{"id":14965,"date":"2026-10-08T06:08:24","date_gmt":"2026-10-08T06:08:24","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theorists\/edvard-moser-1962-a-aujourd-hui\/"},"modified":"2026-10-08T06:08:24","modified_gmt":"2026-10-08T06:08:24","slug":"edvard-moser-1962-a-aujourd-hui","status":"publish","type":"psych_theorist","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_theorist=edvard-moser-1962-a-aujourd-hui","title":{"rendered":"Edvard Moser &#8211; 1962 \u00e0 aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9lucidation des bases neurobiologiques de l&rsquo;esprit humain constitue sans conteste l&rsquo;une des aventures scientifiques les plus vertigineuses de l&rsquo;\u00e8re contemporaine. Pendant des si\u00e8cles, la question de l&rsquo;orientation spatiale et de la repr\u00e9sentation de l&rsquo;environnement physique relevait du domaine exclusif de la m\u00e9taphysique et de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie. Emmanuel Kant postulait dans sa <em>Critique de la raison pure<\/em> que l&rsquo;espace n&rsquo;\u00e9tait pas une propri\u00e9t\u00e9 empirique des objets, mais une forme <em>a priori<\/em> de la sensibilit\u00e9, un cadre structurel intrins\u00e8que impos\u00e9 par l&rsquo;esprit sur le monde ph\u00e9nom\u00e9nal. Il aura fallu attendre le dernier quart du XXe si\u00e8cle et l&rsquo;aube du XXIe si\u00e8cle pour que cette intuition philosophique fondamentale trouve un substrat biophysique mesurable, objectivable et math\u00e9matisable au c\u0153ur des r\u00e9seaux de neurones du cortex c\u00e9r\u00e9bral des mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>Au centre de cette r\u00e9volution paradigmatique se dresse la figure d&rsquo;<strong>Edvard Moser<\/strong>. Neuroscientifique norv\u00e9gien n\u00e9 en 1962, Moser a profond\u00e9ment reconfigur\u00e9 notre compr\u00e9hension de la cognition spatiale et des m\u00e9canismes de la m\u00e9moire \u00e9pisodique. En d\u00e9couvrant, aux c\u00f4t\u00e9s de sa collaboratrice de longue date <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/may-britt-moser\/facts\/\">May-Britt Moser<\/a>, l&rsquo;existence des cellules de grille (<em>grid cells<\/em>) dans le cortex entorhinal m\u00e9dial en 2005, il a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au monde l&rsquo;existence d&rsquo;une m\u00e9trique euclidienne interne, g\u00e9n\u00e9r\u00e9e de fa\u00e7on autonome par le cerveau. Cette d\u00e9couverte, universellement consacr\u00e9e par le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/summary\/\">prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 2014<\/a> partag\u00e9 avec John O&rsquo;Keefe, ne repr\u00e9sentait pas seulement l&rsquo;identification d&rsquo;une nouvelle cat\u00e9gorie de neurones fonctionnels ; elle offrait le premier aper\u00e7u empirique d&rsquo;un code neuronal abstrait calculant en temps r\u00e9el les coordonn\u00e9es dynamiques d&rsquo;un organisme au sein de son environnement.<\/p>\n<p>L&rsquo;itin\u00e9raire intellectuel d&rsquo;Edvard Moser t\u00e9moigne d&rsquo;une t\u00e9nacit\u00e9 exp\u00e9rimentale hors du commun, doubl\u00e9e d&rsquo;une audace th\u00e9orique permanente. Partant des fjords de la c\u00f4te occidentale de la Norv\u00e8ge pour b\u00e2tir, au sein de l&rsquo;Universit\u00e9 norv\u00e9gienne de sciences et de technologie (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ntnu.edu\/\">NTNU<\/a>) \u00e0 Trondheim, un centre n\u00e9vralgique de rang plan\u00e9taire pour les neurosciences des syst\u00e8mes, il a su allier une rigueur \u00e9lectrophysiologique minutieuse aux mod\u00e8les computationnels les plus sophistiqu\u00e9s de la physique statistique. Ce trait\u00e9 biographique et conceptuel retrace de mani\u00e8re exhaustive le d\u00e9ploiement de cette carri\u00e8re exemplaire : depuis les origines acad\u00e9miques \u00e0 Oslo jusqu&rsquo;aux explorations contemporaines sur les vari\u00e9t\u00e9s neuronales de haute dimension, le codage temporel et l&rsquo;intelligence artificielle bio-inspir\u00e9e, explorant comment l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Edvard Moser a transform\u00e9 pour toujours l&rsquo;exploration des fondements neuronaux de la pens\u00e9e.<\/p>\n<h2>1. Introduction biographique et gen\u00e8se d&rsquo;un pionnier des neurosciences (1962-1990)<\/h2>\n<h3>1.1 Origines familiales, enfance et premi\u00e8res curiosit\u00e9s intellectuelles<\/h3>\n<p>Edvard Ingjald Moser na\u00eet le 27 avril 1962 \u00e0 \u00c5lesund, une ville portuaire nich\u00e9e sur la c\u00f4te ouest de la Norv\u00e8ge, r\u00e9put\u00e9e pour son architecture Art nouveau et son environnement maritime spectaculaire. Issu d&rsquo;un milieu familial impr\u00e9gn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9thique du travail et l&rsquo;artisanat &mdash; son p\u00e8re \u00e9tant un facteur d&rsquo;orgues hautement qualifi\u00e9 originaire d&rsquo;Allemagne et sa m\u00e8re issue d&rsquo;une famille d&rsquo;agriculteurs norv\u00e9giens &mdash;, le jeune Edvard grandit dans une atmosph\u00e8re o\u00f9 la rigueur technique c\u00f4toie une profonde contemplation de la nature. D\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;enfance pass\u00e9es sur l&rsquo;\u00eele de Hareidlandet, il d\u00e9veloppe une fascination aigu\u00eb pour le monde vivant, passant d&rsquo;innombrables heures \u00e0 observer les oiseaux marins, les invert\u00e9br\u00e9s c\u00f4tiers et les variations m\u00e9t\u00e9orologiques des fjords scandinaves.<\/p>\n<p>Cette curiosit\u00e9 instinctive pour l&rsquo;histoire naturelle ne demeure pas longtemps une simple contemplation esth\u00e9tique ; elle se m\u00e9tamorphose rapidement en une passion pour la pens\u00e9e analytique et les sciences formelles. Au cours de sa scolarit\u00e9 secondaire, Moser se distingue par une double inclination intellectuelle, trouvant autant d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans les principes r\u00e9ductionnistes de la physique th\u00e9orique que dans les dynamiques \u00e9volutives et \u00e9cologiques de la biologie moderne. Inspir\u00e9 par les grands naturalistes du XIXe si\u00e8cle tels que Charles Darwin et Alexander von Humboldt, mais \u00e9galement attir\u00e9 par l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance d\u00e9ductive des math\u00e9matiques, il recherche tr\u00e8s t\u00f4t un domaine d&rsquo;investigation o\u00f9 la complexit\u00e9 des syst\u00e8mes biologiques pourrait \u00eatre soumise \u00e0 une formalisation physique rigoureuse. Cette qu\u00eate d&rsquo;harmonie entre mod\u00e9lisation structurelle et observation des vivants constituera le socle \u00e9pist\u00e9mologique de toute sa trajectoire ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p>L&rsquo;isolement g\u00e9ographique relatif de la r\u00e9gion d&rsquo;\u00c5lesund, loin de brider ses aspirations, conf\u00e8re \u00e0 Edvard Moser une ind\u00e9pendance intellectuelle et une r\u00e9silience m\u00e9thodologique qui deviendront sa marque de fabrique. Encourag\u00e9 par des enseignants visionnaires \u00e0 poursuivre des \u00e9tudes acad\u00e9miques avanc\u00e9es, il quitte sa r\u00e9gion natale avec la certitude que les grandes \u00e9nigmes de la science moderne se situent d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;interface entre le fonctionnement organique du cerveau et l&rsquo;\u00e9mergence des comportements adaptatifs chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<h3>1.2 \u00c9tudes universitaires \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo : convergence entre psychologie et physiologie<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Edvard Moser s&rsquo;inscrit \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.uio.no\/\">Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo<\/a> pour y entamer un parcours acad\u00e9mique atypique par sa transversalit\u00e9. Plut\u00f4t que de s&rsquo;enfermer pr\u00e9matur\u00e9ment dans une fili\u00e8re hypersp\u00e9cialis\u00e9e, il compose un cursus r\u00e9solument interdisciplinaire associant la psychologie fondamentale, les math\u00e9matiques, la neurobiologie et la physique. Cette approche holistique lui permet d&rsquo;aborder l&rsquo;\u00e9tude du comportement animal non pas comme une discipline herm\u00e9tique, mais comme un ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes int\u00e9gr\u00e9s n\u00e9cessitant \u00e0 la fois la rigueur des sciences quantitatives et la profondeur des th\u00e9ories cognitives.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours de ces premi\u00e8res ann\u00e9es universitaires \u00e0 Oslo qu&rsquo;Edvard fait une rencontre qui va sceller le destin de sa vie personnelle et professionnelle : celle de May-Britt Andreassen. Partageant une insatiabilit\u00e9 intellectuelle similaire, une \u00e9thique de travail in\u00e9branlable et une volont\u00e9 commune de percer les secrets des fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures, ils forment tr\u00e8s rapidement un partenariat symbiotique. Ensemble, ils con\u00e7oivent un projet scientifique ambitieux : relier de fa\u00e7on causale les processus psychologiques de la m\u00e9moire aux m\u00e9canismes synaptiques et cellulaires sous-jacents, rejetant cat\u00e9goriquement toute s\u00e9paration artificielle entre la psychologie et la physiologie.<\/p>\n<p>En 1990, Edvard Moser obtient son dipl\u00f4me sup\u00e9rieur en psychologie (<em>cand. psychol.<\/em>) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo. Son m\u00e9moire de ma\u00eetrise porte d\u00e9j\u00e0 sur les corr\u00e9lats comportementaux de l&rsquo;apprentissage spatial chez les rongeurs, d\u00e9montrant une ma\u00eetrise pr\u00e9coce des protocoles de labyrinthes et une acuit\u00e9 m\u00e9thodologique remarquable pour quantifier les variables psychomotrices. Loin de se satisfaire des interpr\u00e9tations purement descriptives, Edvard cherche d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9terminer comment des r\u00e9seaux neuronaux discrets encodent la m\u00e9moire des trajectoires et permettent la r\u00e9actualisation adaptative des connaissances topographiques.<\/p>\n<h3>1.3 Transition conceptuelle : de la psychologie behavioriste aux m\u00e9canismes neuronaux<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9poque \u00e0 laquelle Edvard Moser ach\u00e8ve sa formation universitaire est marqu\u00e9e par une tension \u00e9pist\u00e9mologique croissante au sein des sciences cognitives. Bien que la r\u00e9volution cognitive ait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9branler l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du behaviorisme skinn\u00e9rien, une grande partie de la psychologie exp\u00e9rimentale continuait d&rsquo;analyser le cerveau comme une bo\u00eete noire inaccessible, se bornant \u00e0 mesurer les relations fonctionnelles entre stimuli externes et r\u00e9ponses motrices observables. Pour Edvard Moser, cette approche ph\u00e9nom\u00e9nologique apparaissait comme fondamentalement insuffisante et conceptuellement st\u00e9rile.<\/p>\n<p>Inspir\u00e9 par les pionniers de la neurobiologie mol\u00e9culaire et cellulaire &mdash; notamment par les travaux fondateurs d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2000\/kandel\/facts\/\">Eric Kandel<\/a> sur l&rsquo;aplysie et les formulations de Donald Hebb sur la plasticit\u00e9 synaptique &mdash;, Moser adopte une d\u00e9marche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment r\u00e9ductionniste appliqu\u00e9e aux fonctions cognitives sup\u00e9rieures. Selon sa vision, les \u00e9tats mentaux, les repr\u00e9sentations de l&rsquo;espace et les traces mn\u00e9siques ne sont pas de simples m\u00e9taphores computationnelles ; ce sont des configurations mat\u00e9rielles sp\u00e9cifiques et des dynamiques spatio-temporelles d&rsquo;assembl\u00e9es de neurones connect\u00e9es par des synapses plastiques.