{"id":25896,"date":"2026-11-08T18:51:20","date_gmt":"2026-11-08T18:51:20","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cystathioninurie-enigme-metabolique-cerveau"},"modified":"2026-11-08T18:51:20","modified_gmt":"2026-11-08T18:51:20","slug":"cystathioninurie-enigme-metabolique-cerveau","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cystathioninurie-enigme-metabolique-cerveau","title":{"rendered":"Cystathioninurie : \u00c9nigme M\u00e9tabolique et Cerveau"},"content":{"rendered":"<p>La <strong>cystathioninurie<\/strong> repr\u00e9sente un mod\u00e8le fascinant \u00e0 l&rsquo;intersection de la biochimie m\u00e9tabolique, de la neurog\u00e9n\u00e9tique et de la neuropsychiatrie clinique. D\u00e9couverte initialement chez des patients institutionnalis\u00e9s pr\u00e9sentant des d\u00e9ficits cognitifs, cette anomalie du m\u00e9tabolisme des acides amin\u00e9s soufr\u00e9s a suscit\u00e9 durant plusieurs d\u00e9cennies d&rsquo;intenses d\u00e9bats quant \u00e0 son r\u00f4le \u00e9tiologique r\u00e9el dans les troubles neurod\u00e9veloppementaux. Aujourd&rsquo;hui largement r\u00e9\u00e9valu\u00e9e comme une variante biochimique souvent b\u00e9nigne, son \u00e9tude demeure fondamentale pour comprendre la plasticit\u00e9 enzymatique c\u00e9r\u00e9brale, la synth\u00e8se des neuromodulateurs et l&rsquo;impact des biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage dans l&rsquo;investigation des enc\u00e9phalopathies d&rsquo;origine m\u00e9tabolique.<\/p>\n<h2>Cystathioninurie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>cystathioninurie<\/strong> est une anomalie cong\u00e9nitale du m\u00e9tabolisme des acides amin\u00e9s, transmise selon un mode autosomique r\u00e9cessif, caract\u00e9ris\u00e9e par une \u00e9limination urinaire anormalement \u00e9lev\u00e9e de cystathionine cons\u00e9cutive \u00e0 un d\u00e9ficit en cystathionine gamma-lyase (CTH, ou gamma-cystathionase). Cette d\u00e9faillance enzymatique perturbe l&rsquo;\u00e9tape terminale de la voie de transsulfuration, emp\u00eachant le clivage normal de la cystathionine en L-cyst\u00e9ine, alpha-c\u00e9tobutyrate et ammoniac.<\/p>\n<p>Dans la nosologie neurod\u00e9veloppementale contemporaine, la cystathioninurie occupe une place singuli\u00e8re. Bien qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 originellement cat\u00e9goris\u00e9e comme une cause m\u00e9tabolique majeure d&rsquo;arri\u00e9ration intellectuelle, de convulsions n\u00e9onatales et de troubles psychomoteurs, les recherches de criblage n\u00e9onatal ont d\u00e9montr\u00e9 que la grande majorit\u00e9 des personnes affect\u00e9es ne d\u00e9veloppent aucun d\u00e9ficit cognitif ni trouble neurologique av\u00e9r\u00e9. Elle est ainsi majoritairement consid\u00e9r\u00e9e comme un ph\u00e9notype m\u00e9tabolique b\u00e9nin ou asymptomatique, bien que des formes cliniques complexes associ\u00e9es \u00e0 une r\u00e9activit\u00e9 diff\u00e9rentielle \u00e0 la pyridoxine (vitamine B6) fassent encore l&rsquo;objet de monitorages neuropsychologiques approfondis dans le cadre du diagnostic diff\u00e9rentiel des troubles du spectre neurod\u00e9veloppemental.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme <em>cystathioninurie<\/em> est un n\u00e9ologisme scientifique biom\u00e9dical compos\u00e9 de trois racines linguistiques distinctes issues du grec ancien. La premi\u00e8re composante d\u00e9rive de <em>kystis<\/em> (\u03ba\u03cd\u03c3\u03c4\u03b9\u03c2), signifiant \u00ab vessie \u00bb ou \u00ab poche \u00bb, racine partag\u00e9e avec l&rsquo;acide amin\u00e9 cyst\u00e9ine initialement isol\u00e9 \u00e0 partir de calculs v\u00e9sicaux au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. La deuxi\u00e8me composante est emprunt\u00e9e au grec <em>theion<\/em> (\u03b8\u03b5\u1fd6\u03bf\u03bd), d\u00e9signant le \u00ab soufre \u00bb, soulignant la nature soufr\u00e9e de cette mol\u00e9cule interm\u00e9diaire synth\u00e9tis\u00e9e lors du catabolisme de la m\u00e9thionine. Enfin, le suffixe d\u00e9rive du grec <em>ouron<\/em> (\u03bf\u1f56\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab urine \u00bb, combin\u00e9 au formant abstrait <em>-ia<\/em> (-ie), signalant la pr\u00e9sence anormale ou pr\u00e9pond\u00e9rante d&rsquo;un m\u00e9tabolite organique dans l&rsquo;excr\u00e9tion urinaire.<\/p>\n<p>Le compos\u00e9 biochimique lui-m\u00eame, la cystathionine, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois dans les ann\u00e9es 1940 par Vincent du Vigneaud lors de ses travaux pionniers sur la transsulfuration h\u00e9patique. Le vocable m\u00e9dical <em>cystathioninuria<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 formellement dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone en 1959 par le m\u00e9decin et g\u00e9n\u00e9ticien britannique Harry Harris et ses collaborateurs, lorsqu&rsquo;ils ont rapport\u00e9 la d\u00e9tection inhabituelle de ce m\u00e9tabolite chez une patiente admise dans un h\u00f4pital pour d\u00e9ficiences intellectuelles. Le mot a ensuite \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 en fran\u00e7ais sous la forme \u00ab cystathioninurie \u00bb au cours des ann\u00e9es 1960 au sein des trait\u00e9s de biochimie clinique et de p\u00e9diatrie g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphologique et grammatical, le terme <strong>cystathioninurie<\/strong> est un nom commun f\u00e9minin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est \/sis.ta.tj\u0254.ni.ny.