{"id":26034,"date":"2026-11-08T22:56:12","date_gmt":"2026-11-08T22:56:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hopital-de-jour-psychiatrie"},"modified":"2026-11-08T22:56:12","modified_gmt":"2026-11-08T22:56:12","slug":"hopital-de-jour-psychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hopital-de-jour-psychiatrie","title":{"rendered":"H\u00f4pital de jour : Soigner sans couper du monde"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;av\u00e8nement des structures de soins ambulatoires et interm\u00e9diaires a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 le paradigme psychiatrique contemporain, favorisant le d\u00e9senclavement de l&rsquo;asile traditionnel au profit d&rsquo;une \u00e9cologie relationnelle continue. L&rsquo;h\u00f4pital de jour constitue le pivot central de cette r\u00e9volution d\u00e9sinstitutionnalisante, incarnant un espace th\u00e9rapeutique singulier o\u00f9 l&rsquo;intensit\u00e9 des soins s&rsquo;articule harmonieusement avec le maintien de l&rsquo;ancrage communautaire et familial de la personne suivie. En offrant un cadre soignant rigoureusement structur\u00e9 durant la journ\u00e9e tout en pr\u00e9servant le retour au domicile le soir et le week-end, ce dispositif red\u00e9finit l&rsquo;espace-temps de la cure psychiatrique moderne.<\/p>\n<h2>H\u00f4pital de jour<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>h\u00f4pital de jour<\/strong> est une structure de soins psychiatriques et m\u00e9dico-psychologiques extra-hospitali\u00e8re ou rattach\u00e9e \u00e0 un centre hospitalier, dispensant des soins polyvalents, intensifs et individualis\u00e9s durant la journ\u00e9e, sans h\u00e9bergement nocturne. Il s&rsquo;adresse \u00e0 des personnes pr\u00e9sentant des troubles psychiatriques ou psychologiques invalidants dont l&rsquo;\u00e9tat clinique ne justifie pas une hospitalisation \u00e0 temps plein, mais pour lesquelles un suivi ambulatoire en consultation externe s&rsquo;av\u00e8re insuffisant. Cette modalit\u00e9 d&rsquo;hospitalisation partielle vise \u00e0 stabiliser les sympt\u00f4mes cliniques, pr\u00e9venir les rechutes aigu\u00ebs, restaurer les capacit\u00e9s fonctionnelles et promouvoir la r\u00e9habilitation psychosociale au sein du milieu de vie habituel du patient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;h\u00f4pital de jour fonctionne comme un appareil de soin m\u00e9diatis\u00e9 et interm\u00e9diaire, op\u00e9rant une transition fluide entre l&rsquo;hospitalisation continue et le milieu de vie autonome. Il propose un programme th\u00e9rapeutique personnalis\u00e9 articulant des entretiens m\u00e9dicaux et infirmiers r\u00e9guliers, des ateliers th\u00e9rapeutiques \u00e0 m\u00e9diation artistique, corporelle ou cognitive, des interventions de r\u00e9habilitation sociale et des prises en charge de groupe. Cette structure institutionnelle offre ainsi une enveloppe contenante capable d&rsquo;accueillir la souffrance psychique sans rompre les attaches environnementales, familiales et socioprofessionnelles indispensables au r\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;institution combine l&rsquo;action chimioth\u00e9rapeutique et la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, cr\u00e9ant un espace de socialisation o\u00f9 la vie quotidienne partag\u00e9e \u2014 notamment les repas th\u00e9rapeutiques et les temps informels \u2014 constitue un levier soignant \u00e0 part enti\u00e8re. En \u00e9vitant l&rsquo;\u00e9cueil de la r\u00e9gression asilaire et les effets iatrog\u00e8nes de l&rsquo;enfermement, l&rsquo;h\u00f4pital de jour favorise l&rsquo;agentivit\u00e9 du sujet, son autonomisation progressive et la co-construction de son projet de vie au sein de la cit\u00e9.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab h\u00f4pital de jour \u00bb est un calque structural associant le substantif \u00ab h\u00f4pital \u00bb et le syntagme pr\u00e9positionnel \u00ab de jour \u00bb. Le mot \u00ab h\u00f4pital \u00bb proc\u00e8de du latin classique <em>hospitale<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 neutre de l&rsquo;adjectif <em>hospitalis<\/em>, lui-m\u00eame issu de <em>hospes<\/em>, signifiant indiff\u00e9remment \u00ab l&rsquo;h\u00f4te \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire tant celui qui re\u00e7oit que celui qui est re\u00e7u. Historiquement, l&rsquo;<em>hospitale<\/em> d\u00e9signait le lieu r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accueil des p\u00e8lerins, des d\u00e9munis et des malades, avant de se restreindre, \u00e0 partir du Moyen \u00c2ge tardif et de l&rsquo;\u00e2ge classique, \u00e0 un \u00e9tablissement strictement d\u00e9volu au diagnostic et au traitement m\u00e9dicalis\u00e9 des pathologies.