<\/p>\n<p>Cette conviction profonde l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9finir ce qui deviendra le fil conducteur de ses quatre d\u00e9cennies de recherches : localiser, isoler et d\u00e9coder l&rsquo;architecture physique des circuits corticaux qui sous-tendent la m\u00e9moire d\u00e9clarative et l&rsquo;orientation spatiale. Refusant l&rsquo;abstraction d\u00e9sincarn\u00e9e, Moser d\u00e9cide de plonger au c\u0153ur du tissu nerveux pour y chercher la transcription biophysique des cartes de l&rsquo;esprit, une entreprise qui n\u00e9cessitait alors de franchir les fronti\u00e8res entre la psychologie comportementale, la neurophysiologie unitaire et la th\u00e9orie des syst\u00e8mes complexes.<\/p>\n<h2>2. Fondations acad\u00e9miques : Formation doctorale, mentorat et r\u00e9seaux scientifiques<\/h2>\n<h3>2.1 Doctorat sous la direction de Per Andersen : l&rsquo;\u00e9cole norv\u00e9gienne de l&rsquo;hippocampe<\/h3>\n<p>Pour mener \u00e0 bien son doctorat, Edvard Moser int\u00e8gre l&rsquo;un des sanctuaires mondiaux de la neurophysiologie cellulaire : le laboratoire du professeur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Per_Andersen\">Per Andersen<\/a> \u00e0 l&rsquo;Institut de neurophysiologie de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo. Per Andersen est alors une l\u00e9gende vivante des neurosciences, ayant form\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs illustres &mdash; parmi lesquels Terje L\u00f8mo, le co-d\u00e9couvreur de la potentiation \u00e0 long terme (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1350459\/\">LTP<\/a>). L&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Andersen se caract\u00e9rise par une exigence technique impitoyable, une ma\u00eetrise absolue de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie intracellulaire et extracellulaire, et une foi in\u00e9branlable dans la capacit\u00e9 des tranches d&rsquo;hippocampe \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les lois fondamentales de la transmission synaptique.<\/p>\n<p>Sous la f\u00e9rule d&rsquo;Andersen, Edvard et May-Britt Moser entreprennent une th\u00e8se conjointe mais hautement individualis\u00e9e dans ses axes exp\u00e9rimentaux. Les recherches doctorales d&rsquo;Edvard se concentrent sur la dissociation fonctionnelle le long de l&rsquo;axe longitudinal de l&rsquo;hippocampe (l&rsquo;axe dorso-ventral chez le rongeur, correspondant \u00e0 l&rsquo;axe post\u00e9rieur-ant\u00e9rieur chez le primate). Jusqu&rsquo;alors, l&rsquo;hippocampe \u00e9tait majoritairement appr\u00e9hend\u00e9 comme une structure fonctionnellement homog\u00e8ne. Par une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences chirurgicales et comportementales minutieuses, utilisant des micro-l\u00e9sions s\u00e9lectives guid\u00e9es par des coordonn\u00e9es st\u00e9r\u00e9otaxiques rigoureuses, Moser d\u00e9montre que seule la partie dorsale de l&rsquo;hippocampe est indispensable \u00e0 l&rsquo;apprentissage et \u00e0 la m\u00e9moire spatiale, tandis que le p\u00f4le ventral est principalement impliqu\u00e9 dans les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles, la peur et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Soutenue avec les f\u00e9licitations unanimes en 1995, la th\u00e8se de doctorat d&rsquo;Edvard Moser constitue une contribution s\u00e9minale \u00e0 l&rsquo;anatomie fonctionnelle des syst\u00e8mes mn\u00e9siques. Elle prouve de fa\u00e7on irr\u00e9futable que la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle du syst\u00e8me hippocampique est r\u00e9gie par une organisation topographique stricte. Cette d\u00e9couverte fournit \u00e0 Moser une intuition fondatrice : pour comprendre le traitement de l&rsquo;information spatiale par le cerveau, il est indispensable de se concentrer sur les r\u00e9seaux neuronaux connect\u00e9s sp\u00e9cifiquement au p\u00f4le dorsal de la formation hippocampique.<\/p>\n<h3>2.2 S\u00e9jours postdoctoraux d\u00e9terminants : Richard Morris et John O&rsquo;Keefe<\/h3>\n<p>Conscients de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9largir leur panoplie m\u00e9thodologique au-del\u00e0 de la neurophysiologie classique en tranches, Edvard et May-Britt Moser entreprennent une formation postdoctorale strat\u00e9gique au Royaume-Uni. Leur premier s\u00e9jour les m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ed.ac.uk\/\">Universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9dimbourg<\/a>, au sein du laboratoire de Richard Morris, le cr\u00e9ateur du c\u00e9l\u00e8bre labyrinthe aquatique de Morris (<em>Morris water maze<\/em>), devenu la r\u00e9f\u00e9rence internationale incontournable pour l&rsquo;\u00e9tude de la navigation spatiale chez le rat. Aupr\u00e8s de Morris, Edvard perfectionne sa ma\u00eetrise des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation comportementale quantitative et participe \u00e0 des \u00e9tudes cruciales d\u00e9montrant le r\u00f4le indispensable des r\u00e9cepteurs NMDA dans la plasticit\u00e9 synaptique et la consolidation spatiale.<\/p>\n<p>Le second tournant postdoctoral, plus d\u00e9cisif encore, s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 l&rsquo;University College de Londres (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ucl.ac.uk\/\">UCL<\/a>), dans le laboratoire de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/okeefe\/facts\/\">John O&rsquo;Keefe<\/a>. En 1971, O&rsquo;Keefe et Jonathan Dostrovsky avaient boulevers\u00e9 les neurosciences cognitives en d\u00e9couvrant les cellules de lieu (<em>place cells<\/em>) au sein de la r\u00e9gion CA1 de l&rsquo;hippocampe &mdash; des neurones qui ne d\u00e9chargent que lorsque l&rsquo;animal se trouve dans un endroit sp\u00e9cifique de son environnement. Chez O&rsquo;Keefe, Edvard Moser apprend l&rsquo;art hautement technique de l&rsquo;enregistrement \u00e9lectrophysiologique unitaire chez l&rsquo;animal vigile et en mouvement libre, utilisant des micro-\u00e9lectrodes assembl\u00e9es sur des syst\u00e8mes d&rsquo;avancement microm\u00e9triques.<\/p>\n<p>Ce s\u00e9jour londonien permet \u00e0 Edvard Moser d&rsquo;assimiler la th\u00e9orie magistrale de la carte cognitive formalis\u00e9e par O&rsquo;Keefe et Lynn Nadel dans leur ouvrage classique de 1978, <em>The Hippocampus as a Cognitive Map<\/em>. Moser est fascin\u00e9 par cette d\u00e9couverte, mais son esprit analytique per\u00e7oit imm\u00e9diatement une lacune conceptuelle majeure dans le mod\u00e8le existant : si les cellules de lieu signalent la position d&rsquo;un animal, comment le r\u00e9seau hippocampique calcule-t-il la distance, la direction et la vitesse n\u00e9cessaires pour g\u00e9n\u00e9rer ces champs de lieu ? La carte cognitive \u00e9tait-elle enti\u00e8rement calcul\u00e9e au sein de l&rsquo;hippocampe, ou recevait-elle une m\u00e9trique d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9e en provenance de r\u00e9gions corticales aff\u00e9rentes ?<\/p>\n<h3>2.3 Installation \u00e0 Trondheim : cr\u00e9ation d&rsquo;un p\u00f4le neuroscientifique ind\u00e9pendant<\/h3>\n<p>\u00c0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1996, alors que des opportunit\u00e9s prestigieuses s&rsquo;offrent \u00e0 eux au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis, Edvard et May-Britt Moser prennent le pari audacieux d&rsquo;accepter deux postes de professeurs adjoints \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 norv\u00e9gienne de sciences et de technologie (NTNU) \u00e0 Trondheim. \u00c0 cette \u00e9poque, Trondheim est une universit\u00e9 technique renomm\u00e9e pour ses d\u00e9partements d&rsquo;ing\u00e9nierie et de physique, mais elle ne poss\u00e8de pratiquement aucune infrastructure d\u00e9di\u00e9e aux neurosciences physiologiques modernes chez l&rsquo;animal vigile.<\/p>\n<p>Disposant de cr\u00e9dits de d\u00e9marrage modestes et install\u00e9s dans des locaux temporaires au sous-sol d&rsquo;un b\u00e2timent universitaire, le couple Moser entreprend de b\u00e2tir un laboratoire de classe mondiale <em>ex nihilo<\/em>. Edvard fait preuve d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 technique remarquable, assemblant lui-m\u00eame les cages de Faraday, configurant les amplificateurs bio\u00e9lectriques, \u00e9crivant les algorithmes de filtrage de signal et fabriquant \u00e0 la main les micro-t\u00e9trodes n\u00e9cessaires aux enregistrements. Cette phase pionni\u00e8re forge l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9quipe : une autonomie technologique absolue coupl\u00e9e \u00e0 une rigueur exp\u00e9rimentale intransigeante.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, la culture de laboratoire instaur\u00e9e par Edvard Moser attire des \u00e9tudiants en master, des doctorants brillants et des postdoctorants internationaux pr\u00eats \u00e0 s&rsquo;investir dans des projets \u00e0 tr\u00e8s haut risque intellectuel. En refusant les compromis sur la qualit\u00e9 des donn\u00e9es et en instaurant des s\u00e9minaires internes d&rsquo;une exigence intellectuelle redoutable, Moser jette les fondations d&rsquo;un p\u00f4le d&rsquo;excellence en neurosciences des syst\u00e8mes qui, en moins d&rsquo;une d\u00e9cennie, allait rivaliser avec les institutions les plus prestigieuses de Cambridge, de Harvard ou du MIT.<\/p>\n<h2>3. Le syst\u00e8me hippocampique et la qu\u00eate des m\u00e9canismes spatiaux de la m\u00e9moire<\/h2>\n<h3>3.1 Le paradigme des cellules de lieu (Place Cells) et ses zones d&rsquo;ombre<\/h3>\n<p>Au tournant du mill\u00e9naire, le consensus dominant en neurosciences cognitives attribuait \u00e0 l&rsquo;hippocampe le r\u00f4le exclusif de si\u00e8ge de la carte cognitive spatiale. Les cellules pyramidales des sous-champs CA1 et CA3 \u00e9taient d\u00e9crites comme des unit\u00e9s fonctionnelles dont le taux de d\u00e9charge augmentait de mani\u00e8re drastique d\u00e8s lors que l&rsquo;animal p\u00e9n\u00e9trait dans un champ spatial d\u00e9limit\u00e9, appel\u00e9 champ de lieu (<em>place field<\/em>). En combinant les activit\u00e9s d&rsquo;une population de cellules de lieu, le cerveau semblait disposer d&rsquo;un syst\u00e8me de pointage topologique de haute pr\u00e9cision capable de distinguer diff\u00e9rents environnements par un ph\u00e9nom\u00e8ne de reconfiguration cartographique (<em>remapping<\/em>).<\/p>\n<p>Cependant, Edvard Moser identifie plusieurs apories fondamentales dans ce mod\u00e8le centr\u00e9 uniquement sur l&rsquo;hippocampe. Premi\u00e8rement, les cellules de lieu pr\u00e9sentent des patrons d&rsquo;activit\u00e9 hautement non-lin\u00e9aires et contextuels : si l&rsquo;on modifie la couleur des parois d&rsquo;une ar\u00e8ne ou son odeur, la carte hippocampique subit souvent un remaniement complet sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait de relation g\u00e9om\u00e9trique pr\u00e9visible entre l&rsquo;ancienne et la nouvelle repr\u00e9sentation. Deuxi\u00e8mement, les cellules de lieu ne fournissent pas de mani\u00e8re \u00e9vidente une m\u00e9trique spatiale universelle. Comment l&rsquo;animal calcule-t-il la distance vectorielle absolue entre deux points distants si chaque cellule ne code qu&rsquo;une position ponctuelle d\u00e9pendante du contexte ?<\/p>\n<p>Moser en d\u00e9duit que l&rsquo;hippocampe doit n\u00e9cessairement recevoir une information spatiale pr\u00e9-trait\u00e9e, porteuse d&rsquo;une g\u00e9om\u00e9trie sous-jacente ind\u00e9pendante des particularit\u00e9s sensorielles de l&rsquo;environnement. La question centrale n&rsquo;est plus seulement de savoir comment l&rsquo;hippocampe stocke les m\u00e9moires de lieu, mais d&rsquo;o\u00f9 proviennent les signaux aff\u00e9rents qui instruisent et stabilisent les cellules de lieu. Cette interrogation \u00e9pist\u00e9mologique majeure d\u00e9place le regard d&rsquo;Edvard Moser des structures hippocampiques internes vers leurs voies d&rsquo;entr\u00e9e corticales primaires.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;exploration des entr\u00e9es aff\u00e9rentes : ciblage du cortex entorhinal<\/h3>\n<p>Les investigations anatomiques men\u00e9es au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990 &mdash; notamment par l&rsquo;anatomiste n\u00e9erlandais Menno Witter, qui deviendra un collaborateur cl\u00e9 du laboratoire de Trondheim &mdash; avaient clairement \u00e9tabli que la principale porte d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;information sensorielle et associative vers l&rsquo;hippocampe est le cortex entorhinal. Par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la fameuse voie perforante, les couches II et III du cortex entorhinal projettent massivement et directement vers le gyrus dent\u00e9 ainsi que vers les r\u00e9gions CA3 et CA1 de la formation hippocampique.