{"id":15622,"date":"2026-10-09T09:16:49","date_gmt":"2026-10-09T09:16:49","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/janet-astington-1943-present\/"},"modified":"2026-10-09T09:16:49","modified_gmt":"2026-10-09T09:16:49","slug":"janet-astington-1943-present","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=janet-astington-1943-present","title":{"rendered":"Janet Astington &#8211; 1943 Pr\u00e9sent"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent de la psychologie g\u00e9n\u00e9tique, de la linguistique appliqu\u00e9e et des sciences cognitives de l&rsquo;enfance, l&rsquo;\u0153uvre de <strong>Janet Wilde Astington<\/strong> repr\u00e9sente un jalon intellectuel incontournable pour quiconque cherche \u00e0 \u00e9lucider comment l&rsquo;\u00eatre humain en vient \u00e0 se concevoir lui-m\u00eame et \u00e0 concevoir ses semblables comme des agents guid\u00e9s par une vie int\u00e9rieure. N\u00e9e en 1943, cette chercheuse d&rsquo;origine britannique, devenue l&rsquo;une des figures de proue de l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto et de l&rsquo;Ontario Institute for Studies in Education (OISE), a transform\u00e9 la compr\u00e9hension contemporaine du d\u00e9veloppement sociocognitif. Avant ses travaux novateurs des d\u00e9cennies 1980 et 1990, l&rsquo;\u00e9tude de ce qu&rsquo;on appelle la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/folkpsych-theory\/\">th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/a> (<em>Theory of Mind<\/em>) oscillait souvent entre un inn\u00e9isme modulaire strict et un constructivisme piag\u00e9tien g\u00e9n\u00e9ral qui peinait \u00e0 formaliser la sp\u00e9cificit\u00e9 des repr\u00e9sentations mentales chez le jeune enfant.<\/p>\n<p>La contribution monumentale d&rsquo;Astington a consist\u00e9 \u00e0 jeter un pont empirique et th\u00e9orique entre l&rsquo;\u00e9mergence des concepts mentalistes \u2014 tels que la croyance, le d\u00e9sir, l&rsquo;intention et la fausse croyance \u2014 et l&rsquo;architecture fine du langage naturel. En d\u00e9montrant que la ma\u00eetrise de certaines structures syntaxiques, notamment les propositions subordonn\u00e9es compl\u00e9tives, n&rsquo;est pas un simple corr\u00e9lat superficiel mais un puissant moteur repr\u00e9sentatif permettant \u00e0 l&rsquo;enfant de manipuler des v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9coupl\u00e9es du r\u00e9el, Janet Astington a refond\u00e9 la psychologie du d\u00e9veloppement. Son travail d\u00e9montre avec une rigueur m\u00e9thodologique exemplaire que l&rsquo;esprit humain ne d\u00e9couvre pas le monde mental dans un isolement cart\u00e9sien, mais \u00e0 travers une dialectique s\u00e9miotique, communicative et sociale o\u00f9 les interactions verbales fournissent l&rsquo;\u00e9chafaudage m\u00eame de la pens\u00e9e r\u00e9flexive.<\/p>\n<p>Cet article propose une analyse exhaustive et syst\u00e9matique de l&rsquo;\u0153uvre et du legs scientifique de Janet Astington, depuis sa gen\u00e8se acad\u00e9mique jusqu&rsquo;aux prolongements contemporains de ses th\u00e9ories dans l&rsquo;\u00e9tude des troubles du neurod\u00e9veloppement, de l&rsquo;\u00e9ducation de la petite enfance et des syst\u00e8mes d&rsquo;intelligence artificielle. En explorant la densit\u00e9 de ses protocoles empiriques, la subtilit\u00e9 de ses d\u00e9bats avec les modularistes et les th\u00e9oriciens de la simulation, ainsi que sa vision int\u00e9grative de l&rsquo;enfance, nous rendons hommage \u00e0 une clinicienne et th\u00e9oricienne d&rsquo;exception dont la trajectoire continue d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus fascinantes de l&rsquo;ontogen\u00e8se humaine : la mani\u00e8re dont un petit enfant parvient \u00e0 comprendre que le monde visible est r\u00e9gi par des esprits invisibles.<\/p>\n<h2>1. Introduction biographique et gen\u00e8se du parcours acad\u00e9mique de Janet Astington<\/h2>\n<h3>1.1 Origines, formation initiale et trajectoire transatlantique<\/h3>\n<p>Janet Wilde Astington voit le jour en Angleterre en 1943, au sein d&rsquo;une Europe en pleine tourmente g\u00e9opolitique qui allait, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, profond\u00e9ment restructurer ses institutions \u00e9ducatives et scientifiques. \u00c9lev\u00e9e dans un environnement intellectuel stimulant, elle effectue sa formation initiale au Royaume-Uni durant les ann\u00e9es 1960, une p\u00e9riode marqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence de la psychologie cognitive naissante et par le renouveau des \u00e9tudes en \u00e9ducation. Dipl\u00f4m\u00e9e d&rsquo;abord dans le domaine des lettres et de l&rsquo;enseignement, elle s&rsquo;int\u00e9resse tr\u00e8s t\u00f4t aux m\u00e9canismes par lesquels les enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire acc\u00e8dent au sens textuel, \u00e0 l&rsquo;abstraction s\u00e9mantique et \u00e0 la communication interpersonnelle. Sa pratique initiale dans le milieu \u00e9ducatif britannique forge chez elle une sensibilit\u00e9 aigu\u00eb aux d\u00e9calages observables entre la performance langagi\u00e8re de surface de l&rsquo;enfant et ses comp\u00e9tences conceptuelles sous-jacentes, un th\u00e8me qui deviendra le fil conducteur de sa carri\u00e8re acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1970, Janet Astington effectue une transition institutionnelle et g\u00e9ographique d\u00e9terminante en s&rsquo;installant au Canada. Ce passage transatlantique co\u00efncide avec une p\u00e9riode d&rsquo;effervescence au sein des universit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines, o\u00f9 la r\u00e9volution cognitive commence \u00e0 transformer en profondeur la psychologie d\u00e9veloppementale, jusqu&rsquo;alors domin\u00e9e soit par le b\u00e9haviorisme r\u00e9siduel, soit par les premi\u00e8res r\u00e9ceptions des travaux de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.fondationjeanpiaget.ch\/\">Jean Piaget<\/a>. \u00c9tablie en Ontario, elle int\u00e8gre l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto pour y poursuivre des \u00e9tudes sup\u00e9rieures sp\u00e9cialis\u00e9es en psychologie de l&rsquo;\u00e9ducation et en d\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant. Cette r\u00e9orientation acad\u00e9mique formelle lui permet d&rsquo;acqu\u00e9rir les outils m\u00e9thodologiques de pointe de la psychologie exp\u00e9rimentale, tout en pr\u00e9servant son ancrage profond dans la r\u00e9alit\u00e9 vivante de la p\u00e9dagogie et des interactions scolaires quotidiennes.<\/p>\n<p>Durant cette phase formatrice au Canada, son int\u00e9r\u00eat pour la cognition de la petite enfance se cristallise autour d&rsquo;un paradoxe fascinant : comment des enfants capables de manipuler des objets mat\u00e9riels avec une habilet\u00e9 croissante parviennent-ils \u00e0 concevoir des entit\u00e9s intangibles telles que les pens\u00e9es, les suppositions et les erreurs de jugement ? En c\u00f4toyant des chercheurs pionniers de l&rsquo;\u00e9cole torontoise, elle comprend rapidement que l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;ontogen\u00e8se cognitive exige une analyse sym\u00e9trique de la langue comme syst\u00e8me d&rsquo;encodage s\u00e9miotique. Cette prise de conscience oriente ses recherches doctorales vers la fronti\u00e8re pr\u00e9cise entre la pragmatique linguistique et la philosophie de l&rsquo;action, posant ainsi les fondations empiriques de ce qui allait devenir une contribution magistrale \u00e0 la psychologie cognitive mondiale.<\/p>\n<h3>1.2 Affiliation \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto et \u00e0 l&rsquo;OISE<\/h3>\n<p>L&rsquo;ancrage professionnel d\u00e9finitif de Janet Astington se r\u00e9alise au sein de l&rsquo;Ontario Institute for Studies in Education (<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.oise.utoronto.ca\/\">OISE<\/a>), une institution de renomm\u00e9e internationale affili\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto. Fond\u00e9 pour fusionner la recherche fondamentale en sciences humaines avec l&rsquo;innovation p\u00e9dagogique, l&rsquo;OISE fournit \u00e0 Astington un \u00e9cosyst\u00e8me exceptionnellement f\u00e9cond. Elle y gravit tous les \u00e9chelons acad\u00e9miques, passant de chercheuse postdoctorale et professeure adjointe \u00e0 professeure titulaire au sein du D\u00e9partement de psychologie appliqu\u00e9e et de d\u00e9veloppement humain. Ce cadre institutionnel unique lui permet de concilier la rigueur exp\u00e9rimentale du laboratoire de psychologie cognitive et l&rsquo;observation \u00e9cologique au sein des garderies, maternelles et \u00e9coles primaires de la r\u00e9gion m\u00e9tropolitaine de Toronto.<\/p>\n<p>Au sein de l&rsquo;OISE, Janet Astington fonde et dirige le <em>Child Development Laboratories<\/em>, une unit\u00e9 de recherche qui s&rsquo;impose rapidement comme l&rsquo;un des \u00e9picentres mondiaux pour l&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9tacognition et du langage chez le jeune enfant. Entour\u00e9e de cohortes successives d&rsquo;\u00e9tudiants gradu\u00e9s, de postdoctorants internationaux et de collaborateurs scientifiques renomm\u00e9s, elle y d\u00e9veloppe des protocoles longitudinaux rigoureux visant \u00e0 suivre le d\u00e9veloppement sociocognitif d&rsquo;enfants suivis d\u00e8s la petite enfance jusqu&rsquo;aux premi\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire. Son laboratoire se distingue par une approche pluridisciplinaire o\u00f9 les enregistrements vid\u00e9o de conversations spontan\u00e9es sont articul\u00e9s \u00e0 des batteries sophistiqu\u00e9es d&rsquo;\u00e9preuves standardis\u00e9es de fausse croyance et d&rsquo;\u00e9valuation psycholinguistique.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le d&rsquo;Astington d\u00e9passe largement la seule production de publications sp\u00e9cialis\u00e9es : elle s&rsquo;affirme comme une administratrice acad\u00e9mique respect\u00e9e et une ambassadrice infatigable de la recherche torontoise. Elle contribue activement au rayonnement du Centre de recherche en \u00e9ducation de la petite enfance de l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto, influen\u00e7ant les politiques publiques ontariennes en mati\u00e8re de formation des \u00e9ducateurs et d&rsquo;\u00e9laboration des programmes scolaires pr\u00e9scolaires. Sous sa direction, le d\u00e9partement devient un carrefour international o\u00f9 viennent s\u00e9journer des chercheurs d&rsquo;Europe, d&rsquo;Asie et des \u00c9tats-Unis, d\u00e9sireux de s&rsquo;initier \u00e0 ses m\u00e9thodologies d&rsquo;\u00e9valuation des comp\u00e9tences mentalistes chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>1.3 Influences th\u00e9oriques initiales et ruptures paradigmatiques<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la singularit\u00e9 de la pens\u00e9e de Janet Astington, il convient d&rsquo;analyser son positionnement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des deux g\u00e9ants th\u00e9oriques du XXe si\u00e8cle : Jean Piaget et <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.marxists.org\/archive\/vygotsky\/\">Lev Vygotsky<\/a>. Form\u00e9e dans le sillage de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie g\u00e9n\u00e9tique piag\u00e9tienne, Astington retient du ma\u00eetre genevois l&rsquo;id\u00e9e essentielle que la pens\u00e9e de l&rsquo;enfant ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une version miniature ou d\u00e9grad\u00e9e de la pens\u00e9e adulte, mais constitue une structure logique coh\u00e9rente qui se r\u00e9organise qualitativement par stades au cours de l&rsquo;ontogen\u00e8se. N\u00e9anmoins, elle s&rsquo;\u00e9carte rapidement de l&rsquo;universalisme piag\u00e9tien fond\u00e9 sur l&rsquo;action motrice et la manipulation physico-math\u00e9matique d&rsquo;objets inanim\u00e9s, constatant que la logique piag\u00e9tienne \u00e9choue \u00e0 expliquer la mani\u00e8re dont les enfants d\u00e9codent l&rsquo;intentionnalit\u00e9 d&rsquo;autrui dans des contextes sociaux vivants.<\/p>\n<p>C&rsquo;est vers l&rsquo;\u0153uvre de Lev Vygotsky et sa th\u00e9orie historico-culturelle qu&rsquo;Astington se tourne pour combler cette lacune. Elle s&rsquo;approprie la th\u00e8se vygotskienne fondamentale de la m\u00e9diation s\u00e9miotique : les fonctions psychologiques sup\u00e9rieures n&rsquo;\u00e9mergent pas spontan\u00e9ment de l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;individu, mais sont d&rsquo;abord v\u00e9cues sur le plan interpsychologique (social) avant d&rsquo;\u00eatre int\u00e9rioris\u00e9es sur le plan intrapsychologique par l&rsquo;interm\u00e9diaire du langage. Astington formule l&rsquo;hypoth\u00e8se que la compr\u00e9hension des \u00e9tats mentaux est l&rsquo;exemple paradigmatique d&rsquo;une fonction vygotskienne : l&rsquo;enfant apprend \u00e0 penser son propre esprit et celui d&rsquo;autrui parce qu&rsquo;il baigne dans un bain de langage satur\u00e9 de marqueurs \u00e9pist\u00e9miques et de r\u00e9cits conversationnels v\u00e9hicul\u00e9s par les adultes et les pairs de sa culture.<\/p>\n<p>Cette synth\u00e8se socio-constructiviste conduit Janet Astington \u00e0 une rupture paradigmatique majeure avec les mod\u00e8les inn\u00e9istes et modularistes qui dominent la science cognitive anglo-saxonne des ann\u00e9es 1980, incarn\u00e9s par Jerry Fodor ou Alan Leslie. Contre la th\u00e8se d&rsquo;un \u00ab module de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit \u00bb (<em>Theory of Mind Mechanism<\/em> ou ToMM) pr\u00e9c\u00e2bl\u00e9 dans le g\u00e9nome humain et d\u00e9clench\u00e9 de mani\u00e8re quasi automatique par la maturation neurologique, Astington oppose une d\u00e9monstration implacable : l&rsquo;architecture conceptuelle des \u00e9tats mentaux est tributaire du d\u00e9veloppement psycholinguistique. Elle refuse de r\u00e9duire le d\u00e9veloppement mentaliste \u00e0 une simple lev\u00e9e d&rsquo;inhibitions ou \u00e0 l&rsquo;activation d&rsquo;un algorithme neurobiologique inn\u00e9, d\u00e9fendant au contraire une conception dialectique o\u00f9 le langage structure la cognition en lui fournissant ses instruments de repr\u00e9sentation les plus sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<h2>2. Les fondements \u00e9pist\u00e9mologiques de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit chez l&rsquo;enfant<\/h2>\n<h3>2.1 D\u00e9finition et conceptualisation de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/h3>\n<p>Le concept de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, originellement forg\u00e9 par les \u00e9thologues David Premack et Guy Woodruff en 1978 dans leurs travaux sur le chimpanz\u00e9, d\u00e9signe la facult\u00e9 cognitive d&rsquo;attribuer des \u00e9tats mentaux inobservables \u2014 tels que des croyances, des d\u00e9sirs, des intentions, des \u00e9motions et des connaissances \u2014 \u00e0 soi-m\u00eame ainsi qu&rsquo;\u00e0 autrui, et d&rsquo;utiliser ces attributions pour pr\u00e9dire et expliquer les comportements observables. Lorsque Janet Astington s&#8217;empare de cette notion au milieu des ann\u00e9es 1980, elle s&rsquo;attache \u00e0 lui donner une assise conceptuelle d&rsquo;une rigueur philosophique irr\u00e9prochable, s&rsquo;inspirant des travaux de philosophes de l&rsquo;esprit tels que <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/anscombe\/\">G.E.M. Anscombe<\/a>, Daniel Dennett et John Searle pour pr\u00e9ciser la nature logique des \u00e9tats intentionnels.