{"id":26038,"date":"2026-11-08T23:07:01","date_gmt":"2026-11-08T23:07:01","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=vision-photopique-clairvoyance-diurne"},"modified":"2026-11-08T23:07:01","modified_gmt":"2026-11-08T23:07:01","slug":"vision-photopique-clairvoyance-diurne","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=vision-photopique-clairvoyance-diurne","title":{"rendered":"Vision photopique : Clart\u00e9 et acuit\u00e9 diurne"},"content":{"rendered":"<p>La perception visuelle en conditions d&rsquo;illumination diurne constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de l&rsquo;adaptation comportementale, cognitive et \u00e9cologique des organismes vivants, en particulier des primates. En psychologie cognitive, en psychophysique et en neurosciences de la vision, ce mode de traitement optique et sensoriel correspond \u00e0 la vision photopique, un \u00e9tat fonctionnel caract\u00e9ris\u00e9 par la mise en jeu exclusive ou pr\u00e9dominante des r\u00e9cepteurs coniques au sein de la r\u00e9tine. Loin de se r\u00e9duire \u00e0 un simple enregistrement passif des photons r\u00e9fl\u00e9chis par l&rsquo;environnement physique, ce syst\u00e8me visuel complexe orchestre une r\u00e9solution spatiale maximale, une analyse chromatique multidimensionnelle et une int\u00e9gration temporelle ultra-rapide indispensables aux fonctions cognitives sup\u00e9rieures.<\/p>\n<h2>Vision photopique (Vision diurne)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La vision diurne, scientifiquement d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <strong>vision photopique<\/strong>, est le mode de perception visuelle qui intervient lorsque les niveaux de luminance environnementale sont \u00e9lev\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieurs \u00e0 3 \u00e0 10 candelas par m\u00e8tre carr\u00e9 (cd\/m\u00b2). Dans ce r\u00e9gime d&rsquo;\u00e9clairement, la r\u00e9tine humaine op\u00e8re par le truchement de ses c\u00f4nes photor\u00e9cepteurs, tandis que le syst\u00e8me des b\u00e2tonnets est satur\u00e9 par l&rsquo;intensit\u00e9 lumineuse et devient fonctionnellement inop\u00e9rant.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysiologique, cette modalit\u00e9 se caract\u00e9rise par une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acuit%C3%A9_visuelle\">acuit\u00e9 visuelle<\/a> optimale, localis\u00e9e principalement au niveau de la fov\u00e9a centrale, ainsi que par une perception chromatique trichromatique fine r\u00e9sultant de la stimulation conjointe des trois populations distinctes de photopigments r\u00e9tiniens. Elle permet \u00e0 l&rsquo;observateur d&rsquo;isoler des d\u00e9tails g\u00e9om\u00e9triques minuscules, de segmenter instantan\u00e9ment les figures visuelles de leur arri\u00e8re-plan et de r\u00e9agir avec rapidit\u00e9 aux stimuli cin\u00e9matiques complexes.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie de la perception et des neurosciences cognitives, la vision photopique repr\u00e9sente le paradigme de r\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;\u00e9tude de la s\u00e9lectivit\u00e9 attentionnelle guid\u00e9e par la forme et la couleur, de la reconnaissance invariante des visages et des objets, ainsi que des interactions visuo-motrices de haute pr\u00e9cision dans les conditions \u00e9cologiques de la clart\u00e9 solaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab vision photopique \u00bb puise ses racines directement dans la langue grecque ancienne. Le pr\u00e9fixe \u00ab photo- \u00bb d\u00e9rive du substantif grec ancien <em>ph\u00f4s<\/em> (\u03c6\u1ff6\u03c2), g\u00e9nitif <em>ph\u00f4tos<\/em> (phot\u00f3s), signifiant \u00ab lumi\u00e8re \u00bb ou \u00ab clart\u00e9 \u00bb. Le suffixe \u00ab -opique \u00bb est issu de la racine <em>\u00f4ps<\/em> (\u1f64\u03c8), qui renvoie \u00e0 \u00ab l&rsquo;\u0153il \u00bb, au \u00ab regard \u00bb ou \u00e0 \u00ab l&rsquo;aspect ext\u00e9rieur \u00bb, combin\u00e9 au formant adjectival <em>-ikos<\/em> (-ique) d\u00e9notant la relation ou la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La formulation descriptive \u00ab vision diurne \u00bb d\u00e9coule quant \u00e0 elle du latin classique <em>diurnus<\/em>, adjectif d\u00e9riv\u00e9 de <em>dies<\/em> (\u00ab jour \u00bb), d\u00e9signant litt\u00e9ralement tout \u00e9v\u00e9nement ou ph\u00e9nom\u00e8ne qui se d\u00e9roule au cours de la journ\u00e9e ou sous l&rsquo;\u00e9gide de la lumi\u00e8re du jour. Historiquement, l&rsquo;introduction formelle du terme photopique dans le lexique acad\u00e9mique de la physiologie sensorielle s&rsquo;est consolid\u00e9e \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion des physiologistes allemands et hollandais cherchant \u00e0 distinguer rigoureusement les dynamiques r\u00e9tiniennes de la clart\u00e9 (<em>photopisch<\/em>) de celles de l&rsquo;obscurit\u00e9 nocturne (<em>skotopisch<\/em>).