\u0281i\/. Le pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab cystathioninuries \u00bb (\/sis.ta.tj\u0254.ni.ny.\u0281i\/), bien qu&rsquo;il soit principalement employ\u00e9 au singulier pour qualifier l&rsquo;entit\u00e9 pathologique ou le marqueur biochimique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre occasionnellement les variantes orthographiques vieillies ou synonymiques telles que \u00ab cystathionase-d\u00e9ficience \u00bb, \u00ab d\u00e9ficit en gamma-cystathionase \u00bb ou \u00ab syndrome d&rsquo;hypercystathionin\u00e9mie avec cystathioninurie \u00bb. L&rsquo;usage clinique standard privil\u00e9gie l&#8217;emploi de \u00ab cystathioninurie primitive \u00bb pour d\u00e9signer l&rsquo;erreur inn\u00e9e du m\u00e9tabolisme li\u00e9e au g\u00e8ne CTH, par opposition aux \u00ab cystathioninuries secondaires \u00bb, lesquelles surviennent lors de carences vitaminiques, de chimioth\u00e9rapies ou d&rsquo;affections h\u00e9pato-oncologiques p\u00e9diatriques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;impact potentiel de la cystathioninurie sur le fonctionnement neuropsychique, il est imp\u00e9ratif d&rsquo;examiner le r\u00f4le de la voie de transsulfuration dans l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale. Au sein du syst\u00e8me nerveux central et du parenchyme h\u00e9patique, la transsulfuration permet de convertir l&rsquo;homocyst\u00e9ine, issue du cycle de la m\u00e9thionine, en L-cyst\u00e9ine, laquelle repr\u00e9sente le facteur limitant pour la biosynth\u00e8se intracellulaire du glutathion (GSH), principal antioxydant hydrosoluble c\u00e9r\u00e9bral. Dans ce r\u00e9seau enzymatique, l&rsquo;enzyme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cystathionine_gamma-lyase\">cystathionine gamma-lyase<\/a> intervient en aval de la cystathionine b\u00eata-synthase (CBS) pour d\u00e9grader la cystathionine. Lorsque cette enzyme est inactive ou structurellement alt\u00e9r\u00e9e par une mutation all\u00e9lique, la cystathionine s&rsquo;accumule massivement en amont dans les tissus intracellulaires, franchit la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, inonde la circulation sanguine g\u00e9n\u00e9rale (hypercystathionin\u00e9mie) et d\u00e9borde le seuil de r\u00e9absorption tubulaire r\u00e9nale, provoquant une excr\u00e9tion urinaire massive.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique et cognitif, la question centrale a toujours \u00e9t\u00e9 de d\u00e9terminer si la cystathionine exerce une neurotoxicit\u00e9 intrins\u00e8que directe ou si le blocage m\u00e9tabolique induit un d\u00e9ficit secondaire pr\u00e9judiciable en sous-produits essentiels. Contrairement \u00e0 l&rsquo;homocyst\u00e9ine \u2014 m\u00e9tabolite hautement toxique incrimin\u00e9 dans l&rsquo;homocystinurie classique qui engendre des microangiopathies c\u00e9r\u00e9brales, une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale et une d\u00e9ficience intellectuelle prononc\u00e9e \u2014, la cystathionine semble poss\u00e9der une cytotoxicit\u00e9 quasi nulle aux concentrations physiopathologiques habituelles. L&rsquo;accumulation c\u00e9r\u00e9brale de cystathionine, naturellement plus dense dans le syst\u00e8me nerveux humain que chez d&rsquo;autres mammif\u00e8res, n&rsquo;entra\u00eene ni alt\u00e9ration des r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA, ni n\u00e9crose astrocytaire, ni rupture de la gaine de my\u00e9line document\u00e9e par imagerie spectroscopique.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;inactivation de la cystathionine gamma-lyase a des r\u00e9percussions biochimiques collat\u00e9rales sur la production de sulfure d&rsquo;hydrog\u00e8ne (H2S), un gazotransmetteur endog\u00e8ne impliqu\u00e9 dans la r\u00e9gulation de la potentialisation \u00e0 long terme hippocampique, la m\u00e9moire synaptique et la r\u00e9ponse neuro-inflammatoire. Si la cystathionine b\u00eata-synthase g\u00e9n\u00e8re la majorit\u00e9 du H2S dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;inhibition compl\u00e8te de la gamma-lyase pourrait theoretically alt\u00e9rer certaines cascades de signalisation redox lors de phases critiques de vuln\u00e9rabilit\u00e9 n\u00e9onatale. C&rsquo;est cette dualit\u00e9 biologique \u2014 un biomarqueur spectaculaire d&rsquo;hyperaminoacidurie coupl\u00e9 \u00e0 une innocuit\u00e9 clinique globale \u2014 qui fa\u00e7onne la conceptualisation contemporaine de cette anomalie.