{"id":25855,"date":"2026-11-08T17:37:25","date_gmt":"2026-11-08T17:37:25","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-vomissements-cycliques-cvs"},"modified":"2026-11-08T17:37:25","modified_gmt":"2026-11-08T17:37:25","slug":"syndrome-vomissements-cycliques-cvs","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-vomissements-cycliques-cvs","title":{"rendered":"Syndrome des vomissements cycliques : au c\u0153ur du stress"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour complexe de la gastro-ent\u00e9rologie, de la neurologie et de la psychiatrie de liaison, le <strong>syndrome des vomissements cycliques<\/strong> (connu sous le sigle anglophone international <em>CVS<\/em> pour <em>Cyclic Vomiting Syndrome<\/em>) constitue l&rsquo;une des manifestations les plus spectaculaires et d\u00e9concertantes des troubles de l&rsquo;interaction cerveau-intestin. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9e au rang d&rsquo;\u00e9nigme m\u00e9dicale ou faussement assimil\u00e9e \u00e0 une conversion hyst\u00e9rique, cette affection chronique invalidante illustre avec acuit\u00e9 la perm\u00e9abilit\u00e9 entre le syst\u00e8me nerveux central, la neurochimie du stress et la motricit\u00e9 visc\u00e9rale. Explorer le CVS \u00e0 travers le prisme psychologique permet de d\u00e9construire le dualisme corps-esprit pour appr\u00e9hender une pathologie o\u00f9 les stimuli \u00e9motionnels et environnementaux orchestrent une cascade somatique fulgurante.<\/p>\n<h2>Syndrome des vomissements cycliques (CVS)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>syndrome des vomissements cycliques<\/strong> est un trouble chronique paroxystique et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_cerveau-intestin\">axe cerveau-intestin<\/a>, caract\u00e9ris\u00e9 par des crises r\u00e9currentes et impr\u00e9visibles de naus\u00e9es intenses et de vomissements incoercibles, survenant \u00e0 intervalles variables et s\u00e9par\u00e9es par des p\u00e9riodes de r\u00e9mission compl\u00e8te o\u00f9 l&rsquo;individu retrouve un \u00e9tat de sant\u00e9 physiologique et fonctionnel normal. Diagnostiqu\u00e9 selon les crit\u00e8res consensus de Rome IV, il se manifeste sans l\u00e9sion organique structurelle ou m\u00e9tabolique sous-jacente imm\u00e9diatement identifiable.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et psychosomatique, le CVS est envisag\u00e9 comme une hypersensibilit\u00e9 neuro-v\u00e9g\u00e9tative aigu\u00eb d\u00e9clench\u00e9e ou modul\u00e9e par des perturbations allostatiques. L&rsquo;activation brutale de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst\u00e8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a> entra\u00eene un effondrement passager de l&rsquo;hom\u00e9ostasie gastro-intestinale, positionnant le trouble \u00e0 la lisi\u00e8re des variantes migraineuses et des pathologies li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique.<\/p>\n<p>Bien que son expression clinique soit \u00e9minemment somatique (d\u00e9shydratation, h\u00e9mat\u00e9m\u00e8se superficielle, tachycardie, prostration l\u00e9thargique), ses r\u00e9percussions psychologiques sont profondes, g\u00e9n\u00e9rant une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation majeure, un isolement psychosocial et une alt\u00e9ration drastique de la qualit\u00e9 de vie des patients p\u00e9diatriques et adultes ainsi que de leur entourage familial.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme CVS d\u00e9rive directement de la locution m\u00e9dicale anglaise <em>Cyclic Vomiting Syndrome<\/em>. Le vocable \u00ab syndrome \u00bb puise sa source dans le grec ancien <em>sundrom\u00ea<\/em> (\u03c3\u03c5\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bc\u03ae), compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>sun-<\/em> (ensemble, avec) et du radical <em>dromos<\/em> (course), d\u00e9signant litt\u00e9ralement une \u00ab rencontre \u00bb ou \u00ab concours d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une constellation coh\u00e9rente de signes cliniques et de sympt\u00f4mes survenant de concert sans n\u00e9cessairement pr\u00e9juger d&rsquo;une \u00e9tiologie unique.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab vomissement \u00bb provient du verbe latin <em>vomere<\/em>, qui signifie \u00ab rejeter violemment par la bouche les mati\u00e8res contenues dans l&rsquo;estomac \u00bb, lui-m\u00eame issu d&rsquo;une racine indo-europ\u00e9enne <em>wem-<\/em> \u00e9voquant le mouvement r\u00e9trograde convulsif de l&rsquo;ingesta. Enfin, l&rsquo;adjectif \u00ab cyclique \u00bb d\u00e9coule du grec ancien <em>kuklikos<\/em> (\u03ba\u03c5\u03ba\u03bb\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2), rattach\u00e9 \u00e0 <em>kuklos<\/em> (cercle), soulignant le caract\u00e8re p\u00e9riodique, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et r\u00e9current des \u00e9pisodes morbides qui s&rsquo;encha\u00eenent selon une temporalit\u00e9 ferm\u00e9e, rythm\u00e9e par l&rsquo;alternance inexorable d&rsquo;orages digestifs et d&rsquo;intervalles libres.