{"id":26026,"date":"2026-11-08T22:44:53","date_gmt":"2026-11-08T22:44:53","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dauerschlaf-cure-de-sommeil"},"modified":"2026-11-08T22:44:53","modified_gmt":"2026-11-08T22:44:53","slug":"dauerschlaf-cure-de-sommeil","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dauerschlaf-cure-de-sommeil","title":{"rendered":"Cure de sommeil : Histoire et clinique"},"content":{"rendered":"<p>La cure de sommeil, historiquement d\u00e9sign\u00e9e sous le terme germanique de <em>Dauerschlaf<\/em> ou de narcose prolong\u00e9e, constitue l&rsquo;un des chapitres les plus fascinants et controvers\u00e9s de l&rsquo;histoire de la psychiatrie somatique du XXe si\u00e8cle. Con\u00e7ue initialement comme une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique visant \u00e0 interrompre le tumulte psychotique par l&rsquo;immersion prolong\u00e9e dans un sommeil pharmacologiquement provoqu\u00e9, cette approche a oscill\u00e9 entre promesse r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice et risque iatrog\u00e8ne majeur. L&rsquo;analyse de cette technique offre une perspective clinique inestimable sur l&rsquo;\u00e9volution des th\u00e9ories psychopathologiques, les dynamiques du repos c\u00e9r\u00e9bral et les limites \u00e9thiques de l&rsquo;interventionnisme neurobiologique.<\/p>\n<h2>Dauerschlaf (Cure de sommeil prolong\u00e9e)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La cure de sommeil prolong\u00e9e (ou <em>Dauerschlaf<\/em>) est une m\u00e9thode th\u00e9rapeutique psychiatrique introduite au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, consistant \u00e0 maintenir un patient dans un \u00e9tat d&rsquo;inconscience ou de sommeil profond et continu pendant plusieurs jours cons\u00e9cutifs au moyen de substances s\u00e9datives puissantes. Son objectif premier \u00e9tait de suspendre temporairement les manifestations aigu\u00ebs de l&rsquo;excitation motrice, de l&rsquo;angoisse panique ou des productions d\u00e9lirantes, tout en permettant au syst\u00e8me nerveux central d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un repos protecteur suppos\u00e9 r\u00e9parer l&rsquo;\u00e9puisement neuronal et psychologique.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, le Dauerschlaf ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple s\u00e9dation palliative ; il a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 comme une th\u00e9rapeutique de choc r\u00e9gulatrice, modifiant la r\u00e9activit\u00e9 globale du cerveau et autorisant une rupture du cycle psychopathologique aigu. Bien que son usage sous sa forme radicale originelle ait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 au profit de la psychopharmacologie moderne et des neuroleptiques, la cure de sommeil a pos\u00e9 les fondations de nombreuses recherches sur la physiologie du sommeil r\u00e9parateur, la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale sous s\u00e9dation et la gestion aigu\u00eb des d\u00e9compensations psychotiques ou affectives s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif compos\u00e9 <em>Dauerschlaf<\/em> d\u00e9rive directement de la langue allemande. Il combine le pr\u00e9fixe ou racine verbale <em>Dauer-<\/em> (qui provient du verbe <em>dauern<\/em>, \u00ab durer \u00bb ou \u00ab persister \u00bb, lui-m\u00eame issu du latin <em>durare<\/em>) et le nom masculin <em>der Schlaf<\/em> (\u00ab le sommeil \u00bb, rattach\u00e9 au vieux haut-allemand <em>sl\u0101f<\/em>). Sa traduction litt\u00e9rale est \u00ab sommeil durable \u00bb, \u00ab sommeil continu \u00bb ou \u00ab sommeil prolong\u00e9 \u00bb. Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone, l&rsquo;expression a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9e sous les vocables de \u00ab cure de sommeil \u00bb, de \u00ab narcose continue \u00bb ou de \u00ab traitement par le sommeil prolong\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 formellement introduit dans le vocabulaire acad\u00e9mique par le psychiatre suisse Jakob Klaesi en 1921. Klaesi cherchait \u00e0 formaliser une approche scientifique rompant avec les simples calmes ponctuels induits par l&rsquo;hydrate de chloral ou les d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;opium du XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s son adoption, le mot allemand est demeur\u00e9 une r\u00e9f\u00e9rence universelle dans la litt\u00e9rature internationale pour sp\u00e9cifier cette m\u00e9thode historique par opposition aux r\u00e9gimes de sommeil naturel ou d&rsquo;hygi\u00e8ne circadienne d\u00e9velopp\u00e9s ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme est employ\u00e9 comme un nom masculin singulier invariable d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re, prononc\u00e9 phon\u00e9tiquement [da\u028a\u032f\u0250\u0283la\u02d0f] selon les r\u00e8gles de la phonologie allemande standard, ou francis\u00e9 en [do.