\u00e8se fantasmatique d&rsquo;un fluide universel cosmique reliant les plan\u00e8tes \u00e0 l&rsquo;homme, il refuse de r\u00e9duire la totalit\u00e9 des effets observ\u00e9s \u00e0 la seule \u00ab imagination \u00bb des patients, concept fourre-tout qu&rsquo;il juge scientifiquement paresseux. Il constate que de tr\u00e8s jeunes enfants, ou des malades totalement inconscients et hors d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;imaginer quoi que ce soit, r\u00e9agissent n\u00e9anmoins par des modifications sensibles de leur temp\u00e9rature corporelle et de leur pouls lors de l&rsquo;application prolong\u00e9e des mains d&rsquo;un op\u00e9rateur.<\/p>\n<p>En septembre 1784, Jussieu publie \u00e0 compte d&rsquo;auteur son propre <em>Rapport de l&rsquo;un des commissaires charg\u00e9s par le Roi de l&rsquo;examen du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Il y d\u00e9veloppe une hypoth\u00e8se naturaliste audacieuse : il postule l&rsquo;existence d&rsquo;une v\u00e9ritable <strong>\u00ab chaleur animale \u00bb<\/strong> ou d&rsquo;un principe vital transmissible, \u00e9manant continuellement du corps humain et capable de passer d&rsquo;un individu \u00e0 un autre par contact ou \u00e0 courte distance, sous l&rsquo;influence motrice de la volont\u00e9. Jussieu est le premier savant de l&rsquo;orthodoxie \u00e0 tenter d&rsquo;arracher les observations m\u00e9sm\u00e9riennes \u00e0 la fois au d\u00e9lire cosmologique du fluide \u00e9th\u00e9r\u00e9 et \u00e0 la n\u00e9gation st\u00e9rile des commissaires royaux, ouvrant une troisi\u00e8me voie r\u00e9solument physiologique qui inspirera durablement les chercheurs du si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<h2>8. Le Rapport secret sur le magn\u00e9tisme animal et la dimension morale<\/h2>\n<h3>8.1 L&rsquo;analyse des dangers moraux par Jean Sylvain Bailly<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 la publication de leur rapport scientifique public, les commissaires de l&rsquo;Acad\u00e9mie et de la Facult\u00e9 adressent au roi Louis XVI un document d&rsquo;une nature hautement inflammable, maintenu sous le sceau du secret d&rsquo;\u00c9tat le plus rigoureux : le <strong>Rapport secret sur le magn\u00e9tisme animal<\/strong>, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la m\u00eame date par Jean Sylvain Bailly. Ce m\u00e9moire confidentiel, qui ne sera rendu public que des d\u00e9cennies plus tard \u00e0 la faveur de fuites sous la R\u00e9volution, d\u00e9place radicalement le terrain de l&rsquo;affrontement : il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie physique, mais de morale sociale, de d\u00e9cence sexuelle et d&rsquo;ordre public.<\/p>\n<p>Bailly y consigne avec une crudit\u00e9 analytique remarquable la r\u00e9alit\u00e9 physique sous-jacente des salons de magn\u00e9tisation. Il attire l&rsquo;attention vigilante du souverain sur le fait que la grande majorit\u00e9 des adeptes du baquet sont des femmes, issues de la noblesse et de la haute bourgeoisie, tandis que les magn\u00e9tiseurs sont exclusivement des hommes jeunes et vigoureux. Le rapport d\u00e9crit par le menu la nature des passes magn\u00e9tiques : le praticien s&rsquo;assoit en face de la patiente, presse ses cuisses entre les siennes, pose longuement ses mains sur le bas-ventre, palpe les ovaires et applique un contact digital r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur les r\u00e9gions corporelles les plus intimes et \u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Bailly diagnostique avec une lucidit\u00e9 clinique implacable que les pr\u00e9tendues crises convulsives observ\u00e9es avec tant de r\u00e9gularit\u00e9 autour du baquet ne sont bien souvent que des \u00e9tats d&rsquo;excitation sexuelle intense, culminant dans des spasmes voluptueux voil\u00e9s par l&rsquo;illusion de la maladie et du soin m\u00e9dical :\n<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00ab L&rsquo;oppression, le serrement du diaphragme, les regards allum\u00e9s, les soupirs convulsifs, l&rsquo;abandon du corps et la rougeur des joues ne sont que les sympt\u00f4mes non \u00e9quivoques du spasme de la nature qui s&rsquo;ach\u00e8ve dans le plaisir&#8230; L&rsquo;habitude d&rsquo;abandonner son corps \u00e0 des contacts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d\u00e9truit in\u00e9vitablement la pudeur, affaiblit le sens moral et expose les femmes aux s\u00e9ductions les plus pernicieuses. \u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<h3>8.2 L&rsquo;annihilation de la volont\u00e9 et l&rsquo;ascendant psychologique<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la menace \u00e9vidente pesant sur la fid\u00e9lit\u00e9 conjugale et la vertu des patriciennes d&rsquo;Ancien R\u00e9gime, le Rapport secret de Bailly formule une mise en garde politique d&rsquo;une gravit\u00e9 bien plus profonde, qui pr\u00e9figure avec une acuit\u00e9 saisissante les futures th\u00e9ories de la manipulation mentale et de la suggestibilit\u00e9 hypnotique. Les commissaires observent avec une inqui\u00e9tude visc\u00e9rale le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9pendance psychologique absolue qui lie la patiente \u00e0 la volont\u00e9 souveraine de son magn\u00e9tiseur.<\/p>\n<p>Le document souligne comment, par la r\u00e9p\u00e9tition des s\u00e9ances et l&rsquo;\u00e9puisement nerveux provoqu\u00e9 par les crises, la volont\u00e9 propre du sujet se trouve progressivement an\u00e9antie, anesth\u00e9si\u00e9e, c\u00e9dant la place \u00e0 une docilit\u00e9 servile et aveugle. La malade ne s&rsquo;appartient plus : elle est enti\u00e8rement soumise \u00e0 l&#8217;empire mental de l&rsquo;op\u00e9rateur, pr\u00eate \u00e0 ex\u00e9cuter sans le moindre discernement critique les ordres formul\u00e9s ou simplement sugg\u00e9r\u00e9s par son ma\u00eetre. Pour Bailly, cette domination psychique asym\u00e9trique constitue un p\u00e9ril moral sans \u00e9quivalent, capable d&rsquo;\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 \u00e0 des fins d&rsquo;extorsion de testaments, d&rsquo;abus sexuels sous influence ou de conspirations civiles.