{"id":25982,"date":"2026-11-08T21:27:02","date_gmt":"2026-11-08T21:27:02","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=darvon-dextropropoxyphene-opioide-histoire-risques"},"modified":"2026-11-08T21:27:02","modified_gmt":"2026-11-08T21:27:02","slug":"darvon-dextropropoxyphene-opioide-histoire-risques","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=darvon-dextropropoxyphene-opioide-histoire-risques","title":{"rendered":"Darvon : Anatomie d&rsquo;un Opio\u00efde D\u00e9chu"},"content":{"rendered":"<p>Le Darvon, nom commercial embl\u00e9matique du dextropropoxyph\u00e8ne, repr\u00e9sente l&rsquo;un des cas d&rsquo;\u00e9tude les plus saisissants de l&rsquo;histoire de la pharmacologie moderne, illustrant l&rsquo;intersection complexe entre analg\u00e9sie, d\u00e9pendance psychologique, toxicit\u00e9 somatique et r\u00e9gulation sanitaire. Prescrit massivement pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle pour soulager les douleurs l\u00e9g\u00e8res \u00e0 mod\u00e9r\u00e9es, ce compos\u00e9 a fa\u00e7onn\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de pratiques m\u00e9dicales avant que son profil de risque cardiovasculaire et son potentiel l\u00e9tal ne conduisent \u00e0 son retrait d\u00e9finitif des march\u00e9s internationaux. L&rsquo;analyse r\u00e9trospective de son utilisation \u00e9claire d&rsquo;un jour nouveau les m\u00e9canismes neurobiologiques de l&rsquo;accoutumance aux antalgiques et les d\u00e9rives iatrog\u00e8nes au sein de la relation th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2>Darvon (Dextropropoxyph\u00e8ne)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le Darvon est la formulation commerciale historique du <strong>dextropropoxyph\u00e8ne<\/strong>, un analg\u00e9sique opio\u00efde de synth\u00e8se \u00e0 action centrale structurellement apparent\u00e9 \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9thadone\">m\u00e9thadone<\/a>. Con\u00e7u initialement pour offrir une alternative non addictive \u00e0 la morphine et \u00e0 la cod\u00e9ine, il agit principalement comme agoniste faible des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes mu (&mu;), produisant un soulagement de la douleur combin\u00e9 \u00e0 de l\u00e9gers effets s\u00e9datifs et euphoriques. Dans la classification th\u00e9rapeutique, le produit a longtemps \u00e9t\u00e9 cat\u00e9goris\u00e9 comme un analg\u00e9sique de niveau II selon l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;Organisation Mondiale de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son statut pharmacologique, le compos\u00e9 constitue un objet d&rsquo;\u00e9tude clinique de premier ordre en psychopathologie des addictions et en toxicologie comportementale. Dot\u00e9 d&rsquo;une marge th\u00e9rapeutique particuli\u00e8rement \u00e9troite, le Darvon a d\u00e9montr\u00e9 au fil des d\u00e9cennies une propension marqu\u00e9e \u00e0 induire une d\u00e9pendance psychologique insidieuse, renforc\u00e9e par son association fr\u00e9quente avec des antipyr\u00e9tiques comme le parac\u00e9tamol. Sa dangerosit\u00e9 intrins\u00e8que, notamment en cas de surdosage intentionnel ou accidentel, a men\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9\u00e9valuation mondiale et \u00e0 sa suspension d\u00e9finitive dans les ann\u00e9es 2010 par les principales agences de r\u00e9glementation sanitaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab Darvon \u00bb est une marque d\u00e9pos\u00e9e cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces dans les ann\u00e9es 1950 par le service de nomenclature de la firme pharmaceutique am\u00e9ricaine Eli Lilly and Company. Con\u00e7u pour inspirer confiance et technicit\u00e9 aupr\u00e8s du corps m\u00e9dical am\u00e9ricain, ce nom commercial court et percutant ne poss\u00e8de pas de racine \u00e9tymologique classique, mais son suffixe rappelle la terminaison de divers principes actifs de synth\u00e8se de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Sur le plan chimique et scientifique, la d\u00e9nomination commune internationale (DCI) est le <em>dextropropoxyph\u00e8ne<\/em> (dextropropoxyphene en anglais). Ce nom d\u00e9rive directement de la structure mol\u00e9culaire de l&rsquo;entit\u00e9 : le pr\u00e9fixe \u00ab dextro- \u00bb provient du latin <em>dexter<\/em> signifiant \u00ab droit \u00bb, indiquant que la mol\u00e9cule est l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re dextrogyre de la structure chirale originale ; \u00ab propoxy- \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence au groupement alcoxy comportant trois atomes de carbone d\u00e9riv\u00e9 du propanol ; enfin, le segment \u00ab -ph\u00e8ne \u00bb \u00e9voque la pr\u00e9sence de cycles aromatiques ph\u00e9nyles dans l&rsquo;ossature carbon\u00e9e du compos\u00e9. Il est \u00e0 noter que l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re l\u00e9vogyre, le l\u00e9vopropoxyph\u00e8ne, poss\u00e8de une activit\u00e9 d\u00e9nu\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9s