{"id":25957,"date":"2026-11-08T20:44:06","date_gmt":"2026-11-08T20:44:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=danse-therapie-definition-applications-theorie"},"modified":"2026-11-08T20:44:06","modified_gmt":"2026-11-08T20:44:06","slug":"danse-therapie-definition-applications-theorie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=danse-therapie-definition-applications-theorie","title":{"rendered":"Danse-th\u00e9rapie : L&rsquo;art de gu\u00e9rir en mouvement"},"content":{"rendered":"<p>La danse-th\u00e9rapie s&rsquo;affirme aujourd&rsquo;hui comme une discipline psychoth\u00e9rapeutique majeure \u00e0 l&rsquo;intersection des neurosciences affectives, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie corporelle et des th\u00e9rapies expressives. En r\u00e9habilitant le corps en tant qu&rsquo;espace premier d&rsquo;inscription des v\u00e9cus traumatiques et des conflits psychiques, cette approche offre une voie d&rsquo;acc\u00e8s singuli\u00e8re \u00e0 la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et \u00e0 l&rsquo;individuation.<\/p>\n<h2>Danse-th\u00e9rapie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>danse-th\u00e9rapie<\/strong>, \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation de th\u00e9rapie par la danse et le mouvement (ou <em>Dance Movement Therapy<\/em> &#8211; DMT), se d\u00e9finit comme l&rsquo;usage psychoth\u00e9rapeutique du mouvement et de la danse au service de l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9motionnelle, cognitive, physique et sociale de l&rsquo;individu. Reconnue officiellement par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.adta.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">American Dance Therapy Association<\/a> (ADTA), cette pratique repose sur le postulat fondamental selon lequel le corps, l&rsquo;esprit et la vie affective entretiennent une relation de continuit\u00e9 r\u00e9ciproque et dynamique.<\/p>\n<p>Contrairement aux cours conventionnels d&rsquo;apprentissage chor\u00e9graphique ax\u00e9s sur la ma\u00eetrise technique et la performance esth\u00e9tique, la danse-th\u00e9rapie consid\u00e8re le mouvement non verbal comme le vecteur central d&rsquo;expression symbolique, de diagnostic clinique et de transformation th\u00e9rapeutique. Le th\u00e9rapeute n&rsquo;enseigne pas des pas codifi\u00e9s ; il invite plut\u00f4t le patient \u00e0 explorer son r\u00e9pertoire kinesth\u00e9sique, \u00e0 actualiser ses affects refoul\u00e9s et \u00e0 restructurer ses sch\u00e8mes relationnels au sein d&rsquo;un cadre s\u00e9curisant.<\/p>\n<p>Dans le champ de la sant\u00e9 mentale contemporaine, la danse-th\u00e9rapie est comprise comme une intervention somato-psychique int\u00e9grative. Elle sollicite la m\u00e9moire proc\u00e9durale, les processus interoceptifs et la proprioception pour traiter un large \u00e9ventail de d\u00e9sordres psychopathologiques, allant des \u00e9tats de stress post-traumatique aux troubles de l&rsquo;attachement, en passant par les pathologies de l&rsquo;humeur et les perturbations du sch\u00e9ma corporel.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab danse-th\u00e9rapie \u00bb proc\u00e8de de la jonction de deux racines \u00e9tymologiques distinctes, refl\u00e9tant l&rsquo;alliance intrins\u00e8que entre l&rsquo;expression artistique et la science m\u00e9dicale de la gu\u00e9rison. Le terme \u00ab danse \u00bb trouve son origine dans l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>danser<\/em> (attest\u00e9 au XIIe si\u00e8cle), lui-m\u00eame probablement d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;ancien bas francique <em>*dans\u014dn<\/em>, signifiant \u00ab tirer \u00bb, \u00ab \u00e9tendre \u00bb ou \u00ab s&rsquo;\u00e9tirer \u00bb, \u00e9voquant ainsi la mise en tension intentionnelle de la structure corporelle dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Le second terme, \u00ab th\u00e9rapie \u00bb, est issu du grec ancien \u03b8\u03b5\u03c1\u03b1\u03c0\u03b5\u03af\u03b1 (<em>therapeia<\/em>), qui d\u00e9signait primitivement l&rsquo;acte de \u00ab servir \u00bb, de \u00ab prendre soin \u00bb, d&rsquo;\u00ab honorer \u00bb ou de \u00ab soigner \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe \u03b8\u03b5\u03c1\u03b1\u03c0\u03b5\u03cd\u03c9 (<em>therapeu\u014d<\/em>, signifiant \u00ab \u00eatre au service de \u00bb ou \u00ab apporter un traitement m\u00e9dical \u00bb). Dans le contexte hell\u00e9nique originel, la <em>therapeia<\/em> n&rsquo;\u00e9tait pas restreinte \u00e0 une intervention curative m\u00e9canique, mais englobait une attitude d&rsquo;attention globale port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;harmonie de la personne au sein de sa communaut\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;association formelle de ces deux notions sous le terme anglais <em>Dance Movement Therapy<\/em> a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9e aux \u00c9tats-Unis au milieu des ann\u00e9es 1940 et formalis\u00e9e en 1966 lors de la fondation de l&rsquo;ADTA par Marian Chace et ses contemporains. En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;usage a retenu indiff\u00e9remment \u00ab danse-th\u00e9rapie \u00bb, \u00ab th\u00e9rapie par la danse \u00bb ou \u00ab danse-mouvement-th\u00e9rapie \u00bb (calque francis\u00e9 du standard international), marquant l&rsquo;int\u00e9gration du paradigme somato-psychique dans l&rsquo;espace clinique francophone.