{"id":25995,"date":"2026-11-08T21:51:05","date_gmt":"2026-11-08T21:51:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=drug-abuse-screening-test-dast"},"modified":"2026-11-08T21:51:05","modified_gmt":"2026-11-08T21:51:05","slug":"drug-abuse-screening-test-dast","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=drug-abuse-screening-test-dast","title":{"rendered":"DAST : D\u00e9pistage des Addictions aux Substances"},"content":{"rendered":"<p>Le d\u00e9pistage pr\u00e9coce des conduites addictives constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de la psychiatrie contemporaine, de l&rsquo;addictologie et de la psychologie clinique. Parmi les instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s les plus rigoureusement \u00e9prouv\u00e9s dans la litt\u00e9rature internationale figure le Drug Abuse Screening Test, couramment d\u00e9sign\u00e9 par son acronyme DAST, qui permet d&rsquo;\u00e9valuer de mani\u00e8re syst\u00e9matique les cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de l&rsquo;usage de substances psychoactives.<\/p>\n<h2>Le Drug Abuse Screening Test (DAST)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le Drug Abuse Screening Test (DAST) est un instrument d&rsquo;auto-\u00e9valuation psychom\u00e9trique con\u00e7u pour identifier, quantifier et cat\u00e9goriser la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des cons\u00e9quences n\u00e9fastes associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;utilisation non m\u00e9dicale de substances psychoactives autres que l&rsquo;alcool. Structur\u00e9 sous la forme d&rsquo;un questionnaire binaire standardis\u00e9, il explore l&rsquo;impact de la consommation de drogues sur les sph\u00e8res biologique, psychologique, sociale, interpersonnelle et m\u00e9dico-l\u00e9gale de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychom%C3%A9trie\">psychom\u00e9trie<\/a> clinique, le DAST n&rsquo;est pas con\u00e7u pour poser \u00e0 lui seul un diagnostic nosographique formel selon les nomenclatures internationales, mais plut\u00f4t pour agir comme un outil de d\u00e9pistage rapide, robuste et discriminant. Il permet de situer un sujet sur un continuum de gravit\u00e9 allant de l&rsquo;absence de retentissement fonctionnel \u00e0 un trouble s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;usage de substances requ\u00e9rant une intervention th\u00e9rapeutique intensive.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;instrument se focalise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur les r\u00e9percussions comportementales et psychosociales de la consommation plut\u00f4t que sur les caract\u00e9ristiques pharmacologiques quantitatives telles que la posologie, la fr\u00e9quence brute ou la voie d&rsquo;administration, conf\u00e9rant ainsi \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation une pertinence \u00e9cologique majeure dans les structures de soins primaires comme dans les milieux sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme DAST provient de l&rsquo;anglais \u00ab Drug Abuse Screening Test \u00bb, une appellation cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 dans un contexte acad\u00e9mique nord-am\u00e9ricain. Le vocable \u00ab drug \u00bb d\u00e9rive du moyen anglais et du moyen fran\u00e7ais \u00ab drogue \u00bb (dont l&rsquo;origine exacte demeure discut\u00e9e, possiblement li\u00e9e au n\u00e9erlandais \u00ab droog \u00bb signifiant sec, en r\u00e9f\u00e9rence aux herbes m\u00e9dicinales s\u00e9ch\u00e9es). Dans la nomenclature anglo-saxonne, ce terme englobe indiff\u00e9remment les m\u00e9dicaments d&rsquo;ordonnance et les substances illicites.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab abuse \u00bb provient du latin <em>abusus<\/em>, participe pass\u00e9 d&rsquo;<em>abuti<\/em> (user compl\u00e8tement, consumer, et par extension d\u00e9vier de l&rsquo;usage correct, user mal). Bien que la terminologie contemporaine de la sant\u00e9 publique tende \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;expression \u00ab trouble de l&rsquo;usage de substances \u00bb pour r\u00e9duire la stigmatisation sociale, le terme d&rsquo;origine a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 dans l&rsquo;intitul\u00e9 canonique du test pour des raisons d&rsquo;indexation scientifique et de continuit\u00e9 historique.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab screening \u00bb est issu du vieil anglais <em>scryn<\/em> ou du vieux fran\u00e7ais \u00ab escran \u00bb (paravent ou crible), \u00e9voquant l&rsquo;action de passer au crible une population pour s\u00e9parer les individus sains de ceux pr\u00e9sentant des signes de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Enfin, \u00ab test \u00bb renvoie au latin <em>testum<\/em> (creuset de terre cuite employ\u00e9 pour \u00e9prouver la puret\u00e9 des m\u00e9taux), soulignant la vocation d&rsquo;investigation objective et standardis\u00e9e inh\u00e9rente \u00e0 la mesure clinique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;acronyme se prononce g\u00e9n\u00e9ralement [dast] en fran\u00e7ais, sous la forme d&rsquo;un mot unique prononc\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un nom commun, bien qu&rsquo;il soit occasionnellement \u00e9pel\u00e9 lettre par lettre [de-a-\u025bs-te] dans certains contextes acad\u00e9miques formels.