{"id":25829,"date":"2026-11-08T16:45:10","date_gmt":"2026-11-08T16:45:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coutume-psychologie-sociale"},"modified":"2026-11-08T16:45:10","modified_gmt":"2026-11-08T16:45:10","slug":"coutume-psychologie-sociale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=coutume-psychologie-sociale","title":{"rendered":"Coutume : L&#8217;empreinte sociale sur l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>La coutume constitue l&rsquo;une des forces motrices les plus puissantes et pourtant les plus silencieuses de la psych\u00e9 humaine, fa\u00e7onnant les pens\u00e9es, les \u00e9motions et les interactions sans m\u00eame que l&rsquo;individu en prenne conscience. Enracin\u00e9e dans l&rsquo;histoire collective et r\u00e9activ\u00e9e \u00e0 travers les pratiques quotidiennes, elle illustre la mani\u00e8re dont l&rsquo;environnement socioculturel structure l&rsquo;architecture cognitive et comportementale de l&rsquo;\u00eatre humain. L&rsquo;analyse psychologique de la coutume d\u00e9voile ainsi les rouages invisibles de la conformit\u00e9, de la coh\u00e9sion de groupe et de la perp\u00e9tuation des traditions \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<h2>Coutume<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie et en sciences sociales, la <strong>coutume<\/strong> d\u00e9signe une pratique ou un ensemble de comportements partag\u00e9s, r\u00e9currents et socialement transmis, int\u00e9rioris\u00e9s par les membres d&rsquo;une communaut\u00e9 au point d&rsquo;acqu\u00e9rir une valeur normative et prescriptive tacite. Elle se caract\u00e9rise par sa r\u00e9p\u00e9tition diachronique, son acceptation consensuelle non codifi\u00e9e formellement et son pouvoir de r\u00e9gulation sur les conduites interpersonnelles et intrapsychiques.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, la coutume transcende la simple habitude individuelle en s&rsquo;ancrant dans une dialectique entre m\u00e9moire collective, appartenance identitaire et attentes sociales. Elle offre aux individus des scripts cognitifs pr\u00e9\u00e9tablis et des r\u00e9pertoires d&rsquo;actions automatis\u00e9s qui r\u00e9duisent l&rsquo;incertitude dans l&rsquo;interaction sociale, tout en renfor\u00e7ant le sentiment de pr\u00e9visibilit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 ontologique au sein du groupe de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la coutume se distingue du droit formel en ce qu&rsquo;elle ne d\u00e9pend pas d&rsquo;un appareil r\u00e9pressif institutionnalis\u00e9 pour s&rsquo;imposer ; son autorit\u00e9 \u00e9mane plut\u00f4t de la pression de conformit\u00e9, du regard d&rsquo;autrui, de la honte potentielle en cas de d\u00e9viance et de la gratification affective li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;inclusion dans le groupe social.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme fran\u00e7ais \u00ab coutume \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>consuetudo<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe <em>consuescere<\/em>, qui signifie \u00ab s&rsquo;accoutumer \u00bb, \u00ab s&rsquo;habituer intimement ensemble \u00bb. La racine morphologique associe le pr\u00e9fixe <em>con-<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et le verbe <em>suescere<\/em> (\u00ab s&rsquo;accoutumer \u00bb, apparent\u00e9 au pronom r\u00e9flexif <em>sui<\/em>, traduisant ce qui est propre \u00e0 soi ou \u00e0 un groupe donn\u00e9). D\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque romaine, la <em>consuetudo<\/em> d\u00e9signait l&rsquo;usage n\u00e9 de la pratique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et partag\u00e9e, devenant avec le temps une source informelle de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9quivalente \u00e0 la loi.<\/p>\n<p>En ancien fran\u00e7ais, le terme a \u00e9volu\u00e9 sous les formes <em>costume<\/em> puis <em>coutume<\/em> aux XIe et XIIe si\u00e8cles, conservant une \u00e9troite parent\u00e9 s\u00e9mantique avec le mot \u00ab costume \u00bb (mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre, tenue ext\u00e9rieure et v\u00eatement caract\u00e9ristique d&rsquo;un groupe ou d&rsquo;une \u00e9poque). Cette double filiation linguistique met en lumi\u00e8re le lien indissociable entre l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 du comportement rituel observable et l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 de la disposition psychologique partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique internationale, le terme s&rsquo;articule autour de l&rsquo;anglais <em>custom<\/em> ou de l&rsquo;allemand <em>Brauch<\/em> et <em>Sitte<\/em>. L&rsquo;introduction du concept dans la psychologie moderne s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au confluent de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_sociale\">psychologie sociale<\/a> naissante et de la <em>V\u00f6lkerpsychologie<\/em> (psychologie des peuples) germanique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, formalisant la coutume comme l&rsquo;ext\u00e9riorisation comportementale de l&rsquo;esprit collectif.