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjonction de la modalit\u00e9 temporelle \u00ab de jour \u00bb formalise la rupture avec l&rsquo;h\u00e9bergement continu qui d\u00e9finissait traditionnellement l&rsquo;essence asilaire. Dans le domaine anglophone, la notion \u00e9merge sous les appellations <em>day hospital<\/em> et <em>partial hospitalization<\/em>. Le concept de <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Partial_hospitalization\">partial hospitalization<\/a> s&rsquo;est institutionnalis\u00e9 au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle pour distinguer cette organisation novatrice de l&rsquo;<em>inpatient care<\/em> (hospitalisation compl\u00e8te avec nuit\u00e9e) et de l&rsquo;<em>outpatient care<\/em> (consultation purement ambulatoire). En fran\u00e7ais, l&rsquo;expression s&rsquo;est impos\u00e9e d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1950 pour d\u00e9signer ces espaces de soins diurnes, traduisant le passage d&rsquo;une psychiatrie d&rsquo;enfermement spatial \u00e0 une clinique de la temporalit\u00e9 rythm\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab h\u00f4pital de jour \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/o.pi.tal d\u0259 \u0292u\u0281\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier. Son pluriel r\u00e9gulier s&rsquo;orthographie \u00ab h\u00f4pitaux de jour \u00bb (\/o.pi.to d\u0259 \u0292u\u0281\/). Les abr\u00e9viations institutionnelles et professionnelles couramment employ\u00e9es dans le secteur sanitaire francophone sont \u00ab HDJ \u00bb ou \u00ab Hdj \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le terme est employ\u00e9 comme nom commun ou locution nominale d\u00e9signant \u00e0 la fois l&rsquo;entit\u00e9 architecturale et organisationnelle (\u00ab \u00eatre admis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de jour \u00bb) et la modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique ou le r\u00e9gime administratif de prise en charge (\u00ab b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un suivi en h\u00f4pital de jour \u00bb). On retrouve \u00e9galement les d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux \u00ab hospitalier de jour \u00bb dans certaines publications sociologiques et de sant\u00e9 publique pour caract\u00e9riser les dispositifs et le personnel rattach\u00e9s \u00e0 cette forme d&rsquo;organisation.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital de jour repose sur une articulation conceptuelle novatrice entre permanence soignante et discontinuit\u00e9 \u00e9cologique. Contrairement \u00e0 l&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te qui extrait l&rsquo;individu de son contexte d&rsquo;existence habituel au risque de provoquer une d\u00e9sinsertion sociale majeure et un syndrome d&rsquo;institutionnalisme, l&rsquo;h\u00f4pital de jour pr\u00e9serve la confrontation quotidienne au monde r\u00e9el. Le patient fr\u00e9quente la structure selon un planning hebdomadaire sur mesure \u2014 variant d&rsquo;une demi-journ\u00e9e \u00e0 plusieurs journ\u00e9es enti\u00e8res par semaine \u2014 tout en r\u00e9int\u00e9grant chaque soir son foyer personnel ou familial. Cette perm\u00e9abilit\u00e9 permanente entre le dedans institutionnel et le dehors social permet de travailler cliniquement les difficult\u00e9s relationnelles, angoisses et sympt\u00f4mes au moment m\u00eame o\u00f9 ils \u00e9mergent dans la vie quotidienne du sujet.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychopathologique et psychodynamique, l&rsquo;h\u00f4pital de jour agit comme un tiers m\u00e9diateur et une \u00ab enveloppe psychique \u00bb transitionnelle. Selon les principes issus de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, les murs, les horaires, les professionnels de diverses disciplines et les activit\u00e9s th\u00e9rapeutiques forment une matrice soignante collective. Ce cadre institutionnel suffisamment s\u00e9cure et structurant permet aux patients souffrant de d\u00e9compensations psychotiques, de troubles de l&rsquo;humeur s\u00e9v\u00e8res ou d&rsquo;\u00e9tats limites majeurs d&rsquo;exp\u00e9rimenter des investissements objectaux diversifi\u00e9s sans \u00eatre submerg\u00e9s par une relation duelle transf\u00e9rentielle trop anxiog\u00e8ne. La multiplicit\u00e9 des soignants et des ateliers offre un \u00e9tayage o\u00f9 les angoisses de morcellement ou de vide peuvent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9es, partag\u00e9es et m\u00e9tabolis\u00e9es.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, dans une perspective cognitivo-comportementale et psychosociale contemporaine, l&rsquo;h\u00f4pital de jour constitue un laboratoire d&rsquo;entra\u00eenement des comp\u00e9tences psychosociales et de r\u00e9habilitation cognitive en situation semi-\u00e9cologique. Le cadre offre une opportunit\u00e9 quotidienne de tester de nouveaux comportements, de travailler la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, de restructurer les routines de vie d\u00e9grad\u00e9es par la maladie et de d\u00e9velopper la m\u00e9tacognition au travers d&rsquo;ateliers cibl\u00e9s. La pr\u00e9sence d&rsquo;un collectif de pairs favorise l&rsquo;identification mutuelle, diminue le sentiment d&rsquo;isolement et de stigmatisation, et r\u00e9active le sentiment d&rsquo;appartenance sociale.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;h\u00f4pital de jour joue un r\u00f4le \u00e9minemment pr\u00e9ventif et r\u00e9gulateur au sein des r\u00e9seaux de sant\u00e9 mentale. Il permet d&rsquo;\u00e9courter significativement les s\u00e9jours en hospitalisation compl\u00e8te en servant de sas de consolidation post-crise, r\u00e9duisant le traumatisme de la sortie brutale. \u00c0 l&rsquo;inverse, il fonctionne comme un dispositif d&rsquo;interception pr\u00e9coce : d\u00e8s l&rsquo;apparition de prodromes de rechute observ\u00e9s lors des consultations ambulatoires, l&rsquo;intensification temporaire de la fr\u00e9quentation de l&rsquo;h\u00f4pital de jour permet bien souvent d&rsquo;\u00e9viter une r\u00e9hospitalisation compl\u00e8te contrainte ou d\u00e9stabilisatrice.