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le vocable <strong>danse-th\u00e9rapie<\/strong> est un nom commun f\u00e9minin compos\u00e9, orthographi\u00e9 le plus couramment avec un trait d&rsquo;union (forme recommand\u00e9e), bien que l&rsquo;on rencontre occasionnellement la graphie soud\u00e9e ou la forme d\u00e9velopp\u00e9e \u00ab danse et th\u00e9rapie \u00bb. Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab danse-th\u00e9rapies \u00bb ou \u00ab danses-th\u00e9rapies \u00bb, selon que l&rsquo;on consid\u00e8re la th\u00e9rapie comme plurielle ou les deux substantifs comme accord\u00e9s en apposition.<\/p>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la transcription en alphabet phon\u00e9tique international (API) pour le fran\u00e7ais standard s&rsquo;\u00e9tablit comme suit : \/d\u0251\u0303s.te.\u0281a.pi\/. Le mot comporte quatre syllabes articul\u00e9es sans hiatus, avec un accent tonique secondaire sur la premi\u00e8re syllabe et un accent principal sur la finale. L&rsquo;usage grammatical requiert l&rsquo;accord au f\u00e9minin des adjectifs satellites (ex. : \u00ab une d\u00e9marche danse-th\u00e9rapeutique rigoureuse \u00bb). Le praticien certifi\u00e9 est d\u00e9sign\u00e9 sous le titre de \u00ab danse-th\u00e9rapeute \u00bb (nom \u00e9pic\u00e8ne).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La danse-th\u00e9rapie s&rsquo;\u00e9difie sur le principe de l&rsquo;<em>embodiment<\/em> (traduit en fran\u00e7ais par l&rsquo;\u00ab incorporation \u00bb ou l&rsquo;\u00ab incarnation \u00bb), qui postule que la cognition, la m\u00e9moire et les affects sont intrins\u00e8quement fa\u00e7onn\u00e9s par la physiologie sensori-motrice du sujet. Le corps n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9 comme un simple support physique asservi \u00e0 la volont\u00e9 intellectuelle, mais comme le creuset m\u00eame de la subjectivit\u00e9. Chaque posture, tension musculaire, rupture de rythme ou restriction dans la kin\u00e9sph\u00e8re (l&rsquo;espace personnel entourant le corps) constitue une manifestation visible de l&rsquo;histoire psychique de l&rsquo;individu, de ses m\u00e9canismes de d\u00e9fense et de ses traumatismes d\u00e9veloppementaux.<\/p>\n<p>Dans le processus th\u00e9rapeutique, le mouvement sert d&rsquo;op\u00e9rateur de transformation \u00e0 plusieurs niveaux imbriqu\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Niveau intrapsychique :<\/strong> Le recours au mouvement spontan\u00e9 permet de contourner les d\u00e9fenses verbales rationalisantes. Les images inconscientes, les conflits int\u00e9rioris\u00e9s et les v\u00e9cus pr\u00e9g\u00e9nitaux ou pr\u00e9verbaux peuvent \u00e9merger sous forme de gestes symboliques, autorisant une catharsis r\u00e9gul\u00e9e et une mise en sens ult\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Niveau neurobiologique et physiologique :<\/strong> L&rsquo;engagement corporel rythm\u00e9 stimule les circuits de r\u00e9compense dopaminergiques, favorise la lib\u00e9ration d&rsquo;endorphines et module le syst\u00e8me nerveux autonome via l&rsquo;activation du tonus vagal ventral (th\u00e9orie polyvagale). Il en r\u00e9sulte une d\u00e9sensibilisation progressive des r\u00e9ponses d&rsquo;hyperarousal associ\u00e9es aux \u00e9tats anxieux et phobiques.<\/li>\n<li><strong>Niveau relationnel et interpersonnel :<\/strong> Par le biais de techniques telles que la syntonisation kinesth\u00e9sique (<em>kinesthetic empathy<\/em>) et l&rsquo;effet miroir, le th\u00e9rapeute s&rsquo;accorde au profil moteur du patient. Cette synchronie corporelle r\u00e9pare les failles de l&rsquo;accordage affectif pr\u00e9coce et consolide l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 primaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de la discipline doivent \u00eatre rigoureusement distingu\u00e9es de la danse r\u00e9cr\u00e9ative ou de l&rsquo;art chor\u00e9graphique pur. La danse-th\u00e9rapie ne vise pas la production d&rsquo;un spectacle ou d&rsquo;un objet d&rsquo;art autonome destin\u00e9 \u00e0 un tiers. La relation th\u00e9rapeutique y constitue le facteur curatif pr\u00e9dominant : l&rsquo;alliance de travail, le transfert corporel, le contre-transfert somatique et le cadre clinique d\u00e9finissent la nature psychoth\u00e9rapeutique de l&rsquo;intervention, la diff\u00e9renciant des pratiques d&rsquo;animation socioculturelle ou de bien-\u00eatre corporel g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence formelle de la danse-th\u00e9rapie s&rsquo;ancre dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de danseuses pionni\u00e8res de la danse moderne am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne qui se sont affranchies des contraintes rigides du ballet classique pour explorer le potentiel expressif et \u00e9motionnel du corps libre.