{"id":25877,"date":"2026-11-08T18:17:41","date_gmt":"2026-11-08T18:17:41","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-vomissements-cycliques"},"modified":"2026-11-08T18:17:41","modified_gmt":"2026-11-08T18:17:41","slug":"syndrome-vomissements-cycliques","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-vomissements-cycliques","title":{"rendered":"Vomissements cycliques : L&rsquo;\u00e9nigme neuro-digestive"},"content":{"rendered":"<p>Le syndrome des vomissements cycliques repr\u00e9sente l&rsquo;une des manifestations les plus d\u00e9routantes et invalidantes situ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;intersection de la gastro-ent\u00e9rologie, de la neurologie et de la psychologie clinique. Caract\u00e9ris\u00e9 par des \u00e9pisodes paroxystiques r\u00e9currents de naus\u00e9es intenses et d&rsquo;\u00e9m\u00e8se incoercible s\u00e9par\u00e9s par des intervalles totalement asymptomatiques, ce trouble d\u00e9fie souvent la d\u00e9marche diagnostique traditionnelle. L&rsquo;exploration de ses m\u00e9canismes met en lumi\u00e8re la complexit\u00e9 fascinante des interactions bidirectionnelles le long de l&rsquo;axe intestin-cerveau, o\u00f9 vuln\u00e9rabilit\u00e9s neurobiologiques, dysfonctionnements autonomes et stress psychologique s&rsquo;entrem\u00ealent de fa\u00e7on \u00e9troite.<\/p>\n<h2>Syndrome des vomissements cycliques<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>syndrome des vomissements cycliques<\/strong> (SVC) est un trouble fonctionnel c\u00e9r\u00e9bro-gastro-intestinal chronique caract\u00e9ris\u00e9 par la survenue r\u00e9currente, soudaine et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de crises aigu\u00ebs de naus\u00e9es et de vomissements incoercibles, durant de quelques heures \u00e0 plusieurs jours, entrecoup\u00e9es de p\u00e9riodes d&rsquo;accalmie clinique absolue o\u00f9 le patient retrouve son \u00e9tat de sant\u00e9 basal.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neuro-gastroent\u00e9rologique, le SVC est aujourd&rsquo;hui class\u00e9 parmi les troubles de l&rsquo;interaction intestin-cerveau selon les crit\u00e8res de consensus internationaux de Rome IV. Bien qu&rsquo;il ait longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une pathologie exclusivement p\u00e9diatrique, il est d\u00e9sormais pleinement reconnu chez l&rsquo;adulte, o\u00f9 il engendre une morbidit\u00e9 psychosociale consid\u00e9rable. Les crises surviennent sans \u00e9tiologie organique apparente imm\u00e9diate au niveau de la sph\u00e8re digestive et r\u00e9pondent fr\u00e9quemment \u00e0 une rythmicit\u00e9 circadienne particuli\u00e8re, souvent d\u00e9clench\u00e9es aux premi\u00e8res heures de la matin\u00e9e.<\/p>\n<p>Le syndrome se distingue fondamentalement par son profil temporel biphasique rigide, associant une phase d&rsquo;extr\u00eame d\u00e9tresse somatique et psychologique \u00e0 une phase intercritique silencieuse. La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des crises impose fr\u00e9quemment des hospitalisations d&rsquo;urgence pour r\u00e9hydratation intraveineuse, tandis que l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 de leur survenue alimente une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation majeure chez le patient et son entourage familial.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab syndrome \u00bb puise ses origines dans le grec ancien <em>sundrom\u00ea<\/em> (\u03c3\u03c5\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bc\u03ae), issu de <em>sun-<\/em> (\u00ab ensemble \u00bb) et <em>dromos<\/em> (\u00ab course \u00bb), traduisant litt\u00e9ralement \u00ab concours de circonstances \u00bb ou \u00ab fait de courir ensemble \u00bb. Dans la nosologie m\u00e9dicale, il d\u00e9signe un ensemble de sympt\u00f4mes et de signes cliniques survenant conjointement et caract\u00e9risant une entit\u00e9 pathologique sans pr\u00e9juger d&rsquo;une cause unique identifiable.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab vomissement \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>vomere<\/em>, qui signifie \u00ab rejeter \u00bb, \u00ab \u00e9vacuer par la bouche le contenu de l&rsquo;estomac \u00bb, lui-m\u00eame reli\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>wem-<\/em> exprimant l&rsquo;action de vomir. L&rsquo;adjectif \u00ab cyclique \u00bb provient quant \u00e0 lui du grec ancien <em>kuklikos<\/em> (\u03ba\u03c5\u03ba\u03bb\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2), d\u00e9riv\u00e9 de <em>kuklos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03ba\u03bb\u03bf\u03c2) signifiant \u00ab cercle \u00bb ou \u00ab roue \u00bb, soulignant la nature p\u00e9riodique, r\u00e9currente et r\u00e9p\u00e9titive des manifestations morbides.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale internationale anglophone, le trouble est d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;appellation <em>Cyclic Vomiting Syndrome<\/em> (CVS). Introduit formellement dans le lexique m\u00e9dical p\u00e9diatrique \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, le terme a progressivement \u00e9t\u00e9 unifi\u00e9 dans les classifications nosographiques francophones sous la locution exacte de \u00ab syndrome des vomissements cycliques \u00bb, consacrant sa nature p\u00e9riodique et sa dimension syndromique non circonscrite \u00e0 une l\u00e9sion organique focale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan linguistique et grammatical, l&rsquo;expression \u00ab syndrome des vomissements cycliques \u00bb est un groupe nominal masculin singulier. Dans le registre de l&rsquo;usage professionnel et de la recherche clinique, il est commun\u00e9ment abr\u00e9g\u00e9 sous le sigle SVC (ou CVS d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;acronyme anglais fr\u00e9quemment employ\u00e9 dans les publications sp\u00e9cialis\u00e9es).