<\/p>\n<p>Astington insiste sur la distinction fondamentale entre la perception directe de l&rsquo;environnement physique et la m\u00e9diation des repr\u00e9sentations mentales. Avoir une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit ne consiste pas simplement \u00e0 r\u00e9agir aux mouvements corporels d&rsquo;un pair ou \u00e0 reconna\u00eetre des expressions faciales \u00e9motionnelles basiques ; cela implique de comprendre que l&rsquo;action d&rsquo;une personne est caus\u00e9e par sa repr\u00e9sentation interne du monde, laquelle peut \u00eatre conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ou s&rsquo;en \u00e9carter radicalement. D\u00e8s lors, Astington d\u00e9compose l&rsquo;architecture de la cognition sociale infantile en trois p\u00f4les interconnect\u00e9s mais distincts : le d\u00e9sir (qui poss\u00e8de une direction d&rsquo;ajustement du monde vers l&rsquo;esprit), la croyance (qui poss\u00e8de une direction d&rsquo;ajustement de l&rsquo;esprit vers le monde) et l&rsquo;intention (qui constitue le pont ex\u00e9cutif liant le d\u00e9sir et la croyance pour d\u00e9clencher l&rsquo;action finalis\u00e9e).<\/p>\n<p>L&rsquo;apport sp\u00e9cifique d&rsquo;Astington r\u00e9side dans sa conceptualisation de la m\u00e9tarepr\u00e9sentation chez l&rsquo;enfant. S&rsquo;appuyant sur les distinctions s\u00e9miotiques, elle d\u00e9montre qu&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit exige que le sujet soit capable de former une repr\u00e9sentation d&rsquo;une repr\u00e9sentation. L&rsquo;enfant ne doit pas seulement se repr\u00e9senter une pomme sur une table ; il doit se repr\u00e9senter le fait que \u00ab Pierre croit qu&rsquo;il y a une pomme sur la table \u00bb. Cette op\u00e9ration cognitive de second ordre requiert un d\u00e9couplage mental permettant \u00e0 la pens\u00e9e de suspendre la valeur de v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de base pour se focaliser sur l&rsquo;\u00e9tat psychologique de celui qui le formule. Cette clarification th\u00e9orique a permis d&rsquo;arracher l&rsquo;\u00e9tude de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit \u00e0 de vagues notions d&#8217;empathie affective pour l&rsquo;inscrire dans une th\u00e9orie rigoureuse de la repr\u00e9sentation cognitive.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;\u00e9volution d\u00e9veloppementale de la petite enfance \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire<\/h3>\n<p>Dans la perspective d\u00e9veloppementale d\u00e9fendue par Janet Astington, la d\u00e9couverte de l&rsquo;esprit ne constitue pas une illumination subite, mais l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une trajectoire ontog\u00e9n\u00e9tique continue jalonn\u00e9e de r\u00e9organisations structurales majeures. Durant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie, le nourrisson manifeste des pr\u00e9curseurs essentiels : d\u00e8s la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e, l&rsquo;attention conjointe, le pointage d\u00e9claratif et la r\u00e9f\u00e9rence sociale t\u00e9moignent d&rsquo;une sensibilit\u00e9 naissante au fait qu&rsquo;autrui est un agent dou\u00e9 d&rsquo;attention et d&rsquo;intentionnalit\u00e9 communicative. Entre 18 et 24 mois, avec l&rsquo;av\u00e8nement du jeu symbolique et l&rsquo;usage des premiers termes d\u00e9signant les \u00e9tats internes, l&rsquo;enfant manifeste une compr\u00e9hension pratique du d\u00e9sir, reconnaissant par exemple qu&rsquo;un adulte peut aimer un aliment diff\u00e9rent de celui qu&rsquo;il appr\u00e9cie lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cependant, Astington identifie une rupture qualitative majeure survenant invariablement entre l&rsquo;\u00e2ge de trois et quatre ans dans le d\u00e9veloppement typique. \u00c0 trois ans, la majorit\u00e9 des enfants fonctionnent selon ce que les th\u00e9oriciens nomment une \u00ab psychologie du d\u00e9sir \u00bb : ils expliquent les actions humaines en termes de pr\u00e9f\u00e9rences et de besoins, mais pr\u00e9sument na\u00efvement un acc\u00e8s direct et universel \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 objective. Si un objet change de place, ils supposent que tout le monde sait automatiquement o\u00f9 il se trouve. Vers l&rsquo;\u00e2ge de quatre ans, les enfants op\u00e8rent ce basculement conceptuel d\u00e9cisif : ils acc\u00e8dent \u00e0 une \u00ab psychologie de la croyance-d\u00e9sir \u00bb, r\u00e9alisant que les individus n&rsquo;agissent pas en fonction de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est en soi, mais en fonction de ce qu&rsquo;ils <em>croient<\/em> qu&rsquo;elle est, m\u00eame lorsque cette croyance est mat\u00e9riellement erron\u00e9e.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette \u00e9tape cruciale des quatre ans, Astington a document\u00e9 l&rsquo;expansion continue de ces comp\u00e9tences vers l&rsquo;\u00e2ge scolaire. L&rsquo;enfant ne s&rsquo;arr\u00eate pas \u00e0 la compr\u00e9hension des croyances de premier ordre (\u00ab Qu&rsquo;est-ce que Pierre croit ? \u00bb). Vers six ou sept ans, il commence \u00e0 ma\u00eetriser les attributions d&rsquo;\u00e9tats mentaux de second ordre (\u00ab Qu&rsquo;est-ce que Pierre croit que Marie croit ? \u00bb). Cette complexification r\u00e9cursive ouvre la voie \u00e0 la saisie des dynamiques sociales sophistiqu\u00e9es telles que le secret, la persuasion strat\u00e9gique, l&rsquo;humour \u00e9labor\u00e9, le sarcasme et la manipulation morale. Janet Astington a d\u00e9montr\u00e9 que cette trajectoire n&rsquo;est pas un simple raffinement quantitatif, mais l&rsquo;apprentissage graduel d&rsquo;un syst\u00e8me formel de coordonn\u00e9es subjectives de plus en plus intriqu\u00e9es.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;ouvrage fondateur de 1993 : The Child&rsquo;s Discovery of the Mind<\/h3>\n<p>En 1993, Janet Astington publie aux prestigieuses \u00e9ditions Harvard University Press l&rsquo;ouvrage qui allait consacrer son autorit\u00e9 scientifique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire : <em>The Child&rsquo;s Discovery of the Mind<\/em> (publi\u00e9 dans la c\u00e9l\u00e8bre collection <em>The Developing Child<\/em> dirig\u00e9e par Jerome Bruner, Michael Cole et Annette Karmiloff-Smith). Ce livre monumental, rapidement traduit en plusieurs langues et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 \u00e0 maintes reprises, repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;une synth\u00e8se de la litt\u00e9rature existante : il constitue le manifeste programmatique de la nouvelle psychologie du d\u00e9veloppement cognitif social.<\/p>\n<p>Dans cet ouvrage, Astington accomplit un tour de force stylistique et p\u00e9dagogique salu\u00e9 par l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 scientifique. Avec une clart\u00e9 exemplaire et un refus constant du jargon obscurcissant, elle guide le lecteur \u00e0 travers les m\u00e9andres de l&rsquo;exp\u00e9rimentation de laboratoire tout en reliant constamment chaque d\u00e9couverte empirique aux sc\u00e8nes les plus famili\u00e8res de la vie quotidienne de l&rsquo;enfant : disputes pour des jouets, jeux de cache-cache, mensonges na\u00effs et d\u00e9couvertes de secrets de famille. Elle y expose de fa\u00e7on magistrale comment l&rsquo;enfant passe d&rsquo;un r\u00e9alisme na\u00eff \u2014 o\u00f9 le monde mental et le monde physique sont confondus \u2014 \u00e0 un r\u00e9alisme critique o\u00f9 la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;observateur est pleinement prise en compte comme filtre de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>La r\u00e9ception critique de <em>The Child&rsquo;s Discovery of the Mind<\/em> a \u00e9t\u00e9 unanime, consolidant la r\u00e9putation d&rsquo;Astington comme une r\u00e9f\u00e9rence incontournable de la discipline. Pour les d\u00e9partements de psychologie, de sciences de l&rsquo;\u00e9ducation, de linguistique et de philosophie de l&rsquo;esprit \u00e0 travers le monde, cet ouvrage est devenu le manuel canonique indispensable pour comprendre la gen\u00e8se de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9. En inscrivant la d\u00e9couverte de l&rsquo;esprit non comme un ph\u00e9nom\u00e8ne biologique froid, mais comme une aventure existentielle et culturelle men\u00e9e par l&rsquo;enfant au c\u0153ur de sa communaut\u00e9 linguistique, Janet Astington a fa\u00e7onn\u00e9 pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations la grille de lecture th\u00e9orique de la m\u00e9tacognition infantile.<\/p>\n<h2>3. Le paradigme de la fausse croyance : m\u00e9thodologies et adaptations empiriques<\/h2>\n<h3>3.1 L&rsquo;\u00e9preuve du transfert inattendu et de la bo\u00eete trompeuse<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9talon-or empirique qui a permis d&rsquo;op\u00e9rationnaliser la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit dans les laboratoires de psychologie cognitive est le paradigme de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_de_Sally_et_Anne\">fausse croyance<\/a>, inaugur\u00e9 en 1983 par Heinz Wimmer et Josef Perner avec la t\u00e2che de Maxi et le chocolat, popularis\u00e9e plus tard par Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et Uta Frith sous la forme du test de Sally et Anne. Janet Astington s&rsquo;est empar\u00e9e de ces protocoles pour les soumettre \u00e0 un examen critique approfondi, d\u00e9veloppant des adaptations m\u00e9thodologiques destin\u00e9es \u00e0 isoler avec une pr\u00e9cision chirurgicale la comp\u00e9tence m\u00e9tarepr\u00e9sentative de l&rsquo;enfant de ses comp\u00e9tences motrices, lexicales ou m\u00e9morielles.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9preuve du transfert inattendu, un personnage A place un objet dans un panier et quitte la pi\u00e8ce ; en son absence, un personnage B d\u00e9place l&rsquo;objet vers une bo\u00eete. Le personnage A revient, et l&rsquo;exp\u00e9rimentateur pose \u00e0 l&rsquo;enfant la question cruciale : \u00ab O\u00f9 A va-t-il chercher son objet ? \u00bb. Parall\u00e8lement, Astington a abondamment exploit\u00e9 et raffin\u00e9 le protocole de contenu trompeur, commun\u00e9ment appel\u00e9 la t\u00e2che des Smarties ou de la bo\u00eete trompeuse. L&rsquo;enfant se voit pr\u00e9senter une bo\u00eete de bonbons famili\u00e8re dont on lui demande d&rsquo;anticiper le contenu ; lorsqu&rsquo;il r\u00e9pond naturellement \u00ab des bonbons \u00bb, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur ouvre la bo\u00eete pour r\u00e9v\u00e9ler qu&rsquo;elle contient en r\u00e9alit\u00e9 des crayons. La bo\u00eete est referm\u00e9e, et l&rsquo;exp\u00e9rimentateur pose deux questions majeures : l&rsquo;une orient\u00e9e vers autrui (\u00ab Quand Marie entrera, que pensera-t-elle qu&rsquo;il y a dans la bo\u00eete ? \u00bb) et l&rsquo;autre autor\u00e9f\u00e9rentielle (\u00ab Avant que je l&rsquo;ouvre, que pensais-tu qu&rsquo;il y avait dedans ? \u00bb).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es accumul\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Astington ont confirm\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9clatante la remarquable synchronie d\u00e9veloppementale entre ces deux modalit\u00e9s. Avant l&rsquo;\u00e2ge de quatre ans, les enfants \u00e9chouent massivement : ils affirment que le personnage A cherchera l&rsquo;objet l\u00e0 o\u00f9 il est r\u00e9ellement (dans la bo\u00eete), et, face \u00e0 la bo\u00eete de bonbons, soutiennent non seulement que leur camarade pensera qu&rsquo;elle contient des crayons, mais qu&rsquo;eux-m\u00eames ont toujours su qu&rsquo;elle contenait des crayons. Astington a analys\u00e9 cet oubli imm\u00e9diat de leur propre fausse croyance pass\u00e9e comme la preuve irr\u00e9futable que le jeune enfant ne poss\u00e8de pas encore le concept formel de croyance : incapable de stocker une croyance d\u00e9coupl\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, il r\u00e9\u00e9crit instantan\u00e9ment son histoire mentale pour l&rsquo;aligner sur la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle pr\u00e9sente.<\/p>\n<h3>3.2 D\u00e9couplage cognitif et distinction apparence-r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<p>Dans le sillage des travaux de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psychology.stanford.edu\/people\/john-flavell\">John H. Flavell<\/a>, Janet Astington a explor\u00e9 les liens conceptuels intimes unissant la r\u00e9solution des t\u00e2ches de fausse croyance et la ma\u00eetrise de la distinction entre l&rsquo;apparence et la r\u00e9alit\u00e9. Dans ces \u00e9preuves embl\u00e9matiques, on pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;enfant un objet trompeur, tel qu&rsquo;une \u00e9ponge artificiellement peinte et sculpt\u00e9e pour ressembler \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 une roche de granit v\u00e9ritable. Apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 l&rsquo;enfant manipuler et presser l&rsquo;objet pour qu&rsquo;il d\u00e9couvre sa texture spongieuse, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur lui pose deux questions distinctes : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que cet objet semble \u00eatre pour tes yeux ? \u00bb (apparence) et \u00ab Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est r\u00e9ellement ? \u00bb (r\u00e9alit\u00e9).<\/p>\n<p>Les investigations men\u00e9es par Astington ont mis en lumi\u00e8re que les enfants de trois ans commettent syst\u00e9matiquement deux types d&rsquo;erreurs logiques inverses : soit l&rsquo;erreur ph\u00e9nom\u00e9niste (affirmer que l&rsquo;objet est r\u00e9ellement une roche parce qu&rsquo;il en a l&rsquo;apparence), soit l&rsquo;erreur r\u00e9aliste (affirmer que l&rsquo;objet a l&rsquo;air d&rsquo;une \u00e9ponge parce qu&rsquo;il est constitu\u00e9 de mousse). L&rsquo;enfant \u00e9prouve une difficult\u00e9 fondamentale \u00e0 concevoir qu&rsquo;un m\u00eame objet physique puisse simultan\u00e9ment poss\u00e9der deux identit\u00e9s contradictoires sous des angles d&rsquo;appr\u00e9hension distincts. Pour r\u00e9ussir cette \u00e9preuve, le syst\u00e8me cognitif de l&rsquo;enfant doit \u00eatre capable de r\u00e9aliser un d\u00e9couplage repr\u00e9sentationnel : maintenir active la repr\u00e9sentation perceptive de surface tout en encodant s\u00e9par\u00e9ment la repr\u00e9sentation \u00e9pist\u00e9mique fonctionnelle.