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marian_Chace\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Marian Chace<\/a> (1896-1970) commence \u00e0 intervenir aupr\u00e8s de patients psychiatriques s\u00e9v\u00e8rement atteints \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital St. Elizabeths de Washington D.C. Confront\u00e9e \u00e0 des patients catatoniques ou schizophr\u00e8nes r\u00e9fractaires au dialogue analytique verbal, elle d\u00e9couvre que le mouvement rythmique partag\u00e9, la synchronisation gestuelle et l&rsquo;utilisation de cercles collectifs permettent d&rsquo;\u00e9tablir un contact psychique profond l\u00e0 o\u00f9 la parole a \u00e9chou\u00e9. Sa m\u00e9thodologie deviendra la base du \u00ab Chace Approach \u00bb, mod\u00e8le fondateur centr\u00e9 sur la coh\u00e9sion groupale et l&#8217;empathie corporelle.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, d&rsquo;autres figures historiques posent les jalons de pratiques distinctes. Trudi Schoop (1904-1999), en Californie, d\u00e9veloppe une approche humoristique, dramatique et expressive orient\u00e9e vers la remobilisation de l&rsquo;ego chez les patients psychotiques. Mary Whitehouse (1911-2001), form\u00e9e \u00e0 la technique expressive de Mary Wigman et profond\u00e9ment influenc\u00e9e par la psychologie analytique de Carl Gustav Jung, cr\u00e9e ce qui deviendra le <em>Movement-in-Depth<\/em> puis le Mouvement Authentique. Elle y introduit le concept d&rsquo;\u00ab \u00eatre m\u00fb \u00bb (<em>being moved<\/em>), une forme d&rsquo;imagination active corporelle o\u00f9 le sujet \u00e9coute passivement les impulsions motrices internes sans contr\u00f4le volontaire de l&rsquo;ego.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, la discipline se structure scientifiquement. L&rsquo;American Dance Therapy Association est fond\u00e9e en 1966 avec Chace comme premi\u00e8re pr\u00e9sidente. En Europe, des praticiennes comme Liljan Espenak int\u00e8grent les th\u00e9ories d&rsquo;Alfred Adler, tandis que Rudolf Laban et Irmgard Bartenieff \u00e9laborent des syst\u00e8mes sophistiqu\u00e9s de notation et d&rsquo;analyse g\u00e9om\u00e9trique du mouvement (Laban Movement Analysis), dotant la danse-th\u00e9rapie d&rsquo;un outillage s\u00e9miologique et diagnostique rigoureux. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;essor des neurosciences cognitives et affectives valide empiriquement les intuitions cliniques des fondatrices, conf\u00e9rant \u00e0 la danse-mouvement-th\u00e9rapie une l\u00e9gitimit\u00e9 acad\u00e9mique croissante au sein des h\u00f4pitaux universitaires et des centres de recherche internationaux.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;armature th\u00e9orique de la danse-th\u00e9rapie est \u00e9minemment pluridisciplinaire, conjuguant la m\u00e9tapsychologie psychanalytique, la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la corpor\u00e9it\u00e9, les th\u00e9ories de l&rsquo;attachement et les d\u00e9couvertes contemporaines de la neurobiologie interpersonnelle.<\/p>\n<p>Du point de vue psychodynamique, la danse-th\u00e9rapie s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie freudienne selon laquelle \u00ab le Moi est avant tout un Moi corporel \u00bb (Freud, 1923), ainsi que sur les travaux de Wilhelm Reich concernant la \u00ab cuirasse musculaire \u00bb. Selon Reich, les blocages affectifs chroniques s&rsquo;enkystent dans des tensions posturales p\u00e9riph\u00e9riques ; la lib\u00e9ration de la respiration et de l&rsquo;amplitude motrice participe d\u00e8s lors directement \u00e0 l&rsquo;assouplissement des d\u00e9fenses caract\u00e9rielles. L&rsquo;apport jungien est tout aussi d\u00e9terminant : la mise en mouvement des arch\u00e9types et l&rsquo;exploration de l&rsquo;inconscient collectif s&rsquo;op\u00e8rent par l&rsquo;imagination active corporelle, favorisant l&rsquo;unification des contraires (processus d&rsquo;individuation).<\/p>\n<p>Sur le versant ph\u00e9nom\u00e9nologique, la pens\u00e9e de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maurice_Merleau-Ponty\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Maurice Merleau-Ponty<\/a>, notamment d\u00e9velopp\u00e9e dans sa <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em> (1945), fournit un socle \u00e9pist\u00e9mologique capital. Merleau-Ponty conceptualise le \u00ab corps propre \u00bb ou \u00ab corps ph\u00e9nom\u00e9nal \u00bb, non pas comme un objet dans le monde, mais comme le point d&rsquo;ancrage originel par lequel le monde existe pour nous. En danse-th\u00e9rapie, l&rsquo;acte de bouger est v\u00e9cu comme une r\u00e9appropriation de l&rsquo;\u00ab intentionnalit\u00e9 motrice \u00bb, restaurant chez le patient le sentiment d&rsquo;agentivit\u00e9 