{"id":26020,"date":"2026-11-08T22:36:06","date_gmt":"2026-11-08T22:36:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=viol-de-frequentation-psychologie"},"modified":"2026-11-08T22:36:06","modified_gmt":"2026-11-08T22:36:06","slug":"viol-de-frequentation-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=viol-de-frequentation-psychologie","title":{"rendered":"Viol de fr\u00e9quentation : Dynamiques et traumatismes"},"content":{"rendered":"<p>Le viol de fr\u00e9quentation repr\u00e9sente l&rsquo;une des formes les plus pr\u00e9valentes et d\u00e9vastatrices d&rsquo;agression sexuelle contemporaine, survenant au sein d&rsquo;une relation interpersonnelle o\u00f9 la victime et l&rsquo;agresseur partagent un cadre de s\u00e9duction ou de socialisation partag\u00e9. Contrairement aux repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es du pr\u00e9dateur inconnu embusqu\u00e9 dans l&rsquo;espace public, cette violence s&rsquo;ancre dans l&rsquo;intimit\u00e9 relationnelle, bouleversant les rep\u00e8res de confiance et complexifiant drastiquement les processus d&rsquo;identification du traumatisme. Comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne exige une analyse clinique, sociologique et l\u00e9gale rigoureuse afin de d\u00e9construire les mythes persistants et d&rsquo;optimiser la prise en charge psychologique des personnes touch\u00e9es.<\/p>\n<h2>Viol de fr\u00e9quentation<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>viol de fr\u00e9quentation<\/strong> (traduction acad\u00e9mique privil\u00e9gi\u00e9e de l&rsquo;anglais <em>date rape<\/em>) d\u00e9signe un acte de p\u00e9n\u00e9tration sexuelle impos\u00e9 sans le consentement libre, \u00e9clair\u00e9 et explicite de la personne, commis par un individu avec lequel la victime est engag\u00e9e dans une sortie sociale, un rendez-vous amoureux ou une phase exploratoire de s\u00e9duction. Cet acte s&rsquo;ex\u00e9cute g\u00e9n\u00e9ralement sans arme ostensible, mais par le recours \u00e0 la contrainte psychologique, \u00e0 la manipulation, \u00e0 l&rsquo;intimidation morale, \u00e0 la force physique ou \u00e0 l&rsquo;exploitation d&rsquo;un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9, notamment induit par l&rsquo;alcool ou les substances psychoactives.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et victimologique, ce concept met en lumi\u00e8re une transgression majeure perp\u00e9tr\u00e9e au sein d&rsquo;un cadre o\u00f9 existait une attente mutuelle de bienveillance ou de plaisir partag\u00e9. La victime se trouve confront\u00e9e \u00e0 une dissonance cognitive aigu\u00eb : le cadre social sugg\u00e8re une interaction romantique ordinaire, tandis que l&rsquo;agresseur instrumentalise cette proximit\u00e9 pour franchir unilat\u00e9ralement les limites corporelles d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Dans la typologie des violences sexuelles, le viol de fr\u00e9quentation se distingue par l&rsquo;absence d&rsquo;effraction mat\u00e9rielle visible ou de s\u00e9questration physique pr\u00e9alable, ce qui retarde fr\u00e9quemment la qualification explicite de l&rsquo;agression par la victime elle-m\u00eame et complique son d\u00e9voilement aupr\u00e8s des instances judiciaires et soignantes.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression trouve sa gen\u00e8se dans le lexique sociologique anglo-am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1970 avec la locution nominale \u00ab date rape \u00bb. Le substantif <em>date<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du bas-latin <em>data<\/em> (\u00ab donn\u00e9e \u00bb, d\u00e9signant initialement l&rsquo;indication temporelle d&rsquo;un document), a \u00e9volu\u00e9 en anglais am\u00e9ricain \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer un rendez-vous galant ou une sortie convenue entre deux personnes explorant une affinit\u00e9 romantique. Le mot <em>rape<\/em> tire son origine du verbe latin <em>rapere<\/em>, signifiant \u00ab saisir avec violence \u00bb, \u00ab emporter de force \u00bb ou \u00ab piller \u00bb, ayant d&rsquo;abord qualifi\u00e9 l&rsquo;enl\u00e8vement avant de se sp\u00e9cialiser dans le domaine juridique et sexuel.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;Office qu\u00e9b\u00e9cois de la langue fran\u00e7aise et les criminologues francophones ont formalis\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalent \u00ab viol de fr\u00e9quentation \u00bb pour \u00e9viter l&rsquo;anglicisme direct \u00ab viol lors d&rsquo;un date \u00bb. Le terme \u00ab fr\u00e9quentation \u00bb provient du latin <em>frequentatio<\/em>, d\u00e9signant l&rsquo;action de fr\u00e9quenter assid\u00fbment ou d&rsquo;entretenir un commerce r\u00e9gulier avec autrui. Dans un contexte plus large, la litt\u00e9rature m\u00e9dicale et l\u00e9gale francophone emploie fr\u00e9quemment les syntagmes \u00ab viol par une connaissance \u00bb, \u00ab viol de rendez-vous \u00bb ou \u00ab agression sexuelle commise par un partenaire de sortie \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce vocable dans le champ scientifique a marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique fondamentale : elle a permis de nommer une r\u00e9alit\u00e9 jusque-l\u00e0 invisibilis\u00e9e ou