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la cystathioninurie offre une illustration majeure des mutations \u00e9pist\u00e9mologiques qui ont scand\u00e9 la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9tique et la psychiatrie biologique au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle. L&rsquo;ann\u00e9e 1959 marque l&rsquo;acte fondateur du trouble : le m\u00e9decin Harry Harris, aux c\u00f4t\u00e9s de Clarke et Robson \u00e0 Londres, analyse les m\u00e9tabolites urinaires d&rsquo;une cohorte d&rsquo;individus institutionnalis\u00e9s dans un asile psychiatrique pour arri\u00e9ration mentale s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&rsquo;aide de la chromatographie sur papier naissante. Ils identifient une tache ninhydrine in\u00e9dite correspondant \u00e0 de la cystathionine libre chez une patiente de 64 ans affect\u00e9e d&rsquo;un retard intellectuel profond et de mouvements involontaires. Harris conclut alors prudemment, mais de fa\u00e7on retentissante, \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une nouvelle erreur inn\u00e9e du m\u00e9tabolisme potentiellement causalement li\u00e9e au retard mental.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, une succession d&rsquo;\u00e9tudes de cas publi\u00e9es dans des revues p\u00e9diatriques et neurologiques de premier plan vient en apparence corroborer ce paradigme. Des praticiens rapportent des enfants pr\u00e9sentant une cystathioninurie associ\u00e9e \u00e0 des convulsions myocloniques, un retard de langage, des malformations cong\u00e9nitales comme le pied bot, ou des \u00e9pisodes d&rsquo;agitation motrice. En 1965, George Frimpter d\u00e9montre qu&rsquo;une administration massive de vitamine B6 (pyridoxine) chez certains patients permet d&rsquo;att\u00e9nuer drastiquement ou de faire dispara\u00eetre la cystathioninurie, posant les bases de la distinction entre formes pyridoxino-d\u00e9pendantes et non-d\u00e9pendantes. La cystathioninurie est alors ins\u00e9r\u00e9e sans r\u00e9serve dans les nomenclatures des causes m\u00e9taboliques de handicap cognitif, au m\u00eame titre que la ph\u00e9nylc\u00e9tonurie ou la maladie du sirop d&rsquo;\u00e9rable.<\/p>\n<p>La rupture de ce paradigme survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et durant la d\u00e9cennie 1980 avec la mise en \u0153uvre de programmes syst\u00e9matiques de d\u00e9pistage n\u00e9onatal m\u00e9tabolique \u00e0 grande \u00e9chelle, notamment dans les \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre (\u00c9tats-Unis), sous la direction de Harvey Levy, et au Canada avec Charles Scriver. En dosant les acides amin\u00e9s urinaires et plasmatiques de centaines de milliers de nouveau-n\u00e9s cons\u00e9cutifs non s\u00e9lectionn\u00e9s, les \u00e9pid\u00e9miologistes constatent que la pr\u00e9valence de la cystathioninurie est nettement sup\u00e9rieure aux pr\u00e9dictions et, fait d\u00e9terminant, que ces nouveau-n\u00e9s franchissent les jalons du d\u00e9veloppement psychomoteur et intellectuel de fa\u00e7on strictement identique \u00e0 leurs pairs indemnes. La corr\u00e9lation historique rapport\u00e9e par Harris et ses successeurs n&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un artefact d&rsquo;\u00e9chantillonnage clinique : on ne recherchait les acides amin\u00e9s rares que chez les sujets d\u00e9j\u00e0 porteurs de troubles psychiatriques ou neurologiques graves.<\/p>\n<p>Le tournant mol\u00e9culaire s&rsquo;op\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, lorsque l&rsquo;\u00e9quipe de Wang et Hegele (2003) clone et s\u00e9quence le g\u00e8ne <em>CTH<\/em> sur le chromosome 1p31.1, identifiant formellement les premi\u00e8res mutations faux-sens et non-sens responsables de l&rsquo;abolition enzymatique. Ces d\u00e9couvertes ont d\u00e9finitivement scell\u00e9 le statut moderne de la cystathioninurie en tant que particularit\u00e9 biochimique b\u00e9nigne chez l&rsquo;humain, tout en conservant une valeur sentinelle dans la pharmacog\u00e9n\u00e9tique des cofacteurs vitaminiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique de la cystathioninurie repose sur la biochimie structurale de la voie de transsulfuration et la d\u00e9pendance coenzymatique aux d\u00e9riv\u00e9s du phosphate de pyridoxal (PLP). La cystathionine gamma-lyase est une enzyme homot\u00e9tram\u00e9rique d\u00e9pendante du PLP catalysant une \u00e9limination b\u00eata ou gamma. Le g\u00e8ne encadrant cette structure, <em>CTH<\/em>, contient 12 exons localis\u00e9s dans la r\u00e9gion sous-t\u00e9lom\u00e9rique du petit bras du chromosome 1 (1p31.1). Deux grands m\u00e9canismes all\u00e9liques pr\u00e9sident \u00e0 la survenue de la condition : les mutations affectant le repliement global de la prot\u00e9ine conduisant \u00e0 sa d\u00e9gradation pr\u00e9coce par le prot\u00e9asome, et les mutations ciblant l&rsquo;affinit\u00e9 du domaine de liaison au phosphate de pyridoxal.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re th\u00e9orie pathog\u00e9nique, dite \u00ab perte catalytique absolue \u00bb, la modification de r\u00e9sidus cl\u00e9s (par exemple la substitution T67I ou Q240X) emp\u00eache la dim\u00e9risation des sous-unit\u00e9s ou supprime enti\u00e8rement l&rsquo;activit\u00e9 catalytique. L&rsquo;activit\u00e9 enzymatique r\u00e9siduelle est inf\u00e9rieure \u00e0 1 % de la normale. Le flux m\u00e9tabolique transsulfurant s&rsquo;interrompt de mani\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable \u00e0 cette \u00e9tape ; la cystathionine ne pouvant \u00eatre m\u00e9tabolis\u00e9e en cyst\u00e9ine ni r\u00e9troconvertie directement en homocyst\u00e9ine par la CBS en raison de l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 thermodynamique de la synth\u00e8se, elle diffuse passivement hors de la cellule h\u00e9patocytaire ou gliale vers le compartiment vasculaire.