et d&rsquo;habitation corporelle du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Enfin, les neurosciences contemporaines \u00e9clairent les m\u00e9canismes d&rsquo;action sous-jacents \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la discipline. Le syst\u00e8me des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurone_miroir\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">neurones miroirs<\/a>, document\u00e9 par Giacomo Rizzolatti et son \u00e9quipe, explique comment l&rsquo;observation et la reproduction empathique des mouvements d&rsquo;autrui activent les aires pr\u00e9motrices et insulaires de l&rsquo;observateur, fondant biologiquement l&#8217;empathie kinesth\u00e9sique. Concomitamment, la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement de John Bowlby et les concepts d&rsquo;\u00ab accordage affectif \u00bb th\u00e9oris\u00e9s par Daniel Stern d\u00e9montrent que la communication interpersonnelle pr\u00e9coce repose sur des modulations temporelles, spatiales et d&rsquo;intensit\u00e9 (les \u00ab affects de vitalit\u00e9 \u00bb), pr\u00e9cis\u00e9ment manipul\u00e9s et r\u00e9gul\u00e9s en s\u00e9ance de danse-th\u00e9rapie.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La pratique contemporaine de la danse-th\u00e9rapie s&rsquo;articule autour de multiples composantes proc\u00e9durales, de paradigmes cliniques sp\u00e9cifiques et d&rsquo;axes dimensionnels du mouvement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;approche Chace (Chace Method) :<\/strong> Centr\u00e9e sur l&rsquo;action de groupe, elle met l&rsquo;accent sur l&rsquo;accueil kinesth\u00e9sique, l&rsquo;\u00e9chauffement rythmique collectif, la formation en cercle, le d\u00e9veloppement de th\u00e8mes gestuels partag\u00e9s et la r\u00e9solution m\u00e9taphorique groupale pour favoriser la d\u00e9sali\u00e9nation sociale.<\/li>\n<li><strong>Le Mouvement Authentique (Authentic Movement) :<\/strong> Pratique d&rsquo;inspiration jungienne reposant sur la dyade \u00ab bougeur-t\u00e9moin \u00bb (<em>mover-witness<\/em>). Les yeux ferm\u00e9s, le participant se met \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de ses impulsions motrices internes spontan\u00e9es, sans musique ni consigne pr\u00e9alable, sous le regard bienveillant, non jugeant et contenant d&rsquo;un t\u00e9moin th\u00e9rapeutique. La s\u00e9quence est suivie d&rsquo;une phase de verbalisation r\u00e9flexive.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Analyse du Mouvement Laban (LMA) et le Profil de Mouvement Kestenberg (KMP) :<\/strong> Outils de mod\u00e9lisation ph\u00e9nom\u00e9nologique d\u00e9crivant les qualit\u00e9s dynamiques du mouvement \u00e0 travers quatre dimensions cardinales : l&rsquo;Espace (direct ou flexible), le Temps (soudain ou soutenu), le Poids (fort ou l\u00e9ger) et le Flux (libre ou retenu). Le KMP relie ces dynamiques aux phases du d\u00e9veloppement psychosexuel et affectif de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>L&#8217;empathie kinesth\u00e9sique et la syntonisation somatique :<\/strong> Capacit\u00e9 du th\u00e9rapeute \u00e0 ressentir visc\u00e9ralement dans sa propre kinesph\u00e8re les configurations \u00e9motionnelles projet\u00e9es par le patient, et \u00e0 lui renvoyer en miroir une r\u00e9ponse motrice modifi\u00e9e ou apaisante.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;int\u00e9gration verbale finale :<\/strong> \u00c9tape essentielle o\u00f9 le v\u00e9cu sensoriel, affectif et imaginaire \u00e9prouv\u00e9 au cours de la mise en mouvement est traduit dans le registre linguistique, arrimant le pr\u00e9verbal \u00e0 la fonction symbolique du langage.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser le fonctionnement de la danse-th\u00e9rapie, deux vignettes cliniques synth\u00e9tiques permettent d&rsquo;observer sa mise en \u0153uvre aupr\u00e8s de populations distinctes.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re en milieu institutionnel<\/strong><br \/>Claire, 19 ans, hospitalis\u00e9e pour une anorexie restrictive complexe, manifeste une d\u00e9connexion interoceptive majeure, une dysmorphophobie aigu\u00eb et une posture rigide caract\u00e9ris\u00e9e par un blocage respiratoire thoracique et un regard fuyant. En s\u00e9ance individuelle de danse-th\u00e9rapie, l&rsquo;intervention ne se focalise pas sur le poids ou l&rsquo;alimentation. La th\u00e9rapeute propose un travail ax\u00e9 sur la prise d&rsquo;appui au sol (<em>grounding<\/em>) et l&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9charpes \u00e9lastiques pour mat\u00e9rialiser les contours corporels r\u00e9els. Progressivement, Claire explore des mouvements avec le \u00ab Poids fort \u00bb (battre des pieds, pousser contre les paumes de la th\u00e9rapeute), ce qui lui permet d&rsquo;exprimer une agressivit\u00e9 jusqu&rsquo;alors retourn\u00e9e contre son propre corps. Au bout de six mois, l&rsquo;int\u00e9gration kinesth\u00e9sique a permis une diminution significative de l&rsquo;angoisse post-prandiale et une r\u00e9appropriation sensorielle positive des limites de son enveloppe corporelle.