rel\u00e9gu\u00e9e au rang de simple \u00ab malentendu passionnel \u00bb ou de \u00ab diff\u00e9rend conjugal \u00bb, conf\u00e9rant ainsi un statut nosographique et criminologique pr\u00e9cis \u00e0 une violence commise sous le masque de la sociabilit\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard international, l&rsquo;expression se transcrit phon\u00e9tiquement \/vj\u0254l d\u0259 f\u0281e.k\u0251\u0303.ta.sj\u0254\u0303\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>viols de fr\u00e9quentation<\/em>). Le terme anglais d&rsquo;origine, <em>date rape<\/em> (\/de\u026at re\u026ap\/), est souvent employ\u00e9 de mani\u00e8re informelle ou dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, mais demeure un anglicisme d\u00e9conseill\u00e9 dans les r\u00e9dactions acad\u00e9miques en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage syntaxique clinique, le terme fonctionne comme un compl\u00e9ment de qualification ou comme sujet dans des propositions d\u00e9crivant les dynamiques relationnelles traumatiques (ex. : \u00ab L&rsquo;impact psychologique du viol de fr\u00e9quentation est exacerb\u00e9 par le ph\u00e9nom\u00e8ne de trahison relationnelle \u00bb). On observe \u00e9galement l&#8217;emploi de locutions d\u00e9riv\u00e9es telles que les \u00ab drogues du viol de fr\u00e9quentation \u00bb (<em>date rape drugs<\/em>) ou le \u00ab sc\u00e9nario de viol de fr\u00e9quentation \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le viol de fr\u00e9quentation constitue un sous-ensemble critique du concept global de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agression_sexuelle\">agression sexuelle<\/a> commise par un tiers connu. Son p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel ne se limite pas \u00e0 une altercation physique brutale ; il englobe un spectre \u00e9tendu de comportements transgressifs o\u00f9 le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Consentement_sexuel\">consentement sexuel<\/a> est \u00e9lud\u00e9, contourn\u00e9 ou extorqu\u00e9. La dynamique centrale repose sur l&rsquo;asym\u00e9trie de pouvoir et sur l&rsquo;exploitation calcul\u00e9e d&rsquo;un climat de confiance initiale.<\/p>\n<p>Dans les premi\u00e8res phases de la rencontre, l&rsquo;agresseur \u00e9tablit un climat de normalit\u00e9, exploitant les conventions de politesse, de s\u00e9duction et de r\u00e9ciprocit\u00e9 sociale. Cette installation progressive de la confiance d\u00e9sarme les m\u00e9canismes habituels de vigilance de la cible. Le passage \u00e0 l&rsquo;acte s&rsquo;op\u00e8re lorsque les refus explicites (\u00ab non \u00bb, reculs physiques, supplications) ou implicites (t\u00e9tanie, pleurs, silence sid\u00e9r\u00e9) sont activement ignor\u00e9s, minimis\u00e9s ou requalifi\u00e9s par l&rsquo;agresseur comme des r\u00e9sistances symboliques (\u00ab faire semblant de refuser \u00bb) relevant du jeu \u00e9rotique.<\/p>\n<p>Un m\u00e9canisme psychologique fondamental sous-jacent au viol de fr\u00e9quentation est la sid\u00e9ration psychique de la victime. Face \u00e0 la rupture brutale du pacte de bienveillance par une personne appr\u00e9ci\u00e9e ou consid\u00e9r\u00e9e comme inoffensive, le cortex pr\u00e9frontal de la victime subit une surcharge \u00e9motionnelle massive. Cette effraction traumatique d\u00e9clenche une d\u00e9charge neurobiologique intense d&rsquo;adr\u00e9naline et de cortisol, pouvant aboutir \u00e0 une dissociation p\u00e9ritraumatique et \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;hypoactivation musculaire ou d&rsquo;immobilit\u00e9 tonique (\u00ab freezing \u00bb). L&rsquo;agresseur interpr\u00e8te alors l&rsquo;absence de d\u00e9fense physique active comme un assentiment tacite, renfor\u00e7ant sa rationalisation cognitive interne.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res du concept englobent \u00e9galement les situations o\u00f9 le discernement de la victime est aboli ou alt\u00e9r\u00e9, que cette alt\u00e9ration r\u00e9sulte d&rsquo;une soumission chimique administr\u00e9e insidieusement (GHB, benzodiaz\u00e9pines) ou d&rsquo;une consommation volontaire mais excessive d&rsquo;\u00e9thanol encourag\u00e9e par le partenaire. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 induite par l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;intoxication rend l&rsquo;obtention d&rsquo;un consentement juridiquement et \u00e9thiquement nulle et non avenue, transformant l&rsquo;acte sexuel unilat\u00e9ral en viol caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Historiquement, les lois et les trait\u00e9s de psychiatrie classique ont longtemps restreint la d\u00e9finition du viol \u00e0 l&rsquo;agression perp\u00e9tr\u00e9e par un \u00e9tranger dans des circonstances de violence physique extr\u00eame ou de menace de mort explicite. Jusque dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, toute relation sexuelle survenant entre deux personnes ayant consenti \u00e0 se rencontrer ou partageant des liens intimes \u00e9tait largement consid\u00e9r\u00e9e comme relevant de la sph\u00e8re priv\u00e9e ou de la discorde sentimentale, \u00e9chappant aux poursuites criminelles.