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat monarchique s&rsquo;alarme l\u00e9gitimement d&rsquo;une pratique qui soustrait les sujets du roi \u00e0 leur propre autonomie de jugement pour les inf\u00e9oder \u00e0 des chefs de secte disposant d&rsquo;un ascendant quasi hypnotique sur les consciences. En identifiant ce processus de captation psychique de la volont\u00e9, le Rapport secret de 1784 mettait le doigt sur le m\u00e9canisme fondamental qui constituera l&rsquo;objet m\u00eame de la psychologie de la suggestion au tournant du XIXe et du XXe si\u00e8cle : l&rsquo;ali\u00e9nation volontaire du patient au sein d&rsquo;une relation d&rsquo;autorit\u00e9 th\u00e9rapeutique unilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>8.3 L&rsquo;impact sur l&rsquo;opinion publique et le discr\u00e9dit satirique<\/h3>\n<p>La publication coup sur coup du rapport officiel des commissaires royaux, du rapport de la Soci\u00e9t\u00e9 Royale de M\u00e9decine et les rumeurs persistantes concernant le contenu scandaleux du m\u00e9moire secret d\u00e9clenchent un basculement imm\u00e9diat de l&rsquo;opinion publique parisienne. En quelques semaines, l&rsquo;engouement mystique c\u00e8de la place \u00e0 un d\u00e9ferlement impitoyable de d\u00e9rision, de pamphlets f\u00e9roces et de satires th\u00e9\u00e2trales. Le Tout-Paris des Lumi\u00e8res, qui adorait porter aux nues les idoles scientifiques, prend un malin plaisir \u00e0 ridiculiser ce qu&rsquo;il avait idol\u00e2tr\u00e9 la veille.<\/p>\n<p>Les th\u00e9\u00e2tres de la capitale s&#8217;emparent avidement de la controverse. Des pi\u00e8ces satiriques comme <em>Les Docteurs Modernes<\/em> de Louis de Radet ou <em>Le Baquet de Sant\u00e9<\/em> tournent en d\u00e9rision les contorsions convulsives des adeptes du baquet et la cupidit\u00e9 mercantile des magn\u00e9tiseurs d&rsquo;op\u00e9rette. Les \u00e9tals des graveurs du Palais-Royal sont submerg\u00e9s de caricatures mordantes repr\u00e9sentant des \u00e2nes magn\u00e9tisant des oies effarouch\u00e9es, ou figurant Mesmer sous les traits d&rsquo;un magicien charlatanesque affubl\u00e9 d&rsquo;oreilles de baudet, t\u00e2tant le sein de belles marquises \u00e9perdues pendant qu&rsquo;un diablotin vide leur cassette financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette avalanche de m\u00e9pris frappe Mesmer au c\u0153ur m\u00eame de son narcissisme bless\u00e9. L&rsquo;aristocratie \u00e9clair\u00e9e, craignant d\u00e9sormais le ridicule social plus que la maladie, commence \u00e0 d\u00e9serter les luxueux salons de la rue du Coq-H\u00e9ron. Bien que la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle compte encore des fid\u00e8les z\u00e9l\u00e9s pr\u00eats \u00e0 continuer le combat, le cr\u00e9dit scientifique de Franz Mesmer en tant que grand r\u00e9formateur de la m\u00e9decine occidentale est irr\u00e9versiblement an\u00e9anti dans le monde savant parisien. L&rsquo;homme qui se r\u00eavait en nouveau Newton de la biologie animale se retrouve confin\u00e9 au statut d\u00e9gradant d&rsquo;initiateur d&rsquo;une mode mondaine d\u00e9chue.<\/p>\n<h2>9. La schisme post-m\u00e9sm\u00e9rien : L&rsquo;av\u00e8nement du somnambulisme magn\u00e9tique<\/h2>\n<h3>9.1 Armand Marie Jacques de Chastenet, marquis de Puys\u00e9gur<\/h3>\n<p>Alors m\u00eame que Franz Mesmer s&rsquo;enferme dans une d\u00e9fense rigide de son orthodoxie mat\u00e9rielle face aux attaques acad\u00e9miques, la v\u00e9ritable r\u00e9volution clinique du magn\u00e9tisme animal se pr\u00e9pare \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;agitation parisienne. Elle est l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un de ses plus illustres disciples, un officier d&rsquo;artillerie issu de la haute noblesse militaire : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\">Armand Marie Jacques de Chastenet, marquis de Puys\u00e9gur<\/a> (1751\u20131825). Initi\u00e9 aux myst\u00e8res du fluide au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle, Puys\u00e9gur se retire au printemps 1784 sur ses terres familiales de Buzancy, pr\u00e8s de Soissons, avec la g\u00e9n\u00e9reuse intention de soulager gratuitement les maux de ses vassaux paysans.<\/p>\n<p>Le 4 mai 1784, Puys\u00e9gur entreprend de magn\u00e9tiser par de simples passes manuelles un jeune paysan de vingt-trois ans, Victor Race, qui souffrait d&rsquo;un catarrhe pulmonaire d&rsquo;allure b\u00e9nigne mais persistante. Au lieu de voir se d\u00e9clencher l&rsquo;habituelle crise convulsive bruyante caract\u00e9ris\u00e9e par les spasmes et les hurlements th\u00e9oriquement indispensables dans le syst\u00e8me m\u00e9sm\u00e9rien, Puys\u00e9gur assiste avec stup\u00e9faction \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne totalement in\u00e9dit. Au bout de quelques minutes de passes douces, Victor s&rsquo;endort paisiblement entre ses bras.<\/p>\n<p>Cependant, ce sommeil n&rsquo;a rien d&rsquo;ordinaire. Tout en ayant les paupi\u00e8res closes et les membres totalement d\u00e9tendus, le paysan parle avec une fluidit\u00e9 verbale exceptionnelle, bien sup\u00e9rieure \u00e0 ses capacit\u00e9s intellectuelles coutumi\u00e8res. Il r\u00e9pond aux questions de son ma\u00eetre, ex\u00e9cute docilement ses ordres et manifeste une lucidit\u00e9 psychologique surprenante, avant de s&rsquo;\u00e9veiller spontan\u00e9ment sans garder le moindre souvenir conscient de ce qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 durant cet \u00e9tat d&rsquo;absence. Puys\u00e9gur vient de d\u00e9couvrir par s\u00e9rendipit\u00e9 le <strong>somnambulisme artificiel<\/strong> ou somnambulisme magn\u00e9tique \u2013 l&rsquo;anc\u00eatre direct de la transe hypnotique moderne. Le centre de gravit\u00e9 du magn\u00e9tisme bascule instantan\u00e9ment : de la convulsion agit\u00e9e, on passe au sommeil lucide et apais\u00e9.