<\/p>\n<p>Astington d\u00e9montre que la distinction apparence-r\u00e9alit\u00e9 et la fausse croyance constituent deux manifestations compl\u00e9mentaires d&rsquo;un m\u00eame saut ontologique dans l&rsquo;architecture cognitive de l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire. Dans les deux cas, le d\u00e9fi intellectuel r\u00e9side dans la capacit\u00e9 \u00e0 inhiber l&#8217;emprise imm\u00e9diate du r\u00e9el saillant. Pour affirmer correctement qu&rsquo;un camarade croit qu&rsquo;un tiroir contient du chocolat alors que le tiroir est vide, ou pour admettre qu&rsquo;une \u00e9ponge ressemble \u00e0 une pierre, l&rsquo;enfant doit suspendre temporairement la v\u00e9rit\u00e9 objective du monde perceptif imm\u00e9diat afin d&rsquo;accorder une valeur op\u00e9ratoire \u00e0 un \u00e9tat repr\u00e9sentatif fant\u00f4me. Sans cette capacit\u00e9 d&rsquo;inhibition et de d\u00e9couplage, l&rsquo;esprit demeure prisonnier d&rsquo;un r\u00e9alisme perceptif totalitaire.<\/p>\n<h3>3.3 Limites m\u00e9thodologiques et raffinements exp\u00e9rimentaux d&rsquo;Astington<\/h3>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de ses recherches empiriques, Janet Astington s&rsquo;est montr\u00e9e particuli\u00e8rement vigilante quant aux risques d&rsquo;artefacts exp\u00e9rimentaux inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e de la petite enfance. Elle s&rsquo;est attaqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;un des d\u00e9bats m\u00e9thodologiques les plus vifs de la psychologie cognitive : l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un enfant de trois ans aux tests de fausse croyance d\u00e9coule-t-il d&rsquo;une v\u00e9ritable incapacit\u00e9 conceptuelle \u00e0 concevoir l&rsquo;esprit d&rsquo;autrui, ou r\u00e9sulte-t-il simplement d&rsquo;une incompr\u00e9hension syntaxique ou pragmatique de la question pos\u00e9e par l&rsquo;adulte ? Lorsque l&rsquo;exp\u00e9rimentateur demande \u00ab O\u00f9 va-t-il chercher le chocolat ? \u00bb, l&rsquo;enfant ne pourrait-il pas interpr\u00e9ter cette consigne comme \u00ab O\u00f9 doit-il aller pour trouver le chocolat ? \u00bb, traduisant une question \u00e9pist\u00e9mique en une question pratique de r\u00e9sultat ?<\/p>\n<p>Afin de trancher cette controverse fondamentale, Astington a con\u00e7u une s\u00e9rie de raffinements exp\u00e9rimentaux devenus des mod\u00e8les de rigueur dans les laboratoires internationaux. Elle a m\u00e9thodiquement vari\u00e9 la formulation linguistique des questions tests en introduisant des marqueurs temporels explicites et des formulations non ambigu\u00ebs : \u00ab O\u00f9 va-t-il chercher le chocolat <em>en premier<\/em> ? \u00bb ou \u00ab O\u00f9 croit-il que le chocolat est rang\u00e9 ? \u00bb. Elle a \u00e9galement standardis\u00e9 des questions de contr\u00f4le m\u00e9moriel (\u00ab Te souviens-tu o\u00f9 il avait mis le chocolat au d\u00e9but ? \u00bb) et de r\u00e9alit\u00e9 factuelle (\u00ab O\u00f9 est le chocolat maintenant ? \u00bb) afin de garantir qu&rsquo;aucun d\u00e9ficit attentionnel \u00e9l\u00e9mentaire ne vienne contaminer le score m\u00e9tarepr\u00e9sentatif.<\/p>\n<p>Par ailleurs, Janet Astington a d\u00e9velopp\u00e9 des variantes m\u00e9thodologiques novatrices recourant \u00e0 des indices visuels gradu\u00e9s, \u00e0 des r\u00e9cits \u00e9tay\u00e9s par des figurines miniatures ou \u00e0 des t\u00e2ches \u00e0 r\u00e9ponse d&rsquo;action motrice, r\u00e9duisant la charge cognitive li\u00e9e \u00e0 la verbalisation pure. Ses conclusions ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une nettet\u00e9 implacable : si les ajustements linguistiques fins permettent parfois de faire gagner quelques mois sur les seuils d&rsquo;\u00e2ge moyens de passation, ils n&rsquo;effacent jamais le foss\u00e9 d\u00e9veloppemental massif s\u00e9parant l&rsquo;enfant de trois ans de celui de quatre ans. L&rsquo;\u00e9chec des plus jeunes ne saurait \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9 au statut d&rsquo;une simple m\u00e9prise conversationnelle ; il refl\u00e8te une v\u00e9ritable contrainte conceptuelle que seul un d\u00e9veloppement int\u00e9gr\u00e9 du langage et des fonctions ex\u00e9cutives permettra de lever.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;interaction r\u00e9ciproque entre d\u00e9veloppement du langage et th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/h2>\n<h3>4.1 Le langage comme v\u00e9hicule et moteur de la pens\u00e9e mentaliste<\/h3>\n<p>Le c\u0153ur battant du programme de recherche de Janet Astington r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9lucidation m\u00e9ticuleuse des liaisons intimes, bidirectionnelles et causales unissant l&rsquo;acquisition du langage et la construction de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. Alors que de nombreux chercheurs de l&rsquo;\u00e9poque concevaient le langage comme un simple canal de sortie permettant \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;ext\u00e9rioriser des concepts form\u00e9s de fa\u00e7on totalement autonome, Astington a formul\u00e9 et d\u00e9fendu une hypoth\u00e8se radicalement plus audacieuse : le langage n&rsquo;est pas seulement le v\u00e9hicule d&rsquo;expression de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, il en est le principal organe constitutif et le levier d\u00e9veloppemental par excellence.<\/p>\n<p>Dans ses \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;acquisition du vocabulaire psychologique, men\u00e9es notamment en collaboration avec Alison Gopnik et d&rsquo;autres chercheurs torontois, Astington s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 documenter la chronologie pr\u00e9cise d&rsquo;apparition du lexique des \u00e9tats mentaux dans la parole spontan\u00e9e de l&rsquo;enfant. Les donn\u00e9es longitudinales r\u00e9v\u00e8lent une progression universelle frappante : les verbes exprimant des \u00e9tats physiologiques et perceptifs (<em>voir, entendre, avoir faim<\/em>) apparaissent en premier, suivis rapidement vers deux ans par les verbes de d\u00e9sir et de volont\u00e9 (<em>vouloir, aimer<\/em>). Les verbes cognitifs proprement dits, renvoyant \u00e0 des attitudes propositionnelles et \u00e0 des \u00e9tats \u00e9pist\u00e9miques (<em>penser, savoir, croire, oublier, deviner<\/em>), ne s&rsquo;installent que bien plus tard, au cours de la quatri\u00e8me ann\u00e9e de vie.<\/p>\n<p>Astington d\u00e9montre que l&rsquo;\u00e9mergence de ce lexique cognitif ne consiste pas en un simple plaquage d&rsquo;\u00e9tiquettes verbales sur des concepts pr\u00e9existants. Au d\u00e9part, l&rsquo;enfant de deux ou trois ans emploie souvent des verbes comme \u00ab penser \u00bb ou \u00ab savoir \u00bb comme de simples modulateurs conversationnels pragmatiques \u00e9quivalant \u00e0 \u00ab peut-\u00eatre \u00bb ou pour attirer l&rsquo;attention de l&rsquo;interlocuteur (\u00ab Tu sais quoi ? \u00bb). Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au contact prolong\u00e9 d&rsquo;interactions discursives riches et contrast\u00e9es que ces termes se s\u00e9mantisent v\u00e9ritablement pour d\u00e9signer des \u00e9tats mentaux internes diff\u00e9renci\u00e9s. L&rsquo;apprentissage du r\u00e9seau s\u00e9mantique des verbes mentaux oblige l&rsquo;esprit enfantin \u00e0 cat\u00e9goriser le monde int\u00e9rieur avec des nuances de certitude, de doute et de v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;aucune perception brute ne pourrait lui r\u00e9v\u00e9ler spontan\u00e9ment.<\/p>\n<h3>4.2 Diff\u00e9renciation entre comp\u00e9tences s\u00e9mantiques et comp\u00e9tences conceptuelles<\/h3>\n<p>Face \u00e0 la corr\u00e9lation statistique massive observ\u00e9e entre le niveau de d\u00e9veloppement lexical d&rsquo;un enfant et son succ\u00e8s aux \u00e9preuves de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, Janet Astington s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9m\u00ealer la nature exacte de cette relation pour savoir si la richesse s\u00e9mantique pr\u00e9c\u00e8de la compr\u00e9hension conceptuelle interne ou si elle en d\u00e9coule. Dans des publications m\u00e9thodologiques majeures, elle a compar\u00e9 les effets respectifs du vocabulaire g\u00e9n\u00e9ral (mesur\u00e9 par des \u00e9preuves standardis\u00e9es telles que le <em>Peabody Picture Vocabulary Test<\/em>) et du vocabulaire sp\u00e9cifique des \u00e9tats mentaux sur les trajectoires de r\u00e9ussite aux tests de fausse croyance.<\/p>\n<p>Ses travaux ont apport\u00e9 une r\u00e9ponse nuanc\u00e9e et profond\u00e9ment \u00e9clairante. S&rsquo;il est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;une vaste ma\u00eetrise lexicale globale offre une assise cognitive g\u00e9n\u00e9rale favorisant le traitement rapide des t\u00e2ches exp\u00e9rimentales, l&rsquo;exposition \u00e0 un discours cibl\u00e9 sur les \u00e9tats internes exerce un impact pr\u00e9dictif infiniment plus puissant et sp\u00e9cifique. Astington a \u00e9tudi\u00e9 en profondeur le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9tayage discursif parental, rejoignant et enrichissant les travaux contemporains d&rsquo;Elizabeth Meins sur la sensibilit\u00e9 maternelle orient\u00e9e vers l&rsquo;esprit (<em>mind-mindedness<\/em>). Lorsque les parents commentent fr\u00e9quemment les \u00e9motions, les intentions cach\u00e9es et les croyances erron\u00e9es des protagonistes d&rsquo;un livre d&rsquo;images ou des membres de la famille, ils fournissent \u00e0 l&rsquo;enfant le mod\u00e8le conceptuel explicite indispensable pour cartographier le psychisme humain.<\/p>\n<p>Pour Astington, les comp\u00e9tences s\u00e9mantiques et conceptuelles progressent dans une dynamique de circularit\u00e9 vertueuse. L&rsquo;audition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de termes mentaux utilis\u00e9s dans des contextes communicatifs contrast\u00e9s am\u00e8ne l&rsquo;enfant \u00e0 postuler l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9tats internes inobservables pour rendre compte de l&rsquo;usage que les adultes font de ces mots. Inversement, l&rsquo;\u00e9laboration embryonnaire de ces concepts incite l&rsquo;enfant \u00e0 affiner sa ma\u00eetrise des distinctions s\u00e9mantiques les plus subtiles, comme la fronti\u00e8re capitale entre \u00ab savoir \u00bb (qui implique la factualit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 de la proposition) et \u00ab croire \u00bb (qui admet explicitement la possibilit\u00e9 d&rsquo;une discordance avec le r\u00e9el). L&rsquo;enfant ne se contente pas d&rsquo;apprendre des mots : il acquiert une v\u00e9ritable th\u00e9orie m\u00e9taphysique implicite de la conscience \u00e0 travers la s\u00e9mantique de sa langue maternelle.<\/p>\n<h3>4.3 La m\u00e9tacognition linguistique : la conscience m\u00e9talinguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions les plus originales de Janet Astington au champ des sciences du langage r\u00e9side dans ses recherches sur l&rsquo;\u00e9veil de la conscience m\u00e9talinguistique chez l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et son intrication avec la m\u00e9tacognition. Par conscience m\u00e9talinguistique, on entend la capacit\u00e9 r\u00e9flexive \u00e0 traiter le langage non pas seulement comme un instrument transparent servant \u00e0 d\u00e9signer des r\u00e9alit\u00e9s ext\u00e9rieures, mais comme un objet de r\u00e9flexion autonome dou\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9s structurales, formelles et pragmatiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Astington s&rsquo;est particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;enfant acquiert la distinction entre la signification litt\u00e9rale d&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9 (ce que les mots disent stricto sensu) et l&rsquo;intention communicative du locuteur (ce que le locuteur veut r\u00e9ellement dire par ces mots). Dans une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences ing\u00e9nieuses, elle a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 des enfants des situations o\u00f9 un locuteur produit un \u00e9nonc\u00e9 incomplet, erron\u00e9 ou ambigu. Les enfants de moins de quatre ans ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 fusionner la r\u00e9ussite de la communication et l&rsquo;intention : si l&rsquo;auditeur parvient par chance \u00e0 deviner le bon objet malgr\u00e9 un message d\u00e9faillant, les jeunes enfants d\u00e9clarent que le locuteur a \u00ab bien parl\u00e9 \u00bb et qu&rsquo;il a \u00ab dit exactement ce qu&rsquo;il fallait \u00bb. Ils sont incapables d&rsquo;isoler la valeur informative du message linguistique de l&rsquo;intention psychologique qui le sous-tendait.<\/p>\n<p>Cette incapacit\u00e9 \u00e0 discriminer l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de son intention communicative s&rsquo;efface pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 l&rsquo;enfant triomphe des \u00e9preuves de fausse croyance. Janet Astington a mis en lumi\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une seule et m\u00eame conqu\u00eate intellectuelle : pour comprendre qu&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9 peut \u00eatre inad\u00e9quat tout en \u00e9tant guid\u00e9 par une intention bienveillante, l&rsquo;enfant doit effectuer le m\u00eame travail de d\u00e9couplage repr\u00e9sentatif que lorsqu&rsquo;il con\u00e7oit qu&rsquo;une croyance peut \u00eatre fausse tout en \u00e9tant sinc\u00e8rement entretenue par l&rsquo;esprit d&rsquo;un pair. La conscience m\u00e9talinguistique et la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit constituent ainsi les deux faces indissociables d&rsquo;une m\u00eame mutation s\u00e9miotique, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;enfant une flexibilit\u00e9 cognitive sans pr\u00e9c\u00e9dent qui va bouleverser son entr\u00e9e dans la litt\u00e9ratie formelle.<\/p>\n<h2>5. La syntaxe de compl\u00e9mentation et la repr\u00e9sentation des \u00e9tats mentaux<\/h2>\n<h3>5.1 Le mod\u00e8le de Jill de Villiers revisit\u00e9 par Janet Astington<\/h3>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, un d\u00e9bat intellectuel de premier ordre secoue la communaut\u00e9 de la psycholinguistique cognitive avec la publication des travaux de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.smith.edu\/academics\/faculty\/jill-de-villiers\">Jill de Villiers<\/a> et de Peter de Villiers. Ces derniers avancent une th\u00e8se audacieuse et hautement sp\u00e9cifique : l&rsquo;acquisition de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit ne d\u00e9pend pas du d\u00e9veloppement linguistique global, mais est subordonn\u00e9e de mani\u00e8re causale stricte \u00e0 la ma\u00eetrise d&rsquo;une structure syntaxique bien pr\u00e9cise : la compl\u00e9mentation propositionnelle sentencielle (les propositions subordonn\u00e9es compl\u00e9tives ench\u00e2ss\u00e9es sous un verbe d&rsquo;attitude mentale ou de communication, comme dans \u00ab Il pense [que le g\u00e2teau est dans le placard] \u00bb).