{"id":25964,"date":"2026-11-08T20:57:04","date_gmt":"2026-11-08T20:57:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=souris-dansante-psychologie-modele-comportemental"},"modified":"2026-11-08T20:57:04","modified_gmt":"2026-11-08T20:57:04","slug":"souris-dansante-psychologie-modele-comportemental","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=souris-dansante-psychologie-modele-comportemental","title":{"rendered":"Souris dansante : Mod\u00e8le pionnier du comportement"},"content":{"rendered":"<p>La souris dansante incarne l&rsquo;un des tournants m\u00e9thodologiques majeurs de l&rsquo;histoire de la psychologie animale, reliant l&rsquo;\u00e9tude des anomalies neurog\u00e9n\u00e9tiques aux fondements de l&rsquo;apprentissage sensoriel et moteur. Introduite au sein des premiers laboratoires de recherche exp\u00e9rimentale au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, elle a permis de jeter les bases empiriques de l&rsquo;\u00e9valuation sensorielle chez l&rsquo;animal non humain. Cet organisme mod\u00e8le a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la mani\u00e8re dont des anomalies structurelles pr\u00e9cises de l&rsquo;oreille interne mod\u00e8lent le r\u00e9pertoire moteur, l&rsquo;orientation spatiale et la plasticit\u00e9 cognitive face au conditionnement.<\/p>\n<h2>La Souris dansante<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie exp\u00e9rimentale et en neurosciences du comportement, la <strong>souris dansante<\/strong> (commun\u00e9ment appel\u00e9e en anglais <em>dancing mouse<\/em> ou <em>waltzing mouse<\/em>) d\u00e9signe une vari\u00e9t\u00e9 mutante de souris domestique (<em>Mus musculus<\/em>) caract\u00e9ris\u00e9e par des mouvements locomoteurs circulaires continus, de rapides mouvements convulsifs de la t\u00eate et une surdit\u00e9 sensorineurale totale apparaissant pr\u00e9cocement apr\u00e8s la naissance. Ce comportement giratoire involontaire, autrefois assimil\u00e9 de fa\u00e7on m\u00e9taphorique \u00e0 une chor\u00e9graphie ou une valse perp\u00e9tuelle, d\u00e9coule d&rsquo;alt\u00e9rations g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9cessives qui provoquent la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l&rsquo;appareil vestibulaire et de la cochl\u00e9e dans l&rsquo;oreille interne.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et comparatif, la souris dansante repr\u00e9sente historiquement l&rsquo;un des tout premiers mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux employ\u00e9s pour explorer les limites de la discrimination sensorielle, l&rsquo;organisation de l&rsquo;apprentissage visuel et la formation des habitudes chez les mammif\u00e8res. Rendue c\u00e9l\u00e8bre par la monographie fondatrice de Robert Mearns Yerkes publi\u00e9e en 1907, cette souche a servi de catalyseur m\u00e9thodologique pour l&rsquo;\u00e9tude rigoureuse du comportement op\u00e9rant et des r\u00e9ponses conditionn\u00e9es bien avant l&rsquo;av\u00e8nement officiel du b\u00e9haviorisme radical. Elle a ainsi d\u00e9montr\u00e9 la possibilit\u00e9 de mesurer quantitativement des processus psychophysiques chez l&rsquo;animal priv\u00e9 de certaines modalit\u00e9s perceptives fondamentales.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>La d\u00e9signation \u00ab souris dansante \u00bb est issue de la traduction litt\u00e9rale du terme vernaculaire anglais <em>dancing mouse<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;observation populaire des mouvements circulaires rapides et saccad\u00e9s de l&rsquo;animal, per\u00e7us par analogie comme une danse fr\u00e9n\u00e9tique. Dans la litt\u00e9rature scientifique historique, notamment europ\u00e9enne, l&rsquo;animal a souvent \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de \u00ab souris valseuse \u00bb (ou <em>waltzing mouse<\/em> en anglais, <em>Tanzmaus<\/em> en allemand, et <em>Japanische Tanzmaus<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son origine g\u00e9ographique initiale en Asie de l&rsquo;Est). Le verbe d&rsquo;origine germanique d\u00e9signant le fait de tournoyer (<em>walzen<\/em>) a renforc\u00e9 cette m\u00e9taphore esth\u00e9tique pour d\u00e9crire un d\u00e9ficit locomoteur profond.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans le lexique psychologique acad\u00e9mique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion des \u00e9thologues et des premiers psychologues comparatifs nord-am\u00e9ricains. Alors que les \u00e9leveurs d&rsquo;agr\u00e9ment chinois et japonais utilisaient traditionnellement des descriptions imag\u00e9es pour d\u00e9signer ces rongeurs d&rsquo;ornement, le milieu scientifique l&rsquo;a d&rsquo;abord cat\u00e9goris\u00e9e sous le prisme de la pathologie vestibulaire avant de standardiser le vocable <em>dancing mouse<\/em> comme un paradigme comportemental sp\u00e9cifique. Avec l&rsquo;essor de la g\u00e9n\u00e9tique moderne, ce terme historique s&rsquo;est progressivement effac\u00e9 au profit de descriptions ph\u00e9notypiques et g\u00e9notypiques pr\u00e9cises, telles que les mutations vestibulaires <em>waltzer<\/em> (symbole <em>v<\/em>) ou <em>shaker<\/em>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [su.