<\/p>\n<p>L&rsquo;appellation francophone \u00ab syndrome des vomissements cycliques \u00bb (SVC ou CVS dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale internationale) a \u00e9t\u00e9 formellement adopt\u00e9e au cours du XXe si\u00e8cle pour harmoniser la nosographie clinique et distinguer cette entit\u00e9 nosologique des vomissements psychog\u00e8nes chroniques ou des gastrites intermittentes.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le sigle CVS s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme fran\u00e7aise \/se.ve.\u025bs\/ ou, dans les milieux hospitalo-universitaires anglosaxons, sous sa prononciation d&rsquo;origine \/si\u02d0.vi\u02d0.\u025bs\/. Lorsqu&rsquo;il est explicit\u00e9, le syntagme nominal s&rsquo;articule comme suit : [s\u025b\u0303.d\u0281om de v\u0254.mis.m\u0251\u0303 si.klik].<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier (\u00ab le syndrome des vomissements cycliques \u00bb). L&rsquo;abr\u00e9viation CVS est trait\u00e9e comme un nom commun masculin invariable (\u00ab un CVS \u00bb, \u00ab des \u00e9pisodes de CVS \u00bb). Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre l&rsquo;usage d&rsquo;adjectifs relationnels tels que \u00ab cyclique \u00bb ou \u00ab p\u00e9riodique \u00bb, et le patient peut \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab sujet atteint de CVS \u00bb ou \u00ab patient \u00e9m\u00e9tique cyclique \u00bb.<\/p>\n<p>Il importe de veiller \u00e0 ne pas confondre ce sigle avec d&rsquo;autres abr\u00e9viations m\u00e9dicales ou scientifiques homonymes, telles que la biopsie des villosit\u00e9s choriales (<em>Chorionic Villus Sampling<\/em>) ou le syndrome de vision informatique (<em>Computer Vision Syndrome<\/em>), dont les champs d&rsquo;application clinique sont radicalement distincts.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le syndrome des vomissements cycliques repr\u00e9sente un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude paradigmatique de l&rsquo;enchev\u00eatrement neuro-visc\u00e9ral. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple dysfonctionnement gastrique p\u00e9riph\u00e9rique, le CVS est d\u00e9sormais conceptualis\u00e9 par la neurogastroent\u00e9rologie contemporaine comme un trouble central de l&rsquo;int\u00e9gration sensorielle et autonome. Au centre de ce m\u00e9canisme se trouve le r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9m\u00e8se du tronc c\u00e9r\u00e9bral \u2014 regroupant le noyau du faisceau solitaire, la formation r\u00e9ticul\u00e9e et l&rsquo;<em>area postrema<\/em> \u2014, dont le seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9 est pathologiquement abaiss\u00e9 chez les sujets porteurs d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 intrins\u00e8que.<\/p>\n<p>La p\u00e9riodicit\u00e9 singuli\u00e8re du trouble constitue son trait le plus marquant. Chaque \u00e9pisode reproduit une cin\u00e9tique clinique quasi immuable pour un patient donn\u00e9, survenant fr\u00e9quemment aux m\u00eames heures (souvent au petit matin, entre 2 heures et 8 heures), durant un laps de temps pr\u00e9visible (g\u00e9n\u00e9ralement entre 24 et 72 heures) et avec une intensit\u00e9 paroxystique fulgurante (parfois 6 \u00e0 10 acc\u00e8s d&rsquo;\u00e9m\u00e8se par heure). L&rsquo;orage somatique \u00e9puise l&rsquo;organisme, pr\u00e9cipitant le patient dans un \u00e9tat d&rsquo;apathie extr\u00eame, de repli sensoriel et de tachycardie r\u00e9flexe, mimant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;abattement observ\u00e9 lors de migraines cataclysmiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;interface psychosomatique du CVS se manifeste avec \u00e9clat dans ses facteurs d\u00e9clenchants. Si des infections ORL b\u00e9nignes ou des privations de sommeil peuvent initier la cascade \u00e9m\u00e9tique, le stress \u00e9motionnel en constitue le pr\u00e9cipitant princeps chez plus de 70 % des patients. Fait remarquable pour le clinicien, ce stress n&rsquo;est pas uniquement n\u00e9gatif (d\u00e9tresse, conflit intrafamilial, anxi\u00e9t\u00e9 de performance scolaire) ; il s&rsquo;agit tout aussi fr\u00e9quemment d&rsquo;un stress positif ou \u00ab eustress \u00bb, tel que l&rsquo;excitation f\u00e9brile pr\u00e9c\u00e9dant un anniversaire, un d\u00e9part en vacances ou une comp\u00e9tition sportive, attestant que c&rsquo;est l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;activation neurov\u00e9g\u00e9tative et dopaminergique, plut\u00f4t que la valence affective du stimulus, qui franchit le seuil critique d&rsquo;induction de la crise.