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab coutume \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [ku.tym] en fran\u00e7ais standard. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier, dont la forme plurielle r\u00e9guli\u00e8re est \u00ab coutumes \u00bb [ku.tym].<\/p>\n<p>Sur le plan lexical et d\u00e9rivationnel, le vocable donne naissance \u00e0 plusieurs termes pivots du champ psycho-sociologique : l&rsquo;adjectif \u00ab coutumier \u00bb (f\u00e9minin : \u00ab coutumi\u00e8re \u00bb), d\u00e9signant ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;usage \u00e9tabli, et le verbe pronominal \u00ab s&rsquo;accoutumer \u00bb, qui renvoie directement au processus d&rsquo;habituation psychologique et d&rsquo;adaptation neuro-comportementale \u00e0 un stimulus ou \u00e0 un environnement sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Dans le discours acad\u00e9mique, la coutume s&#8217;emploie couramment au sein de syntagmes sp\u00e9cialis\u00e9s tels que \u00ab norme coutumi\u00e8re \u00bb, \u00ab r\u00e9gulation coutumi\u00e8re \u00bb, \u00ab attachement coutumier \u00bb ou \u00ab pratique coutumi\u00e8re \u00bb, marquant ainsi son statut de variable d&rsquo;analyse dans l&rsquo;\u00e9tude des repr\u00e9sentations sociales et des dynamiques intergroupes.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coutume\">coutume<\/a> sous un angle psychologique exige de d\u00e9passer la simple observation ethnographique des traditions pour interroger les processus cognitifs, \u00e9motionnels et motivationnels qui la soutiennent. La coutume op\u00e8re comme un m\u00e9ta-programme culturel : elle filtre les informations perceptives, oriente l&rsquo;attention vers certains aspects de la situation sociale et pr\u00e9d\u00e9finit les r\u00e9ponses affectives consid\u00e9r\u00e9es comme appropri\u00e9es face \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements de vie significatifs tels que la naissance, le deuil, l&rsquo;union conjugale ou le r\u00e8glement d&rsquo;un conflit.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue cognitif, la coutume constitue un puissant dispositif d&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;effort mental. Face \u00e0 la complexit\u00e9 infinie des interactions humaines, l&rsquo;\u00eatre humain ne peut r\u00e9\u00e9valuer rationnellement chaque d\u00e9cision \u00e0 partir de z\u00e9ro. Les coutumes fournissent des heuristiques comportementales pr\u00eates \u00e0 l&#8217;emploi. Lorsqu&rsquo;un individu se conforme \u00e0 une coutume, le co\u00fbt de traitement d\u00e9lib\u00e9ratif est minimis\u00e9 au profit d&rsquo;un automatisme guid\u00e9 par des sch\u00e9mas sociocognitifs partag\u00e9s, lib\u00e9rant ainsi des ressources attentionnelles pour d&rsquo;autres t\u00e2ches complexes.<\/p>\n<p>Sur le registre affectif et motivationnel, la coutume fonctionne comme un vecteur fondamental d&rsquo;affiliation et d&rsquo;apaisement de l&rsquo;angoisse existentielle. Se conformer \u00e0 une coutume r\u00e9affirme symboliquement : \u00ab J&rsquo;appartiens \u00e0 ce groupe, je partage son histoire, et je suis digne de sa protection. \u00bb \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;infraction coutumi\u00e8re g\u00e9n\u00e8re une dissonance cognitive aigu\u00eb et une anxi\u00e9t\u00e9 sociale marqu\u00e9e, car elle expose le contrevenant \u00e0 la r\u00e9probation implicite ou explicite de ses pairs. La peur du rejet et le d\u00e9sir d&rsquo;approbation sociale constituent ainsi les moteurs psychologiques primordiaux du maintien coutumier.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de la coutume s&rsquo;\u00e9tend des micro-interactions de la civilit\u00e9 ordinaire (salutations, r\u00e8gles de politesse, prox\u00e9mie) jusqu&rsquo;aux macro-structures rituelles d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. Ses fronti\u00e8res conceptuelles se situent \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;habitude individuelle (qui ne requiert pas de consensus collectif) et de la loi formelle (qui repose sur une codification \u00e9crite et un appareil judiciaire institutionnel). La coutume occupe cet espace interm\u00e9diaire vital o\u00f9 la r\u00e9gulation sociale op\u00e8re de mani\u00e8re immanente, fluide et profond\u00e9ment int\u00e9rioris\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la coutume n&rsquo;est jamais un ph\u00e9nom\u00e8ne purement statique. Si elle est per\u00e7ue par les individus comme immuable et ancestrale \u2014 une illusion cognitive souvent qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab essentialisme culturel \u00bb \u2014, elle est en r\u00e9alit\u00e9 constamment ren\u00e9goci\u00e9e, r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e et adapt\u00e9e en r\u00e9ponse aux transformations technologiques, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques de l&rsquo;environnement social.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude syst\u00e9matique de la coutume dans l&rsquo;histoire des id\u00e9es psychologiques et anthropologiques commence v\u00e9ritablement au XIXe si\u00e8cle, bien que des philosophes comme Montaigne ou David Hume aient d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 la coutume comme la \u00ab grande guide de la vie humaine \u00bb, capable d&rsquo;\u00e9riger en certitudes indiscutables les conventions les plus contingentes.