\u0281i d\u0251\u0303.s\u0251\u0303t]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 du substantif f\u00e9minin \u00ab souris \u00bb et de l&rsquo;adjectif verbal \u00ab dansante \u00bb \u00e9pith\u00e8te, accord\u00e9 au f\u00e9minin singulier. Au pluriel, l&rsquo;expression prend la marque graphique r\u00e9guli\u00e8re des deux composants : les \u00ab souris dansantes \u00bb [su.\u0281i d\u0251\u0303.s\u0251\u0303t].<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_compar%C3%A9e\">psychologie compar\u00e9e<\/a> et en neuroanatomie, le syntagme peut appara\u00eetre de mani\u00e8re interchangeable avec \u00ab souris valseuse \u00bb. Sur le plan syntaxique, le terme est employ\u00e9 comme sujet ou compl\u00e9ment pour d\u00e9signer soit l&rsquo;organisme mod\u00e8le biologique individuel, soit la souche exp\u00e9rimentale collective. Il est d&rsquo;usage d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;attribuer au terme une dimension intentionnelle ou ludique : dans le discours scientifique contemporain, la danse est trait\u00e9e exclusivement comme un sympt\u00f4me locomoteur st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et non comme une activit\u00e9 comportementale intentionnelle.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne comportemental incarn\u00e9 par la souris dansante repose sur une perturbation physiologique profonde de l&rsquo;\u00e9quilibre et de la proprioception. Priv\u00e9 des aff\u00e9rences sensorielles vestibulaires n\u00e9cessaires au maintien de la posture et \u00e0 la navigation spatiale en ligne droite, l&rsquo;animal compense cette perte par une hyperkin\u00e9sie giratoire. Ces rongeurs tournent de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive autour d&rsquo;un axe vertical, parfois \u00e0 des cadences atteignant plusieurs dizaines de rotations compl\u00e8tes par minute, en alternant les sens de rotation ou en maintenant une pr\u00e9f\u00e9rence lat\u00e9rale marqu\u00e9e. Ce comportement s&rsquo;intensifie particuli\u00e8rement dans des situations d&rsquo;activation \u00e9motionnelle, d&rsquo;exploration d&rsquo;un environnement nouveau ou de faim, soulignant l&rsquo;interaction \u00e9troite entre le niveau d&rsquo;excitation corticale et la d\u00e9charge motrice st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-sensoriel, la souris dansante se distingue par une alt\u00e9ration combin\u00e9e du syst\u00e8me vestibulaire et de l&rsquo;appareil auditif. D\u00e8s la fin de la p\u00e9riode postnatale pr\u00e9coce, une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive de la strie vasculaire, de l&rsquo;organe de Corti et des \u00e9pith\u00e9liums sensoriels des canaux semi-circulaires entra\u00eene une surdit\u00e9 bilat\u00e9rale absolue. En cons\u00e9quence, l&rsquo;univers perceptif de cet animal se trouve restreint \u00e0 la vision, \u00e0 l&rsquo;olfaction et aux signaux tactiles somatosensoriels v\u00e9hicul\u00e9s notamment par les vibrisses. Pour les psychologues exp\u00e9rimentalistes, cette privation sensorielle s\u00e9lective repr\u00e9sentait un \u00ab dispositif naturel \u00bb exceptionnel pour isoler le r\u00f4le exact de la vision et de la m\u00e9moire musculaire dans des t\u00e2ches cognitives complexes.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration psychologique de la souris dansante ne se limite donc pas \u00e0 l&rsquo;observation de sa marche giratoire. Elle englobe l&rsquo;\u00e9valuation de sa capacit\u00e9 \u00e0 surmonter son handicap vestibulaire pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes instrumentaux. Confront\u00e9e \u00e0 un labyrinthe ou \u00e0 des bo\u00eetes de choix binaire, la souris dansante d\u00e9montre une capacit\u00e9 intacte \u00e0 discriminer des stimuli lumineux, des niveaux de luminance ou des formes g\u00e9om\u00e9triques \u00e9l\u00e9mentaires. Le concept illustre ainsi de mani\u00e8re magistrale le principe de plasticit\u00e9 et de r\u00e9organisation adaptative : un organisme d\u00e9pourvu de rep\u00e8res d&rsquo;orientation inertiels majeurs peut r\u00e9organiser l&rsquo;ensemble de son comportement de navigation en s&rsquo;appuyant quasi exclusivement sur des signaux visuels et des r\u00e9gularit\u00e9s proprioceptives kinesth\u00e9siques.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9tude de ce rongeur pose le probl\u00e8me de la fronti\u00e8re entre r\u00e9flexe, st\u00e9r\u00e9otypie motrice et comportement orient\u00e9 vers un but. Lorsque la souris est plac\u00e9e dans un contexte o\u00f9 la rotation continue est entrav\u00e9e, par exemple dans des couloirs \u00e9troits ou lors de l&rsquo;apprentissage de travers\u00e9es de passerelles, elle parvient \u00e0 inhiber temporairement ses rotations compulsives pour satisfaire un besoin biologique d&rsquo;\u00e9vitement ou de r\u00e9compense nutritive. Cette flexibilit\u00e9 relative a permis d&rsquo;\u00e9clairer la hi\u00e9rarchie des syst\u00e8mes nerveux, r\u00e9v\u00e9lant qu&rsquo;un patron moteur dict\u00e9 par une l\u00e9sion p\u00e9riph\u00e9rique peut \u00eatre modul\u00e9 par des m\u00e9canismes c\u00e9r\u00e9braux sup\u00e9rieurs impliqu\u00e9s dans la motivation et le conditionnement op\u00e9rant.