analg\u00e9siques mais dot\u00e9e d&rsquo;une action antitussive, ce qui a justifi\u00e9 la distinction st\u00e9r\u00e9ochimique rigoureuse au sein de la pharmacop\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la langue fran\u00e7aise, \u00ab Darvon \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/da\u0281.v\u0254\u0303\/ ou \/da\u0281.v\u0254n\/ selon l&rsquo;influence linguistique anglo-saxonne r\u00e9gionale, bien que la prononciation francis\u00e9e pr\u00e9domine historiquement dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif masculin propre (\u00ab le Darvon \u00bb), utilis\u00e9 sans pluriel lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la sp\u00e9cialit\u00e9 pharmaceutique, ou parfois employ\u00e9 par m\u00e9tonymie pour d\u00e9signer les g\u00e9lules ou comprim\u00e9s issus de cette gamme.<\/p>\n<p>La substance active, \u00ab dextropropoxyph\u00e8ne \u00bb, est un nom masculin singulier (prononc\u00e9 \/d\u025bks.t\u0281o.p\u0281o.p\u0254k.si.f\u025bn\/). Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;abr\u00e9viation famili\u00e8re \u00ab dextro \u00bb ou l&rsquo;acronyme anglophone \u00ab DXPP \u00bb ont fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s dans le jargon clinique hospitalier, les registres d&rsquo;admission toxicologique et les rapports psychiatriques m\u00e9dico-l\u00e9gaux.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le Darvon s&rsquo;inscrit au carrefour de la pharmacodynamie des opiac\u00e9s et de la psychologie des conduites addictives. Administr\u00e9 par voie orale sous forme de chlorhydrate ou de napsylate, il franchit rapidement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique pour se lier s\u00e9lectivement aux r\u00e9cepteurs opio\u00efdes du syst\u00e8me nerveux central. Toutefois, son affinit\u00e9 pour le r\u00e9cepteur &mu; s&rsquo;av\u00e8re approximativement dix fois inf\u00e9rieure \u00e0 celle de la morphine, conf\u00e9rant au produit une puissance antalgique brute modeste, souvent compar\u00e9e \u00e0 celle de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cod%C3%A9ine\">cod\u00e9ine<\/a>. En d\u00e9pit de cette efficacit\u00e9 antalgique contest\u00e9e lors d&rsquo;essais cliniques rigoureux en double aveugle, le m\u00e9dicament a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une adh\u00e9sion clinique et subjective massive en raison de ses propri\u00e9t\u00e9s anxiolytiques et psychotropes induites.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tabolisme h\u00e9patique du dextropropoxyph\u00e8ne constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de sa toxicocin\u00e9tique et de sa toxicit\u00e9 singuli\u00e8re. Le compos\u00e9 subit une N-d\u00e9m\u00e9thylation catalys\u00e9e par les cytochromes h\u00e9patiques (principalement CYP3A4 et CYP2D6) pour donner naissance \u00e0 son m\u00e9tabolite primaire, le nordextropropoxyph\u00e8ne (norpropoxyphene). Contrairement \u00e0 la mol\u00e9cule m\u00e8re dont la demi-vie d&rsquo;\u00e9limination oscille entre 6 et 12 heures, le m\u00e9tabolite actif poss\u00e8de une demi-vie consid\u00e9rablement prolong\u00e9e, s&rsquo;\u00e9tendant de 30 \u00e0 40 heures. Cette cin\u00e9tique asym\u00e9trique favorise un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accumulation tissulaire majeur lors des administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es ou chez les sujets pr\u00e9sentant un polymorphisme g\u00e9n\u00e9tique de m\u00e9tabolisation lente.<\/p>\n<p>Or, le nordextropropoxyph\u00e8ne exerce une toxicit\u00e9 cardiovasculaire redoutable. Il agit comme un bloqueur direct et puissant des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants cardiaques (effet stabilisant de membrane similaire \u00e0 un antiarythmique de classe Ia) et interf\u00e8re avec les canaux potassiques hERG. Cette action \u00e9lectrophysiologique entra\u00eene un ralentissement de la conduction intracardiaque, un \u00e9largissement des complexes QRS, un allongement de l&rsquo;intervalle QTc, et pr\u00e9cipite l&rsquo;apparition de blocs auriculo-ventriculaires ou d&rsquo;arythmies ventriculaires r\u00e9fractaires comme les torsades de pointes et la fibrillation ventriculaire.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, la fronti\u00e8re entre analg\u00e9sie et renforcement comportemental s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement poreuse chez les consommateurs chroniques de Darvon. L&rsquo;att\u00e9nuation de la composante affective de la douleur (\u00ab d\u00e9tresse douloureuse \u00bb) s&rsquo;accompagne d&rsquo;une r\u00e9gulation n\u00e9gative de l&rsquo;humeur lors de l&rsquo;espacement des prises, favorisant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une app\u00e9tence compulsive et d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9chappement th\u00e9rapeutique. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychologique est exacerb\u00e9e par les alt\u00e9rations cognitives l\u00e9g\u00e8res provoqu\u00e9es par l&rsquo;impr\u00e9gnation opio\u00efde, lesquelles \u00e9moussent le discernement du patient quant \u00e0 la fr\u00e9quence de ses r\u00e9administrations.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se du dextropropoxyph\u00e8ne remonte au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, au sein des laboratoires de recherche d&rsquo;Eli Lilly aux \u00c9tats-Unis. Dans le contexte de l&rsquo;apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;industrie pharmaceutique s&rsquo;effor\u00e7ait de synth\u00e9tiser des mol\u00e9cules capables de reproduire les bienfaits analg\u00e9siques des d\u00e9riv\u00e9s du pavot tout en s&rsquo;affranchissant du fardeau de la d\u00e9pendance physique. En 1957, la Food and Drug Administration (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Food_and_Drug_Administration\">FDA<\/a>) accorde son autorisation de mise sur le march\u00e9 au Darvon, salu\u00e9 alors comme une r\u00e9volution m\u00e9dicale majeure : un opio\u00efde oral non narcotique, dispens\u00e9 d&rsquo;un contr\u00f4le strict des stup\u00e9fiants.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s commercial est foudroyant. Au cours des d\u00e9cennies 1960 et 1970, le Darvon devient l&rsquo;un des m\u00e9dicaments les plus prescrits dans le monde occidental, atteignant des dizaines de millions d&rsquo;ordonnances annuelles. Les praticiens le prescrivent de mani\u00e8re routini\u00e8re pour des c\u00e9phal\u00e9es, des lombalgies mineures ou des douleurs post-op\u00e9ratoires l\u00e9g\u00e8res. Pour amplifier la couverture antalgique, la firme introduit le Darvocet, associant le dextropropoxyph\u00e8ne au parac\u00e9tamol (ac\u00e9taminoph\u00e8ne). En Europe, des formulations similaires conqui\u00e8rent une place pr\u00e9pond\u00e9rante, \u00e0 l&rsquo;image du c\u00e9l\u00e8bre Di-Antalvic commercialis\u00e9 en France par les laboratoires Houde puis Sanofi-Aventis \u00e0 partir de 1964.<\/p>\n<p>Toutefois, d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1970, des lanceurs d&rsquo;alerte et des collectifs de cliniciens ind\u00e9pendants commencent \u00e0 documenter des anomalies inqui\u00e9tantes. Le Dr Sidney Wolfe et l&rsquo;organisation citoyenne am\u00e9ricaine Public Citizen engagent d\u00e8s 1978 une croisade scientifique pour faire interdire la mol\u00e9cule, pointant du doigt son efficacit\u00e9 comparable \u00e0 une simple dose d&rsquo;aspirine et son implication massive dans des d\u00e9c\u00e8s par intoxication aigu\u00eb. Le Darvon s&rsquo;impose progressivement comme une m\u00e9thode fr\u00e9quente d&rsquo;autolyse l\u00e9tale en Am\u00e9rique du Nord et au Royaume-Uni en raison de sa rapidit\u00e9 foudroyante \u00e0 induire un arr\u00eat cardiorespiratoire.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des d\u00e9cennies de r\u00e9sistance des industriels et d&rsquo;inertie institutionnelle, le tournant d\u00e9cisif s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle. En 2005, le Royaume-Uni prend la d\u00e9cision pionni\u00e8re d&rsquo;entamer le retrait progressif de la combinaison dextropropoxyph\u00e8ne\/parac\u00e9tamol (Co-proxamol). L&rsquo;Agence europ\u00e9enne des m\u00e9dicaments (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agence_europ%C3%A9enne_des_m%C3%A9dicaments\">EMA<\/a>) publie en juin 2009 un avis sans \u00e9quivoque concluant que les b\u00e9n\u00e9fices th\u00e9rapeutiques de la mol\u00e9cule ne surpassent plus ses risques d&rsquo;accidents mortels. En France, malgr\u00e9 une vive controverse aupr\u00e8s des prescripteurs habitu\u00e9s \u00e0 la panac\u00e9e du Di-Antalvic, le retrait officiel prend effet en mars 2011. Aux \u00c9tats-Unis, la FDA ordonne l&rsquo;arr\u00eat complet de la commercialisation du Darvon et du Darvocet en novembre 2010, apr\u00e8s la publication d&rsquo;essais cliniques confirmant des alt\u00e9rations \u00e9lectrocardiographiques significatives m\u00eame \u00e0 doses th\u00e9rapeutiques usuelles.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;impact psychopharmacologique du Darvon repose sur le mod\u00e8le neurobiologique du circuit de la r\u00e9compense et de la modulation descendante de la nociception. En se liant aux r\u00e9cepteurs opio\u00efdes &mu; situ\u00e9s sur les neurones GABAergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale (ATV), le dextropropoxyph\u00e8ne induit une d\u00e9sinhibition des neurones dopaminergiques m\u00e9solimbiques. Cette cascade biochimique engendre une lib\u00e9ration phasique de dopamine dans le noyau accumbens, m\u00e9canisme fondamental sous-tendant le renforcement positif, l&rsquo;euphorie subclinique et la motivation incr\u00e9mentielle orient\u00e9e vers la substance.