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;abandon progressif de l&rsquo;attirail m\u00e9canique m\u00e9sm\u00e9rien<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte fondatrice de Buzancy entra\u00eene une mutation \u00e9pist\u00e9mologique et mat\u00e9rielle radicale de la pratique th\u00e9rapeutique. Constatant l&rsquo;inutilit\u00e9 totale des crises physiques violentes pour obtenir la gu\u00e9rison des pathologies chroniques, le marquis de Puys\u00e9gur exp\u00e9die au rebut le baquet de ch\u00eane, les limailles de fer, les cordes unificatrices, les miroirs d\u00e9formants et l&rsquo;obscurit\u00e9 feutr\u00e9e des salons parisiens. \u00c0 la mise en sc\u00e8ne anxiog\u00e8ne et confin\u00e9e de Mesmer, Puys\u00e9gur oppose la clart\u00e9 bienveillante du plein air et la simplicit\u00e9 rustique.<\/p>\n<p>Ne pouvant accueillir dans son ch\u00e2teau la foule de paysans qui accourent de toute la Picardie pour \u00eatre soign\u00e9s, Puys\u00e9gur magn\u00e9tise un immense orme s\u00e9culaire situ\u00e9 sur la place du village de Buzancy. Des cordes attach\u00e9es aux branches du v\u00e9g\u00e9tal sont confi\u00e9es aux malades assis sur des bancs de pierre circulaires \u00e0 l&rsquo;ombre de l&rsquo;arbre tut\u00e9laire, tandis que le marquis parcourt l&rsquo;assembl\u00e9e, posant doucement les mains sur le front de ses sujets pour les plonger \u00e0 volont\u00e9 dans le sommeil somnambulique. Dans cet \u00e9tat de veille paradoxale, les malades sont invit\u00e9s \u00e0 \u00ab s&rsquo;auto-examiner \u00bb : Puys\u00e9gur d\u00e9couvre que ses patients somnambules semblent d\u00e9velopper une hyperesth\u00e9sie sensorielle, une singuli\u00e8re intuition interne de leurs propres organes et formulent eux-m\u00eames les prescriptions hygi\u00e9niques adapt\u00e9es \u00e0 leur gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>Cette transformation pratique consacre un schisme th\u00e9orique irr\u00e9versible au sein du mouvement magn\u00e9tique. Deux camps s&rsquo;affrontent d\u00e9sormais : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les magn\u00e9tiseurs orthodoxes ou <em>fluidistes<\/em>, fid\u00e8les \u00e0 la lettre de Mesmer, qui s&rsquo;obstinent \u00e0 concevoir l&rsquo;op\u00e9ration comme un ph\u00e9nom\u00e8ne physique purement m\u00e9canique impliquant un fluide mat\u00e9riel et r\u00e9clamant l&rsquo;induction de crises salutaires ; de l&rsquo;autre, les <em>animistes<\/em> ou <em>psychistes<\/em> men\u00e9s par Puys\u00e9gur, le chevalier de Barbarin \u00e0 Lyon et plus tard le docteur Joseph Philippe Fran\u00e7ois Deleuze, qui affirment que le fluide n&rsquo;est qu&rsquo;une m\u00e9taphore sans valeur op\u00e9ratoire. Pour l&rsquo;\u00e9cole de Buzancy, le v\u00e9ritable ressort curatif repose enti\u00e8rement sur des forces psychologiques et morales : la volont\u00e9 bienveillante de l&rsquo;op\u00e9rateur, son d\u00e9sir sinc\u00e8re de gu\u00e9rir, et l&rsquo;alliance affective tiss\u00e9e avec le malade. La formule c\u00e9l\u00e8bre de Puys\u00e9gur r\u00e9sume cette nouvelle orthodoxie : <em>\u00ab Croyez et veuillez ! \u00bb<\/em><\/p>\n<h3>9.3 La r\u00e9action d\u00e9favorable de Mesmer face aux innovations puys\u00e9guriennes<\/h3>\n<p>L&rsquo;accueil que Franz Mesmer r\u00e9serve aux d\u00e9couvertes r\u00e9volutionnaires de son disciple de Buzancy est empreint d&rsquo;une m\u00e9fiance profonde, virant rapidement \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 doctrinale absolue. Loin de voir dans le somnambulisme magn\u00e9tique le couronnement de sa propre \u0153uvre, le m\u00e9decin souabe per\u00e7oit ces innovations comme une h\u00e9r\u00e9sie intol\u00e9rable, une d\u00e9rive obscurantiste et une r\u00e9gression spirituelle qui menacent de ruiner l&rsquo;assise scientifique de tout son \u00e9difice intellectuel.<\/p>\n<p>Mesmer a toujours lutt\u00e9 pied \u00e0 pied pour que son magn\u00e9tisme animal soit reconnu comme une branche rigoureuse de la physique m\u00e9caniste et des sciences naturelles de l&rsquo;Aufkl\u00e4rung. Voir son enseignement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par les tendances mystiques, les cercles th\u00e9osophiques et les partisans de la clairvoyance ou de l&rsquo;occultisme \u2013 qui pr\u00e9tendent que les somnambules peuvent lire dans les pens\u00e9es d&rsquo;autrui ou pr\u00e9dire l&rsquo;avenir \u2013 suscite sa plus vive r\u00e9probation. Pour Mesmer, le sommeil somnambulique n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne secondaire, un d\u00e9r\u00e8glement passager de la transmission nerveuse, totalement inefficace pour d\u00e9truire les engorgements pathologiques r\u00e9els qui exigent la force dynamique de la crise convulsive.<\/p>\n<p>Cette intransigeance doctrinale isole tragiquement le ma\u00eetre vieillissant. Alors que le somnambulisme puys\u00e9gurien conquiert l&rsquo;Europe et s&rsquo;av\u00e8re infiniment plus praticable et s\u00e9duisant sur le plan clinique, Mesmer refuse d&rsquo;amender d&rsquo;une seule virgule ses vingt-sept propositions de 1779. Se drapant dans la certitude hautaine de son infaillibilit\u00e9 originelle, il rompt successivement avec ses meilleurs disciples : Deslon, Bergasse, et finalement Puys\u00e9gur. Mesmer assiste, impuissant et d\u00e9sabus\u00e9, \u00e0 la dissolution de son autorit\u00e9 au sein m\u00eame des filiales de la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Harmonie Universelle, qui s&rsquo;\u00e9mancipent les unes apr\u00e8s les autres de sa tutelle pour embrasser la voie du somnambulisme psychologique.<\/p>\n<h2>10. Le cr\u00e9puscule de l&rsquo;homme : P\u00e9r\u00e9grinations, R\u00e9volution et retraite (1785\u20131815)<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;errance europ\u00e9enne durant la tourmente r\u00e9volutionnaire<\/h3>\n<p>Lass\u00e9 par les controverses incessantes, meurtri par la calomnie des institutions acad\u00e9miques et le schisme de ses disciples, Franz Mesmer prend la d\u00e9cision de quitter d\u00e9finitivement Paris au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1785. S&rsquo;ouvre alors pour le praticien d\u00e9sormais quinquag\u00e9naire une longue p\u00e9riode d&rsquo;errance g\u00e9ographique \u00e0 travers l&rsquo;Europe continentale et l&rsquo;Angleterre. Mesmer voyage incognito sous divers pseudonymes, s\u00e9journant alternativement \u00e0 Londres, en Italie, en Suisse rh\u00e9nane et dans les principaut\u00e9s allemandes, visitant d&rsquo;anciens adeptes mais refusant d&rsquo;ouvrir de nouveaux \u00e9tablissements publics de soins.