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se de l&rsquo;h\u00f4pital de jour est intimement li\u00e9e au vaste mouvement de d\u00e9sinstitutionalisation psychiatrique qui a \u00e9merg\u00e9 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, nourri par la prise de conscience des d\u00e9rives asilaires et le d\u00e9sir de d\u00e9mocratiser le soin psychique. La premi\u00e8re exp\u00e9rience document\u00e9e d&rsquo;accueil psychiatrique de jour remonte aux ann\u00e9es 1930 en Union sovi\u00e9tique. En 1933, face \u00e0 une p\u00e9nurie aigu\u00eb de lits hospitaliers \u00e0 Moscou, le psychiatre M. A. Dzhagarov organise au sein de l&rsquo;h\u00f4pital Bekhterev une unit\u00e9 de jour pour les patients convalescents. Cette initiative pragmatique d\u00e9montre de mani\u00e8re inattendue que le maintien partiel dans le milieu de vie acc\u00e9l\u00e8re la r\u00e9habilitation clinique tout en pr\u00e9servant le lien social.<\/p>\n<p>Dans le monde anglo-saxon, l&rsquo;impulsion d\u00e9cisive est donn\u00e9e par le psychiatre d&rsquo;origine britannique D. Ewen Cameron \u00e0 l&rsquo;Allan Memorial Institute de Montr\u00e9al en 1946. Cameron th\u00e9orise la <em>day hospital unit<\/em> comme un dispositif th\u00e9rapeutique \u00e0 part enti\u00e8re capable de traiter des pathologies aigu\u00ebs sans rupture avec l&rsquo;environnement communautaire. Simultan\u00e9ment, au Royaume-Uni, Joshua Bierer d\u00e9veloppe l&rsquo;Institut de psychiatrie sociale et fonde le <em>Marlborough Day Hospital<\/em> \u00e0 Londres en 1948, articulant la cure de jour avec les principes de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique et de la socioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;h\u00f4pital de jour s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la psychiatrie de secteur instaur\u00e9e officiellement par la circulaire minist\u00e9rielle fondatrice du 15 mars 1960. Inspir\u00e9s par les th\u00e9ories de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie_institutionnelle\">psychoth\u00e9rapie institutionnelle<\/a> d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 Saint-Alban par Fran\u00e7ois Tosquelles, Jean Oury et Frantz Fanon, les psychiatres fran\u00e7ais con\u00e7oivent l&rsquo;h\u00f4pital de jour non pas comme une simple modalit\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie budg\u00e9taire ou un dispensaire am\u00e9lior\u00e9, mais comme un instrument politique et clinique destin\u00e9 \u00e0 soigner l&rsquo;institution elle-m\u00eame pour soigner les malades. D\u00e8s 1958, le XIIIe arrondissement de Paris, sous la houlette de Serge Lebovici, Philippe Paumelle et Ren\u00e9 Diatkine, \u00e9rige l&rsquo;h\u00f4pital de jour en pilier du traitement extra-hospitalier, applicable aussi bien aux adultes qu&rsquo;aux enfants pr\u00e9sentant des troubles envahissants du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1980 et 1990, avec l&rsquo;av\u00e8nement du mod\u00e8le du r\u00e9tablissement (<em>recovery<\/em>) venu des pays anglo-saxons et le d\u00e9veloppement des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales, les h\u00f4pitaux de jour ont progressivement fait \u00e9voluer leurs pratiques. D&rsquo;un mod\u00e8le originellement centr\u00e9 sur l&rsquo;occupationnel et l&rsquo;analyse institutionnelle, ils ont int\u00e9gr\u00e9 des approches structur\u00e9es de rem\u00e9diation cognitive, de psycho\u00e9ducation familiale et d&rsquo;entra\u00eenement aux habilet\u00e9s sociales, consolidant ainsi leur statut de plateforme int\u00e9gr\u00e9e de r\u00e9habilitation psychosociale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le fonctionnement de l&rsquo;h\u00f4pital de jour prend appui sur un carrefour de mod\u00e8les \u00e9pist\u00e9mologiques et th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<p>Le premier ancrage rel\u00e8ve de la <strong>th\u00e9orie psychodynamique et de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle<\/strong>. Dans cette perspective, l&rsquo;institution hospitali\u00e8re de jour fonctionne comme un substitut du Moi d\u00e9faillant. Elle offre un \u00ab holding \u00bb et un \u00ab handling \u00bb (au sens de Donald Winnicott) collectifs. Les m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques (peinture, modelage, \u00e9criture, th\u00e9\u00e2tre) agissent comme des espaces transitionnels permettant au sujet de projeter, figurer et symboliser ses conflits internes inconscients sans affronter la terreur d&rsquo;une relation duelle intol\u00e9rable. L&rsquo;agencement institutionnel pr\u00e9vient le clivage en assurant des r\u00e9unions de synth\u00e8se pluridisciplinaires o\u00f9 la parole de chaque membre de l&rsquo;\u00e9quipe concourt \u00e0 rassembler les morceaux \u00e9pars de la psych\u00e9 du patient.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre conceptuel est issu de la <strong>th\u00e9orie des syst\u00e8mes et de la psychologie \u00e9cologique<\/strong>, inspir\u00e9e notamment par Urie Bronfenbrenner. L&rsquo;individu n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9 isol\u00e9ment, mais en constante interaction avec ses microsyst\u00e8mes (famille, pairs) et son m\u00e9sosyst\u00e8me. L&rsquo;h\u00f4pital de jour intervient comme un microsyst\u00e8me soignant qui ne d\u00e9truit pas les autres syst\u00e8mes d&rsquo;appartenance de l&rsquo;individu. Il permet de traiter les dysfonctionnements relationnels de mani\u00e8re dynamique, en servant de caisse de r\u00e9sonance aux tensions familiales et sociales pour mieux les r\u00e9\u00e9laborer en milieu prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement repose sur le <strong>mod\u00e8le bio-psycho-social<\/strong> propos\u00e9 