{"id":16061,"date":"2026-10-14T11:51:08","date_gmt":"2026-10-14T11:51:08","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/lawrence-weiskrantz-1926-2018-neuropsychologie\/"},"modified":"2026-10-14T11:51:08","modified_gmt":"2026-10-14T11:51:08","slug":"lawrence-weiskrantz-1926-2018-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=lawrence-weiskrantz-1926-2018-neuropsychologie","title":{"rendered":"Lawrence Weiskrantz &#8211; 1926 2018"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire des neurosciences cognitives contemporaines est jalonn\u00e9e de d\u00e9couvertes qui n\u2019ont pas seulement transform\u00e9 notre compr\u00e9hension architecturale du syst\u00e8me nerveux central, mais ont \u00e9galement \u00e9branl\u00e9 les certitudes s\u00e9culaires de la philosophie de l\u2019esprit. Parmi les figures cardinales ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce basculement \u00e9pist\u00e9mologique, le neuropsychologue britannique d\u2019origine am\u00e9ricaine <strong>Lawrence Weiskrantz<\/strong> (1926-2018) occupe une place magistrale. En concevant des paradigmes exp\u00e9rimentaux d&rsquo;une rigueur absolue et en se penchant sur les anomalies perceptives induites par des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques, Weiskrantz a arrach\u00e9 l\u2019\u00e9tude de la conscience aux sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques pures pour l\u2019inscrire d\u00e9finitivement dans le champ des sciences exp\u00e9rimentales falsifiables.<\/p>\n<p>Pendant plus de six d\u00e9cennies, ses travaux ont constitu\u00e9 le trait d&rsquo;union fondamental entre la neurobiologie comportementale simienne et la neuropsychologie clinique humaine. Connu mondialement pour avoir d\u00e9couvert, conceptualis\u00e9 et th\u00e9oris\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne du <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vision_aveugle\">blindsight<\/a><\/em> (ou vision aveugle), Weiskrantz a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un individu priv\u00e9 de son cortex visuel primaire, et se d\u00e9clarant totalement aveugle dans une r\u00e9gion de son champ de vision, demeure n\u00e9anmoins capable de r\u00e9agir de mani\u00e8re exacte et appropri\u00e9e \u00e0 des stimulations spatiales, cin\u00e9tiques ou chromatiques pr\u00e9sent\u00e9es au sein de son scotome. Ce constat r\u00e9volutionnaire a fissur\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalence intuitive entre perception visuelle et conscience ph\u00e9nom\u00e9nale, d\u00e9montrant empiriquement que des cha\u00eenes de traitement sensoriel extr\u00eamement sophistiqu\u00e9es peuvent op\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;insu absolu du sujet perceptif.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du blindsight, Lawrence Weiskrantz a profond\u00e9ment red\u00e9fini la neuropsychologie de la m\u00e9moire \u00e0 travers ses fructueuses collaborations avec Elizabeth Warrington, ouvrant la voie \u00e0 la distinction contemporaine entre m\u00e9moires implicite et explicite. Professeur embl\u00e9matique de psychologie exp\u00e9rimentale \u00e0 l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ox.ac.uk\/\">Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford<\/a> de 1967 \u00e0 1993 et membre de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/royalsociety.org\/\">Royal Society<\/a>, il a form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs et b\u00e2ti un laboratoire qui est devenu, durant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies, la r\u00e9f\u00e9rence mondiale de l&rsquo;analyse causale des fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures. Cette monographie int\u00e9grale propose une travers\u00e9e exhaustive de sa vie, de son \u0153uvre exp\u00e9rimentale, de ses d\u00e9bats th\u00e9oriques et de son h\u00e9ritage intellectuel imp\u00e9rissable.<\/p>\n<h2>1. Introduction et gen\u00e8se biographique de Lawrence Weiskrantz (1926-2018)<\/h2>\n<h3>1.1 Origines familiales et jeunesse aux \u00c9tats-Unis<\/h3>\n<p>Lawrence Weiskrantz est n\u00e9 le 28 mars 1926 au sein de la r\u00e9gion m\u00e9tropolitaine de Cambridge, dans l&rsquo;\u00c9tat du Massachusetts. \u00c9voluant dans une famille d\u2019immigrants ashk\u00e9nazes marqu\u00e9e par un profond attachement au progr\u00e8s social, \u00e0 la rigueur morale et \u00e0 l\u2019instruction intellectuelle, le jeune Weiskrantz grandit durant les soubresauts \u00e9conomiques de l&rsquo;entre-deux-guerres. La Grande D\u00e9pression, bien qu&rsquo;\u00e9prouvante pour l&rsquo;\u00e9quilibre financier familial, n&rsquo;alt\u00e8re en rien la curiosit\u00e9 encyclop\u00e9dique qui se manifeste tr\u00e8s t\u00f4t chez lui. D\u00e8s ses ann\u00e9es secondaires, il fait preuve d\u2019une fascination aigu\u00eb pour la biologie naturelle, l\u2019entomologie et les comportements adaptatifs des animaux au sein de leurs \u00e9cosyst\u00e8mes, passant d&rsquo;innombrables heures \u00e0 observer les micro-m\u00e9canismes de r\u00e9ponse comportementale face aux stimuli de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>L\u2019entr\u00e9e des \u00c9tats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale vient interrompre la trajectoire acad\u00e9mique conventionnelle du jeune homme. Mobilis\u00e9 au sein des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines, il effectue son service militaire durant les phases finales du conflit mondial. Cette p\u00e9riode d&rsquo;engagement militaire forge chez lui une discipline op\u00e9rationnelle ind\u00e9fectible, un sang-froid m\u00e9thodique face aux impr\u00e9vus et une aversion profonde pour le dogmatisme intellectuel non adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du r\u00e9el. Durant ces ann\u00e9es sous l\u2019uniforme, la confrontation avec des traumatismes cr\u00e2niens subis par des combattants aiguise, de mani\u00e8re encore diffuse mais d\u00e9terminante, son interrogation sur le substrat anatomique de l\u2019esprit et sur la fragilit\u00e9 de nos fonctions perceptives.<\/p>\n<p>\u00c0 sa d\u00e9mobilisation, b\u00e9n\u00e9ficiant des opportunit\u00e9s de r\u00e9insertion offertes par le <em>G.I. Bill<\/em>, Weiskrantz d\u00e9cide de r\u00e9orienter pleinement sa destin\u00e9e vers le monde universitaire. Convaincu que l\u2019\u00e9tude du comportement ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e de la compr\u00e9hension intime de l&rsquo;organe qui le sous-tend, il refuse les simplifications du b\u00e9haviorisme radical alors pr\u00e9dominant sur le sol nord-am\u00e9ricain. Ses premi\u00e8res lectures de William James et des pionniers de la physiologie sensorielle europ\u00e9enne orientent irr\u00e9versiblement son parcours vers ce qui ne s\u2019appelait pas encore la neuroscience cognitive, mais qui repr\u00e9sentait la qu\u00eate ultime des sciences exp\u00e9rimentales : \u00e9clairer les m\u00e9canismes de la perception et de l\u2019apprentissage par l&rsquo;observation compar\u00e9e.<\/p>\n<h3>1.2 Fondements d&rsquo;une carri\u00e8re transatlantique<\/h3>\n<p>L\u2019itin\u00e9raire de Lawrence Weiskrantz se distingue singuli\u00e8rement de celui de ses pairs am\u00e9ricains par son ancrage transatlantique pr\u00e9coce et d\u00e9finitif. Alors que les \u00c9tats-Unis connaissent une expansion \u00e9conomique et scientifique sans pr\u00e9c\u00e9dent apr\u00e8s 1945, l\u2019attrait de la tradition empirique britannique \u2013 fa\u00e7onn\u00e9e par l&rsquo;h\u00e9ritage de John Locke, David Hume et, plus tard, par la physiologie r\u00e9flexe de Charles Sherrington et Edgar Adrian \u2013 exerce sur Weiskrantz une force d\u2019aimantation intellectuelle irr\u00e9sistible. Cette posture le conduit \u00e0 chercher une synth\u00e8se \u00e9pist\u00e9mologique rare entre le pragmatisme op\u00e9rationnel de l\u2019\u00e9cole nord-am\u00e9ricaine et la minutie analytique, descriptive et parcimonieuse de la psychologie physiologique d&rsquo;outre-Manche.<\/p>\n<p>Ce basculement g\u00e9ographique s\u2019incarne par des s\u00e9jours de recherche r\u00e9guliers au Royaume-Uni qui se transforment rapidement en un choix d&rsquo;expatriation durable. Weiskrantz identifie dans l\u2019approche acad\u00e9mique britannique une m\u00e9fiance salutaire envers les vastes th\u00e9ories englobantes non soutenues par des donn\u00e9es de laboratoire d&rsquo;une pr\u00e9cision chirurgicale. Il s&rsquo;installe dans un univers de recherche o\u00f9 la physiologie sensorielle est intimement entrelac\u00e9e avec la psychologie exp\u00e9rimentale, un espace interdisciplinaire propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;id\u00e9es neuves sur le traitement de l&rsquo;information neurale.<\/p>\n<p>Positionn\u00e9 strat\u00e9giquement au carrefour de la neurophysiologie, de la psychophysique et des sciences comportementales, Weiskrantz adopte une d\u00e9marche d&rsquo;investigation int\u00e9gr\u00e9e. Il rejette la coupure artificielle entre l\u2019observation des d\u00e9ficits caus\u00e9s par des traumatismes cliniques chez l&rsquo;humain et l&rsquo;analyse contr\u00f4l\u00e9e des l\u00e9sions focales chez l\u2019animal de laboratoire. Ce double regard transatlantique et transdisciplinaire lui conf\u00e8re un avantage th\u00e9orique immense : il sera capable de transposer des paradigmes exp\u00e9rimentaux con\u00e7us pour le primate non humain \u00e0 l\u2019investigation de patients neurologiques humains, pr\u00e9figurant de mani\u00e8re \u00e9clatante les m\u00e9thodes modernes de la neuropsychologie humaine.<\/p>\n<h2>2. Formation acad\u00e9mique et influences fondatrices : De Harvard \u00e0 Cambridge<\/h2>\n<h3>2.1 Le passage d\u00e9terminant au Swarthmore College et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Tufts<\/h3>\n<p>La formation intellectuelle de Lawrence Weiskrantz prend son v\u00e9ritable essor acad\u00e9mique au sein de deux institutions de la c\u00f4te Est am\u00e9ricaine : le <strong>Swarthmore College<\/strong> et l\u2019<strong>Universit\u00e9 Tufts<\/strong>. \u00c0 Swarthmore, il baigne dans une atmosph\u00e8re d&rsquo;effervescence intellectuelle port\u00e9e par l&rsquo;\u00e9migration d\u2019illustres savants europ\u00e9ens fuyant le fascisme, au premier rang desquels figure le psychologue d&rsquo;origine estonienne-allemande <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wolfgang_K%C3%B6hler\">Wolfgang K\u00f6hler<\/a>, l\u2019un des fondateurs de la <em>Gestalt-th\u00e9orie<\/em> (psychologie de la forme). La rencontre avec la pens\u00e9e de K\u00f6hler constitue pour le jeune Weiskrantz un choc m\u00e9thodologique et conceptuel majeur.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il ne souscrive pas \u00e0 toutes les hypoth\u00e8ses de K\u00f6hler concernant les champs \u00e9lectriques corticaux isomorphes, Weiskrantz en retient une le\u00e7on fondamentale : la perception n\u2019est pas un simple assemblage passif de donn\u00e9es sensorielles brutes, mais une organisation dynamique, hautement structur\u00e9e et active du signal par le cerveau. Cette perspective le vaccine contre les d\u00e9rives m\u00e9canistes du b\u00e9haviorisme skinn\u00e9rien qui cherchait \u00e0 vider l&rsquo;organisme de toute architecture interne. Sous la f\u00e9rule de ses enseignants, il apprend \u00e0 mod\u00e9liser la dynamique des illusions visuelles et \u00e0 analyser les seuils diff\u00e9rentiels de sensibilit\u00e9 avec une m\u00e9ticulosit\u00e9 math\u00e9matique.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;Universit\u00e9 Tufts, o\u00f9 il compl\u00e8te sa formation de premier cycle et initie ses premi\u00e8res d\u00e9marches de recherche ind\u00e9pendante en psychologie exp\u00e9rimentale, Weiskrantz perfectionne sa ma\u00eetrise des protocoles de conditionnement et d&rsquo;\u00e9valuation comportementale. Il s&rsquo;illustre par une inventivit\u00e9 technique remarquable pour concevoir des appareils exp\u00e9rimentaux capables de mesurer les temps de r\u00e9action et les capacit\u00e9s discriminatives chez les rongeurs et les primates. Ce double ancrage m\u00e9thodologique \u2013 l&rsquo;intuition gestaltiste de l&rsquo;organisation perceptive coupl\u00e9e \u00e0 la rigueur comportementale am\u00e9ricaine \u2013 scelle son identit\u00e9 scientifique naissante.