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, Wilhelm Wundt, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re fondateur de la psychologie exp\u00e9rimentale, consacre les derni\u00e8res d\u00e9cennies de sa vie \u00e0 la publication de sa monumentale <em>V\u00f6lkerpsychologie<\/em> (1900-1920). Wundt y affirme que les processus psychologiques sup\u00e9rieurs (pens\u00e9e, langage, morale) ne peuvent \u00eatre compris uniquement en laboratoire par l&rsquo;introspection individuelle, mais doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s \u00e0 travers leurs productions collectives : la langue, le mythe et la coutume (<em>Sitte<\/em>). Selon Wundt, la coutume est le lieu o\u00f9 les pulsions individuelles sont canalis\u00e9es et sublim\u00e9es en normes \u00e9thiques partag\u00e9es.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, William Graham Sumner introduit en 1906 dans son ouvrage <em>Folkways<\/em> une distinction d\u00e9terminante pour la psychologie sociale am\u00e9ricaine. Il diff\u00e9rencie les <em>folkways<\/em> (usages et coutumes ordinaires sans forte charge morale, comme les r\u00e8gles de politesse de table) des <em>mores<\/em> (coutumes investies d&rsquo;un imp\u00e9ratif moral strict, jug\u00e9es indispensables \u00e0 la survie du groupe). Sumner d\u00e9montre comment ces mod\u00e8les de conduite s&rsquo;imposent \u00e0 l&rsquo;individu d\u00e8s l&rsquo;enfance avec la force de v\u00e9rit\u00e9s universelles ind\u00e9niables.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;entre-deux-guerres, le courant am\u00e9ricain \u00ab Culture et Personnalit\u00e9 \u00bb, repr\u00e9sent\u00e9 par Margaret Mead, Ruth Benedict et Edward Sapir, int\u00e8gre la psychanalyse et l&rsquo;anthropologie pour \u00e9tudier comment les coutumes d&rsquo;\u00e9levage et d&rsquo;initiation fa\u00e7onnent la structure caract\u00e9rielle de base des membres d&rsquo;une communaut\u00e9. Ruth Benedict, dans <em>Patterns of Culture<\/em> (1934), montre que chaque culture s\u00e9lectionne un segment restreint du spectre comportemental humain pour en faire sa coutume dominante, structurant ainsi la personnalit\u00e9 modale des individus.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de la psychologie cognitive et de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale, sous l&rsquo;impulsion de chercheurs comme Muzafer Sherif, Solomon Asch et Robert Cialdini, a d\u00e9plac\u00e9 le regard vers les m\u00e9canismes pr\u00e9cis de normalisation, de conformisme et d&rsquo;influence sociale normative qui sous-tendent l&rsquo;adh\u00e9sion quotidienne aux coutumes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse contemporaine de la coutume s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres conceptuels majeurs de la psychologie et des sciences comportementales :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Norme_sociale\">normes sociales<\/a> et de l&rsquo;influence sociale<\/strong> : Les travaux fondateurs de Muzafer Sherif sur l&rsquo;effet autocin\u00e9tique ont d\u00e9montr\u00e9 que les individus plac\u00e9s dans une situation ambigu\u00eb \u00e9laborent spontan\u00e9ment une norme collective qui persiste ensuite chez l&rsquo;individu m\u00eame lorsqu&rsquo;il se trouve seul. Robert Cialdini a affin\u00e9 cette approche en distinguant les normes descriptives (ce que les gens font couramment) des normes injonctives (ce que les gens approuvent ou d\u00e9sapprouvent moralement). La coutume conjugue puissamment ces deux dimensions : elle montre ce qui se fait habituellement tout en imposant la conviction tacite que c&rsquo;est ce qu&rsquo;il convient de faire.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage social et de la transmission culturelle<\/strong> : D\u00e9velopp\u00e9e par Albert Bandura, cette th\u00e9orie stipule que les comportements coutumiers sont largement acquis par modelage, imitation et observation des pairs et des figures d&rsquo;autorit\u00e9. Plus r\u00e9cemment, les th\u00e9ories de l&rsquo;\u00e9volution culturelle cumulative d\u00e9velopp\u00e9es par des auteurs comme Joseph Henrich, Michael Tomasello et Robert Boyd soulignent que l&rsquo;esp\u00e8ce humaine poss\u00e8de une pr\u00e9disposition psychologique unique \u00e0 la \u00ab sur-imitation \u00bb (<em>over-imitation<\/em>). D\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, les enfants humains imitent fid\u00e8lement l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des gestes d&rsquo;un rituel coutumier, m\u00eame ceux qui n&rsquo;ont aucune utilit\u00e9 causale imm\u00e9diate apparente, permettant ainsi la transmission fid\u00e8le de coutumes complexes au fil des si\u00e8cles.