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Traumatisme complexe et dissociation chez l&rsquo;adulte<\/strong><br \/>Marc, 42 ans, consulte pour un trouble de stress post-traumatique complexe suite \u00e0 des violences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es durant l&rsquo;enfance. Il souffre d&rsquo;engourdissement \u00e9motionnel et de fr\u00e9quentes phases de dissociation psychog\u00e8ne. La th\u00e9rapie classique purement verbale d\u00e9clenchait chez lui une hyperactivation v\u00e9g\u00e9tative incontr\u00f4l\u00e9e. Dans le cadre de la danse-th\u00e9rapie, le praticien utilise des rythmes r\u00e9guliers et lents de percussion pour soutenir la r\u00e9gulation neuro-v\u00e9g\u00e9tative et s\u00e9curiser la base motrice. Par le Mouvement Authentique, Marc apprend \u00e0 rep\u00e9rer les micro-signaux somatiques de l&rsquo;activation anxieuse (crispation des orteils, r\u00e9traction scapulaire) et \u00e0 y r\u00e9pondre par des mouvements d&rsquo;ouverture et d&rsquo;ancrage soutenus. Cette navigation dans sa \u00ab fen\u00eatre de tol\u00e9rance \u00bb affective a restaur\u00e9 son sentiment d&rsquo;agentivit\u00e9 et d\u00e9samorc\u00e9 les boucles de sid\u00e9ration traumatique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation en danse-th\u00e9rapie requiert des instruments m\u00e9thodologiques capables de saisir la complexit\u00e9 qualitative et quantitative de l&rsquo;activit\u00e9 motrice humaine sans l&rsquo;amputer de sa valeur s\u00e9miotique.<\/p>\n<p>Le principal outil d&rsquo;observation standardis\u00e9 est l&rsquo;<em>Analyse du Mouvement Laban<\/em> (LMA), enrichie par le <em>Kestenberg Movement Profile<\/em> (KMP). Le KMP, cr\u00e9\u00e9 par la psychanalyste Judith Kestenberg, \u00e9tudie avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique les rythmes de tension-d\u00e9charge et les formes spatiales adopt\u00e9es par l&rsquo;individu. Ce profil permet de diagnostiquer les fixations ou r\u00e9gressions \u00e0 des stades pr\u00e9coces du d\u00e9veloppement moteur et \u00e9motionnel, offrant une cartographie objective de l&rsquo;organisation d\u00e9fensive du patient.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres instruments psychom\u00e9triques et grilles cliniques sont couramment mobilis\u00e9s dans la recherche et le suivi clinique :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <em>Movement Psychodiagnostic Inventory<\/em> (MPI) de Davis, qui \u00e9value les patrons moteurs associ\u00e9s aux traits psychopathologiques s\u00e9v\u00e8res (tels que le retrait autistique ou la d\u00e9sorganisation schizophr\u00e9nique).<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>\u00c9chelle d&rsquo;\u00c9valuation de l&rsquo;Image Corporelle Kinesth\u00e9sique<\/em>, mesurant la pr\u00e9cision de la localisation somatosensorielle et la satisfaction li\u00e9e au v\u00e9cu corporel.<\/li>\n<li>Des batteries neuropsychologiques et physiologiques contemporaines : mesure de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC) pour attester de la r\u00e9gulation vagale en cours de s\u00e9ance, actigraphie pour quantifier la r\u00e9gularit\u00e9 des cycles moteurs, et \u00e9chelles standardis\u00e9es d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (STAI) ou de d\u00e9pression (BDI) administr\u00e9es avant et apr\u00e8s protocole.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Le champ d&rsquo;application de la danse-th\u00e9rapie s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la psychiatrie adulte institutionnelle, irriguant de multiples secteurs du soin, du m\u00e9dicosocial et de la r\u00e9adaptation :<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale<\/strong>, elle est pr\u00e9conis\u00e9e dans le traitement des troubles de l&rsquo;humeur (d\u00e9pression unipolaire, troubles bipolaires), de la schizophr\u00e9nie et des \u00e9tats limites. Chez les patients schizophr\u00e8nes, le travail en miroir et la rythmique partag\u00e9e permettent d&rsquo;att\u00e9nuer les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs (anh\u00e9donie, \u00e9moussement affectif, retrait relationnel) en r\u00e9tablissant une fronti\u00e8re \u00e9tanche entre le soi et le non-soi corporel.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <strong>neurologie et de la g\u00e9riatrie<\/strong>, la danse-th\u00e9rapie d\u00e9montre une efficacit\u00e9 remarquable face aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. Pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, l&rsquo;initiation de mouvements guid\u00e9s par des stimulations rythmiques auditives contourne le d\u00e9ficit des ganglions de la base, am\u00e9liorant la marche, l&rsquo;\u00e9quilibre et la fluidit\u00e9 motrice. Chez les patients souffrant de la maladie d&rsquo;Alzheimer ou de d\u00e9mences apparent\u00e9es, la mobilisation de la m\u00e9moire proc\u00e9durale et la r\u00e9assurance corporelle diminuent l&rsquo;agitation psychomotrice et favorisent le maintien de la communication non verbale lorsque le langage articul\u00e9 s&rsquo;estompe.