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;\u00e9cole de Harvard et le mentorat de Karl Lashley<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9tape la plus d\u00e9terminante de sa formation pr\u00e9-doctorale et doctorale se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.harvard.edu\/\">Universit\u00e9 Harvard<\/a>, alors \u00e9picentre mondial de la neurobiologie compar\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 que Weiskrantz entre dans l&rsquo;orbite scientifique de <strong>Karl Spencer Lashley<\/strong>, sans conteste l&rsquo;un des plus grands neuropsychologues du XXe si\u00e8cle. Lashley avait consacr\u00e9 des d\u00e9cennies \u00e0 la traque exp\u00e9rimentale de \u00ab l\u2019engramme \u00bb \u2013 la trace biologique physique de la m\u00e9moire dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral \u2013 \u00e0 travers des l\u00e9sions corticales s\u00e9rielles chez le rat, aboutissant \u00e0 ses principes c\u00e9l\u00e8bres d&rsquo;\u00ab action de masse \u00bb et d&rsquo;\u00ab \u00e9quipotentialit\u00e9 \u00bb corticale.<\/p>\n<p>Travaillant dans les laboratoires associ\u00e9s \u00e0 Harvard et au Yerkes Regional Primate Research Center, Weiskrantz est confront\u00e9 directement au scepticisme constructif de Lashley \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la localisation c\u00e9r\u00e9brale simpliste. En 1953, Weiskrantz soutient une th\u00e8se de doctorat remarqu\u00e9e portant sur les m\u00e9canismes neuraux de la vision et de l\u2019apprentissage chez le primate, explorant avec minutie les effets comportementaux des l\u00e9sions des lobes temporaux et occipitaux. Sous la direction implicite et explicite de Lashley, le jeune chercheur acquiert une ma\u00eetrise incomparable des techniques de chirurgie c\u00e9r\u00e9brale aseptique chez l\u2019animal et de l&rsquo;analyse histologique post-mortem, conditions indispensables \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour corr\u00e9ler un d\u00e9ficit comportemental \u00e0 une destruction tissulaire pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Toutefois, tout en v\u00e9n\u00e9rant l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle de Lashley, Weiskrantz commence \u00e0 percevoir les limites du concept d&rsquo;action de masse. En se concentrant sur les syst\u00e8mes sensoriels primaires et secondaires, il pressent que le cortex visuel n\u2019est pas une entit\u00e9 homog\u00e8ne indiff\u00e9renci\u00e9e, mais une mosa\u00efque d&rsquo;architectures sp\u00e9cialis\u00e9es, interconnect\u00e9es \u00e0 des structures sous-corticales souvent n\u00e9glig\u00e9es par ses contemporains. Cette tension f\u00e9conde entre modularit\u00e9 fonctionnelle et int\u00e9gration sous-corticale constituera le fil conducteur de ses recherches futures.<\/p>\n<h3>2.3 La transition vers Cambridge aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Oliver Zangwill<\/h3>\n<p>Fort de son doctorat de Harvard, Weiskrantz traverse l&rsquo;Atlantique pour rejoindre le Laboratoire de psychologie de l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cam.ac.uk\/\">Universit\u00e9 de Cambridge<\/a>, dirig\u00e9 alors par une figure colossale de la neurologie cognitive britannique : <strong>Oliver Louis Zangwill<\/strong>. Zangwill incarnait une approche clinique d\u2019une \u00e9l\u00e9gance rare, privil\u00e9giant l&rsquo;\u00e9tude qualitative et quantitative fouill\u00e9e de cas individuels de patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s, victimes des traumatismes de guerre ou d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux. Cette rencontre constitue le second pivot fondateur de la m\u00e9thodologie de Weiskrantz.<\/p>\n<p>\u00c0 Cambridge, Weiskrantz et Zangwill nouent une collaboration \u00e9troite et f\u00e9conde. Ils partagent la conviction que pour comprendre la fonction d\u2019une structure c\u00e9r\u00e9brale saine, il est imp\u00e9ratif de cartographier avec rigueur les d\u00e9faillances induites par sa d\u00e9sactivation s\u00e9lective. C\u2019est dans ce contexte intellectuel que Weiskrantz affine la logique m\u00e9thodologique des \u00ab doubles dissociations \u00bb. Pour prouver que deux fonctions cognitives <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B\">$B$<\/span> sont sous-tendues par des syst\u00e8mes neuraux distincts, il ne suffit pas de montrer qu&rsquo;une l\u00e9sion <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> alt\u00e8re <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span> en \u00e9pargnant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B\">$B$<\/span> ; il est imp\u00e9ratif de d\u00e9montrer qu&rsquo;une autre l\u00e9sion <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y\">$Y$<\/span> abolit <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B\">$B$<\/span> tout en pr\u00e9servant scrupuleusement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span>.<\/p>\n<p>Le laboratoire de Cambridge offre \u00e0 Weiskrantz l&rsquo;environnement technique pour mettre en parall\u00e8le des cohortes de primates op\u00e9r\u00e9s exp\u00e9rimentalement et des patients neurologiques humains admis dans les h\u00f4pitaux de la r\u00e9gion. Cette hybridation m\u00e9thodologique in\u00e9dite entre neurochirurgie exp\u00e9rimentale simienne et neuropsychologie clinique humaine devient sa signature internationale, attirant \u00e0 Cambridge de jeunes chercheurs d\u00e9sireux de d\u00e9passer les sp\u00e9culations pour b\u00e2tir une neurologie causale de l\u2019esprit.<\/p>\n<h2>3. L&rsquo;installation \u00e0 Oxford et la refondation de la psychologie exp\u00e9rimentale<\/h2>\n<h3>3.1 La nomination \u00e0 la chaire de psychologie exp\u00e9rimentale d&rsquo;Oxford (1967)<\/h3>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1967 marque l&rsquo;apog\u00e9e institutionnelle de la carri\u00e8re de Lawrence Weiskrantz. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de quarante-et-un ans, il est \u00e9lu \u00e0 la prestigieuse chaire de psychologie exp\u00e9rimentale de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford (la <em>Chair of Experimental Psychology<\/em>), succ\u00e9dant \u00e0 des figures historiques et prenant la t\u00eate d\u2019un d\u00e9partement dont il va compl\u00e8tement r\u00e9inventer l&rsquo;envergure scientifique durant un quart de si\u00e8cle. \u00c0 son arriv\u00e9e, la psychologie oxfordienne \u00e9tait encore marqu\u00e9e par des traditions philosophiques introspectives et des approches comportementales classiques quelque peu d\u00e9connect\u00e9es des avanc\u00e9es foudroyantes de la neuroanatomie moderne.<\/p>\n<p>Weiskrantz entreprend imm\u00e9diatement une modernisation radicale des infrastructures mat\u00e9rielles et des orientations de recherche. Il supervise la construction et l\u2019emm\u00e9nagement du d\u00e9partement dans un nouveau complexe ultra-moderne sur South Parks Road, con\u00e7u sp\u00e9cifiquement pour abriter des laboratoires de neurophysiologie, des salles d\u2019op\u00e9ration chirurgicale pour mod\u00e8les animaux, des suites d\u2019histologie cellulaire, ainsi que des cabines de psychophysique humaine insonoris\u00e9es et blind\u00e9es contre les interf\u00e9rences \u00e9lectromagn\u00e9tiques. Il impose une vision unifi\u00e9e : la psychologie exp\u00e9rimentale doit \u00eatre indissociable de la neurobiologie, de l&rsquo;endocrinologie et de la neuropharmacologie naissante.<\/p>\n<p>Cette nomination s&rsquo;accompagne d\u2019une r\u00e9sistance initiale de certains cercles conservateurs de l&rsquo;universit\u00e9, m\u00e9fiants envers ce qu&rsquo;ils percevaient comme une biologisation excessive des sciences de l&rsquo;esprit. Mais l\u2019int\u00e9grit\u00e9 scientifique inattaquable de Weiskrantz, son \u00e9loquence sobre et la r\u00e9putation internationale de ses publications \u00e9touffent rapidement les contestations. Sous sa houlette, Oxford devient l\u2019un des trois centres n\u00e9vralgiques mondiaux de la neuropsychologie moderne, rivalisant directement avec le MIT de Boston et l\u2019Institut Max-Planck en Allemagne.<\/p>\n<h3>3.2 Cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00e9cole de pens\u00e9e neuropsychologique oxonienne<\/h3>\n<p>Durant ses vingt-six ann\u00e9es \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9partement, Weiskrantz fonde une v\u00e9ritable \u00e9cole de pens\u00e9e neuropsychologique, souvent qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab \u00e9cole oxonienne \u00bb. Sa philosophie p\u00e9dagogique et scientifique repose sur un tr\u00e9pied in\u00e9branlable : un r\u00e9ductionnisme m\u00e9thodologique rigoureux (d\u00e9composer le comportement complexe en composantes sensori-motrices et computationnelles \u00e9l\u00e9mentaires), une observation clinique humaniste et m\u00e9ticuleuse des patients, et une transparence absolue des protocoles exp\u00e9rimentaux. Il rejetait avec force le sensationnalisme th\u00e9orique au profit de donn\u00e9es r\u00e9plicables et quantifi\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/p>\n<p>Il attire et forme des vol\u00e9es de doctorants et de post-doctorants qui deviendront \u00e0 leur tour des figures tut\u00e9laires des sciences cognitives, parmi lesquels Alan Cowey, Petra Stoerig, David Milner et Marian Goodale (qui d\u00e9velopperont ult\u00e9rieurement le mod\u00e8le fondamental des deux voies visuelles dorsale et ventrale). Weiskrantz enseignait \u00e0 ses disciples \u00e0 ne jamais accepter une affirmation verbale d\u2019un sujet sans la tester par des mesures psychophysiques indirectes. Il affirmait couramment que les d\u00e9clarations subjectives d\u2019un patient refl\u00e8tent non pas la limite des capacit\u00e9s de son cerveau, mais le fonctionnement d&rsquo;un m\u00e9canisme m\u00e9tacognitif particulier qui peut \u00eatre dissoci\u00e9 de ses processus de traitement sous-jacents.<\/p>\n<p>Cette \u00e9cole se caract\u00e9rise \u00e9galement par l&rsquo;\u00e9tablissement de standards \u00e9thiques et m\u00e9thodologiques d\u2019une rigueur in\u00e9dite pour la recherche sur les primates non humains. Convaincu de la proximit\u00e9 fonctionnelle entre le cerveau du macaque rh\u00e9sus (<em>Macaca mulatta<\/em>) et celui de l&rsquo;humain pour les architectures sensorielles primaires, il exigeait que toute conclusion clinique chez l\u2019homme trouve, dans la mesure du possible, un miroir exp\u00e9rimental contr\u00f4l\u00e9 chez l&rsquo;animal, permettant une validation anatomique directe par histologie post-mortem.<\/p>\n<h3>3.3 Responsabilit\u00e9s institutionnelles et rayonnement au sein du Magdalen College<\/h3>\n<p>Conform\u00e9ment aux traditions statutaires de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford, l&rsquo;\u00e9lection de Weiskrantz \u00e0 la chaire professorale s&rsquo;accompagne de son int\u00e9gration imm\u00e9diate en tant que <em>Professorial Fellow<\/em> au sein de <strong>Magdalen College<\/strong>, l&rsquo;un des coll\u00e8ges les plus prestigieux et anciens de l&rsquo;universit\u00e9. Au sein de cette communaut\u00e9 intellectuelle d&rsquo;\u00e9lite, Weiskrantz s\u2019investit avec un d\u00e9vouement exemplaire dans la vie coll\u00e9giale, participant activement aux d\u00e9bats acad\u00e9miques interdisciplinaires r\u00e9unissant philosophes, math\u00e9maticiens, juristes et historiens. Cette proximit\u00e9 quotidienne avec les grands noms de la philosophie analytique d&rsquo;Oxford \u2013 tels que Derek Parfit, A.J. Ayer ou Gilbert Ryle \u2013 aiguise son acuit\u00e9 s\u00e9mantique et pr\u00e9pare le terrain de ses futurs \u00e9changes sur la conscience.