\u025b\u0281.\u0283laf]. En raison de son statut d&#8217;emprunt lexical, il est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9crit avec une majuscule initiale ou en italique (<em>Dauerschlaf<\/em>). Dans le discours acad\u00e9mique fran\u00e7ais, on lui pr\u00e9f\u00e8re souvent l&rsquo;\u00e9quivalent grammatical f\u00e9minin \u00ab la cure de sommeil \u00bb ou masculin \u00ab le sommeil prolong\u00e9 th\u00e9rapeutique \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;utilisation du terme allemand renvoie sp\u00e9cifiquement au paradigme historique de Klaesi et de l&rsquo;\u00e9cole psychiatrique suisse et europ\u00e9enne de l&rsquo;entre-deux-guerres. Dans les contextes cliniques modernes, l&#8217;emploi de \u00ab narcose prolong\u00e9e \u00bb s&rsquo;applique davantage aux protocoles de r\u00e9animation ou d&rsquo;anesth\u00e9siologie, r\u00e9servant le terme <em>Dauerschlaf<\/em> \u00e0 l&rsquo;historiographie de la psychiatrie et \u00e0 la psychopathologie th\u00e9orique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le fondement conceptuel du Dauerschlaf repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se que la souffrance psychique extr\u00eame et la d\u00e9sorganisation cognitive repr\u00e9sentent un \u00e9tat d&rsquo;hyperactivit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9puisement m\u00e9tabolique c\u00e9r\u00e9bral. Dans cette optique, l&rsquo;\u00e9pisode psychotique aigu ou la manie furieuse est interpr\u00e9t\u00e9 comme un orage neurobiologique et psychologique auto-entretenu. L&rsquo;intervention pharmacologique vise \u00e0 imposer un silence synaptique relatif en induisant un \u00e9tat de sommeil comateux contr\u00f4l\u00e9, d&rsquo;une dur\u00e9e habituelle de huit \u00e0 quatorze jours, pendant lequel le sujet n&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9 que bri\u00e8vement pour l&rsquo;alimentation de base et les soins physiologiques indispensables.<\/p>\n<p>Cette approche s&rsquo;inscrit dans une anthropologie m\u00e9dicale consid\u00e9rant le sommeil comme la barri\u00e8re protectrice ultime de l&rsquo;organisme. Selon cette perspective, lorsque les m\u00e9canismes endog\u00e8nes du sommeil sont submerg\u00e9s par l&rsquo;angoisse ou le d\u00e9lire, la m\u00e9decine doit artificiellement restaurer cette fonction de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Le Dauerschlaf postulait que l&rsquo;inhibition corticale forc\u00e9e provoquait une r\u00e9initialisation des seuils d&rsquo;excitabilit\u00e9 sous-corticaux, att\u00e9nuant ainsi l&rsquo;hyper-r\u00e9activit\u00e9 du syst\u00e8me limbique et permettant au moi psychologique de se r\u00e9organiser une fois la conscience restaur\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, la cure de sommeil impliquait \u00e9galement une coupure radicale avec l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur. Le patient \u00e9tait soustrait \u00e0 tous les stimuli sensoriels, affectifs et relationnels anxiog\u00e8nes. Cette privation sensorielle et relationnelle r\u00e9gul\u00e9e visait \u00e0 briser les cercles vicieux d&rsquo;affects destructeurs. Dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, des cliniciens ont conceptualis\u00e9 cette d\u00e9marche comme une r\u00e9gression biologique et psychique contr\u00f4l\u00e9e, facilitant un r\u00e9apprentissage des rep\u00e8res de r\u00e9alit\u00e9 au r\u00e9veil progressif du sujet.