<\/p>\n<p>En <strong>oncologie et soins palliatifs<\/strong>, la danse-th\u00e9rapie accompagne les patients dans le r\u00e9apprivoisement d&rsquo;un corps meurtri par les chirurgies et les chimioth\u00e9rapies, favorisant la diminution de la fatigue chronique li\u00e9e au cancer, l&rsquo;apaisement de la douleur par d\u00e9tournement attentionnel et la reconqu\u00eate d&rsquo;un sentiment de dignit\u00e9 corporelle.<\/p>\n<p>En <strong>p\u00e9dopsychiatrie<\/strong>, enfin, elle s&rsquo;av\u00e8re f\u00e9conde aupr\u00e8s d&rsquo;enfants pr\u00e9sentant des troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA), des troubles du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH) ou des traumatismes relationnels pr\u00e9coces. L&rsquo;imitation motrice, l&rsquo;utilisation d&rsquo;accessoires transitionnels (ballons, tissus l\u00e9gers) et les jeux rythmiques soutiennent le d\u00e9veloppement de la r\u00e9ciprocit\u00e9 sociale et de la r\u00e9gulation sensorielle.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La validation scientifique de la danse-th\u00e9rapie a connu une acc\u00e9l\u00e9ration substantielle au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies gr\u00e2ce \u00e0 la multiplication des essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) et des m\u00e9ta-analyses rigoureuses.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse pionni\u00e8re men\u00e9e par Ritter et Low (1996) a initialement d\u00e9montr\u00e9 les effets positifs de la danse-th\u00e9rapie sur l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, l&rsquo;image corporelle et l&rsquo;adaptation sociale. Plus r\u00e9cemment, les m\u00e9ta-analyses syst\u00e9matiques dirig\u00e9es par Sabine Koch et ses collaborateurs (2014, 2019), publi\u00e9es dans des revues internationales de premier plan telles que <em>The Arts in Psychotherapy<\/em> et <em>Frontiers in Psychology<\/em>, ont consolid\u00e9 ce constat. En analysant plusieurs dizaines d&rsquo;\u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es regroupant des milliers de participants, Koch et al. ont \u00e9tabli que la danse-th\u00e9rapie entra\u00eene une r\u00e9duction statistiquement significative des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs (taille d&rsquo;effet mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 \u00e9lev\u00e9e) et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, tout en am\u00e9liorant significativement le bien-\u00eatre subjectif, l&rsquo;image corporelle, la qualit\u00e9 de vie globale et les comp\u00e9tences interpersonnelles.<\/p>\n<p>Les recherches neurobiologiques mettent en lumi\u00e8re les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires et fonctionnels associ\u00e9s. Des travaux en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) d\u00e9montrent que la pratique de la danse-th\u00e9rapie induit une plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale au sein de l&rsquo;hippocampe et renforce la connectivit\u00e9 fonctionnelle entre le cortex cingulaire ant\u00e9rieur et le cortex insulaire, zones ma\u00eetresses de l&rsquo;int\u00e9gration int\u00e9roceptive et du contr\u00f4le attentionnel. Par ailleurs, des dosages biochimiques confirment une \u00e9l\u00e9vation du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">BDNF<\/a>) ainsi qu&rsquo;une baisse significative des concentrations salivaires de cortisol, attestant de la d\u00e9sactivation p\u00e9renne de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA) hyperactif chez les sujets chroniquement stress\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 du geste dans\u00e9 ne doit pas occulter la variabilit\u00e9 fondamentale des significations s\u00e9miotiques et symboliques assign\u00e9es au corps selon les aires culturelles. Depuis des mill\u00e9naires, la danse remplit une fonction th\u00e9rapeutique, coh\u00e9sive et prophylactique explicite au sein des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles (danses de possession chez les Gnawas, tarentisme du sud de l&rsquo;Italie, rituels chamaniques d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud ou c\u00e9r\u00e9monies de gu\u00e9rison chez les peuples premiers d&rsquo;Oc\u00e9anie). Dans ces cosmologies, la maladie n&rsquo;est jamais pens\u00e9e comme un dysfonctionnement intrac\u00e9r\u00e9bral isol\u00e9, mais comme une rupture d&rsquo;harmonie entre l&rsquo;individu, le groupe social et les forces spirituelles, rupture r\u00e9par\u00e9e par la transe et le rythme partag\u00e9.<\/p>\n<p>La danse-th\u00e9rapie occidentale, n\u00e9e dans le sillage de l&rsquo;individualisme d\u00e9mocratique et de la psychanalyse urbaine du XXe si\u00e8cle, a parfois p\u00e9ch\u00e9 par ethnocentrisme en universaux postulant des concepts tels que la \u00ab lib\u00e9ration de l&rsquo;ego \u00bb ou la \u00ab distance critique \u00bb. Les approches transculturelles contemporaines exigent que le th\u00e9rapeute d\u00e9centre sa lecture clinique : la proximit\u00e9 physique acceptable, le contact visuel, l&rsquo;usage des hanches ou du bassin, et les tabous li\u00e9s au toucher varient consid\u00e9rablement selon l&rsquo;origine ethnique, religieuse et de genre des patients.