par George L. Engel et d\u00e9velopp\u00e9 par la psychiatrie communautaire. Ce cadre postule que l&rsquo;\u00e9tiologie et l&rsquo;\u00e9volution des troubles psychiques r\u00e9sultent de l&rsquo;imbrication indissociable de facteurs neurobiologiques, de m\u00e9canismes cognitifs et \u00e9motionnels, et de d\u00e9terminants socio-environnementaux. L&rsquo;h\u00f4pital de jour applique ce mod\u00e8le de mani\u00e8re holistique : il garantit l&rsquo;observance et l&rsquo;ajustement pharmacologique pr\u00e9cis, prodigue des interventions psychoth\u00e9rapeutiques individualis\u00e9es et assure un \u00e9tayage social concret en vue de la r\u00e9insertion dans la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>mod\u00e8le du r\u00e9tablissement (Recovery Model)<\/strong> et de l&rsquo;<em>empowerment<\/em> oriente les pratiques contemporaines. Il consid\u00e8re que le r\u00e9tablissement ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la r\u00e9mission symptomatique clinique, mais correspond \u00e0 la construction d&rsquo;une vie pleine de sens, d&rsquo;espoir et d&rsquo;autonomie malgr\u00e9 la persistance d&rsquo;\u00e9ventuelles vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychiques. L&rsquo;h\u00f4pital de jour devient d\u00e8s lors un tremplin destin\u00e9 \u00e0 restituer au patient son statut d&rsquo;acteur central de son projet th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La structuration d&rsquo;un h\u00f4pital de jour repose sur plusieurs dimensions fonctionnelles, programmatiques et organisationnelles rigoureuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire coordonn\u00e9e :<\/strong> Elle rassemble sous une autorit\u00e9 m\u00e9dicale commune des psychiatres, des infirmiers dipl\u00f4m\u00e9s d&rsquo;\u00c9tat, des psychologues cliniciens, des ergoth\u00e9rapeutes, des psychomotriciens, des assistants de service social, des \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s et, de plus en plus fr\u00e9quemment, des m\u00e9diateurs de sant\u00e9 pairs. Cette compl\u00e9mentarit\u00e9 permet d&rsquo;\u00e9valuer le patient sous toutes ses dimensions cliniques, corporelles, relationnelles et administratives.<\/li>\n<li><strong>Les ateliers th\u00e9rapeutiques \u00e0 m\u00e9diation :<\/strong> Dispositifs cardinaux de la cure diurne, ils mobilisent des vecteurs expressifs vari\u00e9s (art-th\u00e9rapie, musicoth\u00e9rapie, \u00e9criture, conte), corporels (relaxation psycho-corporelle, baln\u00e9oth\u00e9rapie, gymnastique douce) ou pragmatiques (ateliers cuisine, jardinage, bricolage) afin de restaurer le lien affectif, la motricit\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9 et les capacit\u00e9s ex\u00e9cutives.<\/li>\n<li><strong>Les programmes de rem\u00e9diation cognitive et d&rsquo;entra\u00eenement psychosocial :<\/strong> Modules formalis\u00e9s et standardis\u00e9s ciblant des fonctions neuropsychologiques d\u00e9ficitaires (attention, m\u00e9moire de travail, fonctions ex\u00e9cutives) ou la cognition sociale (reconnaissance des \u00e9motions faciales, th\u00e9orie de l&rsquo;esprit), indispensables au fonctionnement autonome.<\/li>\n<li><strong>La psycho\u00e9ducation individuelle et groupale :<\/strong> S\u00e9ances d&rsquo;apprentissage interactif visant \u00e0 transmettre au patient et \u00e0 sa famille une compr\u00e9hension fine de la pathologie, des signes avant-coureurs de d\u00e9compensation, des effets des traitements m\u00e9dicamenteux et des strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation (coping) adapt\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Les temps informels et la vie quotidienne :<\/strong> Moments ritualis\u00e9s structurant la journ\u00e9e (accueil du matin, caf\u00e9 d&rsquo;ouverture, repas th\u00e9rapeutique du midi, r\u00e9union de fin de journ\u00e9e), consid\u00e9r\u00e9s comme des espaces d&rsquo;observation clinique directe et d&rsquo;exp\u00e9rimentation relationnelle spontan\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Les typologies sp\u00e9cialis\u00e9es :<\/strong> On distingue les h\u00f4pitaux de jour pour adultes souffrant de troubles psychiatriques chroniques ou subaigus, les h\u00f4pitaux de jour infanto-juv\u00e9niles (p\u00e9dopsychiatrie) d\u00e9di\u00e9s aux troubles du neurod\u00e9veloppement et troubles de l&rsquo;attachement, les h\u00f4pitaux de jour de g\u00e9rontopsychiatrie pour les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et d\u00e9pressions de la personne \u00e2g\u00e9e, et les unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es dans les troubles des conduites alimentaires (TCA) ou l&rsquo;addictologie.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations pratiques<\/h3>\n<p>Pour mieux comprendre l&rsquo;impact d&rsquo;une prise en charge en h\u00f4pital de jour, consid\u00e9rons le cas de Julien, un jeune homme de 24 ans diagnostiqu\u00e9 d&rsquo;un premier \u00e9pisode de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a>. Apr\u00e8s une hospitalisation compl\u00e8te de six semaines ayant permis d&rsquo;att\u00e9nuer les id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution et l&rsquo;angoisse massive sous traitement antipsychotique, Julien pr\u00e9sente un repli apathique majeur, des d\u00e9ficits attentionnels r\u00e9siduels et une incapacit\u00e9 \u00e0 reprendre ses \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur. Son retour brutal au domicile parental g\u00e9n\u00e8re de vives angoisses chez ses proches et une prostration au lit. Une