<\/p>\n<p>Entre les \u00e9pisodes, l&rsquo;interruption compl\u00e8te des vomissements autorise un retour temporaire \u00e0 une vie quotidienne fonctionnelle, cr\u00e9ant une dichotomie psychologique d\u00e9stabilisante. Cette impr\u00e9visibilit\u00e9 fondamentale nourrit une anxi\u00e9t\u00e9 permanente face \u00e0 la r\u00e9cidive, transformant chaque r\u00e9jouissance ou tension anodine en menace potentielle. Ainsi, le trouble s&rsquo;auto-entretient par une boucle de r\u00e9troaction psychopathologique : la peur panique de la crise exacerbe le tonus sympathique basal, ce qui abaisse encore davantage le seuil de d\u00e9clenchement central de l&rsquo;\u00e9m\u00e8se.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re description clinique moderne et rigoureuse du syndrome des vomissements cycliques est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e au p\u00e9diatre britannique Samuel Gee, qui consigna en 1882 dans les <em>St. Bartholomew&rsquo;s Hospital Reports<\/em> une s\u00e9rie de neuf cas p\u00e9diatriques sous l&rsquo;intitul\u00e9 pr\u00e9curseur \u00ab <em>On fitful recurring vomiting<\/em> \u00bb (Des vomissements convulsifs r\u00e9currents). Gee mit en exergue la r\u00e9currence st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, l&rsquo;absence de cause intra-abdominale identifiable et la r\u00e9mission compl\u00e8te entre les crises, inaugurant la d\u00e9limitation empirique du trouble.<\/p>\n<p>Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous la pr\u00e9dominance de la doctrine psychanalytique et de la premi\u00e8re m\u00e9decine psychosomatique, le syndrome fut fr\u00e9quemment conceptualis\u00e9 comme une n\u00e9vrose infantile ou une conversion hyst\u00e9rique. Les crises d&rsquo;\u00e9m\u00e8se \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9es de mani\u00e8re m\u00e9taphorique comme un rejet symbolique de la figure maternelle, un d\u00e9go\u00fbt face \u00e0 des conflits inconscients non verbalisables ou une d\u00e9faillance de la s\u00e9paration-individuation. Si cette grille de lecture avait le m\u00e9rite de souligner l&rsquo;extr\u00eame r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle de l&rsquo;enfant, elle engendra une forte culpabilisation parentale et freina la compr\u00e9hension neurophysiologique des m\u00e9canismes sous-jacents.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e9ra dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, impuls\u00e9 par des chercheurs tels que David Fleisher et B U.K. Li, qui fond\u00e8rent en 1993 la <em>Cyclic Vomiting Syndrome Association<\/em> (CVSA). Les travaux \u00e9pid\u00e9miologiques et g\u00e9n\u00e9tiques mirent en \u00e9vidence des liens familiaux \u00e9troits entre le CVS et la migraine h\u00e9mipl\u00e9gique ou classique, incitant \u00e0 requalifier le syndrome en un \u00e9quivalent migraineux neuro-intestinal. Les consensus internationaux de Rome (Rome II, III puis IV) ont progressivement affin\u00e9 les crit\u00e8res diagnostiques p\u00e9diatriques et adultes, consacrant le CVS au sein des anomalies d&rsquo;interaction de l&rsquo;axe enc\u00e9phalo-visc\u00e9ral.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie contemporaine du syndrome repose sur une mod\u00e9lisation biopsychosociale int\u00e9grant plusieurs axes th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires : l&rsquo;axe neuro-endocrinien du stress, la r\u00e9gulation autonomique v\u00e9g\u00e9tative, la mitochondriopathie subclinique et la diath\u00e8se migraineuse.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-endocrinien, la mol\u00e9cule pivot est l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hormone_de_lib\u00e9ration_de_la_corticotropine\">hormone de lib\u00e9ration de la corticotropine (CRF ou CRH)<\/a>, synth\u00e9tis\u00e9e par le noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus et l&rsquo;amygdale. Lors d&rsquo;un stresseur physique ou \u00e9motionnel, la lib\u00e9ration centrale massive de CRF stimule non seulement la cascade adr\u00e9nocorticale via l&rsquo;ACTH, mais agit directement sur les r\u00e9cepteurs CRF-1 du complexe vagal dorsal dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Cette stimulation inhibe brutalement la vidange gastrique, provoque une tachycardie et active les fibres eff\u00e9rentes pr\u00e9motrices motrices de l&rsquo;\u00e9m\u00e8se, initiant la s\u00e9quence motrice gastro-duod\u00e9nale r\u00e9trograde.<\/p>\n<p>Le dysfonctionnement du syst\u00e8me nerveux autonome joue un r\u00f4le tout aussi cardinal. Les \u00e9tudes physiologiques ont objectiv\u00e9 une dysautonomie caract\u00e9ris\u00e9e par une hyperr\u00e9activit\u00e9 sympathique doubl\u00e9e d&rsquo;un tonus vagal instable chez les sujets atteints de CVS. Lors des prodromes, l&rsquo;orage adr\u00e9nergique engendre une vasoconstriction splanchnique, une p\u00e2leur cutan\u00e9e cadav\u00e9rique, une diaphor\u00e8se profuse et une hypertension art\u00e9rielle labile, signes avant-coureurs de l&rsquo;effondrement moteur de l&rsquo;antre gastrique.