<\/p>\n<p>Sur le plan des cursus universitaires, Weiskrantz joue un r\u00f4le d\u2019architecte en refondant la licence de <em>PPP (Psychology, Philosophy, and Physiology)<\/em>, un cursus interdisciplinaire unique propre \u00e0 Oxford qui formera l&rsquo;\u00e9lite des penseurs des sciences de l&rsquo;esprit. Il impose l&rsquo;int\u00e9gration massive de la neuroanatomie fonctionnelle et de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie au sein des \u00e9preuves de psychologie, rompant d\u00e9finitivement avec les scories des approches purement litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d&rsquo;Oxford, son influence s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale et internationale. Weiskrantz intervient comme conseiller \u00e9minent aupr\u00e8s du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ukri.org\/councils\/mrc\/\">Medical Research Council (MRC)<\/a>, orientant les financements de la recherche biom\u00e9dicale britannique vers les neurosciences fondamentales et cliniques. Sa stature de diplomate scientifique discret, respect\u00e9 tant pour sa droiture morale que pour son universalisme scientifique, fait de lui un b\u00e2tisseur institutionnel dont l&#8217;empreinte structure encore aujourd&rsquo;hui la recherche britannique.<\/p>\n<h2>4. Les premi\u00e8res recherches sur le cortex visuel et les mod\u00e8les simiens<\/h2>\n<h3>4.1 Ablations corticales stri\u00e9es chez le primate non humain<\/h3>\n<p>Avant d&rsquo;aborder les \u00e9tudes humaines qui allaient immortaliser son nom, Lawrence Weiskrantz consacre pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies \u00e0 explorer la circuiterie visuelle chez le primate non humain. Au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, le dogme neurologique \u00e9tabli proclamait que le <strong>cortex visuel primaire<\/strong> (situ\u00e9 dans les berges de la scissure calcarine du lobe occipital, d\u00e9sign\u00e9 sous le nom d&rsquo;aire stri\u00e9e, ou aire 17 de Brodmann, aujourd&rsquo;hui V1) constituait la porte d&rsquo;entr\u00e9e exclusive, obligatoire et indispensable de toute perception visuelle chez les mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs. Selon cette doctrine h\u00e9rit\u00e9e du d\u00e9but du si\u00e8cle, la destruction compl\u00e8te de l&rsquo;aire stri\u00e9e entra\u00eenait in\u00e9luctablement une c\u00e9cit\u00e9 corticale absolue, irr\u00e9versible et totale dans la zone du champ visuel correspondante.<\/p>\n<p>Weiskrantz aborde ce dogme avec un doute m\u00e9thodique. \u00c0 l&rsquo;aide de micro-instruments chirurgicaux et sous contr\u00f4le st\u00e9r\u00e9otaxique rigoureux, il proc\u00e8de chez des macaques \u00e0 des ablations bilat\u00e9rales ou unilat\u00e9rales ultra-pr\u00e9cises du cortex stri\u00e9, en veillant scrupuleusement \u00e0 \u00e9pargner les structures sous-corticales adjacentes ainsi que les aires temporales et pari\u00e9tales. Une fois les animaux r\u00e9tablis, il entreprend une \u00e9valuation comportementale standardis\u00e9e de leurs capacit\u00e9s visuelles \u00e0 l\u2019aide d&rsquo;appareils de p\u00e9rim\u00e9trie sp\u00e9cialement con\u00e7us pour les primates.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats initiaux semblaient corroborer le dogme : les animaux se heurtaient aux obstacles et ne manifestaient aucune r\u00e9action face \u00e0 des objets statiques pr\u00e9sent\u00e9s dans leur champ d\u00e9aff\u00e9rent\u00e9. Cependant, d\u00e8s que Weiskrantz modifie la m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9valuation et substitue aux tests statiques passifs des \u00e9preuves dynamiques ou spatiales, un paradoxe stup\u00e9fiant \u00e9merge : les singes r\u00e9put\u00e9s totalement \u00ab aveugles \u00bb demeurent capables de d\u00e9tecter la pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9clairs lumineux fugitifs, d&rsquo;orienter leurs mouvements oculaires vers ces cibles et d&rsquo;\u00e9viter avec une agilit\u00e9 d\u00e9concertante des obstacles mobiles plac\u00e9s sur leur trajectoire de d\u00e9placement. Une vision r\u00e9siduelle ind\u00e9niable subsistait en l&rsquo;absence totale de l&rsquo;\u00e9corce stri\u00e9e.<\/p>\n<h3>4.2 Diff\u00e9renciation fonctionnelle entre voies corticales et sous-corticales<\/h3>\n<p>Face \u00e0 ces observations r\u00e9volutionnaires, Weiskrantz entreprend de cartographier la circuiterie anatomique alternative capable de v\u00e9hiculer cette information sensorielle visuelle. L\u2019histologie post-mortem confirme que l\u2019ablation de l\u2019aire V1 entra\u00eene une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence r\u00e9trograde massive du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral (CGL) dorsal, le relais thalamique canonique vers le cortex. D\u00e8s lors, comment l\u2019information optique issue de la r\u00e9tine pouvait-elle influencer le comportement moteur de l&rsquo;animal ?<\/p>\n<p>Weiskrantz tourne son attention vers le m\u00e9senc\u00e9phale, et singuli\u00e8rement vers le <strong>colliculus sup\u00e9rieur<\/strong> (ou toit optique). Chez les vert\u00e9br\u00e9s inf\u00e9rieurs (poissons, amphibiens, oiseaux), le toit optique est le centre visuel pr\u00e9dominant assurant la localisation des proies et la fuite face aux pr\u00e9dateurs. Chez les primates, cette structure avait \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e au rang de simple relais r\u00e9flexe pour la motricit\u00e9 oculaire par la plupart des manuels d&rsquo;anatomie. Weiskrantz d\u00e9montre que le colliculus sup\u00e9rieur re\u00e7oit des projections r\u00e9tiniennes directes extr\u00eamement robustes qui ne transitent nullement par le cortex stri\u00e9.<\/p>\n<p>En formulant l&rsquo;hypoth\u00e8se de voies visuelles parall\u00e8les, Weiskrantz participe de fa\u00e7on d\u00e9cisive aux c\u00f4t\u00e9s de chercheurs comme Gerald Schneider et David Ingle \u00e0 la gen\u00e8se du concept de la dualit\u00e9 visuelle fonctionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Une voie phylog\u00e9n\u00e9tiquement ancienne (r\u00e9tino-tectale ou tectopulvinaire), d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la localisation spatiale, \u00e0 la cin\u00e9matique et \u00e0 l\u2019orientation corporelle (\u00ab o\u00f9 \u00bb se situe l\u2019objet) ;<\/li>\n<li>Une voie phylog\u00e9n\u00e9tiquement plus r\u00e9cente (g\u00e9niculo-stri\u00e9e), d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse morphologique fine, \u00e0 l\u2019identification des formes complexes, des textures et des couleurs (\u00ab quoi \u00bb est l\u2019objet).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ablation du cortex stri\u00e9 abolit la reconnaissance des formes, mais laisse la machine tectale et ses relais extrastri\u00e9s virtuellement intacts.<\/p>\n<h3>4.3 L&rsquo;\u00e9laboration de paradigmes de choix forc\u00e9 chez l&rsquo;animal<\/h3>\n<p>L\u2019obstacle majeur auquel se heurtait Weiskrantz tenait \u00e0 la nature m\u00eame de la communication avec le primate non humain : l\u2019animal ne peut pas faire de rapport verbal sur ce qu\u2019il \u00ab ressent \u00bb ou \u00ab voit \u00bb. Si un singe n&rsquo;\u00e9met aucune r\u00e9action spontan\u00e9e devant un stimulus visuel, est-ce parce qu&rsquo;il est aveugle ou simplement parce qu&rsquo;il n&rsquo;a aucune raison motivationnelle de r\u00e9agir ? Pour lever ce biais d&rsquo;interpr\u00e9tation, Weiskrantz invente des paradigmes comportementaux novateurs de <strong>choix forc\u00e9<\/strong> (<em>forced-choice paradigms<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ces dispositifs ing\u00e9nieux, l\u2019animal n&rsquo;est pas interrog\u00e9 sur sa perception, mais contraint par la contingence exp\u00e9rimentale \u00e0 faire un choix moteur binaire ou spatial (par exemple, diriger son regard ou appuyer sur l\u2019un de deux leviers) pour obtenir une r\u00e9compense liquide ou alimentaire, m\u00eame lorsqu&rsquo;il se trouve face \u00e0 un vide perceptif apparent. Weiskrantz observe alors un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire : m\u00eame lorsque l\u2019intensit\u00e9 du stimulus est abaiss\u00e9e \u00e0 des niveaux o\u00f9 l\u2019animal ne manifeste aucun comportement spontan\u00e9 de fixation, la distribution statistique de ses choix forc\u00e9s d\u00e9vie significativement du hasard le plus strict. L\u2019animal localise la cible \u00e0 80 % ou 90 % de r\u00e9ussite tout en se comportant, au repos, comme s&rsquo;il ne voyait rien.<\/p>\n<p>Ces protocoles sophistiqu\u00e9s bas\u00e9s sur l\u2019analyse vectorielle des saccades oculaires et des temps de fixation \u00e9tablissent la base op\u00e9rationnelle d\u2019une m\u00e9thodologie d\u2019interrogation objective du syst\u00e8me visuel animal. Sans le savoir encore au milieu des ann\u00e9es 1960, Lawrence Weiskrantz venait de forger les outils conceptuels et exp\u00e9rimentaux pr\u00e9cis qui allaient lui permettre, quelques ann\u00e9es plus tard, de d\u00e9crypter l\u2019un des plus grands myst\u00e8res cliniques de la neuropsychologie humaine.<\/p>\n<h2>5. La d\u00e9couverte s\u00e9minale du Blindsight : Le cas embl\u00e9matique du patient D.B.<\/h2>\n<h3>5.1 L&rsquo;historique clinique et l&rsquo;op\u00e9ration chirurgicale de D.B.<\/h3>\n<p>C\u2019est au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 que s\u2019op\u00e8re la convergence spectaculaire entre les d\u00e9cennies de recherche simienne de Weiskrantz et la m\u00e9decine clinique. \u00c0 l&rsquo;h\u00f4pital neurologique national de Queen Square \u00e0 Londres, un jeune homme identifi\u00e9 sous les initiales canoniques de <strong>D.B.<\/strong> souffre de c\u00e9phal\u00e9es violentes et invalidantes accompagn\u00e9es d&rsquo;anomalies visuelles paroxystiques r\u00e9currentes. Les explorations angiographiques r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence d&rsquo;une volumineuse <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Malformation_art%C3%A9rioveineuse\">malformation art\u00e9rioveineuse<\/a> cong\u00e9nitale log\u00e9e au c\u0153ur de son lobe occipital m\u00e9dial droit.<\/p>\n<p>Face au risque imminent d\u2019h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale mortelle, une intervention neurochirurgicale radicale est programm\u00e9e et men\u00e9e par le chirurgien Peter Schurr en 1973. L\u2019op\u00e9ration implique une r\u00e9section chirurgicale compl\u00e8te et circonscrite du cortex calcarin droit (cortex visuel primaire V1) ainsi que de portions limit\u00e9es du tissu occipital environnant. L\u2019intervention est un succ\u00e8s th\u00e9rapeutique vital pour le patient, mais ses cons\u00e9quences sensorielles sont imm\u00e9diates et massives : conform\u00e9ment aux pr\u00e9dictions neuroanatomiques classiques, D.B. d\u00e9veloppe une <strong>h\u00e9mianopsie homonyme gauche absolue<\/strong>. Autrement dit, tout l&rsquo;h\u00e9michamp visuel gauche de ses deux yeux est d\u00e9sormais plong\u00e9 dans une c\u00e9cit\u00e9 clinique totale, confirm\u00e9e par la p\u00e9rim\u00e9trie standard de Goldman.<\/p>\n<p>Le neuro-ophtalmologiste Michael Sanders et la neuropsychologue Elizabeth Warrington r\u00e9alisent imm\u00e9diatement le caract\u00e8re exceptionnellement pur de cette l\u00e9sion chirurgicale, exempte des l\u00e9sions diffuses couramment observ\u00e9es lors d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux isch\u00e9miques. Sanders et Warrington sollicitent l&rsquo;expertise de Lawrence Weiskrantz pour explorer la vision de D.B. Weiskrantz accepte avec enthousiasme, conscient qu&rsquo;il dispose pour la premi\u00e8re fois de l&rsquo;opportunit\u00e9 de tester chez un \u00eatre humain dou\u00e9 de parole les protocoles de choix forc\u00e9 qu&rsquo;il avait mis au point chez le singe.<\/p>\n<h3>5.2 La mise en \u00e9vidence de la vision r\u00e9siduelle inconsciente<\/h3>\n<p>Lorsque Lawrence Weiskrantz, Michael Sanders et Elizabeth Warrington installent D.B. dans leur laboratoire d&rsquo;Oxford et projettent des points lumineux dans son h\u00e9michamp aveugle gauche, la r\u00e9ponse inaugurale du patient est sans ambigu\u00eft\u00e9 : <em>\u00ab Je ne vois absolument rien, docteur. C&rsquo;est le n\u00e9ant noir \u00bb<\/em>. Cependant, au lieu de clore l\u2019investigation comme l&rsquo;aurait fait la clinique classique, Weiskrantz applique le paradigme de choix forc\u00e9 \u00e9labor\u00e9 chez le primate : il demande \u00e0 D.B. de pointer du doigt l\u2019emplacement du stimulus ou d&rsquo;orienter le regard vers lui, m\u00eame s&rsquo;il a l\u2019impression visc\u00e9rale de n&rsquo;ob\u00e9ir qu&rsquo;\u00e0 une pure intuition aveugle, de \u00ab deviner \u00bb sans indice.