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la souris dansante s&rsquo;enracine initialement dans l&rsquo;extr\u00eame orient m\u00e9di\u00e9val et pr\u00e9moderne, o\u00f9 des mentions de rongeurs tournoyants apparaissent dans des chroniques chinoises d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne. Ces souris furent pr\u00e9serv\u00e9es et s\u00e9lectionn\u00e9es par des passionn\u00e9s en Chine puis au Japon durant l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Edo pour leur caract\u00e8re curieux et leur docilit\u00e9 singuli\u00e8re. Au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, des marchands et des diplomates occidentaux rapport\u00e8rent ces sp\u00e9cimens en Europe et aux \u00c9tats-Unis, \u00e9veillant imm\u00e9diatement la curiosit\u00e9 des physiologistes, des anatomistes et des zoologistes soucieux de comprendre l&rsquo;\u00e9tiologie de cette \u00e9trange agitation continue.<\/p>\n<p>Des chercheurs pionniers, parmi lesquels William Henry Rawles et divers otologistes europ\u00e9ens des ann\u00e9es 1880 et 1890, entreprirent des dissections minutieuses du labyrinthe membraneux de ces animaux. Ils d\u00e9couvrirent rapidement l&rsquo;atrophie s\u00e9v\u00e8re des canaux semi-circulaires et du nerf auditif, \u00e9tablissant ainsi le premier lien organique formel entre les l\u00e9sions de l&rsquo;oreille interne et l&rsquo;ataxie vestibulaire. Cependant, c&rsquo;est l&rsquo;entr\u00e9e de cet animal au sein du laboratoire de Harvard sous l&rsquo;impulsion de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_Yerkes\">Robert Yerkes<\/a> qui fit basculer la souris dansante du statut de simple curiosit\u00e9 t\u00e9ratologique \u00e0 celui de mod\u00e8le canonique pour les sciences psychologiques naissantes.<\/p>\n<p>En 1907, Robert M. Yerkes publia son ouvrage s\u00e9minal intitul\u00e9 <em>The Dancing Mouse: A Study in Animal Behavior<\/em>. Ce travail monumental synth\u00e9tisait des ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rimentations consacr\u00e9es aux seuils de sensibilit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la perception des couleurs, \u00e0 la m\u00e9moire spatiale et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducabilit\u00e9 de l&rsquo;animal. Yerkes utilisa la souris dansante pour perfectionner ses dispositifs de conditionnement discriminatif bas\u00e9s sur des chocs \u00e9lectriques de faible intensit\u00e9 et des r\u00e9compenses, posant les jalons exp\u00e9rimentaux qui allaient d\u00e9boucher, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, sur la c\u00e9l\u00e8bre formulation de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loi_de_Yerkes-Dodson\">loi de Yerkes-Dodson<\/a> reliant l&rsquo;intensit\u00e9 de la stimulation \u00e0 la rapidit\u00e9 de l&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<p>Au fil du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la g\u00e9n\u00e9tique mend\u00e9lienne, la souris dansante est devenue un syst\u00e8me mod\u00e8le fondamental pour les g\u00e9n\u00e9ticiens tels que William Ernest Castle et John B. S. Haldane. Ces chercheurs l&rsquo;ont exploit\u00e9e pour analyser l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des traits r\u00e9cessifs et les liaisons g\u00e9n\u00e9tiques chez les mammif\u00e8res. Plus tard, vers la fin du XXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, la biologie mol\u00e9culaire a permis d&rsquo;identifier avec pr\u00e9cision les g\u00e8nes d\u00e9fectueux responsables des ph\u00e9notypes valseurs, int\u00e9grant d\u00e9finitivement l&rsquo;h\u00e9ritage de la souris dansante dans la recherche g\u00e9nomique contemporaine sur les surdit\u00e9s cong\u00e9nitales et les troubles vestibulaires humains.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse comportementale de la souris dansante s&rsquo;appuie principalement sur la psychophysique et l&rsquo;approche comportementale comparative. Les premiers psychophysiciens cherchaient \u00e0 transposer aux mod\u00e8les non humains les m\u00e9thodes rigoureuses de Gustav Fechner et Wilhelm Wundt en vue de mesurer les seuils sensoriels absolus et diff\u00e9rentiels. Priv\u00e9e d&rsquo;audition et d&rsquo;\u00e9quilibre classique, la souris dansante offrait une structure exp\u00e9rimentale \u00e9pur\u00e9e pour d\u00e9terminer si les r\u00e8gles math\u00e9matiques gouvernant la perception visuelle humaine s&rsquo;appliquaient universellement \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9chelle phylog\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Un second cadre th\u00e9orique fondamental provient du b\u00e9haviorisme \u00e9mergent et de la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage par renforcement. Yerkes et ses contemporains cherchaient \u00e0 \u00e9radiquer l&rsquo;anthropomorphisme anecdotique qui pr\u00e9valait dans les \u00e9crits de naturalistes de la fin de l&rsquo;\u00e9poque victorienne. En utilisant des protocoles standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9vitement et de choix forc\u00e9, ils ont d\u00e9montr\u00e9 que les performances de la souris dansante d\u00e9coulaient de processus syst\u00e9matiques de formation d&rsquo;associations stimulus-r\u00e9ponse (S-R), modul\u00e9s par la r\u00e9p\u00e9tition, la valence du renfor\u00e7ateur et la discrimination des indices environnementaux, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;invoquer une conscience introspective ou un sens esth\u00e9tique du mouvement.