{"id":25911,"date":"2026-11-08T19:21:04","date_gmt":"2026-11-08T19:21:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cytomel-liothyronine-depression-psychiatrie"},"modified":"2026-11-08T19:21:04","modified_gmt":"2026-11-08T19:21:04","slug":"cytomel-liothyronine-depression-psychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cytomel-liothyronine-depression-psychiatrie","title":{"rendered":"Cytomel : L&rsquo;hormone T3 en psychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;intersection f\u00e9conde de l&rsquo;endocrinologie mol\u00e9culaire et de la psychiatrie biologique, la r\u00e9gulation thyro\u00efdienne constitue un levier pharmacologique puissant pour moduler l&rsquo;humeur, les fonctions ex\u00e9cutives et la plasticit\u00e9 synaptique. M\u00e9dicament de r\u00e9f\u00e9rence formul\u00e9 \u00e0 base de sel sodique de liothyronine, <strong>Cytomel<\/strong> s&rsquo;est impos\u00e9 dans la pratique clinique moderne comme l&rsquo;une des strat\u00e9gies d&rsquo;optimisation les plus robustes face aux \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs r\u00e9fractaires aux antid\u00e9presseurs conventionnels.<\/p>\n<h2>Cytomel (Liothyronine sodique)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p><strong>Cytomel<\/strong> est la d\u00e9nomination commerciale de la liothyronine sodique, forme synth\u00e9tique de la triiodothyronine (T3), principale hormone thyro\u00efdienne biologiquement active chez l&rsquo;\u00eatre humain. En psychiatrie clinique et en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychopharmacologie\">psychopharmacologie<\/a>, cette mol\u00e9cule est principalement exploit\u00e9e comme agent de potentialisation (ou strat\u00e9gie d&rsquo;adjonction) visant \u00e0 lever la pharmacor\u00e9sistance chez des patients souffrant de troubles de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, Cytomel se distingue par une affinit\u00e9 de liaison consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e pour les r\u00e9cepteurs nucl\u00e9aires des hormones thyro\u00efdiennes que son pr\u00e9curseur prohormonal, la thyroxine (T4). Contrairement \u00e0 la l\u00e9vothyroxine qui n\u00e9cessite une d\u00e9siodation enzymatique p\u00e9riph\u00e9rique pour devenir active, la liothyronine administr\u00e9e par voie orale d\u00e9ploie des effets cellulaires directs, rapides et cibl\u00e9s tant sur le m\u00e9tabolisme somatique que sur les circuits c\u00e9r\u00e9braux impliqu\u00e9s dans la r\u00e9gulation thymique.<\/p>\n<p>Son utilisation en sant\u00e9 mentale transcende ainsi le simple traitement palliatif d&rsquo;une hypothyro\u00efdie patente : elle s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;une approche neurobiologique visant \u00e0 r\u00e9ajuster le tonus monoaminergique central, \u00e0 stimuler les facteurs neurotrophiques et \u00e0 surmonter les d\u00e9r\u00e9gulations subtiles de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-thyro\u00efdien fr\u00e9quemment observ\u00e9es dans les \u00e9tats d\u00e9pressifs s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>La d\u00e9nomination commerciale <em>Cytomel<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e au milieu du XXe si\u00e8cle par la firme pharmaceutique Smith, Kline &amp; French (int\u00e9gr\u00e9e ult\u00e9rieurement au groupe GlaxoSmithKline). Le pr\u00e9fixe \u00ab Cyto- \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>kutos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03c4\u03bf\u03c2), qui d\u00e9signait initialement une cavit\u00e9, une enveloppe ou une cellule vivante, soulignant l&rsquo;action intrins\u00e8que et fondamentale du produit au c\u0153ur de la physiologie cellulaire. Le suffixe \u00ab -mel \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence sur le plan morphologique au radical du m\u00e9tabolisme basal et \u00e0 la modulation \u00e9nerg\u00e9tique exerc\u00e9e par les hormones thyro\u00efdiennes sur l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Sur le plan pharmacologique international, la mol\u00e9cule porte la D\u00e9nomination Commune Internationale (DCI) de <em>liothyronine<\/em>. Ce terme d\u00e9rive directement de la nomenclature biochimique formelle : le \u00ab l- \u00bb signale l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re l\u00e9vogyre biologiquement actif, tandis que \u00ab iodo \u00bb et \u00ab thyronine \u00bb explicitent la structure mol\u00e9culaire compos\u00e9e d&rsquo;un squelette de thyronine coupl\u00e9 \u00e0 trois atomes d&rsquo;iode (en positions 3, 5 et 3&prime;).<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;identification de la triiodothyronine par Jack Gross et Rosalind Pitt-Rivers en 1952 \u00e0 Londres a permis de dissocier d\u00e9finitivement la fraction de stockage hormonale (la thyroxine d\u00e9couverte par Kendall en 1914) du v\u00e9ritable effecteur nucl\u00e9aire direct. D\u00e8s lors, le terme Cytomel est entr\u00e9 dans le lexique m\u00e9dical pour d\u00e9signer l&rsquo;agoniste thyro\u00efdien de synth\u00e8se le plus prompt et m\u00e9taboliquement puissant mis \u00e0 la disposition du corps m\u00e9dical.