<\/p>\n<p>Ce qui se produit alors bouleverse l\u2019\u00e9quipe de recherche :<\/p>\n<ul>\n<li>Lorsque D.B. pointe son index vers l\u2019\u00e9cran dans son h\u00e9michamp anopique total, la trajectoire motrice de son bras est d\u2019une rectitude remarquable, son doigt atterrissant avec une pr\u00e9cision balistique sur la coordonn\u00e9e spatiale exacte du point lumineux non vu ;<\/li>\n<li>Soumis \u00e0 une \u00e9preuve de discrimination visuelle portant sur l\u2019orientation d\u2019une barre lumineuse projet\u00e9e dans son champ aveugle (ligne horizontale contre ligne verticale), D.B. proteste qu&rsquo;il r\u00e9pond au hasard le plus absolu. Pourtant, sur des s\u00e9ries de plusieurs dizaines d&rsquo;essais cons\u00e9cutifs, le taux de r\u00e9ponses correctes atteint 90 % \u00e0 95 % ;<\/li>\n<li>Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;alternative entre la lettre \u00ab X \u00bb et la lettre \u00ab O \u00bb, D.B. identifie correctement les stimuli avec une significativit\u00e9 statistique \u00e9crasante ($p < 0,001$), tout en maintenant qu'il ne fait que prononcer des lettres au hasard.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En 1974, Weiskrantz et ses collaborateurs publient ces observations historiques dans la revue <em>Brain<\/em>, forgeant pour la post\u00e9rit\u00e9 le terme clinique et conceptuel de <strong>\u00ab Blindsight \u00bb<\/strong> (universellement traduit en fran\u00e7ais par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vision_aveugle\">vision aveugle<\/a>).<\/p>\n<h3>5.3 La dissociation ph\u00e9nom\u00e9nale entre perception et sensation consciente<\/h3>\n<p>L\u2019impact \u00e9pist\u00e9mologique de la d\u00e9couverte du blindsight est sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire des sciences de l&rsquo;esprit. Pour la premi\u00e8re fois dans des conditions de laboratoire reproductibles et quantifiables, la preuve irr\u00e9futable \u00e9tait apport\u00e9e que la prise d\u2019information visuelle, le traitement computational des caract\u00e9ristiques physiques d\u2019un objet (localisation, orientation spatiale, mouvement) et l\u2019action visuo-motrice qui en d\u00e9coule peuvent op\u00e9rer de mani\u00e8re enti\u00e8rement d\u00e9coupl\u00e9e de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale (les fameux <em>qualia<\/em> sensoriels).<\/p>\n<p>Le patient D.B. n&rsquo;\u00e9tait ni un simulateur, ni un individu souffrant d&rsquo;une hyst\u00e9rie de conversion : il \u00e9tait sinc\u00e8rement et subjectivement convaincu d&rsquo;\u00eatre aveugle. Lorsque Weiskrantz lui montrait \u00e0 l&rsquo;issue de la session d&rsquo;enregistrement les graphiques de ses performances et les vid\u00e9os de ses pointages, D.B. manifestait une stup\u00e9faction sinc\u00e8re, r\u00e9p\u00e9tant inlassablement : <em>\u00ab Mais je ne voyais rien, je ne faisais que deviner ! \u00bb<\/em>. Ce d\u00e9calage abyssal entre la certitude subjective d&rsquo;absence perceptuelle et la comp\u00e9tence comportementale objective a red\u00e9fini le statut \u00e9pist\u00e9mologique du t\u00e9moignage verbal en neurologie.<\/p>\n<p>La publication initiale de 1974 provoque une onde de choc plan\u00e9taire. Elle invalide d\u00e9finitivement la conception h\u00e9rit\u00e9e de Ren\u00e9 Descartes et de John Locke selon laquelle l&rsquo;esprit est intrins\u00e8quement conscient de toutes ses op\u00e9rations perceptives internes. La vision, r\u00e9v\u00e9lait Weiskrantz, n&rsquo;est pas un syst\u00e8me monolithique o\u00f9 \u00ab enregistrer \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 \u00ab avoir conscience d&rsquo;enregistrer \u00bb, mais un ensemble distribu\u00e9 de r\u00e9seaux fonctionnels dont seule une fraction restreinte alimente le foyer de la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale subjective.<\/p>\n<h2>6. M\u00e9canismes neuroanatomiques sous-jacents de la vision r\u00e9siduelle<\/h2>\n<h3>6.1 Le r\u00f4le pivot de la voie tectopulvinaire<\/h3>\n<p>Pour rendre compte de l\u2019existence physiologique du blindsight, Lawrence Weiskrantz et son coll\u00e8gue neuroanatomiste Alan Cowey d\u00e9ploient un programme monumental de cartographie fonctionnelle afin d&rsquo;identifier les autoroutes nerveuses contournant le cortex stri\u00e9 d\u00e9truit. La premi\u00e8re explication anatomique repose sur la consolidation du mod\u00e8le de la <strong>voie tectopulvinaire<\/strong> (ou syst\u00e8me r\u00e9tino-colliculaire).<\/p>\n<p>Environ 10 % des axones my\u00e9linis\u00e9s composant le nerf optique divergent avant d&rsquo;atteindre le corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral pour former la racine brachiale du colliculus sup\u00e9rieur. Ces fibres projettent directement vers les couches superficielles du colliculus, o\u00f9 r\u00e9side une carte r\u00e9tinotopique pr\u00e9cise de l&rsquo;espace controlat\u00e9ral. Depuis ces couches colliculaires, les neurones projettent de mani\u00e8re eff\u00e9rente vers les noyaux pulvinars du thalamus, et plus sp\u00e9cifiquement vers le pulvinar inf\u00e9rieur et lat\u00e9ral. Ces relais thalamiques adressent \u00e0 leur tour des projections massives vers les aires associatives pari\u00e9tales (notamment le cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur) sans jamais transiter par le cortex visuel primaire V1.<\/p>\n<p>Cette circuiterie tecto-pulvino-pari\u00e9tale explique avec une coh\u00e9rence parfaite pourquoi le patient D.B. et les mod\u00e8les simiens conservent l&rsquo;aptitude \u00e0 localiser spatialement un point lumineux et \u00e0 y diriger la main ou les yeux (pointage balistique), alors m\u00eame que leur vision stri\u00e9e est morte. Cette voie subcorticale ancestrale constitue un module d&rsquo;action motrice rapide d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la survie \u2013 localiser une menace ou diriger le regard vers une rupture environnementale \u2013 enti\u00e8rement d\u00e9pourvu de la circuiterie neuronale n\u00e9cessaire pour g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nale d&rsquo;une image visuelle riche et consciente.<\/p>\n<h3>6.2 Les projections directes du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral vers le cortex extrastri\u00e9<\/h3>\n<p>N\u00e9anmoins, la voie tectopulvinaire ne pouvait expliquer \u00e0 elle seule des performances plus \u00e9labor\u00e9es d\u00e9montr\u00e9es par D.B., telles que la discrimination de longueurs d\u2019onde chromatiques ou la perception de la direction de mouvements rapides. En poussant plus loin les investigations anatomiques chez le primate l\u00e9s\u00e9, Weiskrantz et Cowey mettent en \u00e9vidence une seconde circuiterie encore plus surprenante : des projections directes reliant le <strong>corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral (CGL)<\/strong> aux aires corticales visuelles extrastri\u00e9es \u00e9pargn\u00e9es par la l\u00e9sion, en particulier vers <strong>V4<\/strong> (impliqu\u00e9e dans la couleur) et <strong>V5\/MT<\/strong> (aire m\u00e9diotemporale, d\u00e9di\u00e9e au mouvement).<\/p>\n<p>Chez un sujet c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9 dont l&rsquo;aire V1 est d\u00e9truite, le CGL subit certes une atrophie r\u00e9trograde de ses couches parvocellulaires, mais un contingent significatif de cellules interlaminaires et de neurones magnocellulaires survit. Ces cellules projettent leurs axones directement vers l&rsquo;aire MT (V5) sans synapse interm\u00e9diaire calcarine. Cette d\u00e9couverte fondamentale \u00e9claire d\u2019un jour nouveau le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit historiquement en 1917 par le neurologue \u00e9cossais George Riddoch chez les soldats bless\u00e9s de la Premi\u00e8re Guerre mondiale (le <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Riddoch_syndrome\">ph\u00e9nom\u00e8ne de Riddoch<\/a><\/em>) : certains patients aveugles corticaux per\u00e7oivent le mouvement sans percevoir l&rsquo;objet qui bouge.<\/p>\n<p>Weiskrantz d\u00e9montre ainsi que le cortex extrastri\u00e9 peut continuer \u00e0 recevoir des informations visuelles modul\u00e9es en fr\u00e9quence et en direction spatiale directement depuis le thalamus. Toutefois, en l&rsquo;absence de boucles r\u00e9entrantes r\u00e9currentes avec l&rsquo;aire stri\u00e9e V1, ce traitement extrastri\u00e9 demeure confin\u00e9 \u00e0 un r\u00e9gime computationnel implicite, incapable d&rsquo;allumer le r\u00e9seau fronto-pari\u00e9tal requis pour la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale d&rsquo;acc\u00e8s.<\/p>\n<h3>6.3 Taxonomie du Blindsight : Type 1 et Type 2<\/h3>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies d\u2019exp\u00e9rimentations rigoureuses sur de nouveaux patients h\u00e9mianopsiques (tels que G.Y., un autre cas d&rsquo;\u00e9cole mondialement c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Oxford), Lawrence Weiskrantz affine sa conceptualisation et introduit au sein de la litt\u00e9rature scientifique une distinction taxinomique cardinale devenue canonique : la dichotomie entre le <strong>Blindsight de Type 1<\/strong> et le <strong>Blindsight de Type 2<\/strong>.<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"8\" style=\"border-collapse: collapse; width: 100%; margin: 20px 0;\">\n<tr style=\"background-color: #f2f2f2;\">\n<th>Crit\u00e8re taxonomique<\/th>\n<th>Blindsight de Type 1<\/th>\n<th>Blindsight de Type 2<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nale<\/strong><\/td>\n<td>Absence totale et absolue de sensation. Le sujet affirme \u00eatre dans le n\u00e9ant perceptif complet.<\/td>\n<td>Pr\u00e9sence d&rsquo;un \u00ab pressentiment \u00bb, d&rsquo;une sensation non visuelle ou d&rsquo;un avertissement corporel.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Attitude du patient<\/strong><\/td>\n<td>Sensation subjective de deviner continuellement et d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 l&rsquo;al\u00e9atoire pur.<\/td>\n<td>Prise de conscience qu&rsquo;\u00ab un \u00e9v\u00e9nement s&rsquo;est produit \u00bb, sans sensation visuelle de forme ou de couleur.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Conditions de d\u00e9clenchement<\/strong><\/td>\n<td>Stimuli statiques, lents, de faible \u00e0 moyenne intensit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s en choix forc\u00e9.<\/td>\n<td>Stimuli \u00e0 haut contraste temporel, mouvements cin\u00e9matiques rapides ou transitoires brutaux.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Substrats pr\u00e9sum\u00e9s<\/strong><\/td>\n<td>Circuiterie tecto-pulvinaire subcorticale stricte.<\/td>\n<td>Projections thalamo-extrastri\u00e9es (CGL vers aire V5\/MT) pr\u00e9serv\u00e9es.<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p>Cette taxonomie raffin\u00e9e d\u00e9montre la subtilit\u00e9 th\u00e9orique de Weiskrantz : la conscience visuelle n&rsquo;est pas un interrupteur binaire tout-ou-rien, mais un \u00e9difice stratifi\u00e9. Le Type 2 illustre un stade interm\u00e9diaire fascinant o\u00f9 un signal cortical extrastri\u00e9 vigoureux parvient \u00e0 franchir un premier seuil de d\u00e9tection m\u00e9tacognitive (le sujet sent qu&rsquo;il se passe quelque chose) sans pour autant parvenir \u00e0 reconstruire la texture qualitative interne d&rsquo;un <em>quale<\/em> visuel canonique.<\/p>\n<h2>7. Contributions majeures \u00e0 la neuropsychologie de la m\u00e9moire et de l&rsquo;amn\u00e9sie<\/h2>\n<h3>7.1 Collaboration avec Elizabeth Warrington sur les syndromes amn\u00e9siques<\/h3>\n<p>Bien que le blindsight constitue le pilier le plus retentissant de sa notori\u00e9t\u00e9 publique, les contributions de Lawrence Weiskrantz \u00e0 la compr\u00e9hension de la m\u00e9moire humaine sont d\u2019une port\u00e9e scientifique tout aussi monumentale. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960 et tout au long des ann\u00e9es 1970, en parall\u00e8le de ses travaux visuels, Weiskrantz m\u00e8ne avec la neuropsychologue <strong>Elizabeth Warrington<\/strong> une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes exp\u00e9rimentales princeps sur des patients amn\u00e9siques s\u00e9v\u00e8res, notamment ceux pr\u00e9sentant un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Korsakoff\">syndrome de Korsakoff<\/a> ou des l\u00e9sions bilat\u00e9rales des lobes temporaux m\u00e9diaux.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, le paradigme dominant assimilait l&rsquo;amn\u00e9sie globale \u00e0 une faillite compl\u00e8te et irr\u00e9m\u00e9diable de l&rsquo;encodage ou du stockage de l&rsquo;information nouvelle : l&rsquo;amn\u00e9sique \u00e9tait suppos\u00e9 incapable de retenir quoi que ce soit au-del\u00e0 de la dur\u00e9e de sa m\u00e9moire de travail \u00e0 court terme. Weiskrantz et Warrington remettent radicalement en cause ce consensus en concevant des \u00e9preuves de r\u00e9tention indirecte. Ils pr\u00e9sentent \u00e0 des amn\u00e9siques profonds des listes de mots, puis, quelques heures ou jours plus tard, constatent que les patients sont totalement incapables de rappeler ces mots spontan\u00e9ment ou de les identifier dans une t\u00e2che de reconnaissance \u00e0 choix forc\u00e9, affirmant n\u2019avoir jamais rencontr\u00e9 les exp\u00e9rimentateurs.<\/p>\n<p>Cependant, lorsque Weiskrantz et Warrington modifient l&rsquo;\u00e9preuve et pr\u00e9sentent aux patients les trois premi\u00e8res lettres des mots appris (t\u00e2che de compl\u00e9tion de radicaux de mots, ou <em>word-stem completion<\/em>) en leur demandant simplement de dire \u00ab le premier mot qui leur passe par la t\u00eate \u00bb, les amn\u00e9siques compl\u00e8tent les radicaux avec les mots cibles vus pr\u00e9c\u00e9demment avec une fr\u00e9quence statistique identique \u00e0 celle des sujets t\u00e9moins sains. L\u2019information avait donc \u00e9t\u00e9 parfaitement encod\u00e9e et stock\u00e9e dans l&rsquo;enc\u00e9phale, mais l&rsquo;acc\u00e8s conscient \u00e0 celle-ci \u00e9tait rompu. L&rsquo;amn\u00e9sie n&rsquo;\u00e9tait pas un d\u00e9ficit d&rsquo;enregistrement, mais un trouble sp\u00e9cifique de la r\u00e9cup\u00e9ration consciente et intentionnelle.<\/p>\n<h3>7.2 Dissociation entre m\u00e9moire explicite et m\u00e9moire implicite<\/h3>\n<p>Ces exp\u00e9rimentations historiques conduites par Weiskrantz et Warrington posent les fondements exp\u00e9rimentaux directs de la distinction th\u00e9orique universellement admise aujourd&rsquo;hui entre la <strong>m\u00e9moire explicite<\/strong> (ou d\u00e9clarative, n\u00e9cessitant un rappel conscient et verbalisable des souvenirs) et la <strong>m\u00e9moire implicite<\/strong> (ou non d\u00e9clarative, s&rsquo;exprimant automatiquement \u00e0 travers la facilitation comportementale sans conscience d&rsquo;un souvenir pass\u00e9).<\/p>\n<p>\u00c0 travers l&rsquo;utilisation des figures incompl\u00e8tes de Gollin (dessins au trait fragment\u00e9s dont la r\u00e9solution s&rsquo;am\u00e9liore \u00e0 chaque \u00e9tape) et de t\u00e2ches d&rsquo;apprentissage proc\u00e9dural perceptivo-moteur, ils prouvent que les patients amn\u00e9siques apprennent \u00e0 reconna\u00eetre des figures d\u00e9grad\u00e9es \u00e0 une vitesse normale d&rsquo;une session \u00e0 l&rsquo;autre, tout en affirmant \u00e0 chaque nouvelle session qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais vu ces dessins de leur vie. Le parall\u00e9lisme conceptuel avec le blindsight est \u00e9blouissant et volontairement soulign\u00e9 par Weiskrantz :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans le blindsight, le sujet discrimine une cible visuelle sans la \u00ab voir \u00bb consciemment ;<\/li>\n<li>Dans l&rsquo;amn\u00e9sie, le sujet utilise une trace mn\u00e9sique acquise sans se \u00ab souvenir \u00bb consciemment de l&rsquo;avoir apprise.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les deux cas, le cerveau d\u00e9montre sa capacit\u00e9 \u00e0 traiter, emmagasiner et exploiter des flux d&rsquo;informations informationnels denses \u00e0 l&rsquo;insu absolu du sentiment subjectif de l&rsquo;agent cognitif.<\/p>\n<h3>7.3 Recherches sur les fonctions du lobe frontal et du syst\u00e8me limbique<\/h3>\n<p>L\u2019ambition neurobiologique de Lawrence Weiskrantz ne se limitait pas aux relais sensoriels primaires et au dienc\u00e9phale : il s&rsquo;int\u00e9resse tr\u00e8s t\u00f4t aux rouages du <strong>lobe frontal<\/strong> et du <strong>complexe amygdalien<\/strong>. Dans une s\u00e9rie de monographies aujourd&rsquo;hui classiques, il analyse les effets des r\u00e9sections s\u00e9lectives du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral et orbitofrontal chez le primate non humain, cherchant \u00e0 diss\u00e9quer la machinerie neuronale qui r\u00e9gule l&rsquo;inhibition des comportements inadapt\u00e9s et la planification temporelle.<\/p>\n<p>Weiskrantz d\u00e9montre que les l\u00e9sions pr\u00e9frontales n&rsquo;alt\u00e8rent pas la perception primaire ou la m\u00e9moire \u00e0 long terme en tant que telle, mais d\u00e9sorganisent la capacit\u00e9 \u00e0 inhiber des r\u00e9ponses comportementales pr\u00e9alablement r\u00e9compens\u00e9es mais devenues obsol\u00e8tes (pers\u00e9v\u00e9ration pathologique). Il montre que le lobe frontal op\u00e8re comme une structure m\u00e9tacognitive de tri et de supervision temporelle, essentielle pour ordonner la succession des souvenirs et pour maintenir un but actif face aux interf\u00e9rences environnementales.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, ses travaux sur l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(syst%C3%A8me_limbique)\">amygdale<\/a> \u2013 inspir\u00e9s des descriptions historiques du syndrome de Kl\u00fcver-Bucy \u2013 permettent d&rsquo;\u00e9lucider le r\u00f4le pivot de ce complexe nucl\u00e9aire dans l&rsquo;attribution d&rsquo;une valence \u00e9motionnelle aux stimuli sensoriels. Weiskrantz d\u00e9montre avec une pr\u00e9cision remarquable que la d\u00e9connexion de l&rsquo;amygdale prive l&rsquo;animal de la capacit\u00e9 d&rsquo;associer un stimulus visuel \u00e0 une r\u00e9compense biologique ou \u00e0 une punition mena\u00e7ante, cr\u00e9ant une forme de \u00ab c\u00e9cit\u00e9 psychique \u00bb \u00e9motionnelle o\u00f9 l&rsquo;objet est parfaitement vu et localis\u00e9, mais vid\u00e9 de sa signification vitale.<\/p>\n<h2>8. M\u00e9thodologie psychophysique et rigueur exp\u00e9rimentale chez Weiskrantz<\/h2>\n<h3>8.1 Le contr\u00f4le rigoureux des artefacts optiques et de la diffusion lumineuse<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des raisons majeures pour lesquelles les travaux de Lawrence Weiskrantz ont surv\u00e9cu \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du temps r\u00e9side dans sa m\u00e9fiance obsessionnelle envers les artefacts exp\u00e9rimentaux. D\u00e8s la publication de ses premiers r\u00e9sultats sur la vision aveugle, les milieux sceptiques avanc\u00e8rent une explication physique triviale : la lumi\u00e8re projet\u00e9e dans le scotome du patient ne pouvait-elle pas subir une <strong>diffusion intraoculaire parasitaire<\/strong> (<em>stray light<\/em>) \u00e0 travers les milieux transparents de l&rsquo;\u0153il (corn\u00e9e, cristallin, corps vitr\u00e9) et venir stimuler de mani\u00e8re sub-liminaire des photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens situ\u00e9s dans l&rsquo;h\u00e9michamp sain oppos\u00e9 ?<\/p>\n<p>Weiskrantz rel\u00e8ve le d\u00e9fi avec une inventivit\u00e9 m\u00e9thodologique l\u00e9gendaire :<\/p>\n<ul>\n<li>Il proc\u00e8de \u00e0 des mesures optom\u00e9triques rigoureuses de la fonction de diffusion lumineuse du globe oculaire humain ;<\/li>\n<li>Il projette d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des faisceaux lumineux d&rsquo;intensit\u00e9 calibr\u00e9e directement sur la tache aveugle anatomique du patient (la papille optique, d\u00e9pourvue de tout photor\u00e9cepteur) : le patient s&rsquo;av\u00e8re totalement incapable d&rsquo;\u00e9mettre le moindre choix forc\u00e9 correct, prouvant math\u00e9matiquement que la dispersion lumineuse ambiante ne suffisait pas \u00e0 d\u00e9clencher une r\u00e9ponse ;<\/li>\n<li>Il sature exp\u00e9rimentalement l&rsquo;h\u00e9michamp sain \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une lumi\u00e8re de fond vive continue (champ d&rsquo;\u00e9blouissement adaptatif) pour \u00e9touffer tout artefact de diffusion lumineuse qui pourrait y d\u00e9river : les performances de blindsight dans l&rsquo;h\u00e9michamp aveugle demeurent statistiquement inchang\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par cette batterie de contre-\u00e9preuves imparables, Weiskrantz pulv\u00e9rise l&rsquo;hypoth\u00e8se de la lumi\u00e8re parasite et force la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 admettre la r\u00e9alit\u00e9 neurobiologique interne du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<h3>8.2 L&rsquo;enregistrement oculomoteur et la p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e<\/h3>\n<p>La cartographie de la c\u00e9cit\u00e9 d&rsquo;un patient exigeait une stabilit\u00e9 absolue du regard. Si le patient effectuait de micro-saccades oculaires clandestines lors de la pr\u00e9sentation du stimulus, il pouvait momentan\u00e9ment faire basculer la cible lumineuse dans la zone fonctionnelle de sa r\u00e9tine saine, mimant artificiellement une capacit\u00e9 de vision aveugle. Weiskrantz consacre des ann\u00e9es \u00e0 perfectionner l&rsquo;automatisation des enregistrements p\u00e9rim\u00e9triques.<\/p>\n<p>Il associe la classique <em>p\u00e9rim\u00e9trie cin\u00e9tique et statique de T\u00fcbingen<\/em> \u00e0 des syst\u00e8mes de suivi du regard par <strong>oculom\u00e9trie infrarouge<\/strong> et par analyse de la r\u00e9flexion corn\u00e9enne (images de Purkinje). Les stimuli visuels n&rsquo;\u00e9taient d\u00e9clench\u00e9s que si, et seulement si, le regard du sujet demeurait verrouill\u00e9 avec une stabilit\u00e9 millim\u00e9trique sur le point de fixation central durant un intervalle temporel pr\u00e9\u00e9tabli. Toute d\u00e9rive oculaire sup\u00e9rieure \u00e0 quelques fractions de degr\u00e9 entra\u00eenait l&rsquo;interruption instantan\u00e9e de l&rsquo;essai et le rejet des donn\u00e9es correspondantes.<\/p>\n<p>En outre, Weiskrantz con\u00e7oit des protocoles \u00e0 double intervalle temporel de choix forc\u00e9 (<em>two-alternative forced-choice<\/em>, 2AFC) o\u00f9 le stimulus n&rsquo;appara\u00eet que lors de l&rsquo;un de deux intervalles sonores distincts. Le patient, toujours persuad\u00e9 de ne rien voir, doit dire si la cible \u00e9tait pr\u00e9sente lors du premier ou du second bip sonore. Cette m\u00e9thodologie standardis\u00e9e \u00e9limine tout biais d&rsquo;anticipation ou de pr\u00e9dictibilit\u00e9 motrice, apportant des garanties statistiques irr\u00e9futables \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 de la vision r\u00e9siduelle inconsciente.<\/p>\n<h3>8.3 La th\u00e9orie de d\u00e9tection du signal appliqu\u00e9e \u00e0 la conscience<\/h3>\n<p>L\u2019apport m\u00e9thodologique de Weiskrantz s\u2019enrichit consid\u00e9rablement de l&rsquo;application syst\u00e9matique de la <strong>th\u00e9orie de d\u00e9tection du signal (TDS)<\/strong>, issue des travaux de Green et Swets. Dans les paradigmes classiques, on confondait couramment deux variables fondamentales de la r\u00e9ponse humaine : la sensibilit\u00e9 sensorielle objective de l&rsquo;appareil perceptif et le crit\u00e8re de d\u00e9cision subjectif du sujet (son biais de r\u00e9ponse).