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique de l&rsquo;addiction, le mod\u00e8le allostatique de Koob et Le Moal s&rsquo;applique avec une pertinence remarquable au d\u00e9cours de la d\u00e9pendance au Darvon. Chez les consommateurs r\u00e9guliers, l&rsquo;activation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des voies opio\u00efdes d\u00e9clenche des adaptations neurochimiques compensatoires : une sous-r\u00e9gulation des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes et une sensibilisation accrue de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et du syst\u00e8me de l&rsquo;hormone de lib\u00e9ration de la corticotropine (CRF) dans l&rsquo;amygdale \u00e9tendue. Progressivement, l&rsquo;individu ne recherche plus le m\u00e9dicament pour ressentir une analg\u00e9sie initiale (renforcement positif), mais pour neutraliser un affect n\u00e9gatif, un malaise existentiel ou un syndrome de sevrage larv\u00e9 (renforcement n\u00e9gatif).<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, le dextropropoxyph\u00e8ne exerce des effets non opio\u00efdes complexes sur le syst\u00e8me nerveux central. Des recherches pharmacologiques ont mis en \u00e9vidence une faible activit\u00e9 antagoniste non comp\u00e9titive sur les r\u00e9cepteurs N-m\u00e9thyl-D-aspartate (NMDA). Ce profil mixte r\u00e9cepteur &mu; \/ r\u00e9cepteur NMDA module la plasticit\u00e9 synaptique et peut fausser la perception de la douleur chronique en g\u00e9n\u00e9rant une tol\u00e9rance pharmacodynamique crois\u00e9e avec d&rsquo;autres agents psychotropes et s\u00e9datifs.<\/p>\n<h3>7. Composantes, formes et dimensions cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse pharmacologique, gal\u00e9nique et comportementale du Darvon met en lumi\u00e8re diff\u00e9rentes dimensions structurelles et nosographiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Formulations chimiques fondamentales :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Chlorhydrate de dextropropoxyph\u00e8ne :<\/em> Sel hydrosoluble absorb\u00e9 rapidement par la muqueuse gastrique, associ\u00e9 \u00e0 des pics plasmatiques pr\u00e9coces mais exposant \u00e0 un risque de toxicit\u00e9 brutale.<\/li>\n<li><em>Napsylate de dextropropoxyph\u00e8ne :<\/em> Sel liposoluble moins hydrosoluble, formul\u00e9 pour ralentir l&rsquo;absorption intestinale et r\u00e9duire le potentiel d&rsquo;abus par injection, caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9lai d&rsquo;action plus \u00e9tal\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Combinaisons synergiques commerciales :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Formulations simples (Darvon pur) :<\/em> G\u00e9lules dos\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 32 mg ou 65 mg du principe actif.<\/li>\n<li><em>Formulations compos\u00e9es (Darvocet, Di-Antalvic) :<\/em> Associations \u00e0 dose fixe avec le parac\u00e9tamol ou l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique, souvent compl\u00e9ment\u00e9es de caf\u00e9ine pour pallier l&rsquo;effet s\u00e9datif central.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions de la toxicit\u00e9 pharmacopsychologique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Dimension cardiotoxique :<\/em> Effet stabilisant de membrane d&rsquo;apparition brutale lors de saturations h\u00e9patiques, rendant le compos\u00e9 intrins\u00e8quement plus l\u00e9tal que les autres opio\u00efdes faibles.<\/li>\n<li><em>Dimension neurocomportementale :<\/em> S\u00e9dation diurne, ralentissement psychomoteur, dysphorie d&rsquo;\u00e9chappement, syndrome confusionnel particuli\u00e8rement fr\u00e9quent chez les patients g\u00e9riatriques.<\/li>\n<li><em>Dimension addictive :<\/em> D\u00e9pendance psychologique pr\u00e9coce s&rsquo;articulant autour de la s\u00e9dation de l&rsquo;angoisse somatique et d&rsquo;une d\u00e9pendance physique mod\u00e9r\u00e9e lors de l&rsquo;arr\u00eat abrupt.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation historique des profils de prescription met en exergue des trajectoires cliniques st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es. Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une patiente de 52 ans suivie pour une fibromyalgie et des dorsalgies chroniques r\u00e9currentes. Prescrit initialement \u00e0 raison de trois g\u00e9lules par jour d&rsquo;une association dextropropoxyph\u00e8ne-parac\u00e9tamol, le traitement apporte initialement un soulagement per\u00e7u comme id\u00e9al : une s\u00e9dation de l&rsquo;hyperesth\u00e9sie physique doubl\u00e9e d&rsquo;un effet anxiolytique salvateur. Au bout de six mois, confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00e9chappement analg\u00e9sique, la patiente double spontan\u00e9ment sa posologie quotidienne sans avis m\u00e9dical, atteignant huit \u00e0 dix prises quotidiennes. L&rsquo;accumulation lente du nordextropropoxyph\u00e8ne se traduit d&rsquo;abord par un \u00e9moussement affectif, des \u00e9pisodes de vertiges non expliqu\u00e9s et une irritabilit\u00e9 majeure en cas de retard de prise, avant qu&rsquo;un malaise syncopal n&rsquo;alerte son entourage, r\u00e9v\u00e9lant un allongement critique de l&rsquo;espace QT \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme de repos.