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Sur le plan m\u00e9tabolique et g\u00e9n\u00e9tique, l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une dysfonction mitochondriale fournit un \u00e9clairage crucial. Plusieurs cohortes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des anomalies de l&rsquo;ADN mitochondrial (notamment les polymorphismes m.16519C&gt;T et m.3010G&gt;A) associ\u00e9es \u00e0 une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue au stress \u00e9nerg\u00e9tique cellulaire. Lorsque les neurones autonomes ou les cellules musculaires lisses gastro-intestinales font face \u00e0 une forte demande m\u00e9tabolique (induite par l&rsquo;\u00e9veil sympathique du stress ou une infection), l&rsquo;incapacit\u00e9 mitochondriale \u00e0 fournir l&rsquo;ATP n\u00e9cessaire d\u00e9clenche une d\u00e9faillance cellulaire transitoire, abaissant brutalement le seuil de tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;\u00e9m\u00e8se<\/span>.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, phases et sous-types<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution s\u00e9miologique d&rsquo;une attaque typique de syndrome des vomissements cycliques se d\u00e9ploie selon un cycle t\u00e9traphasique rigoureusement articul\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Phase prodromique :<\/strong> Pr\u00e9lude insidieux durant de quelques minutes \u00e0 plusieurs heures. Elle se signale par une modification spectaculaire de l&rsquo;\u00e9tat thymique (irritabilit\u00e9, anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb, retrait \u00e9motionnel), une p\u00e2leur cutan\u00e9e intense, des naus\u00e9es croissantes, une hypersalivation, des vertiges et des sueurs froides. C&rsquo;est la fen\u00eatre th\u00e9rapeutique privil\u00e9gi\u00e9e pour les interventions pharmacologiques d&rsquo;interruption.<\/li>\n<li><strong>Phase \u00e9m\u00e9tique paroxystique :<\/strong> C\u0153ur de la crise, d&rsquo;une dur\u00e9e moyenne de 12 \u00e0 72 heures. Le patient subit des vagues r\u00e9currentes de vomissements incoercibles (contenant successivement des aliments, de la bile verd\u00e2tre, puis de la glaire stri\u00e9e de sang lors de lac\u00e9rations muqueuses), accompagn\u00e9es de douleurs \u00e9pigastriques atroces, de c\u00e9phal\u00e9es, d&rsquo;une intol\u00e9rance sensorielle absolue (photophobie, phonophobie) et d&rsquo;un \u00e9puisement l\u00e9thargique confinant au coma vigile.<\/li>\n<li><strong>Phase de r\u00e9cup\u00e9ration :<\/strong> D\u00e9croissance progressive des haut-le-c\u0153ur et des naus\u00e9es. Le sommeil r\u00e9parateur s&rsquo;installe, l&rsquo;app\u00e9tit rena\u00eet timidement, la r\u00e9hydratation orale redevient tol\u00e9r\u00e9e et la perfusion cutan\u00e9e se normalise en 24 \u00e0 48 heures.<\/li>\n<li><strong>Phase intercritique (intervalle libre) :<\/strong> P\u00e9riode de sant\u00e9 apparemment intacte durant de plusieurs semaines \u00e0 quelques mois. L&rsquo;alimentation est normale, l&rsquo;examen physique est rigoureusement n\u00e9gatif, bien que la sph\u00e8re psychologique puisse demeurer ob\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;anticipation anxieuse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En mati\u00e8re de sous-types cliniques, on distingue g\u00e9n\u00e9ralement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le CVS associ\u00e9 \u00e0 la migraine :<\/strong> Sous-groupe pr\u00e9dominant caract\u00e9ris\u00e9 par des ant\u00e9c\u00e9dents familiaux de c\u00e9phal\u00e9es migraineuses, une sensibilit\u00e9 marqu\u00e9e aux triptans et une transition fr\u00e9quente vers une migraine classique \u00e0 l&rsquo;adolescence ou \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/li>\n<li><strong>Le CVS catam\u00e9nial :<\/strong> Forme sp\u00e9cifique chez l&rsquo;adolescente et la femme adulte o\u00f9 les \u00e9pisodes surviennent en stricte concomitance avec la chute hormonale pr\u00e9menstruelle, sous l&rsquo;influence combin\u00e9e des \u0153strog\u00e8nes et des neurotransmetteurs centraux.<\/li>\n<li><strong>Le CVS dysautonomique ou hyperadr\u00e9nergique :<\/strong> Forme domin\u00e9e par des pouss\u00e9es hypertensives majeures, une tachycardie paroxystique et une d\u00e9charge cat\u00e9cholaminergique massive contemporaine des vomissements.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique p\u00e9diatrique (Lucas, 8 ans) :<\/strong> Lucas est adress\u00e9 en consultation de p\u00e9dopsychiatrie et de gastro-ent\u00e9rologie pour des \u00e9pisodes r\u00e9guliers d&rsquo;acc\u00e8s \u00e9m\u00e9tiques violents survenant chaque mois depuis un an. L&rsquo;anamn\u00e8se r\u00e9v\u00e8le une cin\u00e9tique invariable : \u00e0 4 heures du matin, l&rsquo;enfant s&rsquo;\u00e9veille livide, en proie \u00e0 une angoisse massive, et vomit de la bile toutes les dix minutes durant 36 heures cons\u00e9cutives, n\u00e9cessitant des hospitalisations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en unit\u00e9 de soins continus p\u00e9diatriques pour perfusion intraveineuse. Les bilans radiologiques, endoscopiques et m\u00e9taboliques sont strictement normaux. Les entretiens psychologiques mettent en lumi\u00e8re que les crises co\u00efncident immanquablement soit avec les veilles d&rsquo;\u00e9valuations scolaires redout\u00e9es, soit avec l&rsquo;excitation pr\u00e9c\u00e9dant les f\u00eates d&rsquo;anniversaire familiales. L&rsquo;introduction conjointe d&rsquo;une guidance parentale, d&rsquo;un travail de gestion \u00e9motionnelle en th\u00e9rapie br\u00e8ve et d&rsquo;un traitement prophylactique par propranolol a permis d&rsquo;espacer les crises de fa\u00e7on spectaculaire.