<\/p>\n<p>Ce glissement terminologique a permis de d\u00e9passer les descriptions ph\u00e9nom\u00e9nologiques vernaculaires du simple \u00ab voir de jour \u00bb pour instaurer une nomenclature scientifique univoque, ancr\u00e9e dans la quantification physique de la radiance et l&rsquo;identification cytologique des r\u00e9cepteurs membranaires sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme s&rsquo;\u00e9nonce en fran\u00e7ais standard sous la transcription internationale suivante : \/vi.zj\u0254\u0303 f\u0254.t\u0254.pik\/. Pour sa variante vernaculaire diurne, la prononciation est transcrite : \/vi.zj\u0254\u0303 djy\u0281n\/. L&rsquo;articulation ne pr\u00e9sente pas d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 morphologique majeure et respecte les r\u00e8gles phonologiques de liaison et d&rsquo;accentuation tonique propre \u00e0 la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab vision \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier (\u00ab une vision photopique \u00bb, \u00ab les visions photopiques \u00bb), d\u00e9riv\u00e9 du supin latin <em>visum<\/em> du verbe <em>videre<\/em> (\u00ab voir \u00bb). Les adjectifs qualificatifs \u00ab photopique \u00bb et \u00ab diurne \u00bb s&rsquo;accordent en genre et en nombre avec le substantif f\u00e9minin qu&rsquo;ils d\u00e9terminent. Le terme ne conna\u00eet pas de variante orthographique admise dans les nomenclatures officielles, bien que certains \u00e9crits historiques aient pu utiliser l&rsquo;anglicisme direct ou des formulations p\u00e9riphrastiques comme \u00ab vision de haute luminance \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les contextes r\u00e9dactionnels formels et les publications acad\u00e9miques en psychologie sensorielle, le terme s&#8217;emploie principalement comme syntagme nominal autonome (\u00ab la vision photopique est satur\u00e9e \u00bb) ou comme modificateur de r\u00e9gime au sein de compl\u00e9ments pr\u00e9positionnels (\u00ab en conditions photopiques \u00bb, \u00ab sous r\u00e9gime photopique \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture de la vision photopique repose sur l&rsquo;organisation structurelle et computationnelle de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9tine\">r\u00e9tine<\/a> et des voies visuelles aff\u00e9rentes chez les mammif\u00e8res diurnes. Lorsque les photons atteignent les segments externes des c\u00f4nes, ils provoquent l&rsquo;isom\u00e9risation du chromophore 11-cis-r\u00e9tinal en tout-trans-r\u00e9tinal, activant une cascade de transduction biochimique coupl\u00e9e aux prot\u00e9ines G m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;opsine, conduisant \u00e0 la fermeture des canaux sodiques-calciques et \u00e0 l&rsquo;hyperpolarisation de la membrane cellulaire. Ce signal \u00e9lectrique modul\u00e9 est ensuite transmis verticalement aux cellules bipolaires et ganglionnaires selon une cha\u00eene de traitement hautement sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce qui singularise le syst\u00e8me photopique au niveau microscopique est son taux de convergence quasi unitaire dans la fov\u00e9ola, r\u00e9gion centrale de la macula lutea. Contrairement aux b\u00e2tonnets, dont des dizaines voire des centaines convergent sur une seule cellule bipolaire et ganglionnaire pour maximiser la sensibilit\u00e9 spatiale au d\u00e9triment de la r\u00e9solution, un c\u00f4ne fov\u00e9olaire est souvent reli\u00e9 de fa\u00e7on individualis\u00e9e (\u00ab circuit midget \u00bb ou nain) \u00e0 une cellule ganglionnaire paravocellulaire d\u00e9di\u00e9e. Cette configuration anatomique pr\u00e9serve la position g\u00e9om\u00e9trique exacte du photon incident, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;observateur une acuit\u00e9 spatiale in\u00e9gal\u00e9e permettant de discriminer des fr\u00e9quences spatiales tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre aspect conceptuel fondamental r\u00e9side dans la constance des couleurs et la discrimination spectrale. La pr\u00e9sence de trois classes de c\u00f4nes affichant des sensibilit\u00e9s spectrales diff\u00e9rentielles \u2013 les c\u00f4nes S (ondes courtes, pic vers 420 nm), les c\u00f4nes M (ondes moyennes, pic vers 530 nm) et les c\u00f4nes L (ondes longues, pic vers 560 nm) \u2013 permet au cerveau d&rsquo;effectuer des calculs d&rsquo;antagonisme chromatique (rouge\/vert et bleu\/jaune). Ces signaux parcourent ensuite les couches parvocellulaires et koniocellulaires du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral jusqu&rsquo;au cortex visuel primaire (V1), o\u00f9 la g\u00e9om\u00e9trie des sc\u00e8nes visuelles et l&rsquo;information chromatique sont redistribu\u00e9es vers les voies ventrales (\u00ab voie du quoi \u00bb) pour la cat\u00e9gorisation conceptuelle.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la vision photopique se caract\u00e9rise par une cin\u00e9tique de r\u00e9cup\u00e9ration particuli\u00e8rement rapide. La machinerie enzymatique de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des photopigments de c\u00f4ne op\u00e8re \u00e0 une \u00e9chelle de temps consid\u00e9rablement plus courte que celle de la rhodopsine des b\u00e2tonnets. Ainsi, sous une illumination constante ou intermittente, les c\u00f4nes \u00e9chappent \u00e0 l&rsquo;inactivation permanente gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation \u00e0 la lumi\u00e8re extr\u00eamement sophistiqu\u00e9s, impliquant une r\u00e9troaction calcique qui r\u00e9ajuste en continu le gain de la cascade de phototransduction.