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la mise en \u0153uvre clinique imposait des contraintes physiologiques colossales. Maintenir un individu \u00e0 la lisi\u00e8re de l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale pendant plusieurs semaines sans monitorage moderne entra\u00eenait des risques immenses de d\u00e9pression respiratoire, d&rsquo;apn\u00e9e, de collapsus cardiovasculaire, de complications thromboemboliques et de pneumopathies de d\u00e9glutition. Ainsi, le champ clinique du Dauerschlaf s&rsquo;est toujours situ\u00e9 sur une ligne de cr\u00eate \u00e9troite entre le b\u00e9n\u00e9fice escompt\u00e9 de l&rsquo;inhibition corticale et la l\u00e9talit\u00e9 potentielle d&rsquo;une intoxication m\u00e9dicamenteuse prolong\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence du Dauerschlaf s&rsquo;enracine dans la psychiatrie de la fin du XIXe si\u00e8cle, une \u00e9poque marqu\u00e9e par l&rsquo;impuissance th\u00e9rapeutique face aux grandes d\u00e9tresses asilaires. D\u00e8s les ann\u00e9es 1870, des praticiens comme Neil Macleod avaient exp\u00e9riment\u00e9 la \u00ab bromidisation prolong\u00e9e \u00bb pour tenter de traiter les \u00e9tats d&rsquo;excitation maniaque ou les d\u00e9pendances chroniques. Cependant, ces premiers essais demeuraient anarchiques, mal codifi\u00e9s et fr\u00e9quemment mortels en raison de la toxicit\u00e9 r\u00e9nale et c\u00e9r\u00e9brale des sels de brome.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable rupture historique intervient en 1921 avec la publication s\u00e9minale de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jakob_Klaesi\">Jakob Klaesi<\/a>, alors psychiatre \u00e0 la clinique universitaire du Burgh\u00f6lzli \u00e0 Zurich. Klaesi formalise la technique sous le nom de <em>Dauernarkose<\/em> ou <em>Dauerschlaf<\/em> en utilisant un m\u00e9lange barbiturique injectable novateur baptis\u00e9 Somnifen. Il \u00e9tablit des protocoles rigoureux d&rsquo;administration continue pendant six \u00e0 dix jours, ciblant particuli\u00e8rement les \u00e9tats d&rsquo;agitation schizophr\u00e9nique et maniaque. Le succ\u00e8s initial de ses publications d\u00e9clenche une vague d&rsquo;enthousiasme \u00e0 travers l&rsquo;Europe continentale, plusieurs cliniques adoptant cette m\u00e9thode comme la premi\u00e8re th\u00e9rapie somatique active efficace pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;av\u00e8nement des chocs \u00e0 l&rsquo;insuline et de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950, la technique s&rsquo;\u00e9tend et s&rsquo;hybride avec les th\u00e9ories physiologiques pavloviennes en Union sovi\u00e9tique, o\u00f9 la narcose protectrice devient une r\u00e9f\u00e9rence institutionnelle majeure sous la direction des \u00e9l\u00e8ves d&rsquo;Ivan Pavlov. Parall\u00e8lement, en France, des ali\u00e9nistes et psychanalystes int\u00e8grent la cure de sommeil douce dans des dispositifs psychoth\u00e9rapeutiques. Cependant, l&rsquo;histoire du Dauerschlaf conna\u00eet \u00e9galement des d\u00e9rives tragiques et hautement controvers\u00e9es dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, notamment dans les travaux de Donald Ewen Cameron \u00e0 l&rsquo;Institut Allan Memorial de Montr\u00e9al, o\u00f9 le sommeil barbiturique prolong\u00e9 (pouvant durer plusieurs mois) fut coupl\u00e9 \u00e0 des \u00e9lectrochocs intensifs et \u00e0 des messages audio r\u00e9p\u00e9t\u00e9s en boucle (<em>psychic driving<\/em>), causant des ravages neurologiques irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le scandale de l&rsquo;h\u00f4pital de Chelmsford en Australie dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, sous la direction de Harry Bailey, illustre l&rsquo;usage d\u00e9voy\u00e9 de la technique, causant le d\u00e9c\u00e8s de plusieurs dizaines de patients par manque total de surveillance m\u00e9dicale. Avec la d\u00e9couverte en 1952 de la chlorpromazine par Jean Delay et Pierre Deniker, marquant la naissance de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychopharmacologie\">psychopharmacologie<\/a> moderne, l&rsquo;indication du Dauerschlaf classique s&rsquo;est effondr\u00e9e. Les neuroleptiques permettaient d\u00e9sormais d&rsquo;apaiser l&rsquo;angoisse et de dissoudre le d\u00e9lire sans recourir \u00e0 l&rsquo;anesth\u00e9sie continue, rel\u00e9guant la cure de sommeil aux annales de la psychiatrie historique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques de la cure de sommeil se sont structur\u00e9s autour de trois paradigmes scientifiques majeurs : le mod\u00e8le toxo-infectieux et m\u00e9tabolique, la neurophysiologie de l&rsquo;inhibition corticale, et la th\u00e9orie psychodynamique de la r\u00e9gression narcissique.