<\/p>\n<p>Dans la seconde th\u00e9orie, dite \u00ab anomalie d&rsquo;affinit\u00e9 pour le cofacteur \u00bb, la mutation alt\u00e8re la poche de fixation de la vitamine B6 sans d\u00e9truire le site catalytique. Dans ces configurations, une concentration physiologique en phosphate de pyridoxal ne permet pas d&rsquo;assurer la saturation de l&rsquo;apoenzyme, qui reste instable ou inactive. L&rsquo;administration pharmacologique de doses supranormales de pyridoxine (multipliant par 50 \u00e0 100 les teneurs intracellulaires de PLP) force la thermodynamique de liaison, restaure la conformation active de la lyase et r\u00e9tablit un clivage substantiel de la cystathionine en cyst\u00e9ine. Ce mod\u00e8le a constitu\u00e9 un cas d&rsquo;\u00e9cole dans la th\u00e9orie des maladies m\u00e9taboliques r\u00e9pondeuses aux vitamines propos\u00e9e par Scriver et Rosenberg.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation d&rsquo;une cystathioninurie requiert la diff\u00e9renciation rigoureuse de plusieurs sous-types physiopathologiques et \u00e9tiologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cystathioninurie primitive autosomique r\u00e9cessive :<\/strong> Alt\u00e9ration constitutionnelle bi-all\u00e9lique du g\u00e8ne <em>CTH<\/em>. Cette forme est intrins\u00e8que, p\u00e9renne tout au long de l&rsquo;existence de l&rsquo;individu, et subdivis\u00e9e biologiquement selon la r\u00e9ponse \u00e0 la vitamine B6.<\/li>\n<li><strong>Forme B6-r\u00e9pondeuse (sensible \u00e0 la pyridoxine) :<\/strong> Sous-type primaire dans lequel l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation plasmatique et urinaire de cystathionine est significativement ou totalement corrig\u00e9e par l&rsquo;administration orale quotidienne de chlorhydrate de pyridoxine (g\u00e9n\u00e9ralement entre 50 et 500 mg\/j). L&rsquo;enzyme pr\u00e9sente une constante d&rsquo;affinit\u00e9 (Km) anormale pour son cofacteur mais conserve une vitesse maximale catalytique satisfaisante.<\/li>\n<li><strong>Forme B6-r\u00e9sistante (insensible \u00e0 la pyridoxine) :<\/strong> Sous-type primaire r\u00e9fractaire o\u00f9 l&rsquo;apport exog\u00e8ne massif de vitamine B6 ne modifie pas les taux de cystathionine excr\u00e9t\u00e9s, attestant d&rsquo;une mutation destructive affectant le site catalytique, le repliement de l&rsquo;homot\u00e9tram\u00e8re ou la transcription de l&rsquo;ARNm enzymatique.<\/li>\n<li><strong>Cystathioninurie secondaire acquise par carence nutritionnelle :<\/strong> \u00c9l\u00e9vation transitoire de cystathionine provoqu\u00e9e par un d\u00e9ficit s\u00e9v\u00e8re en vitamine B6 d&rsquo;origine di\u00e9t\u00e9tique, souvent coupl\u00e9e \u00e0 une d\u00e9nutrition protidique globale ou observ\u00e9e chez des pr\u00e9matur\u00e9s dont la maturation de la voie enzymatique h\u00e9patique est retard\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Cystathioninurie iatrog\u00e8ne m\u00e9dicamenteuse :<\/strong> Perturbation cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;administration de th\u00e9rapeutiques antagonistes de la pyridoxine ou interf\u00e9rant avec le cycle du PLP, telles que l&rsquo;isoniazide (antituberculeux), la D-p\u00e9nicillamine, ou lors de protocoles de chimioth\u00e9rapie cytolytique.<\/li>\n<li><strong>Cystathioninurie associ\u00e9e aux tumeurs de la cr\u00eate neurale :<\/strong> \u00c9l\u00e9vation atypique observ\u00e9e dans certains contextes oncologiques p\u00e9diatriques, notamment le neuroblastome, le ganglioneuroblastome ou l&rsquo;h\u00e9patoblastome, o\u00f9 les tissus n\u00e9oplasiques expriment des anomalies s\u00e9lectives du cycle des acides amin\u00e9s soufr\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique de la cystathioninurie se heurte fr\u00e9quemment \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;arbitrer entre fortuit\u00e9 de la d\u00e9couverte et causalit\u00e9 d&rsquo;un trouble neuropsychiatrique associ\u00e9. Les deux cas illustratifs suivants refl\u00e8tent ces dilemmes de terrain :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le pi\u00e8ge du biais d&rsquo;\u00e9valuation chez un enfant avec trouble du spectre de l&rsquo;autisme.<\/strong><br \/>\nUn gar\u00e7on \u00e2g\u00e9 de 4 ans est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 en neurop\u00e9diatrie pour une prise en charge d&rsquo;un retard mod\u00e9r\u00e9 du d\u00e9veloppement du langage expressif accompagn\u00e9 de st\u00e9r\u00e9otypies motrices et de rigidit\u00e9 comportementale, aboutissant \u00e0 un diagnostic de trouble du spectre de l&rsquo;autisme (TSA). Dans le cadre d&rsquo;un bilan m\u00e9tabolique standardis\u00e9 visant \u00e0 \u00e9carter une enc\u00e9phalopathie m\u00e9tabolique sous-jacente, une chromatographie des acides amin\u00e9s urinaires est prescrite. Le r\u00e9sultat met en \u00e9vidence une \u00e9limination massive de cystathionine atteignant 1 850 \u00b5mol\/mmol de cr\u00e9atinine (normale : traces inf\u00e9rieures \u00e0 50). La d\u00e9couverte