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie sociologique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Habitus_(sociologie)\">habitus<\/a> appliqu\u00e9e \u00e0 la cognition incarn\u00e9e<\/strong> : Bien qu&rsquo;issue des travaux sociologiques de Pierre Bourdieu, la notion d&rsquo;habitus trouve de profondes r\u00e9sonances dans la psychologie cognitive incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>). L&rsquo;habitus d\u00e9signe ce syst\u00e8me de dispositions durables et transposables, int\u00e9rioris\u00e9 par la socialisation pr\u00e9coce. Les coutumes s&rsquo;inscrivent directement dans le sch\u00e9ma corporel : posture, ton de la voix, gestuelle, r\u00e9actions somatiques de d\u00e9go\u00fbt ou de respect face \u00e0 certaines conduites. La coutume n&rsquo;est pas seulement une id\u00e9e dans l&rsquo;esprit ; elle est une incorporation physique de l&rsquo;ordre social.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la justification du syst\u00e8me<\/strong> : D\u00e9velopp\u00e9e par John Jost en psychologie politique et sociale, cette th\u00e9orie explique pourquoi les individus s&rsquo;attachent vigoureusement aux coutumes existantes, y compris lorsque celles-ci perp\u00e9tuent des in\u00e9galit\u00e9s ou des contraintes psychologiques pr\u00e9judiciables. L&rsquo;adh\u00e9sion aux coutumes traditionnelles r\u00e9pond \u00e0 un besoin fondamental de maintenir un sentiment de certitude, d&rsquo;ordre et de l\u00e9gitimit\u00e9 envers le monde social dans lequel on \u00e9volue.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9composition analytique du ph\u00e9nom\u00e8ne coutumier met en \u00e9vidence une pluralit\u00e9 de dimensions interd\u00e9pendantes qui structurent son expression psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La r\u00e9currence comportementale<\/strong> : R\u00e9p\u00e9tition observ\u00e9e d&rsquo;un sch\u00e9ma d&rsquo;action dans des contextes spatiotemporels d\u00e9termin\u00e9s, observable tant au niveau micro-comportemental qu&rsquo;au niveau institutionnel.<\/li>\n<li><strong>La transmissibilit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle<\/strong> : Modalit\u00e9 selon laquelle le comportement est enseign\u00e9, model\u00e9 et transmis d&rsquo;une cohorte d&rsquo;\u00e2ge \u00e0 la suivante sans rupture radicale.<\/li>\n<li><strong>Le caract\u00e8re normatif implicite<\/strong> : Sentiment partag\u00e9 par les membres du groupe selon lequel la coutume doit \u00eatre respect\u00e9e, toute d\u00e9viation \u00e9tant susceptible de susciter un malaise ou une d\u00e9sapprobation sociale.<\/li>\n<li><strong>La charge affective et symbolique<\/strong> : Degr\u00e9 d&rsquo;investissement \u00e9motionnel reli\u00e9 \u00e0 la coutume, souvent associ\u00e9 \u00e0 la fiert\u00e9 communautaire, au sentiment de sacralit\u00e9 ou \u00e0 la nostalgie partag\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La fonction de marquage identitaire<\/strong> : Capacit\u00e9 de la coutume \u00e0 diff\u00e9rencier clairement les membres de l&rsquo;endogroupe (\u00ab ceux qui pratiquent comme nous \u00bb) des membres de l&rsquo;exogroupe (\u00ab ceux qui ont des m\u0153urs \u00e9trang\u00e8res \u00bb).<\/li>\n<\/ul>\n<p>On peut distinguer plusieurs types ou registres majeurs de coutumes selon leur degr\u00e9 de contrainte et leur champ d&rsquo;application :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les coutumes relationnelles et civiles<\/strong> : Rituels de salutation, protocoles d&rsquo;accueil, modalit\u00e9s du don et du contre-don (conform\u00e9ment aux observations classiques de Marcel Mauss sur la r\u00e9ciprocit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Les coutumes calendaires et transitionnelles<\/strong> : Pratiques li\u00e9es aux transitions saisonni\u00e8res, f\u00eates communautaires ou rites de passage accompagnant les \u00e9tapes cruciales du cycle de vie individuel.<\/li>\n<li><strong>Les coutumes de r\u00e9gulation des conflits<\/strong> : Proc\u00e9dures coutumi\u00e8res de conciliation, de m\u00e9diation communautaire et de r\u00e9paration morale favorisant la restauration du lien social en \u00e9vitant l&rsquo;escalade punitive.<\/li>\n<li><strong>Les coutumes taboues ou proscriptives<\/strong> : Interdictions tacites r\u00e9gulant la sexualit\u00e9, les comportements alimentaires, le contact physique ou la verbalisation de certains th\u00e8mes au sein de l&rsquo;espace public.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation concr\u00e8te des conduites coutumi\u00e8res permet de saisir leur puissance psychologique au quotidien :<\/p>\n<p><strong>Exemple 1 : Le rituel de salutation et la prox\u00e9mie culturelle.<\/strong> Dans de nombreuses cultures m\u00e9diterran\u00e9ennes et d&rsquo;Am\u00e9rique latine, la coutume exige une proximit\u00e9 physique \u00e9troite lors de la rencontre, souvent accompagn\u00e9e d&rsquo;une accolade ou d&rsquo;un baiser sur la joue, m\u00eame entre simples connaissances. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans les cultures scandinaves ou nippones, la coutume impose le maintien d&rsquo;une distance spatiale protectrice de la bulle personnelle, le respect s&rsquo;exprimant par une inclinaison du buste sans contact \u00e9pidermique. Un individu d\u00e9plac\u00e9 dans un contexte non coutumier pour lui ressentira une vive r\u00e9action d&rsquo;inconfort psychologique (intrusion ressentie comme une agression ou distance per\u00e7ue comme un rejet glacial), r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;automatisation somatique de la norme coutumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Exemple 2 : Le deuil et l&rsquo;expression \u00e9motionnelle coutumi\u00e8re.