<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 logique de cette construction r\u00e9side dans sa non-factivit\u00e9 : la valeur de v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;ensemble de la phrase n&rsquo;est aucunement tributaire de la valeur de v\u00e9rit\u00e9 de la proposition subordonn\u00e9e. La phrase complexe \u00ab Jean croit que la terre est plate \u00bb est parfaitement vraie dans son int\u00e9gralit\u00e9 si Jean entretient effectivement cette croyance, bien que la subordonn\u00e9e \u00ab la terre est plate \u00bb soit mat\u00e9riellement fausse. Jill de Villiers soutient que c&rsquo;est cette structure syntaxique sp\u00e9cifique qui fournit \u00e0 l&rsquo;esprit humain le moule formel ou l&rsquo;armature logique indispensable pour encoder des croyances erron\u00e9es sans entrer en contradiction avec la perception du monde r\u00e9el.<\/p>\n<p>Janet Astington a accueilli cette th\u00e9orie avec un int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9 tout en engageant avec le mod\u00e8le de De Villiers un dialogue scientifique critique et f\u00e9cond. Tout en reconnaissant l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance logique de la proposition, Astington a contest\u00e9 le caract\u00e8re hyper-sp\u00e9cifique et unilat\u00e9ral de cette hypoth\u00e8se. L\u00e0 o\u00f9 De Villiers semblait affirmer que la syntaxe de compl\u00e9mentation est la cause n\u00e9cessaire et presque suffisante de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, Astington a r\u00e9affirm\u00e9 une perspective plus interactive et syst\u00e9mique : la ma\u00eetrise des compl\u00e9tives syntaxiques ne surgit pas dans un vide conceptuel ; elle s&rsquo;enracine dans une familiarit\u00e9 pr\u00e9alable avec les dynamiques pragmatiques et discursives des \u00e9tats internes, formant un complexe de co-d\u00e9veloppement o\u00f9 syntaxe, s\u00e9mantique et cognition sociale s&rsquo;alimentent continuellement.<\/p>\n<h3>5.2 D\u00e9monstrations empiriques du r\u00f4le causal de la syntaxe ench\u00e2ss\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour trancher empiriquement ce diff\u00e9rend th\u00e9orique passionnant, Janet Astington et son \u00e9quipe ont con\u00e7u des protocoles exp\u00e9rimentaux d&rsquo;une sophistication exemplaire, combinant de vastes suivis longitudinaux et des \u00e9tudes d&rsquo;entra\u00eenement contr\u00f4l\u00e9es aupr\u00e8s de centaines d&rsquo;enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire. Dans des articles fondateurs publi\u00e9s notamment avec Jennifer Jenkins, Astington a mesur\u00e9 avec une rigueur statistique in\u00e9dite l&rsquo;impact de l&rsquo;aptitude syntaxique g\u00e9n\u00e9rale par rapport \u00e0 la compr\u00e9hension sp\u00e9cifique des compl\u00e9tives subordonn\u00e9es dans la pr\u00e9diction des succ\u00e8s aux t\u00e2ches de fausse croyance sur une p\u00e9riode de plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Leurs r\u00e9sultats ont magistralement d\u00e9montr\u00e9 que si l&rsquo;habilet\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale en morphosyntaxe apporte une contribution substantielle, la compr\u00e9hension de la syntaxe des propositions ench\u00e2ss\u00e9es associ\u00e9es aux verbes de communication (comme \u00ab dire que \u00bb) et aux verbes d&rsquo;\u00e9tats mentaux (comme \u00ab penser que \u00bb) constitue bel et bien un puissant pr\u00e9dicteur longitudinal direct de la r\u00e9ussite aux tests de fausse croyance, m\u00eame lorsque l&rsquo;on contr\u00f4le rigoureusement l&rsquo;\u00e2ge chronologique, le quotient intellectuel non verbal et l&rsquo;\u00e9tendue du vocabulaire r\u00e9ceptif. Les protocoles d&rsquo;intervention men\u00e9s par le laboratoire d&rsquo;Astington ont apport\u00e9 la preuve d\u00e9cisive : des enfants de trois ans soumis \u00e0 des entra\u00eenements intensifs \u00e0 la syntaxe de compl\u00e9mentation d\u00e9montrent par la suite des progr\u00e8s significatifs dans leur compr\u00e9hension conceptuelle de la fausse croyance, validant l&rsquo;existence d&rsquo;un lien d&rsquo;entra\u00eenement structural.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les travaux d&rsquo;Astington ont mis en \u00e9vidence un point de divergence crucial avec le mod\u00e8le radical de De Villiers. Astington a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;entra\u00eenement syntaxique ne fonctionne efficacement que si les propositions ench\u00e2ss\u00e9es sont porteuses de pertinence s\u00e9mantique et pragmatique pour l&rsquo;enfant. Enseigner des structures syntaxiques abstraites et d\u00e9contextualis\u00e9es ne produit aucun transfert cognitif durable vers les attributions d&rsquo;\u00e9tats mentaux r\u00e9els. Pour Astington, la syntaxe ench\u00e2ss\u00e9e n&rsquo;op\u00e8re pas comme un simple commutateur formel dans un module de grammaire g\u00e9n\u00e9rative, mais comme un format s\u00e9miotique int\u00e9rioris\u00e9 qui permet de stabiliser et de manipuler des repr\u00e9sentations mentales complexes au sein du discours partag\u00e9.<\/p>\n<h3>5.3 Implications pour l&rsquo;architecture cognitive du jeune enfant<\/h3>\n<p>Les conclusions th\u00e9oriques tir\u00e9es par Janet Astington de ces recherches sur la compl\u00e9mentation syntaxique ont exerc\u00e9 un impact retentissant sur la mod\u00e9lisation de l&rsquo;architecture cognitive du jeune enfant. En prouvant que des structures grammaticales particuli\u00e8res conditionnent la possibilit\u00e9 d&rsquo;accomplir certaines op\u00e9rations de pens\u00e9e complexes, Astington a apport\u00e9 un d\u00e9menti cinglant aux th\u00e9ories faisant de la pens\u00e9e un processus totalement ind\u00e9pendant de la langue qui l&rsquo;exprime (la th\u00e8se de l&rsquo;autonomie absolue du langage par rapport \u00e0 la cognition, ou inversement).<\/p>\n<p>Elle avance que le langage humain agit comme un \u00ab format de repr\u00e9sentation \u00bb externe devenu interne. Les \u00e9tats mentaux de second ordre (\u00ab Paul croit que Julie esp\u00e8re que la bo\u00eete est pleine \u00bb) sont logiquement impossibles \u00e0 entretenir, \u00e0 manipuler et \u00e0 r\u00e9viser sans le support structural r\u00e9cursif fourni par la syntaxe hi\u00e9rarchique du langage naturel. Le langage cesse d&rsquo;\u00eatre une simple tuyauterie communicative pour devenir une proth\u00e8se cognitive constitutive de la m\u00e9tarepr\u00e9sentation. Astington a ainsi r\u00e9habilit\u00e9, sous une forme empiriquement \u00e9prouv\u00e9e et d\u00e9barrass\u00e9e de ses d\u00e9rives relativistes extr\u00eames, une version sophistiqu\u00e9e de l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/relativism\/#LinRel\">hypoth\u00e8se de Sapir-Whorf<\/a> : la grammaire de notre langue nous offre des outils structuraux sans lesquels certaines dimensions de la conscience r\u00e9flexive resteraient \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de virtualit\u00e9s inabouties.<\/p>\n<p>Cette mod\u00e9lisation int\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;interface syntaxe-s\u00e9mantique-cognition sociale \u00e9labor\u00e9e par Janet Astington a ouvert un champ d&rsquo;investigation d&rsquo;une f\u00e9condit\u00e9 in\u00e9puisable. Elle a permis de comprendre comment des perturbations sp\u00e9cifiques dans l&rsquo;acquisition du langage (comme les troubles d\u00e9veloppementaux du langage ou la surdit\u00e9 chez des enfants n\u00e9s de parents entendants non signants) peuvent entra\u00eener des retards massifs dans la mise en place de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, non pas en raison d&rsquo;une l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale du raisonnement social, mais par privation de l&rsquo;\u00e9chafaudage syntaxique indispensable \u00e0 la formalisation de la pens\u00e9e mentaliste.<\/p>\n<h2>6. La pragmatique de la communication et la sensibilit\u00e9 communicative pr\u00e9coce<\/h2>\n<h3>6.1 Compr\u00e9hension du discours, de l&rsquo;ironie et des actes de langage indirects<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des liens entre langage et esprit men\u00e9e par Janet Astington ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e aux fronti\u00e8res de la grammaire formelle ; elle s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e avec une acuit\u00e9 tout aussi remarquable sur le territoire de la pragmatique linguistique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9tude du langage en action dans ses contextes d&rsquo;\u00e9nonciation r\u00e9els. Astington s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9montrer que la ma\u00eetrise des intentions communicatives d&rsquo;un locuteur constitue le prolongement direct et l&rsquo;application vivante de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit au dialogue humain.<\/p>\n<p>Dans ses \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des comp\u00e9tences discursives chez l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire, elle a analys\u00e9 la mani\u00e8re dont les jeunes sujets d\u00e9codent des formes de communication non litt\u00e9rales, telles que les actes de langage indirects (comprendre que la phrase \u00ab Peux-tu ouvrir la fen\u00eatre ? \u00bb n&rsquo;est pas une interrogation sur la capacit\u00e9 physique de l&rsquo;auditeur, mais une requ\u00eate polie d&rsquo;action), les m\u00e9taphores simples, et plus tardivement, l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/irony\/\">ironie<\/a> et le sarcasme. Astington a document\u00e9 que l&rsquo;ironie verbale (\u00ab Quel temps magnifique ! \u00bb prononc\u00e9 sous un d\u00e9luge torrentiel) pose des difficult\u00e9s insurmontables aux enfants de moins de six ou sept ans, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elle exige une attribution d&rsquo;\u00e9tat mental de second ordre : l&rsquo;enfant doit comprendre que le locuteur sait que l&rsquo;auditeur sait que ce qu&rsquo;il dit est litt\u00e9ralement faux, et que le but de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 est de communiquer une attitude critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la situation.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, Janet Astington s&rsquo;est pench\u00e9e sur la distinction fondamentale que l&rsquo;enfant apprend \u00e0 op\u00e9rer entre le mensonge intentionnel (la tromperie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e destin\u00e9e \u00e0 instiller une fausse croyance dans l&rsquo;esprit d&rsquo;autrui pour \u00e9chapper \u00e0 une punition ou obtenir un avantage) et la simple erreur involontaire (affirmer une fausset\u00e9 parce qu&rsquo;on se trompe soi-m\u00eame en toute bonne foi). Ses recherches r\u00e9v\u00e8lent que les enfants de trois ans jugent moralement coupable toute personne pronon\u00e7ant un \u00e9nonc\u00e9 faux, quelle que soit son intention subjective. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec la consolidation de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit vers quatre ou cinq ans que l&rsquo;enfant int\u00e8gre l&rsquo;intentionnalit\u00e9 communicative dans son jugement moral, pardonnant l&rsquo;erreur honn\u00eate tout en r\u00e9prouvant la manipulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h3>6.2 La coop\u00e9ration conversationnelle et les maximes gric\u00e9ennes<\/h3>\n<p>L&rsquo;ancrage philosophique des travaux d&rsquo;Astington transpara\u00eet avec un \u00e9clat particulier dans son utilisation novatrice des th\u00e9ories du logicien et philosophe du langage <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/grice\/\">Paul Grice<\/a> sur le principe de coop\u00e9ration et les maximes conversationnelles (quantit\u00e9, qualit\u00e9, relation, modalit\u00e9). Astington a pos\u00e9 une question d\u00e9veloppementale lumineuse : comment et quand l&rsquo;enfant devient-il un interlocuteur gric\u00e9en, c&rsquo;est-\u00e0-dire un partenaire communicatif capable d&rsquo;adapter son discours aux besoins informatifs et aux \u00e9tats de savoir sp\u00e9cifiques de son interlocuteur ?<\/p>\n<p>Dans le cadre de ses recherches exp\u00e9rimentales sur la communication r\u00e9f\u00e9rentielle, Astington a plac\u00e9 des enfants dans des contextes dialogiques o\u00f9 ils devaient d\u00e9crire un objet cach\u00e9 parmi d&rsquo;autres similaires pour guider le choix d&rsquo;un adulte situ\u00e9 derri\u00e8re un paravent. Ses observations ont montr\u00e9 que les enfants de trois ans violent continuellement la maxime de quantit\u00e9 : ils produisent des descriptions lacunaires (\u00ab Prends celui-l\u00e0 ! \u00bb ou \u00ab Le bleu ! \u00bb alors qu&rsquo;il y a trois objets bleus), pr\u00e9sumant de fa\u00e7on \u00e9gocentrique que leur interlocuteur partage magiquement leur propre perspective visuelle et mentale. L&rsquo;enfant \u00e9choue parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas repr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;ignorance pr\u00e9alable de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Autour de quatre et cinq ans, en r\u00e9sonance directe avec l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la fausse croyance, Janet Astington a observ\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une sensibilit\u00e9 communicative remarquable. L&rsquo;enfant commence \u00e0 calibrer la quantit\u00e9 d&rsquo;informations qu&rsquo;il transmet en fonction de ce qu&rsquo;il sait que son interlocuteur sait d\u00e9j\u00e0. Si l&rsquo;interlocuteur a assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente, l&rsquo;enfant abr\u00e8ge son r\u00e9cit ; s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un nouveau venu na\u00eff, il prend soin de verbaliser les pr\u00e9misses n\u00e9cessaires. Astington a magistralement montr\u00e9 que la conversation ordinaire n&rsquo;est pas un simple \u00e9change de donn\u00e9es acoustiques, mais un exercice permanent de mod\u00e9lisation r\u00e9ciproque des esprits, o\u00f9 chaque r\u00e9plique linguistique est sculpt\u00e9e pour modifier l&rsquo;\u00e9tat cognitif du r\u00e9cepteur.