<\/p>\n<p>Weiskrantz formalise math\u00e9matiquement que la diff\u00e9rence entre un sujet sain et un patient atteint de blindsight r\u00e9side dans le d\u00e9couplage entre deux param\u00e8tres statistiques :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;indice de sensibilit\u00e9 sensorielle r\u00e9elle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"d&#039;\">$d&rsquo;$<\/span> ou <em>d-prime<\/em>), qui mesure la s\u00e9paration effective entre la distribution du bruit neural de fond et la distribution du signal plus bruit ;<\/li>\n<li>Le crit\u00e8re de d\u00e9cision subjectif (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\beta\">$\\beta$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"c\">$c$<\/span>), qui refl\u00e8te le seuil interne \u00e0 partir duquel l&rsquo;individu estime poss\u00e9der une certitude suffisante pour affirmer verbalement : <em>\u00ab Oui, j&rsquo;ai vu quelque chose \u00bb<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Weiskrantz d\u00e9montre avec \u00e9clat que chez le patient D.B., l&rsquo;indice de sensibilit\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"d&#039;\">$d&rsquo;$<\/span> dans le champ aveugle est significativement positif (le cerveau discrimine bel et bien le signal physique du bruit de fond), mais son crit\u00e8re subjectif <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\beta\">$\\beta$<\/span> a gliss\u00e9 vers une valeur infiniment conservatrice. Parce que le cortex visuel stri\u00e9 est absent, le patient n&rsquo;exp\u00e9rimente aucun signal qualitatif familier et adopte un crit\u00e8re m\u00e9tacognitif qui le conduit \u00e0 d\u00e9clarer syst\u00e9matiquement qu&rsquo;il n&rsquo;a rien vu. La th\u00e9orie de d\u00e9tection du signal devenait ainsi, sous la plume de Weiskrantz, l&rsquo;instrument math\u00e9matique par excellence de la dissection de la conscience.<\/p>\n<h2>9. Implications philosophiques : Red\u00e9finir la conscience et le traitement inconscient<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;impact sur la philosophie de l&rsquo;esprit et le probl\u00e8me difficile de la conscience<\/h3>\n<p>L&rsquo;irruption des donn\u00e9es empiriques accumul\u00e9es par Lawrence Weiskrantz a provoqu\u00e9 une v\u00e9ritable d\u00e9flagration dans la philosophie de l&rsquo;esprit anglo-saxonne et continentale \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1970. Jusqu&rsquo;alors, la tradition cart\u00e9sienne dominante postulait la transparence imm\u00e9diate et int\u00e9grale de l&rsquo;esprit \u00e0 lui-m\u00eame : un \u00e9tat perceptif \u00e9tait par d\u00e9finition un \u00e9tat dont le sujet avait l&rsquo;intuition consciente. Le blindsight est venu briser ce postulat s\u00e9culaire en apportant la preuve anatomique qu&rsquo;une perception hautement complexe peut s&rsquo;ex\u00e9cuter dans l&rsquo;obscurit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale la plus absolue.<\/p>\n<p>Les philosophes contemporains de la conscience se sont imm\u00e9diatement empar\u00e9s des cas d\u00e9crits par Weiskrantz. Le philosophe australien <strong>David Chalmers<\/strong> a \u00e9rig\u00e9 le blindsight en pilier empirique central de sa c\u00e9l\u00e8bre formulation du <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Hard_problem_of_consciousness\">probl\u00e8me difficile de la conscience<\/a><\/em> (<em>the hard problem of consciousness<\/em>). Pour Chalmers, le blindsight d\u00e9montre qu&rsquo;un syst\u00e8me computationnel biologique peut ex\u00e9cuter toutes les fonctions discriminatives et motrices de la vision sans qu&rsquo;aucune sensation ph\u00e9nom\u00e9nale (aucun <em>quale<\/em>) ne soit allum\u00e9e. Il y voit l&rsquo;illustration clinique du concept th\u00e9orique du \u00ab zombie philosophique \u00bb : une cr\u00e9ature qui agit et r\u00e9agit comme un sujet voyant, mais dont la vie int\u00e9rieure est totalement d\u00e9pourvue d&rsquo;exp\u00e9rience subjective v\u00e9cue.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les travaux de Weiskrantz ont oblig\u00e9 les philosophes \u00e0 distinguer formellement la <em>conscience ph\u00e9nom\u00e9nale<\/em> (le ressenti qualitatif brut d&rsquo;une lueur rouge ou d&rsquo;un son aigu) de la <em>conscience d&rsquo;acc\u00e8s<\/em> (la mise \u00e0 disposition de l&rsquo;information pour le raisonnement logique, le contr\u00f4le volontaire de la parole et la planification globale). Le patient aveugle cortical poss\u00e8de une forme d&rsquo;acc\u00e8s direct et inconscient \u00e0 l&rsquo;information visuelle qui guide son bras, mais cet acc\u00e8s est coup\u00e9 de la sph\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nale.<\/p>\n<h3>9.2 Dialogue intellectuel avec Ned Block, Daniel Dennett et John Searle<\/h3>\n<p>Tout au long de sa maturit\u00e9 intellectuelle, Lawrence Weiskrantz s\u2019est engag\u00e9 dans des controverses fascinantes avec les figures de proue de la philosophie analytique de l\u2019esprit :<\/p>\n<p>Avec <strong>Ned Block<\/strong>, l&rsquo;\u00e9change fut particuli\u00e8rement f\u00e9cond. Block a utilis\u00e9 les donn\u00e9es de Weiskrantz pour \u00e9tayer sa c\u00e9l\u00e8bre distinction entre <em>Phenomenal Consciousness (P-consciousness)<\/em> et <em>Access Consciousness (A-consciousness)<\/em>. Block affirmait que le blindsight de Type 1 repr\u00e9sentait un cas pur d&rsquo;absence totale de conscience ph\u00e9nom\u00e9nale coupl\u00e9e \u00e0 une conscience d&rsquo;acc\u00e8s partielle et hautement contrainte par le protocole exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, le philosophe h\u00e9t\u00e9ro-ph\u00e9nom\u00e9nologue <strong>Daniel Dennett<\/strong> a adopt\u00e9 une posture critique provocatrice. Dans son ouvrage magistral <em>Consciousness Explained<\/em> (1991), Dennett conteste l&rsquo;existence de qualia mystiques flottant au-dessus du cerveau. Selon son <em>Mod\u00e8le des versions multiples<\/em>, le patient de Weiskrantz ne poss\u00e8de pas un \u00ab esprit conscient \u00bb qui regarderait un \u00ab canal inconscient \u00bb, mais simplement un canal de transmission d&rsquo;information dont le gain est trop faible pour permettre un rapport verbal spontan\u00e9 standard. Pour Dennett, le blindsight n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une vision d\u00e9grad\u00e9e dot\u00e9e d&rsquo;un seuil de rapport verbal d\u00e9cal\u00e9, r\u00e9futant toute rupture ontologique entre conscience et traitement inconscient.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces lectures philosophiques contrast\u00e9es, Lawrence Weiskrantz a toujours maintenu une position d&rsquo;un <strong>naturalisme biologique rigoureux<\/strong>, proche de celle d\u00e9fendue par <strong>John Searle<\/strong>. Rejetant \u00e0 la fois le dualisme des substances cart\u00e9sien et le computationnalisme fonctionnaliste d\u00e9connect\u00e9 de la chair biologique, Weiskrantz a toujours soutenu que la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale est une propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente causale g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par des dynamiques neuronales corticales sp\u00e9cifiques, enracin\u00e9es dans la connectivit\u00e9 r\u00e9entrante entre le cortex sensoriel et les r\u00e9gions associatives ant\u00e9rieures.<\/p>\n<h3>9.3 Le mod\u00e8le de commentaire d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur (Higher-Order Thought)<\/h3>\n<p>Sur le plan de sa propre th\u00e9orisation th\u00e9orique, Lawrence Weiskrantz a formul\u00e9 une hypoth\u00e8se neuro-computationnelle \u00e9l\u00e9gante pour expliquer pourquoi le cortex stri\u00e9 V1 est si indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la conscience visuelle. Proche des th\u00e9ories philosophiques de la pens\u00e9e d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur (<em>Higher-Order Thought<\/em> ou th\u00e9ories HOT, d\u00e9velopp\u00e9es notamment par David Rosenthal), Weiskrantz propose le mod\u00e8le du <strong>\u00ab commentaire d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur \u00bb<\/strong> (<em>higher-order commentary<\/em>).<\/p>\n<p>Selon Weiskrantz, le traitement sensoriel brut (qu&rsquo;il soit op\u00e9r\u00e9 par le colliculus sup\u00e9rieur ou par des aires extrastri\u00e9es directes) produit une repr\u00e9sentation de premier ordre : une information sur l&rsquo;\u00e9tat physique du monde ext\u00e9rieur (\u00ab il y a une barre verticale \u00e0 telle coordonn\u00e9e \u00bb). Toutefois, cette repr\u00e9sentation de premier ordre ne devient <em>consciente<\/em> que si, et seulement si, un m\u00e9canisme c\u00e9r\u00e9bral secondaire g\u00e9n\u00e8re un \u00ab commentaire m\u00e9tacognitif \u00bb d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur stipulant : <em>\u00ab Je suis en train d&rsquo;enregistrer cette barre verticale \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Weiskrantz postule que le cortex visuel primaire V1 n&rsquo;est pas simplement un analyseur de traits \u00e9l\u00e9mentaires, mais le pivot d&rsquo;un r\u00e9seau dynamique r\u00e9entrant reliant le p\u00f4le occipital aux structures m\u00e9tacognitives du cortex pr\u00e9frontal. Sans le cortex stri\u00e9, le signal de premier ordre existe toujours dans les voies sous-corticales et motrices (permettant au bras de pointer), mais la boucle r\u00e9entrante n\u00e9cessaire \u00e0 la gen\u00e8se du commentaire d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur est rompue. L&rsquo;information est trait\u00e9e, mais le cerveau ne peut plus se dire \u00e0 lui-m\u00eame qu&rsquo;il la traite.<\/p>\n<h2>10. Controverses scientifiques, d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et r\u00e9plications<\/h2>\n<h3>10.1 Les critiques de Campion, Latto et Smith (1983)<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la science d\u00e9montre que toute r\u00e9volution paradigmatique suscite une r\u00e9sistance proportionnelle \u00e0 son audace th\u00e9orique. En 1983, la revue de r\u00e9f\u00e9rence mondiale <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em> publie un article pol\u00e9mique majeur sign\u00e9 par John Campion, Richard Latto et Y.M. Smith, intitul\u00e9 sans ambages : <em>\u00ab Is blindsight an effect in search of an explanation or an artifact in search of a method? \u00bb<\/em> (La vision aveugle est-elle un effet en qu\u00eate d&rsquo;explication ou un artefact en qu\u00eate de m\u00e9thode ?).<\/p>\n<p>Les auteurs y d\u00e9ploient une critique d\u00e9vastatrice et exhaustive des travaux de Lawrence Weiskrantz et de ses confr\u00e8res. Leurs arguments s&rsquo;articulent autour de trois contestations fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;artefact de la diffusion lumineuse intraoculaire (<em>light scatter<\/em>), insuffisamment pris en compte selon eux, qui viendrait exciter des neurones de l&rsquo;h\u00e9michamp sain \u00e0 travers la scl\u00e9rotique ou le fond d&rsquo;\u0153il ;<\/li>\n<li>L&rsquo;existence r\u00e9siduelle d&rsquo;\u00ab \u00eelots \u00bb de cortex stri\u00e9 intacts, \u00e9pargn\u00e9s par la chirurgie ou la n\u00e9crose isch\u00e9mique au fond des scissures calcarines, qui assureraient une vision fov\u00e9ale ou p\u00e9riph\u00e9rique minuscule et sous-d\u00e9tect\u00e9e par la p\u00e9rim\u00e9trie standard ;<\/li>\n<li>Le glissement de crit\u00e8res m\u00e9thodologiques : le blindsight ne serait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une vision normale extr\u00eamement d\u00e9grad\u00e9e, bruit\u00e9e et assourdie, face \u00e0 laquelle le patient n&rsquo;ose pas s&rsquo;engager verbalement sans que l&rsquo;on ait besoin d&rsquo;invoquer une \u00ab vision sans conscience \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette publication suscite l\u2019une des discussions scientifiques les plus denses de l&rsquo;histoire des neurosciences cognitives, mobilisant des dizaines de commentateurs internationaux.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse apport\u00e9e par Lawrence Weiskrantz est un mod\u00e8le de probit\u00e9 et de combativit\u00e9 empirique. Loin de s&rsquo;enfermer dans une posture d\u00e9fensive, il retourne en laboratoire et con\u00e7oit de nouvelles s\u00e9ries d&rsquo;exp\u00e9rimentations destin\u00e9es \u00e0 neutraliser m\u00e9thodologiquement chaque objection soulev\u00e9e. Il d\u00e9montre par des mod\u00e9lisations optiques formelles que m\u00eame en soustrayant toute trace possible de diffusion lumineuse, les performances de D.B. demeurent intactes, consolidant d\u00e9finitivement l&rsquo;assise empirique de sa d\u00e9couverte.