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clenchement de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en 1789 vient bouleverser tragiquement sa situation mat\u00e9rielle. L&rsquo;immense fortune qu&rsquo;il avait amass\u00e9e \u00e0 Paris et qu&rsquo;il avait imprudemment plac\u00e9e en rentes d&rsquo;\u00c9tat sur le Tr\u00e9sor royal et en actions de la Compagnie des Indes est int\u00e9gralement pulv\u00e9ris\u00e9e par la d\u00e9pr\u00e9ciation des assignats et la banqueroute des deux tiers. Mesmer perd subitement la quasi-totalit\u00e9 de ses capitaux financiers. Pis encore, la tourmente r\u00e9volutionnaire disperse ou guillotine nombre de ses anciens souscripteurs et alli\u00e9s : son disciple Charles Deslon est mort pr\u00e9matur\u00e9ment en 1786, mais Jean Sylvain Bailly et Antoine Lavoisier, les deux r\u00e9dacteurs de l&rsquo;implacable rapport de 1784, montent tous deux sur l&rsquo;\u00e9chafaud sous la Terreur en 1793 et 1794.<\/p>\n<p>En 1793, alors qu&rsquo;il se trouve \u00e0 Vienne dans l&rsquo;espoir de r\u00e9gler des affaires successorales \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9pouse, Mesmer est brutalement arr\u00eat\u00e9 par la police politique imp\u00e9riale autrichienne. Dans le climat de parano\u00efa r\u00e9actionnaire qui saisit l&rsquo;Empire des Habsbourg apr\u00e8s l&rsquo;ex\u00e9cution de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Mesmer est soup\u00e7onn\u00e9 de sympathies jacobines et d&rsquo;intelligence avec l&rsquo;ennemi r\u00e9volutionnaire en raison de ses liens anciens avec Lafayette et Brissot. Incarc\u00e9r\u00e9 pendant deux mois dans les ge\u00f4les viennoises, interrog\u00e9 avec rigueur, il est finalement expuls\u00e9 du territoire autrichien comme \u00e9tranger suspect et ind\u00e9sirable. Bris\u00e9 financi\u00e8rement et moralement, il trouve un asile pr\u00e9caire sur la terre hospitali\u00e8re de la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;ultime synth\u00e8se intellectuelle : M\u00e9moire sur mes d\u00e9couvertes (1799)<\/h3>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9 dans le canton de Thurgovie, Mesmer refuse d&rsquo;abdiquer intellectuellement. Profitant du calme de sa retraite forc\u00e9e, il reprend la plume pour livrer au monde sa d\u00e9fense testamentaire, synth\u00e9tisant trois d\u00e9cennies de r\u00e9flexions physiologiques et cliniques. En 1799, il fait para\u00eetre \u00e0 Paris, par l&rsquo;entremise de quelques fid\u00e8les demeur\u00e9s en France, son ouvrage doctrinal d\u00e9finitif : le <em>M\u00e9moire de F. A. Mesmer, docteur en m\u00e9decine, sur ses d\u00e9couvertes<\/em>.<\/p>\n<p>Dans ce texte dense, d&rsquo;une grande lucidit\u00e9 stylistique, Mesmer r\u00e9it\u00e8re avec une intransigeance farouche la validit\u00e9 immuable de ses principes physiques. Il s&#8217;emploie \u00e0 r\u00e9futer point par point les conclusions des commissaires royaux de 1784, d\u00e9non\u00e7ant leur incapacit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 appr\u00e9hender un ph\u00e9nom\u00e8ne fluide continu qui \u00e9chappait n\u00e9cessairement aux instruments grossiers de la chimie ou de la m\u00e9canique des solides. Cependant, l&rsquo;ouvrage de 1799 introduit un infl\u00e9chissement notable dans sa pens\u00e9e clinique : Mesmer y insiste bien plus qu&rsquo;auparavant sur la dimension pr\u00e9ventive, hygi\u00e9nique et universelle de sa m\u00e9thode.<\/p>\n<p>Le magn\u00e9tisme animal n&rsquo;y est plus seulement pr\u00e9sent\u00e9 comme une th\u00e9rapeutique de crise destin\u00e9e aux cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, mais comme un art de vivre quotidien, une r\u00e9gulation naturelle des rythmes biologiques permettant \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain de r\u00e9sister aux pollutions environnementales et au stress des soci\u00e9t\u00e9s urbaines. Une amertume poignante traverse chaque page de ce m\u00e9moire : Mesmer y d\u00e9nonce le m\u00e9pris des corps savants qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 abandonner la souffrance des malades \u00e0 la tyrannie des drogues toxiques plut\u00f4t que de reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 de sa d\u00e9couverte cosmique. Ce cri du c\u0153ur th\u00e9orique tombe cependant dans une indiff\u00e9rence quasi totale en France, o\u00f9 le Directoire et les pr\u00e9mices de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne ont tourn\u00e9 la page des d\u00e9bats de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<h3>10.3 La retraite finale \u00e0 Meersburg et Frauenfeld<\/h3>\n<p>Les quinze derni\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;existence de Franz Anton Mesmer s&rsquo;\u00e9coulent dans une paix champ\u00eatre, loin du fracas des capitales et des controverses acad\u00e9miques. En 1801, le gouvernement fran\u00e7ais lui accorde une pension modeste de 3 000 francs en compensation partielle de ses rentes spoli\u00e9es sous la Terreur, ce qui lui assure une fin de vie \u00e0 l&rsquo;abri du besoin mat\u00e9riel. Il choisit de s&rsquo;\u00e9tablir d\u00e9finitivement sur les rives de son lac de Constance natal, partageant son temps entre la bourgade suisse de Frauenfeld et la pittoresque cit\u00e9 \u00e9piscopale de Meersburg, b\u00e2tie sur la rive allemande en face de Constance.<\/p>\n<p>L\u00e0, d\u00e9pouill\u00e9 de son habit de soie violette et de sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 d&rsquo;antan, Mesmer reprend humblement la posture du vieux m\u00e9decin de campagne bienfaisant. V\u00eatu avec simplicit\u00e9, il soigne gratuitement les paysans du voisinage, les vignerons et les pauvres de la r\u00e9gion par de simples passes magn\u00e9tiques, tout en se consacrant \u00e0 sa passion premi\u00e8re : la musique, jouant quotidiennement de son harmonica de verre dont les sonorit\u00e9s cristallines r\u00e9sonnent \u00e0 travers les fen\u00eatres de sa demeure donnant sur le lac. Pour les habitants de Meersburg, le vieil homme n&rsquo;est pas l&rsquo;h\u00e9r\u00e9siarque qui avait fait trembler la Facult\u00e9 de Paris, mais un patriarche d\u00e9bonnaire dou\u00e9 d&rsquo;un myst\u00e9rieux pouvoir de soulagement corporel.