<\/p>\n<p>La transcription phon\u00e9tique internationale de l&rsquo;expression en fran\u00e7ais standard est \/s\u025b\u0303.d\u0281om de v\u0254.mis.m\u0251\u0303 si.klik\/. Le terme s&#8217;emploie principalement au singulier pour qualifier l&rsquo;entit\u00e9 morbide globale, tandis que les \u00e9pisodes individuels sont d\u00e9crits comme des \u00ab \u00e9pisodes de vomissements cycliques \u00bb, des \u00ab crises paroxystiques \u00bb ou des \u00ab pouss\u00e9es d&rsquo;\u00e9m\u00e8se cyclique \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique, le terme s&rsquo;accorde au masculin : on parlera d&rsquo;un \u00ab syndrome des vomissements cycliques r\u00e9fractaire \u00bb, d&rsquo;un \u00ab SVC de novo chez l&rsquo;adulte \u00bb ou d&rsquo;un \u00ab syndrome des vomissements cycliques d&rsquo;\u00e9volution favorable \u00bb. Il convient de noter que l&rsquo;adjectif \u00ab cyclique \u00bb qualifie les vomissements et non le syndrome lui-m\u00eame, bien que l&rsquo;usage d\u00e9signe indiff\u00e9remment l&rsquo;ensemble sous une perspective de p\u00e9riodicit\u00e9 clinique continue.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_des_vomissements_cycliques\">syndrome des vomissements cycliques<\/a> n\u00e9cessite de d\u00e9passer le cadre \u00e9troit du tractus digestif pour embrasser une conception syst\u00e9mique et neurobiologique globale. Le SVC ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une inflammation intrins\u00e8que de la muqueuse gastrique ou d&rsquo;un obstacle m\u00e9canique sous-jacent, mais constitue une anomalie fonctionnelle de l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuronale centrale et autonome, impliquant de mani\u00e8re d\u00e9terminante les centres du tronc c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9gissant le r\u00e9flexe \u00e9m\u00e9tique.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, le processus implique une hyperr\u00e9activit\u00e9 du centre du vomissement situ\u00e9 au sein de la formation r\u00e9ticul\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral et de la <em>postrema area<\/em>, une structure ch\u00e9mor\u00e9ceptrice d\u00e9pourvue de barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique protectrice. Lorsqu&rsquo;un signal d\u00e9clencheur, qu&rsquo;il soit d&rsquo;origine m\u00e9tabolique, \u00e9motionnelle, infectieuse ou hormonale, atteint un seuil critique, une cascade de d\u00e9charges autonomes massives est initi\u00e9e. Cette hyperactivation du syst\u00e8me nerveux sympathique et parasympathique entra\u00eene une inhibition motrice gastrique, une r\u00e9tro-p\u00e9ristaltique duod\u00e9nale et une contraction coordonn\u00e9e et violente des muscles abdominaux et du diaphragme, aboutissant \u00e0 des \u00e9pisodes d&rsquo;\u00e9m\u00e8se pouvant survenir plusieurs dizaines de fois par jour.<\/p>\n<p>L&rsquo;interaction avec les composantes psychologiques et comportementales est fondamentale. Le stress psychologique aigu, qu&rsquo;il soit ressenti comme n\u00e9gatif (conflit interpersonnel, deuil, examens scolaires) ou positif (excitation pr\u00e9alable \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9cr\u00e9atif, anniversaire, f\u00eate), constitue le facteur d\u00e9clenchant le plus fr\u00e9quemment rapport\u00e9 par les patients et leurs familles. Cette sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e au stress traduit une perturbation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS), conduisant \u00e0 une lib\u00e9ration pr\u00e9coce et inappropri\u00e9e de facteur de lib\u00e9ration de la corticotropine (CRF). Le CRF agit directement sur les r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux et ent\u00e9riques, alt\u00e9rant la motilit\u00e9 digestive et amplifiant la perm\u00e9abilit\u00e9 visc\u00e9rale.<\/p>\n<p>Sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nologique, le v\u00e9cu subjectif du patient durant la crise est souvent d\u00e9crit comme un \u00e9tat de prostration profonde, fr\u00e9quemment qualifi\u00e9 de \u00ab veille comateuse \u00bb ou de torpeur apathique. Le sujet devient incapable d&rsquo;interagir avec son environnement, se recroqueville en position f\u0153tale, fuit la lumi\u00e8re vive et le bruit ambiant en raison d&rsquo;une photophobie et d&rsquo;une phonophobie marqu\u00e9es, et pr\u00e9sente une alt\u00e9ration temporaire mais s\u00e9v\u00e8re de sa qualit\u00e9 de vie globale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re description clinique moderne et d\u00e9taill\u00e9e du syndrome des vomissements cycliques est attribu\u00e9e au m\u00e9decin p\u00e9diatre britannique Samuel Jones Gee en 1882, exer\u00e7ant au prestigieux St. Bartholomew&rsquo;s Hospital de Londres. Dans son article pionnier intitul\u00e9 \u00ab On fitful or recurrent vomiting \u00bb, Gee d\u00e9crit avec une remarquable pr\u00e9cision s\u00e9miologique une s\u00e9rie de neuf cas p\u00e9diatriques pr\u00e9sentant des \u00e9pisodes inexpliqu\u00e9s, r\u00e9currents et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de vomissements profus survenant chez des enfants par ailleurs en bonne sant\u00e9 apparente.