d&rsquo;une telle anomalie g\u00e9n\u00e8re une intense anxi\u00e9t\u00e9 parentale, la famille craignant une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative \u00e9volutive. Un test th\u00e9rapeutique \u00e0 la pyridoxine (100 mg\/jour) entra\u00eene une chute spectaculaire de l&rsquo;excr\u00e9tion urinaire de cystathionine en deux semaines. Cependant, l&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et neurocognitive r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 6 et 12 mois ne d\u00e9montre aucune modification des manifestations autistiques fondamentales ni de gain acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du QI verbal au-del\u00e0 de l&rsquo;effet attendu des prises en charge orthophoniques et comportementales (m\u00e9thode ESDM). L&rsquo;analyse mol\u00e9culaire confirme une mutation h\u00e9t\u00e9rozygote composite du g\u00e8ne <em>CTH<\/em>. La conclusion de l&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire conclut \u00e0 la coexistence fortuite d&rsquo;un TSA idiopathique et d&rsquo;une cystathioninurie g\u00e9n\u00e9tique b\u00e9nigne r\u00e9pondant \u00e0 la pyridoxine, \u00e9pargnant ainsi \u00e0 l&rsquo;enfant des investigations invasives inutiles.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : D\u00e9couverte fortuite chez un adulte asymptomatique.<\/strong><br \/>\nUne femme de 28 ans, sans aucun ant\u00e9c\u00e9dent m\u00e9dical ni plainte cognitive, dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, se porte volontaire pour un protocole de recherche universitaire en neuro-imagerie et profilage m\u00e9tabolomique chez les sujets sains. L&rsquo;analyse urinaire de contr\u00f4le r\u00e9v\u00e8le un pic persistant et \u00e9lev\u00e9 de cystathionine. L&rsquo;examen neuropsychologique approfondi met en \u00e9vidence des performances intellectuelles globales sup\u00e9rieures \u00e0 la moyenne (QI total de 118 mesur\u00e9 sur la WAIS-IV), sans anomalie mn\u00e9sique, attentionnelle ou ex\u00e9cutive. L&rsquo;anamn\u00e8se familiale permet d&rsquo;identifier que l&rsquo;un de ses fr\u00e8res pr\u00e9sente le m\u00eame profil biochimique tout en menant une vie professionnelle et personnelle totalement normale. Ce cas embl\u00e9matique d\u00e9montre qu&rsquo;une abolition constitutionnelle du m\u00e9tabolisme de la cystathionine est pleinement compatible avec un fonctionnement cognitif optimal tout au long de la vie.<\/p>\n<h3>9. Mesure, diagnostic et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification et le diagnostic diff\u00e9rentiel de la cystathioninurie reposent sur une hi\u00e9rarchie d&rsquo;outils analytiques de biochimie quantitative et d&rsquo;explorations g\u00e9nomiques :<\/p>\n<p>La m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence initiale est le dosage quantitatif des acides amin\u00e9s par <strong>chromatographie liquide \u00e0 haute performance (HPLC)<\/strong> coupl\u00e9e \u00e0 la d\u00e9tection post-colonne \u00e0 la ninhydrine, ou plus fr\u00e9quemment aujourd&rsquo;hui par <strong>spectrom\u00e9trie de masse en tandem (LC-MS\/MS)<\/strong>. Sur les \u00e9chantillons urinaires, la cystathionine, qui est virtuellement ind\u00e9tectable ou pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de traces chez le grand enfant et l&rsquo;adulte sain, appara\u00eet sous la forme d&rsquo;un pic pro\u00e9minent, s&rsquo;\u00e9levant souvent \u00e0 des valeurs comprises entre 500 et plus de 3 000 \u00b5mol\/g de cr\u00e9atinine. Le dosage concomitant des acides amin\u00e9s plasmatiques confirme l&rsquo;hypercystathionin\u00e9mie, g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9e au-del\u00e0 de 10 \u00e0 50 \u00b5mol\/L (seuil normal inf\u00e9rieur \u00e0 0,5-1 \u00b5mol\/L).<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel biochimique impose de mesurer imp\u00e9rativement l&rsquo;homocyst\u00e9ine totale plasmatique et la m\u00e9thionine afin d&rsquo;exclure formellement l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Homocystinurie\">homocystinurie classique<\/a> due au d\u00e9ficit en cystathionine b\u00eata-synthase (CBS). Dans le d\u00e9ficit en CBS, l&rsquo;homocyst\u00e9ine et la m\u00e9thionine sont massives, tandis que la cystathionine est basse ou ind\u00e9tectable. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans la cystathioninurie vraie, l&rsquo;homocyst\u00e9ine et la m\u00e9thionine plasmatiques demeurent dans des fourchettes strictement normales. Les taux de vitamine B12, de folates et le profil des acides organiques urinaires (notamment l&rsquo;acide m\u00e9thylmalonique) doivent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s pour \u00e9liminer un d\u00e9sordre combin\u00e9 de la cobalamine.<\/p>\n<p>Au niveau mol\u00e9culaire, le diagnostic est valid\u00e9 par le s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e8ne <em>CTH<\/em> par panel de g\u00e8nes m\u00e9taboliques ou s\u00e9quen\u00e7age complet de l&rsquo;exome (WES). Enfin, l&rsquo;\u00e9valuation clinique comporte un <em>test de charge \u00e0 la pyridoxine<\/em> standardis\u00e9 : le patient re\u00e7oit entre 100 et 300 mg de pyridoxine par voie orale pendant 14 \u00e0 21 jours ; une r\u00e9duction de plus de 70 % des concentrations urinaires de cystathionine signe une mutation r\u00e9pondeuse au cofacteur.