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la francophonie m\u00e9dicale, Cytomel se prononce phon\u00e9tiquement [si.t\u0254.m\u025bl]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom propre de marque d\u00e9pos\u00e9e, employ\u00e9 au genre masculin singulier lorsqu&rsquo;on fait r\u00e9f\u00e9rence au produit m\u00e9dicamenteux (\u00ab le Cytomel \u00bb).<\/p>\n<p>Le terme g\u00e9n\u00e9rique correspondant, la liothyronine, est un substantif f\u00e9minin singulier ([ljo.ti.\u0281\u0254.nin]), couramment accompagn\u00e9 du qualificatif min\u00e9ral pour pr\u00e9ciser sa forme gal\u00e9nique : la liothyronine sodique. En contexte de r\u00e9daction scientifique et clinique, les cliniciens emploient indistinctement la liothyronine, le sel de liothyronine sodique, l&rsquo;abr\u00e9viation biochimique T3 synth\u00e9tique ou le nom de sp\u00e9cialit\u00e9 Cytomel pour r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la m\u00eame entit\u00e9 pharmacologique.<\/p>\n<p>Dans les prescriptions et protocoles cliniques francophones, la locution s&rsquo;utilise typiquement en association pr\u00e9positionnelle : \u00ab adjonction de liothyronine \u00bb, \u00ab potentialisation par le Cytomel \u00bb, ou \u00ab augmentation par T3 \u00bb, d\u00e9signant l&rsquo;int\u00e9gration du m\u00e9dicament en concomitance avec un antid\u00e9presseur primaire d\u00e9j\u00e0 administr\u00e9 \u00e0 dose th\u00e9rapeutique optimale.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le r\u00f4le de Cytomel en sant\u00e9 mentale, il convient de d\u00e9passer la conception purement endocrinienne classique qui limite les hormones thyro\u00efdiennes \u00e0 des r\u00e9gulateurs thermog\u00e9niques et pond\u00e9raux. Le cerveau adulte constitue l&rsquo;un des organes cibles prioritaires de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Triiodothyronine\">triiodothyronine<\/a>. Au sein du tissu c\u00e9r\u00e9bral, la T3 module l&rsquo;expression g\u00e9nique via son interaction avec des r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques (TR\u03b1 et TR\u03b2) situ\u00e9s dans les noyaux neuronaux et gliaux. Ces r\u00e9cepteurs agissent comme des facteurs de transcription r\u00e9gul\u00e9s par le ligand, pilotant la synth\u00e8se de prot\u00e9ines indispensables au maintien de la structure synaptique, \u00e0 la neurotransmission et \u00e0 la my\u00e9linisation.<\/p>\n<p>Dans la pathog\u00e9nie de la d\u00e9pression, de multiples anomalies discr\u00e8tes affectent le fonctionnement de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_hypothalamo-hypophyso-thyro%C3%AFdien\">axe hypothalamo-hypophyso-thyro\u00efdien<\/a>. M\u00eame lorsque les examens sanguins p\u00e9riph\u00e9riques indiquent des taux de TSH et de T4 libre situ\u00e9s dans les intervalles r\u00e9put\u00e9s normaux (euthyro\u00efdie biologique standard), un \u00e9tat d&rsquo;\u00ab hypothyro\u00efdie c\u00e9r\u00e9brale relative \u00bb ou centrale peut survenir. Cette discordance s&rsquo;explique notamment par des d\u00e9faillances des transporteurs transmembranaires sp\u00e9cifiques (tels que le transporteur MCT8), une alt\u00e9ration de l&rsquo;activit\u00e9 des d\u00e9iodinases astrocytaires de type 2 (DIO2) responsables de la conversion in situ de T4 en T3, ou une d\u00e9sensibilisation des r\u00e9cepteurs thyro\u00efdiens centraux.<\/p>\n<p>En administrant Cytomel, le praticien court-circuite ces barri\u00e8res de conversion enzymatique. La liothyronine franchit activement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et p\u00e9n\u00e8tre directement dans le compartiment neuronal. Cette arriv\u00e9e directe de T3 bioactive renforce consid\u00e9rablement la transmission monoaminergique. Des donn\u00e9es neurophysiologiques d\u00e9montrent qu&rsquo;elle amplifie la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT1A et 5-HT2, r\u00e9gule \u00e0 la baisse les autor\u00e9cepteurs pr\u00e9synaptiques inhibiteurs, augmente le renouvellement synaptique de la noradr\u00e9naline et accentue la biodisponibilit\u00e9 de la dopamine dans le cortex pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la liothyronine stimule de mani\u00e8re marqu\u00e9e la transcription du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF) dans l&rsquo;hippocampe et le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Cette voie trophique favorise la synaptogen\u00e8se, restaure la densit\u00e9 des \u00e9pines dendritiques alt\u00e9r\u00e9es par le stress chronique et l&rsquo;hypercortisolemie, et acc\u00e9l\u00e8re la neurogen\u00e8se hippocampique. D\u00e8s lors, Cytomel n&rsquo;op\u00e8re pas comme un simple substitut hormonal, mais comme un v\u00e9ritable neuromodulateur et catalyseur de la plasticit\u00e9 synaptique, ce qui explique son aptitude singuli\u00e8re \u00e0 r\u00e9activer la r\u00e9ceptivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale aux antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques, tricycliques ou mixtes.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La corr\u00e9lation entre d\u00e9r\u00e8glements thyro\u00efdiens et alt\u00e9rations psychiatriques est document\u00e9e d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s 1873, Sir William Gull d\u00e9crit les modifications comportementales, la stupeur et le ralentissement cognitif associ\u00e9s au myx\u0153d\u00e8me de l&rsquo;adulte. En 1888, le rapport de la commission de la Clinical Society de Londres atteste que le myx\u0153d\u00e8me s&rsquo;accompagne quasi invariablement de d\u00e9lires, de m\u00e9lancolie et d&rsquo;un affaiblissement intellectuel majeur, jetant les bases de la psychiatrie endocrinienne.