<\/p>\n<p>Le premier mod\u00e8le, d&rsquo;inspiration kraepelinienne, consid\u00e9rait que la folie r\u00e9sultait d&rsquo;une auto-intoxication m\u00e9tabolique ou d&rsquo;une l\u00e9sion fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale caus\u00e9e par un surmenage toxique. Pour Jakob Klaesi, le sommeil artificiel interrompait la cascade biochimique d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative. En abaissant le m\u00e9tabolisme neuronal basal, le sommeil permettait aux cellules c\u00e9r\u00e9brales d&rsquo;\u00e9liminer les toxines accumul\u00e9es et de restaurer leurs r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques. Ce mod\u00e8le m\u00e9caniste accordait une primaut\u00e9 absolue au substrat somatique et \u00e0 la thermodynamique cellulaire.<\/p>\n<p>Le second grand pilier th\u00e9orique rel\u00e8ve de la r\u00e9flexologie et de la neurophysiologie pavlovienne. Ivan Pavlov avait formul\u00e9 le concept d&rsquo;\u00ab inhibition protectrice \u00bb (<em>Schutzhemmung<\/em>), postulant que le sommeil est une forme d&rsquo;inhibition interne qui s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 travers tout le cortex c\u00e9r\u00e9bral pour pr\u00e9server les cellules nerveuses d&rsquo;un effondrement fonctionnel lors d&rsquo;une stimulation supramaximale. Pour l&rsquo;\u00e9cole sovi\u00e9tique, le Dauerschlaf constituait l&rsquo;activation artificielle et bienfaisante de cette barri\u00e8re naturelle. En \u00e9tendant l&rsquo;inhibition \u00e0 l&rsquo;ensemble des zones corticales et sous-corticales hyperactives, le traitement permettait de r\u00e9tablir les \u00e9quilibres r\u00e9flexes fondamentaux alt\u00e9r\u00e9s par la pathologie mentale.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9cole psychanalytique et psychosomatique europ\u00e9enne d&rsquo;apr\u00e8s-guerre a tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer une compr\u00e9hension psychologique de la cure de sommeil. Selon des auteurs comme Henri Ey ou Paul Cossa, le Dauerschlaf provoquait une dissolution des strates sup\u00e9rieures de la conscience, induisant une r\u00e9gression infantile s\u00e9curisante. Plac\u00e9 dans un \u00e9tat de d\u00e9pendance absolue analogue \u00e0 celui du nourrisson, le patient pouvait, lors de la phase de r\u00e9veil progressif, tisser un lien transf\u00e9rentiel nouveau et r\u00e9parateur avec l&rsquo;\u00e9quipe soignante, lib\u00e9r\u00e9 du poids des m\u00e9canismes de d\u00e9fense rigides et pathog\u00e8nes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse descriptive des protocoles de Dauerschlaf permet de distinguer plusieurs composantes physiologiques et variantes techniques codifi\u00e9es au fil du temps :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les agents pharmacologiques employ\u00e9s :<\/strong> Initialement domin\u00e9s par le m\u00e9lange de Somnifen (sels d&rsquo;acides di\u00e9thyl- et allyl-isopropyl-barbituriques), les protocoles ont ensuite utilis\u00e9 le v\u00e9ronal (barbital), le ph\u00e9nobarbital, le pentobarbital, le parald\u00e9hyde, et parfois des associations avec des analg\u00e9siques narcotiques ou des antihistaminiques s\u00e9datifs.<\/li>\n<li><strong>La profondeur du sommeil induit :<\/strong> On distinguait traditionnellement le <em>Dauerschlaf profond<\/em> (assimilable \u00e0 un stade de narcose chirurgicale l\u00e9g\u00e8re o\u00f9 les r\u00e9flexes sont tr\u00e8s \u00e9mouss\u00e9s) du <em>Dauerschlaf l\u00e9ger ou cr\u00e9pusculaire<\/em> (\u00e9tat d&rsquo;assoupissement subcontinu d&rsquo;o\u00f9 le patient peut \u00eatre tir\u00e9 par des stimulations verbales fermes).<\/li>\n<li><strong>La dur\u00e9e du cycle th\u00e9rapeutique :<\/strong> Les cures classiques s&rsquo;\u00e9tendaient de sept \u00e0 quatorze jours d&rsquo;affil\u00e9e. Des protocoles \u00e9court\u00e9s de quarante-huit \u00e0 soixante-douze heures \u00e9taient parfois r\u00e9serv\u00e9s aux \u00e9tats n\u00e9vrotiques aigus d&rsquo;\u00e9puisement, tandis que des variantes extr\u00eames ill\u00e9gitimes ont pu durer plusieurs semaines.<\/li>\n<li><strong>La surveillance clinique des fonctions vitales :<\/strong> Param\u00e8tres indispensables comprenant la fr\u00e9quence respiratoire, la pression art\u00e9rielle, la temp\u00e9rature centrale (risque fr\u00e9quent d&rsquo;hyperthermie maligne ou d&rsquo;hypothermie), la diur\u00e8se et la saturation en oxyg\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>La phase de sevrage et d&rsquo;\u00e9veil progressif :<\/strong> \u00c9tape hautement critique n\u00e9cessitant une diminution graduelle des mol\u00e9cules afin d&rsquo;\u00e9viter le d\u00e9lire de sevrage barbiturique, le status epilepticus (convulsions) ou la r\u00e9\u00e9mergence brutale de l&rsquo;angoisse sous-jacente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de cette modalit\u00e9, examinons deux contextes historiques repr\u00e9sentatifs d&rsquo;application du traitement.