<\/p>\n<p>Le premier travail pr\u00e9curseur identifiant ce ph\u00e9nom\u00e8ne remonte aux recherches du sociologue Eugene Kanin \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Purdue, qui d\u00e9crivit l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab agression h\u00e9t\u00e9rosexuelle masculine agressive \u00bb lors des sorties \u00e9tudiantes. Cependant, c&rsquo;est v\u00e9ritablement l&rsquo;\u00e9mergence des mouvements f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970 et les travaux pionniers de Susan Brownmiller (notamment son ouvrage s\u00e9minal <em>Against Our Will: Men, Women and Rape<\/em> paru en 1975) qui ont amorc\u00e9 une d\u00e9construction politique et scientifique du viol, d\u00e9montrant qu&rsquo;il constituait un acte de domination plut\u00f4t qu&rsquo;une pulsion sexuelle incontr\u00f4lable.<\/p>\n<p>Le tournant empirique d\u00e9cisif est attribu\u00e9 \u00e0 la psychologue Mary P. Koss au cours des ann\u00e9es 1980. En 1987, dans le cadre d&rsquo;une vaste \u00e9tude nationale parrain\u00e9e par le National Institute of Mental Health (NIMH) et le magazine <em>Ms.<\/em>, Koss et ses collaborateurs ont interrog\u00e9 plus de 6 000 \u00e9tudiants universitaires am\u00e9ricains. Les r\u00e9sultats ont stup\u00e9fi\u00e9 la communaut\u00e9 internationale : une femme sur quatre d\u00e9clarait avoir subi un viol ou une tentative de viol, et dans 84 % de ces cas, l&rsquo;agresseur \u00e9tait une connaissance ou un partenaire de sortie. De plus, une majorit\u00e9 substantielle des victimes ne nommait pas spontan\u00e9ment l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement comme un \u00ab viol \u00bb au moment des faits en raison de l&rsquo;inad\u00e9quation entre leur exp\u00e9rience et le mythe du violeur inconnu.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1990 et 2000, le concept a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les r\u00e9formes l\u00e9gislatives occidentales. Les codes p\u00e9naux, \u00e0 l&rsquo;instar de la refonte du Code p\u00e9nal fran\u00e7ais de 1994, ont progressivement abandonn\u00e9 l&rsquo;exigence de violences physiques externes pour int\u00e9grer les notions de contrainte morale et de surprise. L&rsquo;av\u00e8nement des technologies de communication num\u00e9riques et des applications de rencontre au cours des ann\u00e9es 2010 a inaugur\u00e9 un nouveau chapitre, renouvelant les recherches sur la gestion du consentement virtuel, la planification des rendez-vous et les nouvelles modalit\u00e9s d&rsquo;agression par connaissances.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension du viol de fr\u00e9quentation mobilise plusieurs cadres conceptuels majeurs en sciences sociales et en psychologie clinique :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie des sc\u00e9narios sexuels (Sexual Script Theory) :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e initialement par John Gagnon et William Simon, cette approche postule que les conduites \u00e9rotiques sont r\u00e9gies par des sch\u00e9mas socioculturels int\u00e9rioris\u00e9s. Dans le cadre traditionnel de la s\u00e9duction occidentale h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9e, le script attribue \u00e0 l&rsquo;homme le r\u00f4le d&rsquo;initiateur agressif et persistant, et \u00e0 la femme celui de r\u00e9gulatrice passive ou ambigu\u00eb, cens\u00e9e initialement r\u00e9sister pour pr\u00e9server sa r\u00e9putation (\u00ab r\u00e9sistance symbolique \u00bb). Ce mod\u00e8le g\u00e9n\u00e8re une confusion syst\u00e9mique fatale : les agresseurs de fr\u00e9quentation utilisent ce script pour disqualifier les refus r\u00e9els de leur partenaire, les interpr\u00e9tant comme faisant partie du rituel conventionnel de s\u00e9duction.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;adh\u00e9sion aux mythes du viol (Rape Myth Acceptance) :<\/strong> Formalis\u00e9e par la psychologue Martha Burt en 1980, cette th\u00e9orie d\u00e9crit comment les croyances fausses, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et pr\u00e9judiciables l\u00e9gitiment ou excusent la violence sexuelle masculine. Les mythes relatifs au viol de fr\u00e9quentation incluent des postulats tels que \u00ab accepter de monter chez quelqu&rsquo;un \u00e9quivaut \u00e0 un consentement \u00bb, \u00ab une tenue aguicheuse justifie l&rsquo;insistance \u00bb ou \u00ab si elle a bu, elle est responsable de ce qui arrive \u00bb. L&rsquo;int\u00e9riorisation de ces mythes par les agresseurs d\u00e9samorce leurs freins inhibiteurs moraux, tandis que leur int\u00e9riorisation par les victimes suscite une culpabilit\u00e9 paralysante.