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique adulte (\u00c9l\u00e9onore, 32 ans) :<\/strong> Cadre sup\u00e9rieure dynamique, \u00c9l\u00e9onore consulte pour ce qu&rsquo;elle nomme ses \u00ab gastro-ent\u00e9rites foudroyantes \u00bb. Deux \u00e0 trois fois par an, au d\u00e9cours imm\u00e9diat de la finalisation de projets professionnels majeurs (lors du rel\u00e2chement de la pression nerveuse ou <em>let-down effect<\/em>), elle est immobilis\u00e9e par trois jours de vomissements continus accompagn\u00e9s de crises de panique, de photophobie et d&rsquo;une hyperacousie s\u00e9v\u00e8re. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 une agoraphobie secondaire et une restriction calorique phobique par crainte de relancer un cycle digestif. Le rep\u00e9rage d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents maternels de migraines invalidantes a permis de poser le diagnostic de CVS de l&rsquo;adulte. Une prise en charge int\u00e9grative combinant tricycliques (amitriptyline), relaxation par biofeedback et restructuration cognitive a restaur\u00e9 son autonomie socioprofessionnelle.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic diff\u00e9rentiel<\/h3>\n<p>Le diagnostic de CVS repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse guid\u00e9e par des crit\u00e8res de consensus internationaux standardis\u00e9s, compl\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;exclusion minutieuse des affections organiques sous-jacentes. Selon les crit\u00e8res p\u00e9diatriques de la NASPGHAN et les crit\u00e8res adultes de Rome IV, le diagnostic exige au minimum :<\/p>\n<ul>\n<li>Au moins deux \u00e0 trois \u00e9pisodes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de vomissements intenses et paroxystiques au cours de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e ;<\/li>\n<li>Une absence totale de naus\u00e9es et de vomissements entre les \u00e9pisodes (intervalles libres complets) ;<\/li>\n<li>Des \u00e9pisodes identiques dans leur ph\u00e9nom\u00e9nologie chez un individu donn\u00e9, durant moins d&rsquo;une semaine (g\u00e9n\u00e9ralement 1 \u00e0 4 jours) ;<\/li>\n<li>L&rsquo;absence de cause structurelle, m\u00e9tabolique, neurologique ou urologique apr\u00e8s investigations appropri\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le bilan paraclinique syst\u00e9matique d&rsquo;exclusion comprend des explorations biologiques (ionogramme, gazom\u00e9trie, ammoni\u00e9mie, c\u00e9ton\u00e9mie, enzymes pancr\u00e9atiques, porphyrines), une \u00e9chographie abdominale voire un transit \u0153so-gastro-duod\u00e9nal pour \u00e9liminer une malrotation intestinale ou un volvulus intermittent, et une IRM c\u00e9r\u00e9brale pour exclure une tumeur de la fosse post\u00e9rieure ou une hypertension intracr\u00e2nienne.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et psychiatrique, l&rsquo;\u00e9valuation doit mesurer les niveaux d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;existence d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_panique\">trouble panique<\/a> comorbide, l&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9pression r\u00e9actionnelle et l&rsquo;investigation des dynamiques de fonctionnement familial \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es comme le CBCL (<em>Child Behavior Checklist<\/em>) chez l&rsquo;enfant ou le HADS (<em>Hospital Anxiety and Depression Scale<\/em>) chez l&rsquo;adulte.<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel somatique et psychiatrique est vaste. Il impose d&rsquo;\u00e9carter le syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabino\u00efde (CHS, d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;intoxication chronique au cannabis et caract\u00e9ris\u00e9 par le soulagement temporaire par des douches tr\u00e8s chaudes), la boulimie nerveuse avec vomissements provoqu\u00e9s (o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e9m\u00e9tique est volontaire et sous-tendu par une dysmorphophobie), la gastroparesie diab\u00e9tique, les ph\u00e9ochromocytomes et le trouble \u00e0 symptomatologie somatique (somatisation hyst\u00e9rique sans cin\u00e9tique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e paroxystique).