admission en h\u00f4pital de jour \u00e0 raison de trois jours par semaine est d\u00e9cid\u00e9e. Au sein de la structure, Julien int\u00e8gre un atelier d&rsquo;\u00e9criture et participe au repas th\u00e9rapeutique hebdomadaire. Progressivement, l&rsquo;\u00e9tayage bienveillant des soignants et la rencontre de pairs stabilisent son anxi\u00e9t\u00e9 sociale. Deux mois plus tard, il commence un module d&rsquo;entra\u00eenement des fonctions cognitives et de rem\u00e9diation sociale. Cette dynamique combin\u00e9e permet \u00e0 Julien de r\u00e9organiser son rythme de sommeil, de s&rsquo;approprier son traitement et d&rsquo;\u00e9laborer, avec l&rsquo;assistante sociale, un am\u00e9nagement pour une reprise universitaire partielle, \u00e9vitant ainsi le pi\u00e8ge de la r\u00e9hospitalisation compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Une seconde illustration concerne Fran\u00e7oise, 52 ans, souffrant d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur r\u00e9sistant dans le cadre d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_bipolaire\">trouble bipolaire<\/a> de type II. Isol\u00e9e \u00e0 la suite d&rsquo;un divorce et en arr\u00eat de travail prolong\u00e9, Fran\u00e7oise est submerg\u00e9e par un ralentissement psychomoteur s\u00e9v\u00e8re, une anesth\u00e9sie affective et des ruminations d&rsquo;incurabilit\u00e9, sans toutefois pr\u00e9senter d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments suicidaires aigus n\u00e9cessitant un internement ferm\u00e9. Elle est orient\u00e9e vers un h\u00f4pital de jour g\u00e9riatrico-adulte pour un accueil de quatre demi-journ\u00e9es par semaine. Le cadre institutionnel lui procure une armature quotidienne externalis\u00e9e qui pallie sa perte totale d&rsquo;\u00e9lan vital. Fran\u00e7oise s&rsquo;engage dans un groupe de psychomotricit\u00e9 et un atelier de photolangage qui l&rsquo;aident \u00e0 relancer l&rsquo;expression de son v\u00e9cu d\u00e9pressif sans subir la stigmatisation d&rsquo;une coupure avec ses enfants. Les r\u00e9ajustements progressifs de sa thymor\u00e9gulation par le psychiatre de l&rsquo;unit\u00e9, combin\u00e9s aux ateliers de psycho\u00e9ducation sur le trouble bipolaire, permettent une r\u00e9mission clinique consolid\u00e9e et la mise en place d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9volat associatif structurant son quotidien.<\/p>\n<h3>9. Mesure, diagnostic et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;indication d&rsquo;admission en h\u00f4pital de jour ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une simple entit\u00e9 diagnostique cat\u00e9gorielle inscrite au DSM-5 ou \u00e0 la CIM-11, mais d&rsquo;une rigoureuse \u00e9valuation multidimensionnelle fonctionnelle, psychopathologique et contextuelle. L&rsquo;indication repose sur l&rsquo;existence d&rsquo;une pathologie psychiatrique s\u00e9v\u00e8re requ\u00e9rant des soins intensifs et multiprofessionnels, associ\u00e9e \u00e0 un environnement personnel suffisant pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 du patient durant la nuit et les jours non institutionnalis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;\u00e9valuation initiale s&rsquo;appuie sur des entretiens psychiatriques d&rsquo;admission associ\u00e9s \u00e0 des \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9valuation clinique standardis\u00e9es telles que la BPRS (<em>Brief Psychiatric Rating Scale<\/em>) ou la PANSS (<em>Positive and Negative Syndrome Scale<\/em>) pour les spectres psychotiques, et la MADRS (<em>Montgomery-\u00c5sberg Depression Rating Scale<\/em>) ou l&rsquo;\u00e9chelle de Hamilton pour les d\u00e9pressions majeures.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la symptomatologie aigu\u00eb, l&rsquo;\u00e9quipe \u00e9value le niveau de fonctionnement global et d&rsquo;autonomie \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale du fonctionnement (EGF) ou de la WHODAS 2.0 (<em>World Health Organization Disability Assessment Schedule<\/em>). En ergoth\u00e9rapie et psychologie, des batteries sp\u00e9cifiques \u00e9valuent l&rsquo;autonomie dans les activit\u00e9s instrumentales de la vie quotidienne (IADL) et les fonctions cognitives globales (comme la batterie d&rsquo;\u00e9valuation cognitive de Montr\u00e9al &#8211; MoCA, ou la WAIS-IV pour le profil intellectuel). Des bilans de cognition sociale \u00e9valuent la perception sociale et l&#8217;empathie.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation en h\u00f4pital de jour est fondamentalement continue et processuelle. Tous les trois \u00e0 six mois, une r\u00e9union de synth\u00e8se r\u00e9unit l&rsquo;\u00e9quipe soignante afin de r\u00e9examiner le Projet Th\u00e9rapeutique Personnalis\u00e9 (PTP). Cette r\u00e9\u00e9valuation qualitative et quantitative permet de v\u00e9rifier si les objectifs fix\u00e9s (reprise de l&rsquo;autonomie, stabilisation clinique, engagement social) sont en voie d&rsquo;acquisition, d&rsquo;ajuster le calendrier de pr\u00e9sence (en augmentant ou espa\u00e7ant les venues) et de pr\u00e9parer sereinement la sortie vers les soins ambulatoires conventionnels.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La port\u00e9e clinique et op\u00e9rationnelle de l&rsquo;h\u00f4pital de jour s&rsquo;\u00e9tend sur l&rsquo;ensemble du continuum de soins en psychiatrie moderne. Sur le plan curatif, il intervient comme une alternative directe \u00e0 l&rsquo;hospitalisation \u00e0 temps plein lors des d\u00e9compensations l\u00e9g\u00e8res \u00e0 mod\u00e9r\u00e9es, pour lesquelles le milieu familial demeure s\u00e9cure. Il permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;angoisse de s\u00e9paration, la perte des rep\u00e8res familiers et la rupture brutale avec les responsabilit\u00e9s parentales ou relationnelles du patient.