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le confluent de Malamuth :<\/strong> Neil Malamuth a articul\u00e9 une approche multivari\u00e9e combinant deux trajectoires motivationnelles pr\u00e9dictives de l&rsquo;agression sexuelle : la promiscuit\u00e9 hostile (hostilit\u00e9 marqu\u00e9e envers les femmes, rejet de la vuln\u00e9rabilit\u00e9) et la sexualit\u00e9 impersonnelle (recherche de conqu\u00eates sans investissement affectif). Lorsque ces traits interagissent avec des contextes de socialisation permissifs et la consommation d&rsquo;alcool, le risque de passage \u00e0 l&rsquo;acte au cours d&rsquo;un rendez-vous est maximis\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du traumatisme de la trahison (Betrayal Trauma Theory) :<\/strong> Propos\u00e9e par Jennifer Freyd, cette perspective neuropsychologique explique que lorsqu&rsquo;une violence s\u00e9v\u00e8re est inflig\u00e9e par une personne en qui la victime avait plac\u00e9 sa confiance ou de qui elle attendait un soutien social, l&rsquo;appareil psychique met en place des m\u00e9canismes de d\u00e9ni ou d&rsquo;amn\u00e9sie dissociative partielle pour pr\u00e9server la coh\u00e9rence relationnelle et la survie psychique, augmentant paradoxalement le risque de revictimisation ult\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le viol de fr\u00e9quentation se structure autour de dimensions interactionnelles, temporelles et motivationnelles distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La modalit\u00e9 de coercition :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Coercition physique directe :<\/em> Utilisation de la force musculaire, immobilisation du corps, maintien par le poids corporel sans n\u00e9cessairement administrer de coups.<\/li>\n<li><em>Coercition psychologique et verbale :<\/em> Harc\u00e8lement continu, menaces voil\u00e9es de rupture ou de diffamation, culpabilisation \u00e9motionnelle (\u00ab si tu m&rsquo;aimais vraiment \u00bb, \u00ab tu m&rsquo;as allum\u00e9, tu ne peux pas t&rsquo;arr\u00eater l\u00e0 \u00bb), exploitation de la d\u00e9f\u00e9rence hi\u00e9rarchique ou sociale.<\/li>\n<li><em>Coercition situationnelle :<\/em> Conduite de la victime dans un endroit isol\u00e9 (voiture dans un chemin forestier, chambre ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9) rendant la fuite mat\u00e9riellement impossible ou p\u00e9rilleuse.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le statut pharmacologique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Viol facilit\u00e9 par l&rsquo;alcool (volontaire) :<\/em> L&rsquo;agresseur profite intentionnellement de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;ivresse de la victime pour imposer des actes sexuels, capitalisant sur son incapacit\u00e9 neuromotrice et son impossibilit\u00e9 \u00e0 manifester un consentement valide.<\/li>\n<li><em>Soumission chimique (involontaire) :<\/em> Administration subreptice d&rsquo;agents s\u00e9datifs, hypnotiques ou amn\u00e9siques (gamma-hydroxybutyrate, flunitraz\u00e9pam, antihistaminiques puissants) visant \u00e0 an\u00e9antir toute r\u00e9sistance volitionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le degr\u00e9 de familiarit\u00e9 pr\u00e9alable :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Premier rendez-vous (First-date rape) :<\/em> La rencontre physique est inaugurale, souvent cons\u00e9cutive \u00e0 un \u00e9change sur une plateforme num\u00e9rique ou \u00e0 une pr\u00e9sentation tierce. L&rsquo;absence d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents relationnels limite la capacit\u00e9 de pr\u00e9diction comportementale de la victime.<\/li>\n<li><em>Fr\u00e9quentation \u00e9tablie (Dating relationship rape) :<\/em> L&rsquo;agression survient au bout de plusieurs semaines ou mois de sorties informelles. Le lien affectif naissant intensifie le sentiment de trahison et favorise les dynamiques d&#8217;emprise psychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser ces dimensions th\u00e9oriques, consid\u00e9rons deux situations cliniques prototypiques rencontr\u00e9es en pratique victimologique :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;escalade coercitive lors d&rsquo;un premier rendez-vous num\u00e9rique.<\/strong><br \/>Julien et Clara, 22 ans tous les deux, se rencontrent via une application mobile de s\u00e9duction. Apr\u00e8s un \u00e9change courtois de plusieurs jours, ils conviennent de boire un verre dans un bar. Julien propose ensuite de poursuivre la discussion chez lui pour \u00e9couter un disque. Clara accepte, pr\u00e9cisant explicitement qu&rsquo;elle doit se lever t\u00f4t et ne souhaite pas de relations sexuelles ce soir-l\u00e0. Une fois dans le logement, Julien commence \u00e0 l&#8217;embrasser ; Clara r\u00e9pond d&rsquo;abord favorablement \u00e0 ce baiser, puis repousse gentiment Julien lorsqu&rsquo;il tente de d\u00e9grafer ses v\u00eatements en r\u00e9p\u00e9tant calmement : \u00ab Pas ce soir, je pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;on prenne notre temps \u00bb. Julien insiste, change de ton, se montre vex\u00e9 et l&rsquo;accuse d&rsquo;\u00eatre immature et fausse. Face \u00e0 ses protestations r\u00e9it\u00e9r\u00e9es, il utilise sa corpulence pour la plaquer sur le sofa, bloque ses bras et p\u00e9n\u00e8tre Clara malgr\u00e9 ses pleurs et ses murmures d&rsquo;injonction \u00e0 cesser. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, il reprend une attitude courtoise, s&rsquo;excuse \u00e0 demi-mot pour son \u00ab impulsivit\u00e9 passionn\u00e9e \u00bb et lui commande un taxi. Clara quitte les lieux dans un \u00e9tat de confusion dissociative extr\u00eame, se demandant si le fait d&rsquo;avoir accept\u00e9 de monter chez lui et d&rsquo;avoir partag\u00e9 un premier baiser ne rend pas sa plainte ill\u00e9gitime.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;exploitation de l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e9thylique lors d&rsquo;une soir\u00e9e de fr\u00e9quentation.