<\/p>\n<p>Le tournant th\u00e9rapeutique majeur survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. En 1969, Arthur J. Prange Jr. et ses collaborateurs publient une \u00e9tude pionni\u00e8re dans le <em>British Medical Journal<\/em>. Ils d\u00e9montrent que l&rsquo;association de faibles doses de liothyronine sodique \u00e0 un antid\u00e9presseur tricyclique (l&rsquo;imipramine) acc\u00e9l\u00e8re et amplifie de mani\u00e8re spectaculaire la r\u00e9mission clinique chez des femmes pr\u00e9sentant une d\u00e9pression majeure, comparativement \u00e0 l&rsquo;antid\u00e9presseur administr\u00e9 seul. Presque simultan\u00e9ment, l&rsquo;\u00e9quipe canadienne men\u00e9e par Peter Whybrow confirme ces observations, posant le socle de ce qui deviendra la strat\u00e9gie d&rsquo;augmentation par T3.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990, alors que l&rsquo;essor des inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) transforme la prise en charge ambulatoire de la d\u00e9pression, des chercheurs tels que Robert Joffe s&rsquo;attachent \u00e0 valider l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la liothyronine en association avec ces nouvelles mol\u00e9cules. Joffe et ses coll\u00e8gues d\u00e9montrent la sup\u00e9riorit\u00e9 syst\u00e9matique de la T3 sur la T4 en strat\u00e9gie d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration et de renforcement antid\u00e9presseur, consolidant l&rsquo;usage pr\u00e9f\u00e9rentiel du Cytomel au d\u00e9triment de la l\u00e9vothyroxine en clinique psychiatrique.<\/p>\n<p>Le couronnement m\u00e9thodologique de cette d\u00e9marche intervient dans les ann\u00e9es 2000 avec l&rsquo;\u00e9tude am\u00e9ricaine STAR*D (Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression), pilot\u00e9e par les National Institutes of Health (NIH). Au sein de l&rsquo;\u00e9tape 3 de ce protocole pragmatique d&rsquo;envergure sans pr\u00e9c\u00e9dent, l&rsquo;adjonction de liothyronine a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e en double aveugle \u00e0 l&rsquo;adjonction de lithium chez des patients ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 deux lignes successives d&rsquo;antid\u00e9presseurs. Les conclusions ont \u00e9tabli que l&rsquo;augmentation par liothyronine pr\u00e9sentait un taux de r\u00e9mission comparable au lithium (environ 24,7 % contre 15,9 % selon les crit\u00e8res stricts), tout en affichant une tol\u00e9rance significativement meilleure et un taux d&rsquo;abandon pour effets ind\u00e9sirables nettement plus faible.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique de Cytomel dans les troubles affectifs repose sur des mod\u00e8les translationnels articulant endocrinologie fonctionnelle et neurotransmission centrale. Quatre piliers th\u00e9oriques majeurs sous-tendent son utilisation clinique :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ror\u00e9gulation monoaminergique postule que la T3 intrac\u00e9r\u00e9brale module directement l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs des neurotransmetteurs. Au niveau pr\u00e9synaptique, l&rsquo;apport de T3 d\u00e9sensibilise les autor\u00e9cepteurs somatodendritiques 5-HT1A situ\u00e9s dans les noyaux du raph\u00e9 m\u00e9dian et dorsal, levant ainsi le frein physiologique qui limite la d\u00e9charge s\u00e9rotoninergique vers les r\u00e9gions corticales et limbiques. Au niveau postsynaptique, la T3 augmente la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs b\u00eata-adr\u00e9nergiques et optimise leur couplage aux prot\u00e9ines G et \u00e0 l&rsquo;ad\u00e9nylyl cyclase, restaurant une cascade de signalisation intracellulaire de l&rsquo;AMP cyclique souvent an\u00e9mi\u00e9e chez le patient d\u00e9pressif.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, la th\u00e9orie neuroplastique et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique souligne le r\u00f4le primordial des r\u00e9cepteurs nucl\u00e9aires de la T3 (TR). Lorsqu&rsquo;elle se lie au domaine de liaison du ligand du r\u00e9cepteur TR, la liothyronine provoque la dissociation des complexes cor\u00e9presseurs (tels que NCoR et SMRT) et recrute des coactivateurs dot\u00e9s d&rsquo;une activit\u00e9 histone ac\u00e9tyltransf\u00e9rase. Cette modification de la chromatine stimule la transcription de g\u00e8nes cruciaux codant pour le BDNF, la tubuline, et diverses prot\u00e9ines du cytosquelette n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;arborisation dendritique et \u00e0 la formation de nouvelles synapses, inversant ainsi l&rsquo;atrophie hippocampique li\u00e9e au stress.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le mod\u00e8le m\u00e9tabolique et mitochondrial attribue \u00e0 la T3 un r\u00f4le d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur de la bio\u00e9nerg\u00e9tique neuronale. Les zones c\u00e9r\u00e9brales impliqu\u00e9es dans la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, notamment le cortex cingulaire ant\u00e9rieur et le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, exhibent un hypom\u00e9tabolisme glucidique prononc\u00e9 durant les phases d\u00e9pressives. En r\u00e9gulant l&rsquo;expression des g\u00e8nes mitochondriaux codant pour les complexes de la cha\u00eene respiratoire et pour les prot\u00e9ines d\u00e9couplantes (UCPs), Cytomel restaure la production ad\u00e9nosine triphosphate (ATP), permettant aux neurones de maintenir leurs gradients ioniques et de soutenir une neurotransmission phasique efficace.