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les observations se sont multipli\u00e9es sans parvenir \u00e0 un consensus \u00e9tiologique clair. De nombreux praticiens ont initialement attribu\u00e9 ces crises \u00e0 des d\u00e9sordres m\u00e9taboliques, postulant l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab acidoc\u00e9tose p\u00e9riodique \u00bb ou d&rsquo;une toxicit\u00e9 h\u00e9patique transitoire. L&rsquo;observation constante d&rsquo;une c\u00e9tose marqu\u00e9e chez ces jeunes patients a longtemps fait d\u00e9battre de la question de savoir si l&rsquo;accumulation de corps c\u00e9toniques \u00e9tait la cause premi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9m\u00e8se ou simplement sa cons\u00e9quence m\u00e9tabolique directe engendr\u00e9e par le je\u00fbne forc\u00e9 et la d\u00e9shydratation aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Une avanc\u00e9e conceptuelle majeure a \u00e9merg\u00e9 au cours de la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle gr\u00e2ce aux travaux de p\u00e9diatres neurologues soulignant les similitudes frappantes entre le syndrome des vomissements cycliques et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Migraine\">migraine<\/a>. Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, des chercheurs tels que le Dr B. Li et le Dr J. Forbes ont formalis\u00e9 la th\u00e8se selon laquelle le SVC repr\u00e9senterait un \u00e9quivalent migraineux infantile, soulignant l&rsquo;agr\u00e9gation familiale \u00e9lev\u00e9e de migraines classiques chez les apparent\u00e9s au premier degr\u00e9 et l&rsquo;\u00e9volution ult\u00e9rieure fr\u00e9quente des enfants atteints vers une c\u00e9phal\u00e9e migraineuse typique \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>Le tournant institutionnel et nosologique survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et durant la d\u00e9cennie 2000 avec l&rsquo;\u00e9tablissement des premiers crit\u00e8res diagnostiques consensuels \u00e9dict\u00e9s par la <em>North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition<\/em> (NASPGHAN) en 2008, compl\u00e9t\u00e9s par l&rsquo;inclusion du SVC dans les classifications internationales des troubles fonctionnels digestifs de Rome III puis de Rome IV en 2016. Parall\u00e8lement, la reconnaissance croissante du syndrome chez l&rsquo;adulte a conduit \u00e0 la formulation de lignes directrices diagnostiques et th\u00e9rapeutiques d\u00e9di\u00e9es par l&rsquo;<em>American Neurogastroenterology and Motility Society<\/em> (ANMS) en 2019, brisant d\u00e9finitivement le dogme d&rsquo;une affection cantonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;enfance.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>Les mod\u00e8les th\u00e9oriques contemporains appr\u00e9hendent le syndrome des vomissements cycliques \u00e0 travers le prisme int\u00e9gratif du mod\u00e8le biopsychosocial, reposant sur une pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique et neurobiologique modul\u00e9e par des stimuli environnementaux et psychologiques. La physiopathologie du SVC s&rsquo;articule autour de plusieurs anomalies interconnect\u00e9es touchant l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire, le m\u00e9tabolisme \u00e9nerg\u00e9tique cellulaire et l&rsquo;hom\u00e9ostasie autonome.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re hypoth\u00e8se dominante repose sur la parent\u00e9 \u00e9troite avec les canalopathies migraineuses. Selon cette th\u00e9orie, le SVC partage avec la migraine h\u00e9mipl\u00e9gique familiale ou d&rsquo;autres formes de c\u00e9phal\u00e9es vasculaires des alt\u00e9rations fonctionnelles touchant les canaux ioniques voltage-d\u00e9pendants (calciques, sodiques ou potassiques) des neurones centraux. Ces anomalies entra\u00eenent une instabilit\u00e9 membranaire conduisant \u00e0 une d\u00e9pression corticale envahissante ou \u00e0 une d\u00e9charge paroxystique sous-corticale. Cette instabilit\u00e9 abaisse consid\u00e9rablement le seuil de d\u00e9clenchement du r\u00e9flexe d&rsquo;\u00e9m\u00e8se au niveau du complexe vagal dorsal.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me th\u00e9orie majeure met en jeu la cytopathie mitochondriale fonctionnelle. Des \u00e9tudes g\u00e9n\u00e9tiques ont identifi\u00e9 chez de nombreux patients atteints de SVC des polymorphismes sp\u00e9cifiques de l&rsquo;ADN mitochondrial (notamment les mutations 16519T et 3010A), associ\u00e9s \u00e0 un d\u00e9ficit relatif de la cha\u00eene respiratoire mitochondriale. En p\u00e9riode de demande m\u00e9tabolique accrue, qu&rsquo;elle soit induite par un stress psychique intense, une privation de sommeil ou une infection banale, les neurones centraux et les cellules du syst\u00e8me nerveux autonome subiraient un \u00e9puisement \u00e9nerg\u00e9tique relatif (d\u00e9pl\u00e9tion en ATP), pr\u00e9cipitant la crise neuro-\u00e9m\u00e9tique.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me composante repose sur le d\u00e9r\u00e8glement de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_intestin-cerveau\">axe intestin-cerveau<\/a> et du syst\u00e8me nerveux autonome. Les patients atteints de SVC pr\u00e9sentent fr\u00e9quemment des signes manifestes de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dysautonomie\">dysautonomie<\/a>, caract\u00e9ris\u00e9e par une hyperactivit\u00e9 du syst\u00e8me sympathique intercritique et une r\u00e9ponse parasympathique alt\u00e9r\u00e9e lors des phases d&rsquo;exposition au stress. L&rsquo;activation inappropri\u00e9e des r\u00e9cepteurs ent\u00e9riques et c\u00e9r\u00e9braux du CRF d\u00e9clenche une hypersensibilit\u00e9 visc\u00e9rale accrue et une stase gastrique aigu\u00eb, transformant des stimuli physiologiques mineurs en un r\u00e9flexe moteur violent et incoercible.