<\/p>\n<p>Afin de tester l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle l&rsquo;information spatiale est d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9e en amont de l&rsquo;hippocampe, Edvard Moser et son \u00e9quipe con\u00e7oivent une exp\u00e9rience \u00e9l\u00e9gante consistant \u00e0 interrompre chirurgicalement les circuits intrins\u00e8ques de l&rsquo;hippocampe (en d\u00e9truisant le sous-champ CA3 ou en sectionnant les collat\u00e9rales de Schaffer) tout en pr\u00e9servant les connexions directes entre le cortex entorhinal et CA1. Les r\u00e9sultats, publi\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, sont stup\u00e9fiants : m\u00eame en l&rsquo;absence de l&rsquo;architecture r\u00e9currente de CA3 &mdash; que l&rsquo;on croyait indispensable \u00e0 la gen\u00e8se du calcul spatial &mdash;, les cellules de CA1 continuent d&rsquo;exhiber des champs de lieu stables et pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>La conclusion s&rsquo;impose avec la force de l&rsquo;\u00e9vidence exp\u00e9rimentale : le calcul spatial m\u00e9trique ne na\u00eet pas au sein de l&rsquo;hippocampe ; il est h\u00e9rit\u00e9 du cortex entorhinal. Moser d\u00e9cide donc de remonter la voie perforante et d&rsquo;aller enregistrer directement les neurones du cortex entorhinal m\u00e9dial dorsocaudal (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/medial-entorhinal-cortex\">MEC<\/a>), une zone anatomiquement difficile d&rsquo;acc\u00e8s en raison de sa position ventrale et post\u00e9rieure profonde dans le cr\u00e2ne du rongeur, ce qui explique pourquoi la communaut\u00e9 scientifique l&rsquo;avait largement n\u00e9glig\u00e9e jusqu&rsquo;alors.<\/p>\n<h3>3.3 Innovations dans l&rsquo;enregistrement unitaire chez le rongeur en mouvement libre<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du cortex entorhinal m\u00e9dial n\u00e9cessitait un saut qualitatif technologique sans pr\u00e9c\u00e9dent. L&rsquo;enregistrement de neurones uniques chez un animal en mouvement libre repose sur l&rsquo;implantation chronique de micro-drives st\u00e9r\u00e9otaxiques \u00e9quip\u00e9s de t\u00e9trodes &mdash; des faisceaux de quatre fils de platine ou de tungst\u00e8ne torsad\u00e9s, chacun d&rsquo;un diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 20 microm\u00e8tres, coup\u00e9s transversalement pour former une surface d&rsquo;enregistrement t\u00e9tradimensionnelle. En comparant les amplitudes relatives des potentiels d&rsquo;action extracellulaires enregistr\u00e9s simultan\u00e9ment sur les quatre canaux, il devient possible de s\u00e9parer avec certitude l&rsquo;activit\u00e9 de dizaines de neurones adjacents.<\/p>\n<p>Edvard Moser pousse cette technologie \u00e0 un degr\u00e9 de sophistication in\u00e9dit. Il comprend que les limites des \u00e9tudes ant\u00e9rieures tenaient \u00e9galement \u00e0 la taille restreinte des cages d&rsquo;exp\u00e9rimentation (souvent de modestes bo\u00eetes de 40 \u00e0 50 cm de c\u00f4t\u00e9), emp\u00eachant l&rsquo;expression de patrons spatiaux de grande dimension. Il con\u00e7oit alors de vastes ar\u00e8nes exp\u00e9rimentales circulaires et carr\u00e9es pouvant atteindre deux m\u00e8tres d&rsquo;envergure, voire davantage, \u00e9quip\u00e9es de syst\u00e8mes de poursuite vid\u00e9o num\u00e9rique \u00e0 haute fr\u00e9quence temporelle permettant de suivre la position de deux diodes \u00e9lectroluminescentes fix\u00e9es sur la t\u00eate de l&rsquo;animal avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, Moser d\u00e9veloppe une suite logicielle d&rsquo;analyse quantitative r\u00e9volutionnaire. En divisant la surface de l&rsquo;environnement en une grille de pixels discrets (par exemple de 2 &times; 2 cm), il calcule pour chaque unit\u00e9 neuronale un taux de d\u00e9charge spatial moyen liss\u00e9 par des filtres gaussiens, g\u00e9n\u00e9rant des cartes de chaleur bidimensionnelles (<em>rate maps<\/em>). Ces innovations m\u00e9thodologiques cr\u00e9ent les conditions parfaites pour la rupture exp\u00e9rimentale imminente qui allait r\u00e9\u00e9crire les manuels de neurophysiologie.<\/p>\n<h2>4. La d\u00e9couverte majeure de 2005 : Les cellules de grille (Grid Cells)<\/h2>\n<h3>4.1 Mise en \u00e9vidence exp\u00e9rimentale du cortex entorhinal m\u00e9dial dorsal<\/h3>\n<p>En implantant leurs micro-\u00e9lectrodes dans la r\u00e9gion dorsocaudale du cortex entorhinal m\u00e9dial chez des rats explorant librement de grands environnements ouverts, Edvard et May-Britt Moser, travaillant en \u00e9troite collaboration avec leurs doctorants Marianne Fyhn, Torkel Hafting et Sturla Molden, observent un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9lectrophysiologique totalement inattendu qui d\u00e9fie les mod\u00e8les \u00e9tablis. Contrairement aux cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe, qui ne d\u00e9chargent typiquement qu&rsquo;en un seul endroit de l&rsquo;espace, les neurones de la couche II du MEC s&rsquo;activent en de multiples positions au sein de la m\u00eame ar\u00e8ne.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, ces d\u00e9charges multiples auraient pu \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme du bruit exp\u00e9rimental ou comme une perte de s\u00e9lectivit\u00e9 spatiale. Cependant, d\u00e8s lors que les chercheurs analysent les trajectoires des rats dans des enceintes plus vastes sur des p\u00e9riodes de temps prolong\u00e9es, l&rsquo;organisation spatiale cach\u00e9e \u00e9merge avec une clart\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique \u00e9blouissante. Les multiples champs de d\u00e9charge d&rsquo;un seul et m\u00eame neurone ne sont pas dispos\u00e9s au hasard ; ils sont r\u00e9partis de mani\u00e8re rigoureusement p\u00e9riodique, dessinant une matrice de points qui couvre l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la surface accessible \u00e0 l&rsquo;animal.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte historique est formalis\u00e9e et publi\u00e9e en 2005 dans la revue <em>Nature<\/em> sous le titre <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature03721\">Microstructure of a spatial map in the entorhinal cortex<\/a>. Les auteurs baptisent ces neurones extraordinaires des <strong>cellules de grille<\/strong> (<em>grid cells<\/em>). L&rsquo;article produit une onde de choc au sein de la communaut\u00e9 neuroscientifique mondiale : pour la toute premi\u00e8re fois, on d\u00e9montre que le syst\u00e8me nerveux central engendre de mani\u00e8re endog\u00e8ne un syst\u00e8me de coordonn\u00e9es g\u00e9om\u00e9triques virtuelles sans aucun \u00e9quivalent direct dans les organes sensoriels p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<h3>4.2 G\u00e9om\u00e9trie hexagonale et m\u00e9trique euclidienne interne<\/h3>\n<p>L&rsquo;aspect le plus stup\u00e9fiant des cellules de grille r\u00e9side dans la sym\u00e9trie remarquable de leur patron d&rsquo;activit\u00e9. Lorsque l&rsquo;on applique une fonction d&rsquo;autocorr\u00e9lation spatiale bidimensionnelle sur les cartes de d\u00e9charge d&rsquo;une cellule de grille, le motif obtenu r\u00e9v\u00e8le une tessellation triangulaire parfaite o\u00f9 chaque champ de tir est entour\u00e9 de six voisins \u00e9quidistants. Les sommets forment des hexagones r\u00e9guliers d&rsquo;une pr\u00e9cision math\u00e9matique quasi cristalline, caract\u00e9ris\u00e9s par une sym\u00e9trie de rotation de 60 degr\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce patron de d\u00e9charge hexagonal ne d\u00e9pend pas de la pr\u00e9sence de rep\u00e8res visuels continus. Les exp\u00e9riences men\u00e9es par Moser d\u00e9montrent que si l&rsquo;on \u00e9teint totalement les lumi\u00e8res de la pi\u00e8ce exp\u00e9rimentale, plongeant le rat dans l&rsquo;obscurit\u00e9 la plus compl\u00e8te, les cellules de grille continuent d&rsquo;activer avec exactitude leurs sommets hexagonaux au fur et \u00e0 mesure des d\u00e9placements de l&rsquo;animal. De m\u00eame, si la forme de l&rsquo;ar\u00e8ne est modifi\u00e9e &mdash; passant d&rsquo;un cercle \u00e0 un carr\u00e9 &mdash;, la structure hexagonale de base persiste, subissant seulement des d\u00e9formations \u00e9lastiques transitoires avant de se stabiliser.<\/p>\n<p>Ces observations apportent la preuve d\u00e9finitive que le cerveau g\u00e9n\u00e8re intrins\u00e8quement une m\u00e9trique euclidienne interne. Contrairement aux cellules de lieu hippocampiques qui forment une carte topologique hautement contextualis\u00e9e et sensible aux attributs qualitatifs du milieu, les cellules de grille fournissent un syst\u00e8me de mesure invariant de la distance et de la translation : une v\u00e9ritable r\u00e8gle m\u00e9trique universelle grav\u00e9e dans la dynamique des circuits neuronaux entorhinaux.<\/p>\n<h3>4.3 Propri\u00e9t\u00e9s computationnelles : \u00e9chelle, orientation et phase spatiale<\/h3>\n<p>Une analyse approfondie de la population des cellules de grille permet \u00e0 Edvard Moser et \u00e0 ses collaborateurs de d\u00e9crypter la structure math\u00e9matique compl\u00e8te de cette carte entorhinale. Le patron de d\u00e9charge de n&rsquo;importe quelle cellule de grille peut \u00eatre rigoureusement d\u00e9fini par trois param\u00e8tres math\u00e9matiques fondamentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle spatiale (Spatial Scale) :<\/strong> la distance physique minimale s\u00e9parant deux champs de d\u00e9charge voisins. Moser d\u00e9couvre une organisation topographique remarquable : le long de l&rsquo;axe dorso-ventral du cortex entorhinal m\u00e9dial, l&rsquo;\u00e9chelle de grille cro\u00eet de mani\u00e8re syst\u00e9matique. Les neurones situ\u00e9s dans la zone dorsale la plus extr\u00eame d\u00e9chargent selon une p\u00e9riodicit\u00e9 tr\u00e8s serr\u00e9e (environ 30 cm), tandis qu&rsquo;\u00e0 mesure que l&rsquo;on descend vers le p\u00f4le ventral, la distance inter-champs s&rsquo;\u00e9largit progressivement pour atteindre plusieurs m\u00e8tres.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;orientation de la grille (Grid Orientation) :<\/strong> l&rsquo;angle form\u00e9 par les axes principaux du r\u00e9seau hexagonal par rapport \u00e0 un axe de r\u00e9f\u00e9rence externe. Au sein d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9gion anatomique locale, des cellules de grille adjacentes partagent exactement la m\u00eame orientation angulaire.<\/li>\n<li><strong>La phase spatiale (Spatial Phase) :<\/strong> le d\u00e9calage bidimensionnel (coordonn\u00e9es <em>x<\/em>, <em>y<\/em>) du patron de grille par rapport \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;environnement. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle et \u00e0 l&rsquo;orientation, les phases spatiales des neurones voisins semblent distribu\u00e9es de mani\u00e8re pseudo-al\u00e9atoire et continue.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par des enregistrements massifs, l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Edvard Moser d\u00e9montre ult\u00e9rieurement que cette \u00e9chelle spatiale ne varie pas de mani\u00e8re purement continue, mais s&rsquo;organise en modules discrets &mdash; g\u00e9n\u00e9ralement 4 \u00e0 5 modules distincts &mdash; qui changent d&rsquo;\u00e9chelle selon un rapport constant proche du nombre irrationnel &radic;2 ou de la constante &asymp; 1,4. Cette modularit\u00e9 conf\u00e8re au cerveau une capacit\u00e9 de codage combinatoire prodigieuse : la combinaison des phases actives \u00e0 travers un petit nombre de modules de grille permet de sp\u00e9cifier sans ambigu\u00eft\u00e9 une position unique sur des distances kilom\u00e9triques.