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, \u00ab DAST \u00bb est un nom propre d&rsquo;instrument, employ\u00e9 au genre masculin singulier (\u00ab le DAST \u00bb, \u00ab un score \u00e9lev\u00e9 au DAST \u00bb). Lorsqu&rsquo;il est d\u00e9clin\u00e9 selon ses variantes abr\u00e9g\u00e9es, il s&rsquo;associe au nombre d&rsquo;items le composant \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un trait d&rsquo;union (\u00ab le DAST-20 \u00bb, \u00ab le DAST-10 \u00bb).<\/p>\n<p>Dans les publications francophones sp\u00e9cialis\u00e9es, il est fr\u00e9quent de voir l&rsquo;acronyme conserv\u00e9 dans sa forme originale tout en \u00e9tant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de sa traduction explicative, \u00e0 savoir le \u00ab Questionnaire de d\u00e9pistage de l&rsquo;abus de drogues \u00bb ou le \u00ab Test de d\u00e9pistage de l&rsquo;usage nocif de drogues \u00bb, fonctionnant ainsi comme syntagme nominal invariable.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le Drug Abuse Screening Test repose sur la conceptualisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Addiction\">addiction<\/a> non pas comme un ph\u00e9nom\u00e8ne binaire r\u00e9ductible \u00e0 la dichotomie pr\u00e9sence\/absence, mais comme un continuum dimensionnel complexe o\u00f9 les perturbations induites par les substances s&rsquo;\u00e9tendent de fa\u00e7on graduelle dans la vie du consommateur. L&rsquo;outil \u00e9value la rupture de l&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique individuel et environnemental engendr\u00e9e par la consommation r\u00e9guli\u00e8re ou compulsive de produits psychoactifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture conceptuelle du DAST exclut explicitement l&rsquo;alcool et le tabac de son champ d&rsquo;investigation direct, bien que ces produits partagent des m\u00e9canismes neurobiologiques communs de renforcement. Cette exclusion d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e s&rsquo;explique par la volont\u00e9 des auteurs de disposer d&rsquo;un outil sp\u00e9cifique capable de cerner les dynamiques particuli\u00e8res li\u00e9es aux substances psychotropes illicites (cannabis, coca\u00efne, h\u00e9ro\u00efne, amph\u00e9tamines, hallucinog\u00e8nes) ainsi qu&rsquo;aux m\u00e9dicaments psychoactifs d\u00e9tourn\u00e9s de leur indication th\u00e9rapeutique initiale (benzodiaz\u00e9pines, opio\u00efdes antalgiques, stimulants sur ordonnance).<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre du test englobe une pluralit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences subjectives et de faits observables : la perte d&rsquo;auto-contr\u00f4le sur la quantit\u00e9 ou la dur\u00e9e d&rsquo;utilisation, l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;obsessions cognitives relatives \u00e0 l&rsquo;approvisionnement, la culpabilit\u00e9 post-consommation, l&rsquo;apparition de conflits conjugaux ou familiaux, les ruptures professionnelles, la n\u00e9gligence des r\u00f4les parentaux et sociaux, ainsi que les complications somatiques (tels que les blackouts ou sympt\u00f4mes physiques de sevrage) et m\u00e9dico-l\u00e9gales (arrestations, conduites dangereuses, actes d\u00e9lictueux sous influence).<\/p>\n<p>La force \u00e9pist\u00e9mologique du test r\u00e9side dans sa neutralit\u00e9 nosologique relative. Bien qu&rsquo;il s&rsquo;aligne \u00e9troitement avec les crit\u00e8res du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/a> (DSM), il ne cherche pas \u00e0 cartographier de mani\u00e8re rigide chaque sympt\u00f4me formel, mais capture l&rsquo;intensit\u00e9 globale de la d\u00e9sadaptation biopsychosociale du sujet, fournissant au praticien un indice composite standardis\u00e9 d&rsquo;une remarquable utilit\u00e9 clinique.<\/p>\n<p>Enfin, le DAST op\u00e8re sur une fen\u00eatre temporelle r\u00e9trospective clairement d\u00e9limit\u00e9e, le plus souvent les douze derniers mois pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;\u00e9valuation. Ce cadre temporel standardis\u00e9 garantit que les r\u00e9ponses refl\u00e8tent un fonctionnement adaptatif contemporain plut\u00f4t que des r\u00e9percussions lointaines r\u00e9solues depuis longtemps, optimisant ainsi la pertinence des d\u00e9cisions d&rsquo;orientation th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>Le Drug Abuse Screening Test a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 par le professeur Harvey A. Skinner au sein de l&rsquo;Addiction Research Foundation de Toronto (int\u00e9gr\u00e9e plus tard au Centre for Addiction and Mental Health &#8211; CAMH), en Ontario, au Canada. La publication princeps de l&rsquo;instrument est parue en 1982 dans la revue scientifique internationale <em>Addictive Behaviors<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, le champ clinique disposait d&rsquo;outils bien standardis\u00e9s pour le rep\u00e9rage de l&rsquo;alcoolisme, au premier rang desquels figurait le Michigan Alcoholism Screening Test (MAST), d\u00e9velopp\u00e9 par Melvin Selzer en 1971. Toutefois, la communaut\u00e9 psychiatrique manquait d&rsquo;un \u00e9quivalent psychom\u00e9trique fiable et sp\u00e9cifique pour d\u00e9pister l&rsquo;usage abusif des autres substances psychotropes, dont la pr\u00e9valence connaissait une expansion consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Harvey Skinner a donc d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment mod\u00e9lis\u00e9 le DAST sur la structure logique et stylistique du MAST, cr\u00e9ant initialement une version comprenant 28 items (DAST-28). L&rsquo;objectif \u00e9tait de proposer une \u00e9chelle capable d&rsquo;afficher des propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques comparables en termes d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interne et de validit\u00e9 crit\u00e9ri\u00e9e, tout en isolant les probl\u00e9matiques singuli\u00e8res inh\u00e9rentes aux drogues illicites et aux m\u00e9dicaments psychotropes.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer d&rsquo;outils plus maniables dans les services d&rsquo;urgence et les cabinets de m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale, Skinner et ses coll\u00e8gues ont rapidement d\u00e9velopp\u00e9 des versions abr\u00e9g\u00e9es. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ont \u00e9merg\u00e9 le DAST-20, puis le DAST-10, qui ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;une vaste r\u00e9plication scientifique dans de nombreux contextes transculturels. Des adaptations cibl\u00e9es, telles que le DAST-A pour les adolescents, ont consolid\u00e9 au fil des d\u00e9cennies l&rsquo;autorit\u00e9 m\u00e9thodologique de cet instrument dans la recherche mondiale en addictologie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques du DAST s&rsquo;enracinent \u00e0 la crois\u00e9e du mod\u00e8le biopsychosocial des addictions d\u00e9velopp\u00e9 par George Engel et des th\u00e9ories comportementales de l&rsquo;apprentissage operant. L&rsquo;outil postule que la d\u00e9pendance ne peut \u00eatre comprise uniquement sous l&rsquo;angle d&rsquo;une pathologie mol\u00e9culaire c\u00e9r\u00e9brale ou d&rsquo;un d\u00e9ficit moral, mais constitue un dysfonctionnement syst\u00e9mique affectant la totalit\u00e9 des interactions entre l&rsquo;individu et son milieu de vie.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, l&rsquo;\u00e9chelle mobilise les concepts d&rsquo;alt\u00e9ration du contr\u00f4le de soi et de conflit intrapsychique. Plusieurs items ciblent sp\u00e9cifiquement le sentiment d&rsquo;impuissance face \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat, les tentatives avort\u00e9es de mod\u00e9ration et l&rsquo;exp\u00e9rience de la culpabilit\u00e9 cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;usage. Ces indicateurs traduisent le d\u00e9calage douloureux entre les valeurs fondamentales de l&rsquo;individu et ses comportements r\u00e9els de consommation sous l&rsquo;effet du craving.<\/p>\n<p>Sur le versant syst\u00e9mique et sociologique, le DAST int\u00e8gre la notion de d\u00e9gradation du r\u00e9seau de soutien social et d&rsquo;ali\u00e9nation relationnelle. L&rsquo;instrument interroge l&rsquo;\u00e9rosion progressive des liens d&rsquo;attachement primaires (conjoints, parents, enfants) caus\u00e9e par le mensonge, l&rsquo;agressivit\u00e9 ou la focalisation exclusive sur la recherche du produit, ce qui fait \u00e9cho aux th\u00e9ories interactionnistes de la d\u00e9viance et de la stigmatisation.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan de la psychom\u00e9trie classique, le DAST s&rsquo;appuie sur le mod\u00e8le de mesure unidimensionnelle du trait latent. Selon cette perspective, les diff\u00e9rentes manifestations comportementales (perte d&#8217;emploi, arrestations, sympt\u00f4mes de sevrage, reproches de l&rsquo;entourage) constituent autant de reflets covariants d&rsquo;une seule et m\u00eame variable sous-jacente continue : la gravit\u00e9 de l&rsquo;atteinte fonctionnelle li\u00e9e aux substances.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, versions et dimensions<\/h3>\n<p>Bien que le DAST g\u00e9n\u00e8re un score global unidimensionnel, une analyse approfondie de ses items permet de d\u00e9gager plusieurs axes th\u00e9matiques majeurs qui structurent l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;assu\u00e9tude :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Perte de contr\u00f4le et d\u00e9pendance psychique :<\/strong> Incapacit\u00e9 \u00e0 interrompre la prise du produit, consommation au-del\u00e0 des limites fix\u00e9es initialement, sentiment de contrainte interne et besoin compulsif de consommer.