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, phases et dimensions cliniques<\/h3>\n<p>Le syndrome des vomissements cycliques se caract\u00e9rise par une architecture temporelle st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et s\u00e9quentielle compos\u00e9e de quatre phases successives distinctes, formant le cycle pathognomonique de l&rsquo;affection :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase prodromique (ou pr\u00e9-\u00e9m\u00e9tique) :<\/strong> Cette p\u00e9riode transitoire pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement les vomissements, durant de quelques minutes \u00e0 plusieurs heures. Elle se manifeste par une sensation de malaise ind\u00e9finissable, des naus\u00e9es progressives, une anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb, une l\u00e9thargie, ainsi que des signes v\u00e9g\u00e9tatifs intenses tels qu&rsquo;une p\u00e2leur cutan\u00e9e cireuse, des sueurs froides profuses, des frissons, une salivation excessive (ptyalisme) et une anorexie brutale.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;\u00e9tat (ou phase \u00e9m\u00e9tique aigu\u00eb) :<\/strong> C&rsquo;est le c\u0153ur clinique de la crise, durant classiquement de 12 \u00e0 72 heures chez l&rsquo;enfant et pouvant s&rsquo;\u00e9tendre au-del\u00e0 de 96 heures chez l&rsquo;adulte. Elle se distingue par des naus\u00e9es implacables et des vomissements violents et r\u00e9p\u00e9titifs, survenant souvent au rythme insoutenable de quatre \u00e0 dix \u00e9pisodes par heure au pic de la crise. Le contenu vomi est d&rsquo;abord alimentaire, puis bilieux, muqueux, voire teint\u00e9 de filets de sang (h\u00e9mat\u00e9m\u00e8se secondaire \u00e0 des lac\u00e9rations de Mallory-Weiss). Le patient est prostr\u00e9, incapable d&rsquo;ing\u00e9rer le moindre liquide, et souffre souvent de douleurs abdominales diffuses, de photophobie, d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 acoustique et d&rsquo;une soif d\u00e9vorante insatiable.<\/li>\n<li><strong>La phase de r\u00e9cup\u00e9ration (ou de convalescence) :<\/strong> Elle s&rsquo;amorce lorsque les naus\u00e9es cessent progressivement et que les r\u00e9flexes d&rsquo;\u00e9m\u00e8se s&rsquo;\u00e9teignent. Le patient commence \u00e0 tol\u00e9rer de petites gorg\u00e9es d&rsquo;eau, son app\u00e9tit r\u00e9appara\u00eet timidement et la coloration normale de ses t\u00e9guments se r\u00e9tablit. Cette phase s&rsquo;accompagne habituellement d&rsquo;un profond sommeil r\u00e9parateur et dure de quelques heures \u00e0 un ou deux jours selon l&rsquo;importance de la d\u00e9shydratation et de la perte pond\u00e9rale subies.<\/li>\n<li><strong>La phase intercritique (ou d&rsquo;intervalle libre) :<\/strong> Il s&rsquo;agit de la p\u00e9riode comprise entre deux crises cons\u00e9cutives. Durant cet intervalle, qui peut s&rsquo;\u00e9tendre sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, le sujet est absolument asymptomatique du point de vue gastro-intestinal. Il s&rsquo;alimente normalement, retrouve une vitalit\u00e9 habituelle et ne pr\u00e9sente aucune anomalie patente \u00e0 l&rsquo;examen somatique direct, bien qu&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 phobique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;imminence de la prochaine crise puisse s&rsquo;y d\u00e9velopper.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;illustrer la r\u00e9alit\u00e9 clinique et la diversit\u00e9 de pr\u00e9sentation de ce trouble \u00e0 diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie, deux observations synth\u00e9tiques repr\u00e9sentatives peuvent \u00eatre d\u00e9taill\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : Forme p\u00e9diatrique pr\u00e9coce.<\/strong> L\u00e9o, un gar\u00e7onnet de six ans sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux chirurgicaux majeurs, est amen\u00e9 aux urgences p\u00e9diatriques pour le quatri\u00e8me \u00e9pisode en six mois de vomissements bilieux massifs. Selon ses parents, la crise d\u00e9bute invariablement entre 4 heures et 6 heures du matin, souvent apr\u00e8s une journ\u00e9e d&rsquo;excitation festive (veille de rentr\u00e9e scolaire, excursion scolaire ou anniversaire). L\u00e9o devient subitement p\u00e2le comme un linge, apathique, refuse tout contact physique et vomit toutes les vingt minutes. L&rsquo;examen biologique r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9shydratation hypokali\u00e9mique avec c\u00e9ton\u00e9mie marqu\u00e9e. L&rsquo;imagerie digestive \u00e9limine un volvulus ou une appendicite. L&rsquo;interrogatoire cibl\u00e9 r\u00e9v\u00e8le une grand-m\u00e8re maternelle et une m\u00e8re souffrant toutes deux de migraines ophtalmiques s\u00e9v\u00e8res. Apr\u00e8s r\u00e9hydratation intraveineuse sous s\u00e9dation douce, les vomissements cessent apr\u00e8s 18 heures d&rsquo;\u00e9volution. L\u00e9o se r\u00e9veille r\u00e9clamant \u00e0 manger, redevenant parfaitement vif et joueur. L&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement de fond par propranolol et la gestion de l&rsquo;excitation du soir ont permis une r\u00e9mission compl\u00e8te des acc\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Forme adulte m\u00e9connue et errance m\u00e9dicale.