<\/strong><br \/>Marc et Sophie fr\u00e9quentent le m\u00eame groupe universitaire et effectuent ensemble leur troisi\u00e8me sortie sociale. Au cours de la soir\u00e9e festive, Sophie consomme de l&rsquo;alcool au point de tituber, d&rsquo;avoir des difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9locution et de manifester une d\u00e9sorientation spatiale \u00e9vidente. Marc propose de la ramener \u00e0 sa chambre universitaire pour qu&rsquo;elle s&rsquo;allonge. Une fois sur place, alors que Sophie est incapable de tenir debout et s&rsquo;endort par intermittence sans pouvoir formuler une phrase coh\u00e9rente, Marc la d\u00e9shabille et engage une p\u00e9n\u00e9tration sexuelle. Le lendemain matin, Sophie se r\u00e9veille d\u00e9v\u00eatue, avec des douleurs g\u00e9nitales et des bribes mn\u00e9siques angoissantes, tandis que Marc lui affirme sur le ton de la complicit\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00ab tr\u00e8s entreprenante \u00bb la veille. Ce cas illustre parfaitement le viol facilit\u00e9 par l&rsquo;alcool sans violence physique traumatique externe, o\u00f9 la sid\u00e9ration physiologique et l&rsquo;amn\u00e9sie partielle emp\u00eachent la victime de rep\u00e9rer imm\u00e9diatement la qualification p\u00e9nale de l&rsquo;infraction.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification du viol de fr\u00e9quentation pose des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques consid\u00e9rables en psychom\u00e9trie et en \u00e9pid\u00e9miologie criminologique en raison de la sous-d\u00e9claration massive et du ph\u00e9nom\u00e8ne des \u00ab agressions non reconnues \u00bb (<em>unacknowledged rape<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;instrument de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale est le <strong>Sexual Experiences Survey (SES)<\/strong>, \u00e9labor\u00e9 et r\u00e9vis\u00e9 par Mary P. Koss et ses coll\u00e8gues (notamment la version SES-LFV). Plut\u00f4t que de poser des questions directes et juridiques (\u00ab Avez-vous d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 viol\u00e9(e) ? \u00bb), le SES utilise des descriptions comportementales pr\u00e9cises et op\u00e9rationnelles de tactiques coercitives (force physique, menaces verbales, profit tir\u00e9 d&rsquo;une ivrance avanc\u00e9e) crois\u00e9es avec des actes sp\u00e9cifiques (baisers forc\u00e9s, attouchements, p\u00e9n\u00e9trations digitales, orales, vaginales ou anales). Cette approche permet de capturer les agressions v\u00e9cues que les r\u00e9pondants refusent ou h\u00e9sitent \u00e0 qualifier de viols en raison du stigmate associ\u00e9.<\/p>\n<p>Pour \u00e9valuer les attitudes sociocognitives pr\u00e9disposant au passage \u00e0 l&rsquo;acte ou au bl\u00e2me de la victime, les chercheurs utilisent la <strong>Rape Myth Acceptance Scale (RMA)<\/strong> de Burt ou sa d\u00e9clinaison contemporaine, l&rsquo;<strong>Illinois Rape Myth Acceptance Scale (IRMA)<\/strong> d\u00e9velopp\u00e9e par Kimberly Lonsway et Louise Fitzgerald. Cet outil mesure l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 des sous-\u00e9chelles sp\u00e9cifiques telles que l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab les femmes provoquent les agressions \u00bb, qu&rsquo;\u00ab elles mentent par vengeance \u00bb ou que \u00ab la persistance masculine fait partie du jeu normal de s\u00e9duction \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique individuel, l&rsquo;\u00e9valuation diagnostique de la victime requiert des protocoles structur\u00e9s mesurant le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> (TSPT), tels que la <em>Clinician-Administered PTSD Scale<\/em> (CAPS-5) et la <em>Post-Traumatic Stress Diagnostic Scale<\/em> (PDS-5), ainsi que des \u00e9chelles quantifiant la dissociation p\u00e9ri-traumatique (PDI) et l&rsquo;intensit\u00e9 de la honte int\u00e9rioris\u00e9e.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation du viol de fr\u00e9quentation a transform\u00e9 de nombreux domaines d&rsquo;intervention pratique :<\/p>\n<p><strong>Interventions cliniques et psychoth\u00e9rapeutiques :<\/strong> La prise en charge d&rsquo;une victime de viol de fr\u00e9quentation exige une d\u00e9sactivation urgente de l&rsquo;auto-culpabilisation. Le sentiment de responsabilit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9cupl\u00e9 par rapport \u00e0 une agression par un tiers inconnu (\u00ab J&rsquo;ai accept\u00e9 de le voir \u00bb, \u00ab J&rsquo;ai bu ce verre \u00bb, \u00ab J&rsquo;aurais d\u00fb \u00eatre plus vigilante \u00bb). La th\u00e9rapie cognitive et comportementale ax\u00e9e sur le trauma (TCC-T) et l&rsquo;EMDR (<em>Eye Movement Desensitization and Reprocessing<\/em>) permettent de restructurer les cognitions erron\u00e9es sur la responsabilit\u00e9 et de retraiter les fragments de m\u00e9moire sensorielle dissoci\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Programmes de pr\u00e9vention en milieu scolaire et universitaire :<\/strong> La majorit\u00e9 des agressions de fr\u00e9quentation survenant entre 16 et 24 ans, des programmes pr\u00e9ventifs fond\u00e9s sur des preuves ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s sur les campus nord-am\u00e9ricains et europ\u00e9ens. Le programme d&rsquo;intervention des t\u00e9moins actifs (<em>Bystander Intervention<\/em>), \u00e0 l&rsquo;instar de <em>Green Dot<\/em> ou <em>Bringing in the Bystander<\/em>, entra\u00eene les pairs \u00e0 identifier les dynamiques pr\u00e9datrices lors des f\u00eates d&rsquo;\u00e9tudiants et \u00e0 intervenir avant qu&rsquo;un individu vuln\u00e9rable ne soit isol\u00e9 par un agresseur potentiel.