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;hypoth\u00e8se des \u00eelots de cortex visuel \u00e9pargn\u00e9<\/h3>\n<p>L\u2019objection la plus coriace scientifiquement ne concernait pas l\u2019optique, mais la neuroanatomie : pouvait-on garantir \u00e0 100 % qu&rsquo;aucun neurone de l&rsquo;aire V1 n&rsquo;avait surv\u00e9cu au sein de la scissure calcarine l\u00e9s\u00e9e ? \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 D.B. a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9, l\u2019imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) n\u2019existait pas, et les chirurgiens devaient se fier aux rep\u00e8res visuels per-op\u00e9ratoires et \u00e0 la tomodensitom\u00e9trie (scanner X) naissante, dont la r\u00e9solution spatiale \u00e9tait de plusieurs millim\u00e8tres.<\/p>\n<p>L\u2019av\u00e8nement dans les ann\u00e9es 1990 de l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">IRM fonctionnelle (IRMf)<\/a> \u00e0 haut champ magn\u00e9tique et des techniques d&rsquo;analyse volum\u00e9trique 3D a permis de trancher ce d\u00e9bat historique. Weiskrantz, en collaboration avec Robert Fendrich et ult\u00e9rieurement avec Matthew Rushworth, soumet ses patients historiques aux puissants aimants d&rsquo;imagerie moderne. Les examens structurels confirment la destruction compl\u00e8te et transmurale du cortex calcarin droit de D.B. dans les zones retinotopiques correspondant \u00e0 son champ aveugle.<\/p>\n<p>Mieux encore, des confirmations d\u00e9cisives proviennent de l&rsquo;\u00e9tude de patients ayant subi une <strong>h\u00e9misph\u00e9rectomie totale<\/strong> (ablation chirurgicale compl\u00e8te d&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral entier, r\u00e9alis\u00e9e chez des enfants ou de jeunes adultes pour traiter des \u00e9pilepsies r\u00e9fractaires cataclysmiques). Chez ces sujets, il n&rsquo;existe litt\u00e9ralement plus un seul millim\u00e8tre cube de cortex visuel dans tout un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral. Or, des chercheurs form\u00e9s par Weiskrantz d\u00e9montrent que certains de ces patients h\u00e9misph\u00e9rectomis\u00e9s continuent de manifester des capacit\u00e9s de blindsight de Type 1 (orientation spatiale et d\u00e9tection inconsciente du mouvement). D\u00e8s lors, l&rsquo;hypoth\u00e8se des \u00ab \u00eelots corticaux r\u00e9siduels \u00bb s&rsquo;effondrait : la vision aveugle pouvait bel et bien s&rsquo;\u00e9panouir sur un substrat purement subcortical et extrastri\u00e9.<\/p>\n<h3>10.3 D\u00e9bats contemporains sur la conscience d\u00e9grad\u00e9e vs inconscience totale<\/h3>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le d\u00e9bat \u00e9pist\u00e9mologique s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 vers des consid\u00e9rations psychophysiques encore plus subtiles, men\u00e9es par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de chercheurs utilisant des outils d&rsquo;\u00e9valuation de la conscience m\u00e9tacognitive de plus en plus raffin\u00e9s, tels que la <strong>Perceptual Awareness Scale (PAS)<\/strong> d\u00e9velopp\u00e9e par Morten Overgaard.<\/p>\n<p>Cette \u00e9chelle propose aux sujets non plus un choix binaire (\u00ab vu \u00bb ou \u00ab pas vu \u00bb), mais une gradation fine en quatre niveaux :<\/p>\n<ol>\n<li>Aucune sensation ou impression quelconque ;<\/li>\n<li>Une vague intuition ou impression non visuelle d&rsquo;un stimulus ;<\/li>\n<li>Une sensation visuelle claire mais incompl\u00e8te ou d\u00e9grad\u00e9e ;<\/li>\n<li>Une perception visuelle totalement claire et distincte.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Certaines \u00e9tudes contemporaines r\u00e9\u00e9valuant des patients h\u00e9mianopsiques \u00e0 l\u2019aune de cette \u00e9chelle soutiennent que les performances de choix forc\u00e9 ne d\u00e9collent du hasard que lorsque le patient cote sa sensation au niveau 2 ou sup\u00e9rieur, plaidant pour l&rsquo;id\u00e9e que le blindsight serait une forme de \u00ab conscience r\u00e9siduelle extr\u00eamement d\u00e9grad\u00e9e \u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;une inconscience absolue.<\/p>\n<p>Cependant, Lawrence Weiskrantz a r\u00e9pliqu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ses derni\u00e8res publications en soulignant que le <em>Blindsight de Type 1<\/em> correspond tr\u00e8s exactement au niveau 1 strict de la PAS : une performance statistique robuste coupl\u00e9e au n\u00e9ant subjectif le plus total. Si le d\u00e9bat continue de f\u00e9conder les neurosciences de la conscience, le statut du blindsight comme ph\u00e9nom\u00e8ne empirique majeur et reproductible n&rsquo;est plus contest\u00e9 par aucun laboratoire s\u00e9rieux au monde.<\/p>\n<h2>11. Ouvrages majeurs et synth\u00e8se th\u00e9orique : De Blindsight \u00e0 Consciousness Lost and Found<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;ouvrage fondateur : Blindsight: A Case Study and Implications (1986)<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s plus d&rsquo;une d\u00e9cennie d&rsquo;investigations cliniques et de perfectionnements exp\u00e9rimentaux sur le patient D.B., Lawrence Weiskrantz consigne l&rsquo;ensemble de ses donn\u00e9es, de ses analyses anatomiques et de ses r\u00e9flexions conceptuelles dans une monographie magistrale publi\u00e9e en 1986 aux Oxford University Press : <strong>Blindsight: A Case Study and Implications<\/strong>. Ce livre devient instantan\u00e9ment un classique fondateur des sciences cognitives modernes.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage frappe la communaut\u00e9 scientifique par sa structure rigoureuse : loin de se complaire dans des extrapolations th\u00e9oriques hasardeuses, Weiskrantz consacre les trois quarts de l&rsquo;ouvrage \u00e0 une pr\u00e9sentation scrupuleuse, tableau par tableau, essai par essai, des donn\u00e9es psychophysiques accumul\u00e9es sur D.B. Il y d\u00e9taille les exp\u00e9riences de d\u00e9tection de points lumineux, d&rsquo;acuit\u00e9 vernier sans conscience, de discrimination de longueurs d&rsquo;onde, de reconnaissance de configurations g\u00e9om\u00e9triques simples, de cin\u00e9matique et d&rsquo;effet de sommation spatio-temporelle.<\/p>\n<p>Dans la derni\u00e8re partie de l&rsquo;ouvrage, Weiskrantz d\u00e9ploie la port\u00e9e philosophique de son travail. Il y esquisse pour la premi\u00e8re fois une th\u00e9orie neuroanatomique coh\u00e9rente de la scission entre traitement de l&rsquo;information et sentiment d&rsquo;acc\u00e8s conscient. L&rsquo;accueil critique est dithyrambique. Les revues <em>Nature<\/em>, <em>Science<\/em> et <em>The Times Literary Supplement<\/em> saluent un chef-d&rsquo;\u0153uvre de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale qui parvient \u00e0 concilier la tradition de la neurologie clinique classique avec la puissance de la psychophysique computationnelle.<\/p>\n<h3>11.2 Approfondissement conceptuel dans Consciousness Lost and Found (1997)<\/h3>\n<p>Onze ans apr\u00e8s son coup d&rsquo;\u00e9clat \u00e9ditorial, Weiskrantz publie en 1997 un ouvrage plus ambitieux encore sur le plan de la synth\u00e8se th\u00e9orique : <strong>Consciousness Lost and Found: A Neuropsychological Exploration<\/strong>. Dans ce texte d&rsquo;une maturit\u00e9 intellectuelle remarquable, il \u00e9largit consid\u00e9rablement le champ de sa r\u00e9flexion au-del\u00e0 du seul syst\u00e8me visuel.<\/p>\n<p>Weiskrantz y dresse un parall\u00e8le saisissant entre le blindsight et une multitude d&rsquo;autres dissociations neuropsychologiques identifi\u00e9es dans les cliniques neurologiques mondiales :<\/p>\n<ul>\n<li>La <strong>surdit\u00e9 aveugle<\/strong> (<em>deaf-hearing<\/em>), o\u00f9 des patients atteints de l\u00e9sions du cortex auditif primaire r\u00e9agissent \u00e0 des fr\u00e9quences sonores sans avoir la sensation d&rsquo;entendre ;<\/li>\n<li>Le <strong>toucher aveugle<\/strong> (<em>numbsense<\/em>), o\u00f9 des l\u00e9sions du cortex somatosensoriel primaire privent le patient de sensation tactile tout en lui permettant de pointer avec pr\u00e9cision l&rsquo;endroit de sa peau qui a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9 ;<\/li>\n<li>L&rsquo;<strong>h\u00e9min\u00e9gligence spatiale<\/strong>, o\u00f9 les informations contenues dans l&rsquo;h\u00e9miespace gauche n\u00e9glig\u00e9 influencent les jugements s\u00e9mantiques du sujet sans acc\u00e8s conscient ;<\/li>\n<li>La <strong>prosopagnosie<\/strong>, o\u00f9 des patients incapables d&rsquo;identifier consciemment les visages de leurs proches manifestent des variations \u00e9lectrodermales autonomes sp\u00e9cifiques \u00e0 la vue de ces m\u00eames visages.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 travers cette magistrale mise en perspective, Weiskrantz d\u00e9montre que le blindsight n&rsquo;est pas une singularit\u00e9 optique bizarre, mais la manifestation universelle de l&rsquo;architecture modulaire du syst\u00e8me nerveux central : le cerveau est un archipel de processeurs implicites automatiques, la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale n&rsquo;\u00e9tant requise que pour la coordination strat\u00e9gique, la r\u00e9solution de conflits et le rapport social m\u00e9tacognitif.<\/p>\n<h3>11.3 Blindsight and Action (2009) et publications ultimes<\/h3>\n<p>Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie acad\u00e9mique, Lawrence Weiskrantz ne cesse de raffiner ses concepts \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des technologies \u00e9mergentes. En 2009, il fait para\u00eetre <strong>Blindsight and Action: The Brain&rsquo;s First Light<\/strong>, un ouvrage qui r\u00e9sonne comme un testament scientifique. Il y revisite l&rsquo;ensemble de ses 35 ann\u00e9es de recherche sur la vision inconsciente en int\u00e9grant les donn\u00e9es vertigineuses issues de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_magn%C3%A9tique_transcr%C3%A2nienne\">stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS)<\/a> et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle \u00e0 haute r\u00e9solution temporelle (magn\u00e9toenc\u00e9phalographie, MEG).<\/p>\n<p>Dans cet ouvrage ultime, Weiskrantz s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 la mani\u00e8re dont le blindsight \u00e9claire la coordination visuo-motrice chez l&rsquo;humain sain. En collaboration avec des chercheurs utilisant la TMS pour induire des l\u00e9sions virtuelles transitoires de l&rsquo;aire V1 chez des sujets normaux, il d\u00e9montre que l&rsquo;on peut recr\u00e9er artificiellement en laboratoire un blindsight temporaire de Type 1 : le sujet sain sous impulsion TMS affirme n&rsquo;avoir rien vu, mais sa main attrape l&rsquo;objet avec une pr\u00e9hension digit\u00e9e millim\u00e9triquement ajust\u00e9e \u00e0 la taille de la cible.<\/p>\n<p>Weiskrantz y livre une m\u00e9ditation profonde sur la trajectoire des sciences de l&rsquo;esprit. Il exprime son optimisme in\u00e9branlable quant \u00e0 la capacit\u00e9 future de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 \u00e9lucider int\u00e9gralement les bases neurales de la subjectivit\u00e9, tout en mettant en garde contre le r\u00e9ductionnisme vulgaire qui pr\u00e9tendrait \u00e9liminer l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue au motif qu&rsquo;elle est biologiquement produite. Jusqu&rsquo;au cr\u00e9puscule de sa vie, il plaidera pour une science unissant l&rsquo;objectivit\u00e9 la plus froide de la mesure de laboratoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute respectueuse et bienveillante de la parole du patient c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9.