<\/p>\n<h3>6.3 Perspective d&rsquo;Astington sur la litt\u00e9ratie narrative pr\u00e9coce<\/h3>\n<p>Poursuivant son engagement au croisement de la linguistique et de l&rsquo;\u00e9ducation, Janet Astington a accord\u00e9 une place centrale \u00e0 l&rsquo;impact de la litt\u00e9ratie narrative pr\u00e9coce sur l&rsquo;\u00e9veil de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. Elle a d\u00e9fendu l&rsquo;id\u00e9e que le livre pour enfants et la pratique de la lecture partag\u00e9e en famille constituent des acc\u00e9l\u00e9rateurs socioculturels d\u00e9cisifs du d\u00e9veloppement cognitif, agissant comme des simulateurs s\u00e9curis\u00e9s de la vie psychologique d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>\u00c0 travers l&rsquo;analyse m\u00e9ticuleuse de corpus d&rsquo;interactions parent-enfant lors de la lecture d&rsquo;albums illustr\u00e9s, Astington a d\u00e9montr\u00e9 que la fiction narrative offre \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire une opportunit\u00e9 unique d&rsquo;acc\u00e9der aux pens\u00e9es inobservables des protagonistes. Dans la vie r\u00e9elle, les pens\u00e9es des gens sont invisibles ; dans un r\u00e9cit de fiction pour la jeunesse, le narrateur verbalise explicitement les motivations secr\u00e8tes, les quiproquos, les peurs imaginaires et les fausses croyances des personnages (\u00ab Le petit lapin croyait que le loup \u00e9tait parti, mais en r\u00e9alit\u00e9 il se cachait derri\u00e8re l&rsquo;arbre \u00bb). Le livre devient un laboratoire s\u00e9miotique o\u00f9 l&rsquo;enfant peut observer le d\u00e9calage tragique ou comique entre ce qu&rsquo;un personnage sait et ce qui advient v\u00e9ritablement.<\/p>\n<p>Astington a encourag\u00e9 les \u00e9ducateurs et les parents \u00e0 adopter un style de lecture interactif fond\u00e9 sur le questionnement m\u00e9tacognitif. Ses \u00e9tudes ont prouv\u00e9 que les enfants dont les parents interrompent la lecture pour poser des questions orient\u00e9es vers l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des personnages (\u00ab Pourquoi Petit Ours pleure-t-il ? Que croit-il qu&rsquo;il est arriv\u00e9 \u00e0 son doudou ? \u00bb) manifestent des progr\u00e8s spectaculaires dans leurs scores de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit par rapport \u00e0 ceux expos\u00e9s \u00e0 une lecture descriptive purement factuelle. Pour Janet Astington, la fr\u00e9quentation de la litt\u00e9rature d&rsquo;enfance et de jeunesse ne constitue pas un simple passe-temps r\u00e9cr\u00e9atif : c&rsquo;est l&rsquo;initiation initiatique par laquelle l&rsquo;enfant s&rsquo;approprie la grammaire narrative de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h2>7. Les fonctions ex\u00e9cutives et leur co-d\u00e9veloppement avec la m\u00e9tacognition<\/h2>\n<h3>7.1 Inhibition, m\u00e9moire de travail et flexibilit\u00e9 attentionnelle<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ses perc\u00e9es sur les liens entre langage et th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, Janet Astington a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des premi\u00e8res chercheuses \u00e0 s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;autre grand myst\u00e8re de la psychologie du d\u00e9veloppement des ann\u00e9es 1990 : l&rsquo;interd\u00e9pendance massive et constante observ\u00e9e entre la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et les <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn2789\">fonctions ex\u00e9cutives<\/a>. Regroupant des processus cognitifs de haut niveau tels que le contr\u00f4le inhibiteur, la m\u00e9moire de travail et la flexibilit\u00e9 mentale, les fonctions ex\u00e9cutives connaissent chez l&rsquo;enfant pr\u00e9scolaire une maturation explosive qui co\u00efncide \u00e9trangement avec la transition des quatre ans.<\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie d&rsquo;articles de r\u00e9f\u00e9rence, Astington et ses collaborateurs ont administr\u00e9 des batteries complexes de tests ex\u00e9cutifs \u00e0 des cohortes de jeunes enfants, utilisant des \u00e9preuves canoniques telles que le test du Jour et de la Nuit (o\u00f9 l&rsquo;enfant doit dire \u00ab jour \u00bb lorsqu&rsquo;on lui montre une carte repr\u00e9sentant la lune et les \u00e9toiles, et inversement), la t\u00e2che du tri de cartes \u00e0 dimensions variables (DCCS de Philip David Zelazo), ou des t\u00e2ches de d\u00e9lai de gratification. Les corr\u00e9lations statistiques r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par son laboratoire ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9gularit\u00e9 stup\u00e9fiante : les enfants qui \u00e9chouent aux tests ex\u00e9cutifs \u00e9chouent presque syst\u00e9matiquement aux tests de fausse croyance, et ceux qui triomphent des premiers r\u00e9ussissent tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement les seconds.<\/p>\n<p>Astington a diss\u00e9qu\u00e9 la m\u00e9canique de cette corr\u00e9lation en analysant la structure m\u00eame des \u00e9preuves mentalistes. Pour r\u00e9ussir la t\u00e2che de fausse croyance, un enfant ne doit pas seulement poss\u00e9der le concept abstrait de croyance ; il doit imp\u00e9rativement mobiliser son contr\u00f4le inhibiteur pour r\u00e9primer la r\u00e9ponse dominante hautement saillante induite par la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il conna\u00eet (l&rsquo;objet est dans la bo\u00eete verte). Simultan\u00e9ment, sa m\u00e9moire de travail doit maintenir active la trace m\u00e9morielle de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 (o\u00f9 l&rsquo;autre personnage a laiss\u00e9 l&rsquo;objet), tandis que sa flexibilit\u00e9 cognitive doit lui permettre d&rsquo;op\u00e9rer un basculement attentionnel instantan\u00e9 de sa propre perspective vers celle d&rsquo;autrui. Sans ce support ex\u00e9cutif robuste, la comp\u00e9tence m\u00e9tacognitive demeure prisonni\u00e8re de l&rsquo;impulsivit\u00e9 perceptive.<\/p>\n<h3>7.2 D\u00e9bats sur la directionnalit\u00e9 de la relation de causalit\u00e9<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de ces corr\u00e9lations puissantes a d\u00e9clench\u00e9 un vif d\u00e9bat th\u00e9orique au sein des sciences cognitives, auquel Janet Astington a apport\u00e9 une contribution d\u00e9cisive en refusant les r\u00e9ponses r\u00e9ductionnistes simplistes. Deux th\u00e8ses rivales s&rsquo;affrontaient frontalement dans la litt\u00e9rature :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La th\u00e8se ex\u00e9cutive descendante :<\/strong> d\u00e9fendue par des chercheurs comme Russell ou Carlson, postulant que les fonctions ex\u00e9cutives sont la condition pr\u00e9alable indispensable et le moteur causal unilat\u00e9ral de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit ; l&rsquo;enfant poss\u00e9derait la comp\u00e9tence conceptuelle tr\u00e8s t\u00f4t, mais serait emp\u00each\u00e9 de la manifester par l&rsquo;immaturit\u00e9 de ses freins inhibiteurs.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e8se m\u00e9tacognitive ascendante :<\/strong> soutenue par d&rsquo;autres auteurs, affirmant que c&rsquo;est l&rsquo;acquisition de nouveaux concepts m\u00e9tarepr\u00e9sentatifs qui permet \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;organiser, de planifier et de guider son propre contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 son approche dialectique, Janet Astington a d\u00e9velopp\u00e9 une mod\u00e9lisation infiniment plus nuanc\u00e9e et robuste, d\u00e9montrant l&rsquo;existence d&rsquo;une synergie d\u00e9veloppementale bidirectionnelle continue. \u00c0 travers des \u00e9tudes de r\u00e9gression longitudinale en d\u00e9calage crois\u00e9 (<em>cross-lagged panel designs<\/em>), son laboratoire a mis en \u00e9vidence que si les performances ex\u00e9cutives pr\u00e9coces pr\u00e9disent ind\u00e9niablement les scores ult\u00e9rieurs de fausse croyance, la compr\u00e9hension des \u00e9tats mentaux pr\u00e9coce pr\u00e9dit \u00e9galement de mani\u00e8re significative l&rsquo;am\u00e9lioration ult\u00e9rieure des capacit\u00e9s de r\u00e9gulation ex\u00e9cutive et de flexibilit\u00e9 chez l&rsquo;enfant plus \u00e2g\u00e9.<\/p>\n<p>Astington explique cette r\u00e9ciprocit\u00e9 en r\u00e9injectant le facteur linguistique au c\u0153ur du d\u00e9bat. C&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9riorisation du discours sur l&rsquo;esprit et la manipulation de structures syntaxiques complexes qui fournissent \u00e0 l&rsquo;enfant les moyens s\u00e9miotiques de formuler verbalement des r\u00e8gles d&rsquo;action de plus en plus sophistiqu\u00e9es (\u00ab Si la r\u00e8gle change, alors je dois ignorer la couleur et regarder la forme \u00bb). La th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et les fonctions ex\u00e9cutives ne sont pas deux modules ind\u00e9pendants qui se heurtent m\u00e9caniquement ; elles sont les deux branches d&rsquo;un m\u00eame tronc d\u00e9veloppemental, nourri par la m\u00e9diation linguistique et l&rsquo;exp\u00e9rience socioculturelle de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>7.3 Apports des neurosciences cognitives du d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution des travaux de Janet Astington au cours des ann\u00e9es 2000 a \u00e9galement dialogu\u00e9 de mani\u00e8re fructueuse avec l&rsquo;essor fulgurant des neurosciences cognitives du d\u00e9veloppement. L&rsquo;av\u00e8nement de techniques d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale non invasives applicables \u00e0 l&rsquo;enfant, telles que l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute densit\u00e9 (EEG) et la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle (fNIRS), a permis de rechercher les substrats neuronaux des fonctions th\u00e9oris\u00e9es par Astington \u00e0 partir d&rsquo;observations comportementales.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es neurod\u00e9veloppementales sont venues corroborer de fa\u00e7on \u00e9clatante les intuitions d&rsquo;Astington : la transition critique observ\u00e9e vers quatre ans correspond sur le plan c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 une r\u00e9organisation fonctionnelle majeure impliquant la maturation du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et ventrom\u00e9dian (si\u00e8ge du contr\u00f4le inhibiteur et de la m\u00e9moire de travail) et sa connectivit\u00e9 croissante avec le r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral sp\u00e9cifique de la \u00ab mentalisation \u00bb \u2014 comprenant la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/temporoparietal-junction\">jonction temporo-pari\u00e9tale<\/a> (TPJ), le sillon temporal sup\u00e9rieur et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Cette synchronisation synaptique offre la base neurobiologique permettant l&rsquo;int\u00e9gration conjointe des signaux linguistiques, ex\u00e9cutifs et sociaux d\u00e9crypt\u00e9s par Astington.<\/p>\n<p>Pour autant, Janet Astington est toujours demeur\u00e9e d&rsquo;une remarquable prudence \u00e9pist\u00e9mologique face aux d\u00e9rives du r\u00e9ductionnisme neurobiologique. Elle a inlassablement rappel\u00e9 dans ses conf\u00e9rences et \u00e9crits acad\u00e9miques que la maturation du cortex pr\u00e9frontal ou de la TPJ n&rsquo;est pas un programme autonome s&rsquo;ex\u00e9cutant dans un vase clos biologique ; c&rsquo;est un processus biologiquement plastique fa\u00e7onn\u00e9, sculpt\u00e9 et catalys\u00e9 par la qualit\u00e9 des interactions sociales, par les conversations familiales et par la scolarisation. Pour Astington, voir le cerveau s&rsquo;activer ne dispense jamais d&rsquo;analyser le sens des mots que l&rsquo;enfant \u00e9change avec son environnement : le substrat neurobiologique n&rsquo;est que la condition de possibilit\u00e9 mat\u00e9rielle d&rsquo;une conscience qui se construit fondamentalement dans l&rsquo;espace interpersonnel.<\/p>\n<h2>8. Contextes socioculturels et variations environnementales dans l&rsquo;acquisition de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/h2>\n<h3>8.1 L&rsquo;influence de la fratrie et des dynamiques familiales<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des terrains d&rsquo;investigation les plus f\u00e9conds explor\u00e9s par Janet Astington concerne l&rsquo;analyse de l&rsquo;impact des variables environnementales et microsociales sur le rythme d&rsquo;acquisition de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. Loin de concevoir l&rsquo;enfant comme un sujet abstrait et universel op\u00e9rant en laboratoire, elle s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 documenter la mani\u00e8re dont la texture m\u00eame du quotidien familial acc\u00e9l\u00e8re ou retarde l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension du psychisme humain.<\/p>\n<p>Dans des travaux largement cit\u00e9s men\u00e9s en \u00e9cho aux d\u00e9couvertes pionni\u00e8res de Perner, Ruffman et Leekam, Janet Astington et son \u00e9quipe ont examin\u00e9 en d\u00e9tail \u00ab l&rsquo;effet de la fratrie \u00bb. Leurs recherches empiriques ont confirm\u00e9 qu&rsquo;avoir des fr\u00e8res et s\u0153urs plus \u00e2g\u00e9s conf\u00e8re un avantage d\u00e9veloppemental statistiquement significatif pour la r\u00e9ussite pr\u00e9coce aux t\u00e2ches de fausse croyance. Astington a rejet\u00e9 toute explication m\u00e9caniste ou g\u00e9n\u00e9tique de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, en proposant une analyse sociocognitive lumineuse : vivre avec des a\u00een\u00e9s plonge le jeune enfant dans une ar\u00e8ne permanente de n\u00e9gociations intenses, de conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, de taquineries, de jeux d&rsquo;alliance et de tromperies strat\u00e9giques qui l&rsquo;obligent tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 d\u00e9coder les intentions, les ruses et les points de vue divergents de ses pairs pour pr\u00e9server ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>De plus, Astington a approfondi l&rsquo;analyse du style de discours maternel et parental au sein du foyer. Ses \u00e9tudes ont mis en lumi\u00e8re que les m\u00e8res qui utilisent spontan\u00e9ment une forte proportion d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s orient\u00e9s vers les \u00e9tats internes (en nommant les \u00e9motions, en expliquant les motifs sous-jacents des comportements d&rsquo;autrui et en reliant les actions \u00e0 des \u00e9tats de croyance) ont des enfants qui r\u00e9ussissent les \u00e9preuves m\u00e9tarepr\u00e9sentatives plusieurs mois avant leurs camarades du m\u00eame \u00e2ge \u00e9lev\u00e9s dans des foyers au discours plus normatif ou prescriptif. Le foyer familial agit comme le premier incubateur mentaliste o\u00f9 l&rsquo;enfant apprend \u00e0 penser l&rsquo;invisible \u00e0 travers le miroir discursif que lui tendent ses parents et sa fratrie.<\/p>\n<h3>8.2 \u00c9tudes interculturelles et diversit\u00e9 linguistique<\/h3>\n<p>Consciente que l&rsquo;immense majorit\u00e9 des donn\u00e9es de la psychologie cognitive occidentale souffrait d&rsquo;un biais ethnocentrique (le fameux \u00e9chantillonnage WEIRD : <em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>), Janet Astington a activement encourag\u00e9 et soutenu des recherches comparatives interculturelles et interlinguistiques destin\u00e9es \u00e0 \u00e9valuer l&rsquo;universalit\u00e9 de ses mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Ces \u00e9tudes comparatives ont confront\u00e9 les jalons d\u00e9veloppementaux d&rsquo;enfants anglophones \u00e0 ceux d&rsquo;enfants apprenant des langues aux propri\u00e9t\u00e9s typologiques radicalement diff\u00e9rentes, notamment des langues dot\u00e9es de syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9videntialit\u00e9 grammaticale obligatoire (comme le turc ou le cor\u00e9en, o\u00f9 le locuteur doit morphologiquement sp\u00e9cifier dans la d\u00e9sinence m\u00eame du verbe si l&rsquo;information transmise a \u00e9t\u00e9 directement vue, entendue d&rsquo;un tiers ou simplement d\u00e9duite). Les donn\u00e9es ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un tableau th\u00e9orique fascinant : si les enfants turcophones apprennent \u00e0 encoder les sources de l&rsquo;information perceptive plus t\u00f4t que les anglophones sur le plan morphologique, la transition conceptuelle vers la fausse croyance explicite s&rsquo;op\u00e8re n\u00e9anmoins universellement autour de l&rsquo;\u00e2ge de quatre ans.