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier conceptuel est celui de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9n%C3%A9tique_comportementale\">g\u00e9n\u00e9tique comportementale<\/a> et de la neuro-\u00e9thologie. L&rsquo;\u00e9tude de la souris dansante a pr\u00e9cocement illustr\u00e9 l&rsquo;axiome selon lequel un g\u00e9notype mut\u00e9 alt\u00e8re de mani\u00e8re d\u00e9terministe le d\u00e9veloppement d&rsquo;un organe p\u00e9riph\u00e9rique de transduction, ce qui modifie en cascade l&rsquo;aff\u00e9rence sensorielle vers le syst\u00e8me nerveux central et produit un ensemble invariant de patterns comportementaux moteurs. Cette conception mat\u00e9rialiste du comportement a ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e contemporaine que les conduites motrices st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es observ\u00e9es dans diverses pathologies humaines (telles que le syndrome de Gilles de la Tourette ou certains troubles obsessionnels compulsifs) peuvent trouver leur origine dans des anomalies neurofonctionnelles sous-corticales et sensori-motrices pr\u00e9cises.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le complexe syndromique et comportemental propre \u00e0 la souris dansante peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 en plusieurs composantes neurobiologiques et fonctionnelles interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Comportement locomoteur giratoire (circling behavior) :<\/strong> Mouvement circulaire compulsif et soutenu, caract\u00e9ris\u00e9 par une vitesse angulaire \u00e9lev\u00e9e et une r\u00e9duction spectaculaire de la locomotion rectiligne, s&rsquo;ex\u00e9cutant dans le sens horaire, antihoraire ou bidirectionnel selon les lign\u00e9es et le niveau d&rsquo;excitation.<\/li>\n<li><strong>Dyskin\u00e9sie c\u00e9phalique (head tossing and shaking) :<\/strong> Balancements rapides, saccad\u00e9s et incessants de la t\u00eate selon des axes horizontaux et verticaux, observ\u00e9s principalement lorsque l&rsquo;animal s&rsquo;immobilise ou cherche \u00e0 scruter son environnement direct.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9ficit vestibulaire p\u00e9riph\u00e9rique :<\/strong> Atrophie histologique pr\u00e9coce des cr\u00eates ampullaires des canaux semi-circulaires et des macules de l&rsquo;utricule et du saccule, emp\u00eachant la transduction normale de la gravit\u00e9 et des acc\u00e9l\u00e9rations angulaires ou lin\u00e9aires.<\/li>\n<li><strong>Abolition auditive sensorineurale :<\/strong> D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence secondaire de l&rsquo;organe spiral de Corti, du ganglion spiral et des fibres nerveuses du nerf cochl\u00e9aire, provoquant une surdit\u00e9 totale et irr\u00e9versible d\u00e8s les premi\u00e8res semaines de vie postnatale.<\/li>\n<li><strong>Hyper-r\u00e9activit\u00e9 aux signaux visuels et tactiles :<\/strong> D\u00e9pendance adaptative pr\u00e9pond\u00e9rante envers les entr\u00e9es photoniques et m\u00e9canosensorielles p\u00e9riph\u00e9riques pour orienter les trajectoires et compenser le vertige fonctionnel permanent caus\u00e9 par la l\u00e9sion vestibulaire.<\/li>\n<li><strong>Modulations motivationnelles du ph\u00e9notype :<\/strong> Variation quantitative de la fr\u00e9quence de rotation sous l&rsquo;influence du stress aigu, des stimuli aversifs l\u00e9gers ou de l&rsquo;anticipation de nutriments, r\u00e9v\u00e9lant une modulation limbique des circuits g\u00e9n\u00e9rateurs de patrons moteurs automatiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un exemple paradigmatique de l&rsquo;utilisation de la souris dansante dans l&rsquo;histoire de la psychologie est l&rsquo;exp\u00e9rience de discrimination de la luminosit\u00e9 con\u00e7ue par Robert Yerkes dans sa bo\u00eete de choix en Y. L&rsquo;animal \u00e9tait plac\u00e9 au point de d\u00e9part d&rsquo;une enceinte bifurqu\u00e9e et devait choisir entre deux couloirs d&rsquo;issue \u00e9clair\u00e9s selon des intensit\u00e9s lumineuses contrast\u00e9es (par exemple, un compartiment faiblement \u00e9clair\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 un compartiment fortement \u00e9clair\u00e9). Si la souris choisissait le mauvais couloir, elle recevait une d\u00e9charge \u00e9lectrique cutan\u00e9e via une grille m\u00e9tallique situ\u00e9e sur le plancher ; si elle choisissait l&rsquo;autre, elle acc\u00e9dait \u00e0 son nid et \u00e0 de la nourriture. Yerkes observa que malgr\u00e9 ses rotations \u00e9tourdissantes constantes, la souris parvenait, apr\u00e8s un nombre quantifiable d&rsquo;essais, \u00e0 inhiber ses mouvements giratoires d\u00e8s l&rsquo;ouverture de la porte pour s&rsquo;orienter directement vers le couloir ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>Un autre cas concret met en lumi\u00e8re l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;adaptation spatiale dans l&rsquo;obscurit\u00e9 compl\u00e8te. Alors qu&rsquo;une souris commune utilise ses r\u00e9cepteurs vestibulaires ainsi que ses r\u00e9cepteurs proprioceptifs pour cartographier et m\u00e9moriser l&rsquo;agencement d&rsquo;un d\u00e9dale obscur sans difficult\u00e9 majeure, la souris dansante priv\u00e9e d&rsquo;\u00e9clairage visuel pr\u00e9sente une d\u00e9sorganisation locomotrice critique. Dans un labyrinthe complexe plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 absolue, la souris multiplie les collisions contre les parois, s&rsquo;enferme dans des rotations continues au m\u00eame croisement et est incapable d&rsquo;optimiser son temps de parcours, confirmant que son apprentissage spatial d\u00e9pend presque enti\u00e8rement d&rsquo;ancrages visuels externes et d&rsquo;indices tactiles proximaux.