<\/p>\n<p>Le premier cas est celui d&rsquo;un soldat de la Premi\u00e8re Guerre mondiale souffrant d&rsquo;une \u00ab n\u00e9vrose de guerre \u00bb ou de ce que la nosographie actuelle qualifierait de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> avec agitation motrice extr\u00eame, insomnie absolue, tremblements incoercibles et terreurs hallucinatoires r\u00e9currentes. Admis dans un service psychiatrique dans les ann\u00e9es 1920, le soldat est soumis \u00e0 une cure de sommeil de sept jours sous Somnifen. Apr\u00e8s quarante-huit heures de narcose, l&rsquo;hyper-r\u00e9activit\u00e9 neurov\u00e9g\u00e9tative diminue de fa\u00e7on spectaculaire. \u00c0 son r\u00e9veil complet le huiti\u00e8me jour, le tremblement a disparu, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement physique s&rsquo;est att\u00e9nu\u00e9, et le patient devient accessible \u00e0 une prise en charge relationnelle et r\u00e9\u00e9ducative, illustrant l&rsquo;effet protecteur et d\u00e9samor\u00e7ant de la s\u00e9dation prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Le second cas concerne une jeune femme admise en 1935 pour un \u00e9pisode maniaque furieux avec logorrh\u00e9e incoh\u00e9rente, absence totale de sommeil depuis plusieurs jours, anorexie compl\u00e8te et risque imminent de d\u00e9faillance cardiovasculaire due \u00e0 l&rsquo;agitation motrice permanente. Devant l&rsquo;\u00e9chec des s\u00e9datifs oraux ordinaires, une cure de Dauerschlaf est instaur\u00e9e pendant dix jours. Maintenue dans un sommeil r\u00e9gul\u00e9, hydrat\u00e9e par voie parent\u00e9rale et sous lavements r\u00e9guliers, la patiente voit son cycle maniaque interrompu. Lors de la phase de r\u00e9veil, l&rsquo;incoh\u00e9rence id\u00e9o-verbale a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 une thymie stable mais ralentie, confirmant le r\u00f4le de \u00ab rupture de crise \u00bb conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la m\u00e9thode face aux urgences vitales psychiatriques de l&rsquo;\u00e8re pr\u00e9-neuroleptique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de son utilisation pr\u00e9pond\u00e9rante, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9 du Dauerschlaf reposait sur des outils cliniques empiriques et des courbes d&rsquo;enregistrement manuel rigoureuses tenues par le personnel infirmier d\u00e9di\u00e9 :<\/p>\n<p>La profondeur du sommeil \u00e9tait jaug\u00e9e par l&rsquo;observation des r\u00e9flexes corn\u00e9ens, pupillaires et tendineux, ainsi que par la r\u00e9action aux stimulations sonores et tactiles. L&rsquo;objectif \u00e9tait de maintenir le sujet au niveau d&rsquo;un sommeil de stade III\/IV ou d&rsquo;une narcose l\u00e9g\u00e8re sans franchir le seuil dangereux de l&rsquo;anesth\u00e9sie chirurgicale profonde caract\u00e9ris\u00e9e par la perte des r\u00e9flexes protecteurs des voies a\u00e9riennes.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, le personnel surveillait de mani\u00e8re bi-horaire la pression art\u00e9rielle et le pouls pour d\u00e9tecter un collapsus circulatoire, ainsi que le rythme respiratoire pour pr\u00e9venir la survenue d&rsquo;une at\u00e9lectasie pulmonaire ou d&rsquo;un \u0153d\u00e8me aigu du poumon. La courbe thermique \u00e9tait analys\u00e9e m\u00e9ticuleusement : toute mont\u00e9e f\u00e9brile inexpliqu\u00e9e alertait imm\u00e9diatement le clinicien sur une complication infectieuse sous-jacente (pneumopathie nosocomiale) ou sur une intoxication m\u00e9dicamenteuse aigu\u00eb imposant l&rsquo;interruption sans d\u00e9lai du protocole.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;\u00e9valuation post-cure s&rsquo;effectuait par l&rsquo;observation longitudinale des sympt\u00f4mes cibles : disparition du d\u00e9lire hallucinatoire aigu, normalisation de l&rsquo;humeur, restauration de l&rsquo;app\u00e9tit et capacit\u00e9 retrouv\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir un contact affectif et coh\u00e9rent avec l&rsquo;entourage m\u00e9dical.