<\/p>\n<p>Ces comparaisons internationales, enrichies par les vastes m\u00e9ta-analyses auxquelles les donn\u00e9es d&rsquo;Astington ont contribu\u00e9 (notamment celle de Wellman, Cross et Watson en 2001), ont \u00e9tabli une distinction th\u00e9orique majeure entre la structure sous-jacente du d\u00e9veloppement et son tempo d&rsquo;\u00e9mergence. Si la trajectoire ordonn\u00e9e des \u00e9tapes conceptuelles (d\u00e9sir, puis croyance, puis fausse croyance, puis attributions de second ordre) semble universelle \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, le rythme exact de cette progression varie en fonction de la mani\u00e8re dont chaque culture et chaque langue valorise, verbalise et met en sc\u00e8ne les \u00e9tats mentaux. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Astington a ainsi offert un cadre conceptuel puissant capable de concilier l&rsquo;universalit\u00e9 des invariants cognitifs de l&rsquo;esprit humain et la diversit\u00e9 irr\u00e9ductible de ses incarnations linguistiques et culturelles.<\/p>\n<h3>8.3 Variables socio-\u00e9conomiques et disparit\u00e9s d&rsquo;apprentissage<\/h3>\n<p>L&rsquo;engagement civique et \u00e9thique de Janet Astington au sein de la soci\u00e9t\u00e9 ontarienne et canadienne l&rsquo;a naturellement conduite \u00e0 se pencher sur l&rsquo;impact des disparit\u00e9s socio-\u00e9conomiques sur l&rsquo;\u00e9veil de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. Loin de cantonner ses observations aux milieux universitaires ais\u00e9s, son laboratoire a syst\u00e9matiquement inclus des cohortes issues de milieux socio-\u00e9conomiquement d\u00e9favoris\u00e9s et de familles immigrantes vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>Ses recherches ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 avec une grande clart\u00e9 empirique que les enfants issus de milieux d\u00e9favoris\u00e9s accusent fr\u00e9quemment un d\u00e9calage de plusieurs mois dans la ma\u00eetrise des \u00e9preuves de fausse croyance par rapport \u00e0 leurs pairs plus favoris\u00e9s. Astington s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9construire les m\u00e9canismes causaux de cet \u00e9cart, d\u00e9montrant qu&rsquo;il ne rel\u00e8ve d&rsquo;aucun d\u00e9ficit intellectuel inn\u00e9, mais d\u00e9coule directement du diff\u00e9rentiel d&rsquo;exposition au capital linguistique familial. Dans les contextes de pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique extr\u00eame, le stress familial chronique r\u00e9duit souvent la fr\u00e9quence des moments de lecture interactive partag\u00e9e et limite les conversations \u00e9labor\u00e9es riches en subordonn\u00e9es compl\u00e9tives et en termes mentaux au profit d&rsquo;un discours pragmatique ax\u00e9 sur l&rsquo;urgence quotidienne et la r\u00e9gulation comportementale directe.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce constat, Janet Astington s&rsquo;est transform\u00e9e en une avocate passionn\u00e9e de la justice cognitive et de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 \u00e9ducative. Elle a multipli\u00e9 les prises de parole publiques pour plaider en faveur d&rsquo;investissements massifs dans les services de garde et les maternelles publiques de haute qualit\u00e9. Pour Astington, l&rsquo;\u00e9cole pr\u00e9scolaire doit jouer un r\u00f4le compensateur fondamental : en offrant \u00e0 tous les enfants, particuli\u00e8rement aux plus vuln\u00e9rables, un environnement linguistique enrichi, satur\u00e9 d&rsquo;histoires narratives et de dialogues favorisant la prise de perspective d&rsquo;autrui, le syst\u00e8me \u00e9ducatif peut neutraliser les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9part et garantir que chaque enfant acc\u00e8de pleinement aux comp\u00e9tences m\u00e9tacognitives indispensables \u00e0 sa r\u00e9ussite scolaire et \u00e0 son int\u00e9gration citoyenne future.<\/p>\n<h2>9. Applications \u00e9ducatives, p\u00e9dagogiques et interventions cliniques<\/h2>\n<h3>9.1 Transposition des concepts d&rsquo;Astington aux salles de classe pr\u00e9scolaires<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des plus grandes fiert\u00e9s scientifiques de Janet Astington r\u00e9side dans l&rsquo;impact direct et concret de ses th\u00e9ories sur les pratiques \u00e9ducatives au sein des salles de classe de la petite enfance. En tant que figure tut\u00e9laire de l&rsquo;OISE, elle n&rsquo;a cess\u00e9 de jeter des ponts entre la recherche en psychologie d\u00e9veloppementale et la formation professionnelle des enseignants et des \u00e9ducateurs de la petite enfance de l&rsquo;Ontario et du monde anglo-saxon.<\/p>\n<p>Astington a con\u00e7u des programmes de formation innovants destin\u00e9s \u00e0 sensibiliser le personnel \u00e9ducatif \u00e0 la puissance de ce qu&rsquo;elle nomme le \u00ab m\u00e9tadiscours p\u00e9dagogique \u00bb. Elle a d\u00e9montr\u00e9 empiriquement que de subtils ajustements dans la posture langagi\u00e8re de l&rsquo;enseignant transforment radicalement le climat d&rsquo;apprentissage. Plut\u00f4t que de formuler des directives autoritaires et univoques (\u00ab Rangez vos crayons, c&rsquo;est l&rsquo;heure de manger \u00bb), les enseignants form\u00e9s \u00e0 son approche apprennent \u00e0 expliciter les \u00e9tats mentaux sous-jacents aux r\u00e8gles sociales (\u00ab Je <em>sais<\/em> que vous aimeriez continuer \u00e0 dessiner, mais la cuisini\u00e8re <em>croit<\/em> que nous sommes pr\u00eats et elle <em>esp\u00e8re<\/em> que nous n&rsquo;allons pas laisser refroidir le repas \u00bb). Cette pratique p\u00e9dagogique plonge continuellement l&rsquo;enfant dans une matrice de mentalisation vivante.<\/p>\n<p>De plus, ses travaux ont inspir\u00e9 la cr\u00e9ation de modules p\u00e9dagogiques centr\u00e9s sur le jeu de r\u00f4le coop\u00e9ratif et la r\u00e9solution pacifique de conflits entre pairs. Janet Astington a mis en \u00e9vidence le lien causal direct existant entre la r\u00e9ussite aux \u00e9preuves de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et la comp\u00e9tence socio-\u00e9motionnelle globale en classe : les enfants qui ma\u00eetrisent t\u00f4t la perspective mentale d&rsquo;autrui manifestent des niveaux d&rsquo;agressivit\u00e9 physique nettement inf\u00e9rieurs, une capacit\u00e9 sup\u00e9rieure de n\u00e9gociation lors des disputes, et une propension beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e aux comportements prosociaux spontan\u00e9s (consolation, partage de mat\u00e9riel, entraide). Ses recherches ont prouv\u00e9 aux d\u00e9cideurs \u00e9ducatifs que la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit n&rsquo;est pas un luxe acad\u00e9mique abstrait, mais le socle m\u00eame de la socialisation humaine et de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique pr\u00e9coce.<\/p>\n<h3>9.2 Pertinence pour les troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA)<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor des th\u00e9ories de Janet Astington a co\u00efncid\u00e9 historiquement avec une r\u00e9volution dans la compr\u00e9hension psychopathologique des troubles du spectre de l&rsquo;autisme (<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cdc.gov\/ncbddd\/autism\/index.html\">TSA<\/a>), marqu\u00e9e par la publication en 1985 de l&rsquo;article s\u00e9minal de Simon Baron-Cohen, Alan Leslie et Uta Frith postulant l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab c\u00e9cit\u00e9 mentale \u00bb (<em>mindblindness<\/em>) ou d&rsquo;un d\u00e9ficit sp\u00e9cifique de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit chez les personnes autistes. Astington a imm\u00e9diatement per\u00e7u la port\u00e9e d\u00e9cisive de ses propres d\u00e9couvertes linguistiques pour \u00e9clairer ce champ clinique complexe.<\/p>\n<p>Ses travaux ont apport\u00e9 un \u00e9clairage fondamental sur les profils atypiques observ\u00e9s chez les enfants et adolescents autistes verbaux ou pr\u00e9sentant un syndrome d&rsquo;Asperger. Alors que les tenants d&rsquo;un module inn\u00e9iste rigide peinaient \u00e0 expliquer pourquoi certains individus autistes dot\u00e9s d&rsquo;une grande intelligence parviennent, avec les ann\u00e9es, \u00e0 r\u00e9ussir les tests standardis\u00e9s de fausse croyance en laboratoire, Astington a formul\u00e9 l&rsquo;explication th\u00e9orique qui fait aujourd&rsquo;hui consensus : la compensation par le langage structural. En exploitant leur excellente m\u00e9moire verbale et leur ma\u00eetrise formelle de la syntaxe de compl\u00e9mentation, ces personnes apprennent \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de croyance d&rsquo;autrui par un calcul logique d\u00e9ductif explicite (une v\u00e9ritable \u00ab th\u00e9orie \u00bb verbale de l&rsquo;esprit), sans pour autant poss\u00e9der l&rsquo;intuition socio-\u00e9motionnelle automatique et fluide caract\u00e9ristique du d\u00e9veloppement neurotypique.<\/p>\n<p>Cette distinction lumineuse \u00e9tablie par Astington entre le raisonnement social intuitif incarn\u00e9 et les strat\u00e9gies langagi\u00e8res compensatoires a profond\u00e9ment transform\u00e9 la conception des th\u00e9rapies et des interventions cliniques ciblant l&rsquo;autisme. Elle a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;entra\u00eenement syntaxique et pragmatique peut constituer une b\u00e9quille cognitive extr\u00eamement puissante pour soutenir la navigation sociale des personnes avec TSA, tout en alertant les cliniciens sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas confondre le succ\u00e8s superficiel \u00e0 un test de laboratoire avec une v\u00e9ritable aisance adaptative dans la complexit\u00e9 chaotique des interactions humaines du quotidien.<\/p>\n<h3>9.3 L&rsquo;\u00e9valuation clinique du langage et du d\u00e9veloppement cognitif<\/h3>\n<p>L&#8217;empreinte appliqu\u00e9e de Janet Astington s&rsquo;est \u00e9galement mat\u00e9rialis\u00e9e par le d\u00e9veloppement d&rsquo;outils d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et de protocoles cliniques destin\u00e9s aux orthophonistes, neuropsychologues et psychologues scolaires. Constatant les lacunes des bilans logop\u00e9diques traditionnels, qui se focalisaient quasi exclusivement sur l&rsquo;articulation phonologique, le lexique r\u00e9ceptif et la grammaire superficielle, elle a milit\u00e9 pour l&rsquo;int\u00e9gration syst\u00e9matique de la dimension m\u00e9tacognitive et pragmatique dans l&rsquo;\u00e9valuation du langage de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Ses recherches ont fourni la base th\u00e9orique et m\u00e9thodologique ayant permis l&rsquo;\u00e9laboration de batteries d&rsquo;\u00e9valuation clinique novatrices, telles que des \u00e9preuves standardis\u00e9es de compr\u00e9hension narrative \u00e9valuant la capacit\u00e9 de l&rsquo;enfant \u00e0 restituer la trame mentale d&rsquo;une histoire (les croyances, erreurs et intentions cach\u00e9es des personnages) au-del\u00e0 de la simple chronologie factuelle des actions visibles. Ces outils se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s d&rsquo;une valeur diagnostique inestimable pour d\u00e9pister des enfants pr\u00e9sentant ce que la nosographie actuelle classe sous les termes de trouble de la communication sociale (pragmatique) ou de troubles du langage de haut niveau dissimul\u00e9s derri\u00e8re une grammaire de surface impeccablement pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, les travaux d&rsquo;Astington ont stimul\u00e9 la cr\u00e9ation de protocoles d&rsquo;entra\u00eenement m\u00e9tacognitif en orthophonie, o\u00f9 la manipulation de marionnettes, les sc\u00e9narios visuels d&rsquo;apparence-r\u00e9alit\u00e9 et l&rsquo;usage cibl\u00e9 de verbes d&rsquo;\u00e9tats propositionnels sont utilis\u00e9s pour restaurer l&rsquo;interface langage-pens\u00e9e chez des enfants pr\u00e9sentant des retards de d\u00e9veloppement globaux ou des s\u00e9quelles de traumatismes cr\u00e2niens pr\u00e9coces. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Astington, la communaut\u00e9 orthophonique internationale a pris conscience que r\u00e9\u00e9duquer le langage d&rsquo;un enfant, c&rsquo;est fondamentalement r\u00e9\u00e9duquer sa capacit\u00e9 \u00e0 concevoir et \u00e0 habiter l&rsquo;esprit d&rsquo;autrui.<\/p>\n<h2>10. Contributions majeures \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes p\u00e9dagogiques de l&rsquo;Ontario (OISE)<\/h2>\n<h3>10.1 Leadership acad\u00e9mique et direction de programmes de recherche<\/h3>\n<p>Au cours de ses quatre d\u00e9cennies de service institutionnel \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto, Janet Astington s&rsquo;est impos\u00e9e comme une b\u00e2tisseuse d&rsquo;institutions d&rsquo;une envergure exceptionnelle. Nomm\u00e9e professeure \u00e9m\u00e9rite apr\u00e8s une carri\u00e8re acad\u00e9mique exemplaire, elle a jou\u00e9 un r\u00f4le moteur dans la structuration institutionnelle de la recherche sur la petite enfance au Canada, assurant la direction du prestigieux D\u00e9partement de psychologie humaine appliqu\u00e9e et de d\u00e9veloppement de l&rsquo;OISE durant des phases de transformation strat\u00e9gique majeures.<\/p>\n<p>Sous son impulsion visionnaire, l&rsquo;OISE a obtenu d&rsquo;immenses financements comp\u00e9titifs de la part d&rsquo;organismes subventionnaires nationaux et internationaux de premier plan, tels que le <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sshrc-crsh.gc.ca\/\">Conseil de recherches en sciences humaines du Canada<\/a> (CRSH) et les Instituts de recherche en sant\u00e9 du Canada (IRSC). Elle a f\u00e9d\u00e9r\u00e9 des \u00e9quipes interdisciplinaires d&rsquo;envergure internationale regroupant psycholinguistes, neuroscientifiques, sociologues de l&rsquo;\u00e9ducation et philosophes, instaurant une culture de rigueur m\u00e9thodologique sans \u00e9quivalent dans le paysage universitaire canadien.