<\/strong> Les manifestations de la tristesse lors de la perte d&rsquo;un \u00eatre cher sont intens\u00e9ment mod\u00e9lis\u00e9es par la coutume. Dans certaines communaut\u00e9s rurales m\u00e9diterran\u00e9ennes ou chez les Luo du Kenya, la coutume des lamentations publiques (parfois men\u00e9es par des pleureuses professionnelles) autorise et exige une ext\u00e9riorisation spectaculaire et partag\u00e9e de la douleur. En revanche, dans le contexte britannique traditionnel (le fameux <em>stiff upper lip<\/em>), la coutume prescrit une retenue \u00e9motionnelle absolue, le sto\u00efcisme \u00e9tant per\u00e7u comme la plus haute marque de dignit\u00e9. Les individus qui ne se conforment pas \u00e0 ces attentes \u00e9prouvent non seulement leur souffrance propre, mais \u00e9galement la culpabilit\u00e9 de mal faire leur deuil au regard des leurs.<\/p>\n<p><strong>Cas illustratif : L&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;un nouvel employ\u00e9 dans une culture organisationnelle.<\/strong> Lorsqu&rsquo;un cadre int\u00e8gre une nouvelle entreprise, il d\u00e9couvre rapidement que les r\u00e8gles \u00e9crites du r\u00e8glement int\u00e9rieur ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une fraction minime du fonctionnement r\u00e9el. La \u00ab coutume maison \u00bb veut, par exemple, que personne ne quitte son poste avant le directeur, que les pauses caf\u00e9 de 10 heures soient le lieu o\u00f9 se prennent les v\u00e9ritables d\u00e9cisions informelles, et que les critiques envers un projet soient toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;un compliment appuy\u00e9. L&#8217;employ\u00e9 consacre les premi\u00e8res semaines \u00e0 une analyse fine de ces coutumes invisibles afin d&rsquo;\u00e9viter les faux pas d\u00e9stabilisateurs pour son int\u00e9gration sociale et sa carri\u00e8re.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La nature souvent tacite et implicite des coutumes pose des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques notables pour la recherche en psychologie sociale et transculturelle. Les chercheurs emploient plusieurs outils et protocoles pour observer, quantifier et mesurer l&rsquo;impact des normes coutumi\u00e8res :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de rigidit\u00e9 vs flexibilit\u00e9 culturelle (<em>Tightness-Looseness Scale<\/em>)<\/strong> : Con\u00e7ue par Michele Gelfand et ses coll\u00e8gues, cette \u00e9chelle mesure \u00e0 quel point les coutumes et les normes sociales d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sont rigides, clairement d\u00e9finies et assorties de sanctions s\u00e9v\u00e8res pour toute d\u00e9viance (soci\u00e9t\u00e9s \u00ab serr\u00e9es \u00bb ou <em>tight<\/em>), comparativement aux soci\u00e9t\u00e9s tol\u00e9rantes o\u00f9 une large latitude comportementale individuelle est accept\u00e9e (soci\u00e9t\u00e9s \u00ab souples \u00bb ou <em>loose<\/em>). Cette approche permet de quantifier l&rsquo;intensit\u00e9 du contr\u00f4le coutumier au sein d&rsquo;une population donn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Les paradigmes de violation de normes (<em>Norm Breach Paradigms<\/em>)<\/strong> : Initi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;origine par la sociologie ethnom\u00e9thodologique de Harold Garfinkel, ces protocoles exp\u00e9rimentaux consistent \u00e0 enfreindre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une coutume tacite et inoffensive (par exemple, se tourner face aux passagers dans un ascenseur bond\u00e9 plut\u00f4t que face \u00e0 la porte, ou marchander le prix d&rsquo;un produit dans un supermarch\u00e9 \u00e0 prix fixe). L&rsquo;\u00e9valuation psychologique mesure alors la r\u00e9action de surprise, de malaise, d&rsquo;irritation ou d&rsquo;agressivit\u00e9 des observateurs, ainsi que le stress physiologique et la g\u00eane ressentis par le sujet exp\u00e9rimentateur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Les mesures d&rsquo;adh\u00e9sion aux valeurs traditionnelles<\/strong> : Le questionnaire des valeurs de base de Shalom Schwartz (<em>Schwartz Value Survey<\/em>) \u00e9value notamment la dimension de \u00ab Tradition \u00bb (respect, engagement et acceptation des coutumes et des id\u00e9es que la culture traditionnelle ou la religion imposent \u00e0 l&rsquo;individu) et de \u00ab Conformit\u00e9 \u00bb (mod\u00e9ration des actions, des inclinations et des impulsions susceptibles de blesser les autres ou de violer les attentes sociales).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des coutumes et de leur influence psychologique trouve des applications directes dans de nombreux domaines soci\u00e9taux :<\/p>\n<p><strong>En psychologie clinique et psychoth\u00e9rapie transculturelle<\/strong> : Les cliniciens travaillant avec des populations migrantes ou r\u00e9fugi\u00e9es doivent savoir diff\u00e9rencier une symptomatologie psychopathologique r\u00e9elle d&rsquo;une conduite conforme \u00e0 une coutume d&rsquo;origine mal comprise par la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;accueil. De plus, la prise en compte des coutumes th\u00e9rapeutiques traditionnelles (rituels de purification, implication de la famille \u00e9largie) facilite l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et am\u00e9liore l&rsquo;adh\u00e9sion aux soins.