<\/p>\n<h2>5. Cartographie fonctionnelle et typologie cellulaire du cortex entorhinal m\u00e9dial<\/h2>\n<h3>5.1 Cellules de direction de la t\u00eate (Head-Direction Cells)<\/h3>\n<p>Le cortex entorhinal m\u00e9dial ne se r\u00e9sume pas aux seules cellules de grille. Dans sa qu\u00eate m\u00e9thodique d&rsquo;une description exhaustive du circuit entorhinal, Edvard Moser s&rsquo;attache \u00e0 caract\u00e9riser les multiples populations neuronales hautement sp\u00e9cialis\u00e9es qui coop\u00e8rent au sein de cette m\u00eame structure laminaire. Parmi elles figurent en premi\u00e8re ligne les <strong>cellules de direction de la t\u00eate<\/strong> (<em>head-direction cells<\/em>), initialement d\u00e9couvertes par James Ranck et Jeffrey Taube dans le postsubiculum, mais dont Moser \u00e9lucide l&rsquo;organisation au sein des couches profondes (couches III, V et VI) et interm\u00e9diaires du MEC.<\/p>\n<p>Ces neurones agissent comme une v\u00e9ritable boussole gyroscopique interne. Chaque cellule de direction de la t\u00eate d\u00e9charge \u00e0 son intensit\u00e9 maximale lorsque la t\u00eate de l&rsquo;animal pointe dans une direction azimutale sp\u00e9cifique dans le plan horizontal &mdash; par exemple pr\u00e9cis\u00e9ment vers le nord-ouest &mdash;, ind\u00e9pendamment de la localisation de l&rsquo;animal dans l&rsquo;ar\u00e8ne ou de la posture de son corps. L&rsquo;angle de d\u00e9charge directionnelle est calibr\u00e9 par les rep\u00e8res visuels lointains, mais continue de fonctionner avec une remarquable fiabilit\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale gr\u00e2ce aux informations vestibulaires et proprioceptives.<\/p>\n<p>Moser et son \u00e9quipe mettent \u00e9galement en \u00e9vidence l&rsquo;existence de cellules dites <em>conjonctives<\/em> (<em>conjunctive grid &times; head-direction cells<\/em>), principalement situ\u00e9es dans les couches interm\u00e9diaires du MEC. Ces neurones uniques ne d\u00e9chargent que si l&rsquo;animal se trouve simultan\u00e9ment sur l&rsquo;un des sommets du r\u00e9seau hexagonal <em>et<\/em> que sa t\u00eate est orient\u00e9e selon un angle sp\u00e9cifique. Cette convergence fonctionnelle int\u00e8gre les variables cin\u00e9matiques et spatiales au sein d&rsquo;une m\u00eame unit\u00e9 de calcul corticale.<\/p>\n<h3>5.2 Cellules de bordure (Border Cells) et contraintes g\u00e9om\u00e9triques externes<\/h3>\n<p>Pour qu&rsquo;une carte de coordonn\u00e9es internes demeure fonctionnelle et align\u00e9e avec le monde ext\u00e9rieur, elle doit imp\u00e9rativement \u00eatre ancr\u00e9e aux contraintes physiques rigides de l&rsquo;environnement, notamment aux limites infranchissables que constituent les murs et les falaises. En 2008, le laboratoire de Moser identifie une nouvelle classe fonctionnelle au sein du cortex entorhinal m\u00e9dial : les <strong>cellules de bordure<\/strong> (<em>border cells<\/em> ou <em>boundary cells<\/em>).<\/p>\n<p>Une cellule de bordure d\u00e9charge de mani\u00e8re hautement s\u00e9lective et continue d\u00e8s lors que l&rsquo;animal longe une fronti\u00e8re physique sp\u00e9cifique de son territoire &mdash; par exemple uniquement le long de la paroi nord d&rsquo;une bo\u00eete, ou le long du bord abrupt d&rsquo;une table sur\u00e9lev\u00e9e. Fait d\u00e9terminant, si les exp\u00e9rimentateurs introduisent une nouvelle paroi verticale au centre de l&rsquo;ar\u00e8ne en divisant l&rsquo;espace en deux, la cellule de bordure duplique imm\u00e9diatement son patron d&rsquo;activit\u00e9 en d\u00e9chargeant \u00e9galement le long du nouveau mur, prouvant que sa r\u00e9ponse d\u00e9pend directement de la g\u00e9om\u00e9trie p\u00e9rim\u00e9trique.<\/p>\n<p>Les cellules de bordure jouent un r\u00f4le computationnel fondamental dans les architectures de r\u00e9seaux mod\u00e9lis\u00e9es par Moser : elles fournissent un signal de r\u00e9f\u00e9rence g\u00e9om\u00e9trique indispensable pour corriger les d\u00e9rives cumulatives inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration de chemin. Lorsque l&rsquo;animal entre en contact physique avec un mur, le signal \u00e9mis par les cellules de bordure force le r\u00e9seau des cellules de grille \u00e0 r\u00e9initialiser sa phase spatiale, \u00e9vitant ainsi que la m\u00e9trique interne ne glisse ind\u00e9finiment par rapport au monde r\u00e9el.<\/p>\n<h3>5.3 Cellules de vitesse de d\u00e9placement (Speed Cells)<\/h3>\n<p>Un m\u00e9canisme d&rsquo;int\u00e9gration de chemin capable de mettre \u00e0 jour en continu la position spatiale \u00e0 partir du mouvement propre de l&rsquo;organisme exige imp\u00e9rativement un signal d&rsquo;entr\u00e9e codant avec une haute pr\u00e9cision la vitesse instantan\u00e9e de locomotion. Bien que des corr\u00e9lations entre la fr\u00e9quence des oscillations th\u00eata et la vitesse de course eussent \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es depuis longtemps dans l&rsquo;hippocampe, le m\u00e9canisme exact par lequel les circuits entorhinaux re\u00e7oivent cette information m\u00e9trique lin\u00e9aire demeurait impr\u00e9cis.<\/p>\n<p>En 2015, dans une publication salu\u00e9e parue dans <em>Nature<\/em>, Edvard Moser et ses collaborateurs &mdash; notamment Emilio Kropff &mdash; annoncent la caract\u00e9risation formelle des <strong>cellules de vitesse<\/strong> (<em>speed cells<\/em>) au sein du cortex entorhinal m\u00e9dial. Ces neurones pr\u00e9sentent la propri\u00e9t\u00e9 unique de moduler leur fr\u00e9quence de potentiels d&rsquo;action de fa\u00e7on strictement lin\u00e9aire en fonction de la vitesse de translation de l&rsquo;animal, ind\u00e9pendamment de la direction du mouvement, de la position spatiale ou de la luminosit\u00e9 ambiante.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse est quasi instantan\u00e9e, pr\u00e9c\u00e9dant m\u00eame parfois de quelques millisecondes l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration motrice, ce qui sugg\u00e8re une anticipation int\u00e9grant des signaux d&rsquo;eff\u00e9rence motrice descendante et des informations vestibulaires primaires. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;identification de ces cellules de vitesse, Edvard Moser compl\u00e8te le catalogue des \u00e9l\u00e9ments computationnels n\u00e9cessaires et suffisants pour alimenter un mod\u00e8le de dynamique d&rsquo;attracteur continu : une boussole interne (cellules de direction), un odom\u00e8tre cin\u00e9matique (cellules de vitesse), un cadre g\u00e9om\u00e9trique d&rsquo;ancrage (cellules de bordure) et un calculateur de coordonn\u00e9es spatiales (cellules de grille).<\/p>\n<h2>6. Mod\u00e9lisation computationnelle du positionnement : Attracteurs et int\u00e9gration de chemin<\/h2>\n<h3>6.1 Mod\u00e8les de r\u00e9seaux d&rsquo;attracteurs continus (Continuous Attractor Networks)<\/h3>\n<p>La beaut\u00e9 math\u00e9matique du patron hexagonal des cellules de grille a suscit\u00e9 un dialogue imm\u00e9diat et particuli\u00e8rement f\u00e9cond entre le laboratoire d&rsquo;Edvard Moser et les th\u00e9oriciens de la physique statistique et des neurosciences computationnelles, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Ila Fiete, Alex Samsonovich et David Tank. La question centrale \u00e9tait de comprendre comment un r\u00e9seau de neurones interconnect\u00e9s par des synapses biologiques peut g\u00e9n\u00e9rer spontan\u00e9ment une sym\u00e9trie hexagonale aussi rigide et reproductible.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse th\u00e9orique la plus robuste formul\u00e9e pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne repose sur le paradigme des <strong>r\u00e9seaux d&rsquo;attracteurs continus<\/strong> (<em>Continuous Attractor Networks<\/em> ou CANN). Selon ce mod\u00e8le, les neurones d&rsquo;un m\u00eame module de grille ne sont pas des entit\u00e9s ind\u00e9pendantes r\u00e9agissant isol\u00e9ment \u00e0 des entr\u00e9es externes, mais forment un r\u00e9seau synaptique fortement r\u00e9current. La connectivit\u00e9 entre neurones ob\u00e9it \u00e0 un profil d&rsquo;inhibition lat\u00e9rale souvent compar\u00e9 \u00e0 un chapeau mexicain (<em>Mexican-hat connectivity<\/em>) : chaque cellule excite ses proches voisines dans l&rsquo;espace fonctionnel tout en inhibant fortement les neurones situ\u00e9s \u00e0 une distance interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>Cette architecture d&rsquo;inhibition r\u00e9currente provoque une rupture spontan\u00e9e de sym\u00e9trie : l&rsquo;activit\u00e9 globale du r\u00e9seau se condense en un ensemble de \u00ab\u00a0bosses\u00a0\u00bb d&rsquo;activit\u00e9 stables dispos\u00e9es selon une maille triangulaire sur un tore bidimensionnel fonctionnel. Par une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences \u00e9lectrophysiologiques sophistiqu\u00e9es combinant enregistrements \u00e0 haute densit\u00e9 et perturbations pharmacologiques, Edvard Moser apporte la confirmation empirique que les corr\u00e9lations temporelles entre paires de cellules de grille restent parfaitement invariantes, m\u00eame lorsque l&rsquo;animal change radicalement d&rsquo;environnement, ce qui constitue la signature irr\u00e9futable d&rsquo;une dynamique r\u00e9gie par un attracteur continu interne rigide.<\/p>\n<h3>6.2 Le m\u00e9canisme de l&rsquo;int\u00e9gration de chemin par l&rsquo;auto-mouvement<\/h3>\n<p>La fonction adaptative primordiale du syst\u00e8me des cellules de grille r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;<strong>int\u00e9gration de chemin<\/strong> (<em>path integration<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire le calcul vectoriel en temps r\u00e9el de la position actuelle de l&rsquo;organisme par sommation continue de ses d\u00e9placements successifs depuis un point de d\u00e9part connu, sans recourir n\u00e9cessairement \u00e0 des indices environnementaux continus.<\/p>\n<p>Dans le cadre des mod\u00e8les d&rsquo;attracteurs valid\u00e9s par Moser, l&rsquo;int\u00e9gration de chemin s&rsquo;op\u00e8re par une injection asym\u00e9trique des signaux de vitesse et de direction de la t\u00eate dans le r\u00e9seau synaptique r\u00e9current. Les cellules conjonctives et les cellules de vitesse polarisent l&rsquo;inhibition lat\u00e9rale : lorsque l&rsquo;animal court vers l&rsquo;avant \u00e0 une vitesse <em>v<\/em>, le motif d&rsquo;activit\u00e9 globale du r\u00e9seau de grille est d\u00e9plac\u00e9 d&rsquo;une quantit\u00e9 proportionnelle sur la vari\u00e9t\u00e9 fonctionnelle de l&rsquo;attracteur. Ainsi, le mouvement cin\u00e9matique de l&rsquo;organisme dans l&rsquo;espace physique tridimensionnel est fid\u00e8lement traduit en un d\u00e9placement de la phase spatiale au sein du cortex entorhinal.<\/p>\n<p>Cependant, tout syst\u00e8me d&rsquo;int\u00e9gration de chemin purement odom\u00e9trique est intrins\u00e8quement vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;accumulation de bruit stochastique : les petites erreurs de mesure de vitesse ou d&rsquo;angle s&rsquo;additionnent quadratiquement au fil du temps, conduisant in\u00e9vitablement \u00e0 une divergence rapide entre la position calcul\u00e9e et la position r\u00e9elle. Edvard Moser d\u00e9montre exp\u00e9rimentalement que le cerveau r\u00e9sout cette \u00e9nigme physique par un dialogue constant entre l&rsquo;odom\u00e9trie interne et le recalage p\u00e9riodique op\u00e9r\u00e9 d\u00e8s lors que l&rsquo;animal per\u00e7oit un rep\u00e8re visuel familier ou percute une limite spatiale reconnue par les cellules de bordure.<\/p>\n<h3>6.3 Interactions r\u00e9ciproques entre cellules de grille et cellules de lieu<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions th\u00e9oriques majeures d&rsquo;Edvard Moser a \u00e9t\u00e9 de clarifier les relations computationnelles bi-directionnelles unissant les cellules de grille du cortex entorhinal m\u00e9dial et les cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe. Comment le cerveau passe-t-il d&rsquo;une repr\u00e9sentation p\u00e9riodique, modulaire et universelle (les grilles) \u00e0 une repr\u00e9sentation ponctuelle, unique et sensible au contexte (les champs de lieu) ?