<\/strong> Sophie, une femme de 32 ans, cadre en entreprise, subit depuis l&rsquo;\u00e2ge de 24 ans des crises st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es de naus\u00e9es invalidantes et d&rsquo;efforts de vomissement douloureux survenant tous les 45 jours environ, souvent en phase lut\u00e9ale de son cycle menstruel ou lors de p\u00e9riodes de surmenage professionnel. Les crises durent en moyenne trois jours et l&rsquo;obligent \u00e0 s&rsquo;isoler dans l&rsquo;obscurit\u00e9 compl\u00e8te. Durant ces \u00e9pisodes, elle prend compulsivement des douches br\u00fblantes de plusieurs heures, ce qui procure un soulagement tr\u00e8s transitoire \u00e0 ses naus\u00e9es. Ayant consult\u00e9 de multiples praticiens, elle s&rsquo;est vu diagnostiquer successivement une gastrite psychog\u00e8ne, une anorexie mentale d\u00e9guis\u00e9e et une simulation. Les endoscopies gastriques it\u00e9ratives sont strictement normales en dehors de signes minimes d&rsquo;\u0153sophagite par reflux acide. L&rsquo;identification des crit\u00e8res de Rome IV pour le SVC adulte permet enfin de poser le diagnostic pr\u00e9cis, rompant des ann\u00e9es de stigmatisation, et l&rsquo;introduction d&rsquo;un traitement associant amitriptyline au long cours et sumatriptan administr\u00e9 par voie sous-cutan\u00e9e d\u00e8s le prodrome a r\u00e9duit la fr\u00e9quence de ses \u00e9pisodes de plus de 80 %.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et crit\u00e8res diagnostiques<\/h3>\n<p>Le diagnostic du syndrome des vomissements cycliques repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse r\u00e9gie par les crit\u00e8res consensuels internationaux de Rome IV pour les adultes et les enfants, en conjonction avec les recommandations de la NASPGHAN.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;adulte, selon les crit\u00e8res de Rome IV, le diagnostic n\u00e9cessite la pr\u00e9sence de tous les \u00e9l\u00e9ments suivants pour les trois derniers mois, avec des sympt\u00f4mes ayant d\u00e9but\u00e9 au moins six mois auparavant :<\/p>\n<ul>\n<li>Au moins deux \u00e9pisodes aigus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de vomissements au cours des douze derniers mois (ou trois \u00e9pisodes sur deux ans) avec une p\u00e9riodicit\u00e9 pr\u00e9visible ou impr\u00e9visible.<\/li>\n<li>St\u00e9r\u00e9otypie des \u00e9pisodes chez le m\u00eame individu, chaque crise suivant un sch\u00e9ma temporel, une dur\u00e9e et une intensit\u00e9 similaires.<\/li>\n<li>Les \u00e9pisodes sont s\u00e9par\u00e9s par des p\u00e9riodes de plusieurs semaines \u00e0 plusieurs mois sans naus\u00e9es ni vomissements, au cours desquelles le patient retrouve son \u00e9tat habituel.<\/li>\n<li>Absence d&rsquo;anomalies structurelles, m\u00e9taboliques ou neurologiques identifiables pouvant expliquer les sympt\u00f4mes apr\u00e8s un bilan m\u00e9dical raisonn\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation diagnostique impose l&rsquo;\u00e9limination m\u00e9ticuleuse des diagnostics diff\u00e9rentiels d&rsquo;urgence. Le bilan initial comprend g\u00e9n\u00e9ralement un bilan biologique sanguin et urinaire (ionogramme, glyc\u00e9mie, cr\u00e9atinine, lipase, bilan h\u00e9patique, c\u00e9tonurie, dosage des acides amin\u00e9s et des porphyrines chez l&rsquo;enfant), une tomodensitom\u00e9trie ou une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale pour exclure une tumeur de la fosse post\u00e9rieure ou une hypertension intracr\u00e2nienne, ainsi qu&rsquo;une endoscopie \u0153so-gastro-duod\u00e9nale et une imagerie de l&rsquo;intestin gr\u00eale (transit baryt\u00e9 ou ent\u00e9ro-scanner) pour \u00e9carter une malrotation digestive, une bride occlusive ou une maladie inflammatoire.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique et psychologique, l&rsquo;\u00e9valuation doit explorer la sph\u00e8re anxio-d\u00e9pressive \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es (telles que l&rsquo;\u00e9chelle HAD, le GAD-7 ou le STAI), ainsi que l&rsquo;impact du syndrome sur la qualit\u00e9 de vie \u00e0 l&rsquo;aide de questionnaires standardis\u00e9s. Une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;analyse fonctionnelle des situations de stress et des d\u00e9clencheurs \u00e9motionnels imm\u00e9diats pr\u00e9c\u00e9dant le prodrome.<\/p>\n<h3>10. Applications th\u00e9rapeutiques et prise en charge<\/h3>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique du syndrome des vomissements cycliques s&rsquo;articule autour d&rsquo;une strat\u00e9gie int\u00e9gr\u00e9e et multidimensionnelle, combinant interventions pharmacologiques d&rsquo;urgence, th\u00e9rapies prophylactiques au long cours et accompagnement psychologique structur\u00e9.<\/p>\n<p>Durant la phase prodromique pr\u00e9coce, l&rsquo;objectif est d&rsquo;interrompre l&rsquo;orage neurov\u00e9g\u00e9tatif avant l&rsquo;installation des vomissements incoercibles. L&rsquo;administration rapide de triptans (comme le sumatriptan par voie nasale ou sous-cutan\u00e9e, ou le zolmitriptan), initialement r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la migraine, s&rsquo;av\u00e8re efficace pour avorter la crise chez un grand nombre de patients en inhibant les voies du syst\u00e8me trig\u00e9mino-vasculaire et du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Cette approche est fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 un s\u00e9datif de la classe des benzodiaz\u00e9pines (comme le loraz\u00e9pam) pour juguler l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 massive et induire un sommeil pr\u00e9coce protecteur.<\/p>\n<p>Lorsque la phase \u00e9m\u00e9tique d&rsquo;\u00e9tat est pleinement d\u00e9clar\u00e9e, le traitement devient principalement symptomatique et de soutien r\u00e9animatoire. Il requiert un environnement calme, sombre et d\u00e9pourvu de stimulations sonores (chambre isol\u00e9e), une perfusion hydro-\u00e9lectrolytique adapt\u00e9e pour compenser les pertes gastriques massives et corriger l&rsquo;acidose ou la c\u00e9tose, l&rsquo;administration d&rsquo;anti\u00e9m\u00e9tiques antagonistes des r\u00e9cepteurs 5-HT3 de la s\u00e9rotonine (ondans\u00e9tron en voie intraveineuse), d&rsquo;antagonistes de la substance P (apr\u00e9pitant) et d&rsquo;inhibiteurs de la pompe \u00e0 protons pour pr\u00e9venir les l\u00e9sions peptiques de la muqueuse \u0153sophagienne.