<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et prise en charge psychologique<\/h3>\n<p>La prise en charge optimale du syndrome des vomissements cycliques repose imp\u00e9rativement sur un mod\u00e8le multimodal et pluridisciplinaire, associant le gastro-ent\u00e9rologue, le neurologue, le psychiatre de liaison et le psychologue clinicien. L&rsquo;approche th\u00e9rapeutique se subdivise en trois volets temporels : le traitement pr\u00e9ventif de fond, le traitement abortif de la crise aigu\u00eb et la r\u00e9habilitation psychosomatique.<\/p>\n<p>Lors de la crise aigu\u00eb, la priorit\u00e9 absolue est la r\u00e9hydratation hydro-\u00e9lectrolytique intraveineuse et le repos dans une chambre isol\u00e9e, plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9 et le silence complet (somatoth\u00e9rapie environnementale). Sur le plan m\u00e9dicamenteux abortif, des anti\u00e9m\u00e9tiques puissants (ondans\u00e9tron en bolus), associ\u00e9s \u00e0 des triptans (sumatriptan nasal ou sous-cutan\u00e9) et des s\u00e9datifs de type benzodiaz\u00e9pines (loraz\u00e9pam) sont employ\u00e9s pour induire un sommeil protecteur et inhiber l&rsquo;hyperactivit\u00e9 limbique et autonome.<\/p>\n<p>La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th\u00e9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC)<\/a> constitue le pilier non pharmacologique central du traitement de fond. Elle vise \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>D\u00e9samorcer l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation et la phobie de la crise par des techniques d&rsquo;exposition int\u00e9roceptive gradu\u00e9e ;<\/li>\n<li>Identifier et modifier les sch\u00e9mas cognitifs de catastrophisation li\u00e9s aux sensations corporelles et visc\u00e9rales subtiles ;<\/li>\n<li>R\u00e9guler l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux autonome au moyen du biofeedback de coh\u00e9rence cardiaque et de la relaxation musculaire progressive de Jacobson ;<\/li>\n<li>D\u00e9ployer des comp\u00e9tences d&rsquo;adaptation face aux stresseurs scolaires, professionnels et interpersonnels.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;hypnose clinique et m\u00e9dicale a d\u00e9montr\u00e9 une efficacit\u00e9 remarquable, tout particuli\u00e8rement chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent. Les suggestions hypnotiques ax\u00e9es sur l&rsquo;imagerie guid\u00e9e visc\u00e9rale (symbolisation de l&rsquo;estomac comme une eau calme ou un r\u00e9cipient apais\u00e9) et le renforcement du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 permettent souvent de court-circuiter les prodromes et de r\u00e9duire drastiquement l&rsquo;intensit\u00e9 et la fr\u00e9quence des acc\u00e8s.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations neuroscientifiques r\u00e9centes ont largement confirm\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une alt\u00e9ration de la connectivit\u00e9 fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale chez les patients atteints de CVS. Les travaux en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) conduits par des \u00e9quipes telles que celles de Thangam Venkatesan et David Levinthal ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des anomalies de connectivit\u00e9 au sein du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN), du r\u00e9seau de la saillance et des projections cortico-amygdaliennes. Ces perturbations traduisent une hypersensibilit\u00e9 centrale au traitement de la douleur visc\u00e9rale et une incapacit\u00e9 des structures corticales pr\u00e9frontales \u00e0 inhiber les r\u00e9ponses de panique autonomique g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le syst\u00e8me limbique.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques prospectives ont mis en \u00e9vidence une pr\u00e9valence alarmante des comorbidit\u00e9s psychiatriques : jusqu&rsquo;\u00e0 60 \u00e0 75 % des enfants et des adultes porteurs de CVS r\u00e9pondent aux crit\u00e8res diagnostiques d&rsquo;un trouble anxieux caract\u00e9ris\u00e9 ou d&rsquo;un \u00e9tat d\u00e9pressif majeur, soulignant l&rsquo;obligation pour le corps m\u00e9dical d&rsquo;int\u00e9grer une \u00e9valuation psychologique syst\u00e9matique d\u00e8s le premier diagnostic.<\/p>\n<p>Sur le front de la pharmacog\u00e9nomique, les protocoles prophylactiques fond\u00e9s sur l&rsquo;amitriptyline, le topiramate ou le propranolol affichent des taux de r\u00e9ponse favorable sup\u00e9rieurs \u00e0 70 %, r\u00e9duisant la fr\u00e9quence des crises de plus de moiti\u00e9. Parall\u00e8lement, la recherche translationnelle sur les antagonistes s\u00e9lectifs des r\u00e9cepteurs du CRF et les modulateurs du microbiote intestinal ouvre des perspectives fascinantes, confirmant que la r\u00e9gulation de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me bact\u00e9rien intestinal influe directement sur la sensibilit\u00e9 du nerf vague et le tonus \u00e9m\u00e9tique central.