<\/p>\n<p><strong>En management et psychologie des organisations<\/strong> : Dans les environnements professionnels multiculturels, les malentendus proviennent fr\u00e9quemment de coutumes de communication divergentes (communication \u00e0 haut contexte vs bas contexte, rapport hi\u00e9rarchique direct vs indirect). La formation \u00e0 l&rsquo;intelligence culturelle aide les gestionnaires \u00e0 d\u00e9coder les coutumes implicites de leurs \u00e9quipes, pr\u00e9venant ainsi les conflits destructeurs et maximisant la coh\u00e9sion interne.<\/p>\n<p><strong>En sant\u00e9 publique et politiques d&rsquo;intervention comportementale<\/strong> : Les campagnes de pr\u00e9vention \u00e9chouent souvent lorsqu&rsquo;elles s&rsquo;opposent frontalement \u00e0 des coutumes enracin\u00e9es sans en comprendre les b\u00e9n\u00e9fices psychologiques sous-jacents. L&rsquo;introduction r\u00e9ussie de nouvelles pratiques sanitaires (hygi\u00e8ne de l&rsquo;eau, vaccination, planification familiale) repose souvent sur l&rsquo;arrimage de ces nouveaut\u00e9s aux coutumes existantes et sur la collaboration active avec les d\u00e9positaires traditionnels de la coutume au sein de la communaut\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en psychologie sociale et en neurosciences sociales a apport\u00e9 des \u00e9clairages empiriques fondamentaux sur la mani\u00e8re dont les coutumes modifient le fonctionnement psychique et c\u00e9r\u00e9bral :<\/p>\n<p>Une \u00e9tude internationale marquante dirig\u00e9e par Michele Gelfand (publi\u00e9e dans <em>Science<\/em> en 2011), portant sur 33 nations et des milliers de participants, a d\u00e9montr\u00e9 que les pays ayant connu des menaces historiques majeures (invasions militaires fr\u00e9quentes, catastrophes naturelles r\u00e9currentes, disettes ou \u00e9pid\u00e9mies) pr\u00e9sentent une force coutumi\u00e8re significativement plus \u00e9lev\u00e9e (forte rigidit\u00e9 normative). Le respect scrupuleux des coutumes y appara\u00eet empiriquement comme une strat\u00e9gie adaptative d&rsquo;auto-d\u00e9fense collective pour synchroniser l&rsquo;effort de survie face au chaos ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Des recherches men\u00e9es par le laboratoire de Joseph Henrich \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Harvard mettent en \u00e9vidence la pr\u00e9disposition psychologique pr\u00e9coce \u00e0 l&rsquo;apprentissage culturel. Des enfants \u00e2g\u00e9s de 3 \u00e0 5 ans, lorsqu&rsquo;ils observent un adulte r\u00e9aliser une s\u00e9quence d&rsquo;actions coutumi\u00e8res comprenant des \u00e9tapes \u00e9videntes et des \u00e9tapes superflues pour ouvrir une bo\u00eete de friandises, reproduisent fid\u00e8lement l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la s\u00e9quence c\u00e9r\u00e9monielle, l\u00e0 o\u00f9 des chimpanz\u00e9s \u00e9liminent imm\u00e9diatement les gestes inutiles pour aller droit au but. Cette sur-imitation humaine d\u00e9montre que notre cerveau traite la coutume non pas comme un simple probl\u00e8me d&rsquo;ing\u00e9nierie physique, mais comme un imp\u00e9ratif d&rsquo;affiliation sociale et de conformit\u00e9 rituelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences sociales, les travaux d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9s par Vasily Klucharev et son \u00e9quipe ont explor\u00e9 les corr\u00e9lats neuronaux de la d\u00e9viation coutumi\u00e8re. Lorsque les participants r\u00e9alisent que leur jugement s&rsquo;\u00e9carte de la norme collective \u00e9tablie, le cerveau d\u00e9clenche un signal d&rsquo;erreur pr\u00e9dictive dans le cortex cingulaire ant\u00e9rieur rostral et une d\u00e9activation du noyau accumbens, similaire aux circuits neuronaux activ\u00e9s par la punition ou l&rsquo;erreur de calcul. Ce signal neurobiologique incite automatiquement l&rsquo;individu \u00e0 corriger sa r\u00e9ponse pour s&rsquo;aligner sur la coutume dominante.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne coutumier cache une immense variabilit\u00e9 dans sa forme, son autorit\u00e9 per\u00e7ue et sa rigidit\u00e9 selon les zones g\u00e9ographiques et les h\u00e9ritages philosophiques :<\/p>\n<p>Dans les cultures collectivistes (souvent observ\u00e9es en Asie de l&rsquo;Est, en Afrique subsaharienne et dans le monde arabe), la coutume est fr\u00e9quemment per\u00e7ue comme consubstantielle \u00e0 l&rsquo;ordre cosmique ou moral. L&rsquo;harmonie collective, le respect des a\u00een\u00e9s (comme dans la pi\u00e9t\u00e9 filiale confuc\u00e9enne) et le devoir envers la communaut\u00e9 priment sur les d\u00e9sirs d&rsquo;\u00e9mancipation individuels. La transgression d&rsquo;une coutume y provoque des dynamiques de honte (<em>shame cultures<\/em>), o\u00f9 la r\u00e9putation de toute la lign\u00e9e familiale se trouve compromise.