<\/p>\n<p>Le traitement prophylactique au long cours vise \u00e0 espacer la fr\u00e9quence des crises et \u00e0 en r\u00e9duire l&rsquo;intensit\u00e9. Chez l&rsquo;enfant de moins de cinq ans, la cyproheptadine (un antihistaminique \u00e0 propri\u00e9t\u00e9s antis\u00e9rotoninergiques) est traditionnellement pr\u00e9conis\u00e9e en premi\u00e8re intention. Chez l&rsquo;enfant plus \u00e2g\u00e9 et l&rsquo;adulte, les antid\u00e9presseurs tricycliques, au premier rang desquels figure l&rsquo;amitriptyline \u00e0 faible posologie vesp\u00e9rale, repr\u00e9sentent le traitement de r\u00e9f\u00e9rence absolue en raison de leurs effets neuromodulateurs sur les voies de la douleur visc\u00e9rale et l&rsquo;excitabilit\u00e9 centrale. Les b\u00eatabloquants (propranolol) et certains anti\u00e9pileptiques (topiramate, valproate de sodium) constituent d&rsquo;excellentes alternatives.<\/p>\n<p>Les interventions psychologiques occupent une place pivot. Les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC), l&rsquo;hypnose clinique et les techniques de r\u00e9troaction biologique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_fonctionnel_intestinal\">biofeedback<\/a> autonome) permettent d&rsquo;att\u00e9nuer la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9motionnelle, de r\u00e9guler l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux sympathique et de briser le cercle vicieux de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation phobique li\u00e9e \u00e0 la menace perp\u00e9tuelle d&rsquo;une nouvelle crise.<\/p>\n<h3>11. Recherche scientifique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine consacr\u00e9e au syndrome des vomissements cycliques a connu un essor remarquable sous l&rsquo;impulsion de collaborations internationales multicentriques. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques prospectives men\u00e9es aux \u00c9tats-Unis et en Europe indiquent une pr\u00e9valence p\u00e9diatrique estim\u00e9e entre 0,4 % et 1,9 % chez les enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire, tandis que les donn\u00e9es chez l&rsquo;adulte, bien qu&rsquo;encore sous-estim\u00e9es du fait de diagnostics erron\u00e9s prolong\u00e9s, sugg\u00e8rent une pr\u00e9valence d&rsquo;environ 0,2 % de la population g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Les travaux novateurs de B. U. K. Li et de son consortium de recherche p\u00e9diatrique ont d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on irr\u00e9futable le b\u00e9n\u00e9fice clinique d&rsquo;un protocole d&rsquo;escalade th\u00e9rapeutique standardis\u00e9. Leurs cohortes longitudinales ont mis en \u00e9vidence qu&rsquo;un traitement prophylactique optimal \u00e0 base d&rsquo;amitriptyline permet d&rsquo;obtenir une r\u00e9mission clinique compl\u00e8te ou une r\u00e9duction sup\u00e9rieure \u00e0 75 % des crises chez plus de 70 % des patients adultes et p\u00e9diatriques r\u00e9fractaires.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique et mol\u00e9culaire, les investigations conduites par R. G. Boles et ses collaborateurs ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant des variants de l&rsquo;ADN mitochondrial et des g\u00e8nes codant pour les r\u00e9cepteurs aux ryanodines (RYR2). Leurs d\u00e9couvertes ont ouvert la voie \u00e0 des approches m\u00e9taboliques novatrices combinant la suppl\u00e9mentation en coenzyme Q10 et en L-carnitine, d\u00e9montrant dans des essais cliniques ouverts une r\u00e9duction substantielle du stress oxydatif neuronal et de la fr\u00e9quence des acc\u00e8s r\u00e9currents.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en neuro-imagerie fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale ont en outre confirm\u00e9 que les patients atteints de SVC pr\u00e9sentent, m\u00eame en phase intercritique, des alt\u00e9rations significatives de la connectivit\u00e9 au sein du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut et des voies cortico-limbiques r\u00e9gulant le traitement \u00e9motionnel et visc\u00e9roceptif. Ces anomalies renforcent solidement la qualification nosologique du SVC comme un trouble intrins\u00e8que de l&rsquo;axe cerveau-intestin plut\u00f4t qu&rsquo;une pathologie gastro-intestinale primitive.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception, l&rsquo;expression symptomatique et l&rsquo;itin\u00e9raire th\u00e9rapeutique des personnes souffrant du syndrome des vomissements cycliques subissent d&rsquo;importantes variations selon les contextes culturels, sociaux et les syst\u00e8mes de soins.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s occidentales, le retentissement scolaire et professionnel du SVC est pr\u00e9pond\u00e9rant. Chez les enfants, l&rsquo;absent\u00e9isme scolaire r\u00e9p\u00e9t\u00e9 peut entra\u00eener un d\u00e9crochage p\u00e9dagogique s\u00e9v\u00e8re ou faire suspecter \u00e0 tort une phobie scolaire primitive ou un trouble factice impos\u00e9 \u00e0 autrui (syndrome de M\u00fcnchhausen par procuration). Chez les adultes, les hospitalisations it\u00e9ratives non programm\u00e9es conduisent fr\u00e9quemment \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension des employeurs, \u00e0 la pr\u00e9carisation professionnelle et \u00e0 une stigmatisation marqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans plusieurs pays et cultures o\u00f9 les manifestations somatiques sont traditionnellement interpr\u00e9t\u00e9es comme la r\u00e9sultante de d\u00e9s\u00e9quilibres spirituels ou de tensions relationnelles intrafamiliales, les vomissements cycliques sont souvent abord\u00e9s par des m\u00e9decines traditionnelles, des rituels de d\u00e9senvo\u00fbtement ou des purges purgatives. De telles pratiques peuvent aggraver dramatiquement la d\u00e9shydratation hydro-\u00e9lectrolytique de l&rsquo;enfant avant toute prise en charge m\u00e9dicale hospitali\u00e8re.