<\/li>\n<li><strong>Cons\u00e9quences interpersonnelles et familiales :<\/strong> Plaintes r\u00e9currentes du partenaire ou de la famille, disputes majeures au sujet de la consommation, d\u00e9t\u00e9rioration des relations amicales et isolement relationnel.<\/li>\n<li><strong>Retentissement fonctionnel et professionnel :<\/strong> N\u00e9gligence des responsabilit\u00e9s parentales, absent\u00e9isme professionnel r\u00e9p\u00e9titif, baisses de productivit\u00e9, sanctions administratives ou pertes d&#8217;emploi.<\/li>\n<li><strong>Complications somatiques et cognitives :<\/strong> Survenue de trous de m\u00e9moire (\u00ab blackouts \u00bb), hallucinations, malaises physiques, manifestations de sevrage aigu lors de l&rsquo;arr\u00eat forc\u00e9 et complications m\u00e9dicales secondaires.<\/li>\n<li><strong>Complications l\u00e9gales et conduites \u00e0 risque :<\/strong> Activit\u00e9s ill\u00e9gales entreprises pour financer l&rsquo;achat de substances, arrestations pour possession ou vente, conduites de v\u00e9hicules sous l&#8217;emprise du produit mettant en jeu la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;autrui.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces composantes structurelles, l&rsquo;instrument existe en plusieurs d\u00e9clinaisons psychom\u00e9triques homologu\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>DAST-28 :<\/strong> La version originale exhaustive compos\u00e9e de 28 items dichotomiques (Oui\/Non), offrant un panorama clinique d\u00e9taill\u00e9 particuli\u00e8rement adapt\u00e9 aux protocoles de recherche et aux bilans addictologiques approfondis.<\/li>\n<li><strong>DAST-20 :<\/strong> Une version \u00e9pur\u00e9e de 20 questions \u00e9liminant les items redondants ou statistiquement moins discriminants, couramment employ\u00e9e dans les d\u00e9partements hospitaliers de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>DAST-10 :<\/strong> La variante ultra-courte de dix items, optimis\u00e9e pour les milieux de soins de premi\u00e8re ligne et le d\u00e9pistage de routine dans les services d&rsquo;accueil des urgences.<\/li>\n<li><strong>DAST-A :<\/strong> Une adaptation sp\u00e9cifique de l&rsquo;\u00e9chelle calibr\u00e9e pour les adolescents, int\u00e9grant des items ajust\u00e9s aux contextes de scolarit\u00e9, de vie chez les parents et de dynamique des pairs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mani\u00e8re dont le DAST discrimine les diff\u00e9rents profils cliniques, examinons deux situations contrast\u00e9es issues de la pratique en consultation d&rsquo;addictologie.<\/p>\n<p>Le premier cas concerne Julien, un ing\u00e9nieur de 29 ans, consultant initialement son m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste pour des insomnies chroniques et un \u00e9puisement professionnel. Au cours des derniers mois, Julien a intensifi\u00e9 sa consommation r\u00e9cr\u00e9ative de coca\u00efne le week-end et a commenc\u00e9 \u00e0 utiliser des benzodiaz\u00e9pines sans prescription en semaine pour amortir les descentes d&rsquo;amph\u00e9tamines et de stimulants. Lors de la passation du DAST-10, Julien r\u00e9pond positivement \u00e0 trois items : l&rsquo;usage d&rsquo;autres drogues que celles prescrites, la consommation de plusieurs substances simultan\u00e9ment, et le sentiment de culpabilit\u00e9 ressenti apr\u00e8s consommation. Son score de 3\/10 le classe dans une zone de probl\u00e8me l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9, sugg\u00e9rant une consommation nocive sans d\u00e9sorganisation majeure de sa vie quotidienne, justiciable d&rsquo;une intervention br\u00e8ve et d&rsquo;un suivi psychologique pr\u00e9ventif.<\/p>\n<p>Le second cas est celui de Sarah, 38 ans, adress\u00e9e au centre de soins sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e0 la suite d&rsquo;un arr\u00eat de travail prolong\u00e9 et d&rsquo;une mise en demeure par son employeur. Sarah consomme de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et du fentanyl depuis quatre ans. \u00c0 l&rsquo;\u00e9valuation par le DAST-20, elle obtient un score de 17\/20 : elle rapporte une incapacit\u00e9 absolue \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater, des conflits r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ayant men\u00e9 \u00e0 une rupture conjugale, la vente d&rsquo;effets personnels pour payer ses doses, des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;overdoses ayant n\u00e9cessit\u00e9 un recours m\u00e9dical d&rsquo;urgence, et des sympt\u00f4mes de sevrage physique intenses d\u00e8s l&rsquo;interruption des prises. Ce score massif confirme un degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 substantiel \u00e0 s\u00e9v\u00e8re, n\u00e9cessitant d&#8217;embl\u00e9e la mise en place d&rsquo;un traitement agoniste opio\u00efde de substitution, une prise en charge r\u00e9sidentielle et un accompagnement m\u00e9dico-social global.