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures individualistes occidentales contemporaines, l&rsquo;autonomie personelle et l&rsquo;affirmation de soi sont \u00e9rig\u00e9es au rang de valeurs cardinales. Dans ces contextes, la coutume est parfois per\u00e7ue avec m\u00e9fiance, assimil\u00e9e \u00e0 une contrainte ali\u00e9nante, \u00e0 un carcan pass\u00e9iste ou \u00e0 une entrave \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 personnelle. Pourtant, m\u00eame au sein de ces soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9cularis\u00e9es, de puissantes coutumes informelles continuent de dicter la vie quotidienne, du consum\u00e9risme festif (Black Friday, Halloween, No\u00ebl) aux rituels de pr\u00e9sentation de soi sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques.<\/p>\n<p>Les ph\u00e9nom\u00e8nes de mondialisation et d&rsquo;acculturation engendrent par ailleurs des formes d&rsquo;hybridation coutumi\u00e8re in\u00e9dites chez les populations immigr\u00e9es de deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations. Ces individus naviguent couramment entre les coutumes d&rsquo;origine de leur foyer familial et les coutumes de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;accueil par le biais d&rsquo;un \u00ab changement de code culturel \u00bb (<em>cultural frame switching<\/em>), adaptant de mani\u00e8re fluide leurs attitudes en fonction des indices contextuels pr\u00e9sents dans leur environnement imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut de la coutume fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein des sciences psychologiques, sociologiques et \u00e9thiques :<\/p>\n<p><strong>Le risque de conservatisme structurel et de blocage \u00e9volutif<\/strong> : La critique la plus r\u00e9currente adress\u00e9e \u00e0 l&rsquo;attachement coutumier concerne son potentiel d&rsquo;inertie. En sanctifiant le pass\u00e9 sous le pr\u00e9texte que \u00ab cela s&rsquo;est toujours fait ainsi \u00bb (sophisme de l&rsquo;appel \u00e0 la tradition ou <em>argumentum ad antiquitatem<\/em>), la coutume peut justifier le maintien de pr\u00e9jug\u00e9s tenaces, d&rsquo;exclusions syst\u00e9miques et de pratiques hautement d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pour l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique et psychique des individus (par exemple, les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines, les mariages forc\u00e9s ou le harc\u00e8lement institutionnalis\u00e9 sous couvert de bizutage).<\/p>\n<p><strong>La tension entre conformit\u00e9 coutumi\u00e8re et libre arbitre<\/strong> : Les th\u00e9oriciens humanistes et existentialistes ont souvent d\u00e9nonc\u00e9 l&rsquo;ali\u00e9nation produite par la soumission aveugle \u00e0 la coutume, y voyant une forme de \u00ab mauvaise foi \u00bb o\u00f9 l&rsquo;individu abdique sa responsabilit\u00e9 morale personnelle pour se fondre dans le troupeau social. Les exp\u00e9riences historiques et socio-psychologiques de Milgram ont amplement montr\u00e9 que la soumission aux usages \u00e9tablis et \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 coutumi\u00e8re peut conduire des individus ordinaires \u00e0 des actes de cruaut\u00e9 ou de complicit\u00e9 passive sans \u00e9prouver de culpabilit\u00e9 directe.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00ab invention de la tradition \u00bb<\/strong> : Comme l&rsquo;ont soulign\u00e9 les historiens Eric Hobsbawm et Terence Ranger, de nombreuses coutumes pr\u00e9sent\u00e9es comme mill\u00e9naires et imm\u00e9moriales sont en r\u00e9alit\u00e9 des constructions r\u00e9centes, forg\u00e9es par des \u00e9lites politiques ou religieuses pour susciter un sentiment artificiel d&rsquo;unit\u00e9 nationale ou asseoir un contr\u00f4le social. Les psychologues s&rsquo;interrogent d\u00e8s lors sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la m\u00e9moire collective et la facilit\u00e9 avec laquelle des comportements nouvellement prescrits peuvent \u00eatre r\u00e9\u00e9crits mentalement comme des coutumes ancestrales incontournables.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour cerner pr\u00e9cis\u00e9ment la coutume, il convient de la discriminer rigoureusement de plusieurs concepts voisins avec lesquels elle est fr\u00e9quemment confondue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Habitude<\/strong> : L&rsquo;habitude est une routine comportementale individuelle, acquise par conditionnement ou apprentissage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 au niveau d&rsquo;un seul sujet (par exemple, boire un verre d&rsquo;eau au r\u00e9veil). La coutume, en revanche, est fondamentalement collective, partag\u00e9e par un groupe et charg\u00e9e d&rsquo;une signification sociale reconnue.<\/li>\n<li><strong>Tradition<\/strong> : La tradition renvoie \u00e0 un ensemble plus vaste de doctrines, de croyances, de valeurs et de r\u00e9cits fondateurs transmis historiquement. La coutume en constitue l&rsquo;incarnation pratique et gestuelle concr\u00e8te. La tradition fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 id\u00e9ologique de la coutume, tandis que la coutume maintient vivante la tradition au fil du quotidien.