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que la cystathioninurie primitive soit largement reconnue comme une condition b\u00e9nigne ne requ\u00e9rant pas de th\u00e9rapies agressives, sa prise en charge soul\u00e8ve des enjeux pratiques cruciaux en psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte, en g\u00e9n\u00e9tique clinique et en m\u00e9decine interne :<\/p>\n<p>Le premier champ d&rsquo;application r\u00e9side dans le <strong>conseil g\u00e9n\u00e9tique et l&rsquo;apaisement diagnostique<\/strong>. Face \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;un profil m\u00e9tabolique anormal chez un enfant souffrant de troubles des apprentissages ou d&rsquo;un d\u00e9ficit intellectuel, le r\u00f4le du neuropsychologue et du g\u00e9n\u00e9ticien clinicien est de clarifier l&rsquo;absence d&rsquo;imputabilit\u00e9 directe. Qualifier la cystathioninurie de \u00ab ph\u00e9notype biochimique sans neurotoxicit\u00e9 prouv\u00e9e \u00bb pr\u00e9vient l&rsquo;escalade de r\u00e9gimes restrictifs dangereux, tels que des di\u00e8tes carenc\u00e9es en acides amin\u00e9s essentiels qui pourraient compromettre le neurod\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Le second domaine concerne la <strong>vigilance face aux enc\u00e9phalopathies secondaires<\/strong>. Identifier une cystathioninurie chez un patient hospitalis\u00e9 en psychiatrie pour confusion aigu\u00eb, l\u00e9thargie ou troubles neuropsychiatriques majeurs doit imm\u00e9diatement orienter le clinicien vers une carence s\u00e9v\u00e8re acquise en vitamine B6 (par exemple induite par un alcoolisme chronique, une anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re ou la prise d&rsquo;isoniazide sans suppl\u00e9mentation). Dans ce contexte, la cystathioninurie agit comme un signal d&rsquo;alarme sentinelle de carence intracellulaire en pyridoxal phosphate, condition hautement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re car le PLP est le cofacteur requis pour la synth\u00e8se de neurom\u00e9diateurs essentiels : l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA<\/a> via la glutamate d\u00e9carboxylase), la s\u00e9rotonine et la dopamine. La correction rapide par la vitamine B6 r\u00e9sout alors la symptomatologie psychiatrique par r\u00e9tablissement de la neurotransmission, et non par \u00e9limination de la cystathionine elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration empirique de la cystathioninurie s&rsquo;articule autour d&rsquo;investigations \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales et de mod\u00e8les mol\u00e9culaires translationnels :<\/p>\n<p>Sur le versant clinique et populationnel, l&rsquo;\u00e9tude longitudinale de Levy, Mudd et leurs coll\u00e8gues au sein du <em>New England Newborn Screening Program<\/em> demeure la r\u00e9f\u00e9rence empirique majeure. Ayant suivi prospectivement sur plus de deux d\u00e9cennies des cohortes d&rsquo;enfants identifi\u00e9s avec une cystathioninurie cong\u00e9nitale isol\u00e9e d\u00e8s la premi\u00e8re semaine de vie, les auteurs n&rsquo;ont relev\u00e9 aucune divergence statistiquement significative en termes de quotient intellectuel (\u00e9valu\u00e9 par les \u00e9chelles de Wechsler et de Bayley), de r\u00e9ussite acad\u00e9mique ou d&rsquo;incidence de troubles psychiatriques par rapport \u00e0 leurs fratries non atteintes. Ces donn\u00e9es probantes ont solidement ancr\u00e9 dans les consensus de l&rsquo;<em>American College of Medical Genetics<\/em> la recommandation de ne pas inclure la cystathioninurie parmi les cibles primaires obligatoires du d\u00e9pistage syst\u00e9matique n\u00e9onatal, afin d&rsquo;\u00e9viter la m\u00e9dicalisation abusive d&rsquo;individus sains.<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique exp\u00e9rimental, les travaux conduits sur des mod\u00e8les murins invalid\u00e9s pour le g\u00e8ne Cth (souris <em>knockout<\/em> <code>Cth-\/-<\/code>) d\u00e9velopp\u00e9s initialement par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Ishii et collaborateurs ont apport\u00e9 des \u00e9clairages inattendus. Si ces animaux pr\u00e9sentent une accumulation massive de cystathionine et une excr\u00e9tion urinaire analogue \u00e0 celle de l&rsquo;humain sans d\u00e9ficit locomoteur patent, ils manifestent sous certaines contraintes un stress oxydatif tissulaire accru d\u00fb \u00e0 une chute mod\u00e9r\u00e9e du glutathion sous privation de cyst\u00e9ine exog\u00e8ne. De surcro\u00eet, les recherches r\u00e9centes sur le sulfure d&rsquo;hydrog\u00e8ne (H2S) enzymatique soulignent que la d\u00e9pl\u00e9tion en gamma-lyase modifie le tonus vasculaire et la plasticit\u00e9 de certaines synapses centrales en situation d&rsquo;hypoxie exp\u00e9rimentale. Ces travaux sugg\u00e8rent que si la condition est asymptomatique dans des conditions de vie ordinaires, elle pourrait constituer un modulateur ph\u00e9notypique silencieux lors d&rsquo;agressions m\u00e9taboliques aigu\u00ebs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation clinique et sociale d&rsquo;un trouble m\u00e9tabolique tel que la