<\/p>\n<h3>9. Mesure, cotation et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>La passation du DAST est caract\u00e9ris\u00e9e par une remarquable simplicit\u00e9 d&rsquo;administration. Chaque question appelle une r\u00e9ponse binaire exclusive : \u00ab Oui \u00bb ou \u00ab Non \u00bb. Pour la grande majorit\u00e9 des items, une r\u00e9ponse affirmative (\u00ab Oui \u00bb) se voit attribuer la valeur de 1 point, refl\u00e9tant la pr\u00e9sence d&rsquo;une complication ou d&rsquo;une perte de contr\u00f4le, tandis qu&rsquo;une r\u00e9ponse n\u00e9gative (\u00ab Non \u00bb) vaut 0 point.<\/p>\n<p>Il existe n\u00e9anmoins une exception m\u00e9thodologique cruciale concernant les items r\u00e9dig\u00e9s en sens inverse (contre-orient\u00e9s), con\u00e7us pour contr\u00f4ler les biais d&rsquo;acquiescement syst\u00e9matique. Par exemple, \u00e0 la question \u00ab Pouvez-vous arr\u00eater d&rsquo;utiliser des drogues chaque fois que vous le d\u00e9sirez ? \u00bb pr\u00e9sente dans le DAST-28 et le DAST-20, c&rsquo;est la r\u00e9ponse n\u00e9gative (\u00ab Non \u00bb) qui est cot\u00e9e 1 point, indiquant une incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir l&rsquo;abstinence volontaire. Sur le DAST-10 standardis\u00e9, l&rsquo;ensemble des dix questions est g\u00e9n\u00e9ralement harmonis\u00e9 de sorte qu&rsquo;une r\u00e9ponse \u00ab Oui \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 1 point, \u00e0 l&rsquo;exception de l&rsquo;item 3 (\u00ab \u00cates-vous toujours capable d&rsquo;arr\u00eater d&rsquo;utiliser des drogues quand vous le voulez ? \u00bb) o\u00f9 le \u00ab Non \u00bb vaut 1.<\/p>\n<p>La cotation globale repose sur la somme arithm\u00e9tique simple des points obtenus. Pour le DAST-10, l&rsquo;interpr\u00e9tation clinique standardis\u00e9e des seuils s&rsquo;articule comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Score de 0 :<\/strong> Aucun probl\u00e8me d&rsquo;usage rapport\u00e9 ; aucune intervention th\u00e9rapeutique n\u00e9cessaire.<\/li>\n<li><strong>Score de 1 \u00e0 2 :<\/strong> Degr\u00e9 faible de cons\u00e9quences n\u00e9gatives ; surveillance, information et intervention br\u00e8ve d&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 la sant\u00e9 recommand\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Score de 3 \u00e0 5 :<\/strong> Degr\u00e9 mod\u00e9r\u00e9 ; le profil remplit fr\u00e9quemment les crit\u00e8res d&rsquo;un trouble l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9 selon les classifications diagnostiques ; une intervention br\u00e8ve structur\u00e9e et une \u00e9valuation clinique sp\u00e9cialis\u00e9e sont indiqu\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Score de 6 \u00e0 8 :<\/strong> Degr\u00e9 substantiel de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ; retentissement fonctionnel majeur ; orientation formelle vers un service d&rsquo;addictologie pour traitement ambulatoire intensif ou r\u00e9sidentiel.<\/li>\n<li><strong>Score de 9 \u00e0 10 :<\/strong> Degr\u00e9 s\u00e9v\u00e8re ; situation critique impliquant une d\u00e9sadaptation compl\u00e8te ; \u00e9valuation psychiatrique imm\u00e9diate et mise en place d&rsquo;un protocole de soins multidisciplinaire lourd.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, le DAST jouit d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,86 et 0,94 selon les versions et les populations \u00e9tudi\u00e9es. Sa stabilit\u00e9 temporelle au test-retest sur des intervalles de deux \u00e0 quatre semaines affiche des coefficients de corr\u00e9lation sup\u00e9rieurs \u00e0 0,80. En termes de validit\u00e9 crit\u00e9ri\u00e9e, le DAST d\u00e9montre une sensibilit\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement estim\u00e9e entre 80 % et 95 %) et une sp\u00e9cificit\u00e9 (entre 75 % et 90 %) tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es par rapport aux diagnostics psychiatriques formalis\u00e9s selon le DSM ou la Classification internationale des maladies (CIM) de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a>.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence du DAST en fait un instrument de choix d\u00e9ploy\u00e9 \u00e0 travers une multitude de contextes institutionnels :<\/p>\n<p>En m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et en soins de sant\u00e9 primaires, le format condens\u00e9 du DAST-10 permet aux praticiens de d\u00e9passer les r\u00e9ticences habituelles li\u00e9es au manque de temps pour aborder la question des drogues avec les patients. Il constitue la premi\u00e8re \u00e9tape op\u00e9rationnelle des protocoles de d\u00e9pistage, intervention br\u00e8ve et orientation vers le traitement (SBIRT &#8211; <em>Screening, Brief Intervention, and Referral to Treatment<\/em>).