<\/p>\n<p>L&rsquo;un de ses accomplissements institutionnels les plus remarquables a \u00e9t\u00e9 la mise en place de grandes cohortes longitudinales de r\u00e9f\u00e9rence au sein du syst\u00e8me \u00e9ducatif ontarien. Ces cohortes ont permis de suivre des milliers d&rsquo;enfants de la garderie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adolescence, fournissant \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique mondiale des bases de donn\u00e9es d&rsquo;une richesse inestimable sur les trajectoires de co-d\u00e9veloppement du langage, des fonctions ex\u00e9cutives et de l&rsquo;adaptation psychosociale. Janet Astington a ainsi ancr\u00e9 l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto comme le phare incontest\u00e9 des \u00e9tudes sur le d\u00e9veloppement sociocognitif de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>10.2 Formation et mentorat de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs<\/h3>\n<p>Le rayonnement intellectuel d&rsquo;un universitaire se mesure tout autant \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 de ses disciples qu&rsquo;au volume de ses publications personnelles. De l&rsquo;avis unanime de ses anciens \u00e9tudiants et coll\u00e8gues, Janet Astington a incarn\u00e9 l&rsquo;arch\u00e9type du mentor d&rsquo;exception, alliant une exigence scientifique impitoyable \u00e0 une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 humaine, une \u00e9coute bienveillante et un d\u00e9vouement absolu envers la r\u00e9ussite de ses \u00e9tudiants de ma\u00eetrise et de doctorat.<\/p>\n<p>Elle a dirig\u00e9 des dizaines de th\u00e8ses de doctorat qui sont devenues des jalons et des classiques de la litt\u00e9rature contemporaine en psychologie d\u00e9veloppementale. Nombre de ses anciens doctorants et postdoctorants occupent aujourd&rsquo;hui des chaires de recherche prestigieuses, des postes de professeurs titulaires et des directions de laboratoires au Canada, aux \u00c9tats-Unis, en Europe, en Australie et en Asie. \u00c0 travers cette diaspora de disciples fid\u00e8les, Janet Astington a v\u00e9ritablement fond\u00e9 une \u00ab \u00e9cole torontoise \u00bb de la cognition de l&rsquo;enfant, caract\u00e9ris\u00e9e par une signature \u00e9pist\u00e9mologique reconnaissable entre mille : la fusion harmonieuse entre la sophistication de l&rsquo;exp\u00e9rimentation cognitive de laboratoire et le respect scrupuleux de la validit\u00e9 \u00e9cologique des comportements de l&rsquo;enfant dans son milieu naturel.<\/p>\n<p>Astington a su insuffler \u00e0 ses prot\u00e9g\u00e9s une \u00e9thique de la recherche marqu\u00e9e par la nuance, le refus des conclusions h\u00e2tives et la m\u00e9fiance envers les modes scientifiques \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Elle a form\u00e9 ses \u00e9tudiants \u00e0 ne jamais consid\u00e9rer un enfant comme un simple sujet d&rsquo;exp\u00e9rience fournissant des temps de r\u00e9action ou des pourcentages de r\u00e9ussite, mais comme un agent r\u00e9flexif engag\u00e9 dans une qu\u00eate ardente pour donner du sens \u00e0 son environnement social et linguistique.<\/p>\n<h3>10.3 R\u00f4le \u00e9ditorial et diffusion des connaissances scientifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;influence exerc\u00e9e par Janet Astington sur la sc\u00e8ne internationale s&rsquo;est \u00e9galement d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 travers son leadership au sein des plus grandes instances \u00e9ditoriales et associatives de la psychologie mondiale. Elle a si\u00e9g\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es aux comit\u00e9s de r\u00e9daction des revues les plus prestigieuses et exigeantes de la discipline, notamment <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/srcd.onlinelibrary.wiley.com\/journal\/14678624\"><em>Child Development<\/em><\/a>, <em>Developmental Psychology<\/em>, <em>Cognitive Development<\/em>, <em>First Language<\/em> et le <em>British Journal of Developmental Psychology<\/em>.<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;\u00e9ditrice associ\u00e9e et r\u00e9viseure critique respect\u00e9e, elle a fa\u00e7onn\u00e9 les standards m\u00e9thodologiques de la recherche internationale, veillant avec rigueur \u00e0 ce que les articles publi\u00e9s articulent des fondements th\u00e9oriques impeccables avec des protocoles empiriques solides et transparents. Elle a co-organis\u00e9 et pr\u00e9sid\u00e9 d&rsquo;innombrables colloques et symposia th\u00e9matiques lors des congr\u00e8s bisannuels de la <em>Society for Research in Child Development<\/em> (SRCD) et de l&rsquo;<em>International Association for the Study of Child Language<\/em> (IASCL), cr\u00e9ant des espaces d&rsquo;\u00e9changes privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 linguistes formels et psychologues exp\u00e9rimentaux ont pu confronter leurs perspectives sur l&rsquo;interface langage-pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, Janet Astington a d\u00e9ploy\u00e9 une \u00e9nergie constante dans la vulgarisation scientifique de haute tenue et le transfert de connaissances aupr\u00e8s des d\u00e9cideurs publics et des praticiens de terrain. Auteure de chapitres de r\u00e9f\u00e9rence dans les encyclop\u00e9dies les plus lues (notamment l&rsquo;Encyclop\u00e9die sur le d\u00e9veloppement des jeunes enfants du Centre d&rsquo;excellence pour le d\u00e9veloppement des jeunes enfants), elle a su traduire les d\u00e9bats les plus ardus des sciences cognitives dans un langage limpide, accessible et directement mobilisable pour la pratique quotidienne des \u00e9ducateurs, confirmant sa conviction fondamentale que la science n&rsquo;atteint sa pl\u00e9nitude que lorsqu&rsquo;elle sert \u00e0 \u00e9clairer la vie humaine.<\/p>\n<h2>11. D\u00e9bats th\u00e9oriques contemporains et critiques scientifiques des travaux d&rsquo;Astington<\/h2>\n<h3>11.1 Le paradigme du regard pr\u00e9f\u00e9rentiel et la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit implicite<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;autorit\u00e9 immense des travaux de Janet Astington et le consensus forg\u00e9 autour du cap d\u00e9veloppemental des quatre ans pour la r\u00e9ussite aux \u00e9preuves classiques de fausse croyance, le champ de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit a connu \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 2000 un s\u00e9isme m\u00e9thodologique et conceptuel avec l&rsquo;apparition des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation non verbaux bas\u00e9s sur le regard chez les nourrissons. Des chercheuses pionni\u00e8res comme <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psychology.illinois.edu\/directory\/profile\/rbaillar\">Ren\u00e9e Baillargeon<\/a> et Kristine Onishi ont publi\u00e9 en 2005 des \u00e9tudes retentissantes utilisant le paradigme de violation des attentes (mesure des temps de fixation visuelle), affirmant que des nourrissons \u00e2g\u00e9s d&rsquo;\u00e0 peine 15 mois manifesteraient d\u00e9j\u00e0 une compr\u00e9hension de la fausse croyance d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Cette irruption de la \u00ab th\u00e9orie de l&rsquo;esprit implicite \u00bb a d\u00e9clench\u00e9 une controverse majeure qui a mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve les mod\u00e8les d\u00e9fendus par Astington. Si des b\u00e9b\u00e9s pr\u00e9-verbaux de 15 mois r\u00e9ussissent des \u00e9preuves de regard bas\u00e9es sur la fausse croyance, comment continuer \u00e0 soutenir, comme le fait Janet Astington, que la compr\u00e9hension de la fausse croyance constitue une rupture conceptuelle qualitative survenant vers quatre ans sous la d\u00e9pendance causale de la syntaxe de compl\u00e9mentation et de la m\u00e9tacognition linguistique ? Certains chercheurs inn\u00e9istes ont saut\u00e9 sur l&rsquo;occasion pour r\u00e9affirmer l&rsquo;existence d&rsquo;un module inn\u00e9 de lecture mentale pr\u00e9sent d\u00e8s la naissance, rel\u00e9guant les \u00e9preuves classiques d&rsquo;Astington au rang d&rsquo;exercices artificiels alourdis par des contraintes de performance verbale superflues.<\/p>\n<p>Janet Astington a pris une part active et magistrale dans ce d\u00e9bat d&rsquo;une port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique consid\u00e9rable. Avec d&rsquo;autres th\u00e9oriciens constructivistes de premier plan, elle a d\u00e9montr\u00e9 que les t\u00e2ches de regard pr\u00e9f\u00e9rentiel chez le nourrisson et les \u00e9preuves de choix verbal explicite \u00e0 quatre ans ne mesurent absolument pas le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique. Le regard du nourrisson t\u00e9moigne d&rsquo;un syst\u00e8me de suivi attentionnel implicite, proc\u00e9dural et perceptif \u2014 bas\u00e9 sur des associations statistiques entre des agents corporels et des r\u00e9gularit\u00e9s visuelles \u2014, mais ne constitue en aucun cas une th\u00e9orie conceptuelle m\u00e9tarepr\u00e9sentative au sens plein du terme. Astington a d\u00e9fendu avec vigueur la r\u00e9alit\u00e9 incontournable de la transition des quatre ans : seule la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit explicite, formul\u00e9e dans et par le langage, conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;enfant la capacit\u00e9 de justifier rationnellement une action, de d\u00e9battre d&rsquo;une croyance, de comprendre pourquoi autrui se trompe et d&rsquo;int\u00e9grer consciemment la subjectivit\u00e9 dans son propre mod\u00e8le du monde.<\/p>\n<h3>11.2 Mod\u00e8les de la simulation versus th\u00e9ories de la th\u00e9orie (Theory-Theory)<\/h3>\n<p>L&rsquo;autre grand d\u00e9bat th\u00e9orique qui a jalonn\u00e9 la carri\u00e8re d&rsquo;Astington se situe au niveau de la philosophie de l&rsquo;esprit et de la mod\u00e9lisation cognitive g\u00e9n\u00e9rale de la cognition sociale : l&rsquo;opposition classique entre les tenants de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/theory-theory\/\"><em>Theory-Theory<\/em><\/a> (la th\u00e9orie de la th\u00e9orie) et les partisans de la <em>Simulation Theory<\/em> (la th\u00e9orie de la simulation mentale). Les partisans de la th\u00e9orie de la th\u00e9orie, comme Alison Gopnik et Henry Wellman, soutiennent que l&rsquo;enfant \u00e9labore une v\u00e9ritable th\u00e9orie quasi scientifique abstraite de l&rsquo;esprit, comprenant des lois, des axiomes causaux et des entit\u00e9s non observables postul\u00e9es pour expliquer les faits observ\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les th\u00e9oriciens de la simulation, tels qu&rsquo;Alvin Goldman ou Paul Harris, affirment que l&rsquo;enfant n&rsquo;utilise aucune th\u00e9orie abstraite : il utilise son propre syst\u00e8me cognitif et affectif comme un mod\u00e8le analogique, se projetant par imagination dans les souliers d&rsquo;autrui pour simuler int\u00e9rieurement ce qu&rsquo;il ressentirait ou penserait \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>Le positionnement de Janet Astington au sein de ce d\u00e9bat est d&rsquo;une grande originalit\u00e9 et d&rsquo;une remarquable subtilit\u00e9. Tout en souscrivant largement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;enfant construit un syst\u00e8me conceptuel coh\u00e9rent \u00e9tay\u00e9 par des r\u00e8gles logiques \u2014 ce qui la rapproche incontestablement des th\u00e9oriciens de la <em>Theory-Theory<\/em> \u2014, elle refuse de concevoir ce processus comme une activit\u00e9 th\u00e9orique froide men\u00e9e par un \u00ab petit savant \u00bb isol\u00e9 dans sa tour d&rsquo;ivoire cognitive. Astington critique le caract\u00e8re purement formaliste et quasi m\u00e9canique de la <em>Theory-Theory<\/em> standard, soulignant que cette mod\u00e9lisation omet la dimension v\u00e9cue, pragmatique et profond\u00e9ment interpersonnelle de la d\u00e9couverte de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Dans ses synth\u00e8ses th\u00e9oriques les plus abouties, Astington tente une dialectique f\u00e9conde : elle soutient que la simulation mentale int\u00e9rieure et la construction th\u00e9orique s&rsquo;articulent intimement gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation du langage. L&rsquo;enfant simule d&rsquo;abord les intentions et \u00e9motions d&rsquo;autrui au sein des jeux partag\u00e9s et des interactions corporelles directes (accordage affectif) ; cependant, cette simulation demeure limit\u00e9e et opaque tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas formalis\u00e9e, explicit\u00e9e et stabilis\u00e9e par le lexique et la grammaire des \u00e9tats mentaux fournis par la culture. C&rsquo;est le langage qui permet \u00e0 la simulation exp\u00e9rientielle de se cristalliser en un syst\u00e8me conceptuel de repr\u00e9sentations objectives. Janet Astington a ainsi refus\u00e9 les dichotomies simplistes pour offrir une vision unifi\u00e9e du d\u00e9veloppement sociocognitif.<\/p>\n<h3>11.3 Limites \u00e9cologiques des \u00e9preuves de laboratoire<\/h3>\n<p>Une critique r\u00e9currente formul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;encontre de la tradition exp\u00e9rimentale dans laquelle s&rsquo;inscrivent les travaux d&rsquo;Astington concerne le caract\u00e8re hautement artificiel, formalis\u00e9 et d\u00e9contextualis\u00e9 des \u00e9preuves de laboratoire standardis\u00e9es, telles que les tests de Sally et Anne ou la bo\u00eete de Smarties. Des chercheurs d&rsquo;ob\u00e9dience \u00e9cologique ou ethnom\u00e9thodologique ont r\u00e9guli\u00e8rement point\u00e9 un d\u00e9calage troublant : certains enfants \u00e9chouent lamentablement aux tests de fausse croyance administr\u00e9s par un exp\u00e9rimentateur inconnu dans une pi\u00e8ce st\u00e9rile, alors m\u00eame qu&rsquo;ils d\u00e9montrent dans leur cour de r\u00e9cr\u00e9ation ou dans leur foyer une ruse sociale prodigieuse, une capacit\u00e9 impressionnante \u00e0 tromper leur fratrie ou un talent ind\u00e9niable pour r\u00e9conforter un camarade en d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Loin de balayer ces critiques d&rsquo;un revers de main corporatiste, Janet Astington s&rsquo;est montr\u00e9e d&rsquo;une honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle remarquable en reconnaissant pleinement les limites inh\u00e9rentes aux paradigmes exp\u00e9rimentaux ferm\u00e9s. Elle a elle-m\u00eame pilot\u00e9 des recherches novatrices visant \u00e0 comparer syst\u00e9matiquement les scores obtenus par les enfants lors des \u00e9preuves de fausse croyance traditionnelles avec des mesures \u00e9cologiques directes obtenues par observation naturaliste vid\u00e9o en classe maternelle et dans les fratries \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Ses r\u00e9ponses m\u00e9thodologiques ont enrichi durablement la discipline. Astington a d\u00e9montr\u00e9 que si les enfants de trois ans sont effectivement capables de ruses comportementales sophistiqu\u00e9es dans la vie quotidienne, ces ruses rel\u00e8vent souvent de routines pratiques apprises, d&rsquo;ajustements comportementaux implicites ou de la manipulation des <em>actions<\/em> d&rsquo;autrui, plut\u00f4t que d&rsquo;une compr\u00e9hension explicite et conscientis\u00e9e des <em>croyances<\/em> d&rsquo;autrui. La passation des \u00e9preuves de laboratoire garde donc une validit\u00e9 conceptuelle irrempla\u00e7able : elle permet d&rsquo;\u00e9valuer le moment pr\u00e9cis o\u00f9 la cognition sociale de l&rsquo;enfant s&rsquo;affranchit du niveau comportemental pragmatique pour acc\u00e9der \u00e0 la pleine m\u00e9tarepr\u00e9sentation formelle. Astington a ainsi plaid\u00e9 pour une compl\u00e9mentarit\u00e9 m\u00e9thodologique indissoluble entre l&rsquo;observation naturaliste et le protocole exp\u00e9rimental rigoureux.