<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les de synth\u00e8se de Fourier spatiale inverse &mdash; initialement inspir\u00e9s par les Moser &mdash; ont propos\u00e9 que les cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe r\u00e9sultent de la sommation lin\u00e9aire synaptique d&rsquo;un ensemble de cellules de grille poss\u00e9dant des \u00e9chelles et des orientations l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes mais co\u00efncidant en phase en un point pr\u00e9cis de l&rsquo;espace. Par interf\u00e9rence constructive, ce point de co\u00efncidence g\u00e9n\u00e8re un pic de d\u00e9charge massif unique (le champ de lieu), tandis que les oscillations s&rsquo;annulent partout ailleurs sous l&rsquo;effet de l&rsquo;inhibition locale des interneurones hippocampiques.<\/p>\n<p>Inversement, les travaux ult\u00e9rieurs du laboratoire de Trondheim ont mis en lumi\u00e8re une boucle de r\u00e9troaction descendante indispensable : les axones des cellules pyramidales de CA1 projettent massivement en retour vers les couches profondes du cortex entorhinal. En inactivant temporairement l&rsquo;hippocampe par micro-injections d&rsquo;agonistes du GABA, Moser montre que les cellules de grille perdent instantan\u00e9ment leur p\u00e9riodicit\u00e9 spatiale stable et se d\u00e9structurent, prouvant que si les grilles informent les cellules de lieu, l&rsquo;hippocampe est en retour imp\u00e9rativement requis pour ancrer et stabiliser la m\u00e9trique entorhinale face au monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h2>7. Le Prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine 2014 et l&rsquo;impact acad\u00e9mique mondial<\/h2>\n<h3>7.1 La reconnaissance du syst\u00e8me de g\u00e9olocalisation c\u00e9r\u00e9bral<\/h3>\n<p>Le 6 octobre 2014, l&rsquo;Assembl\u00e9e Nobel de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/ki.se\/\">Institut Karolinska<\/a> de Stockholm annonce l&rsquo;attribution du prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine conjointement \u00e0 John O&rsquo;Keefe pour une moiti\u00e9, et \u00e0 May-Britt Moser et Edvard Moser pour l&rsquo;autre moiti\u00e9, <em>\u00ab\u00a0pour leurs d\u00e9couvertes de cellules qui constituent un syst\u00e8me de positionnement dans le cerveau\u00a0\u00bb<\/em>. Cette distinction consacre l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une aventure scientifique entam\u00e9e quatre d\u00e9cennies plus t\u00f4t par O&rsquo;Keefe et port\u00e9e \u00e0 son z\u00e9nith th\u00e9orique et empirique par les \u00e9poux Moser.<\/p>\n<p>Le comit\u00e9 Nobel souligne avec force que la d\u00e9couverte des cellules de lieu et des cellules de grille a r\u00e9solu un probl\u00e8me philosophique s\u00e9culaire qui pr\u00e9occupait les philosophes et les savants depuis Descartes et Kant : comment le cerveau cr\u00e9e-t-il une carte de l&rsquo;espace environnant et comment naviguons-nous \u00e0 travers un univers complexe ? En mettant en \u00e9vidence une m\u00e9trique interne g\u00e9n\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re cellulaire, Edvard Moser et ses pairs ont transform\u00e9 une interrogation philosophique abstraite en un champ d&rsquo;investigation neurobiologique empirique rigoureusement mesurable.<\/p>\n<p>L&rsquo;attribution de ce prix constitue un \u00e9v\u00e9nement historique pour la science scandinave et norv\u00e9gienne en particulier. Edvard et May-Britt Moser deviennent les premiers laur\u00e9ats norv\u00e9giens d&rsquo;un prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine, consacrant la r\u00e9ussite spectaculaire de la d\u00e9centralisation de la recherche de pointe vers la ville de Trondheim et validant leur politique d&rsquo;ind\u00e9pendance institutionnelle et d&rsquo;excellence sans concession men\u00e9e depuis 1996.<\/p>\n<h3>7.2 Conf\u00e9rence Nobel d&rsquo;Edvard Moser : synth\u00e8se et vision prospective<\/h3>\n<p>Le 7 d\u00e9cembre 2014, dans le grand amphith\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Institut Karolinska, Edvard Moser d\u00e9livre sa conf\u00e9rence Nobel intitul\u00e9e <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/edvard-moser\/lecture\/\">Grid Cells and the Neural Map of Space<\/a>. D&rsquo;une grande clart\u00e9 conceptuelle, son expos\u00e9 dresse une synth\u00e8se monumentale des dix ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es depuis la d\u00e9couverte de 2005. Il y d\u00e9taille les m\u00e9canismes de connectivit\u00e9 microscopique, l&rsquo;organisation modulaire de l&rsquo;\u00e9chelle spatiale le long de l&rsquo;axe dorso-ventral, et les d\u00e9monstrations exp\u00e9rimentales de la th\u00e9orie des attracteurs continus.<\/p>\n<p>Cependant, fid\u00e8le \u00e0 son temp\u00e9rament intellectuel, Moser refuse de clore le d\u00e9bat scientifique par un bilan triomphaliste. Il consacre une partie substantielle de son allocution \u00e0 formuler les immenses questions non r\u00e9solues qui s&rsquo;ouvrent \u00e0 la discipline :<\/p>\n<ul>\n<li>Quelle est la nature pr\u00e9cise des micro-circuits locaux d&rsquo;interneurones qui stabilisent la g\u00e9om\u00e9trie hexagonale ?<\/li>\n<li>Comment le cerveau repr\u00e9sente-t-il l&rsquo;espace tridimensionnel volum\u00e9trique chez les animaux volants ou nageurs par rapport aux mammif\u00e8res terrestres ?<\/li>\n<li>Et par-dessus tout, comment ces repr\u00e9sentations spatiales sont-elles recrut\u00e9es par les fonctions cognitives non spatiales pour sous-tendre la pens\u00e9e abstraite, la rem\u00e9moration \u00e9pisodique et le raisonnement formel ?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Moser y lance un vibrant plaidoyer pour une int\u00e9gration sans pr\u00e9c\u00e9dent entre la neurophysiologie cellulaire exp\u00e9rimentale, l&rsquo;ing\u00e9nierie mol\u00e9culaire et la physique th\u00e9orique, affirmant que le d\u00e9chiffrement du code neuronal n\u00e9cessite l&rsquo;invention de nouveaux paradigmes math\u00e9matiques capables de traiter les dynamiques de populations de milliers de neurones simultan\u00e9ment.<\/p>\n<h3>7.3 Retentissement soci\u00e9tal et acc\u00e9l\u00e9ration de la recherche internationale<\/h3>\n<p>L&rsquo;attribution du prix Nobel d\u00e9clenche un retentissement soci\u00e9tal plan\u00e9taire. Les m\u00e9dias du monde entier s&#8217;emparent de la m\u00e9taphore saisissante du <em>\u00ab\u00a0GPS interne du cerveau\u00a0\u00bb<\/em>, rendant accessible au grand public la compr\u00e9hension des circuits entorhinaux et hippocampiques. Cette popularisation suscite un engouement massif pour les neurosciences des syst\u00e8mes aupr\u00e8s d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;\u00e9tudiants \u00e0 travers le globe, tout en attirant l&rsquo;attention des bailleurs de fonds publics et priv\u00e9s sur l&rsquo;importance cruciale de la recherche fondamentale non finalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la communaut\u00e9 scientifique internationale, la cons\u00e9cration d&rsquo;Edvard Moser agit comme un formidable catalyseur. Les laboratoires de premier plan r\u00e9orientent leurs efforts vers l&rsquo;\u00e9tude du cortex entorhinal et des structures parahippocampiques. Les techniques d&rsquo;enregistrement chronique par t\u00e9trodes se diffusent mondialement, et les th\u00e9oriciens de la mati\u00e8re condens\u00e9e et des r\u00e9seaux neuronaux artificiels s&#8217;emparent des donn\u00e9es ouvertes mises \u00e0 disposition par le laboratoire de Trondheim pour concevoir des mod\u00e8les math\u00e9matiques in\u00e9dits de la plasticit\u00e9 synaptique et de la m\u00e9moire de travail spatiale.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette visibilit\u00e9 internationale, Edvard Moser parvient \u00e0 s\u00e9curiser des financements massifs \u00e0 tr\u00e8s long terme &mdash; notamment des subventions avanc\u00e9es (<em>Advanced Grants<\/em>) du Conseil europ\u00e9en de la recherche (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/erc.europa.eu\/\">ERC<\/a>) et des soutiens r\u00e9currents du Conseil de la recherche de Norv\u00e8ge. Ces ressources permettent \u00e0 son institut de franchir un nouveau palier technologique et d&rsquo;engager le virage d\u00e9cisif vers l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique, la microscopie biphotonique et l&rsquo;enregistrement massif \u00e0 tr\u00e8s haute densit\u00e9.<\/p>\n<h2>8. Au-del\u00e0 de l&rsquo;espace : L&rsquo;int\u00e9gration du temps et de l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e9pisodique<\/h2>\n<h3>8.1 Le cortex entorhinal lat\u00e9ral et le codage du flux temporel subjectif<\/h3>\n<p>Bien que le cortex entorhinal m\u00e9dial ait accapar\u00e9 l&rsquo;attention mondiale gr\u00e2ce aux cellules de grille, Edvard Moser a toujours soutenu que l&rsquo;espace physique ne repr\u00e9sente que la moiti\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chafaudage cognitif requis pour la m\u00e9moire \u00e9pisodique. La structure c\u00e9r\u00e9brale homologue adjacente, le cortex entorhinal lat\u00e9ral (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/lateral-entorhinal-cortex\">LEC<\/a>), projetait tout aussi massivement vers l&rsquo;hippocampe, mais ses neurones demeuraient notoirement silencieux ou d\u00e9pourvus de s\u00e9lectivit\u00e9 spatiale ordonn\u00e9e lors des tests en ar\u00e8ne classique.<\/p>\n<p>En 2018, dans une publication majeure publi\u00e9e dans <em>Nature<\/em> sous la direction d&rsquo;Albert Tsao, J\u00f8rgen Sugar et Edvard Moser, l&rsquo;\u00e9quipe de Trondheim d\u00e9voile une d\u00e9couverte fondamentale : le cortex entorhinal lat\u00e9ral encode la dimension du <strong>temps subjectif continu<\/strong> au sein des \u00e9pisodes v\u00e9cus. En enregistrant des populations de neurones du LEC chez des rats engag\u00e9s dans des t\u00e2ches alternant exploration libre et parcours structur\u00e9s, les auteurs constatent que l&rsquo;activit\u00e9 globale de la population glisse continuellement le long d&rsquo;une trajectoire neuronale unidirectionnelle non stationnaire.<\/p>\n<p>Contrairement aux horloges biologiques circadiennes ou aux oscillateurs c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 haute fr\u00e9quence qui mesurent un temps m\u00e9tronomique absolu, le r\u00e9seau du LEC code un temps \u00e9pisodique ph\u00e9nom\u00e9nologique : la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;\u00e9tat de population \u00e9volue d\u00e9pend directement de la densit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus, des changements de contexte et des actions accomplies par l&rsquo;animal. Ainsi, tandis que le MEC cartographie la g\u00e9om\u00e9trie du lieu (<em>\u00ab\u00a0o\u00f9\u00a0\u00bb<\/em>), le LEC quantifie le d\u00e9roulement temporel et le contenu de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue (<em>\u00ab\u00a0quand\u00a0\u00bb<\/em> et <em>\u00ab\u00a0quoi\u00a0\u00bb<\/em>).<\/p>\n<h3>8.2 La structure de la m\u00e9moire \u00e9pisodique : l&rsquo;espace, le temps et l&rsquo;objet r\u00e9unis<\/h3>\n<p>Cette perc\u00e9e sur le LEC permet \u00e0 Edvard Moser de parachever une th\u00e9orie unifi\u00e9e de la formation de la m\u00e9moire \u00e9pisodique, rejoignant les intuitions s\u00e9minales formul\u00e9es par le grand psychologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Endel_Tulving\">Endel Tulving<\/a>. Tulving d\u00e9finissait la m\u00e9moire \u00e9pisodique comme la capacit\u00e9 de voyager mentalement dans le temps subjectif (<em>chronesth\u00e9sie<\/em>) pour revivre un \u00e9v\u00e9nement ancr\u00e9 dans un contexte spatial et sensoriel sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Au niveau de l&rsquo;architecture anatomique c\u00e9r\u00e9brale, Edvard Moser d\u00e9montre la mani\u00e8re dont le circuit hippocampo-entorhinal int\u00e8gre ces flux d&rsquo;informations compl\u00e9mentaires au sein d&rsquo;une boucle fonctionnelle tripartite :<\/p>\n<ul>\n<li>Le flux issu du cortex entorhinal m\u00e9dial (MEC) achemine la structure spatiale euclidienne invariante : coordonn\u00e9es de grille, orientation de la t\u00eate, vitesse et fronti\u00e8res physiques.<\/li>\n<li>Le flux issu du cortex entorhinal lat\u00e9ral (LEC) achemine le contexte \u00e9v\u00e9nementiel hautement variable : identit\u00e9 des objets rencontr\u00e9s, odeurs sp\u00e9cifiques et vecteur temporel subjectif de l&rsquo;\u00e9pisode.