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique concerne les risques aigus en psychiatrie de liaison et en toxicologie d&rsquo;urgence. Un jeune homme de 24 ans, pr\u00e9sentant un trouble d\u00e9pressif majeur et des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;impulsivit\u00e9, ing\u00e8re dans un geste suicidaire impulsif une bo\u00eete de Darvon pr\u00e9sente dans l&rsquo;armoire \u00e0 pharmacie familiale (environ vingt comprim\u00e9s de 65 mg de chlorhydrate). Contrairement aux intoxications classiques aux opio\u00efdes purs (morphine, h\u00e9ro\u00efne) o\u00f9 la d\u00e9pression respiratoire s&rsquo;installe progressivement et r\u00e9pond spectaculairement \u00e0 la naloxone, le tableau clinique d\u00e9g\u00e9n\u00e8re ici en moins de quarante minutes vers des convulsions tonico-cloniques suivies d&rsquo;une tachycardie ventriculaire en torsade de pointes r\u00e9fractaire au traitement antidote usuel, n\u00e9cessitant une r\u00e9animation lourde avec perfusion de bicarbonate de sodium molaire pour contrecarrer l&rsquo;inhibition des canaux sodiques.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des impacts cliniques et de la toxicit\u00e9 du Darvon s&rsquo;articule autour d&rsquo;outils biologiques, \u00e9lectrophysiologiques et psychom\u00e9triques standardis\u00e9s. En milieu hospitalier ou addictologique, l&rsquo;identification de l&rsquo;exposition repose initialement sur des tests toxicologiques urinaires cibl\u00e9s. Il convient de souligner que les tests d&rsquo;immunoanalyse de routine pour le d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ral des opiac\u00e9s naturels n&rsquo;offrent pas une sensibilit\u00e9 optimale pour le dextropropoxyph\u00e8ne ; des trousses sp\u00e9cifiques ou des analyses par chromatographie en phase liquide coupl\u00e9e \u00e0 la spectrom\u00e9trie de masse (LC-MS) sont requises pour quantifier avec exactitude la mol\u00e9cule m\u00e8re et son m\u00e9tabolite toxique, le nordextropropoxyph\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique et somatique, le trac\u00e9 \u00e9lectrocardiographique (ECG) constitue l&rsquo;examen diagnostique et pronostique central. L&rsquo;\u00e9largissement de la dur\u00e9e du complexe QRS au-del\u00e0 de 100 \u00e0 120 millisecondes et la mesure corrig\u00e9e du QTc (formules de Bazett ou de Fridericia) permettent de quantifier le risque imm\u00e9diat de d\u00e9compensation rythmique maligne. La surveillance de l&rsquo;oxym\u00e9trie de pouls et de la gazom\u00e9trie art\u00e9rielle objective le degr\u00e9 d&rsquo;hypoventilation alv\u00e9olaire secondaire \u00e0 la d\u00e9pression centrale du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;investigation des r\u00e9percussions psychologiques et addictives, le clinicien s&rsquo;appuie sur les crit\u00e8res diagnostics des classifications nosographiques de r\u00e9f\u00e9rence, notamment le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM-5<\/a>) sous l&rsquo;intitul\u00e9 \u00ab Trouble de l&rsquo;usage des opio\u00efdes \u00bb. Diverses \u00e9chelles psychom\u00e9triques valid\u00e9es compl\u00e8tent le bilan : l&rsquo;\u00e9chelle COMM (Current Opioid Misuse Measure) ou le questionnaire ORT (Opioid Risk Tool) permettent de grader la propension au m\u00e9susage, tandis que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du sevrage physique et psychologique est mesur\u00e9e en temps r\u00e9el au moyen de l&rsquo;\u00e9chelle clinique de sevrage des opiac\u00e9s (COWS &#8211; Clinical Opiate Withdrawal Scale).<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et psychologique<\/h3>\n<p>Bien que le Darvon ait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 du circuit th\u00e9rapeutique officiel dans la plupart des pays industrialis\u00e9s, sa pertinence dans la clinique contemporaine demeure majeure sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique et p\u00e9dagogique. L&rsquo;histoire de cette mol\u00e9cule fournit un mod\u00e8le th\u00e9orique fondamental pour comprendre la psychologie de la prescription et le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9pendance iatrog\u00e8ne. Pendant un demi-si\u00e8cle, la conviction collective partag\u00e9e par les soignants et les patients d&rsquo;avoir affaire \u00e0 un traitement \u00ab s\u00e9curis\u00e9 \u00bb et \u00ab doux \u00bb a cr\u00e9\u00e9 un biais de confirmation d&rsquo;une ampleur in\u00e9dite, masquant des milliers de cas de toxicomanie subclinique sous l&rsquo;\u00e9tiquette rassurante du suivi de la douleur chronique.<\/p>\n<p>En addictologie, la transition contrainte des patients d\u00e9pendants au Darvon lors des retraits de march\u00e9 de 2009-2011 a n\u00e9cessit\u00e9 des strat\u00e9gies de sevrage substitutif particuli\u00e8rement d\u00e9licates. Les cliniciens ont d\u00fb g\u00e9rer \u00e0 la fois la d\u00e9sescalade opio\u00efde et la composante thymique anxiod\u00e9pressive induite par la perte d&rsquo;un anxiolytique de substitution inconscient. Cette p\u00e9riode a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;impl\u00e9mentation de prises en charge multidisciplinaires de la douleur chronique, int\u00e9grant des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC), des techniques de rem\u00e9diation \u00e9motionnelle et une r\u00e9\u00e9ducation de la tol\u00e9rance \u00e0 la d\u00e9tresse somatique sans recours syst\u00e9matique aux analg\u00e9siques centraux.