<\/p>\n<p>Le recours compulsif aux bains et douches chaudes, initialement d\u00e9crit chez les consommateurs chroniques de cannabis, est d\u00e9sormais fr\u00e9quemment observ\u00e9 chez des patients atteints de SVC n&rsquo;ayant jamais consomm\u00e9 de toxiques. Dans certains environnements cliniques peu avertis, la pr\u00e9sence de ce comportement d&rsquo;hydroth\u00e9rapie chaude conduit syst\u00e9matiquement les praticiens \u00e0 soup\u00e7onner \u00e0 tort une consommation cach\u00e9e de stup\u00e9fiants, exposant le patient \u00e0 un rejet m\u00e9dical et \u00e0 une rupture pr\u00e9judiciable de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Le statut nosologique et les crit\u00e8res nosographiques du syndrome des vomissements cycliques font toujours l&rsquo;objet d&rsquo;intenses d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale et psychiatrique internationale.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des controverses les plus aigu\u00ebs concerne la fronti\u00e8re nosologique entre le SVC de l&rsquo;adulte et le syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabino\u00efde (SHC). D\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois en 2004 par Allen et ses coll\u00e8gues, le SHC partage une s\u00e9miologie clinique rigoureusement identique au SVC (\u00e9pisodes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de vomissements, soulagement temporaire par les bains chauds), mais survient chez des usagers chroniques et r\u00e9guliers de d\u00e9riv\u00e9s du cannabis. Si certains auteurs soutiennent qu&rsquo;il s&rsquo;agit de deux affections \u00e9tiologiques distinctes, une part croissante de chercheurs estime que le SHC repr\u00e9sente l&rsquo;expression clinique du terrain de SVC sous-jacent d\u00e9masqu\u00e9 ou exacerb\u00e9 par la toxicit\u00e9 du t\u00e9trahydrocannabinol (THC) sur les r\u00e9cepteurs cannabino\u00efdes CB1 ent\u00e9riques et centraux apr\u00e8s exposition prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat classique touche aux risques de confusion nosologique entre le SVC et les troubles des conduites alimentaires (TCA), singuli\u00e8rement la boulimie nerveuse \u00e0 forme purgative ou les vomissements psychog\u00e8nes purs. Contrairement aux patients souffrant de boulimie, les sujets atteints de SVC ne recherchent nullement la perte de poids, ne pr\u00e9sentent pas de dysmorphophobie corporelle et vivent les crises d&rsquo;\u00e9m\u00e8se comme une intrusion brutale, involontaire et hautement aversive. Toutefois, le diagnostic erron\u00e9 de trouble alimentaire reste encore excessivement fr\u00e9quent chez les adolescentes et jeunes femmes adultes, retardant parfois le traitement pharmacologique ad\u00e9quat de plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, la place respective des interventions psychologiques et m\u00e9dicamenteuses suscite des tensions th\u00e9oriques. Si une vision purement biom\u00e9dicale tend \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;affection \u00e0 une canalopathie traitable par de simples mol\u00e9cules, une psychologisation excessive attribuant le SVC \u00e0 une somatisation n\u00e9vrotique primaire est tout aussi d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Le consensus actuel appelle \u00e0 une collaboration \u00e9troite et synergique entre gastro-ent\u00e9rologues, p\u00e9diatres, neurologues et sp\u00e9cialistes de la sant\u00e9 mentale au sein d&rsquo;une approche biopsychosociale \u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diagnostiques<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil diagnostique, le syndrome des vomissements cycliques doit \u00eatre rigoureusement distingu\u00e9 de plusieurs entit\u00e9s morbides apparent\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La migraine abdominale :<\/strong> Affection p\u00e9diatrique \u00e9troitement li\u00e9e au SVC, la migraine abdominale se caract\u00e9rise principalement par des acc\u00e8s paroxystiques de douleurs abdominales p\u00e9ri-ombilicales s\u00e9v\u00e8res et sourdes, accompagn\u00e9es de p\u00e2leur et d&rsquo;anorexie. Si des naus\u00e9es ou des r\u00e9gurgitations isol\u00e9es peuvent survenir, la crise n&rsquo;est pas domin\u00e9e par une salve incoercible de vomissements continus comme dans le SVC.<\/li>\n<li><strong>Le syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabino\u00efde (SHC) :<\/strong> Pr\u00e9sentation clinique calqu\u00e9e sur le SVC de l&rsquo;adulte, mais s&rsquo;inscrivant imp\u00e9rativement dans le cadre d&rsquo;un usage quotidien ou quasi-quotidien de cannabis durant plusieurs ann\u00e9es, et dont l&rsquo;arr\u00eat prolong\u00e9 et total de la substance entra\u00eene la r\u00e9mission compl\u00e8te et d\u00e9finitive des crises dans un d\u00e9lai de quelques mois.<\/li>\n<li><strong>La gastropar\u00e9sie idiopathique ou diab\u00e9tique :<\/strong> Ralentissement chronique et permanent de la vidange gastrique sans obstacle m\u00e9canique. Contrairement au profil paroxystique et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 du SVC entrecoup\u00e9 d&rsquo;intervalles asymptomatiques complets, la gastropar\u00e9sie g\u00e9n\u00e8re une symptomatologie quasi-permanente de sati\u00e9t\u00e9 pr\u00e9coce, de pl\u00e9nitude postprandiale douloureuse et de vomissements alimentaires quotidiens postprandiaux.