<\/li>\n<li>La formation hippocampique (gyrus dent\u00e9, CA3, CA1) r\u00e9alise l&rsquo;op\u00e9ration de liaison associative (<em>conjunctive binding<\/em>), fusionnant la m\u00e9trique spatiale du MEC et la trajectoire temporelle du LEC pour cr\u00e9er une trace mn\u00e9sique \u00e9pisodique unifi\u00e9e et index\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce mod\u00e8le \u00e9l\u00e9gant d\u00e9montre que l&rsquo;espace et le temps ne sont pas trait\u00e9s par des syst\u00e8mes cognitifs distincts et disjoints, mais constituent deux facettes ins\u00e9parables d&rsquo;un m\u00eame dispositif computationnel cortical d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordonnancement de l&rsquo;exp\u00e9rience consciente.<\/p>\n<h3>8.3 Dynamique de population et g\u00e9om\u00e9trie de haute dimension<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du codage temporel conduit Edvard Moser \u00e0 faire \u00e9voluer ses m\u00e9thodes d&rsquo;analyse math\u00e9matique, op\u00e9rant une transition \u00e9pist\u00e9mologique cruciale : passer de l&rsquo;\u00e9tude classique neurone par neurone (<em>single-unit tuning<\/em>) \u00e0 l&rsquo;analyse g\u00e9om\u00e9trique des \u00e9tats de population \u00e0 haute dimension (<em>population state-space dynamics<\/em>).<\/p>\n<p>En enregistrant simultan\u00e9ment des centaines de neurones entorhinaux, l&rsquo;activit\u00e9 instantan\u00e9e du cerveau peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e comme un point unique se d\u00e9pla\u00e7ant dans un espace vectoriel de dimension <em>N<\/em> (o\u00f9 <em>N<\/em> est le nombre de neurones enregistr\u00e9s). Gr\u00e2ce \u00e0 des techniques de r\u00e9duction de dimensionnalit\u00e9 &mdash; telles que l&rsquo;analyse en composantes principales non lin\u00e9aire, l&rsquo;isomap ou l&rsquo;int\u00e9gration du laplacien &mdash;, Moser d\u00e9montre que les trajectoires neuronales complexes se projettent en r\u00e9alit\u00e9 sur des surfaces g\u00e9om\u00e9triques lisses de faible dimension appel\u00e9es <strong>vari\u00e9t\u00e9s neurales<\/strong> (<em>neural manifolds<\/em>).<\/p>\n<p>Tandis que la vari\u00e9t\u00e9 neuronale des cellules de grille du MEC forme un tore rigide bidimensionnel pr\u00e9servant la topologie de l&rsquo;espace euclidien, la vari\u00e9t\u00e9 neuronale du LEC prend la forme d&rsquo;une trajectoire unidirectionnelle spiral\u00e9e ou ouverte ne repassant jamais par le m\u00eame point d&rsquo;\u00e9tat. Cette d\u00e9couverte pionni\u00e8re ouvre un nouveau chapitre des neurosciences th\u00e9oriques contemporaines : les calculs cognitifs sup\u00e9rieurs ne sont plus con\u00e7us comme des d\u00e9charges binaires de cellules isol\u00e9es, mais comme des \u00e9volutions continues de paysages d&rsquo;attracteurs dans des espaces g\u00e9om\u00e9triques de haute dimension.<\/p>\n<h2>9. Implications cliniques : Pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et neuropsychologie<\/h2>\n<h3>9.1 Vuln\u00e9rabilit\u00e9 pr\u00e9coce du cortex entorhinal dans la maladie d&rsquo;Alzheimer<\/h3>\n<p>Bien que les travaux d&rsquo;Edvard Moser rel\u00e8vent au premier chef de la neurobiologie fondamentale, leurs implications pour la m\u00e9decine clinique sont colossales. Il est \u00e9tabli depuis les travaux histopathologiques d&rsquo;Heiko et Eva Braak que la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.alz.org\/alzheimers-dementia\/what-is-alzheimers\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a> ne frappe pas le cerveau de mani\u00e8re al\u00e9atoire ou diffuse lors de ses phases initiales : elle d\u00e9bute de fa\u00e7on st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et s\u00e9lective dans les couches superficielles transentorhinales et entorhinales avant de se propager secondairement \u00e0 l&rsquo;hippocampe et au n\u00e9ocortex associatif.<\/p>\n<p>L&rsquo;accumulation pr\u00e9coce d&rsquo;enchev\u00eatrements neurofibrillaires constitu\u00e9s de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e cible pr\u00e9cis\u00e9ment les couches II et III du cortex entorhinal &mdash; l&#8217;emplacement exact o\u00f9 Edvard Moser a identifi\u00e9 les cellules de grille chez le rongeur. Cette d\u00e9couverte fournit imm\u00e9diatement une explication m\u00e9canistique directe \u00e0 l&rsquo;un des sympt\u00f4mes cliniques les plus pr\u00e9coces, les plus angoissants et les plus universels rapport\u00e9s par les patients atteints de la maladie d&rsquo;Alzheimer : la d\u00e9sorientation spatiale, la perte de la m\u00e9trique environnementale et la tendance pathologique \u00e0 l&rsquo;errance.<\/p>\n<p>En mod\u00e9lisant la pathologie amylo\u00efde et tau chez des mod\u00e8les murins transg\u00e9niques de la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;\u00e9quipe de Trondheim et ses collaborateurs internationaux d\u00e9montrent que la d\u00e9gradation des motifs hexagonaux des cellules de grille &mdash; et la perte de synchronisation des attracteurs continus &mdash; pr\u00e9c\u00e8de de plusieurs mois la mort cellulaire massive et l&rsquo;apparition de l&rsquo;amn\u00e9sie r\u00e9trograde globale. Les cellules de grille constituent ainsi l&rsquo;un des maillons les plus vuln\u00e9rables de l&rsquo;ensemble de la machine cognitive humaine.<\/p>\n<h3>9.2 Biomarqueurs comportementaux et diagnostic pr\u00e9coce<\/h3>\n<p>La mise en \u00e9vidence de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective des circuits entorhinaux a incit\u00e9 Edvard Moser \u00e0 nouer des collaborations interdisciplinaires \u00e9troites avec des \u00e9quipes de neurologie cognitive et de neuropsychologie clinique afin de d\u00e9velopper de nouveaux outils diagnostiques pr\u00e9cliniques. Les tests neuropsychologiques traditionnels sur papier-crayon, principalement focalis\u00e9s sur le rappel de listes de mots verbaux, \u00e9chouent fr\u00e9quemment \u00e0 d\u00e9tecter les alt\u00e9rations tr\u00e8s pr\u00e9coces de la m\u00e9trique spatiale entorhinale.<\/p>\n<p>S&rsquo;appuyant sur les d\u00e9couvertes fondamentales des Moser, des chercheurs comme Dennis Chan et Neil Burgess ont d\u00e9velopp\u00e9 des paradigmes de navigation immersive en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle sp\u00e9cifiquement calibr\u00e9s pour tester l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9gration de chemin et la pr\u00e9cision de la m\u00e9trique des cellules de grille chez l&rsquo;humain. Les individus porteurs de variants g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 risque (tels que l&rsquo;all\u00e8le APOE &epsilon;4) ou pr\u00e9sentant des biomarqueurs pr\u00e9coces dans le liquide c\u00e9phalo-rachidien manifestent des d\u00e9ficits quantifiables lors des \u00e9preuves de retour au point de d\u00e9part en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle, bien avant toute manifestation visible lors des tests de m\u00e9moire verbale classiques.<\/p>\n<p>Ces protocoles comportementaux non invasifs, d\u00e9riv\u00e9s directement des protocoles d&rsquo;ar\u00e8nes d&rsquo;Edvard Moser, ouvrent la voie \u00e0 un diagnostic hautement pr\u00e9coce de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, \u00e0 un stade o\u00f9 les th\u00e9rapies neuroprotectrices et les anticorps monoclonaux ciblant les plaques amylo\u00efdes ont les plus grandes chances de freiner l&rsquo;\u00e9volution de la pathologie avant que les r\u00e9seaux neuronaux ne soient irr\u00e9m\u00e9diablement d\u00e9truits.<\/p>\n<h3>9.3 Applications pour les mod\u00e8les de substitution et les neuroproth\u00e8ses<\/h3>\n<p>\u00c0 plus long terme, la formalisation math\u00e9matique rigoureuse des r\u00e9seaux de cellules de grille sous la forme de mod\u00e8les d&rsquo;attracteurs continus ouvre des perspectives fascinantes pour le d\u00e9veloppement de neuroproth\u00e8ses cognitives et d&rsquo;interfaces cerveau-machine (ICM) de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Alors que la majorit\u00e9 des ICM motrices se concentrent sur le d\u00e9codage des intentions motrices primaires pour animer des membres robotis\u00e9s, la compr\u00e9hension des codes entorhinaux permet d&rsquo;envisager des dispositifs capables de restaurer les fonctions cognitives sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>En cas de l\u00e9sions traumatiques, d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux ou de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence focale du lobe temporal m\u00e9dian, un circuit \u00e9lectronique neuromorphique mod\u00e9lisant les \u00e9quations de mise \u00e0 jour de phase spatiale des cellules de grille pourrait th\u00e9oriquement recevoir les informations sensorielles r\u00e9siduelles et stimuler directement les champs CA1 de l&rsquo;hippocampe par optog\u00e9n\u00e9tique ou micro-stimulation \u00e9lectrique focalis\u00e9e. Bien que ces technologies demeurent pour l&rsquo;instant au stade exploratoire chez l&rsquo;animal de laboratoire, la solidit\u00e9 des mod\u00e8les computationnels d\u00e9velopp\u00e9s par Edvard Moser offre le substrat algorithmique indispensable \u00e0 de telles proth\u00e8ses de substitution cognitive.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, Moser ne manque pas de souligner les consid\u00e9rations \u00e9thiques majeures soulev\u00e9es par ces avanc\u00e9es translationnelles. La possibilit\u00e9 future d&rsquo;interfacer ou d&rsquo;alt\u00e9rer les circuits fondamentaux qui codent notre m\u00e9moire \u00e9pisodique, notre sens du temps et notre ancrage spatial dans le monde r\u00e9el n\u00e9cessitera des cadres de r\u00e9gulation bio\u00e9thique rigoureux pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;identit\u00e9 et de l&rsquo;autonomie des patients.<\/p>\n<h2>10. Innovations m\u00e9thodologiques et avanc\u00e9es technologiques sous sa direction<\/h2>\n<h3>10.1 Imagerie calcique biphotonique miniaturis\u00e9e chez l&rsquo;animal vigile<\/h3>\n<p>Tout au long de sa carri\u00e8re, Edvard Moser a incarn\u00e9 le principe selon lequel les r\u00e9volutions conceptuelles en biologie sont presque toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es de ruptures technologiques instrumentales. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, bien que les t\u00e9trodes demeurassent une r\u00e9f\u00e9rence pour leur r\u00e9solution temporelle sub-milliseconde, elles souffraient d&rsquo;un angle mort m\u00e9thodologique : l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;enregistrer de mani\u00e8re longitudinale les m\u00eames neurones sur plusieurs semaines et l&rsquo;opacit\u00e9 totale quant \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des cellules enregistr\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour surmonter cette barri\u00e8re, le laboratoire de Moser a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des premiers au monde \u00e0 perfectionner et \u00e0 adapter l&rsquo;imagerie calcique fonctionnelle \u00e0 deux photons par fluorescence chez le rongeur vigile en mouvement libre. Gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement de microscopes miniaturis\u00e9s &mdash; les fameux <em>miniscopes<\/em> pesant \u00e0 peine quelques grammes et mont\u00e9s directement sur le cr\u00e2ne de l&rsquo;animal &mdash;, coupl\u00e9s \u00e0 l&rsquo;expression cibl\u00e9e d&rsquo;indicateurs calciques fluorescents g\u00e9n\u00e9tiquement encod\u00e9s (tels que la famille des biocapteurs GCaMP), Moser a rendu possible la visualisation optique directe de l&rsquo;activit\u00e9 calcique somatique de milliers de cellules simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>Cette approche optique permet d&rsquo;observer en temps r\u00e9el le scintillement des r\u00e9seaux de cellules de grille au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;animal explore son enclos. Elle a permis de prouver de fa\u00e7on irr\u00e9futable que les cellules de grille appartenant \u00e0 un m\u00eame module fonctionnel sont spatialement entrelac\u00e9es au sein du tissu cortical tout en conservant une connectivit\u00e9 fonctionnelle hautement s\u00e9lective, une observation qui demeurait inaccessible aux enregistrements \u00e9lectrophysiologiques aveugles.