<\/p>\n<p>En psychiatrie de liaison et dans les services d&rsquo;urgence somatique, le DAST permet de poser rapidement l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une complication toxique devant des tableaux cliniques atypiques, tels que des d\u00e9compensations anxieuses inexpliqu\u00e9es, des \u00e9pisodes psychotiques aigus, des traumatismes physiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ou des alt\u00e9rations inexpliqu\u00e9es des param\u00e8tres h\u00e9patiques et cardiovasculaires.<\/p>\n<p>Dans les dispositifs de justice p\u00e9nale et de criminologie clinique, l&rsquo;\u00e9chelle est fr\u00e9quemment administr\u00e9e dans le cadre des bilans pr\u00e9-sentenciels ou lors des suivis de probation. Elle aide les magistrats et les commissions de lib\u00e9ration conditionnelle \u00e0 identifier les justiciables dont les infractions d\u00e9coulent directement d&rsquo;une addiction non trait\u00e9e, permettant de privil\u00e9gier des mesures d&rsquo;injonction th\u00e9rapeutique plut\u00f4t que des sanctions carc\u00e9rales pures.<\/p>\n<p>Enfin, en milieu de travail et au sein de la m\u00e9decine professionnelle, le DAST est utilis\u00e9 de mani\u00e8re confidentielle pour \u00e9valuer la s\u00e9curit\u00e9 des postes \u00e0 haute responsabilit\u00e9 (transports publics, industrie lourde, s\u00e9curit\u00e9 civile) et proposer des programmes d&rsquo;aide aux employ\u00e9s en difficult\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Donn\u00e9es de recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Depuis la publication initiale de Skinner en 1982, des centaines d&rsquo;\u00e9tudes empiriques ont valid\u00e9 l&rsquo;efficience psychom\u00e9trique du DAST aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9chantillons cliniques et \u00e9pid\u00e9miologiques diversifi\u00e9s. Des travaux fondamentaux conduits par Gavin, Ross et Skinner (1989) ont confirm\u00e9 que le DAST-20 maintenait une corr\u00e9lation quasi parfaite (r = 0,99) avec l&rsquo;\u00e9chelle princeps de 28 items, tout en d\u00e9montrant une excellente concordance diagnostique avec les crit\u00e8res de d\u00e9pendance aux substances du DSM-III-R<\/span>.<\/p>\n<p>Dans une m\u00e9ta-analyse et revue critique publi\u00e9e par Yudko, Lozhkina et Fouts (2007), les auteurs ont pass\u00e9 au crible 25 ann\u00e9es de litt\u00e9rature consacr\u00e9e au DAST. Leurs conclusions attestent que l&rsquo;instrument fait preuve d&rsquo;une robustesse remarquable \u00e0 travers les populations psychiatriques comorbides, les patients en double diagnostic (schizophr\u00e9nie et addiction, troubles bipolaires) et les populations incarc\u00e9r\u00e9es, conservant une consistance interne syst\u00e9matiquement sup\u00e9rieure \u00e0 0,85.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres chercheurs, \u00e0 l&rsquo;instar de Bohn, Babor et Kranzler (1991), ont explor\u00e9 l&rsquo;utilit\u00e9 clinique du DAST-10 dans des contextes de consultation ambulatoire, concluant qu&rsquo;un seuil de positivit\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 2 ou 3 offrait le compromis optimal entre sensibilit\u00e9 et sp\u00e9cificit\u00e9 pour discriminer les consommateurs probl\u00e9matiques au sein de populations non hospitalis\u00e9es. Les recherches confirment \u00e9galement la validit\u00e9 incr\u00e9mentielle du DAST lorsqu&rsquo;il est combin\u00e9 \u00e0 des \u00e9chelles de motivation au changement fond\u00e9es sur l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Entretien_motivationnel\">entretien motivationnel<\/a> de Miller et Rollnick.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 d&rsquo;un instrument psychom\u00e9trique ne peut \u00eatre pr\u00e9sum\u00e9e universelle sans une rigoureuse adaptation transculturelle. Le DAST a \u00e9t\u00e9 traduit, adapt\u00e9 et standardis\u00e9 dans plus d&rsquo;une vingtaine de langues, dont le fran\u00e7ais, l&rsquo;espagnol, le portugais, l&rsquo;allemand, le chinois, le cor\u00e9en et l&rsquo;arabe, r\u00e9v\u00e9lant des propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9quivalentes sous r\u00e9serve de pr\u00e9cautions s\u00e9mantiques indispensables.<\/p>\n<p>Les variations culturelles influencent de mani\u00e8re significative l&rsquo;interpr\u00e9tation de la notion m\u00eame de \u00ab drogue \u00bb. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, l&rsquo;utilisation de substances v\u00e9g\u00e9tales traditionnelles (comme le khat dans la Corne de l&rsquo;Afrique, les feuilles de coca dans la r\u00e9gion andine ou le peyotl chez certains peuples am\u00e9rindiens) est profond\u00e9ment int\u00e9gr\u00e9e aux rituels sociaux ou religieux et n&rsquo;est pas per\u00e7ue comme un abus par la communaut\u00e9. D\u00e8s lors, l&rsquo;application litt\u00e9rale du DAST sans contextualisation anthropologique risquerait de produire des faux positifs culturels.