<\/p>\n<h2>12. Post\u00e9rit\u00e9, h\u00e9ritage acad\u00e9mique et impact contemporain sur les neurosciences cognitives<\/h2>\n<h3>12.1 Distinctions honorifiques et reconnaissance internationale<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique exceptionnelle de Lawrence Weiskrantz lui a valu les plus hautes distinctions acad\u00e9miques accord\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s savantes mondiales. En 1980, en reconnaissance directe de ses d\u00e9couvertes fondatrices sur le cortex visuel et la m\u00e9moire, il est \u00e9lu <strong>Fellow of the Royal Society (FRS)<\/strong>, la plus prestigieuse institution scientifique du Royaume-Uni. Au sein de la Royal Society, il s&rsquo;investit activement dans les comit\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation, veillant \u00e0 promouvoir les neurosciences cognitives comme une discipline biologique majeure.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des fronti\u00e8res britanniques, sa stature internationale est consacr\u00e9e par son \u00e9lection en tant que membre \u00e9tranger de l&rsquo;<strong>Acad\u00e9mie nationale des sciences des \u00c9tats-Unis<\/strong> (<em>National Academy of Sciences<\/em>), de l&rsquo;Acad\u00e9mie am\u00e9ricaine des arts et des sciences, ainsi que de l&rsquo;<em>Academia Europaea<\/em>. Les universit\u00e9s du monde entier l&rsquo;honorent de doctorats <em>honoris causa<\/em>, saluant l&rsquo;homme qui a su jeter un pont exp\u00e9rimental indestructible entre la psychophysique et la clinique humaine.<\/p>\n<p>Parmi les multiples prix scientifiques prestigieux qui lui sont d\u00e9cern\u00e9s figurent la m\u00e9daille comm\u00e9morative de la British Psychological Society, le prix international de la fondation Fyssen \u00e0 Paris, ainsi que l&rsquo;Osler Memorial Medal de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford. Malgr\u00e9 cette pluie d&rsquo;honneurs internationaux, Weiskrantz conserva tout au long de son existence une modestie proverbiale, attribuant inlassablement le m\u00e9rite de ses d\u00e9couvertes au d\u00e9vouement et \u00e0 la patience h\u00e9ro\u00efque des sujets neurologiques qui s&rsquo;\u00e9taient pr\u00eat\u00e9s \u00e0 ses exp\u00e9riences, au premier rang desquels figurait le patient D.B.<\/p>\n<h3>12.2 Descendance scientifique et influence sur la recherche moderne<\/h3>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage de Lawrence Weiskrantz s\u2019incarne avec \u00e9clat dans la descendance intellectuelle qu\u2019il a engendr\u00e9e. Ses collaborateurs directs, doctorants et disciples ont essaim\u00e9 \u00e0 travers les universit\u00e9s de la plan\u00e8te, occupant \u00e0 leur tour les plus hautes chaires de neurosciences cognitives. Le mod\u00e8le des deux voies visuelles propos\u00e9 par David Milner et Marian Goodale \u2013 distinguant la voie ventrale de la perception consciente de la voie dorsale de l&rsquo;action visuo-motrice \u2013 puise sa s\u00e8ve th\u00e9orique directe dans les paradigmes et les discussions conduits sous l&rsquo;autorit\u00e9 de Weiskrantz \u00e0 Oxford.<\/p>\n<p>Ses travaux ont constitu\u00e9 la matrice exp\u00e9rimentale sur laquelle s\u2019est \u00e9difi\u00e9e la traque contemporaine des <strong>corr\u00e9lats neuronaux de la conscience (NCC)<\/strong>, men\u00e9e par des figures de renomm\u00e9e mondiale telles que <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Christof_Koch\">Christof Koch<\/a>, Francis Crick et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stanislas_Dehaene\">Stanislas Dehaene<\/a>. Les paradigmes de masquage visuel subliminal et les th\u00e9ories de l&rsquo;Espace de Travail Neuronal Global (<em>Global Neuronal Workspace<\/em>) reposent sur le postulat d\u00e9montr\u00e9 par Weiskrantz : le cerveau traite une profusion d&rsquo;informations inconscientes qui n&rsquo;acc\u00e8dent \u00e0 la conscience que lorsqu&rsquo;elles allument une r\u00e9verb\u00e9ration synchronis\u00e9e \u00e0 longue distance impliquant les cortex sensoriels et le r\u00e9seau fronto-pari\u00e9tal.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;impact des travaux de Weiskrantz a d\u00e9pass\u00e9 le cadre de la th\u00e9orie fondamentale pour irriguer la <strong>r\u00e9adaptation neuro-visuelle clinique<\/strong>. En comprenant que des voies visuelles alternatives survivent \u00e0 la destruction de l&rsquo;aire V1, des \u00e9quipes de neuropsychologues contemporains ont mis au point des protocoles de r\u00e9\u00e9ducation pour les patients victimes d&rsquo;AVC h\u00e9mianopsiques. \u00c0 travers un entra\u00eenement intensif au choix forc\u00e9 dans leur champ aveugle, ces patients parviennent \u00e0 r\u00e9veiller et amplifier la plasticit\u00e9 de leurs projections tectopulvinaires et extrastri\u00e9es, restaurant une autonomie motrice et spatiale substantielle dans leur vie quotidienne.<\/p>\n<h3>12.3 Bilan historique d&rsquo;une vie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exploration de l&rsquo;esprit<\/h3>\n<p>Lawrence Weiskrantz s\u2019est \u00e9teint paisiblement le 27 octobre 2018, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quatre-vingt-douze ans, laissant derri\u00e8re lui une \u0153uvre colossale qui a redessin\u00e9 la carte des savoirs contemporains. Sa disparition a suscit\u00e9 une vive \u00e9motion au sein de la communaut\u00e9 scientifique internationale, donnant lieu \u00e0 des hommages unanimes dans les plus grandes revues mondiales, de <em>Nature Neuroscience<\/em> \u00e0 <em>The Lancet<\/em>.<\/p>\n<p>Le bilan historique de son existence se r\u00e9sume \u00e0 une transformation \u00e9pist\u00e9mologique majeure : il a extirp\u00e9 le concept d\u2019inconscient du domaine de la sp\u00e9culation psychanalytique et litt\u00e9raire pour en faire un <strong>objet biologique mesurable, quantifiable et falsifiable en laboratoire<\/strong>. Avant Weiskrantz, l&rsquo;inconscient \u00e9tait largement per\u00e7u comme un r\u00e9servoir obscur de d\u00e9sirs refoul\u00e9s ; apr\u00e8s Weiskrantz, l&rsquo;inconscient cognitif est devenu l&rsquo;essence m\u00eame du fonctionnement normal du cerveau, une machinerie computationnelle prodigieuse sans laquelle aucun acte conscient ne pourrait s&rsquo;accomplir.<\/p>\n<p>Par sa droiture morale, son refus des facilit\u00e9s m\u00e9diatiques, son inventivit\u00e9 m\u00e9thodologique sans pareille et son respect absolu du fait d&rsquo;exp\u00e9rience, Lawrence Weiskrantz incarne l&rsquo;arch\u00e9type du grand savant du XXe si\u00e8cle. En apprenant aux neuroscientifiques \u00e0 \u00e9couter ce que les yeux aveugles continuent de r\u00e9v\u00e9ler dans l&rsquo;ombre, il a offert \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 l&rsquo;une des plus belles le\u00e7ons de l&rsquo;histoire des sciences : c&rsquo;est souvent au c\u0153ur de nos d\u00e9faillances et de nos failles perceptives les plus intimes que se cache la cl\u00e9 ultime du myst\u00e8re de la conscience humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Block, N. (1995). On a confusion about a function of consciousness. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 18(2), 227-247. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00038188\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00038188<\/a><\/p>\n<p>Campion, J., Latto, R., &#038; Smith, Y. M. (1983). Is blindsight an effect in search of an explanation or an artefact in search of a method? <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 6(3), 423-448. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00016836\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00016836<\/a><\/p>\n<p>Chalmers, D. J. (1996). <em>The Conscious Mind: In Search of a Fundamental Theory<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Cowey, A., &#038; Stoerig, P. (1991). The neurobiology of blindsight. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 14(4), 140-145. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(91)90085-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(91)90085-9<\/a><\/p>\n<p>Dehaene, S. (2014). <em>Consciousness and the Brain: Deciphering How the Brain Codes Our Thoughts<\/em>. Viking.<\/p>\n<p>Dennett, D. C. (1991). <em>Consciousness Explained<\/em>. Little, Brown and Company.<\/p>\n<p>Milner, A. D., &#038; Goodale, M. A. (1995). <em>The Visual Brain in Action<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Overgaard, M., Fehl, K., Mouridsen, K., Bergholt, B., &#038; Cleeremans, A. (2008). Seeing without seeing? Degraded conscious vision in a blindsight patient. <em>Consciousness and Cognition<\/em>, 17(2), 500-514. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.concog.2007.08.002\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.concog.2007.08.002<\/a><\/p>\n<p>Riddoch, G. (1917). Dissociation of visual perceptions due to occipital injuries, with especial reference to appreciation of movement. <em>Brain<\/em>, 40(1), 15-57. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/40.1.15\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/40.1.15<\/a><\/p>\n<p>Rosenthal, D. M. (1997). A theory of consciousness. In N. Block, O. Flanagan, &#038; G. G\u00fczeldere (Eds.), <em>The Nature of Consciousness: Philosophical Debates<\/em> (pp. 729-753). MIT Press.<\/p>\n<p>Sanders, M. D., Warrington, E. K., Marshall, J., &#038; Weiskrantz, L. (1974). \u00ab\u00a0Blindsight\u00a0\u00bb: Vision in a field defect. <em>The Lancet<\/em>, 303(7860), 707-708. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(74)92906-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(74)92906-9<\/a><\/p>\n<p>Stoerig, P., &#038; Cowey, A. (1997). Blindsight in man and monkey. <em>Brain<\/em>, 120(3), 535-559. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/120.3.535\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/120.3.535<\/a><\/p>\n<p>Warrington, E. K., &#038; Weiskrantz, L. (1968). New method of testing long-term retention with special reference to amnesic patients. <em>Nature<\/em>, 217(5132), 972-974. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/217972a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/217972a0<\/a><\/p>\n<p>Warrington, E. K., &#038; Weiskrantz, L. (1970). Amnesic syndrome: Consolidation or retrieval? <em>Nature<\/em>, 228(5272), 628-630. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/228628a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/228628a0<\/a><\/p>\n<p>Weiskrantz, L. (1956). Behavioral changes associated with ablation of the amygdaloid complex in monkeys. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 49(4), 381-391. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0088009\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0088009<\/a><\/p>\n<p>Weiskrantz, L. (1986). <em>Blindsight: A Case Study and Implications<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Weiskrantz, L. (1997). <em>Consciousness Lost and Found: A Neuropsychological Exploration<\/em>. Oxford University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780198524243.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780198524243.001.0001<\/a><\/p>\n<p>Weiskrantz, L. (2009). <em>Blindsight and Action: The Brain&rsquo;s First Light<\/em>. Oxford University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199573882.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199573882.001.0001<\/a><\/p>\n<p>Weiskrantz, L., Warrington, E. K., Sanders, M. D., &#038; Marshall, J. (1974). Visual capacity in the hemianopic field following a restricted occipital ablation. <em>Brain<\/em>, 97(4), 709-728. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/97.4.709\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/97.4.709<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une biographie acad\u00e9mique compl\u00e8te de Lawrence Weiskrantz (1926-2018), pionnier de la neuropsychologie et d\u00e9couvreur du ph\u00e9nom\u00e8ne de la vision aveugle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[6377,46],"tags":[25602,1740,6737,4757,6738],"class_list":["post-16061","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-histoire-des-sciences","category-neuropsychologie","tag-blindsight","tag-conscience","tag-lawrence-weiskrantz","tag-neurosciences-cognitives","tag-vision-aveugle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/16061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/16061\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}