<\/p>\n<p>Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, une forme inesp\u00e9r\u00e9e de reconnaissance acad\u00e9mique vient n\u00e9anmoins \u00e9clairer son couchant. \u00c0 partir de 1808, des m\u00e9decins et savants allemands fascin\u00e9s par le r\u00e9veil du magn\u00e9tisme outre-Rhin viennent en p\u00e8lerinage sur les bords du lac pour rencontrer le ma\u00eetre fondateur. En 1812, l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences de Berlin lui envoie une d\u00e9l\u00e9gation officielle men\u00e9e par le professeur Karl Christian Wolfart, charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier sa m\u00e9thode et de recueillir ses manuscrits in\u00e9dits. Mesmer s&rsquo;\u00e9teint paisiblement le 5 mars 1815 \u00e0 Meersburg, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge avanc\u00e9 de quatre-vingts ans, quelques mois avant la bataille de Waterloo, laissant derri\u00e8re lui une \u0153uvre dont les r\u00e9percussions allaient profond\u00e9ment f\u00e9conder l&rsquo;id\u00e9alisme philosophique et la psychologie du XIXe si\u00e8cle naissant.<\/p>\n<h2>11. L&rsquo;influence sur la Naturphilosophie et le Romantisme allemand<\/h2>\n<h3>11.1 La r\u00e9habilitation philosophique au sein de l&rsquo;id\u00e9alisme allemand<\/h3>\n<p>Si la France post-r\u00e9volutionnaire avait rel\u00e9gu\u00e9 le m\u00e9sm\u00e9risme dans les marges de la dissidence m\u00e9dicale ou du spectacle de foire, l&rsquo;Allemagne des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle lui offre au contraire un triomphe philosophique et acad\u00e9mique retentissant. Ce spectaculaire retour en gr\u00e2ce s&rsquo;inscrit au c\u0153ur du mouvement de la <em>Naturphilosophie<\/em>, incarn\u00e9 avec brio par le philosophe de l&rsquo;Id\u00e9alisme absolu, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/schelling\/\">Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling<\/a>. En qu\u00eate d&rsquo;une conception organique et dynamique de la nature capable de surmonter le dualisme cart\u00e9sien et le mat\u00e9rialisme m\u00e9canique r\u00e9ducteur des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises, les penseurs id\u00e9alistes trouvent dans les th\u00e8ses m\u00e9sm\u00e9riennes un mod\u00e8le conceptuel providentiel.<\/p>\n<p>Pour Schelling et ses disciples (tels que Henrik Steffens ou Carl August von Eschenmayer), la nature n&rsquo;est pas une machine inerte, mais un organisme vivant total, travers\u00e9 par une polarit\u00e9 fondamentale et anim\u00e9 par une m\u00eame \u00ab \u00c2me du monde \u00bb (<em>Weltseele<\/em>). Le magn\u00e9tisme animal est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme le cha\u00eenon manquant tant recherch\u00e9, la passerelle \u00e9nerg\u00e9tique universelle reliant la mati\u00e8re brute \u00e0 l&rsquo;esprit conscient, la nature inconsciente \u00e0 la subjectivit\u00e9 humaine. La doctrine m\u00e9sm\u00e9rienne se trouve ainsi m\u00e9taphysiquement sublim\u00e9e : la force subtile manipul\u00e9e par le m\u00e9decin n&rsquo;est autre que la pulsation originaire de l&rsquo;\u00catre absolu se manifestant au niveau le plus intime de l&rsquo;organisme biologique.<\/p>\n<p>Cette l\u00e9gitimation sp\u00e9culative d\u00e9bouche sur une institutionnalisation acad\u00e9mique sans \u00e9quivalent dans le reste de l&rsquo;Europe. D\u00e8s 1815, sous l&rsquo;impulsion de Wolfart et de m\u00e9decins romantiques comme Dietrich Georg von Kieser, des chaires universitaires consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;enseignement et \u00e0 la clinique du m\u00e9sm\u00e9risme sont officiellement cr\u00e9\u00e9es au sein des facult\u00e9s de m\u00e9decine les plus prestigieuses de Prusse et de Rh\u00e9nanie, notamment \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Berlin, \u00e0 Bonn et \u00e0 Halle. Des h\u00f4pitaux universitaires int\u00e8grent des d\u00e9partements de magn\u00e9tisation th\u00e9rapeutique, hissant temporairement l&rsquo;h\u00e9ritage de Mesmer au rang de science d&rsquo;\u00c9tat au c\u0153ur du monde germanique.<\/p>\n<h3>11.2 La figure du magn\u00e9tiseur dans la litt\u00e9rature romantique<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact du m\u00e9sm\u00e9risme dans l&rsquo;Allemagne romantique d\u00e9passe largement les cercles m\u00e9dicaux pour envahir la litt\u00e9rature, le th\u00e9\u00e2tre et la po\u00e9sie. Les figures jumelles du m\u00e9decin magn\u00e9tiseur et de la somnambule lucide deviennent des arch\u00e9types litt\u00e9raires omnipr\u00e9sents, cristallisant les fantasmes d&rsquo;une \u00e9poque fascin\u00e9e par les puissances obscures de la psych\u00e9, le d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9 et la domination mentale \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Le grand ma\u00eetre du romantisme noir fantastique, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/E-T-A-Hoffmann\">E.T.A. Hoffmann<\/a>, consacre plusieurs de ses chefs-d&rsquo;\u0153uvre \u00e0 l&rsquo;exploration des abysses m\u00e9sm\u00e9riens. Dans sa c\u00e9l\u00e8bre nouvelle <em>Le Magn\u00e9tiseur<\/em> (<em>Der Magnetiseur<\/em>, 1814), il met en sc\u00e8ne le sinistre Alban, un op\u00e9rateur diabolique qui utilise l&rsquo;ascendant du fluide magn\u00e9tique non pour gu\u00e9rir, mais pour violer psychiquement l&rsquo;\u00e2me de la jeune Maria, an\u00e9antissant sa volont\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 provoquer sa mort le jour de ses noces. Hoffmann y capture avec une lucidit\u00e9 angoissante la terreur de la manipulation mentale et l&rsquo;ambivalence \u00e9rotique que les commissaires de 1784 avaient d\u00e9j\u00e0 consign\u00e9es dans leur rapport secret.<\/p>\n<p>De m\u00eame, chez le dramaturge Heinrich von Kleist, le chef-d&rsquo;\u0153uvre th\u00e9\u00e2tral <em>K\u00e4thchen von Heilbronn<\/em> (1810) met en lumi\u00e8re l&rsquo;\u00e9tat de somnambulisme amoureux absolu de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, li\u00e9e par un rapport magn\u00e9tique invincible \u00e0 la volont\u00e9 du comte von Strahl. Des auteurs majeurs tels que Jean Paul (Richter), Achim von Arnim, Ludwig Tieck et plus tard le po\u00e8te am\u00e9ricain Edgar Allan Poe (dans <em>La V\u00e9rit\u00e9 sur le cas de M. Valdemar<\/em>) transformeront les th\u00e9ories de Franz Mesmer en une in\u00e9puisable mythologie litt\u00e9raire, explorant les fronti\u00e8res troubles entre le g\u00e9nie curatif, la folie, la clairvoyance et la mort.