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9formes judiciaires et formation m\u00e9dico-l\u00e9gale :<\/strong> La compr\u00e9hension du viol de fr\u00e9quentation a conduit les magistrats, enqu\u00eateurs et m\u00e9decins l\u00e9gistes \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les crit\u00e8res mat\u00e9riels de l&rsquo;agression. En droit fran\u00e7ais, l&rsquo;article 222-23 du Code p\u00e9nal dispose que \u00ab tout acte de p\u00e9n\u00e9tration sexuelle de quelque nature qu&rsquo;il soit [&#8230;] commis sur la personne d&rsquo;autrui ou sur la personne de l&rsquo;auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol \u00bb. L&rsquo;exploitation de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9thylique est ainsi retenue sous le chef de la \u00ab surprise \u00bb ou de la \u00ab contrainte \u00bb, invalidant l&rsquo;argumentaire de la d\u00e9fense reposant sur l&rsquo;absence de coups ou de blessures physiques externes.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine met en relief des donn\u00e9es empiriques cruciales pour appr\u00e9hender l&rsquo;ampleur et les m\u00e9canismes du ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques transversales corroborent invariablement que les viols commis par des partenaires intimes ou de fr\u00e9quentation repr\u00e9sentent entre 70 % et 80 % de l&rsquo;ensemble des agressions sexuelles subies par les femmes au cours de leur vie d&rsquo;adulte. Selon les donn\u00e9es de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC, enqu\u00eate NISVS), environ une femme sur cinq aux \u00c9tats-Unis a subi un viol consomm\u00e9 ou une tentative de viol, dont la majorit\u00e9 \u00e9crasante implique une personne connue ou fr\u00e9quent\u00e9e.<\/p>\n<p>Un pan substantiel de la recherche cognitive s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab viol non reconnu \u00bb (<em>unacknowledged date rape<\/em>). Les m\u00e9ta-analyses indiquent qu&rsquo;entre 40 % et 60 % des individus qui d\u00e9crivent des exp\u00e9riences correspondant rigoureusement aux crit\u00e8res p\u00e9naux du viol r\u00e9pondent \u00ab non \u00bb lorsqu&rsquo;on leur demande directement s&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s. Ce d\u00e9calage s&rsquo;explique par la congruence d\u00e9faillante entre leur exp\u00e9rience v\u00e9cue (absence de coups, relation pr\u00e9alable agr\u00e9able, agresseur poli au d\u00e9part) et le prototype culturel dominant du viol (inconnu violent arm\u00e9 dans une ruelle sombre). Ces victimes non reconnues d\u00e9veloppent n\u00e9anmoins des taux de d\u00e9pression, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de dysfonctions sexuelles statistiquement \u00e9quivalents \u00e0 ceux des victimes ayant nomm\u00e9 l&rsquo;agression.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique des agresseurs, les travaux de David Lisak et Paul Miller ont remis en cause le postulat du \u00ab jeune homme bien intentionn\u00e9 victime d&rsquo;une simple erreur de communication \u00bb. Leurs \u00e9tudes d\u00e9montrent qu&rsquo;une proportion substantielle des viols de fr\u00e9quentation sur les campus est imputable \u00e0 des agresseurs s\u00e9riels r\u00e9cidivistes (<em>undetected serial rapistes<\/em>). Ces individus planifient activement leurs agressions, ciblent des femmes en situation d&rsquo;isolement ou d&rsquo;ivresse, usent de coercition graduelle et exploitent les normes de courtoisie de la victime pour inhiber ses d\u00e9fenses.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La conceptualisation et la tol\u00e9rance du viol de fr\u00e9quentation fluctuent consid\u00e9rablement selon les structures socioculturelles, les repr\u00e9sentations du genre et les r\u00e9gimes juridiques \u00e0 travers le monde :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes, bien que le concept soit institutionnellement reconnu et p\u00e9nalis\u00e9, la culture du rendez-vous galant demeure impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;attentes implicites. L&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des applications de rencontre g\u00e9olocalis\u00e9es (Tinder, Bumble, etc.) a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de nouveaux scripts sociaux o\u00f9 la fronti\u00e8re entre s\u00e9duction h\u00e2tive, attentes de r\u00e9ciprocit\u00e9 mat\u00e9rielle (ex. : \u00ab J&rsquo;ai pay\u00e9 le d\u00eener \u00bb) et autonomie corporelle est fr\u00e9quemment brouill\u00e9e, perp\u00e9tuant des formes larv\u00e9es de contrainte morale.