<\/li>\n<li><strong>Loi<\/strong> : La loi est une r\u00e8gle formelle, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment adopt\u00e9e par une autorit\u00e9 souveraine institu\u00e9e, consign\u00e9e dans des codes \u00e9crits et assortie de sanctions judiciaires explicites appliqu\u00e9es par la force publique. La coutume repose sur l&rsquo;accord tacite, la r\u00e9p\u00e9tition historique non \u00e9crite et la sanction diffuse de l&rsquo;opinion publique.<\/li>\n<li><strong>Rituel<\/strong> : Le rituel est une s\u00e9quence invariable d&rsquo;actes symboliques hautement formalis\u00e9s, souvent sacralis\u00e9s ou dot\u00e9s d&rsquo;une finalit\u00e9 m\u00e9taphorique sp\u00e9cifique (religieuse ou civique). Si toute pratique rituelle r\u00e9currente peut faire partie d&rsquo;une coutume, de nombreuses coutumes n&rsquo;ont pas la gravit\u00e9 solennelle ni la stylisation d&rsquo;un rituel (comme les coutumes vestimentaires ou culinaires).<\/li>\n<li><strong>M\u0153urs<\/strong> : Les m\u0153urs d\u00e9signent l&rsquo;ensemble des conduites morales consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sous l&rsquo;angle du bien et du mal. Elles poss\u00e8dent une connotation morale et \u00e9thique plus tranch\u00e9e que la coutume, qui peut inclure de simples convenances sans enjeu \u00e9thique majeur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la coutume constitue l&rsquo;\u00e9chafaudage comportemental et cognitif invisible de la vie sociale. Ses caract\u00e9ristiques fondamentales peuvent \u00eatre r\u00e9capitul\u00e9es ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ancrage collectif<\/strong> : Elle n&rsquo;appartient pas \u00e0 l&rsquo;individu isol\u00e9 mais \u00e0 la communaut\u00e9, fonctionnant comme un pont dynamique entre le pass\u00e9 partag\u00e9 et le pr\u00e9sent interactionnel.<\/li>\n<li><strong>\u00c9conomie cognitive<\/strong> : Elle all\u00e8ge la charge de d\u00e9cision en fournissant des scripts de conduite automatis\u00e9s, stables et mutuellement compr\u00e9hensibles entre membres d&rsquo;un m\u00eame groupe.<\/li>\n<li><strong>Lien d&rsquo;affiliation<\/strong> : L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la coutume garantit l&rsquo;acceptation sociale, l&rsquo;estime de soi dans l&rsquo;endogroupe et la r\u00e9duction de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par l&rsquo;incertitude relationnelle.<\/li>\n<li><strong>Incorporation physique<\/strong> : Elle s&rsquo;exprime autant par des repr\u00e9sentations mentales que par des habitudes corporelles (l&rsquo;habitus), devenant une seconde nature sensorimotrice pour les individus.<\/li>\n<li><strong>Plasticit\u00e9 cach\u00e9e<\/strong> : Bien qu&rsquo;elle tire son autorit\u00e9 du sentiment d&rsquo;immuabilit\u00e9 qu&rsquo;elle d\u00e9gage, la coutume est vivante, \u00e9voluant imperceptiblement au fil des g\u00e9n\u00e9rations pour r\u00e9pondre aux transformations soci\u00e9tales.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul style=\"list-style-type: none; padding-left: 0;\">\n<li>Bandura, A. (1977). <em>Social learning theory<\/em>. Prentice-Hall.<\/li>\n<li>Benedict, R. (1934). <em>Patterns of culture<\/em>. Houghton Mifflin.<\/li>\n<li>Cialdini, R. B., &#038; Trost, M. R. (1998). Social influence: Social norms, conformity and compliance. In D. T. Gilbert, S. T. Fiske, &#038; G. Lindzey (Eds.), <em>The handbook of social psychology<\/em> (4th ed., Vol. 2, pp. 151-192). McGraw-Hill.<\/li>\n<li>Gelfand, M. J., Raver, J. L., Nishii, L., Leslie, L. M., Lun, J., Lim, B. C., Duan, L., Almaliach, A., Ang, S., Arnadottir, J., Aycan, Z., Boehnke, K., Boski, P., Cabecinhas, R., Chan, D., Chhokar, J., D&rsquo;Amato, A., Ferrer, M., Fischlmayr, I. C., &#8230; Yamaguchi, S. (2011). Differences between tight and loose cultures: A 33-nation study. <em>Science<\/em>, 332(6033), 1100-1104. https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1197754<\/li>\n<li>Henrich, J. (2015). <em>The secret of our success: How culture is driving human evolution, domesticating our species, and making us smarter<\/em>. 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Engelmann.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La coutume d\u00e9signe une pratique collective r\u00e9currente et tacitement prescriptive qui structure les comportements, r\u00e9gule l&rsquo;interaction sociale et fa\u00e7onne la psychologie humaine \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[27714,154,1400],"tags":[8569,9007,43424,2065,220,11190],"class_list":["post-25829","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-anthropologie-psychologique","category-psychologie-sociale","category-sciences-cognitives-et-comportementales","tag-comportement-collectif","tag-conformite","tag-coutume","tag-normes-sociales","tag-psychologie-sociale","tag-tradition"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25829","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25829\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25829"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25829"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25829"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}