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de la vision diurne et de sa s\u00e9paration fonctionnelle d&rsquo;avec la vision nocturne a d\u00e9but\u00e9 avec les travaux fondateurs du m\u00e9decin et anatomiste allemand Max Schultze au milieu des ann\u00e9es 1860. En examinant la cytoarchitecture r\u00e9tinienne comparative d&rsquo;oiseaux diurnes (comme les faucons) et d&rsquo;animaux nocturnes (comme les chouettes), Schultze a formul\u00e9 la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab th\u00e9orie de la dualit\u00e9 r\u00e9tinienne \u00bb (<em>Duplizit\u00e4tstheorie<\/em>). Il postula pour la premi\u00e8re fois que les b\u00e2tonnets \u00e9taient responsables de la perception en faible intensit\u00e9 lumineuse sans perception des couleurs, tandis que les c\u00f4nes assuraient la vision des d\u00e9tails et des couleurs en pleine lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Au tournant du vingti\u00e8me si\u00e8cle, le physiologiste Johannes von Kries perfectionna cette th\u00e9orie en introduisant rigoureusement les concepts formels de vision photopique et scotopique. Kries d\u00e9montra que l&rsquo;adaptation \u00e0 la lumi\u00e8re modifie qualitativement les propri\u00e9t\u00e9s spectrales de l&rsquo;\u0153il, explicitant ainsi de fa\u00e7on rationnelle le c\u00e9l\u00e8bre ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit des d\u00e9cennies plus t\u00f4t par le physiologiste tch\u00e8que Jan Evangelista Purkinje. L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_Purkinje\">effet Purkinje<\/a> d\u00e9crivait comment le pic de sensibilit\u00e9 lumineuse de l&rsquo;\u0153il humain se d\u00e9place d&rsquo;environ 505 nanom\u00e8tres dans l&rsquo;obscurit\u00e9 vers 555 nanom\u00e8tres en pleine clart\u00e9 diurne.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1930 et 1940, Selig Hecht et ses coll\u00e8gues de l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia ont formalis\u00e9 les bases biophysiques et psychophysiques de la vision photopique. \u00c0 travers des exp\u00e9riences m\u00e9ticuleuses de seuils visuels et d&rsquo;ajustement de contrastes, Hecht a quantifi\u00e9 les limites physiques du syst\u00e8me conique. Quelques d\u00e9cennies plus tard, la confirmation directe de l&rsquo;existence des trois types de c\u00f4nes humains et de leurs spectres d&rsquo;absorption respectifs fut apport\u00e9e par les travaux de microspectrophotom\u00e9trie men\u00e9s par George Wald (laur\u00e9at du prix Nobel en 1967), Paul Brown, ainsi que Marks, Dobelle et MacNichol.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine, le d\u00e9veloppement de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Optique_adaptative\">optique adaptative<\/a> appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ophtalmoscopie r\u00e9tinienne par David Williams et ses collaborateurs dans les ann\u00e9es 1990 a marqu\u00e9 une avanc\u00e9e technologique majeure. Pour la premi\u00e8re fois, il devint possible d&rsquo;imager la mosa\u00efque vivante des c\u00f4nes individuels chez l&rsquo;\u00eatre humain conscient, de cartographier la distribution respective des c\u00f4nes L, M et S sur le plan r\u00e9tinien et de corr\u00e9ler directement cette organisation anatomique avec les r\u00e9ponses perceptives photopiques individuelles.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9difice th\u00e9orique sous-jacent \u00e0 la vision photopique repose en premier lieu sur la th\u00e9orie trichromatique de Young-Helmholtz. \u00c9mise intuitivement par Thomas Young au d\u00e9but du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle puis formalis\u00e9e math\u00e9matiquement par Hermann von Helmholtz, cette th\u00e9orie stipule que la diversit\u00e9 infinie des teintes perceptibles par l&rsquo;\u0153il humain r\u00e9sulte de la synth\u00e8se additive op\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir de trois canaux r\u00e9cepteurs distincts. Dans le cadre de la vision diurne, cette hypoth\u00e8se a \u00e9t\u00e9 pleinement valid\u00e9e au niveau de la membrane des photor\u00e9cepteurs fov\u00e9olaires, chaque type de c\u00f4ne exhibant un spectre d&rsquo;absorption d\u00e9fini par la structure g\u00e9n\u00e9tique de son opsine.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la th\u00e9orie trichromatique ne pouvait expliquer \u00e0 elle seule certains ph\u00e9nom\u00e8nes perceptifs fondamentaux, tels que la persistance des images cons\u00e9cutives n\u00e9gatives ou l&rsquo;impossibilit\u00e9 cognitive de percevoir des m\u00e9langes chromatiques per\u00e7us comme simultan\u00e9ment \u00ab vert-rouge\u00e2tre \u00bb ou \u00ab bleu-jaun\u00e2tre \u00bb. C&rsquo;est ainsi que la th\u00e9orie des processus antagonistes d&rsquo;Ewald Hering est venue compl\u00e9ter les fondations de la vision photopique. Au niveau post-r\u00e9cepteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire au sein des cellules bipolaires, des cellules amacrines et des cellules ganglionnaires de la r\u00e9tine, les sorties des c\u00f4nes sont recompos\u00e9es de mani\u00e8re diff\u00e9rentielle : un axe achromatique de luminance (L + M), un axe chromatique rouge-vert (L &#8211; M) et un axe chromatique bleu-jaune (S &#8211; (L + M)).