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, l&rsquo;hypoth\u00e8se de la correction de l&rsquo;hypothyro\u00efdie tissulaire c\u00e9r\u00e9brale propose que de nombreux patients souffrant de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pression_r%C3%A9sistante\">d\u00e9pression r\u00e9sistante<\/a> pr\u00e9sentent un d\u00e9ficit fonctionnel localis\u00e9 en T3 sans anomalie biologique p\u00e9riph\u00e9rique d\u00e9celable. Les polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques du g\u00e8ne DIO2 (codant pour la d\u00e9iodinase 2) ou les taux \u00e9lev\u00e9s de cytokines pro-inflammatoires (comme le TNF-alpha et l&rsquo;interleukine-6) inhibent la conversion locale de T4 en T3 dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. L&rsquo;administration directe de Cytomel pallie ce blocage intrins\u00e8que en fournissant directement le m\u00e9tabolite terminal actif aux neurones cibles.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes et posologie<\/h3>\n<p>La ma\u00eetrise de Cytomel en psychiatrie exige une connaissance d\u00e9taill\u00e9e de sa pharmacocin\u00e9tique, de sa pharmacodynamie et de son maniement posologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Principe actif et structure gal\u00e9nique :<\/strong> Comprim\u00e9s dos\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 5 \u00b5g, 25 \u00b5g ou 50 \u00b5g de liothyronine sodique. La mol\u00e9cule se pr\u00e9sente sous forme de sel hautement soluble, garantissant une biodisponibilit\u00e9 digestive sup\u00e9rieure \u00e0 95 %.<\/li>\n<li><strong>Pharmacocin\u00e9tique diff\u00e9rentielle :<\/strong> Cytomel est caract\u00e9ris\u00e9 par une absorption gastro-intestinale rapide avec un pic s\u00e9rique (Cmax) atteint en 2 \u00e0 4 heures apr\u00e8s ingestion. Sa demi-vie plasmatique est relativement courte, comprise entre 18 et 24 heures (comparativement aux 7 jours de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%C3%A9vothyroxine\">l\u00e9vothyroxine<\/a>), ce qui expose \u00e0 des fluctuations quotidiennes mod\u00e9r\u00e9es des taux circulants de T3 libre.<\/li>\n<li><strong>Posologie initiale et paliers d&rsquo;augmentation :<\/strong> En potentialisation d&rsquo;un traitement antid\u00e9presseur, la posologie de d\u00e9part pr\u00e9conis\u00e9e est de 25 \u00b5g par jour en une prise matinale unique. Chez les personnes \u00e2g\u00e9es ou les patients tr\u00e8s sensibles aux effets sympathomim\u00e9tiques, une dose d&rsquo;initiation de 12,5 \u00b5g (ou un demi-comprim\u00e9 de 25 \u00b5g) est recommand\u00e9e durant la premi\u00e8re semaine.<\/li>\n<li><strong>Dose th\u00e9rapeutique cible :<\/strong> Si aucune am\u00e9lioration n&rsquo;est observ\u00e9e apr\u00e8s 2 \u00e0 3 semaines et en l&rsquo;absence d&rsquo;effets secondaires cardiovasculaires, la dose peut \u00eatre port\u00e9e \u00e0 50 \u00b5g par jour. Les \u00e9tudes cliniques r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;une dose sup\u00e9rieure \u00e0 50 \u00b5g\/jour n&rsquo;apporte que rarement un b\u00e9n\u00e9fice thymique additionnel et accro\u00eet le risque d&rsquo;effets ind\u00e9sirables thyr\u00e9otoxiques.<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e d&rsquo;\u00e9valuation et strat\u00e9gie de maintien :<\/strong> Une r\u00e9ponse clinique doit survenir dans un intervalle de 2 \u00e0 4 semaines. En cas de r\u00e9mission clinique, le traitement par Cytomel est habituellement maintenu pendant une dur\u00e9e minimale de 6 \u00e0 12 mois afin de consolider la r\u00e9ponse et de pr\u00e9venir les rechutes, avant d&rsquo;envisager une diminution tr\u00e8s progressive par paliers de 12,5 \u00b5g espac\u00e9s de plusieurs semaines.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;application clinique de Cytomel s&rsquo;illustre particuli\u00e8rement bien dans des situations d&rsquo;impasse th\u00e9rapeutique classique. Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une patiente de 44 ans pr\u00e9sentant un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur d&rsquo;intensit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re, sans caract\u00e9ristiques psychotiques, \u00e9voluant depuis neuf mois. Deux lignes successives d&rsquo;antid\u00e9presseurs bien conduits \u2014 d&rsquo;abord un inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la s\u00e9rotonine (escitalopram 20 mg\/jour pendant dix semaines), puis un inhibiteur de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline (venlafaxine 225 mg\/jour pendant douze semaines) \u2014 n&rsquo;ont permis d&rsquo;obtenir qu&rsquo;une r\u00e9ponse partielle, laissant persister une anh\u00e9donie invalidante, une fatigue matinale \u00e9crasante et un ralentissement psychomoteur prononc\u00e9. Le bilan thyro\u00efdien montre une TSH \u00e0 2,1 mUI\/L et des fractions libres de T3 et T4 dans les normes.