<\/p>\n<h3>10.2 Sondes Neuropixels et enregistrements \u00e0 tr\u00e8s haute densit\u00e9<\/h3>\n<p>Refusant d&rsquo;abandonner l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie au profit exclusif de l&rsquo;optique, Edvard Moser s&rsquo;est impliqu\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re heure dans le consortium international \u00e0 l&rsquo;origine du d\u00e9veloppement des sondes en silicium de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration : les sondes <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.neuropixels.org\/\">Neuropixels<\/a>. Con\u00e7ues gr\u00e2ce aux technologies de microfabrication CMOS les plus avanc\u00e9es, ces sondes d&rsquo;une finesse remarquable int\u00e8grent pr\u00e8s d&rsquo;un millier de sites d&rsquo;enregistrement miniaturis\u00e9s sur une tige de silicium de seulement 10 millim\u00e8tres de long.<\/p>\n<p>L&rsquo;adoption pr\u00e9coce des sondes Neuropixels \u00e0 Trondheim a totalement transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9chelle des investigations neurophysiologiques. Il n&rsquo;\u00e9tait plus n\u00e9cessaire de se limiter \u00e0 l&rsquo;enregistrement laborieux de quelques dizaines de cellules : une seule sonde implant\u00e9e \u00e0 travers le cerveau permet d\u00e9sormais de cartographier simultan\u00e9ment et avec une r\u00e9solution temporelle parfaite l&rsquo;activit\u00e9 de centaines d&rsquo;unit\u00e9s r\u00e9parties \u00e0 travers le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial, les diff\u00e9rentes couches du cortex entorhinal et l&rsquo;ensemble des sous-r\u00e9gions hippocampiques (CA1, CA3, gyrus dent\u00e9).<\/p>\n<p>Cette avalanche de donn\u00e9es a impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de Moser de relever d&rsquo;immenses d\u00e9fis computationnels li\u00e9s au traitement des m\u00e9gadonn\u00e9es (<em>big data<\/em>). Edvard Moser a soutenu activement la conception d&rsquo;algorithmes automatis\u00e9s d&rsquo;intelligence artificielle d\u00e9di\u00e9s au tri de potentiels d&rsquo;action (<em>spike sorting<\/em>) bas\u00e9s sur l&rsquo;apprentissage profond (comme Kilosort), permettant de traiter avec une rigueur statistique sans pr\u00e9c\u00e9dent des t\u00e9raoctets de signaux \u00e9lectrophysiologiques enregistr\u00e9s quotidiennement dans son institut.<\/p>\n<h3>10.3 Approches optog\u00e9n\u00e9tiques pour la dissection causale des circuits<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation corr\u00e9lative des corr\u00e9lats neuronaux du comportement, si pr\u00e9cise soit-elle, ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir des liens de causalit\u00e9 m\u00e9canique rigoureux. Pour r\u00e9pondre aux exigences r\u00e9ductionnistes de sa d\u00e9marche, Edvard Moser a massivement int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique &mdash; l&rsquo;utilisation de canaux ioniques photo-sensibles (tels que la channelrhodopsine-2 et l&rsquo;halorhodopsine) exprim\u00e9s s\u00e9lectivement dans des sous-types neuronaux pr\u00e9cis par le biais de vecteurs viraux ad\u00e9no-associ\u00e9s (AAV).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des fibres optiques coupl\u00e9es \u00e0 des lasers miniaturis\u00e9s, l&rsquo;\u00e9quipe de Moser est parvenue \u00e0 manipuler l&rsquo;activit\u00e9 de sous-populations sp\u00e9cifiques d&rsquo;interneurones GABAergiques (notamment les interneurones exprimant la parvalbumine ou la somatostatine) au sein m\u00eame du cortex entorhinal m\u00e9dial pendant que l&rsquo;animal accomplit une t\u00e2che spatiale. Par ces exp\u00e9riences pionni\u00e8res, Moser a pu apporter la d\u00e9monstration causale irr\u00e9futable que l&rsquo;inhibition locale m\u00e9di\u00e9e par les interneurones parvalbumine-positifs est absolument indispensable au maintien du patron hexagonal des cellules de grille : leur inactivation optique transitoire efface instantan\u00e9ment la p\u00e9riodicit\u00e9 spatiale sans \u00e9teindre l&rsquo;excitabilit\u00e9 des cellules principales.<\/p>\n<p>Le couplage synergique entre stimulation optog\u00e9n\u00e9tique ultra-rapide, imagerie optique et enregistrements \u00e0 haute densit\u00e9 a permis \u00e0 Edvard Moser de transformer le laboratoire de Trondheim en un banc d&rsquo;essai exp\u00e9rimental sans \u00e9quivalent dans le monde, capable de tester et d&rsquo;\u00e9prouver les hypoth\u00e8ses les plus complexes sur le fonctionnement des microcircuits corticaux vivants.<\/p>\n<h2>11. Leadership institutionnel et d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me neuroscientifique de Trondheim<\/h2>\n<h3>11.1 Fondation du Centre de biologie de la m\u00e9moire et de l&rsquo;Institut Kavli<\/h3>\n<p>L&rsquo;ascension scientifique d&rsquo;Edvard Moser est ins\u00e9parable d&rsquo;une vision strat\u00e9gique remarquable en mati\u00e8re de politique et de gestion de la recherche. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, conscients du potentiel r\u00e9volutionnaire de leurs travaux, Edvard et May-Britt Moser d\u00e9posent un projet majeur aupr\u00e8s du Conseil norv\u00e9gien de la recherche pour obtenir le statut tr\u00e8s convoit\u00e9 de Centre d&rsquo;excellence (<em>Centre of Excellence<\/em>). En 2002, ils fondent ainsi le Centre de biologie de la m\u00e9moire (<em>Centre for the Biology of Memory<\/em> &mdash; CBM), dot\u00e9 d&rsquo;un financement d\u00e9cennal garanti offrant une libert\u00e9 de man\u0153uvre sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Forts du succ\u00e8s plan\u00e9taire de leurs d\u00e9couvertes, ils franchissent une \u00e9tape d\u00e9cisive en 2007 : la prestigieuse fondation am\u00e9ricaine Kavli &mdash; cr\u00e9\u00e9e par le philanthrope Fred Kavli &mdash; choisit l&rsquo;universit\u00e9 de Trondheim pour y installer son quatri\u00e8me institut mondial consacr\u00e9 aux neurosciences, aux c\u00f4t\u00e9s des universit\u00e9s de Columbia, Yale et San Diego. La cr\u00e9ation du <strong>Kavli Institute for Systems Neuroscience<\/strong> \u00e0 la NTNU consacre l&rsquo;enracinement institutionnel d\u00e9finitif de Trondheim au sommet de la hi\u00e9rarchie scientifique mondiale, faisant de cette ville du centre de la Norv\u00e8ge un aimant pour les chercheurs de pointe venus des cinq continents.<\/p>\n<p>Sous la direction d&rsquo;Edvard Moser, l&rsquo;Institut Kavli se distingue par une organisation d\u00e9cloisonn\u00e9e, une bureaucratie r\u00e9duite au strict minimum et une mise \u00e0 disposition imm\u00e9diate des technologies de pointe pour tous les membres du laboratoire. Moser instaure une culture d&rsquo;hospitalit\u00e9 scientifique, d&rsquo;audace intellectuelle et de coll\u00e9gialit\u00e9 exigeante qui transforme durablement le paysage de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur scandinave.<\/p>\n<h3>11.2 Cr\u00e9ation du Centre pour les algorithmes neuronaux (Centre for Neural Computation)<\/h3>\n<p>En 2012, anticipant la convergence n\u00e9cessaire entre les sciences du vivant, les math\u00e9matiques pures et la physique th\u00e9orique, Edvard Moser conduit la cr\u00e9ation d&rsquo;un nouveau centre d&rsquo;excellence national : le <em>Centre for Neural Computation<\/em> (CNC), adoss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Institut Kavli de Trondheim. La mission explicite de ce centre est de d\u00e9chiffrer les algorithmes math\u00e9matiques fondamentaux par lesquels les r\u00e9seaux de neurones du cortex temporal m\u00e9dian traitent, stockent et restituent l&rsquo;information cognitive.<\/p>\n<p>Pour atteindre cet objectif, Moser recrute massivement des physiciens th\u00e9oriciens, des ing\u00e9nieurs sp\u00e9cialistes du traitement du signal, des math\u00e9maticiens et des informaticiens, les int\u00e9grant directement au sein des \u00e9quipes de neurobiologistes exp\u00e9rimentateurs. Cette pollinisation crois\u00e9e acc\u00e9l\u00e8re les ruptures conceptuelles : les mod\u00e8les th\u00e9oriques d&rsquo;attracteurs continus ou de codage de population ne sont plus d\u00e9velopp\u00e9s de mani\u00e8re isol\u00e9e dans des d\u00e9partements de math\u00e9matiques distants, mais sont formul\u00e9s, ajust\u00e9s et test\u00e9s au jour le jour sur les bancs m\u00eames des salles d&rsquo;exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p>Le CNC devient un mod\u00e8le international de transdisciplinarit\u00e9 r\u00e9ussie. Il pr\u00e9figure la transformation moderne des neurosciences des syst\u00e8mes en une discipline quantitative o\u00f9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de la th\u00e9orie physique \u00e9claire et structure l&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 des donn\u00e9es biologiques enregistr\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<h3>11.3 Mentorat acad\u00e9mique et formation d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de leaders<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de ses propres publications fondatrices, l&rsquo;impact intellectuel durable d&rsquo;Edvard Moser s&rsquo;\u00e9value \u00e0 l&rsquo;aune de la brillante cohorte de scientifiques qu&rsquo;il a form\u00e9s, inspir\u00e9s et propuls\u00e9s vers le sommet de la recherche internationale. Sa philosophie de mentorat repose sur un \u00e9quilibre subtil entre une rigueur m\u00e9thodologique intransigeante lors de l&rsquo;apprentissage initial et une autonomie cr\u00e9ative totale accord\u00e9e d\u00e8s lors que le chercheur ma\u00eetrise les standards exp\u00e9rimentaux requis.<\/p>\n<p>Plusieurs de ses anciens doctorants et boursiers postdoctoraux occupent aujourd&rsquo;hui des chaires professorales prestigieuses dans les plus grands centres de recherche mondiaux. Parmi eux, Marianne Fyhn et Torkel Hafting ont fond\u00e9 leurs propres groupes de recherche renomm\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo ; Dori Derdikman dirige un laboratoire de pointe au Technion en Isra\u00ebl ; Jonathan Whitlock poursuit des travaux remarqu\u00e9s sur le cortex pari\u00e9tal \u00e0 Trondheim ; et Albert Tsao d\u00e9veloppe des recherches d&rsquo;avant-garde aux \u00c9tats-Unis sur les repr\u00e9sentations temporelles. Cette dispersion internationale constitue une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0diaspora intellectuelle de Trondheim\u00a0\u00bb, propageant les m\u00e9thodes, les standards et la vision \u00e9pist\u00e9mologique de Moser \u00e0 travers les institutions du monde entier.<\/p>\n<p>En outre, Edvard Moser demeure un d\u00e9fenseur infatigable de la science ouverte (<em>Open Science<\/em>), de l&rsquo;acc\u00e8s libre aux publications et du partage public des jeux de donn\u00e9es brutes et des codes d&rsquo;analyse informatique. Refusant l&rsquo;appropriation corporatiste du savoir, il a constamment encourag\u00e9 la diffusion sans restriction des protocoles technologiques et des algorithmes con\u00e7us au sein de l&rsquo;Institut Kavli, contribuant \u00e0 d\u00e9mocratiser l&rsquo;acc\u00e8s aux technologies de pointe pour les laboratoires \u00e9mergents \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<h2>12. Perspectives contemporaines, intersections disciplinaires et h\u00e9ritage intellectuel<\/h2>\n<h3>12.1 Convergence avec l&rsquo;intelligence artificielle et l&rsquo;apprentissage profond<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des fronti\u00e8res contemporaines les plus stimulantes explor\u00e9es par Edvard Moser concerne les intersections croissantes entre la neurobiologie des circuits spatiaux et l&rsquo;intelligence artificielle (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/deepmind.google\/\">DeepMind<\/a>, OpenAI). Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage par renforcement profond (<em>Deep Reinforcement Learning<\/em>) d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la navigation d&rsquo;agents autonomes dans des environnements virtuels complexes ont connu une acc\u00e9l\u00e9ration spectaculaire.