<\/p>\n<h3>11.3 Du fluide magn\u00e9tique \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;inconscient naissant<\/h3>\n<p>La convergence f\u00e9conde entre la clinique m\u00e9sm\u00e9rienne et le Romantisme philosophique allemand d\u00e9bouche sur une cons\u00e9quence historique de premi\u00e8re grandeur : l&rsquo;\u00e9mergence des premiers mod\u00e8les th\u00e9oriques de l&rsquo;<strong>inconscient psychologique<\/strong>. En d\u00e9pla\u00e7ant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat clinique de la convulsion musculaire vers la transe somnambulique, les praticiens romantiques d\u00e9couvrent tout un continent immerg\u00e9 de la subjectivit\u00e9 humaine qui \u00e9chappait totalement au rationalisme des Lumi\u00e8res : la vie nocturne de l&rsquo;\u00e2me, le pouvoir cr\u00e9ateur des r\u00eaves, et les m\u00e9moires enfouies.<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin et po\u00e8te souabe Justinus Kerner pousse cette exploration clinique \u00e0 son paroxysme en prenant en charge, de 1826 \u00e0 1829, Friederike Hauffe, rendue c\u00e9l\u00e8bre sous le nom de \u00ab la voyante de Prevorst \u00bb. Plong\u00e9e dans un \u00e9tat de somnambulisme magn\u00e9tique quasi ininterrompu, cette malade catatonique et m\u00e9lancolique communique avec les esprits des morts, diagnostique ses propres rem\u00e8des et compose un langage archa\u00efque chiffr\u00e9. L&rsquo;ouvrage que Kerner lui consacre en 1829 passionne toute l&rsquo;intelligentsia europ\u00e9enne et transforme le magn\u00e9tisme en une m\u00e9tapsychologie empirique des profondeurs de la psych\u00e9.<\/p>\n<p>Cette tradition clinique est magistralement synth\u00e9tis\u00e9e sur le plan th\u00e9orique par le m\u00e9decin et peintre <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Carl Gustav Carus<\/a>, ami intime de Goethe, dans son trait\u00e9 fondamental <em>Psyche<\/em> publi\u00e9 en 1846. Carus y formule explicitement le concept d&rsquo;inconscient comme le socle vital premier et absolu de toute existence psychique, affirmant que la conscience n&rsquo;est que la surface lumineuse d&rsquo;un oc\u00e9an d&rsquo;ombres corporelles et affectives. En cherchant obstin\u00e9ment \u00e0 mat\u00e9rialiser un fluide cosmique imaginaire, Franz Mesmer avait ouvert sans le savoir la porte d&rsquo;entr\u00e9e clinique qui m\u00e8nera directement, un demi-si\u00e8cle plus tard, \u00e0 la fondation de la psychanalyse et de la psychologie des profondeurs.<\/p>\n<h2>12. De Franz Mesmer \u00e0 la psychoth\u00e9rapie moderne : Bilan \u00e9pist\u00e9mologique<\/h2>\n<h3>12.1 L&rsquo;\u00e9volution vers l&rsquo;hypnose scientifique au XIXe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>La trajectoire historique qui m\u00e8ne du baquet de Franz Mesmer \u00e0 la clinique psychoth\u00e9rapeutique contemporaine passe par une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9purations rationalistes et de ruptures conceptuelles majeures tout au long du XIXe si\u00e8cle. La premi\u00e8re \u00e9tape de cette d\u00e9mythologisation est franchie \u00e0 Paris vers 1819 par un pr\u00eatre catholique d&rsquo;origine luso-indienne singuli\u00e8rement avant-gardiste : l&rsquo;<strong>abb\u00e9 Jos\u00e9 Custodio de Faria<\/strong>. Rejetant cat\u00e9goriquement toute notion de fluide animal, de volont\u00e9 magn\u00e9tique occulte ou de force transmissible, Faria d\u00e9montre au cours de s\u00e9ances cliniques publiques rigoureuses que le \u00ab sommeil lucide \u00bb n&rsquo;est provoqu\u00e9 par aucune \u00e9nergie externe, mais proc\u00e8de exclusivement de dispositions internes au sujet, induit par la simple fixation d&rsquo;un point et la concentration mentale. Faria est le v\u00e9ritable inventeur de la m\u00e9thode par suggestion verbale directe.<\/p>\n<p>La rupture \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9finitive avec le fluidisme m\u00e9sm\u00e9rien intervient en Grande-Bretagne en 1843 sous le scalpel du chirurgien \u00e9cossais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/James-Braid-British-surgeon\">James Braid<\/a>. Frapp\u00e9 par les d\u00e9monstrations du magn\u00e9tiseur itin\u00e9rant Charles Lafontaine, Braid comprend que la paralysie des paupi\u00e8res et l&rsquo;\u00e9tat de transe ne proviennent pas d&rsquo;une substance impalpable, mais d&rsquo;une fatigue neurologique induite par la fixation soutenue d&rsquo;un objet brillant. Braid rebaptise solennellement ce ph\u00e9nom\u00e8ne sous le vocable scientifique d&rsquo;<strong>\u00ab hypnose \u00bb<\/strong> (du grec <em>hypnos<\/em>, sommeil), jetant les bases de la \u00ab neuro-hypnologie \u00bb. Le magn\u00e9tisme animal est d\u00e8s lors d\u00e9barrass\u00e9 de ses oripeaux cosmologiques pour \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans le giron respectable de la physiologie c\u00e9r\u00e9brale et de l&rsquo;ophtalmologie clinique.<\/p>\n<p>Dans le dernier tiers du XIXe si\u00e8cle, la controverse m\u00e9sm\u00e9rienne se r\u00e9incarne dans le duel l\u00e9gendaire opposant deux institutions m\u00e9dicales fran\u00e7aises de renomm\u00e9e mondiale. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;\u00c9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re men\u00e9e par le prestigieux neurologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Jean-Martin Charcot<\/a>, qui con\u00e7oit l&rsquo;hypnose comme un \u00e9tat pathologique artificiel, une n\u00e9vrose exp\u00e9rimentale r\u00e9serv\u00e9e aux patientes hyst\u00e9riques, caract\u00e9ris\u00e9e par trois phases somatiques immuables (l\u00e9thargie, catalepsie, somnambulisme). De l&rsquo;autre, l&rsquo;\u00c9cole de Nancy incarn\u00e9e par Hippolyte Bernheim et Auguste Li\u00e9beault, qui triomphe finalement en d\u00e9montrant que l&rsquo;hypnose n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un \u00e9tat psychologique normal induit par une propri\u00e9t\u00e9 universelle de l&rsquo;esprit humain : la <strong>suggestibilit\u00e9<\/strong>. C&rsquo;est \u00e0 Nancy que le jeune Sigmund Freud viendra en 1889 parfaire sa formation clinique, reconnaissant dans les m\u00e9canismes de la suggestion l&rsquo;anc\u00eatre direct de la cure par la parole.