<\/p>\n<p>Dans un contexte de laboratoire plus r\u00e9cent, l&rsquo;\u00e9tude des mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9tiques homologues (comme la souris mutante <em>waltzer<\/em> d\u00e9ficiente pour la cadh\u00e9rine 23) fournit une illustration contemporaine \u00e9quivalente. Lorsque ces animaux sont soumis au test de la nage forc\u00e9e ou simplement d\u00e9pos\u00e9s dans un bassin d&rsquo;eau temp\u00e9r\u00e9e, leur incapacit\u00e9 vestibulaire \u00e0 distinguer le haut du bas les conduit \u00e0 tournoyer sous l&rsquo;eau de fa\u00e7on chaotique, risquant la noyade rapide si l&rsquo;exp\u00e9rimentateur n&rsquo;intervient pas imm\u00e9diatement. Ce cas d\u00e9montre la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 physiologique du d\u00e9ficit : hors d&rsquo;un plan solide o\u00f9 le contact tactile rassure l&rsquo;organisme, le cerveau perd toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la verticalit\u00e9 gravitationnelle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la quantification des performances de la souris dansante reposait sur des m\u00e9thodes biom\u00e9caniques et chronom\u00e9triques novatrices pour l&rsquo;\u00e9poque. Yerkes con\u00e7ut le \u00ab labyrinthe \u00e0 choix binaire \u00bb, le kymographe \u00e0 cylindre enregistreur pour tracer les trajectoires locomotrices et des cages rotatives sp\u00e9cialement instrument\u00e9es. L&rsquo;activit\u00e9 motrice \u00e9tait quantifi\u00e9e par le nombre absolu de rotations effectu\u00e9es par heure, la distribution temporelle des cycles de danse sur le nycth\u00e9m\u00e8re et le calcul des taux d&rsquo;erreurs d&rsquo;orientation dans des couloirs rectilignes de discrimination.<\/p>\n<p>Avec les progr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9thologie computationnelle moderne, l&rsquo;\u00e9valuation du comportement de type souris dansante est aujourd&rsquo;hui int\u00e9gralement automatis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;imagerie num\u00e9rique et aux logiciels de suivi vid\u00e9o (<em>video-tracking<\/em> \u00e0 haute r\u00e9solution spatio-temporelle). Les chercheurs \u00e9valuent plusieurs m\u00e9triques standardis\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Indice de rotationnalit\u00e9 :<\/strong> Nombre de tours complets (360 degr\u00e9s) accomplis par minute, distinguant les rotations serr\u00e9es sur place (autour du train arri\u00e8re) des circonvolutions \u00e0 large rayon de braquage.<\/li>\n<li><strong>Rapport de lat\u00e9ralisation motrice :<\/strong> Pourcentage de rotations s\u00e9nestrogyres (vers la gauche) comparativement aux rotations dextrogyres (vers la droite), permettant d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;asym\u00e9trie h\u00e9misph\u00e9rique c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>Acc\u00e9l\u00e9rom\u00e9trie c\u00e9phalique :<\/strong> Mesure tridimensionnelle de la vitesse et de la fr\u00e9quence des oscillations de la t\u00eate via des capteurs microm\u00e9triques ou la reconnaissance automatique de points cl\u00e9s morphologiques par intelligence artificielle.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC) :<\/strong> \u00c9valuation \u00e9lectrophysiologique confirmant l&rsquo;absence totale de r\u00e9ponse neuronale du nerf vestibulo-cochl\u00e9aire face \u00e0 des stimulations sonores calibr\u00e9es de forte intensit\u00e9 (d\u00e9cibels SPL).<\/li>\n<li><strong>Tests de g\u00e9otaxie n\u00e9gative et d&rsquo;agrippement au fil :<\/strong> \u00c9preuves motrices consistant \u00e0 placer le rongeur sur un plan inclin\u00e9 la t\u00eate vers le bas pour observer s&rsquo;il r\u00e9tablit spontan\u00e9ment sa trajectoire vers le haut, une t\u00e2che syst\u00e9matiquement \u00e9chou\u00e9e par ces souris mutantes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le plan de la psychologie clinique et des neurosciences translationnelles, la souris dansante et ses lign\u00e9es d\u00e9riv\u00e9es repr\u00e9sentent des mod\u00e8les de choix pour comprendre la pathophysiologie du syndrome de d\u00e9aff\u00e9rentation vestibulaire bilat\u00e9rale chez l&rsquo;humain. Les patients souffrant de vestibulopathies s\u00e9v\u00e8res (cons\u00e9cutives \u00e0 des labyrinthites bilat\u00e9rales toxiques ou \u00e0 des anomalies cong\u00e9nitales) rapportent une instabilit\u00e9 de la vision du monde lors du mouvement (oscillopsie), des troubles de la navigation spatiale et une anxi\u00e9t\u00e9 situationnelle majeure. L&rsquo;exp\u00e9rimentation sur les rongeurs mutants permet de d\u00e9crypter comment le cerveau compense cette d\u00e9sorientation par des r\u00e9organisations neuronales au niveau du cervelet, du thalamus et du cortex pari\u00e9to-insulaire vestibulaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;audiologie et de la g\u00e9n\u00e9tique