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que le Dauerschlaf en tant qu&rsquo;entit\u00e9 autonome appartienne au pass\u00e9 m\u00e9dical, son h\u00e9ritage technique et conceptuel a profond\u00e9ment irrigu\u00e9 plusieurs sp\u00e9cialit\u00e9s contemporaines :<\/p>\n<p>En anesth\u00e9sie-r\u00e9animation, le concept de narcose prolong\u00e9e trouve son application directe dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coma_artificiel\">coma artificiel induit<\/a> pour neuroprotection. Chez les patients victimes de traumatismes cr\u00e2niens s\u00e9v\u00e8res, d&rsquo;hypertension intracr\u00e2nienne r\u00e9fractaire ou d&rsquo;\u00e9tat de mal \u00e9pileptique convulsif, la mise sous s\u00e9dation continue par barbituriques (thiopental) ou propofol vise exactement le m\u00eame principe thermodynamique formul\u00e9 jadis : abaisser la consommation c\u00e9r\u00e9brale d&rsquo;oxyg\u00e8ne et juguler l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 neuronale.<\/p>\n<p>En psychiatrie d&rsquo;urgence moderne, la s\u00e9dation rapide et contr\u00f4l\u00e9e dans les \u00e9tats d&rsquo;agitation aigu\u00eb ou d&rsquo;acc\u00e8s maniaque furieux s&rsquo;inspire du principe de s\u00e9curisation imm\u00e9diate par le sommeil, bien qu&rsquo;elle soit d\u00e9sormais r\u00e9alis\u00e9e avec des mol\u00e9cules \u00e0 demi-vie courte et haut index th\u00e9rapeutique, comme les benzodiaz\u00e9pines d&rsquo;action rapide combin\u00e9es \u00e0 des antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration, sans chercher \u00e0 prolonger l&rsquo;\u00e9tat de coma au-del\u00e0 de la phase de d\u00e9sescalade.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;addictologie, les techniques de sevrage rapide des opiac\u00e9s sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale (bien que controvers\u00e9es et d&rsquo;usage tr\u00e8s restreint) reposent sur un postulat h\u00e9rit\u00e9 de la cure de sommeil : faire franchir au syst\u00e8me nerveux le pic du syndrome de sevrage physique sans que la conscience du sujet n&rsquo;en \u00e9prouve la souffrance insupportable.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature m\u00e9dicale du milieu du XXe si\u00e8cle consacr\u00e9e au Dauerschlaf pr\u00e9sente une abondance d&rsquo;\u00e9tudes de cohortes observationnelles, bien que la plupart ne r\u00e9pondent pas aux standards m\u00e9thodologiques contemporains (absence de randomisation et de double aveugle) :<\/p>\n<p>Dans les s\u00e9ries princeps publi\u00e9es par Jakob Klaesi en 1922 sur 26 patients schizophr\u00e8nes hautement agit\u00e9s, il rapportait une r\u00e9mission clinique notable chez pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des sujets et une s\u00e9dation substantielle chez un autre tiers, mais d\u00e9plorait d\u00e9j\u00e0 un taux de mortalit\u00e9 proche de 5 %, un chiffre consid\u00e9rable qui soulignait d&#8217;embl\u00e9e la dangerosit\u00e9 de l&rsquo;entreprise. Des \u00e9tudes ult\u00e9rieures conduites en Suisse par Max M\u00fcller dans les ann\u00e9es 1930 ont confirm\u00e9 que les meilleurs r\u00e9sultats \u00e9taient obtenus non pas dans les formes chroniques d\u00e9ficitaires de la schizophr\u00e9nie, mais dans les \u00e9pisodes thymiques aigus, maniaques ou m\u00e9lancoliques.<\/p>\n<p>Des travaux de neurophysiologie exp\u00e9rimentale men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pavlovienne ont cherch\u00e9 \u00e0 documenter l&rsquo;impact de l&rsquo;inhibition continue sur les trac\u00e9s de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (EEG). Ces recherches ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;apparition pr\u00e9dominante d&rsquo;ondes lentes delta et th\u00eata synchronis\u00e9es, confirmant le ralentissement m\u00e9tabolique global du cortex sous impr\u00e9gnation barbiturique, mais soulignant \u00e9galement la d\u00e9sorganisation profonde de l&rsquo;architecture normale du sommeil, notamment la suppression quasi-totale du sommeil paradoxal (sommeil REM), ce qui entra\u00eenait d&rsquo;importants rebonds oniriques et confuso-d\u00e9lirants lors de l&rsquo;arr\u00eat du traitement.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>La signification culturelle de la cure de sommeil a profond\u00e9ment vari\u00e9 selon les aires g\u00e9ographiques et les id\u00e9ologies m\u00e9dicales dominantes de l&rsquo;\u00e9poque. En Union sovi\u00e9tique, la cure de sommeil a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme l&rsquo;arch\u00e9type de la psychiatrie mat\u00e9rialiste et scientifique. Adoss\u00e9e \u00e0 la doctrine pavlovienne officialis\u00e9e par les autorit\u00e9s \u00e9tatiques lors de la session conjointe de l&rsquo;Acad\u00e9mie des sciences et de l&rsquo;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine en 1950, la narcose protectrice \u00e9tait per\u00e7ue comme une modalit\u00e9 non violente, humaine et physiologique, explicitement oppos\u00e9e aux th\u00e9rapies de choc anglo-saxonnes (comme la lobotomie ou les \u00e9lectrochocs massifs) d\u00e9nonc\u00e9es comme mutilantes.