cystathioninurie varie selon les \u00e9cosyst\u00e8mes m\u00e9dicaux et les repr\u00e9sentations culturelles de la maladie h\u00e9r\u00e9ditaire. Dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 hautement technologiques o\u00f9 les tests g\u00e9n\u00e9tiques en vente directe ou les panels de s\u00e9quen\u00e7age global se g\u00e9n\u00e9ralisent, la d\u00e9couverte inopin\u00e9e d&rsquo;un statut homozygote ou h\u00e9t\u00e9rozygote composite pour des mutations de <em>CTH<\/em> plonge fr\u00e9quemment les usagers dans ce que les sociologues de la sant\u00e9 nomment l&rsquo;\u00e9tat de \u00ab pr\u00e9-malade \u00bb ou \u00ab d&rsquo;attente anxieuse \u00bb. L&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab maladie m\u00e9tabolique g\u00e9n\u00e9tique \u00bb v\u00e9hicule un stigmate lourd d&rsquo;incapacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale potentielle, issu de l&rsquo;assimilation h\u00e2tive aux maladies m\u00e9taboliques d\u00e9vastatrices de l&rsquo;enfance.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la pr\u00e9valence des all\u00e8les variants du g\u00e8ne <em>CTH<\/em> pr\u00e9sente des fluctuations g\u00e9ographiques notables. Par exemple, certaines variations all\u00e9liques conduisant \u00e0 des taux r\u00e9siduels moindres sont d\u00e9tect\u00e9es avec une fr\u00e9quence l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e9lev\u00e9e au sein de populations g\u00e9ographiquement isol\u00e9es ou caract\u00e9ris\u00e9es par des taux historiques d&rsquo;endogamie, sans qu&rsquo;aucune corr\u00e9lation avec une baisse des comp\u00e9tences cognitives collectives n&rsquo;ait jamais \u00e9t\u00e9 document\u00e9e. Cela souligne l&rsquo;importance d&rsquo;adapter le discours d&rsquo;information g\u00e9n\u00e9tique en insistant sur la notion de variabilit\u00e9 biologique normale, d\u00e9samor\u00e7ant les interpr\u00e9tations fatalistes ou d\u00e9terministes associ\u00e9es aux d\u00e9sordres h\u00e9r\u00e9ditaires dans diverses communaut\u00e9s culturelles.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de la cystathioninurie fait encore l&rsquo;objet d&rsquo;analyses critiques en m\u00e9decine de pr\u00e9cision. La controverse historique relative \u00e0 son imputabilit\u00e9 dans le d\u00e9ficit intellectuel a laiss\u00e9 place \u00e0 des interrogations plus subtiles :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique concerne le concept de \u00ab b\u00e9nignit\u00e9 absolue \u00bb. Bien qu&rsquo;il soit indiscutable que la cystathioninurie n&rsquo;engendre pas d&rsquo;arri\u00e9ration mentale primaire uniforme, plusieurs g\u00e9n\u00e9ticiens p\u00e9diatriques soulignent qu&rsquo;un regroupement non n\u00e9gligeable de patients rapport\u00e9s dans les registres mondiaux souffre de n\u00e9phrolithiase, de microc\u00e9phalie ou de troubles de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH). La controverse persiste sur l&rsquo;existence \u00e9ventuelle d&rsquo;all\u00e8les rares ou de modificateurs \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques qui, en association avec un d\u00e9ficit en <em>CTH<\/em>, franchiraient un seuil critique de vuln\u00e9rabilit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale chez une petite sous-population d&rsquo;enfants. L&rsquo;affirmation dogmatique que la condition est \u00ab totalement anodine pour 100 % des porteurs \u00bb pourrait masquer des interactions complexes g\u00e8ne-environnement m\u00e9connues.<\/p>\n<p>Une seconde limite \u00e9pist\u00e9mologique tient \u00e0 la prescription syst\u00e9matique de fortes doses de vitamine B6. Chez les sujets r\u00e9pondeurs, certains praticiens ont maintenu des suppl\u00e9mentations quotidiennes durant de multiples ann\u00e9es dans le seul but de normaliser le trac\u00e9 chromatographique urinaire, traitant ainsi le \u00ab chiffre de laboratoire \u00bb plut\u00f4t que le patient. Cette attitude est critiqu\u00e9e en raison des risques de toxicit\u00e9 iatrog\u00e8ne propres \u00e0 la pyridoxine, capable de d\u00e9clencher \u00e0 doses massives et prolong\u00e9es de v\u00e9ritables neuropathies sensitives axonales p\u00e9riph\u00e9riques invalidantes, cr\u00e9ant ainsi une pathologie neurologique l\u00e0 o\u00f9 le m\u00e9tabolite d&rsquo;origine \u00e9tait inoffensif.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension rigoureuse de la cystathioninurie impose de la d\u00e9marquer nettement des concepts et affections biochimiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Homocystinurie classique (d\u00e9ficit en CBS) :<\/strong> Trouble majeur et potentiellement s\u00e9v\u00e8re du m\u00e9tabolisme de l&rsquo;homocyst\u00e9ine. Alors que la cystathioninurie est b\u00e9nigne et \u00e9pargne les vaisseaux, l&rsquo;homocystinurie provoque une ectopie du cristallin, une ost\u00e9oporose, des accidents thromboemboliques c\u00e9r\u00e9braux massifs et une d\u00e9ficience intellectuelle fr\u00e9quente. La cystathionine est effondr\u00e9e dans l&rsquo;homocystinurie, alors qu&rsquo;elle est pl\u00e9thorique dans la cystathioninurie.