m\u00e9dicale, la caract\u00e9risation mol\u00e9culaire de ce ph\u00e9notype valseur a directement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;identification des g\u00e8nes impliqu\u00e9s dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oreille_interne\">syndrome d&rsquo;Usher<\/a> humain, une maladie orpheline majeure caract\u00e9ris\u00e9e par une surdit\u00e9 neurosensorielle cong\u00e9nitale doubl\u00e9e d&rsquo;une perte progressive de la vision (r\u00e9tinite pigmentaire) et, dans certains cas, d&rsquo;une dysfonction vestibulaire prononc\u00e9e. Les donn\u00e9es fonctionnelles recueillies sur le mod\u00e8le murin permettent aujourd&rsquo;hui de tester des approches innovantes de th\u00e9rapie g\u00e9nique visant \u00e0 restaurer la structure fine des st\u00e9r\u00e9ocils de l&rsquo;oreille interne avant la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence compl\u00e8te des cellules cili\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan de la p\u00e9dagogie et de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de la psychologie, la souris dansante demeure l&rsquo;un des arch\u00e9types didactiques les plus pr\u00e9cieux. Elle est r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9e pour enseigner la rigueur m\u00e9thodologique requise pour contr\u00f4ler les stimuli exp\u00e9rimentaux. Les \u00e9crits de Yerkes d\u00e9montrant que les souris apprenaient non pas par une suppos\u00e9e \u00ab intelligence g\u00e9n\u00e9rale abstraite \u00bb, mais en extrayant des indices visuels fins tout en luttant contre leurs automatismes moteurs primaires, constituent un exemple fondateur d&rsquo;analyse fonctionnelle du comportement au sein des cursus universitaires mondiaux.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les recherches empiriques men\u00e9es par Robert Yerkes au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle ont apport\u00e9 les premi\u00e8res preuves quantitatives solides relatives \u00e0 la vision des formes et \u00e0 la discrimination des longueurs d&rsquo;onde chez les petits rongeurs. Yerkes a \u00e9tabli que si la souris dansante ne poss\u00e8de qu&rsquo;une capacit\u00e9 rudimentaire \u00e0 discriminer les couleurs du spectre visible comparativement \u00e0 l&rsquo;humain, son acuit\u00e9 pour distinguer des contrastes de brillance est remarquablement aff\u00fbt\u00e9e. Ses courbes d&rsquo;apprentissage ont d\u00e9montr\u00e9 une diminution progressive du temps de latence au fur et \u00e0 mesure que la diff\u00e9rence d&rsquo;intensit\u00e9 lumineuse entre les deux couloirs d&rsquo;essai s&rsquo;accroissait, fournissant une d\u00e9monstration exp\u00e9rimentale pr\u00e9coce de la relation psychophysique chez le rongeur.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, les \u00e9tudes histologiques conduites par des anatomistes tels que Mary S. Deol ont document\u00e9 les alt\u00e9rations morphologiques sous-tendant ce comportement. Ces travaux empiriques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les malformations ne se situent pas initialement dans le syst\u00e8me nerveux central, mais trouvent leur source dans une cytogen\u00e8se d\u00e9faillante des cr\u00eates ampullaires d\u00e8s le quatorzi\u00e8me jour de la gestation embryonnaire. La destruction cons\u00e9cutive des cellules cili\u00e9es de type I et de type II supprime les flux ioniques normaux induits par les mouvements de l&rsquo;endolymphe, privant ainsi les noyaux vestibulaires du tronc c\u00e9r\u00e9bral de toute activit\u00e9 aff\u00e9rente tonique continue.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, la recherche en neurobiologie mol\u00e9culaire a \u00e9lucid\u00e9 les bases g\u00e9n\u00e9tiques exactes de plusieurs mutations \u00e0 l&rsquo;origine du comportement de danse. Les travaux sur les g\u00e8nes <em>Myo7a<\/em> (impliqu\u00e9 dans la mutation <em>shaker-1<\/em>) et <em>Pcdh15<\/em> ou <em>Cdh23<\/em> ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le crucial des moteurs mol\u00e9culaires myosiques et des liens apicaux (<em>tip links<\/em>) unissant les st\u00e9r\u00e9ocils des cellules cili\u00e9es vestibulaires. Les enregistrements par patch-clamp ont valid\u00e9 empiriquement que sans l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 structurale de ces prot\u00e9ines, les canaux m\u00e9cano-transducteurs ne peuvent s&rsquo;ouvrir sous l&rsquo;effet des contraintes m\u00e9caniques, confirmant ainsi que la danse compulsive de l&rsquo;animal est l&rsquo;expression motrice directe d&rsquo;un silence \u00e9lectrophysiologique des r\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques de l&rsquo;\u00e9quilibre.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transcontextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la souris dansante t\u00e9moigne d&rsquo;une trajectoire transculturelle fascinante, voyageant d&rsquo;un statut d&rsquo;animal de compagnie et d&rsquo;agr\u00e9ment dans l&rsquo;Asie imp\u00e9riale \u00e0 celui d&rsquo;objet d&rsquo;exp\u00e9rimentation aseptis\u00e9 dans les laboratoires universitaires occidentaux. En Chine imp\u00e9riale puis au Japon sous le shogunat Tokugawa, ces souris, \u00e9lev\u00e9es sous le nom vernaculaire de souris \u00e0 man\u00e8ge ou souris sautillantes, poss\u00e9daient une valeur esth\u00e9tique et symbolique. Elles \u00e9taient offertes comme pr\u00e9sents de raffinement, leur agitation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e \u00e9tant contempl\u00e9e non comme une tare pathologique, mais comme un spectacle vivant intrigant et gracieux, int\u00e9gr\u00e9 aux traditions de m\u00e9nagerie domestique.