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans le monde anglo-saxon et particuli\u00e8rement aux \u00c9tats-Unis et au Canada, la m\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 progressivement associ\u00e9e, dans l&rsquo;imaginaire collectif et juridique, \u00e0 des pratiques d&rsquo;asservissement psychique et de manipulation mentale. Le d\u00e9voilement public des exp\u00e9riences men\u00e9es par Donald Ewen Cameron \u00e0 Montr\u00e9al, financ\u00e9es en partie par la CIA dans le cadre du projet MK-Ultra, a ancr\u00e9 l&rsquo;image de la cure de sommeil profonde comme un instrument de d\u00e9structuration de la personnalit\u00e9, de lavage de cerveau et de coercition institutionnelle asilaire.<\/p>\n<p>En Europe francophone, la cure de sommeil a conserv\u00e9 plus longtemps une image humaniste, celle d&rsquo;une mise au repos bienveillante dans des cliniques de repos feutr\u00e9es, destin\u00e9e aux intellectuels, aux artistes et aux bourgeois souffrant de surmenage, de neurasth\u00e9nie ou d&rsquo;\u00e9puisement nerveux, bien loin de la brutalit\u00e9 asilaire des grands h\u00f4pitaux d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le Dauerschlaf a fait l&rsquo;objet de critiques scientifiques, techniques et \u00e9thiques d&rsquo;une virulence croissante tout au long de son histoire :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure concernait sa balance b\u00e9n\u00e9fice-risque catastrophique. Le taux de mortalit\u00e9 induit par la toxicit\u00e9 barbiturique variait entre 1 % et 9 % selon les s\u00e9ries hospitali\u00e8res et la comp\u00e9tence du personnel de garde. Les complications pulmonaires (pneumonies d&rsquo;aspiration dues \u00e0 l&rsquo;abolition des r\u00e9flexes de d\u00e9glutition), l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb par rhabdomyolyse ou d\u00e9shydratation, et les arr\u00eats cardiorespiratoires inopin\u00e9s constituaient une menace constante qui a fini par rendre la technique ind\u00e9fendable sur le plan m\u00e9dical d\u00e8s lors que des alternatives plus s\u00fbres existaient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychiatrique, de nombreux praticiens ont rapidement soulign\u00e9 le caract\u00e8re illusoire et transitoire des \u00ab gu\u00e9risons \u00bb observ\u00e9es. Dans une proportion \u00e9crasante de cas de schizophr\u00e9nie, la disparition des hallucinations et de l&rsquo;agitation pendant la cure laissait place, quelques semaines apr\u00e8s le r\u00e9veil complet, \u00e0 une r\u00e9cidive pure et simple de la symptomatologie initiale. Le Dauerschlaf agissait ainsi comme un masque pharmacologique temporaire plut\u00f4t que comme une v\u00e9ritable th\u00e9rapie \u00e9tiologique modifiant le cours naturel de l&rsquo;affection.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan bio\u00e9thique et d\u00e9ontologique, la privation d&rsquo;autonomie absolue subie par le patient inconscient pendant des semaines posait d&rsquo;immenses questions de consentement \u00e9clair\u00e9 et de respect de la dignit\u00e9 humaine. L&rsquo;absence totale de volont\u00e9 possible de la part du sujet a permis des d\u00e9rives exp\u00e9rimentales intol\u00e9rables, pr\u00e9cipitant la condamnation d\u00e9finitive de la m\u00e9thode par les comit\u00e9s de bio\u00e9thique internationaux contemporains.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout contresens historique ou nosologique, il convient de distinguer nettement le Dauerschlaf d&rsquo;autres notions m\u00e9dicales proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Coma insulinique (Cure de Sakel) :<\/strong> Traitement biologique consistant \u00e0 induire un coma hypoglyc\u00e9mique quotidien transitoire d&rsquo;une heure au moyen de fortes doses d&rsquo;insuline, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur plusieurs semaines. Contrairement au Dauerschlaf qui repose sur une s\u00e9dation barbiturique continue de plusieurs jours, la cure de Sakel provoque un coma m\u00e9tabolique discontinu de courte dur\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (Sismoth\u00e9rapie) :<\/strong> Induction contr\u00f4l\u00e9e d&rsquo;une crise comitiale par passage bref d&rsquo;un courant \u00e9lectrique \u00e0 travers le cortex. Le Dauerschlaf visait l&rsquo;inhibition corticale continue et prolong\u00e9e, alors que l&rsquo;\u00e9lectrochoc produit une d\u00e9charge synaptique massive et synchronis\u00e9e suivie d&rsquo;une phase r\u00e9fractaire.