<\/p>\n<p>Dans les contextes post-coloniaux ou de migration forc\u00e9e (prise en charge de r\u00e9fugi\u00e9s et victimes de tortures de guerre), les praticiens formulent aujourd&rsquo;hui des protocoles sensibles \u00e0 la culture. Ces mod\u00e8les int\u00e8grent les musiques vernaculaires, les rythmes endog\u00e8nes et les r\u00e9cits collectifs, \u00e9vitant l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;une pathologisation occidentale syst\u00e9matique des manifestations corporelles de la d\u00e9tresse.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Nonobstant ses succ\u00e8s cliniques croissants, la danse-th\u00e9rapie demeure confront\u00e9e \u00e0 plusieurs controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et limites m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9fis de la standardisation de la recherche :<\/strong> L&rsquo;exigence de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves (<em>Evidence-Based Medicine<\/em>) requiert des protocoles hautement manualis\u00e9s et reproductibles. Or, la nature m\u00eame de la danse-th\u00e9rapie repose sur l&rsquo;\u00e9mergence spontan\u00e9e, l&rsquo;accordage affectif unique \u00e0 chaque dyade clinique et la flexibilit\u00e9 po\u00e9tique. Tenter de figer ces s\u00e9ances dans des algorithmes standardis\u00e9s risque d&rsquo;en dissoudre l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique intrins\u00e8que, g\u00e9n\u00e9rant des biais d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans les \u00e9tudes publi\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage et limites statistiques :<\/strong> De nombreux essais publi\u00e9s dans la litt\u00e9rature souffrent encore de cohortes de petite taille, de l&rsquo;absence de groupes contr\u00f4les actifs rigoureusement appari\u00e9s (comparant la danse-th\u00e9rapie \u00e0 un exercice a\u00e9robique \u00e9quivalent sans composante psychoth\u00e9rapeutique) ou d&rsquo;un manque de donn\u00e9es de suivi longitudinal \u00e0 long terme.<\/li>\n<li><strong>Risques de d\u00e9compensation et contre-indications :<\/strong> La lev\u00e9e brutale des d\u00e9fenses corporelles peut s&rsquo;av\u00e9rer iatrog\u00e8ne. Chez des patients pr\u00e9sentant une structure borderline fragile ou des ant\u00e9c\u00e9dents de violences sexuelles graves, une mobilisation non contenue du bassin ou une r\u00e9gression kinesth\u00e9sique trop rapide peut d\u00e9clencher des reviviscences traumatiques massives (flashbacks), des crises de panique ou des \u00e9pisodes dissociatifs s\u00e9v\u00e8res. Le clinicien doit faire preuve d&rsquo;un discernement aigu pour ne pas forcer l&rsquo;effraction de la cuirasse protectrice.<\/li>\n<li><strong>Statut institutionnel et disparit\u00e9s professionnelles :<\/strong> La reconnaissance du titre professionnel de danse-th\u00e9rapeute demeure h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire. Si le titre est sanctionn\u00e9 par un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00c9tat de niveau master ou une licence clinique aux \u00c9tats-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne, il souffre encore d&rsquo;un flou r\u00e9glementaire dans certains pays francophones, exposant le public \u00e0 des pratiques d\u00e9r\u00e9gul\u00e9es ou insuffisamment encadr\u00e9es par une \u00e9thique psychoth\u00e9rapeutique stricte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Il importe d&rsquo;\u00e9tablir des fronti\u00e8res \u00e9pist\u00e9mologiques claires entre la danse-th\u00e9rapie et les disciplines soignantes ou artistiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Art-th\u00e9rapie :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des m\u00e9diations artistiques (arts plastiques, musicoth\u00e9rapie, dramath\u00e9rapie, biblioth\u00e9rapie). Si la danse-th\u00e9rapie fait historiquement partie de cette grande famille, elle s&rsquo;en distingue par le fait qu&rsquo;elle n&rsquo;utilise aucun m\u00e9dium mat\u00e9riel interm\u00e9diaire externe (comme la peinture, l&rsquo;argile ou l&rsquo;instrument de musique) : le corps du patient constitue simultan\u00e9ment le sujet, l&rsquo;instrument et le mat\u00e9riau du travail th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>Psychomotricit\u00e9 :<\/strong> Profession param\u00e9dicale r\u00e9\u00e9ducative particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9e en France et en Europe latine. Si la psychomotricit\u00e9 partage avec la danse-th\u00e9rapie l&rsquo;attention port\u00e9e aux fonctions motrices et au sch\u00e9ma corporel, elle s&rsquo;oriente prioritairement vers la r\u00e9\u00e9ducation neuro-fonctionnelle, le bilan norm\u00e9 des coordinations, du tonus et des praxies. La danse-th\u00e9rapie s&rsquo;ancre plus sp\u00e9cifiquement dans le processus psychoth\u00e9rapeutique analytique, l&rsquo;inconscient, la m\u00e9taphore esth\u00e9tique et le transfert.