<\/p>\n<p>La transition vers la modernit\u00e9 scientifique occidentale \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle a radicalement transform\u00e9 le regard port\u00e9 sur l&rsquo;animal. Sous l&rsquo;influence du positivisme, le paradigme esth\u00e9tique s&rsquo;est mu\u00e9 en un r\u00e9ductionnisme clinique strict. La \u00ab danse \u00bb n&rsquo;\u00e9tait plus une curiosit\u00e9 contemplative, mais une l\u00e9sion mesurable, un d\u00e9ficit \u00e0 diss\u00e9quer et une opportunit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier la m\u00e9canique du vivant. Ce d\u00e9calage illustre comment des manifestations ph\u00e9notypiques identiques sont investies de significations radicalement divergentes selon les contextes culturels, philosophiques et historiques dans lesquels elles sont observ\u00e9es.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur historique inestimable, l&#8217;emploi de la souris dansante a suscit\u00e9 de vives controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques. La principale critique adress\u00e9e aux travaux de Robert Yerkes et de ses contemporains concerne la repr\u00e9sentativit\u00e9 du mod\u00e8le. Des physiologistes ont soulign\u00e9 le danger d&rsquo;extrapoler les lois g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;apprentissage animal et humain \u00e0 partir d&rsquo;un organisme afflig\u00e9 d&rsquo;une mutation pl\u00e9iotrope aussi d\u00e9stabilisante. La d\u00e9sorganisation chronique de l&rsquo;\u00e9quilibre et le stress physiologique persistant engendr\u00e9 par les rotations compulsives \u00e9taient susceptibles de biaiser les capacit\u00e9s d&rsquo;attention, de perception et de m\u00e9moire du rongeur, faussant ainsi les comparaisons avec les souches sauvages saines.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat historique a port\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tiologie exacte de la rotation motrice. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, deux \u00e9coles de pens\u00e9e se sont affront\u00e9es : l&rsquo;une d\u00e9fendait une origine strictement p\u00e9riph\u00e9rique vestibulaire, arguant que la destruction du labyrinthe suffisait \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer m\u00e9caniquement la perte de direction ; l&rsquo;autre soutenait l&rsquo;existence d&rsquo;une l\u00e9sion concomitante du syst\u00e8me nerveux central, notamment au niveau du cervelet ou des ganglions de la base, postulant une dysfonction dopaminergique analogue \u00e0 certains syndromes chor\u00e9iques ou parkinsoniens. Bien que la biologie moderne ait valid\u00e9 la cause p\u00e9riph\u00e9rique primaire, il est d\u00e9sormais reconnu que le syst\u00e8me nerveux central subit des r\u00e9organisations plastiques secondaires profondes cons\u00e9cutives \u00e0 la privation sensorielle pr\u00e9coce, ce qui complexifie l&rsquo;interpr\u00e9tation des comportements observ\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9thique, les m\u00e9thodologies d\u00e9ploy\u00e9es au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, impliquant des privations sensorielles multiples, des chocs \u00e9lectriques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et l&rsquo;isolement dans des dispositifs contraignants, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9troactivement point\u00e9es du doigt. Dans la recherche translationnelle actuelle, les mod\u00e8les de mutants vestibulaires sont encadr\u00e9s par des normes de bien-\u00eatre animal rigoureuses qui imposent des enrichissements environnementaux adapt\u00e9s et des crit\u00e8res stricts de point d&rsquo;arr\u00eat afin d&rsquo;att\u00e9nuer la d\u00e9tresse inh\u00e9rente aux pertes d&rsquo;\u00e9quilibre chroniques et aux d\u00e9fauts d&rsquo;orientation spatiale.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique et conceptuelle au sein de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, il convient de distinguer la souris dansante d&rsquo;autres notions et mod\u00e8les voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Souris valseuse (Waltzing mouse) :<\/strong> Synonyme historique direct de la souris dansante, d\u00e9signant les mutations sp\u00e9cifiques de l&rsquo;oreille interne affectant l&rsquo;\u00e9quilibre et l&rsquo;ou\u00efe ; le terme \u00ab valseuse \u00bb insiste sur la circularit\u00e9 motrice tandis que \u00ab dansante \u00bb englobe \u00e9galement les secousses c\u00e9phaliques et les bonds saccad\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Comportement tournoyant induit (Circling behavior pharmacologique) :<\/strong> Patron locomoteur asym\u00e9trique d\u00e9clench\u00e9 exp\u00e9rimentalement chez des rongeurs sains par une l\u00e9sion unilat\u00e9rale de la voie dopaminergique nigrostri\u00e9e (par exemple via la 6-hydroxydopamine) suivie de l&rsquo;administration d&rsquo;amph\u00e9tamine ou d&rsquo;apomorphine ; \u00e0 la diff\u00e9rence de la souris dansante, ce mod\u00e8le implique directement une l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale centrale sans alt\u00e9ration primaire de l&rsquo;oreille interne.