<\/p>\n<p>Sur le versant subaigu et post-crise, l&rsquo;h\u00f4pital de jour fait office de structure passerelle (step-down care). Apr\u00e8s un \u00e9pisode de crise aigu\u00eb trait\u00e9 en service ferm\u00e9 ou conventionnel, il accueille le patient pour consolider l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique, ajuster finement les posologies m\u00e9dicamenteuses tout en \u00e9valuant leurs effets ind\u00e9sirables dans des conditions de vie r\u00e9elles, et \u00e9viter le syndrome de d\u00e9pression post-psychotique fr\u00e9quemment observ\u00e9 lors du retour solitaire \u00e0 domicile.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de r\u00e9habilitation et de r\u00e9insertion, l&rsquo;h\u00f4pital de jour articule des partenariats \u00e9troits avec le tissu m\u00e9dico-social et professionnel de la r\u00e9gion. Des coop\u00e9rations actives sont nou\u00e9es avec les Services d&rsquo;Accompagnement M\u00e9dico-Social pour Adultes Handicap\u00e9s (SAMSAH), les \u00c9tablissements et Services d&rsquo;Aide par le Travail (ESAT), les Groupes d&rsquo;Entraide Mutuelle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Groupe_d%27entraide_mutuelle\">Groupe d&rsquo;entraide mutuelle<\/a>) et le secteur associatif d&rsquo;usagers. Par ce maillage territorial, l&rsquo;h\u00f4pital de jour ne fonctionne pas en vase clos, mais comme une plateforme de r\u00e9appropriation citoyenne et de r\u00e9insertion socio-\u00e9conomique progressive.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique et \u00e9valuative internationale s&rsquo;est pench\u00e9e de longue date sur l&rsquo;efficience m\u00e9dico-\u00e9conomique et l&rsquo;impact th\u00e9rapeutique de l&rsquo;hospitalisation de jour par rapport aux modalit\u00e9s d&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te conventionnelle. Dans une revue syst\u00e9matique de r\u00e9f\u00e9rence publi\u00e9e par la Cochrane Database of Systematic Reviews, Marshall et al. ont analys\u00e9 de multiples essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s comparant l&rsquo;hospitalisation de jour \u00e0 l&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te pour des patients pr\u00e9sentant des troubles mentaux aigus ou subaigus.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses confirment que, pour une cohorte s\u00e9lectionn\u00e9e de patients sans risque suicidaire ou m\u00e9dico-l\u00e9gal imm\u00e9diat, l&rsquo;h\u00f4pital de jour offre une efficacit\u00e9 clinique au moins \u00e9quivalente \u00e0 l&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te en termes de r\u00e9duction symptomatique globale. De surcro\u00eet, les patients trait\u00e9s en h\u00f4pital de jour pr\u00e9sentent une am\u00e9lioration significativement plus rapide de leur fonctionnement social, de leur autonomie et de leur sentiment de comp\u00e9tence personnelle. Le taux de r\u00e9admission ult\u00e9rieure en hospitalisation compl\u00e8te \u00e0 moyen et long terme est r\u00e9duit de mani\u00e8re notable chez les patients ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un accompagnement en h\u00f4pital de jour compar\u00e9s \u00e0 ceux lib\u00e9r\u00e9s brutalement sans suivi interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et de la satisfaction des usagers, les \u00e9tudes (notamment celles de Priebe et de ses collaborateurs au sein de programmes europ\u00e9ens comme l&rsquo;\u00e9tude EDEN) r\u00e9v\u00e8lent des scores d&rsquo;acceptabilit\u00e9 et de satisfaction globale nettement sup\u00e9rieurs chez les patients et leurs aidants naturels pour l&rsquo;h\u00f4pital de jour. Les patients rapportent un sentiment moindre de stigmatisation, une pr\u00e9servation de leur dignit\u00e9 et une meilleure perception de la relation avec le personnel m\u00e9dical et infirmier. Enfin, sur le plan m\u00e9dico-\u00e9conomique, bien que l&rsquo;h\u00f4pital de jour repr\u00e9sente un co\u00fbt unitaire journalier significatif du fait de la densit\u00e9 des soignants et th\u00e9rapeutes, le co\u00fbt total par \u00e9pisode de soin s&rsquo;av\u00e8re syst\u00e9matiquement inf\u00e9rieur \u00e0 celui d&rsquo;une hospitalisation temps plein avec nuit\u00e9e, en raison de dur\u00e9es de s\u00e9jour globales plus adaptatives et de la r\u00e9duction des co\u00fbts indirects li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9sinsertion socioprofessionnelle prolong\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La configuration et la place attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de jour varient consid\u00e9rablement selon l&rsquo;organisation des syst\u00e8mes de sant\u00e9 nationaux et les repr\u00e9sentations culturelles de la folie et du soin communautaire. Dans les pays d&rsquo;Europe du Nord et au Royaume-Uni, l&rsquo;essor des \u00e9quipes de crise mobiles \u00e0 domicile (<em>Crisis Resolution and Home Treatment Teams<\/em>) a conduit, au tournant des ann\u00e9es 2000, \u00e0 un certain red\u00e9ploiement des h\u00f4pitaux de jour vers des fonctions ultra-cibl\u00e9es de r\u00e9habilitation neurocognitive et sociale hautement sp\u00e9cialis\u00e9e, les phases aigu\u00ebs \u00e9tant g\u00e9r\u00e9es directement au domicile du patient.