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que d&rsquo;initier un troisi\u00e8me changement d&rsquo;antid\u00e9presseur vers une autre classe monoth\u00e9rapeutique, le praticien opte pour une strat\u00e9gie d&rsquo;augmentation en adjoignant du Cytomel \u00e0 raison de 25 \u00b5g le matin au traitement de venlafaxine inchang\u00e9. Au bout du dixi\u00e8me jour, la patiente rapporte une lev\u00e9e notable de son asth\u00e9nie corporelle et une r\u00e9activation de son \u00e9lan vital. \u00c0 la troisi\u00e8me semaine, l&rsquo;inhibition psychomotrice s&rsquo;estompe, permettant la reprise des activit\u00e9s professionnelles. La posologie est maintenue \u00e0 25 \u00b5g\/jour, conduisant \u00e0 une r\u00e9mission compl\u00e8te \u00e0 la sixi\u00e8me semaine (score \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle MADRS inf\u00e9rieur \u00e0 10) sans perturbation du rythme cardiaque ni anxi\u00e9t\u00e9 induite.<\/p>\n<p>Un autre exemple repr\u00e9sentatif concerne le trouble bipolaire de type II avec cycles rapides ou phases d\u00e9pressives r\u00e9currentes et prolong\u00e9es. Chez un patient de 38 ans stabilis\u00e9 sur le plan des virages hypomaniaques par le valproate de sodium, mais englu\u00e9 dans une d\u00e9pression bipolaire tra\u00eenante et r\u00e9fractaire, l&rsquo;adjonction de liothyronine sodique \u00e0 la dose de 50 \u00b5g par jour a fr\u00e9quemment permis d&rsquo;obtenir une r\u00e9mission durable des phases d&rsquo;effondrement thymique, sans d\u00e9clencher de bascule maniaque, sous r\u00e9serve d&rsquo;un monitoring r\u00e9gulier de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, surveillance et mesures biologiques<\/h3>\n<p>La prescription de Cytomel en psychiatrie requiert un protocole de suivi biologique et somatique rigoureux afin de maximiser le ratio b\u00e9n\u00e9fice\/risque :<\/p>\n<p>Avant l&rsquo;instauration du traitement, un bilan de laboratoire de base doit syst\u00e9matiquement \u00eatre collig\u00e9. Celui-ci comprend le dosage s\u00e9rique de la thyr\u00e9ostimuline hypophysaire (TSH), de la thyroxine libre (FT4) et de la triiodothyronine libre (FT3), ainsi que la recherche d&rsquo;anticorps anti-peroxydase thyro\u00efdienne (anti-TPO) pour \u00e9carter une thyro\u00efdite auto-immune latente (telle que la thyro\u00efdite de Hashimoto). Un \u00e9lectrocardiogramme (ECG) pr\u00e9-th\u00e9rapeutique est indispensable afin d&rsquo;\u00e9liminer des troubles du rythme supraventriculaire, un allongement de l&rsquo;intervalle QTc ou des stigmates d&rsquo;isch\u00e9mie myocardique sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le plan somatique et h\u00e9modynamique, la surveillance clinique doit comporter la mesure de la pression art\u00e9rielle et de la fr\u00e9quence cardiaque au repos \u00e0 chaque visite. Il est crucial d&rsquo;\u00e9duquer le patient \u00e0 rep\u00e9rer les signes cardinaux de thyrotoxicose m\u00e9dicamenteuse induite : palpitations, tachycardie de repos, tremblements fins des extr\u00e9mit\u00e9s, sudation inappropri\u00e9e, intol\u00e9rance \u00e0 la chaleur, insomnie d&rsquo;endormissement ou \u00e9mergence d&rsquo;attaques de panique.<\/p>\n<p>Sur le plan biologique en cours de traitement, il convient de souligner une particularit\u00e9 pharmacologique fondamentale qui d\u00e9route fr\u00e9quemment les non-sp\u00e9cialistes : la prise exog\u00e8ne de Cytomel supprime physiologiquement la s\u00e9cr\u00e9tion de TSH hypophysaire par r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif direct et diminue concomitamment les concentrations de FT4 circulante (en freinant la glande thyro\u00efde native), tandis que les taux de FT3 peuvent se situer dans la zone haute de la normale ou l\u00e9g\u00e8rement au-dessus durant les heures suivant la prise. Cette baisse de la TSH est attendue et ne constitue pas en soi une complication clinique si la posologie reste dans les bornes des 25 \u00e0 50 \u00b5g\/jour et en l&rsquo;absence de sympt\u00f4mes cliniques d&rsquo;hyperthyro\u00efdie.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La principale indication psychiatrique de Cytomel r\u00e9side dans l&rsquo;optimisation des traitements de la d\u00e9pression majeure unipolaire r\u00e9sistante. Lorsque les strat\u00e9gies initiales de monoth\u00e9rapie \u00e9chouent, le clinicien est confront\u00e9 \u00e0 un choix strat\u00e9gique : changer de mol\u00e9cule (switch), associer deux antid\u00e9presseurs de m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires, ou adjoindre un agent non antid\u00e9presseur (lithium, antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration ou hormone thyro\u00efdienne). Dans cet arbre d\u00e9cisionnel, Cytomel poss\u00e8de l&rsquo;avantage d&rsquo;une excellente acceptabilit\u00e9, d&rsquo;un d\u00e9lai d&rsquo;action plus court que le lithium et de l&rsquo;absence totale de prise de poids ou de troubles m\u00e9taboliques, un profil particuli\u00e8rement avantageux par rapport aux antipsychotiques atypiques.<\/p>\n<p>Cytomel s&#8217;emploie \u00e9galement comme strat\u00e9gie d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration (acc\u00e9l\u00e9ration thymique). Chez les patients pr\u00e9sentant une d\u00e9tresse psychique aigu\u00eb ou des id\u00e9es suicidaires sans intentionnalit\u00e9 op\u00e9ratoire imm\u00e9diate, l&rsquo;administration concomitante de liothyronine et d&rsquo;un ISRS d\u00e8s le premier jour de traitement a d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 raccourcir le d\u00e9lai d&rsquo;entr\u00e9e en action de l&rsquo;antid\u00e9presseur de plusieurs jours voire semaines, r\u00e9duisant ainsi la dur\u00e9e des souffrances intol\u00e9rables.