<\/p>\n<p>Sur le versant psychophysique, la vision photopique ob\u00e9it \u00e0 la loi de Weber-Fechner relative \u00e0 la sensibilit\u00e9 au contraste. Dans ce r\u00e9gime lumineux, le seuil diff\u00e9rentiel de luminance (\u0394I) n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;un observateur d\u00e9tecte une modification d&rsquo;intensit\u00e9 est directement proportionnel \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 du fond lumineux global (I), maintenant le ratio \u0394I \/ I constant sur plusieurs ordres de grandeur d&rsquo;\u00e9clairement. Cette constance de Weber garantit que notre perception des contrastes et de la r\u00e9flectance des objets reste stable que nous soyons expos\u00e9s \u00e0 un apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9 \u00e9clatant ou \u00e0 une journ\u00e9e couverte en sous-bois.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie computationnelle de David Marr a fourni un cadre \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9terminant pour comprendre comment la vision photopique extrait les caract\u00e9ristiques primaires de l&rsquo;espace. Les filtres spatiotemporels de la r\u00e9tine et du cortex visuel primaire, mod\u00e9lisables par des fonctions de type ondelettes de Gabor ou laplaciennes de gaussiennes, effectuent une d\u00e9composition multi-\u00e9chelle de l&rsquo;image diurne, extrayant les contours, les gradients de texture et les disparit\u00e9s st\u00e9r\u00e9oscopiques n\u00e9cessaires \u00e0 la construction d&rsquo;un croquis primitif puis d&rsquo;une repr\u00e9sentation 3D du monde objectif.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La vision photopique n&rsquo;est pas un bloc monolithique, mais un agencement hautement structur\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments anatomiques, physiologiques et fonctionnels interd\u00e9pendants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La mosa\u00efque fov\u00e9olaire des c\u00f4nes :<\/strong> Regroupement ultra-dense d&rsquo;environ 6 millions de c\u00f4nes sur l&rsquo;ensemble de la r\u00e9tine, atteignant une densit\u00e9 maximale d&rsquo;environ 150 000 \u00e0 200 000 c\u00f4nes par millim\u00e8tre carr\u00e9 au centre exact de la fov\u00e9ola, d\u00e9pourvue d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments vasculaires et de b\u00e2tonnets pour \u00e9viter toute diffraction parasitaire de la lumi\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Les sous-types de photor\u00e9cepteurs diurnes :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>C\u00f4nes L (Long-wavelength sensitive) :<\/em> Sensibles pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux longueurs d&rsquo;onde du rouge orang\u00e9 (~564 nm), cod\u00e9s par des g\u00e8nes situ\u00e9s sur le chromosome X.<\/li>\n<li><em>C\u00f4nes M (Medium-wavelength sensitive) :<\/em> Sensibles aux composantes spectrales du vert (~534 nm), \u00e9galement port\u00e9s par le chromosome X et phylog\u00e9n\u00e9tiquement tr\u00e8s proches des c\u00f4nes L.<\/li>\n<li><em>C\u00f4nes S (Short-wavelength sensitive) :<\/em> Sensibles au bleu et au violet (~420 nm), cod\u00e9s par le chromosome 7, plus rares dans la r\u00e9tine (constituant seulement 5 \u00e0 10 % de la mosa\u00efque totale) et absents du centre imm\u00e9diat de la fov\u00e9ola.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La fonction d&rsquo;efficacit\u00e9 lumineuse spectrale photopique V(\u03bb) :<\/strong> Courbe normalis\u00e9e internationalement par la Commission Internationale de l&rsquo;\u00c9clairage (CIE) qui d\u00e9finit la sensibilit\u00e9 relative de l&rsquo;\u0153il humain standard aux diff\u00e9rentes longueurs d&rsquo;onde en plein jour, caract\u00e9ris\u00e9e par un maximum absolu centr\u00e9 \u00e0 555 nanom\u00e8tres.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acuit\u00e9 visuelle et la r\u00e9solution spatiale :<\/strong> Facult\u00e9 d&rsquo;isoler deux points spatiaux distincts dans le champ de vision, atteignant en condition photopique normale des valeurs de 20\/20 (ou 10\/10 en \u00e9chelle d\u00e9cimale), soit un angle de r\u00e9solution minimal d&rsquo;une minute d&rsquo;arc.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9solution temporelle et fr\u00e9quence de fusion du scintillement (FFS) :<\/strong> Capacit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e0 discriminer des stimulations lumineuses oscillantes rapides ; en vision photopique, la fr\u00e9quence critique de fusion peut monter jusqu&rsquo;\u00e0 50 \u00e0 60 Hertz, bien sup\u00e9rieure aux 15 Hertz observ\u00e9s sous le r\u00e9gime des b\u00e2tonnets.