<\/p>\n<p>En 2018, une \u00e9tude s\u00e9minale men\u00e9e par Andrea Banino et ses coll\u00e8gues chez DeepMind &mdash; avec laquelle les travaux th\u00e9oriques de Moser ont dialogu\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9troite &mdash; a d\u00e9montr\u00e9 que lorsqu&rsquo;un r\u00e9seau de neurones artificiels r\u00e9current est entra\u00een\u00e9 \u00e0 faire de l&rsquo;int\u00e9gration de chemin, des unit\u00e9s internes d\u00e9veloppent spontan\u00e9ment, sans aucune instruction pr\u00e9alable, des patrons d&rsquo;activation hexagonaux identiques \u00e0 ceux des cellules de grille biologiques. Cette convergence remarquable prouve que la g\u00e9om\u00e9trie hexagonale d\u00e9couverte par Moser ne constitue pas une singularit\u00e9 \u00e9volutive contingente de la biologie des mammif\u00e8res, mais repr\u00e9sente la <strong>solution math\u00e9matique optimale<\/strong> que doit adopter tout syst\u00e8me computationnel &mdash; biologique ou artificiel &mdash; cherchant \u00e0 cartographier un espace continu bidimensionnel avec un minimum d&rsquo;erreurs et un rendement \u00e9nerg\u00e9tique maximal.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, Edvard Moser collabore activement avec les th\u00e9oriciens de l&rsquo;apprentissage machine pour concevoir des architectures d&rsquo;intelligence artificielle dites <em>bio-inspir\u00e9es<\/em>. En int\u00e9grant les principes d&rsquo;organisation modulaire, de dynamique d&rsquo;attracteur et de codage temporel du syst\u00e8me entorhinal, ces nouvelles architectures visent \u00e0 doter les agents autonomes d&rsquo;une m\u00e9moire de travail plus souple, d&rsquo;une capacit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ralisation conceptuelle rapide (<em>zero-shot learning<\/em>) et d&rsquo;une aptitude \u00e0 naviguer sans perte d&rsquo;\u00e9nergie dans des environnements tridimensionnels impr\u00e9visibles.<\/p>\n<h3>12.2 La cartographie des concepts abstraits : l&rsquo;espace comme mod\u00e8le universel de la pens\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;intuition la plus audacieuse et la plus f\u00e9conde port\u00e9e par Edvard Moser dans la phase contemporaine de sa carri\u00e8re touche aux fondements m\u00eames de la cognition humaine : et si le syst\u00e8me m\u00e9trique du cortex entorhinal et de l&rsquo;hippocampe n&rsquo;\u00e9tait pas seulement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la navigation dans l&rsquo;espace physique g\u00e9ographique, mais constituait le <strong>substrat universel de la pens\u00e9e abstraite<\/strong> ?<\/p>\n<p>S&rsquo;appuyant sur des travaux pionniers men\u00e9s chez l&rsquo;humain par des neuroscientifiques cognitifs tels que Timothy Behrens et Christian Doeller, Moser soutient que le cerveau recycle ses circuits mill\u00e9naires de navigation spatiale pour organiser les concepts abstraits, les cat\u00e9gories s\u00e9mantiques et les relations sociales. Dans ces exp\u00e9riences d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), lorsque des volontaires explorent mentalement des \u00ab\u00a0espaces conceptuels\u00a0\u00bb continus d\u00e9finis par deux dimensions arbitraires (par exemple le rapport cou\/pattes d&rsquo;oiseaux imaginaires, ou des hi\u00e9rarchies de pouvoir et d&rsquo;affinit\u00e9 sociale), le r\u00e9seau du cortex entorhinal s&rsquo;active selon une sym\u00e9trie hexagonale caract\u00e9ristique \u00e0 six branches.<\/p>\n<p>Cette observation bouleverse notre compr\u00e9hension de l&rsquo;esprit : la pens\u00e9e conceptuelle humaine, le raisonnement analogique et la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9duire de nouvelles relations logiques op\u00e9reraient par le d\u00e9placement de vecteurs au sein d&rsquo;une g\u00e9om\u00e9trie cognitive directement sous-tendue par les cellules de grille et de lieu. Deux si\u00e8cles et demi apr\u00e8s Emmanuel Kant, l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Edvard Moser confirme de mani\u00e8re empirique et \u00e9clatante que l&rsquo;espace n&rsquo;est pas un simple objet de notre perception, mais la matrice formelle interne \u00e0 travers laquelle le cerveau structure l&rsquo;ensemble de ses repr\u00e9sentations mentales, de la simple trajectoire d&rsquo;un rongeur jusqu&rsquo;aux raisonnements les plus vertigineux de la pens\u00e9e philosophique et math\u00e9matique.<\/p>\n<h3>12.3 L&rsquo;h\u00e9ritage vivant d&rsquo;Edvard Moser dans la science moderne<\/h3>\n<p>Alors qu&rsquo;il poursuit ses recherches au sein de l&rsquo;Institut Kavli et du Centre pour les algorithmes neuronaux \u00e0 Trondheim, Edvard Moser demeure l&rsquo;un des scientifiques les plus influents et respect\u00e9s de notre \u00e9poque. Son h\u00e9ritage ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une liste de r\u00e9compenses ou \u00e0 la d\u00e9couverte universellement salu\u00e9e d&rsquo;une classe de neurones ; il r\u00e9side dans une transformation paradigmatique globale de la mani\u00e8re dont les neurosciences des syst\u00e8mes posent et r\u00e9solvent les questions relatives \u00e0 la cognition.<\/p>\n<p>Moser a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il est possible de concilier la pr\u00e9cision chirurgicale de la neurophysiologie animale avec les mod\u00e9lisations les plus abstraites des math\u00e9matiques non lin\u00e9aires, sans jamais sacrifier la beaut\u00e9 du comportement spontan\u00e9 de l&rsquo;organisme vigile. Par son refus des dogmes, son humilit\u00e9 constante face \u00e0 la complexit\u00e9 de la mati\u00e8re vivante et sa confiance in\u00e9branlable dans la puissance de l&rsquo;investigation empirique rigoureuse, il a \u00e9difi\u00e9 un mod\u00e8le d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 scientifique qui continuera d&rsquo;inspirer des g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration des territoires de l&rsquo;esprit est loin d&rsquo;\u00eatre achev\u00e9e. Alors que les sondes neuronales enregistrent d\u00e9sormais des dizaines de milliers de neurones simultan\u00e9ment et que les algorithmes r\u00e9v\u00e8lent des vari\u00e9t\u00e9s de haute dimension d&rsquo;une complexit\u00e9 vertigineuse, la boussole trac\u00e9e par Edvard Moser continue d&rsquo;indiquer le cap : chercher inlassablement, au c\u0153ur de la mat\u00e9rialit\u00e9 physique des r\u00e9seaux corticaux, les r\u00e8gles d&rsquo;or et les sym\u00e9tries profondes qui permettent au cerveau d&rsquo;engendrer le miracle de la conscience spatiale, du temps subjectif et de la m\u00e9moire.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Banino, A., Barry, C., Uria, B., Blundell, C., Lillicrap, T., Mirowski, P., Pritzel, A., Chadwick, M. J., Degris, T., Modayil, J., Wayne, G., Soyer, H., Rao, F., Goroshin, R., Weber, T., Shen, Z., Weber, T., Beattie, C., Kumaran, D., &amp; Kumaran, D. (2018). Vector-based navigation using grid-like representations in artificial agents. <em>Nature<\/em>, 557(7705), 429\u2013433. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0102-6\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0102-6<\/a><\/li>\n<li>Constantinescu, A. O., O&rsquo;Reilly, J. X., &amp; Behrens, T. E. (2016). Organizing conceptual knowledge in humans with a gridlike code. <em>Science<\/em>, 352(6292), 1464\u20131468. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0941\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0941<\/a><\/li>\n<li>Fyhn, M., Molden, S., Witter, M. P., Moser, E. I., &amp; Moser, M.-B. (2004). Spatial representation in the entorhinal cortex. <em>Science<\/em>, 305(5688), 1258\u20131264. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1099901\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1099901<\/a><\/li>\n<li>Hafting, T., Fyhn, M., Molden, S., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2005). Microstructure of a spatial map in the entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 436(7052), 801\u2013806. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature03721\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature03721<\/a><\/li>\n<li>Kropff, E., Carmichael, J. E., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2015). Speed cells in the medial entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 523(7561), 419\u2013424. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature14622\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature14622<\/a><\/li>\n<li>Moser, E. I. (2014). Grid cells and the neural map of space. <em>Nobel Lecture in Physiology or Medicine<\/em>. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/edvard-moser\/lecture\/\">https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/edvard-moser\/lecture\/<\/a><\/li>\n<li>Moser, E. I., Kropff, E., &amp; Moser, M.-B. (2008). Place cells, grid cells, and the brain&rsquo;s spatial representation system. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 31, 69\u201389. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723<\/a><\/li>\n<li>Moser, E. I., Moser, M.-B., &amp; McNaughton, B. L. (2017). Spatial representation in the hippocampal formation: a history. <em>Nature Neuroscience<\/em>, 20(11), 1448\u20131464. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.4653\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.4653<\/a><\/li>\n<li>Moser, E. I., Roudi, Y., Witter, M. P., Kentros, C., Bonhoeffer, T., &amp; Moser, M.-B. (2014). Grid cells and cortical representation. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 15(7), 466\u2013481. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3766\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3766<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Keefe, J., &amp; Nadel, L. (1978). <em>The Hippocampus as a Cognitive Map<\/em>. Oxford: Clarendon Press.<\/li>\n<li>Sargolini, F., Fyhn, M., Hafting, T., McNaughton, B. L., Witter, M. P., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2006). Conjunctive representation of position, direction, and velocity in entorhinal cortex. <em>Science<\/em>, 312(5774), 758\u2013762. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1125572\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1125572<\/a><\/li>\n<li>Solstad, T., Boccara, C. N., Kropff, E., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2008). Representation of geometric borders in the entorhinal cortex. <em>Science<\/em>, 322(5909), 1865\u20131868. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1166466\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1166466<\/a><\/li>\n<li>Stensola, H., Stensola, T., Solstad, T., Fr\u00f8land, K., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2012). The entorhinal grid map is discretized. <em>Nature<\/em>, 492(7427), 72\u201378. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature11649\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature11649<\/a><\/li>\n<li>Tsao, A., Sugar, J., Lu, L., Wang, C., Knierim, J. J., Moser, M.-B., &amp; Moser, E. I. (2018). Integrating time from experience in the lateral entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 561(7721), 57\u201362. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0459-6\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0459-6<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse acad\u00e9mique exhaustive de la vie, des d\u00e9couvertes neuroscientifiques et de l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Edvard Moser, cod\u00e9couvreur des cellules de grille.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[459,647],"tags":[6644,6647,6646,6648,23381],"class_list":["post-14965","psych_theorist","type-psych_theorist","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-cellules-de-grille","tag-cortex-entorhinal","tag-edvard-moser","tag-navigation-spatiale","tag-prix-nobel-2014"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/14965","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_theorist"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14965"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_theorist\/14965\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14965"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14965"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14965"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}