<\/p>\n<h2>12. L&rsquo;h\u00e9ritage intellectuel et les perspectives futures de la psychologie du d\u00e9veloppement<\/h2>\n<h3>12.1 P\u00e9rennit\u00e9 des mod\u00e8les conceptuels de Janet Astington<\/h3>\n<p>Avec le recul que conf\u00e8re l&rsquo;histoire des sciences cognitives, l&rsquo;h\u00e9ritage intellectuel laiss\u00e9 par Janet Astington appara\u00eet d&rsquo;une solidit\u00e9 et d&rsquo;une f\u00e9condit\u00e9 monumentales. Alors que tant de th\u00e9ories du d\u00e9veloppement ont sombr\u00e9 dans l&rsquo;oubli au gr\u00e9 des r\u00e9volutions paradigmatiques et technologiques, ses mod\u00e8les conceptuels continuent de constituer le socle th\u00e9orique de r\u00e9f\u00e9rence pour les chercheurs du monde entier.<\/p>\n<p>Sa th\u00e8se cardinale \u2014 l&rsquo;intrication indissoluble et le r\u00f4le causal constitutif du langage dans l&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit \u2014 est aujourd&rsquo;hui un postulat universellement admis par la communaut\u00e9 scientifique internationale. Aucun laboratoire s\u00e9rieux ne con\u00e7oit plus d\u00e9sormais une recherche sur la cognition sociale de l&rsquo;enfant sans y int\u00e9grer une \u00e9valuation rigoureuse des comp\u00e9tences syntaxiques, s\u00e9mantiques et pragmatiques de ses sujets. De surcro\u00eet, son ouvrage s\u00e9minal de 1993, <em>The Child&rsquo;s Discovery of the Mind<\/em>, demeure inscrit au panth\u00e9on des classiques de la psychologie contemporaine, cit\u00e9 des milliers de fois et continuant de former l&rsquo;esprit critique des jeunes cohortes d&rsquo;\u00e9tudiants en sciences de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Astington s&rsquo;incarne \u00e9galement dans son impact institutionnel p\u00e9renne sur les programmes d&rsquo;\u00e9ducation pr\u00e9scolaire fond\u00e9s sur les preuves \u00e0 travers le Canada et le monde anglophone. Les curricula modernes de la petite enfance reconnaissent d\u00e9sormais explicitement la promotion de la m\u00e9tacognition, de la prise de perspective d&rsquo;autrui et de l&rsquo;enrichissement du vocabulaire des \u00e9tats internes comme des priorit\u00e9s \u00e9ducatives tout aussi cruciales que l&rsquo;apprentissage des chiffres et des lettres. Pour l&rsquo;ensemble de ses contributions scientifiques d&rsquo;exception, Janet Astington a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par les plus hautes distinctions acad\u00e9miques canadiennes et internationales, gravant son nom aux c\u00f4t\u00e9s des plus grands explorateurs de la psych\u00e9 humaine en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>12.2 Nouvelles fronti\u00e8res : intelligence artificielle, robotique sociale et cognition<\/h3>\n<p>Bien que ses travaux empiriques aient \u00e9t\u00e9 men\u00e9s aupr\u00e8s d&rsquo;enfants de chair et d&rsquo;os, le cadre conceptuel forg\u00e9 par Janet Astington r\u00e9sonne aujourd&rsquo;hui avec une actualit\u00e9 br\u00fblante \u00e0 la fronti\u00e8re des domaines les plus avant-gardistes de la science contemporaine : l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/artificial-intelligence\/\">intelligence artificielle<\/a> et la robotique sociale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re o\u00f9 les grands mod\u00e8les de langage (<em>Large Language Models<\/em> ou LLMs tels que GPT-4) d\u00e9montrent des comp\u00e9tences linguistiques bluffantes, une question vertigineuse d\u00e9chire la communaut\u00e9 des sciences cognitives et de l&rsquo;informatique : ces syst\u00e8mes d&rsquo;intelligence artificielle poss\u00e8dent-ils une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit ? Lorsqu&rsquo;on leur soumet les tests de transfert inattendu ou de contenu trompeur d\u00e9velopp\u00e9s par Astington, ces mod\u00e8les r\u00e9ussissent souvent avec brio. C&rsquo;est ici que les distinctions th\u00e9oriques d&rsquo;une pr\u00e9cision chirurgicale \u00e9labor\u00e9es par Janet Astington se r\u00e9v\u00e8lent d&rsquo;une utilit\u00e9 philosophique capitale. Astington a inlassablement rappel\u00e9 que la manipulation syntaxique impeccable de propositions ench\u00e2ss\u00e9es ne constitue pas en soi une preuve de compr\u00e9hension mentale v\u00e9cue : la syntaxe est l&rsquo;instrument de repr\u00e9sentation de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit, mais elle n&rsquo;en constitue pas la substance intentionnelle premi\u00e8re, laquelle pr\u00e9suppose un agent incarn\u00e9 dot\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences subjectives, d&rsquo;un ancrage dans un corps physique et d&rsquo;une immersion dans une communaut\u00e9 sociale r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, dans le champ \u00e9mergent de l&rsquo;interaction enfant-robot, les mod\u00e8les d&rsquo;Astington sont appliqu\u00e9s pour \u00e9tudier comment les jeunes enfants du XXIe si\u00e8cle attribuent des \u00e9tats mentaux, des intentions et des connaissances \u00e0 des agents artificiels interactifs. Les chercheurs s&rsquo;appuient sur ses protocoles pour d\u00e9terminer si l&rsquo;enfant traite un robot humano\u00efde comme une bo\u00eete trompeuse dot\u00e9e d&rsquo;une fausse croyance ou comme un simple objet physique anim\u00e9 d&rsquo;un automatisme d\u00e9terministe. Les cat\u00e9gories forg\u00e9es par Astington il y a quarante ans fournissent ainsi les outils conceptuels indispensables pour penser la rencontre anthropologique in\u00e9dite entre la conscience humaine en devenir et l&rsquo;intelligence machinique.<\/p>\n<h3>12.3 Conclusion : une vision int\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;esprit en d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p>Au terme de ce parcours approfondi au c\u0153ur de la trajectoire scientifique et conceptuelle de Janet Wilde Astington, se d\u00e9gage la vision d&rsquo;une \u0153uvre intellectuelle d&rsquo;une rare coh\u00e9rence, port\u00e9e par un projet th\u00e9orique d&rsquo;une ambition humaniste magistrale : r\u00e9concilier de mani\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e le langage, la pens\u00e9e et la vie sociale dans la gen\u00e8se de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Janet Astington a accompli ce qu&rsquo;aucun th\u00e9oricien avant elle n&rsquo;avait su r\u00e9aliser avec autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance m\u00e9thodologique et de profondeur philosophique. Elle a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;enfant ne d\u00e9couvre pas son esprit et celui des autres par une illumination g\u00e9n\u00e9tique solitaire, ni par l&rsquo;accumulation passive de conditionnements comportementaux externes. L&rsquo;enfant d\u00e9couvre l&rsquo;esprit parce qu&rsquo;il na\u00eet au monde au sein d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;\u00eatres parlants qui lui pr\u00eatent des intentions d\u00e8s son premier souffle, qui sculptent son \u00e9coute \u00e0 travers des r\u00e9cits fictionnels et qui lui transmettent, par la magie de la syntaxe et de la conversation partag\u00e9e, la formidable technologie cognitive de la r\u00e9flexion m\u00e9tacognitive.<\/p>\n<p>\u00c0 travers une vie enti\u00e8re consacr\u00e9e au d\u00e9voilement du monde int\u00e9rieur de l&rsquo;enfant, Janet Astington a transform\u00e9 \u00e0 tout jamais le regard que les psychologues, les linguistes, les \u00e9ducateurs et les parents portent sur les jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Elle a rendu hommage \u00e0 l&rsquo;extraordinaire g\u00e9nie philosophique de l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire qui, en apprenant \u00e0 dire \u00ab je pense que \u00bb, accomplit silencieusement l&rsquo;un des sauts ontologiques les plus sublimes de l&rsquo;univers connu : celui par lequel la mati\u00e8re physique, en acc\u00e9dant au langage humain, en vient \u00e0 contempler et \u00e0 comprendre la myst\u00e9rieuse subjectivit\u00e9 de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Astington, J. W. (1986). Children&rsquo;s comprehension of metaphor and irony. <em>Journal of Child Language<\/em>, 13(3), 559\u2013572. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S030500090000813X\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S030500090000813X<\/a><\/li>\n<li>Astington, J. W. (1993). <em>The Child&rsquo;s Discovery of the Mind<\/em>. Harvard University Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.hup.harvard.edu\/books\/9780674116429\">https:\/\/www.hup.harvard.edu\/books\/9780674116429<\/a><\/li>\n<li>Astington, J. W., &amp; Baird, J. A. (Eds.). (2005). <em>Why Language Matters for Theory of Mind<\/em>. Oxford University Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780195159912.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780195159912.001.0001<\/a><\/li>\n<li>Astington, J. W., &amp; Gopnik, A. (1988). Knowing you&rsquo;ve changed your mind: Children&rsquo;s understanding of changes in their mental states. In J. W. Astington, P. L. Harris, &amp; D. R. Olson (Eds.), <em>Developing Theories of Mind<\/em> (pp. 193\u2013206). Cambridge University Press.<\/li>\n<li>Astington, J. W., &amp; Jenkins, J. M. (1995). Theory of mind development and social understanding. <em>Cognition &amp; Emotion<\/em>, 9(2-3), 151\u2013165. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/02699939508409006\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/02699939508409006<\/a><\/li>\n<li>Astington, J. W., &amp; Jenkins, J. M. (1999). A longitudinal study of the relation between language and theory-of-mind development. <em>Developmental Psychology<\/em>, 35(5), 1311\u20131320. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.35.5.1311\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.35.5.1311<\/a><\/li>\n<li>Astington, J. W., Harris, P. L., &amp; Olson, D. R. (Eds.). (1988). <em>Developing Theories of Mind<\/em>. Cambridge University Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511746887\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511746887<\/a><\/li>\n<li>Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., &amp; Frith, U. (1985). Does the autistic child have a \u00ab\u00a0theory of mind\u00a0\u00bb? <em>Cognition<\/em>, 21(1), 37\u201346. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(85)90022-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(85)90022-8<\/a><\/li>\n<li>de Villiers, J. G., &amp; de Villiers, P. A. (2000). Linguistic determinism and the understanding of false beliefs. In P. Mitchell &amp; K. J. Riggs (Eds.), <em>Children&rsquo;s Reasoning and the Mind<\/em> (pp. 191\u2013228). Psychology Press.<\/li>\n<li>Flavell, J. H., Flavell, E. R., &amp; Green, F. L. (1983). Development of the appearance-reality distinction. <em>Cognitive Psychology<\/em>, 15(1), 95\u2013120. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(83)90005-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(83)90005-1<\/a><\/li>\n<li>Gopnik, A., &amp; Astington, J. W. (1988). Children&rsquo;s understanding of representational change and its relation to the understanding of false belief and the appearance-reality distinction. <em>Child Development<\/em>, 59(1), 26\u201337. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130386\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130386<\/a><\/li>\n<li>Jenkins, J. M., &amp; Astington, J. W. (1996). Cognitive linguistic correlates of theory of mind: Evidence from children with and without language impairment. <em>International Journal of Language &amp; Communication Disorders<\/em>, 31(s1), 382\u2013387. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3109\/13682829609033177\">https:\/\/doi.org\/10.3109\/13682829609033177<\/a><\/li>\n<li>Meins, E., Fernyhough, C., Wainwright, R., Gupta, M. D., Fradley, E., &amp; Tuckey, M. (2002). Maternal mind-mindedness and attachment security as predictors of theory of mind understanding at age 4. <em>Child Development<\/em>, 73(6), 1715\u20131726. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00501\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00501<\/a><\/li>\n<li>Onishi, K. H., &amp; Baillargeon, R. (2005). Do 15-month-old infants understand false beliefs? <em>Science<\/em>, 308(5719), 255\u2013258. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1107621\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1107621<\/a><\/li>\n<li>Premack, D., &amp; Woodruff, G. (1978). Does the chimpanzee have a theory of mind? <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 1(4), 515\u2013526. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00076512\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00076512<\/a><\/li>\n<li>Wellman, H. M., Cross, D., &amp; Watson, J. (2001). Meta-analysis of theory-of-mind development: The truth about false belief. <em>Child Development<\/em>, 72(3), 655\u2013684. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00304\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8624.00304<\/a><\/li>\n<li>Wimmer, H., &amp; Perner, J. (1983). Beliefs about beliefs: Representation and constraining function of wrong beliefs in young children&rsquo;s understanding of deception. <em>Cognition<\/em>, 13(1), 103\u2013128. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(83)90004-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0277(83)90004-5<\/a><\/li>\n<li>Zelazo, P. D., &amp; Frye, D. (1998). Cognitive complexity and control: II. The development of executive function in childhood. <em>Current Directions in Psychological Science<\/em>, 7(4), 121\u2013126. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8721.ep10774761\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-8721.ep10774761<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse acad\u00e9mique exhaustive de la vie, des recherches et des th\u00e9ories de Janet Astington sur la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et le langage chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[127,1486],"tags":[24723,5853,24722,6179,1385],"class_list":["post-15622","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-psychologie-du-developpement","category-sciences-cognitives","tag-developpement-du-langage","tag-fausse-croyance","tag-janet-astington","tag-psychologie-de-lenfant","tag-theorie-de-lesprit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/15622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15622"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/15622\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}