<\/li>\n<li><strong>La dynamique d&rsquo;adaptation locale au contraste :<\/strong> R\u00e9troactions inhibitrices lat\u00e9rales orchestr\u00e9es par les cellules horizontales r\u00e9tiniennes qui sous-tendent les bandes de Mach et le renforcement des contours sous haute radiance.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un exemple paradigmatique de l&rsquo;exercice pur de la vision photopique se produit lors de la lecture d&rsquo;un livre imprim\u00e9 en plein jour \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Dans ce contexte, l&rsquo;\u0153il humain exploite la fov\u00e9a centrale pour distinguer les d\u00e9li\u00e9s microscopiques de la typographie noire sur papier blanc. La luminance du fond d\u00e9passe all\u00e8grement les 1 000 cd\/m\u00b2, saturant totalement la rhodopsine des b\u00e2tonnets et mobilisant les c\u00f4nes fov\u00e9olaires pour extraire le contraste spatial \u00e0 haute fr\u00e9quence, sans que la moindre fluctuation ne compromette la fluidit\u00e9 des saccades de fixation oculaire.<\/p>\n<p>Un autre cas concret se manifeste dans la navigation automobile par temps ensoleill\u00e9. Le conducteur s&rsquo;appuie sur la vision photopique pour discriminer instantan\u00e9ment le passage d&rsquo;un feu de signalisation au vert ou au rouge, rep\u00e9rer un pi\u00e9ton v\u00eatu de couleurs sombres traversant une zone de fort ensoleillement et \u00e9valuer la vitesse relative des v\u00e9hicules gr\u00e2ce \u00e0 une fr\u00e9quence de fusion de scintillement \u00e9lev\u00e9e. Si l&rsquo;observateur \u00e9tait soudain priv\u00e9 de vision photopique, sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer la trajectoire et \u00e0 percevoir la signalisation chromatique serait annihil\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;illustration paroxystique de l&rsquo;alt\u00e9ration de ce m\u00e9canisme s&rsquo;observe chez les patients atteints d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Achromatopsie\">achromatopsie<\/a> cong\u00e9nitale compl\u00e8te. Ces individus naissent sans c\u00f4nes fonctionnels sur la r\u00e9tine en raison de mutations g\u00e9n\u00e9tiques affectant les canaux ioniques d\u00e9pendants des nucl\u00e9otides cycliques ou la transducine des c\u00f4nes. Plong\u00e9s dans une ambiance diurne standard, ils \u00e9prouvent une photophobie invalidante majeure (\u00e9blouissement aveuglant permanent) due \u00e0 la saturation de leurs seuls b\u00e2tonnets, une acuit\u00e9 visuelle effondr\u00e9e (souvent plafonn\u00e9e \u00e0 1\/10 ou 1\/20) et une incapacit\u00e9 totale \u00e0 percevoir les couleurs, voyant le monde uniquement en nuances de gris d\u00e9lav\u00e9es.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychophysique<\/h3>\n<p>La quantification et le diagnostic des aptitudes li\u00e9es \u00e0 la vision photopique font appel \u00e0 un \u00e9ventail d&rsquo;instruments psychophysiques, optom\u00e9triques et \u00e9lectrophysiologiques normalis\u00e9s :<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle photopique s&rsquo;effectue commun\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles optom\u00e9triques calibr\u00e9es, telles que l&rsquo;\u00e9chelle ETDRS (<em>Early Treatment Diabetic Retinopathy Study<\/em>) ou les planches de Snellen et de Landolt, administr\u00e9es sous un \u00e9clairage contr\u00f4l\u00e9 compris entre 80 et 160 cd\/m\u00b2. L&rsquo;utilisation d&rsquo;optotypes \u00e0 fort contraste g\u00e9om\u00e9trique standardis\u00e9 permet de mesurer avec exactitude la limite de r\u00e9solution angulaire de la mosa\u00efque des c\u00f4nes fov\u00e9olaires.<\/p>\n<p>La sensibilit\u00e9 au contraste photopique est quantifi\u00e9e au moyen de mires sinuso\u00efdales spatiales de fr\u00e9quences variables, par exemple via le test de Pelli-Robson ou les graphiques de Ginsburg. Ces tests \u00e9valuent la fonction de sensibilit\u00e9 au contraste spatiale (CSF), dessinant une courbe en cloche invers\u00e9e dont le pic chez l&rsquo;humain adulte sous \u00e9clairage photopique se situe autour de 3 \u00e0 5 cycles par degr\u00e9 angulaire.<\/p>\n<p>La perception chromatique diurne est document\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de planches pseudo-isochromatiques standardis\u00e9es (test d&rsquo;Ishihara pour la discrimination de l&rsquo;axe rouge-vert, test de Hardy-Rand-Rittler) et affin\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des tests de rangement ordonn\u00e9 de pastilles color\u00e9es, comme le test Farnsworth-Munsell 100 Hue ou le D-15. Les anomalies cong\u00e9nitales ou acquises de la vision des couleurs (daltonisme, deut\u00e9ranopie, protanopie, tritanopie) sont ainsi rigoureusement identifi\u00e9es selon les axes de confusion spectrale.