<\/li>\n<li><strong>La py\u00e9lon\u00e9phrite aigu\u00eb ou la lithiase urinaire r\u00e9cidivante :<\/strong> Chez certains enfants, des coliques n\u00e9phr\u00e9tiques atypiques ou des anomalies de la jonction py\u00e9lo-ur\u00e9t\u00e9rale peuvent mimer des acc\u00e8s de vomissements r\u00e9flexes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s accompagn\u00e9s de p\u00e2leur et de douleurs du flanc, \u00e9limin\u00e9es par l&rsquo;\u00e9chographie r\u00e9nale et l&rsquo;analyse urinaire syst\u00e9matique.<\/li>\n<li><strong>Les vomissements psychog\u00e8nes et fonctionnels :<\/strong> Troubles d&rsquo;allure fonctionnelle o\u00f9 les vomissements surviennent de mani\u00e8re typiquement postprandiale imm\u00e9diate, souvent sans effort de haut-le-c\u0153ur pr\u00e9alable marqu\u00e9, non accompagn\u00e9s de la prostration neurov\u00e9g\u00e9tative profonde, de la c\u00e9tose massive ni de la st\u00e9r\u00e9otypie temporelle rigide observables dans le SVC.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9capitulation, les donn\u00e9es fondamentales \u00e0 retenir concernant le syndrome des vomissements cycliques sont les suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature de l&rsquo;affection :<\/strong> Le SVC est un trouble fonctionnel chronique majeur de l&rsquo;interaction intestin-cerveau, m\u00e9di\u00e9 par une hyperr\u00e9activit\u00e9 du tronc c\u00e9r\u00e9bral et une dysautonomie neurov\u00e9g\u00e9tative.<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9notype clinique :<\/strong> \u00c9pisodes aigus, paroxystiques, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et s\u00e9v\u00e8res d&rsquo;\u00e9m\u00e8se et de naus\u00e9es, survenant classiquement la nuit ou au r\u00e9veil, s\u00e9par\u00e9s par des intervalles libres d&rsquo;absolue normalit\u00e9 clinique.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8le biphasique et d\u00e9clencheurs :<\/strong> Une architecture en quatre temps (prodrome, phase \u00e9m\u00e9tique, convalescence, phase intercritique), souvent d\u00e9clench\u00e9e par des stress \u00e9motionnels aigus, des infections intercurrentes, un d\u00e9ficit de sommeil ou des variations hormonales.<\/li>\n<li><strong>Lien avec la migraine :<\/strong> Consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9quivalent migraineux, le syndrome partage des m\u00e9canismes physiopathologiques communs avec la migraine et r\u00e9pond remarquablement aux m\u00eames familles pharmacologiques (triptans, antid\u00e9presseurs tricycliques, b\u00eatabloquants).<\/li>\n<li><strong>Approche diagnostique d&rsquo;exclusion :<\/strong> Le diagnostic est exclusivement clinique (crit\u00e8res de Rome IV), mais n\u00e9cessite l&rsquo;exclusion rigoureuse d&rsquo;urgences chirurgicales digestives, de n\u00e9oplasies c\u00e9r\u00e9brales et d&rsquo;anomalies m\u00e9taboliques cong\u00e9nitales.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge int\u00e9gr\u00e9e :<\/strong> Combinaison indispensable d&rsquo;une intervention pr\u00e9coce au prodrome, d&rsquo;un soutien hydro-\u00e9lectrolytique en chambre sombre durant la crise, d&rsquo;un traitement prophylactique au long cours et d&rsquo;un accompagnement psychologique cibl\u00e9 sur la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Neurogastroenterology and Motility Society. (2019). Guidelines on management of cyclic vomiting syndrome in adults by the American Neurogastroenterology and Motility Society and the Cyclic Vomiting Syndrome Association. <em>Neurogastroenterology &#038; Motility<\/em>, 31(Suppl 2), e13604. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/nmo.13604\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/nmo.13604<\/a><\/li>\n<li>Drossman, D. A., &#038; Hasler, W. L. (2016). Rome IV\u2014Functional GI disorders: Disorders of gut-brain interaction. <em>Gastroenterology<\/em>, 150(6), 1257-1261. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.03.035\">https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.03.035<\/a><\/li>\n<li>Li, B. U., Lefevre, F., Chelimsky, G. G., Boles, R. G., Nelson, S. P., Lewis, D. W., Linder, S. L., Issenman, R. M., &#038; Burch, P. O. (2008). North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition consensus statement on the diagnosis and management of cyclic vomiting syndrome. <em>Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition<\/em>, 47(3), 379-393. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/MPG.0b013e318173ed39\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/MPG.0b013e318173ed39<\/a><\/li>\n<li>Stanghellini, V., Chan, F. K., Hasler, W. L., Malagelada, J. R., Suzuki, H., Tack, J., &#038; Talley, N. J. (2016). Gastroduodenal disorders. <em>Gastroenterology<\/em>, 150(6), 1380-1392. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.011\">https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.011<\/a><\/li>\n<li>Venkatesan, T., Levinthal, D. J., Li, B. U., Schurman, J. V., Adams, K. A., Issa, M., &#038; Hasler, W. L. (2019). Role of chronic cannabis use in cyclic vomiting syndrome: A systematic review. <em>Neurogastroenterology &#038; Motility<\/em>, 31(Suppl 2), e13606. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/nmo.13606\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/nmo.13606<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome des vomissements cycliques est un trouble fonctionnel c\u00e9r\u00e9bro-gastro-intestinal caract\u00e9ris\u00e9 par des \u00e9pisodes r\u00e9currents et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de vomissements intenses. 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