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine d&rsquo;urgence et en psychiatrie m\u00e9dicol\u00e9gale, la jurisprudence toxicologique li\u00e9e au Darvon continue de faire autorit\u00e9. L&rsquo;analyse des conduites d&rsquo;autolyse a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comment l&rsquo;acc\u00e8s facilit\u00e9 \u00e0 une substance hautement l\u00e9tale \u00e0 marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite amplifie la mortalit\u00e9 par suicide, confirmant les th\u00e9ories de toxicologie de la sant\u00e9 publique selon lesquelles la restriction de l&rsquo;acc\u00e8s aux moyens l\u00e9taux sp\u00e9cifiques r\u00e9duit m\u00e9caniquement le taux de d\u00e9c\u00e8s suicidaires par substitution imparfaite.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et preuves scientifiques<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique du Darvon est marqu\u00e9e par un revirement m\u00e9thodologique spectaculaire, illustrant l&rsquo;\u00e9volution de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves (Evidence-Based Medicine). Durant les d\u00e9cennies 1960 et 1970, la majorit\u00e9 des \u00e9tudes d&rsquo;efficacit\u00e9 pr\u00e9sentaient des biais m\u00e9thodologiques substantiels, reposant sur des \u00e9chantillons r\u00e9duits et des crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation subjectifs non standardis\u00e9s. D\u00e8s 1984, une m\u00e9ta-analyse pionni\u00e8re men\u00e9e par Beaver a \u00e9branl\u00e9 ces certitudes en d\u00e9montrant qu&rsquo;une dose standard de 65 mg de chlorhydrate de dextropropoxyph\u00e8ne n&rsquo;apportait pas un soulagement sup\u00e9rieur \u00e0 celui procur\u00e9 par 600 mg d&rsquo;aspirine ou de parac\u00e9tamol en monoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Le coup d&rsquo;arr\u00eat scientifique d\u00e9finitif a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par les m\u00e9ta-analyses exhaustives de la Cochrane Collaboration au tournant des ann\u00e9es 2000. Les travaux de Collins, Moore et Edwards (1998) ont synth\u00e9tis\u00e9 des dizaines d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s impliquant des patients souffrant de douleurs aigu\u00ebs post-op\u00e9ratoires. Leurs r\u00e9sultats ont prouv\u00e9 que le dextropropoxyph\u00e8ne pr\u00e9sentait un Nombre N\u00e9cessaire de Sujets \u00e0 Traiter (NNT) pour obtenir 50 % de soulagement douloureux extr\u00eamement d\u00e9favorable comparativement aux anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens (AINS) ou au parac\u00e9tamol pur, tout en affichant un profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neuropsychiatriques et gastro-intestinaux significativement plus lourd.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9monstration de la cardiotoxicit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement scell\u00e9e par une \u00e9tude prospective de phase I command\u00e9e par la FDA en 2009. Men\u00e9e sous une m\u00e9thodologie \u00e9lectrocardiographique de haute pr\u00e9cision, cette \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que m\u00eame chez des volontaires sains recevant des posologies situ\u00e9es dans les limites maximales de l&rsquo;AMM (600 mg de chlorhydrate par jour), le dextropropoxyph\u00e8ne induisait un allongement syst\u00e9matique et cliniquement significatif des intervalles PR et QTc ainsi qu&rsquo;une prolongation anormale de la dur\u00e9e du complexe QRS. Ces preuves empiriques irr\u00e9futables ont constitu\u00e9 le socle scientifique inattaquable qui a conduit \u00e0 son \u00e9viction du march\u00e9 mondial.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La trajectoire du Darvon refl\u00e8te des variations culturelles fascinantes dans l&rsquo;appropriation des psychotropes et la tol\u00e9rance soci\u00e9tale aux risques th\u00e9rapeutiques. Aux \u00c9tats-Unis, le Darvon a impr\u00e9gn\u00e9 la culture populaire des ann\u00e9es 1960 \u00e0 1980 au m\u00eame titre que les anxiolytiques benzodiaz\u00e9pines (\u00ab Mother&rsquo;s Little Helper \u00bb des Rolling Stones ou le Valium). Pr\u00e9sent dans les placards m\u00e9nagers de millions de foyers, il a \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9 dans des romans contemporains, des autobiographies et des films comme le symbole d&rsquo;une autom\u00e9dication tranquille de la classe moyenne contre le stress et la fatigue de l&rsquo;existence moderne.