<\/p>\n<p>Au plan \u00e9lectrophysiologique objectif, l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme (ERG) photopique standardis\u00e9 par l&rsquo;ISCEV (<em>International Society for Clinical Electrophysiology of Vision<\/em>) permet d&rsquo;isoler l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique des c\u00f4nes. Apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;adaptation \u00e0 la lumi\u00e8re vive (fond blanc d&rsquo;au moins 30 cd\/m\u00b2 destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9sensibiliser les b\u00e2tonnets), des flashs lumineux uniques brefs ou des stimulations scintillantes \u00e0 30 Hz sont d\u00e9livr\u00e9s. La r\u00e9ponse oscillatoire \u00e0 30 Hz refl\u00e8te de mani\u00e8re pure et isol\u00e9e l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des c\u00f4nes r\u00e9tiniens, permettant de d\u00e9celer pr\u00e9cocement des dystrophies coniques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives avant m\u00eame l&rsquo;apparition de signes fundoscopiques visibles.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ing\u00e9nierie ergonomique et la conception industrielle s&rsquo;appuient massivement sur les lois de la vision photopique. Dans le domaine des technologies de l&rsquo;affichage num\u00e9rique (\u00e9crans de smartphones, t\u00e9l\u00e9viseurs OLED, moniteurs d&rsquo;ordinateurs, affichages t\u00eate haute dans l&rsquo;a\u00e9ronautique), le dimensionnement des pixels, la calibration colorim\u00e9trique (espaces sRGB, DCI-P3, Rec. 2020) et la luminance maximale sont calcul\u00e9s pour satisfaire la r\u00e9solution spatiale et la trichromie du syst\u00e8me photopique sans g\u00e9n\u00e9rer de fatigue oculaire ni d&rsquo;artefacts d&rsquo;\u00e9blouissement.<\/p>\n<p>En architecture d&rsquo;int\u00e9rieur et en ing\u00e9nierie de l&rsquo;\u00e9clairage public, les m\u00e9triques photom\u00e9triques fondamentales \u2013 telles que le lumen, le lux et le candela \u2013 sont directement calcul\u00e9es en pond\u00e9rant l&rsquo;\u00e9nergie radiom\u00e9trique des sources artificielles par la fonction d&rsquo;efficacit\u00e9 lumineuse spectrale photopique V(\u03bb). Les recommandations de s\u00e9curit\u00e9 au travail imposent des seuils minimaux d&rsquo;\u00e9clairement (g\u00e9n\u00e9ralement 500 lux sur les postes de travail de bureau et jusqu&rsquo;\u00e0 plus de 1 500 lux pour l&rsquo;horlogerie ou la chirurgie d\u00e9licate) afin de garantir que les employ\u00e9s op\u00e8rent pleinement sous un r\u00e9gime photopique d&rsquo;acuit\u00e9 maximale.<\/p>\n<p>En psychologie du sport et dans les sciences du mouvement, l&rsquo;optimisation des performances athl\u00e9tiques d\u00e9pend \u00e9troitement des param\u00e8tres photopiques. Dans des disciplines rapides comme le tennis, le baseball ou le tir \u00e0 la cible, la vivacit\u00e9 des r\u00e9actions motrices d\u00e9pend de la discrimination spatiale et de la vitesse de traitement fov\u00e9olaire. Les lunettes de sport \u00e0 filtration spectrale s\u00e9lective sont sp\u00e9cialement d\u00e9velopp\u00e9es pour rehausser les contrastes photopiques entre la balle et l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur en coupant certaines composantes spectrales diffuses.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine sur la vision photopique croise les m\u00e9thodes de la psychophysique computationnelle, de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) \u00e0 ultra-haut champ et de l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique. Les travaux s\u00e9minaux de psychophysiciens renomm\u00e9s tels que Denis Pelli, Gordon Legge ou John Robson ont mis en \u00e9vidence comment le traitement photopique des contrastes gouverne la cin\u00e9tique de la lecture et la m\u00e9moire de travail visuelle.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en neurosciences cognitives ont approfondi la mani\u00e8re dont l&rsquo;attention s\u00e9lective spatiale module l&rsquo;activit\u00e9 des circuits photopiques d\u00e8s les premiers relais corticaux. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute densit\u00e9 et IRMf que la focalisation volontaire sur un stimulus chromatique diurne induit un gain neuronal substantiel dans les aires visuelles V4 et les zones inf\u00e9rotemporales, amplifiant la saillance per\u00e7ue de la cible tout en r\u00e9primant activement les stimuli distracteurs dans le champ visuel p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Sur le front de la biologie mol\u00e9culaire et de la th\u00e9rapie g\u00e9nique, les \u00e9quipes de recherche clinique m\u00e8nent des essais novateurs visant \u00e0 restaurer la vision photopique chez des patients frapp\u00e9s de dystrophies r\u00e9tiniennes h\u00e9r\u00e9ditaires, telles que l&rsquo;amaurose cong\u00e9nitale de Leber ou la r\u00e9tinite pigmentaire. Les vecteurs viraux ad\u00e9no-associ\u00e9s (AAV) transportant des g\u00e8nes sains codant pour les opsines des c\u00f4nes ou des pompes optog\u00e9n\u00e9tiques ont permis, dans des mod\u00e8les murins et non-humains puis lors des premiers essais cliniques humains, de restaurer une sensibilit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re et une capacit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire de discrimination fov\u00e9olaire sous haute intensit\u00e9 lumineuse.