<\/p>\n<p>Dans les cultures collectivistes ou fortement patriarcales, la notion m\u00eame de viol de fr\u00e9quentation peut \u00eatre frapp\u00e9e d&rsquo;inintelligibilit\u00e9 ou d&rsquo;invisibilisation totale. Lorsque la chastet\u00e9 f\u00e9minine avant le mariage est \u00e9rig\u00e9e en valeur cardinale pour l&rsquo;honneur familial, le simple fait d&rsquo;avoir consenti \u00e0 une sortie en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec un homme non apparent\u00e9 expose la victime \u00e0 l&rsquo;opprobre social, au rejet familial ou \u00e0 des violences punitives. En cons\u00e9quence, la d\u00e9nonciation d&rsquo;un viol survenu lors d&rsquo;une fr\u00e9quentation informelle y est exceptionnellement rare, la femme \u00e9tant automatiquement pr\u00e9sum\u00e9e coupable de licence morale ou de d\u00e9vergondage.<\/p>\n<p>Les approches juridiques internationales divergent \u00e9galement quant au traitement du consentement. Tandis que des pays comme la Su\u00e8de, le Royaume-Uni ou l&rsquo;Espagne ont adopt\u00e9 des l\u00e9gislations fond\u00e9es sur le \u00ab consentement positif ou affirmatif \u00bb (le principe du <em>Only Yes means Yes<\/em>, o\u00f9 l&rsquo;absence d&rsquo;accord explicite verbal ou corporel continu qualifie automatiquement l&rsquo;acte de viol), d&rsquo;autres syst\u00e8mes exigent encore la preuve d&rsquo;une contrainte manifeste ou d&rsquo;une r\u00e9sistance mat\u00e9rielle de la victime, ce qui d\u00e9favorise syst\u00e9matiquement la criminalisation des viols de fr\u00e9quentation.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La vulgarisation et l&rsquo;application op\u00e9rationnelle du concept de viol de fr\u00e9quentation ont suscit\u00e9 d&rsquo;intenses controverses sociologiques, id\u00e9ologiques et juridiques au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es :<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, des essayistes et f\u00e9ministes dissidentes am\u00e9ricaines comme Katie Roiphe (dans son ouvrage <em>The Morning After: Sex, Fear, and Feminism<\/em>) et Christina Hoff Sommers ont vivement critiqu\u00e9 l&rsquo;ampleur statistique avanc\u00e9e par Mary Koss. Roiphe a soutenu que l&rsquo;\u00e9largissement de la d\u00e9finition du viol pour y inclure des relations sexuelles survenues apr\u00e8s une consommation mutuelle d&rsquo;alcool ou des insistances verbales non physiques infantilisait les femmes, niait leur propre agentivit\u00e9 sexuelle et transformait des regrets post-co\u00eftaux ou des maladresses relationnelles en crimes de sang. Ces critiques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9es empiriquement par les chercheurs en victimologie, qui ont d\u00e9montr\u00e9 que les questionnaires comportementaux ne comptaient pas les regrets moraux, mais bien des p\u00e9n\u00e9trations non consenties impos\u00e9es par la force ou l&rsquo;incapacit\u00e9 neuromotrice.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat r\u00e9current concerne la gestion du consentement affirmatif et la fluidit\u00e9 des interactions intimes. Certains d\u00e9tracteurs arguent qu&rsquo;exiger un consentement explicite \u00e0 chaque \u00e9tape de l&rsquo;escalade sensuelle d\u00e9truit la spontan\u00e9it\u00e9 \u00e9rotique et introduit une logique contractuelle inadapt\u00e9e \u00e0 la psychologie du d\u00e9sir humain. Les sp\u00e9cialistes de la pr\u00e9vention r\u00e9torquent que le consentement enthousiaste n&rsquo;est pas un contrat notari\u00e9, mais un dialogue continu, corporel et verbal, fond\u00e9 sur l&rsquo;attention bienveillante port\u00e9e aux r\u00e9actions de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Enfin, le traitement probatoire du viol de fr\u00e9quentation dans les cours de justice demeure une pierre d&rsquo;achoppement structurelle. En l&rsquo;absence quasi-syst\u00e9matique de t\u00e9moins oculaires, de l\u00e9sions physiques ou d&rsquo;effraction cutan\u00e9e, les proc\u00e8s se transforment fr\u00e9quemment en batailles de cr\u00e9dibilit\u00e9 (\u00ab parole contre parole \u00bb). Ce vide probatoire mat\u00e9riel active in\u00e9vitablement les st\u00e9r\u00e9otypes sexistes au sein de l&rsquo;institution judiciaire, o\u00f9 la tenue vestimentaire, la vie sexuelle ant\u00e9rieure ou l&rsquo;\u00e9tat de sobri\u00e9t\u00e9 de la plaignante sont examin\u00e9s avec une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 disproportionn\u00e9e par rapport aux actes de l&rsquo;accus\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour assurer une rigueur terminologique en psychologie et en droit, il convient d&rsquo;op\u00e9rer des distinctions nettes entre le viol de fr\u00e9quentation et les notions p\u00e9riph\u00e9riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Viol par une connaissance (Acquaintance Rape) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant tout viol commis par un individu identifi\u00e9 par la victime (voisin, coll\u00e8gue, ami de la famille, camarade de classe). Le viol de fr\u00e9quentation en constitue une sous-cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique circonscrite au contexte pr\u00e9cis d&rsquo;une sortie romantique ou d&rsquo;un processus de s\u00e9duction amoureuse.