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9dation palliative terminale :<\/strong> Pratique contemporaine visant \u00e0 soulager des souffrances r\u00e9fractaires chez un patient en fin de vie en alt\u00e9rant la conscience jusqu&rsquo;au d\u00e9c\u00e8s naturel. Le Dauerschlaf avait une vis\u00e9e strictement curative ou stabilisatrice r\u00e9versible chez des patients en d\u00e9tresse mentale aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>Hygi\u00e8ne du sommeil et chronoth\u00e9rapie :<\/strong> Ensemble de mesures comportementales et environnementales visant \u00e0 r\u00e9guler les rythmes circadiens naturels du sommeil sans recourir \u00e0 l&rsquo;anesth\u00e9sie pharmacologique continue.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le Dauerschlaf, ou cure de sommeil prolong\u00e9e, demeure l&rsquo;une des d\u00e9marches th\u00e9rapeutiques les plus audacieuses et p\u00e9rilleuses de la m\u00e9decine mentale du XXe si\u00e8cle. Con\u00e7ue par Jakob Klaesi en 1921, elle reposait sur l&rsquo;immersion forc\u00e9e du patient dans un sommeil barbiturique ininterrompu de plusieurs jours afin de prot\u00e9ger le cerveau de l&rsquo;\u00e9puisement induit par la psychose ou l&rsquo;agitation motrice aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Ses bases th\u00e9oriques croisaient la neurophysiologie pavlovienne de l&rsquo;inhibition protectrice, la biologie de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration cellulaire et la psychanalyse de la r\u00e9gression narcissique. Malgr\u00e9 des effets spectaculaires sur l&rsquo;apaisement imm\u00e9diat des crises d&rsquo;angoisse et des \u00e9tats maniaques furieux, la technique s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 une l\u00e9talit\u00e9 substantielle due aux accidents toxiques et pulmonaires des barbituriques.<\/p>\n<p>D\u00e9voy\u00e9e par des exp\u00e9riences extr\u00eames et ali\u00e9nantes au milieu du si\u00e8cle, la cure de sommeil a \u00e9t\u00e9 rendue obsol\u00e8te par l&rsquo;av\u00e8nement des neuroleptiques et des psychotropes modernes au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. Elle survit n\u00e9anmoins conceptuellement dans les pratiques actuelles de neuroprotection en r\u00e9animation et rappelle l&rsquo;importance primordiale du sommeil comme fonction fondamentale d&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ey, H., &#038; Faure, H. (1956). Les th\u00e9rapeutiques par le sommeil. <em>L&rsquo;\u00c9volution Psychiatrique<\/em>, 21(1), 23-49.<\/li>\n<li>Klaesi, J. (1922). \u00dcber die therapeutische Anwendung des Dauerschlafes mittels Somnifens bei Schizophrenen. <em>Zeitschrift f\u00fcr die gesamte Neurologie und Psychiatrie<\/em>, 74(1), 557-592. <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/BF02869780\">https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/BF02869780<\/a><\/li>\n<li>Pavlov, I. P. (1941). <em>Conditioned reflexes and psychiatry<\/em> (W. H. Gantt, Trad.). International Publishers.<\/li>\n<li>Sargant, W., &#038; Slater, E. (1948). <em>An introduction to physical methods of treatment in psychiatry<\/em> (2e \u00e9d.). E. &#038; S. Livingstone.<\/li>\n<li>Shorter, E. (1997). <em>A history of psychiatry: From the era of the asylum to the age of Prozac<\/em>. John Wiley &#038; Sons.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cure de sommeil prolong\u00e9e (Dauerschlaf) est une th\u00e9rapie psychiatrique historique introduite par Jakob Klaesi en 1921, maintenant le patient dans un sommeil continu pour r\u00e9guler les d\u00e9compensations aigu\u00ebs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6447,476],"tags":[33443,43743,43744,35256,43745],"class_list":["post-26026","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-medecine","category-psychiatrie","tag-barbituriques","tag-cure-de-sommeil","tag-dauerschlaf","tag-histoire-psychiatrique","tag-jakob-klaesi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26026","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/26026\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26026"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26026"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26026"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}