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Si les caract\u00e9ristiques photochimiques des c\u00f4nes r\u00e9tiniens sont universelles au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;interpr\u00e9tation perceptive, linguistique et cognitive des donn\u00e9es fournies par la vision photopique est fa\u00e7onn\u00e9e par les contextes culturels et environnementaux. L&rsquo;anthropologie cognitive et la psycholinguistique ont largement document\u00e9 le d\u00e9bat entourant l&rsquo;hypoth\u00e8se de Sapir-Whorf appliqu\u00e9e \u00e0 la cat\u00e9gorisation des couleurs per\u00e7ues en plein jour.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res de Brent Berlin et Paul Kay en 1969 ont \u00e9tabli qu&rsquo;il existe une hi\u00e9rarchie \u00e9volutive interculturelle dans l&rsquo;apparition des termes chromatiques de base au sein des langues humaines, sugg\u00e9rant que le syst\u00e8me visuel photopique impose des contraintes universelles \u00e0 la mani\u00e8re dont les soci\u00e9t\u00e9s humaines segmentent le spectre solaire. Toutefois, des recherches empiriques contemporaines, notamment sur des populations autochtones comme les Berinmo de Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e ou les Himba de Namibie, ont montr\u00e9 que les fronti\u00e8res linguistiques attribu\u00e9es aux couleurs influencent directement la vitesse de discrimination perceptive lors de tests psychophysiques photopiques de temps de r\u00e9action.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les modes de vie modernes industrialis\u00e9s ont introduit un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel et sanitaire in\u00e9dit : la transition de la majorit\u00e9 du temps diurne vers des espaces int\u00e9rieurs sous \u00e9clairage artificiel de niveau souvent suboptimal. Ce d\u00e9ficit d&rsquo;exposition \u00e0 la lumi\u00e8re naturelle du jour sous r\u00e9gime photopique intense (plus de 10 000 lux en ext\u00e9rieur contre \u00e0 peine 300 \u00e0 500 lux en int\u00e9rieur) est aujourd&rsquo;hui identifi\u00e9 par les \u00e9pid\u00e9miologistes comme l&rsquo;un des moteurs pr\u00e9pond\u00e9rants de l&rsquo;explosion mondiale de la myopie chez les enfants et les jeunes adultes, un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement massif dans les zones m\u00e9tropolitaines d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des discussions th\u00e9oriques les plus persistantes dans la science de la vision concerne les fronti\u00e8res exactes d\u00e9limitant la vision photopique des r\u00e9gimes voisins, en particulier la vision m\u00e9sopique. Le mod\u00e8le classique postule une dichotomie stricte c\u00f4nes\/b\u00e2tonnets h\u00e9rit\u00e9e de la th\u00e9orie de la dualit\u00e9 de Schultze. Or, dans les zones de transition lumineuse (entre environ 0,01 et 10 cd\/m\u00b2), les c\u00f4nes et les b\u00e2tonnets interagissent de mani\u00e8re dynamique par le biais de couplages \u00e9lectriques directs (jonctions communicantes) et d&rsquo;inhibitions synaptiques complexes.<\/p>\n<p>Certains th\u00e9oriciens soulignent que consid\u00e9rer la vision photopique comme un domaine de fonctionnement strictement ind\u00e9pendant des b\u00e2tonnets constitue une simplification \u00e9cologique excessive. Des donn\u00e9es empiriques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les signaux issus des b\u00e2tonnets peuvent subsister et influencer la perception des contrastes et du mouvement \u00e0 des luminances traditionnellement class\u00e9es comme basses-photopiques, brouillant la fronti\u00e8re nette \u00e9tablie par les normes photom\u00e9triques de la CIE.<\/p>\n<p>Une autre limite conceptuelle majeure r\u00e9side dans l&rsquo;utilisation exclusive de la fonction d&rsquo;efficacit\u00e9 spectrale photopique V(\u03bb) standard pour calibrer l&rsquo;\u00e9clairage humain. D\u00e9finie \u00e0 l&rsquo;origine en 1924 sur la base d&rsquo;un petit \u00e9chantillon d&rsquo;observateurs fov\u00e9olaires, V(\u03bb) sous-estime notoirement la sensibilit\u00e9 visuelle aux courtes longueurs d&rsquo;onde (bleu). De surcro\u00eet, la d\u00e9couverte r\u00e9cente des cellules ganglionnaires r\u00e9tiniennes intrins\u00e8quement photosensibles (ipRGCs) contenant de la m\u00e9lanopsine \u2013 dont le pic d&rsquo;absorption se situe autour de 480 nm \u2013 a boulevers\u00e9 la vision diurne. Ces r\u00e9cepteurs non-visuels mesurent l&rsquo;irradiance globale en plein jour pour synchroniser l&rsquo;horloge circadienne et moduler le diam\u00e8tre pupillaire, prouvant que la vision diurne ne se limite pas \u00e0 la simple analyse perceptive m\u00e9di\u00e9e par les trois c\u00f4nes classiques.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la vision photopique avec exactitude conceptuelle, il convient de la situer face aux notions physiologiques et psychophysiques contigu\u00ebs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Vision scotopique :<\/strong> R\u00e9gime visuel de basse luminance (inf\u00e9rieure \u00e0 10\u207b\u00b3 cd\/m\u00b2), op\u00e9r\u00e9 exclusivement par les b\u00e2tonnets, d\u00e9pourvu de perception chromatique, avec une acuit\u00e9 visuelle tr\u00e8s faible et un scotome physiologique fov\u00e9olaire central.