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression, la perception et le retentissement du CVS sont fortement modul\u00e9s par le contexte socioculturel et familial. Dans les cultures occidentales tr\u00e8s comp\u00e9titives, le syndrome frappe r\u00e9guli\u00e8rement des enfants et de jeunes adultes investis d&rsquo;une exigence de perfectionnisme \u00e9lev\u00e9e ou soumis \u00e0 une pression de r\u00e9ussite acad\u00e9mique intense. L&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;exprimer verbalement l&rsquo;\u00e9puisement face aux attentes parentales ou soci\u00e9tales semble favoriser la voie d&rsquo;\u00e9vacuation somatique que constitue l&rsquo;orage vomitif.<\/p>\n<p>L&rsquo;acc\u00e8s aux soins et la reconnaissance de la maladie varient consid\u00e9rablement selon les syst\u00e8mes de sant\u00e9. En raison de sa raret\u00e9 relative et de son tableau clinique trompeur, l&rsquo;errance diagnostique moyenne excelle encore \u00e0 d\u00e9passer 2 \u00e0 4 ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9closion des premiers sympt\u00f4mes. Durant cette errance, les familles se heurtent fr\u00e9quemment au scepticisme du corps m\u00e9dical ou \u00e0 des accusations infond\u00e9es de maltraitance par syndrome de M\u00fcnchhausen par procuration, ce qui g\u00e9n\u00e8re une souffrance morale iatrog\u00e8ne d\u00e9vastatrice.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, les acc\u00e8s convulsifs d&rsquo;\u00e9m\u00e8se sont parfois interpr\u00e9t\u00e9s comme des crises d&rsquo;\u00e9limination de toxines spirituelles ou l&rsquo;effet d&rsquo;un mal\u00e9fice ext\u00e9rieur, donnant lieu \u00e0 des rituels de d\u00e9senvo\u00fbtement ou des m\u00e9dications traditionnelles purgatives d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qui aggravent la d\u00e9shydratation et retardent l&rsquo;instauration d&rsquo;un suivi hospitalier ad\u00e9quat.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des controverses nosologiques les plus vives de ces derni\u00e8res ann\u00e9es concerne la d\u00e9limitation stricte entre le syndrome des vomissements cycliques et le syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabino\u00efde (CHS). Avec la l\u00e9galisation croissante et l&rsquo;usage r\u00e9cr\u00e9atif massif du cannabis \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire, de nombreux adultes pr\u00e9sentant des \u00e9pisodes paroxystiques d&rsquo;\u00e9m\u00e8se se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre des consommateurs chroniques de t\u00e9trahydrocannabinol (THC). Certains cliniciens avancent que le CHS n&rsquo;est qu&rsquo;une forme acquise de CVS d\u00e9clench\u00e9e par la toxicit\u00e9 paradoxale des cannabino\u00efdes sur les r\u00e9cepteurs CB1 hypothalamiques et m\u00e9sent\u00e9riques, tandis que d&rsquo;autres auteurs d\u00e9fendent l&rsquo;existence de deux entit\u00e9s distinctes, arguant que l&rsquo;arr\u00eat absolu du cannabis gu\u00e9rit d\u00e9finitivement le CHS, mais n&rsquo;\u00e9radique pas le CVS idiopathique.<\/p>\n<p>Une autre limite critique r\u00e9side dans le risque de sur-psychiatrisation de l&rsquo;affection. En raison de la nette composante \u00e9motionnelle d\u00e9clenchante, des praticiens peu sensibilis\u00e9s aux troubles neurogastroent\u00e9rologiques commettent encore l&rsquo;erreur d&rsquo;attribuer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du tableau \u00e0 une conversion psychologique pure, n\u00e9gligeant les r\u00e9animations hydro-\u00e9lectrolytiques vitales et privant le patient de mol\u00e9cules prophylactiques neuroleptiques ou antimigraineuses salvatrices.<\/p>\n<p>Inversement, le r\u00e9ductionnisme biom\u00e9dical pur, qui se focalise exclusivement sur la normalisation des bilans biologiques sans proposer de th\u00e9rapie psycho-corporelle ou de soutien cognitif, s&rsquo;av\u00e8re tout aussi d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, condamnant le malade \u00e0 une rechute in\u00e9vitable d\u00e8s le prochain choc \u00e9motionnel.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabino\u00efde (CHS) :<\/strong> Tableau clinique presque indiscernable du CVS paroxystique, mais survenant exclusivement chez des usagers r\u00e9guliers et massifs de d\u00e9riv\u00e9s du cannabis. Il se singularise par la recherche compulsive de bains ou douches bouillantes (comportement d&rsquo;apaisement thermique) et la r\u00e9mission compl\u00e8te et d\u00e9finitive apr\u00e8s sevrage toxique soutenu.<\/li>\n<li><strong>Migraine abdominale :<\/strong> Autre \u00e9quivalent migraineux p\u00e9diatrique caract\u00e9ris\u00e9 par des crises r\u00e9currentes de douleurs abdominales m\u00e9dianes p\u00e9ri-ombilicales invalidantes, parfois accompagn\u00e9es de naus\u00e9es et de vomissements mineurs, mais o\u00f9 la douleur et non l&rsquo;\u00e9m\u00e8se constitue le motif clinique pr\u00e9pond\u00e9rant.<\/li>\n<li><strong>Vomissements psychog\u00e8nes (ou vomissements fonctionnels chroniques) :<\/strong> Trouble r\u00e9pertori\u00e9 dans les classifications psychiatriques et digestives o\u00f9 les r\u00e9gurgitations et les vomissements surviennent quasi quotidiennement, g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s les repas ou lors de contrari\u00e9t\u00e9s mineures, sans le caract\u00e8re paroxystique fulgurant, cataclysmique et t\u00e9traphasique propre au CVS.