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;\u00e9quivalent Di-Antalvic a acquis un statut quasi-mythique de rep\u00e8re th\u00e9rapeutique national. Aucun pays n&rsquo;a prescrit et consomm\u00e9 autant d&rsquo;associations dextropropoxyph\u00e8ne-parac\u00e9tamol par habitant que l&rsquo;Hexagone, o\u00f9 il \u00e9tait per\u00e7u par le grand public comme une m\u00e9dication anodine de confort quotidien. Lorsque l&rsquo;Agence europ\u00e9enne a impos\u00e9 son retrait, une r\u00e9sistance culturelle et syndicale m\u00e9dicale sans pr\u00e9c\u00e9dent s&rsquo;est manifest\u00e9e en France. Les opposants accusaient les agences de calquer leur d\u00e9cision sur les donn\u00e9es de mortalit\u00e9 anglo-saxonnes (Royaume-Uni, \u00c9tats-Unis), o\u00f9 les suicides par intoxication au Darvon \u00e9taient statistiquement plus fr\u00e9quents en raison de disparit\u00e9s dans les modes de conditionnement (flacons de comprim\u00e9s en vrac aux USA contre plaquettes thermoform\u00e9es \u00ab blisters \u00bb limitant l&rsquo;impulsion suicidaire en France).<\/p>\n<p>Cette divergence met en lumi\u00e8re la dimension contextuelle de l&rsquo;observance et des habitudes pharmaco-\u00e9pid\u00e9miologiques selon les pays. Le conditionnement unitaire, l&rsquo;organisation de l&rsquo;acc\u00e8s aux soins d&rsquo;urgence et la perception collective de la mol\u00e9cule ont profond\u00e9ment influenc\u00e9 les courbes de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9 r\u00e9elles, rendant le d\u00e9bat toxicologique indissociable de son substrat sociologique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites toxicologiques<\/h3>\n<p>Le dossier du Darvon demeure l&rsquo;une des controverses les plus \u00e2pres de l&rsquo;histoire de la pharmacovigilance internationale, soulevant de graves critiques \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;industrie pharmaceutique et des autorit\u00e9s de contr\u00f4le sanitaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La faiblesse du ratio b\u00e9n\u00e9fice\/risque :<\/strong> La principale critique scientifique r\u00e9side dans le d\u00e9calage monumental entre l&rsquo;inefficacit\u00e9 antalgique relative de la mol\u00e9cule (proche d&rsquo;un simple plac\u00e9bo dans certaines indications douloureuses l\u00e9g\u00e8res) et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 absolue de ses effets secondaires potentiels.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9troitesse de la marge th\u00e9rapeutique :<\/strong> La concentration toxique se r\u00e9v\u00e8le effroyablement proche de la concentration th\u00e9rapeutique maximale. Une \u00e9l\u00e9vation minime de la posologie, motiv\u00e9e par une recrudescence algique, pouvait faire basculer un patient na\u00eff ou \u00e2g\u00e9 vers un tableau d&rsquo;impr\u00e9gnation cardiotoxique l\u00e9tale.<\/li>\n<li><strong>La lenteur institutionnelle face aux alertes sanitaires :<\/strong> Il a fallu plus de trente ans entre les premi\u00e8res requ\u00eates formelles d&rsquo;interdiction d\u00e9pos\u00e9es par le Dr Wolfe en 1978 et la d\u00e9cision effective de suspension par la FDA et l&rsquo;EMA en 2009-2010. Les critiques ont fustig\u00e9 les pressions de lobbying commercial des fabricants qui g\u00e9n\u00e9raient des marges substantielles sur ce produit de grande consommation amorti depuis longtemps.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;inad\u00e9quation de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique aux overdoses :<\/strong> Contrairement aux intoxications aux morphiniques purs o\u00f9 la naloxone suffit \u00e0 inverser la narcose et la bradypn\u00e9e, les intoxications massives au Darvon sont fr\u00e9quemment compliqu\u00e9es par la d\u00e9faillance de la pompe cardiaque imputable au nordextropropoxyph\u00e8ne, sur laquelle la naloxone n&rsquo;a strictement aucun effet antagoniste pharmacologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec exactitude le profil singulier du Darvon, il convient de le comparer \u00e0 d&rsquo;autres substances apparent\u00e9es au sein de la classe des analg\u00e9siques et des psychotropes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tramadol\">Tramadol<\/a> :<\/strong> Analg\u00e9sique de palier II agissant \u00e9galement sur les r\u00e9cepteurs opio\u00efdes &mu;, mais se distinguant radicalement du Darvon par son inhibition de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline. Bien qu&rsquo;il pr\u00e9sente un risque de d\u00e9pendance et d&rsquo;accidents de type syndrome s\u00e9rotoninergique, il n&rsquo;exerce pas la toxicit\u00e9 stabilisante de membrane cardiaque caract\u00e9ristique du m\u00e9tabolite du Darvon.<\/li>\n<li><strong>Cod\u00e9ine (M\u00e9thylmorphine) :<\/strong> Opiac\u00e9 naturel de puissance antalgique comparable au dextropropoxyph\u00e8ne. Sa biotransformation en morphine d\u00e9pend du polymorphisme du CYP2D6, mais son profil de surdosage induit principalement un coma calme hypopn\u00e9ique classique r\u00e9versible par la naloxone, sans arythmie ventriculaire primitive directe.