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le degr\u00e9 de r\u00e9probation morale et de criminalisation varie consid\u00e9rablement d&rsquo;une nation \u00e0 l&rsquo;autre. Dans les pays appliquant des politiques p\u00e9nales draconiennes contre les usagers de drogues, la crainte l\u00e9gitime de poursuites judiciaires peut inciter les r\u00e9pondants \u00e0 dissimuler massivement leurs conduites, ce qui effondre la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;auto-questionnaire. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s aux soins est d\u00e9stigmatis\u00e9, la transparence des r\u00e9ponses est notablement plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la question des m\u00e9dicaments d\u00e9tourn\u00e9s impose une vigilance s\u00e9mantique particuli\u00e8re : selon le syst\u00e8me de sant\u00e9 et les modalit\u00e9s de dispensation pharmaceutique du pays consid\u00e9r\u00e9, les patients peuvent ne pas concevoir que la surconsommation de somnif\u00e8res ou d&rsquo;antalgiques prescrits rel\u00e8ve du champ de l&rsquo;\u00e9valuation du DAST, ce qui n\u00e9cessite des instructions pr\u00e9liminaires claires de la part du clinicien.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses ind\u00e9niables qualit\u00e9s, le DAST a suscit\u00e9 plusieurs r\u00e9serves m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re limite intrins\u00e8que tient \u00e0 sa nature d&rsquo;auto-\u00e9valuation directe. Le test est hautement vuln\u00e9rable aux biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale, \u00e0 la dissimulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou \u00e0 la minimisation anosognosique, fr\u00e9quemment observ\u00e9e lors des phases pr\u00e9coces des conduites addictives. Un individu hostile \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un traitement peut ais\u00e9ment falsifier l&rsquo;ensemble du protocole en r\u00e9pondant syst\u00e9matiquement \u00ab Non \u00bb \u00e0 tous les items.<\/p>\n<p>Une seconde controverse d\u00e9coule de l&rsquo;absence totale de prise en compte de l&rsquo;alcool. Bien que cette d\u00e9cision initiale de Skinner f\u00fbt guid\u00e9e par un souci de compl\u00e9mentarit\u00e9 avec le MAST, de nombreux cliniciens regrettent cette s\u00e9paration artificielle, \u00e9tant donn\u00e9 que la polyconsommation associant alcool et autres toxiques repr\u00e9sente la norme plut\u00f4t que l&rsquo;exception en milieu clinique. Cette lacune impose souvent de doubler la passation du DAST par un AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test), ce qui alourdit le temps d&rsquo;examen.<\/p>\n<p>De plus, le format de r\u00e9ponse binaire (Oui\/Non) est parfois jug\u00e9 trop rigide et r\u00e9ducteur. Il ne permet pas de nuancer la fr\u00e9quence des probl\u00e8mes (une arrestation survenue il y a onze mois p\u00e8se du m\u00eame poids qu&rsquo;une interpellation hebdomadaire) et interdit de quantifier avec finesse l&rsquo;\u00e9volution th\u00e9rapeutique \u00e0 court terme lors des consultations de suivi.<\/p>\n<p>Enfin, le DAST ne fournit aucune indication pharmacologique qualitative sur la nature exacte des mol\u00e9cules consomm\u00e9es. Un score de 5 peut refl\u00e9ter aussi bien une d\u00e9pendance au cannabis associ\u00e9e \u00e0 des conflits familiaux qu&rsquo;une consommation chaotique de substances stimulantes synth\u00e9tiques, alors que les pronostics m\u00e9dicaux et les risques vitaux imm\u00e9diats diff\u00e8rent radicalement entre ces deux situations.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique, il convient d&rsquo;expliciter les similitudes et les lignes de d\u00e9marcation existant entre le DAST et les autres concepts et outils du champ de l&rsquo;addictologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>MAST (Michigan Alcoholism Screening Test) :<\/strong> Le pr\u00e9d\u00e9cesseur historique direct du DAST. Le MAST cible exclusivement les conduites d&rsquo;alcoolod\u00e9pendance, tandis que le DAST \u00e9value l&rsquo;ensemble des substances psychoactives \u00e0 l&rsquo;exclusion stricte de l&rsquo;alcool.<\/li>\n<li><strong>AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9 sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;OMS, l&rsquo;AUDIT explore la consommation d&rsquo;alcool \u00e0 travers dix items gradu\u00e9s (fr\u00e9quence, quantit\u00e9, d\u00e9pendance, retentissement), offrant une granularit\u00e9 quantitative que le format dichotomique du DAST ne propose pas.<\/li>\n<li><strong>ASSIST (Alcohol, Smoking and Substance Involvement Screening Test) :<\/strong> Con\u00e7u par l&rsquo;OMS comme un instrument de d\u00e9pistage pan-addictif global, l&rsquo;ASSIST examine sp\u00e9cifiquement chaque classe pharmacologique s\u00e9par\u00e9ment (alcool, tabac, cannabis, coca\u00efne, amph\u00e9tamines, solvants, s\u00e9datifs, hallucinog\u00e8nes, opio\u00efdes), alors que le DAST agr\u00e8ge toutes les substances non alcooliques dans un score composite indiff\u00e9renci\u00e9.<\/li>\n<li><strong>CRAFFT :<\/strong> Un instrument de d\u00e9pistage bref ciblant sp\u00e9cifiquement les adolescents, explorant l&rsquo;usage concomitant d&rsquo;alcool et de drogues en relation avec des situations \u00e0 risque (comme la conduite automobile), se distinguant par un vocabulaire adapt\u00e9 \u00e0 la culture des jeunes.