<\/p>\n<p>Dans les pays francophones (France, Belgique, Suisse), l&rsquo;h\u00f4pital de jour conserve une place symbolique et clinique majeure, h\u00e9rit\u00e9e de la tradition psychanalytique et de la psychiatrie de secteur. Il y est per\u00e7u comme un espace d&rsquo;accueil humaniste o\u00f9 le temps de la maturation psychique est respect\u00e9, servant de rempart contre la tendance \u00e0 la rotation rapide des lits en milieu hospitalier aigu.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale et dans les soci\u00e9t\u00e9s du Sud global ou les cultures collectivistes, la dynamique de l&rsquo;h\u00f4pital de jour rencontre des enjeux anthropologiques sp\u00e9cifiques. Dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la cellule familiale \u00e9largie assure traditionnellement la contenance des membres souffrants, l&rsquo;h\u00f4pital de jour est bien mieux tol\u00e9r\u00e9 culturellement que l&rsquo;asile ferm\u00e9, per\u00e7u comme un abandon d\u00e9shonorant. En revanche, sa viabilit\u00e9 d\u00e9pend de la reconnaissance des charges qui p\u00e8sent sur les aidants familiaux, les femmes en particulier, qui doivent assumer la pr\u00e9sence du patient le soir et la nuit. L&rsquo;adaptation culturelle impose d&rsquo;inclure activement les savoirs profanes, les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 communautaire et, dans certains contextes, les figures d&rsquo;autorit\u00e9 spirituelle ou traditionnelle dans le projet de soin global.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses m\u00e9rites largement reconnus, l&rsquo;h\u00f4pital de jour fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques, institutionnels et \u00e9conomiques contemporains :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure concerne le <strong>risque de chronicisation et d&rsquo;enlisement institutionnel<\/strong>. Paradoxalement con\u00e7u pour lutter contre l&rsquo;institutionnalisme asilaire, l&rsquo;h\u00f4pital de jour peut lui-m\u00eame devenir une institution close sans murs o\u00f9 des patients s&rsquo;installent durant des ann\u00e9es, voire des d\u00e9cennies. En offrant un confort relationnel protecteur et un cocon chaleureux, il peut parfois induire une n\u00e9o-d\u00e9pendance soignante qui d\u00e9courage la prise de risque et l&rsquo;\u00e9mancipation d\u00e9finitive vers la vie communautaire ordinaire.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me controverse porte sur le <strong>fardeau report\u00e9 sur les familles (Caregiver Burden)<\/strong>. L&rsquo;hospitalisation de jour exige que le patient retourne quotidiennement dans son milieu de vie. Pour les proches de personnes souffrant de psychoses s\u00e9v\u00e8res avec d\u00e9sorganisation comportementale ou troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;humeur, la cohabitation au jour le jour peut devenir source d&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel majeur, d&rsquo;angoisse permanente et de burn-out familial si des relais suffisants et un soutien \u00e0 domicile ne sont pas assur\u00e9s par les \u00e9quipes mobiles.<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me limite tient \u00e0 l&rsquo;<strong>h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des populations accueillies<\/strong>. Dans de nombreux \u00e9tablissements sous-dot\u00e9s, la juxtaposition de patients jeunes pr\u00e9sentant un premier \u00e9pisode psychotique et de patients stabilis\u00e9s mais fortement d\u00e9sins\u00e9r\u00e9s et d\u00e9ficitaires peut g\u00e9n\u00e9rer des dynamiques antith\u00e9rapeutiques. Pour les nouveaux arrivants, la vision de la chronicit\u00e9 d&rsquo;autrui peut susciter un rejet violent de la psychiatrie par effroi identificatoire.<\/p>\n<p>Enfin, sous la pression des contraintes d&rsquo;optimisation budg\u00e9taire (tarification \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9, rationnement des effectifs soignants), certains observateurs d\u00e9noncent le risque d&rsquo;un d\u00e9voiement technocratique de l&rsquo;h\u00f4pital de jour. Celui-ci tendrait parfois \u00e0 d\u00e9laisser la fonction contenante relationnelle et informelle pour se muer en une suite de programmes pr\u00e9format\u00e9s, standardis\u00e9s et proc\u00e9duraux, perdant ainsi l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;accueil de la souffrance singuli\u00e8re d\u00e9fendue par ses fondateurs.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender pr\u00e9cis\u00e9ment les limites op\u00e9rationnelles de l&rsquo;h\u00f4pital de jour, il convient de le distinguer conceptuellement des autres dispositifs du maillage psychiatrique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Centre M\u00e9dico-Psychologique (CMP) :<\/strong> Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Centre_m%C3%A9dico-psychologique\">Centre m\u00e9dico-psychologique<\/a> est le point d&rsquo;ancrage ambulatoire de premi\u00e8re ligne du secteur psychiatrique. Il dispense des consultations ponctuelles (m\u00e9dicales, psychologiques, sociales, infirmi\u00e8res) sans proposer de programme structur\u00e9 \u00e0 la demi-journ\u00e9e ou \u00e0 la journ\u00e9e comme l&rsquo;h\u00f4pital de jour.<\/li>\n<li><strong>Centre d&rsquo;Accueil Th\u00e9rapeutique \u00e0 Temps Partiel (CATTP) :<\/strong> Dispositif interm\u00e9diaire tr\u00e8s proche de l&rsquo;h\u00f4pital de jour, le CATTP propose des activit\u00e9s th\u00e9rapeutiques de groupe sur des dur\u00e9es plus courtes (quelques heures par semaine) avec une intensit\u00e9 m\u00e9dicale et soignante moindre. Il cible principalement le maintien du lien social et la pr\u00e9vention du repli, tandis que l&rsquo;h\u00f4pital de jour assure une v\u00e9ritable action th\u00e9rapeutique globale, m\u00e9dicale et de rem\u00e9diation intensive.