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9pression unipolaire, des psychiatres experts recourent \u00e0 la liothyronine sodique dans les troubles bipolaires r\u00e9fractaires, principalement sous forme de d\u00e9pression bipolaire r\u00e9currente ou d&rsquo;\u00e9tats \u00e0 cycles rapides. Bien que l&rsquo;induction de virages maniaques soit th\u00e9oriquement redout\u00e9e, les donn\u00e9es de la litt\u00e9rature montrent que la liothyronine entra\u00eene un taux de virage thymique nettement inf\u00e9rieur \u00e0 celui occasionn\u00e9 par les antid\u00e9presseurs tricycliques traditionnels lorsqu&rsquo;elle est combin\u00e9e \u00e0 un r\u00e9gulateur de l&rsquo;humeur stabilisateur.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et preuves scientifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 de la liothyronine s&rsquo;appuie sur une litt\u00e9rature scientifique dense accumul\u00e9e sur plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle. Une m\u00e9ta-analyse fondatrice dirig\u00e9e par Aronson et ses collaborateurs en 1996, compilant l&rsquo;ensemble des essais randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s en double aveugle chez des patients d\u00e9prim\u00e9s non-r\u00e9pondeurs aux antid\u00e9presseurs tricycliques, a calcul\u00e9 que l&rsquo;adjonction de liothyronine multipliait par deux les chances d&rsquo;obtenir une r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique par rapport au placebo (Odds Ratio significatif sup\u00e9rieur \u00e0 2,0).<\/p>\n<p>L&rsquo;essai clinique multicentrique STAR*D (Niveaux 3) demeure la r\u00e9f\u00e9rence empirique majeure du XXIe si\u00e8cle concernant l&rsquo;usage de Cytomel en monoth\u00e9rapie d&rsquo;appoint. Dans cette \u00e9tude o\u00f9 les patients avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9chou\u00e9 \u00e0 deux lignes antid\u00e9pressives rigoureuses (le citalopram en niveau 1, puis un switch ou une augmentation en niveau 2), l&rsquo;augmentation par liothyronine (dose moyenne de 25 \u00e0 50 \u00b5g\/jour) a permis d&rsquo;obtenir un taux de r\u00e9mission de 24,7 % (mesur\u00e9 par l&rsquo;\u00e9chelle HRSD-17) chez des patients chroniquement malades. De mani\u00e8re remarquable, le taux de sortie d&rsquo;\u00e9tude pour intol\u00e9rance au m\u00e9dicament s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 seulement 9,4 % dans le groupe liothyronine, contre 23,2 % dans le bras trait\u00e9 par le carbonate de lithium, illustrant la compliance remarquable et l&rsquo;aisance d&rsquo;utilisation de la T3.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux contemporains conduits par Kelly et Lieberman (2009) ont examin\u00e9 l&rsquo;effet de doses supraphysiologiques de thyroxine et de liothyronine dans le trouble affectif bipolaire r\u00e9sistant. Leurs r\u00e9sultats indiquent qu&rsquo;une fraction substantielle des patients r\u00e9sistants \u00e0 toutes les mol\u00e9cules r\u00e9gulatrices de l&rsquo;humeur classiques r\u00e9pondent positivement et durablement \u00e0 l&rsquo;intervention hormonale thyro\u00efdienne, corroborant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9gulation c\u00e9r\u00e9brale anormale de la sensibilit\u00e9 hormonale dans cette population.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;adoption et l&rsquo;usage de Cytomel varient consid\u00e9rablement selon les zones g\u00e9ographiques et les cultures m\u00e9dicales nationales. En Am\u00e9rique du Nord (\u00c9tats-Unis et Canada), l&rsquo;adjonction de liothyronine est solidement ancr\u00e9e dans les algorithmes et recommandations officielles de prise en charge de la d\u00e9pression r\u00e9sistante (notamment par l&rsquo;American Psychiatric Association et le r\u00e9seau CANMAT canadien). Les psychiatres nord-am\u00e9ricains y recourent r\u00e9guli\u00e8rement comme alternative de choix aux antipsychotiques atypiques en raison de son co\u00fbt g\u00e9n\u00e9rique tr\u00e8s modique et de l&rsquo;absence d&rsquo;induction de syndrome m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, en Europe continentale et particuli\u00e8rement en France, l&rsquo;utilisation de la T3 en psychiatrie est rest\u00e9e plus confidentielle, cantonn\u00e9e \u00e0 des services universitaires experts ou \u00e0 des consultations sp\u00e9cialis\u00e9es de psycho-pharmacologie de recours. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;explique en partie par une r\u00e9ticence traditionnelle des endocrinologues europ\u00e9ens face \u00e0 l&rsquo;abaissement induit de la TSH s\u00e9rique, per\u00e7ue comme un facteur potentiel de risque cardiaque ou osseux au long cours, et par une tendance francophone prononc\u00e9e \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;adjonction d&rsquo;antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration (comme l&rsquo;aripiprazole ou la qu\u00e9tiapine) ou d&rsquo;antid\u00e9presseurs aux profils pharmacologiques compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Par ailleurs, un ph\u00e9nom\u00e8ne socioculturel distinct a \u00e9merg\u00e9 autour de Cytomel dans le milieu du culturisme, de l&rsquo;athl\u00e9tisme de haut niveau et des communaut\u00e9s adeptes de biohacking. En raison de sa capacit\u00e9 \u00e0 augmenter drastiquement la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique de repos et \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la lipolyse, la liothyronine fait l&rsquo;objet de d\u00e9tournements substantiels sans avis m\u00e9dical pour la perte de masse grasse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (s\u00e8che musculaire). Cet usage non m\u00e9dicalis\u00e9 et non encadr\u00e9 expose ces usagers \u00e0 des risques thyr\u00e9otoxiques aigus gravissimes, ce qui a pu parfois ternir l&rsquo;image de la mol\u00e9cule aupr\u00e8s des autorit\u00e9s sanitaires et inciter \u00e0 une vigilance accrue quant \u00e0 sa distribution officinale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Bien que Cytomel pr\u00e9sente un profil d&rsquo;efficacit\u00e9 ind\u00e9niable, son utilisation en psychiatrie continue de susciter des r\u00e9serves et des controverses doctrinales au sein du corps m\u00e9dical :<\/p>\n<p>Le principal sujet de controverse clinique concerne les r\u00e9percussions potentielles d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;hyperthyro\u00efdie subclinique iatrog\u00e8ne prolong\u00e9. L&rsquo;administration quotidienne de 25 \u00e0 50 \u00b5g de Cytomel entra\u00eenant in\u00e9vitablement une baisse marqu\u00e9e voire un effondrement complet du taux de TSH circulante chez un sujet ant\u00e9rieurement euthyro\u00efdien, des endocrinologues s&rsquo;inqui\u00e8tent des risques survenant lors d&rsquo;expositions au long cours : d\u00e9veloppement d&rsquo;une ost\u00e9op\u00e9nie ou d&rsquo;une ost\u00e9oporose par acc\u00e9l\u00e9ration de la r\u00e9sorption osseuse ost\u00e9oclastique, et survenue d&rsquo;arythmies supraventriculaires chroniques, particuli\u00e8rement de fibrillation auriculaire, chez les sujets \u00e2g\u00e9s ou pr\u00e9dispos\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan pharmacocin\u00e9tique, la demi-vie relativement courte de la liothyronine (environ 24 heures) engendre des variations nycth\u00e9m\u00e9rales sensibles des taux s\u00e9riques de T3 libre. Chez certains patients vuln\u00e9rables sur le plan somatique ou neurov\u00e9g\u00e9tatif, ces \u00e0-coups hormonaux peuvent provoquer une sensation intermittente de nervosit\u00e9, une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle transitoire ou des \u00e9pisodes de palpitations quelques heures apr\u00e8s l&rsquo;ingestion, rendant n\u00e9cessaire le fractionnement de la prise ou la recherche de formes gal\u00e9niques \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Une autre limite r\u00e9side dans le risque de rechute \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du traitement. Bien que Cytomel soit un remarquable amplificateur thymique, des donn\u00e9es empiriques signalent qu&rsquo;un arr\u00eat pr\u00e9matur\u00e9 ou trop brusque de la liothyronine apr\u00e8s r\u00e9mission est fr\u00e9quemment suivi d&rsquo;une r\u00e9apparition des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs initiaux. Cela oblige le praticien \u00e0 maintenir l&rsquo;adjonction pendant de nombreux mois apr\u00e8s la stabilisation clinique et \u00e0 op\u00e9rer un sevrage extr\u00eamement progressif.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Il importe de distinguer formellement Cytomel de plusieurs concepts et substances voisins au sein des disciplines m\u00e9dicales et psychiatriques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L\u00e9vothyroxine (T4 \/ Synthroid \/ L\u00e9vothyrox) :<\/strong> Prohormone inactive contenant quatre atomes d&rsquo;iode. La T4 n\u00e9cessite d&rsquo;\u00eatre d\u00e9iod\u00e9e en T3 par les tissus p\u00e9riph\u00e9riques pour acqu\u00e9rir une activit\u00e9 biologique. Alors que la l\u00e9vothyroxine repr\u00e9sente le traitement standard et exclusif de l&rsquo;hypothyro\u00efdie primaire somatique, elle s&rsquo;av\u00e8re nettement moins efficiente et constante que Cytomel pour la potentialisation des antid\u00e9presseurs dans la d\u00e9pression r\u00e9sistante.<\/li>\n<li><strong>Euthyroid Sick Syndrome (Syndrome de basse T3) :<\/strong> \u00c9tat caract\u00e9ris\u00e9 par une diminution s\u00e9rique de la T3 totale et libre en pr\u00e9sence de taux normaux ou abaiss\u00e9s de TSH et d&rsquo;une T4 normale, survenant lors d&rsquo;affections m\u00e9dicales non-thyro\u00efdiennes aigu\u00ebs s\u00e9v\u00e8res, du je\u00fbne ou de stress intenses. Contrairement \u00e0 l&rsquo;hypothyro\u00efdie c\u00e9r\u00e9brale cibl\u00e9e par Cytomel, ce syndrome constitue un m\u00e9canisme adaptatif d&rsquo;\u00e9pargne \u00e9nerg\u00e9tique m\u00e9tabolique qui ne justifie habituellement pas d&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique substitutive.<\/li>\n<li><strong>Potentialisation par le lithium :<\/strong> Strat\u00e9gie d&rsquo;augmentation antid\u00e9pressive de r\u00e9f\u00e9rence consistant \u00e0 adjoindre un sel de lithium \u00e0 un antid\u00e9presseur. Bien que le lithium partage une efficacit\u00e9 globale similaire \u00e0 Cytomel dans la litt\u00e9rature clinique, son maniement exige des surveillances r\u00e9nales et thyro\u00efdiennes strictes (le lithium ayant lui-m\u00eame un effet antithyro\u00efdien intrins\u00e8que) et expose \u00e0 des effets ind\u00e9sirables plus lourds (prise pond\u00e9rale, tremblements, s\u00e9dation).