<\/li>\n<li><strong>St\u00e9r\u00e9otypie motrice d&rsquo;enfermement :<\/strong> Comportement r\u00e9p\u00e9titif, invariant et sans but fonctionnel apparent d\u00e9velopp\u00e9 par des animaux sains maintenus dans des conditions d&rsquo;enrichissement environnemental d\u00e9ficitaire ; contrairement \u00e0 la danse de la souris dansante, cette anomalie n&rsquo;a pas de fondement g\u00e9n\u00e9tique direct et peut r\u00e9gresser avec l&rsquo;enrichissement du milieu.<\/li>\n<li><strong>Ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse :<\/strong> Trouble de la coordination motrice cons\u00e9cutif \u00e0 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des cellules de Purkinje ou du cortex c\u00e9r\u00e9belleux (comme chez les mutants <em>reeler<\/em> ou <em>weaver<\/em>), se manifestant par une d\u00e9marche \u00e9brieuse et titubante sans les rotations axiales r\u00e9guli\u00e8res et soutenues propres \u00e0 la souris dansante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La souris dansante demeure l&rsquo;une des figures fondatrices de la psychologie animale exp\u00e9rimentale et de la neurobiologie de l&rsquo;audition et de l&rsquo;\u00e9quilibre. Ses caract\u00e9ristiques primordiales s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<p>Elle est d\u00e9finie par une mutation g\u00e9n\u00e9tique provoquant la destruction pr\u00e9coce de l&rsquo;appareil vestibulaire et de la cochl\u00e9e dans l&rsquo;oreille interne, ce qui induit une hyperkin\u00e9sie giratoire permanente, des mouvements spasmodiques de la t\u00eate et une surdit\u00e9 sensorineurale absolue.<\/p>\n<p>ImmEmergency au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle comme sujet d&rsquo;\u00e9tude central gr\u00e2ce aux travaux pionniers de Robert Yerkes en 1907, elle a permis de valider des m\u00e9thodologies rigoureuses pour tester la perception sensorielle et la dynamique de conditionnement op\u00e9rant chez les rongeurs, contribuant indirectement \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la c\u00e9l\u00e8bre loi de Yerkes-Dodson.<\/p>\n<p>Elle a servi de transition conceptuelle cruciale entre la psychologie compar\u00e9e descriptive et la g\u00e9n\u00e9tique comportementale moderne, illustrant comment une anomalie mol\u00e9culaire p\u00e9riph\u00e9rique modifie profond\u00e9ment l&rsquo;organisation des conduites globales, l&rsquo;orientation spatiale et la compensation sensorimotrice.<\/p>\n<p>Dans la recherche m\u00e9dicale contemporaine, les lign\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques d\u00e9riv\u00e9es de ce mod\u00e8le constituent des outils fondamentaux pour la compr\u00e9hension et le d\u00e9veloppement de th\u00e9rapies ciblant les troubles vestibulaires d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs et les pathologies g\u00e9n\u00e9tiques de la surdit\u00e9 chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Castle, W. E. (1906). The origin of a new race of third-generation hybrid guinea-pigs and mice: Mendelian inheritance in fancy breeds. <em>Carnegie Institution of Washington Publications<\/em>, 49, 1-29.<\/li>\n<li>Deol, M. S. (1954). The anomalies of the labyrinth of the mutants waltzer, shaker-1 and jerker in the mouse. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B &#8211; Biological Sciences<\/em>, 145(919), 206-215. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1956.0028\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1956.0028<\/a><\/li>\n<li>Rawitz, B. (1899). Das Geh\u00f6rorgan der japanischen Tanzm\u00e4use. <em>Archiv f\u00fcr Physiologie<\/em>, 1899(Suppl.), 236-244.<\/li>\n<li>Yerkes, R. M. (1907). <em>The Dancing Mouse: A Study in Animal Behavior<\/em>. The Macmillan Company. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/10852-000\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/10852-000<\/a><\/li>\n<li>Yerkes, R. M., &amp; Dodson, J. D. (1908). The relation of strength of stimulus to rapidity of habit-formation. <em>Journal of Comparative Neurology and Psychology<\/em>, 18(5), 459-482. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/cne.920180503\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/cne.920180503<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La souris dansante est un mod\u00e8le historique de rongeur mutant atteint d&rsquo;anomalies vestibulaires et cochl\u00e9aires, au c\u0153ur des premi\u00e8res recherches en psychologie compar\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1516,3800,6911],"tags":[7584,43647,7124,8079,43646,32440],"class_list":["post-25964","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-neurosciences-comportementales","category-psychologie-comparee","tag-genetique-comportementale","tag-labyrinthe-dapprentissage","tag-psychologie-animale","tag-robert-yerkes","tag-souris-dansante","tag-systeme-vestibulaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25964","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25964\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25964"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25964"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}