<\/li>\n<li><strong>Hypercystathionin\u00e9mie :<\/strong> Pr\u00e9sence d&rsquo;un taux sur\u00e9lev\u00e9 de cystathionine dans le s\u00e9rum ou le plasma sanguin. Bien qu&rsquo;elle accompagne quasi syst\u00e9matiquement la cystathioninurie constitutionnelle, elle peut exister de mani\u00e8re isol\u00e9e sans excr\u00e9tion urinaire massive si la charge r\u00e9nale n&rsquo;est que mod\u00e9r\u00e9ment d\u00e9pass\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Cystinurie :<\/strong> Tubulopathie r\u00e9nale affectant le transport des acides amin\u00e9s dibasiques (cystine, ornithine, lysine, arginine), responsable de lithiases r\u00e9nales r\u00e9currentes sans d\u00e9ficit enzymatique de la voie de transsulfuration ni alt\u00e9ration de la d\u00e9gradation de la cystathionine.<\/li>\n<li><strong>Variante m\u00e9tabolique b\u00e9nigne (Inborn error of metabolism without clinical consequence) :<\/strong> Cat\u00e9gorie nosologique d\u00e9signant les particularit\u00e9s biochimiques h\u00e9r\u00e9ditaires d\u00e9montrant un bloc enzymatique mesurable sans retentissement pathologique spontan\u00e9, statut partag\u00e9 par la cystathioninurie, la pentosurie ou l&rsquo;histidin\u00e9mie non compliqu\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Biais de recrutement (Ascertainment bias) :<\/strong> Concept m\u00e9thodologique en \u00e9pid\u00e9miologie psychiatrique expliquant comment la concentration historique de dosages biochimiques au sein des seuls h\u00f4pitaux psychiatriques a faussement associ\u00e9 la cystathioninurie au retard intellectuel pendant pr\u00e8s de vingt ans.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La cystathioninurie demeure l&rsquo;un des t\u00e9moins les plus instructifs de l&rsquo;\u00e9volution m\u00e9thodologique de la g\u00e9n\u00e9tique et de la neuropsychologie moderne. Ses \u00e9l\u00e9ments directeurs peuvent \u00eatre synth\u00e9tis\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature biochimique :<\/strong> Exc\u00e8s urinaire massif de cystathionine caus\u00e9 par une mutation bi-all\u00e9lique r\u00e9cessive du g\u00e8ne <em>CTH<\/em> sur le chromosome 1p31.1, responsable d&rsquo;un d\u00e9ficit fonctionnel en cystathionine gamma-lyase.<\/li>\n<li><strong>Statut clinique :<\/strong> Majoritairement reconnue comme une condition b\u00e9nigne sans neurotoxicit\u00e9 directe propre, ne compromettant ni le quotient intellectuel ni le d\u00e9veloppement psychomoteur global dans les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques prospectives non biais\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 pharmacologique :<\/strong> On distingue les formes r\u00e9pondeuses \u00e0 la pyridoxine (vitamine B6), qui normalisent leur profil urinaire sous suppl\u00e9mentation, et les formes r\u00e9sistantes aux doses pharmacologiques de cofacteur.<\/li>\n<li><strong>R\u00f4le sentinelle :<\/strong> En pratique clinique et psychiatrique, une cystathioninurie nouvellement acquise doit faire suspecter en priorit\u00e9 une carence syst\u00e9mique grave en vitamine B6 ou une affection h\u00e9patique, avant d&rsquo;envisager une anomalie constitutionnelle.<\/li>\n<li><strong>\u00c9cueils \u00e0 \u00e9viter :<\/strong> Ne pas instaurer de r\u00e9gimes nutritionnels restrictifs chez l&rsquo;enfant et \u00e9viter les m\u00e9gadoses continues de pyridoxine susceptibles d&rsquo;induire des neuropathies toxiques, en se concentrant sur les besoins r\u00e9els du fonctionnement neuropsychologique global.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Frimpter, G. W. (1965). Cystathioninuria: Nature of the defect. <em>Science<\/em>, 149(3688), 1095\u20131098. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.149.3688.1095\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.149.3688.1095<\/a><\/li>\n<li>Harris, H., Penrose, L. S., &amp; Thomas, D. H. (1959). Cystathioninuria. <em>Annals of Human Genetics<\/em>, 23(4), 442\u2013453. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-1809.1959.tb01485.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-1809.1959.tb01485.x<\/a><\/li>\n<li>Levy, H. L., Shih, V. E., &amp; MacCready, R. A. (1974). Inborn errors of metabolism in the neonate: Inborn errors of amino acid metabolism detected by screening programs. <em>Pediatric Clinics of North America<\/em>, 21(1), 121\u2013142. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0031-3955(16)32962-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0031-3955(16)32962-7<\/a><\/li>\n<li>Mudd, S. H., Levy, H. L., &amp; Kraus, J. P. (2001). Disorders of transsulfuration. Dans C. R. Scriver, A. L. Beaudet, W. S. Sly, &amp; D. Valle (\u00c9ds.), <em>The Metabolic and Molecular Bases of Inherited Disease<\/em> (8e \u00e9d., pp. 2007\u20132056). McGraw-Hill.<\/li>\n<li>Wang, J., &amp; Hegele, R. A. (2003). Genomic basis of cystathioninuria (MIM 219500) revealed by mutations in cystathionine gamma-lyase (CTH). <em>Human Genetics<\/em>, 112(4), 404\u2013408. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00439-002-0899-7\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00439-002-0899-7<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cystathioninurie est une anomalie g\u00e9n\u00e9tique de la voie de transsulfuration li\u00e9e au g\u00e8ne CTH. 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