<\/li>\n<li><strong>Thyrotoxicose factice :<\/strong> Syndrome clinique et biologique r\u00e9sultant de l&rsquo;ingestion subreptice ou abusive d&rsquo;hormones thyro\u00efdiennes exog\u00e8nes (dont Cytomel). Il se caract\u00e9rise par une TSH effondr\u00e9e, une captation d&rsquo;iode radioactif nulle par la glande thyro\u00efde native et une thyroglobuline plasmatique ind\u00e9tectable, ce qui le diff\u00e9rencie des hyperthyro\u00efdies endog\u00e8nes comme la maladie de Basedow.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;utilisation de Cytomel (liothyronine sodique) en psychiatrie constitue une modalit\u00e9 d&rsquo;intervention pharmacologique de premier plan dont les grands axes peuvent \u00eatre r\u00e9capitul\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Cytomel correspond \u00e0 la forme synth\u00e9tique de la triiodothyronine (T3), effecteur transcriptionnel direct et majeur des hormones thyro\u00efdiennes au sein des r\u00e9cepteurs nucl\u00e9aires du syst\u00e8me nerveux central.<\/li>\n<li>Son indication \u00e9lective en sant\u00e9 mentale concerne l&rsquo;augmentation (potentialisation) des antid\u00e9presseurs conventionnels dans le traitement des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs r\u00e9fractaires unipolaires et bipolaires.<\/li>\n<li>Son m\u00e9canisme d&rsquo;action synergique combine la sensibilisation postsynaptique des r\u00e9seaux s\u00e9rotoninergiques et noradr\u00e9nergiques, la stimulation de la transcription du facteur neurotrophique BDNF, et le r\u00e9tablissement de la plasticit\u00e9 synaptique et du m\u00e9tabolisme c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li>La posologie usuelle est de 25 \u00e0 50 \u00b5g par jour en prise matinale unique, affichant un d\u00e9but d&rsquo;action rapide (2 \u00e0 3 semaines) et un profil de tol\u00e9rance globale sup\u00e9rieur \u00e0 celui des sels de lithium ou des neuroleptiques atypiques.<\/li>\n<li>L&rsquo;abaissement concomitant de la TSH s\u00e9rique est une cons\u00e9quence physiologique attendue du traitement, imposant une surveillance clinique des param\u00e8tres h\u00e9modynamiques et une s\u00e9lection rigoureuse des patients sans pathologie cardiovasculaire \u00e9volutive.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Aronson, R., Offman, H. J., Joffe, R. T., &amp; Naylor, C. D. (1996). Triiodothyronine augmentation in the treatment of refractory depression: A meta-analysis. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 53(9), 842-848. https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1996.01830090090013<\/li>\n<li>Bauer, M., Heinz, A., &amp; Whybrow, P. C. (2002). Thyroid hormones, serotonin and affective illness: Keys to a unified approach. <em>The European Journal of Neuropsychopharmacology<\/em>, 12(3), 200-205. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0924-977X(02)00008-0<\/li>\n<li>Gross, J., &amp; Pitt-Rivers, R. (1952). The identification of 3:5:3&prime;-L-triiodothyronine in human plasma. <em>The Lancet<\/em>, 259(6705), 439-441. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(52)91952-1<\/li>\n<li>Joffe, R. T., &amp; Singer, W. (1990). A comparison of triiodothyronine and thyroxine in the augmentation of tricyclic antidepressants. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 3(1), 18-22.<\/li>\n<li>Nierenberg, A. A., Fava, M., Trivedi, M. H., Wisniewski, S. R., Thase, M. E., McGrath, P. J., Alpert, J. E., Warden, D., Luther, J. F., Niederehe, G., Lebowitz, B., Shores-Wilson, K., &amp; Rush, A. J. (2006). A comparison of lithium and T3 augmentation following two failed medication treatments for depression: A STAR*D report. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 163(9), 1519-1530. https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.2006.163.9.1519<\/li>\n<li>Prange, A. J., Wilson, I. C., Rabon, A. M., &amp; Lipton, M. A. (1969). Enhancement of imipramine antidepressant activity by thyroid hormone. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 126(4), 457-469. https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.126.4.457<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cytomel (liothyronine sodique) est l&rsquo;hormone T3 de synth\u00e8se exploit\u00e9e en psychiatrie comme strat\u00e9gie d&rsquo;adjonction efficace pour surmonter la d\u00e9pression r\u00e9sistante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6890,7375,30847],"tags":[43563,6985,43564,9041,24918,43565],"class_list":["post-25911","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-biologique","category-psychopharmacologie","category-traitements","tag-cytomel","tag-depression-resistante","tag-liothyronine","tag-psychopharmacologie","tag-stard","tag-triiodothyronine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25911","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25911\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25911"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25911"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25911"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}