<\/p>\n<h3>12.2 La gen\u00e8se de la relation th\u00e9rapeutique et du transfert<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 des d\u00e9bats techniques sur la nature neurologique de l&rsquo;hypnose, la contribution la plus r\u00e9volutionnaire et la plus durable de Franz Mesmer \u00e0 l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine r\u00e9side dans l&rsquo;invention pratique de ce qu&rsquo;il d\u00e9signait lui-m\u00eame sous le concept de <strong>\u00ab rapport magn\u00e9tique \u00bb<\/strong>. Pour que le fluide puisse circuler et agir avec efficacit\u00e9, Mesmer avait pr\u00e9cis\u00e9 d\u00e8s son <em>M\u00e9moire<\/em> de 1779 qu&rsquo;il \u00e9tait indispensable d&rsquo;\u00e9tablir un \u00ab rapport \u00bb privil\u00e9gi\u00e9, continu et exclusif entre la personne du magn\u00e9tiseur et celle du patient.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;a magistralement mis en \u00e9vidence l&rsquo;historien de la psychiatrie <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\">Henri F. Ellenberger<\/a> dans son \u0153uvre s\u00e9minale <em>Histoire de la d\u00e9couverte de l&rsquo;inconscient<\/em> (1970), le rapport m\u00e9sm\u00e9rien constitue le prototype historique exact et le pr\u00e9curseur clinique direct du concept psychanalytique de <strong>transfert<\/strong>. Pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine occidentale, la relation interpersonnelle entre le soignant et le soign\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait plus consid\u00e9r\u00e9e comme un simple accessoire mondain ou une politesse de chevet, mais comme le moteur \u00e9nerg\u00e9tique central et l&rsquo;agent curatif primordial de tout le processus th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Mesmer a mis en lumi\u00e8re, de fa\u00e7on empirique et sauvage, la dynamique d&rsquo;attachement asym\u00e9trique, la r\u00e9gression affective infantile et la soumission inconsciente qu&rsquo;un malade d\u00e9pose entre les mains d&rsquo;un praticien investi d&rsquo;une autorit\u00e9 symbolique transcendante. Dans le cadre de ce \u00ab rapport \u00bb, le magn\u00e9tiseur ne soigne pas par ce qu&rsquo;il sait, ni par ce qu&rsquo;il prescrit chimiquement, mais par ce qu&rsquo;il <em>incarne<\/em> fantasmatiquement aux yeux du patient. En institutionalisant cette alliance affective et en fournissant un espace hautement s\u00e9curis\u00e9 pour la d\u00e9charge des tensions psychiques accumul\u00e9es, Mesmer a pos\u00e9 les fondations inconscientes sur lesquelles repose encore l&rsquo;ensemble des psychoth\u00e9rapies modernes, du divan freudien aux th\u00e9rapies humanistes contemporaines.<\/p>\n<h3>12.3 Franz Mesmer dans l&rsquo;histoire des sciences psychologiques<\/h3>\n<p>Au terme d&rsquo;un parcours biographique et intellectuel d&rsquo;une exceptionnelle densit\u00e9, comment \u00e9valuer aujourd&rsquo;hui la figure de Franz Anton Mesmer dans l&rsquo;histoire des sciences de l&rsquo;esprit ? Il est d\u00e9sormais acquis pour l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie contemporaine que le m\u00e9decin souabe n&rsquo;\u00e9tait ni le charlatan cynique que fustigeaient les commissions acad\u00e9miques de 1784, ni le proph\u00e8te d&rsquo;une nouvelle cosmologie universelle qu&rsquo;il croyait \u00eatre avec une na\u00efvet\u00e9 touchante. Mesmer appara\u00eet avec \u00e9clat comme une <strong>figure de transition charni\u00e8re<\/strong>, dress\u00e9e sur la ligne de cr\u00eate exacte entre deux \u00e9poques intellectuelles que tout oppose.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, Mesmer regarde en arri\u00e8re vers le monde de la Renaissance et de l&rsquo;\u00e2ge baroque. Son fluide universel r\u00e9actualise le <em>spiritus mundi<\/em> de Marsile Ficin, la doctrine des signatures de Paracelse, le magn\u00e9tisme mystique de Jean-Baptiste van Helmont et les th\u00e9ories de la sympathie universelle d&rsquo;Athanasius Kircher. Plus encore, sur le plan clinique, Mesmer op\u00e8re en 1775 la s\u00e9cularisation la\u00efque d\u00e9cisive des rituels d&rsquo;exorcisme : confront\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e aux cures spectaculaires du c\u00e9l\u00e8bre pr\u00eatre exorciste souabe Johann Joseph Gassner, Mesmer d\u00e9montre devant les princes d&rsquo;Europe que les pr\u00e9tendues possessions d\u00e9moniaques chass\u00e9es au nom du Christ ne sont que des blocages n\u00e9vropathiques r\u00e9ductibles au magn\u00e9tisme animal, substituant d&rsquo;un coup la causalit\u00e9 d&rsquo;une force naturelle aux superstitions religieuses de la possession.<\/p>\n<p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, Mesmer regarde r\u00e9solument en avant vers le XXe si\u00e8cle et les sciences psychologiques modernes. En voulant construire une physique mat\u00e9rialiste des fluides, il a inaugur\u00e9 sans le vouloir la clinique de la suggestion, l&rsquo;exploration de la dissociation de la conscience, la cure cathartique par abr\u00e9action \u00e9motionnelle, et la formalisation du lien transf\u00e9rentiel. Par sa m\u00e9thode, il a arrach\u00e9 la souffrance n\u00e9vrotique \u2013 jusqu&rsquo;alors vou\u00e9e aux m\u00e9pris des ali\u00e9nistes ou aux b\u00fbchers de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie \u2013 \u00e0 l&rsquo;anath\u00e8me pour en faire un objet l\u00e9gitime d&rsquo;investigation et de soin m\u00e9dical. Pour toutes ces raisons, Franz Anton Mesmer m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 non comme une anomalie grotesque des Lumi\u00e8res finissantes, mais comme le pionnier indomptable, paradoxal et g\u00e9nial de la grande aventure de la d\u00e9couverte de l&rsquo;inconscient psychologique occidental.