<\/li>\n<li><strong>Hospitalisation compl\u00e8te (temps plein) :<\/strong> Modalit\u00e9 de soin continue avec h\u00e9bergement nuit et jour en service ferm\u00e9 ou ouvert, indispensable en cas de d\u00e9compensation aigu\u00eb s\u00e9v\u00e8re, de passage \u00e0 l&rsquo;acte suicidaire imminent ou d&rsquo;impossibilit\u00e9 mat\u00e9rielle pour le patient de vivre \u00e0 domicile.<\/li>\n<li><strong>Atelier th\u00e9rapeutique \/ Foyer de jour m\u00e9dico-social :<\/strong> Structures relevant du secteur m\u00e9dico-social (et non directement sanitaire) centr\u00e9es sur l&rsquo;occupationnel, le travail prot\u00e9g\u00e9 ou la vie communautaire, d\u00e9pourvues de la composante de prescription, de coordination m\u00e9dicale et de psychoth\u00e9rapie intensive caract\u00e9risant l&rsquo;h\u00f4pital de jour.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital de jour constitue une avanc\u00e9e fondamentale de la psychiatrie humaniste et moderne, transformant en profondeur l&rsquo;approche des troubles psychiques s\u00e9v\u00e8res et durables :<\/p>\n<p>Il incarne la conciliation harmonieuse entre des soins psychiatriques intensifs et le maintien irrempla\u00e7able des liens relationnels, affectifs et citoyens dans l&rsquo;environnement naturel de la personne. Gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9quipe pluridisciplinaire et \u00e0 son arsenal th\u00e9rapeutique associant chimioth\u00e9rapie, psychoth\u00e9rapies de groupe, m\u00e9diations artistiques et r\u00e9habilitation cognitive, il agit \u00e0 la fois comme une alternative \u00e0 l&rsquo;internement complet, un sas de convalescence post-aigu\u00eb et un laboratoire d&rsquo;autonomie.<\/p>\n<p>Face aux d\u00e9fis contemporains que repr\u00e9sentent le risque de chronicisation institutionnelle et l&rsquo;exigence d&rsquo;une psychiatrie fond\u00e9e sur les preuves, l&rsquo;h\u00f4pital de jour continue de r\u00e9inventer ses pratiques en int\u00e9grant les outils de l&rsquo;<em>empowerment<\/em>, de la pair-aidance et de la r\u00e9habilitation psychosociale individualis\u00e9e. Il demeure un instrument irrempla\u00e7able d&rsquo;inclusion sociale, affirmant avec constance que soigner la souffrance psychique ne saurait se concevoir par l&rsquo;amputation du lien au monde r\u00e9el.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cameron, D. E. (1947). The day hospital. <em>The Modern Hospital<\/em>, 68(3), 60\u201362.<\/li>\n<li>Dzhagarov, M. A. (1937). Experience of organizing a day hospital for mental patients. <em>Nevropatologiya i Psikhiatriya<\/em>, 6, 137\u2013147.<\/li>\n<li>Horvitz-Lennon, M., Normand, S. L., Gaccione, P., &amp; Frank, R. G. (2001). Partial versus full hospitalization for adults in psychiatric crisis: Evaluating the evidence. <em>Psychiatric Services<\/em>, 52(9), 1184\u20131197. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ps.52.9.1184\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ps.52.9.1184<\/a><\/li>\n<li>Marshall, M., Crowther, R., Almaraz-Serrano, A., Creed, F., Sledge, W., Kluiter, H., Roberts, C., Hill, E., Monbiot, I., Green, J., &amp; Pilgrim, D. (2011). Day hospital versus admission for acute psychiatric disorders. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, 2011(12), CD004026. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD004026.pub2\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD004026.pub2<\/a><\/li>\n<li>Oury, J. (2001). <em>Psychiatrie et psychoth\u00e9rapie institutionnelle<\/em>. \u00c9ditions du Champ social.<\/li>\n<li>Priebe, S., Jones, G., McCabe, R., Briscoe, J., Carter, D., &amp; Slack, R. (2000). Effectiveness and costs of acute day hospital treatment compared with conventional in-patient care: Randomised controlled trial. <em>British Journal of Psychiatry<\/em>, 177(3), 257\u2013262. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.177.3.257\">https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.177.3.257<\/a><\/li>\n<li>Tosquelles, F. (1992). <em>De la personne au groupe : \u00c0 propos des \u00e9quipes de soins<\/em>. \u00c9r\u00e8s. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/eres.tosqu.1992.01\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/eres.tosqu.1992.01<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;h\u00f4pital de jour en psychiatrie est une structure interm\u00e9diaire dispensant des soins polyvalents et intensifs en journ\u00e9e, alliant th\u00e9rapie institutionnelle, r\u00e9habilitation psychosociale et maintien dans le milieu de vie sans h\u00e9bergement nocturne.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[476,3,524],"tags":[43759,32195,10027,2333,419,33239],"class_list":["post-26034","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie","category-psychologie-clinique","category-sante-mentale","tag-hopital-de-jour","tag-psychiatrie-de-secteur","tag-psychotherapie-institutionnelle","tag-rehabilitation-psychosociale","tag-sante-mentale","tag-soins-ambulatoires"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26034","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26034\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26034"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26034"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26034"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}