<\/li>\n<li><strong>Vision m\u00e9sopique :<\/strong> R\u00e9gime interm\u00e9diaire de transition cr\u00e9pusculaire (de 10\u207b\u00b3 \u00e0 environ 3 \u00e0 10 cd\/m\u00b2), o\u00f9 les c\u00f4nes et les b\u00e2tonnets coop\u00e8rent simultan\u00e9ment, caract\u00e9ris\u00e9 par un compromis instable entre sensibilit\u00e9 globale et acuit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Acuit\u00e9 fov\u00e9ale :<\/strong> Capacit\u00e9 spatiale de discrimination des d\u00e9tails fins port\u00e9e par le centre de la macula ; bien qu&rsquo;elle atteigne son apog\u00e9e en vision photopique, l&rsquo;acuit\u00e9 fov\u00e9ale n&rsquo;en repr\u00e9sente que la facette g\u00e9om\u00e9trique et non l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du traitement contextuel.<\/li>\n<li><strong>Adaptation \u00e0 la lumi\u00e8re :<\/strong> Ensemble des ajustements physiologiques (constriction pupillaire, appauvrissement des pigments, d\u00e9sensibilisation biochimique) permettant \u00e0 l&rsquo;\u0153il d&rsquo;entrer en mode photopique apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Effet Purkinje :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;alt\u00e9ration de la brillance relative des teintes lors du passage du mode photopique au mode scotopique, d\u00e9pla\u00e7ant la clart\u00e9 per\u00e7ue des rouges vers les bleus.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la vision photopique incarne le m\u00e9canisme central par lequel l&rsquo;organisme conscient interagit avec le monde visuel sous un \u00e9clairage mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 intense. Elle se structure autour des principes directeurs suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est sous-tendue de fa\u00e7on pr\u00e9dominante ou exclusive par les c\u00f4nes photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens (S, M et L), tandis que le syst\u00e8me des b\u00e2tonnets est satur\u00e9.<\/li>\n<li>Elle offre une acuit\u00e9 visuelle maximale et une discrimination des fr\u00e9quences spatiales fines, culminant dans la fov\u00e9ola gr\u00e2ce \u00e0 une connectivit\u00e9 ganglionnaire d\u00e9di\u00e9e \u00e0 convergence quasi unitaire.<\/li>\n<li>Elle rend possible la vision trichromatique des couleurs et la constance chromatique par le biais de cascades de calculs antagonistes r\u00e9tino-corticales.<\/li>\n<li>Sa sensibilit\u00e9 spectrale globale est formalis\u00e9e par la fonction CIE V(\u03bb), pr\u00e9sentant un pic d&rsquo;efficacit\u00e9 lumineuse \u00e0 555 nanom\u00e8tres en milieu de spectre.<\/li>\n<li>Elle affiche une cin\u00e9tique temporelle rapide avec une fr\u00e9quence critique de fusion du scintillement \u00e9lev\u00e9e (jusqu&rsquo;\u00e0 60 Hz), permettant le guidage d&rsquo;actions motrices v\u00e9loces et la lecture fluide.<\/li>\n<li>Son int\u00e9grit\u00e9 est cruciale pour l&rsquo;autonomie quotidienne, la sant\u00e9 publique, l&rsquo;ing\u00e9nierie contemporaine de l&rsquo;affichage et l&rsquo;agencement ergonomique des espaces de vie humains.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Commission Internationale de l&rsquo;\u00c9clairage. (2018). <em>CIE standard photopic and scotopic spectral luminous efficiency functions<\/em> (CIE S 010\/E:2004). CIE Central Bureau.<\/li>\n<li>Hecht, S. (1937). Rods, cones, and the chemical basis of vision. <em>Physiological Reviews<\/em>, 17(2), 239-290. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.1937.17.2.239\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.1937.17.2.239<\/a><\/li>\n<li>Marr, D. (1982). <em>Vision: A computational investigation into the human representation and processing of visual information<\/em>. W. H. Freeman and Company.<\/li>\n<li>Purkinje, J. E. (1825). <em>Beobachtungen und Versuche zur Physiologie der Sinne<\/em> (Vol. 2). Rehm.<\/li>\n<li>Wandell, B. A. (1995). <em>Foundations of vision<\/em>. Sinauer Associates.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vision photopique d\u00e9signe le mode de perception visuelle en conditions diurnes ou de haute luminosit\u00e9, orchestr\u00e9 par les c\u00f4nes r\u00e9tiniens et assurant une acuit\u00e9 spatiale maximale ainsi qu&rsquo;une discrimination fine des couleurs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,647,31934],"tags":[31753,31935,35112,33989,1127,43764,33491],"class_list":["post-26038","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-psychologie-cognitive","category-sensation-et-perception","tag-acuite-visuelle","tag-cones-retiniens","tag-neurosciences-de-la-vision","tag-perception-des-couleurs","tag-psychophysique","tag-vision-diurne","tag-vision-photopique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26038","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26038\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26038"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26038"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}