<\/li>\n<li><strong>Somatoth\u00e9rapie et th\u00e9rapies psychocorporelles (ex. M\u00e9thode Feldenkrais, Bio\u00e9nergie) :<\/strong> Les somatoth\u00e9rapies explorent la conscience posturale, le souffle ou la lib\u00e9ration de la cuirasse musculaire par des manipulations directes ou des micro-mouvements biom\u00e9caniques. La danse-th\u00e9rapie int\u00e8gre quant \u00e0 elle la dimension de l&rsquo;imaginaire, de la cr\u00e9ativit\u00e9 symbolique, du rythme musical et de la transformation esth\u00e9tique au c\u0153ur de la dialectique relationnelle.<\/li>\n<li><strong>Expression corporelle et Danse adapt\u00e9e :<\/strong> Pratiques \u00e9ducatives, sportives ou d&rsquo;animation visant l&rsquo;apprentissage du mouvement, l&rsquo;entretien physique ou la r\u00e9habilitation motrice de personnes en situation de handicap. Elles ne pr\u00e9tendent pas op\u00e9rer une analyse transf\u00e9rentielle des conflits psychiques profonds ni structurer un cadre psychoth\u00e9rapeutique certifi\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La danse-th\u00e9rapie constitue une modalit\u00e9 psychoth\u00e9rapeutique compl\u00e8te, holistique et scientifiquement \u00e9prouv\u00e9e, qui reconna\u00eet le mouvement corporel comme l&rsquo;expression originelle de la vie psychique :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle repose sur l&rsquo;axiome de l&rsquo;indissociabilit\u00e9 soma-psych\u00e9 et utilise le mouvement expressif pour soutenir l&rsquo;int\u00e9gration globale de la personne.<\/li>\n<li>Ses fondateurs historiques ont su articuler la libert\u00e9 formelle de la danse moderne avec la psychanalyse (Freud, Jung, Reich), la ph\u00e9nom\u00e9nologie et la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement.<\/li>\n<li>Elle dispose de m\u00e9thodologies et d&rsquo;outils diagnostiques sophistiqu\u00e9s fond\u00e9s sur l&rsquo;observation des qualit\u00e9s dynamiques motrices, notamment l&rsquo;Analyse du Mouvement Laban (LMA) et le Profil Kestenberg (KMP).<\/li>\n<li>Ses applications cliniques s&rsquo;\u00e9tendent avec succ\u00e8s de la psychiatrie lourde (schizophr\u00e9nie, d\u00e9pression, troubles du comportement alimentaire) aux pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (Parkinson, d\u00e9mences), \u00e0 la prise en charge des traumatismes et \u00e0 l&rsquo;oncologie.<\/li>\n<li>La recherche moderne confirme sa capacit\u00e9 \u00e0 induire une neuroplasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, \u00e0 moduler l&rsquo;axe du stress neuro-endocrinien et \u00e0 r\u00e9parer les processus interoceptifs et relationnels chez des patients pour lesquels la parole seule demeure insuffisante.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Dance Therapy Association. (s. d.). <em>About dance\/movement therapy<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.adta.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.adta.org\/<\/a><\/li>\n<li>Chace, M. (1993). <em>Marian Chace: Her papers<\/em> (H. Chaiklin, \u00c9d.). American Dance Therapy Association.<\/li>\n<li>Koch, S., Kunz, T., Lykou, S., &#038; Cruz, R. (2014). Effects of dance movement therapy and dance on health-related psychological outcomes: A meta-analysis. <em>The Arts in Psychotherapy<\/em>, 41(1), 46-64. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.aip.2013.10.004\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.aip.2013.10.004<\/a><\/li>\n<li>Koch, S. C., Riege, R. F., Tisborn, K., Biondo, J., Martin, L., &#038; Beelmann, A. (2019). Effects of dance movement therapy and dance on health-related psychological outcomes. A meta-analysis update. <em>Frontiers in Psychology<\/em>, 10, 1806. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2019.01806\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2019.01806<\/a><\/li>\n<li>Merleau-Ponty, M. (1945). <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>. Gallimard.<\/li>\n<li>Rizzolatti, G., &#038; Sinigaglia, C. (2008). <em>Les neurones miroirs<\/em>. Odile Jacob.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la danse-th\u00e9rapie : d\u00e9finition, fondements th\u00e9oriques, outils d&rsquo;\u00e9valuation, applications cliniques et preuves empiriques de cette psychoth\u00e9rapie par le mouvement.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[12171,1399,43633],"tags":[43636,31563,43634,25767,43635,11118,419],"class_list":["post-25957","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-corporelle","category-psychotherapie","category-therapies-a-mediation-artistique","tag-analyse-laban","tag-art-therapie","tag-danse-mouvement-therapie","tag-danse-therapie","tag-mouvement-authentique","tag-psychotherapie-corporelle","tag-sante-mentale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25957\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}