<\/li>\n<li><strong>Viol conjugal \/ Viol par le partenaire intime :<\/strong> Agression sexuelle survenant au sein d&rsquo;un couple formellement \u00e9tabli, mari\u00e9 ou cohabitant durablement. Alors que le viol conjugal s&rsquo;inscrit g\u00e9n\u00e9ralement dans un cycle chronique de violences domestiques et d&#8217;emprise financi\u00e8re ou mat\u00e9rielle, le viol de fr\u00e9quentation survient souvent au stade initial de la relation, sans historique d&rsquo;habitat partag\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Viol par un \u00e9tranger (Stranger Rape) :<\/strong> Agression commise par une personne totalement inconnue de la victime, survenant classiquement par embuscade dans l&rsquo;espace public ou violation de domicile. Contrairement au viol de fr\u00e9quentation, il implique une probabilit\u00e9 beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e de recours aux armes et d&rsquo;agressions physiques traumatisantes visibles, et suscite paradoxalement moins de culpabilit\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9e chez la victime.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Soumission_chimique\">Soumission chimique<\/a> :<\/strong> Proc\u00e9d\u00e9 pharmacologique consistant \u00e0 administrer une substance psychoactive \u00e0 l&rsquo;insu d&rsquo;une personne \u00e0 des fins criminelles. Bien qu&rsquo;elle soit fr\u00e9quemment utilis\u00e9e dans les sc\u00e9narios de viol de fr\u00e9quentation (<em>drogues du date rape<\/em>), le viol de fr\u00e9quentation peut tout \u00e0 fait s&rsquo;accomplir sans aucune drogue, par la seule force physique ou la pression morale.<\/li>\n<li><strong>Coercition sexuelle :<\/strong> Strat\u00e9gie d&rsquo;obtention de faveurs sexuelles par l&rsquo;insistance verbale, le chantage affectif ou l&rsquo;usure psychologique. Elle borde la fronti\u00e8re du viol de fr\u00e9quentation lorsque la pression exerc\u00e9e oblit\u00e8re totalement le libre arbitre de l&rsquo;individu, franchissant le seuil p\u00e9nal de la contrainte morale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le viol de fr\u00e9quentation constitue une violence sexuelle commise lors d&rsquo;une interaction de s\u00e9duction sociale ou romantique, mat\u00e9rialisant une rupture traumatique du pacte de confiance interpersonnelle. Ses caract\u00e9ristiques fondamentales s&rsquo;articulent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une infraction p\u00e9nale caract\u00e9ris\u00e9e, d\u00e9finie par l&rsquo;absence d&rsquo;assentiment libre et \u00e9clair\u00e9, ind\u00e9pendamment du fait que la victime ait accept\u00e9 de partager un repas, d&rsquo;entrer dans un lieu priv\u00e9 ou d&rsquo;initier des pr\u00e9liminaires.<\/li>\n<li>La majorit\u00e9 des victimes ne subit pas d&rsquo;agression physique destructrice ostensible, mais est confront\u00e9e \u00e0 la contrainte morale, \u00e0 la force d&rsquo;immobilisation, \u00e0 l&rsquo;exploitation d&rsquo;une ivresse avanc\u00e9e ou \u00e0 la soumission chimique.<\/li>\n<li>Les r\u00e9actions de sid\u00e9ration psychique et de dissociation p\u00e9ri-traumatique constituent une r\u00e9ponse neurobiologique automatique d&rsquo;autod\u00e9fense face \u00e0 l&rsquo;effroi, et ne doivent sous aucun pr\u00e9texte \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme une acceptation tacite des actes impos\u00e9s.<\/li>\n<li>L&rsquo;adh\u00e9sion collective aux mythes du viol engendre une forte tendance au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bl%C3%A2me_de_la_victime\">bl\u00e2me de la victime<\/a> (<em>victim blaming<\/em>), ce qui favorise l&rsquo;auto-culpabilisation des personnes violent\u00e9es et le sous-signalement criminel massif.<\/li>\n<li>La prise en charge th\u00e9rapeutique sp\u00e9cialis\u00e9e est imp\u00e9rative pour traiter le traumatisme de la trahison, restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;estime de soi et att\u00e9nuer les manifestations chroniques du stress post-traumatique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brownmiller, S. (1975). <em>Against our will: Men, women and rape<\/em>. Simon and Schuster.<\/li>\n<li>Burt, M. R. (1980). Cultural myths and supports for rape. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 38(2), 217\u2013230. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.38.2.217\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.38.2.217<\/a><\/li>\n<li>Gagnon, J. H., &amp; Simon, W. (1973). <em>Sexual conduct: The social sources of human sexuality<\/em>. Aldine Publishing Company.<\/li>\n<li>Kanin, E. J. (1957). Male aggression in dating-courtship relations. <em>American Journal of Sociology<\/em>, 63(1), 45\u201351. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1086\/222143\">https:\/\/doi.org\/10.1086\/222143<\/a><\/li>\n<li>Koss, M. P., Gidycz, C. A., &amp; Wisniewski, N. (1987). The scope of rape: Incidence and prevalence of sexual aggression and victimization in a national sample of higher education students. <em>Journal of Consulting and Clinical Psychology<\/em>, 55(2), 162\u2013170. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-006X.55.2.162\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-006X.55.2.162<\/a><\/li>\n<li>Lisak, D., &amp; Miller, P. M. (2002). Repeat rape and multiple offending among undetected rapists. <em>Violence and Victims<\/em>, 17(1), 73\u201384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1891\/vivi.17.1.73.33637\">https:\/\/doi.org\/10.1891\/vivi.17.1.73.33637<\/a><\/li>\n<li>Malamuth, N. M., Sockloskie, R. J., Koss, M. P., &amp; Tanaka, J. S. (1991). 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