<\/li>\n<li><strong>Trouble panique avec somatisation visc\u00e9rale :<\/strong> Crises d&rsquo;angoisse paroxystiques aigu\u00ebs s&rsquo;accompagnant de naus\u00e9es, de palpitations et d&rsquo;une hyperventilation motrice, mais o\u00f9 les vomissements incoercibles et l&rsquo;h\u00e9mat\u00e9m\u00e8se sont rares et c\u00e8dent rapidement d\u00e8s la baisse de la terreur psychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le syndrome des vomissements cycliques (CVS) constitue une pathologie chronique exemplaire de l&rsquo;axe cerveau-intestin, unissant dans un cycle st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 des pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques, mitochondriales et autonomiques \u00e0 une hyperr\u00e9activit\u00e9 neuro-\u00e9motionnelle marqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;un trouble fictif ou factice, il se d\u00e9ploie selon une s\u00e9quence clinique invariante (prodrome, phase \u00e9m\u00e9tique paroxystique, r\u00e9cup\u00e9ration, intervalle libre), o\u00f9 des stresseurs psychologiques tant n\u00e9gatifs que positifs agissent comme de redoutables commutateurs neurobiologiques par l&rsquo;interm\u00e9diaire du CRF et des relais autonomes du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Sa prise en charge contemporaine repose imp\u00e9rativement sur un d\u00e9cloisonnement disciplinaire, mariant des traitements pharmacologiques abortifs et prophylactiques (triptans, anti\u00e9m\u00e9tiques, antid\u00e9presseurs tricycliques) \u00e0 des th\u00e9rapeutiques psychologiques cibl\u00e9es (th\u00e9rapie cognitivo-comportementale, hypnose clinique, biofeedback de coh\u00e9rence cardiaque). Cette int\u00e9gration m\u00e9dico-psychologique pr\u00e9coce repr\u00e9sente la seule voie efficace pour interrompre le cycle infernal de l&rsquo;\u00e9m\u00e8se, r\u00e9duire l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation et rendre aux patients le contr\u00f4le serein de leur trajectoire existentielle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bhandari, S., &amp; Venkatesan, T. (2016). Novel advances in cyclic vomiting syndrome: A comprehensive review. <em>World Journal of Gastroenterology<\/em>, 22(18), 4485\u20134494. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3748\/wjg.v22.i18.4485\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.3748\/wjg.v22.i18.4485<\/a><\/li>\n<li>Fleisher, D. R., Gornick, B., Latham, K., &amp; Sperling, R. (2005). The cyclic vomiting syndrome: A report of 41 cases and proposal for diagnostic criteria. <em>Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition<\/em>, 40(4), 450\u2013456. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/01.mpg.0000158024.03474.32\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/01.mpg.0000158024.03474.32<\/a><\/li>\n<li>Hasler, W. L., Levinthal, D. J., &amp; Venkatesan, T. (2022). <em>Cyclic Vomiting Syndrome and Cannabinoid Hyperemesis<\/em>. Elsevier Science. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/C2019-0-04169-6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/C2019-0-04169-6<\/a><\/li>\n<li>Li, B. U., Balint, J. P., &amp; Putnam, P. E. (2008). North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition consensus statement on the diagnosis and management of cyclic vomiting syndrome. <em>Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition<\/em>, 47(3), 379\u2013393. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/MPG.0b013e318173ed39\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/MPG.0b013e318173ed39<\/a><\/li>\n<li>Stanghellini, V., Chan, F. K., Hasler, W. L., Malagelada, J. R., Suzuki, H., Tack, J., &amp; Talley, N. J. (2016). Gastroduodenal disorders. <em>Gastroenterology<\/em>, 150(6), 1380\u20131392. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.011\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.011<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome des vomissements cycliques (CVS) est un trouble paroxystique de l&rsquo;axe cerveau-intestin marqu\u00e9 par des crises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;\u00e9m\u00e8se et de naus\u00e9es, d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;orage autonome et le stress.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,6068,9047],"tags":[43462,25784,13480,18822,7946,43461,36442],"class_list":["post-25855","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-pedopsychiatrie","category-psychosomatique","tag-axe-cerveau-intestin","tag-cvs","tag-neurogastroenterologie","tag-psychiatrie-de-liaison","tag-stress-psychologique","tag-syndrome-des-vomissements-cycliques","tag-troubles-fonctionnels"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25855\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}