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thadone :<\/strong> Opiac\u00e9 synth\u00e9tique chimiquement tr\u00e8s proche du dextropropoxyph\u00e8ne. Utilis\u00e9e comme traitement de substitution aux opio\u00efdes ou dans les douleurs canc\u00e9reuses rebelles, la m\u00e9thadone est un agoniste opio\u00efde complet infiniment plus puissant que le Darvon et poss\u00e8de une demi-vie prolong\u00e9e, tout en partageant avec lui le risque d&rsquo;allongement de l&rsquo;intervalle QTc \u00e0 posologie \u00e9lev\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L\u00e9vopropoxyph\u00e8ne :<\/strong> St\u00e9r\u00e9oisom\u00e8re l\u00e9vogyre du dextropropoxyph\u00e8ne. D\u00e9pourvu d&rsquo;effets analg\u00e9siques et d&rsquo;affinit\u00e9 significative pour les r\u00e9cepteurs &mu;, il a \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9 comme m\u00e9dicament antitussif central (ex. Novrad), illustrant la st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cificit\u00e9 des sites r\u00e9cepteurs opio\u00efdes du syst\u00e8me nerveux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le Darvon (dextropropoxyph\u00e8ne) demeure une le\u00e7on fondamentale dans les annales de la m\u00e9decine, de la psychologie clinique et de la sant\u00e9 publique mondiale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature pharmacologique :<\/strong> Analg\u00e9sique opio\u00efde de synth\u00e8se de palier II, agoniste faible des r\u00e9cepteurs &mu;, longtemps commercialis\u00e9 seul ou combin\u00e9 au parac\u00e9tamol.<\/li>\n<li><strong>Probl\u00e9matique m\u00e9tabolique :<\/strong> Sa biotransformation g\u00e9n\u00e8re le nordextropropoxyph\u00e8ne, un compos\u00e9 \u00e0 longue demi-vie d&rsquo;\u00e9limination qui bloque les canaux sodiques et potassiques cardiaques.<\/li>\n<li><strong>Double dangerosit\u00e9 clinique :<\/strong> Marge th\u00e9rapeutique extr\u00eamement \u00e9troite combinant le risque d&rsquo;une d\u00e9pendance psychologique sournoise et d&rsquo;un arr\u00eat cardiorespiratoire soudain par arythmie ventriculaire r\u00e9fractaire.<\/li>\n<li><strong>Verdict scientifique et retrait :<\/strong> D\u00e9montr\u00e9 comme \u00e0 peine plus efficace qu&rsquo;un antalgique simple de palier I mais infiniment plus toxique, il a \u00e9t\u00e9 banni du march\u00e9 en Europe (2009-2011) et aux \u00c9tats-Unis (2010).<\/li>\n<li><strong>H\u00e9ritage psychopathologique :<\/strong> Il illustre parfaitement la vuln\u00e9rabilit\u00e9 iatrog\u00e8ne face aux analg\u00e9siques centraux et a impuls\u00e9 des protocoles rigoureux de pharmacovigilance et d&rsquo;\u00e9valuation du m\u00e9susage m\u00e9dicamenteux.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Barker, I., &amp; DeCarle, B. (2011). Dextropropoxyphene withdrawal: A historical and clinical review of opioid safety. <em>British Journal of Clinical Pharmacology<\/em>, 72(3), 391\u2013396. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2125.2011.03977.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2125.2011.03977.x<\/a><\/p>\n<p>Collins, S. L., Edwards, J. E., Moore, R. A., &amp; McQuay, H. J. (1998). Single dose dextropropoxyphene, with and without paracetamol, for postoperative pain. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, (4), CD001440. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD001440\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD001440<\/a><\/p>\n<p>European Medicines Agency. (2009). <em>European Medicines Agency recommends withdrawal of dextropropoxyphene-containing medicines<\/em> (EMA\/392008\/2009). EMA Press Office. <a href=\"https:\/\/www.ema.europa.eu\/en\/news\/european-medicines-agency-recommends-withdrawal-dextropropoxyphene-containing-medicines\">https:\/\/www.ema.europa.eu\/<\/a><\/p>\n<p>U.S. Food and Drug Administration. (2010). <em>FDA Drug Safety Communication: FDA recommends against the continued use of propoxyphene<\/em>. Center for Drug Evaluation and Research. <a href=\"https:\/\/www.fda.gov\/drugs\/drug-safety-and-availability\/fda-drug-safety-communication-fda-recommends-against-continued-use-propoxyphene\">https:\/\/www.fda.gov\/<\/a><\/p>\n<p>Wolfe, S. M. (2010). The delay in withdrawing dextropropoxyphene (Darvon): A public health disaster. <em>BMJ<\/em>, 341, c6812. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.c6812\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.c6812<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse compl\u00e8te du Darvon (dextropropoxyph\u00e8ne) : pharmacodynamie, risques d&rsquo;accoutumance psychologique, cardiotoxicit\u00e9 l\u00e9tale et motifs de son retrait mondial.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,7375,33472],"tags":[43685,38125,43681,31233,26573,43686,15861],"class_list":["post-25982","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-psychopharmacologie","category-toxicologie-clinique","tag-darvon","tag-dependance-medicamenteuse","tag-dextropropoxyphene","tag-iatrogenie","tag-opioides","tag-retrait-de-marche","tag-toxicologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}