<\/li>\n<li><strong>ASI (Addiction Severity Index) :<\/strong> Contrairement au DAST qui est un outil de d\u00e9pistage rapide compl\u00e9t\u00e9 en quelques minutes, l&rsquo;ASI est un entretien semi-structur\u00e9 exhaustif d&rsquo;une dur\u00e9e d&rsquo;une heure, investiguant sept domaines de la vie du patient pour \u00e9tablir un plan de traitement global et multidimensionnel.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, le Drug Abuse Screening Test demeure une r\u00e9f\u00e9rence internationale incontournable dans le paysage psychom\u00e9trique de l&rsquo;addictologie contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Objectif :<\/strong> D\u00e9pister et stratifier rapidement la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des probl\u00e8mes biopsychosociaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;usage non m\u00e9dical de drogues illicites et de m\u00e9dicaments d\u00e9tourn\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Origine :<\/strong> \u00c9labor\u00e9 en 1982 par Harvey A. Skinner \u00e0 l&rsquo;Addiction Research Foundation de Toronto, par d\u00e9calque m\u00e9thodologique du MAST de Selzer.<\/li>\n<li><strong>Formats :<\/strong> Disponible en versions de 28, 20 et 10 items, cette derni\u00e8re \u00e9tant la plus largement employ\u00e9e en soins primaires et en m\u00e9decine d&rsquo;urgence.<\/li>\n<li><strong>Cotation :<\/strong> Syst\u00e8me binaire (Oui\/Non) simple, attribuant 1 point aux r\u00e9ponses indiquant un probl\u00e8me, d\u00e9bouchant sur une cat\u00e9gorisation allant de \u00ab nul\/faible \u00bb \u00e0 \u00ab s\u00e9v\u00e8re \u00bb.<\/li>\n<li><strong>Qualit\u00e9s m\u00e9trologiques :<\/strong> Excellente consistance interne (alpha sup\u00e9rieur \u00e0 0,90), excellente fiabilit\u00e9 test-retest et forte validit\u00e9 crit\u00e9ri\u00e9e au regard des classifications diagnostiques du DSM et de la CIM.<\/li>\n<li><strong>Limites :<\/strong> Sensibilit\u00e9 \u00e0 la dissimulation (auto-questionnaire), absence d&rsquo;\u00e9valuation de la consommation d&rsquo;alcool et absence d&rsquo;identification des classes pharmacologiques pr\u00e9cises.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bohn, M. J., Babor, T. F., &amp; Kranzler, H. R. (1991). The Drug Abuse Screening Test: Reliability and validity with alcoholics. <em>Journal of Substance Abuse<\/em>, 3(4), 389\u2013397. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0899-3289(05)80018-8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0899-3289(05)80018-8<\/a><\/li>\n<li>Gavin, D. R., Ross, H. E., &amp; Skinner, H. A. (1989). Diagnostic validity of the Drug Abuse Screening Test in the assessment of DSM-III drug disorders. <em>British Journal of Addiction<\/em>, 84(3), 301\u2013307. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1360-0443.1989.tb03463.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1360-0443.1989.tb03463.x<\/a><\/li>\n<li>Selzer, M. L. (1971). The Michigan Alcoholism Screening Test: The quest for a new diagnostic instrument. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 127(12), 1653\u20131658. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.127.12.1653\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.127.12.1653<\/a><\/li>\n<li>Skinner, H. A. (1982). The Drug Abuse Screening Test. <em>Addictive Behaviors<\/em>, 7(4), 363\u2013371. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4603(82)90005-3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4603(82)90005-3<\/a><\/li>\n<li>Yudko, E., Lozhkina, O., &amp; Fouts, A. (2007). A comprehensive review of the psychometric properties of the Drug Abuse Screening Test. <em>Journal of Substance Abuse Treatment<\/em>, 32(2), 189\u2013198. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jsat.2006.08.002\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jsat.2006.08.002<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Drug Abuse Screening Test (DAST) est un instrument psychom\u00e9trique de r\u00e9f\u00e9rence con\u00e7u pour d\u00e9pister et mesurer la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des cons\u00e9quences de l&rsquo;usage de substances psychoactives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,5,3,2],"tags":[15530,43700,43701,194,15710,16,15626],"class_list":["post-25995","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-evaluation-psychologique","category-psychologie-clinique","category-psychometrie","tag-addictologie","tag-dast","tag-depistage-des-drogues","tag-evaluation-clinique","tag-harvey-skinner","tag-psychometrie","tag-trouble-de-lusage-de-substances"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25995\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25995"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25995"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}