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Azouvi, F. (1984). <em>Le magn\u00e9tisme animal : Naissance d&rsquo;un mythe<\/em>. Dans F. Azouvi (Dir.), <em>Franz Anton Mesmer : Le magn\u00e9tisme animal, r\u00e9cits et m\u00e9moires<\/em> (pp. 7\u201334). Payot. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb347596009\">https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb347596009<\/a><\/li>\n<li>Bailly, J. S. (1784). <em>Rapport des commissaires charg\u00e9s par le Roi de l&rsquo;examen du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Imprimerie Royale. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227702r\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227702r<\/a><\/li>\n<li>Bailly, J. S. (1784). <em>Rapport secret sur le magn\u00e9tisme animal pr\u00e9sent\u00e9 au Roi par les commissaires<\/em>. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans <em>L&rsquo;\u00c9volution Psychiatrique<\/em>, 1964, 29(2), 265\u2013276. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5446059w\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5446059w<\/a><\/li>\n<li>Braid, J. (1843). <em>Neurypnology; or, The rationale of nervous sleep, considered in relation with animal magnetism<\/em>. John Churchill. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/neurypnologyort00braigoog\">https:\/\/archive.org\/details\/neurypnologyort00braigoog<\/a><\/li>\n<li>Carroy, J. (1991). <em>Hypnose, suggestion et psychologie : L&rsquo;invention de sujets<\/em>. Presses Universitaires de France. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/puf.carro.1991.01\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/puf.carro.1991.01<\/a><\/li>\n<li>Carus, C. G. (1846). <em>Psyche : Zur Entwicklungsgeschichte der Seele<\/em>. Flammer und Hofmann. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k84461t\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k84461t<\/a><\/li>\n<li>Darnton, R. (1968). <em>Mesmerism and the end of the Enlightenment in France<\/em>. Harvard University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.hup.harvard.edu\/books\/9780674569515\">https:\/\/www.hup.harvard.edu\/books\/9780674569515<\/a><\/li>\n<li>Ellenberger, H. F. (1970). <em>The discovery of the unconscious: The history and evolution of dynamic psychiatry<\/em>. Basic Books. [Traduction fran\u00e7aise : <em>Histoire de la d\u00e9couverte de l&rsquo;inconscient<\/em>, Fayard, 1974]. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.fayard.fr\/livre\/histoire-de-la-decouverte-de-linconscient-9782213610900\/\">https:\/\/www.fayard.fr\/livre\/histoire-de-la-decouverte-de-linconscient-9782213610900\/<\/a><\/li>\n<li>Faria, J. C. de. (1819). <em>De la cause du sommeil lucide, ou \u00c9tude de la nature de l&rsquo;homme<\/em>. Mme Horiot. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k54670267\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k54670267<\/a><\/li>\n<li>Jussieu, A.-L. de. (1784). <em>Rapport de l&rsquo;un des commissaires charg\u00e9s par le Roi de l&rsquo;examen du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Veuve H\u00e9rissant. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k62277053\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k62277053<\/a><\/li>\n<li>Mesmer, F. A. (1766). <em>Dissertatio physico-medica de planetarum influxu in corpus humanum<\/em>. Ghelen. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/collections.nlm.nih.gov\/catalog\/nlm:2563032R-bk\">https:\/\/collections.nlm.nih.gov\/catalog\/nlm:2563032R-bk<\/a><\/li>\n<li>Mesmer, F. A. (1779). <em>M\u00e9moire sur la d\u00e9couverte du magn\u00e9tisme animal<\/em>. P. Fr. Didot le jeune. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227701c\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227701c<\/a><\/li>\n<li>Mesmer, F. A. (1799). <em>M\u00e9moire de F. A. Mesmer, docteur en m\u00e9decine, sur ses d\u00e9couvertes<\/em>. Fuchs. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227706g\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227706g<\/a><\/li>\n<li>Pattie, F. A. (1994). <em>Mesmer and animal magnetism: A chapter in the history of medicine<\/em>. Edmonston Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb35760822r\">https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb35760822r<\/a><\/li>\n<li>Puys\u00e9gur, A. M. J. de Chastenet de. (1784). <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement du magn\u00e9tisme animal<\/em>. Imprimerie de Buzancy. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227704p\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6227704p<\/a><\/li>\n<li>Starobinski, J. (1973). Les corps parlants : Le magn\u00e9tisme animal. <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, 8, 175\u2013194. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb34356499k\">https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb34356499k<\/a><\/li>\n<li>Zweig, S. (1931). <em>Die Heilung durch den Geist: Franz Anton Mesmer, Mary Baker-Eddy, Sigmund Freud<\/em>. Insel Verlag. [Traduction fran\u00e7aise : <em>La gu\u00e9rison par l&rsquo;esprit<\/em>, Grasset, 1982]. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.grasset.fr\/livres\/la-guerison-par-lesprit-9782246014423\/\">https:\/\/www.grasset.fr\/livres\/la-guerison-par-lesprit-9782246014423\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9tude acad\u00e9mique approfondie sur la vie, la doctrine du magn\u00e9tisme animal et l&rsquo;h\u00e9ritage clinique de Franz Anton Mesmer de 1734 \u00e0 1815.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,25926],"tags":[25927,21550,25928,24636,2223],"class_list":["post-16978","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-psychiatrie-et-epistemologie","tag-franz-mesmer","tag-histoire-de-lhypnose","tag-lumieres","tag-magnetisme-animal","tag-psychotherapie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/16978","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16978"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/16978\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16978"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16978"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16978"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}