{"id":25822,"date":"2026-11-08T16:34:44","date_gmt":"2026-11-08T16:34:44","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-de-cushing-psychologie"},"modified":"2026-11-08T16:34:44","modified_gmt":"2026-11-08T16:34:44","slug":"syndrome-de-cushing-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-de-cushing-psychologie","title":{"rendered":"Syndrome de Cushing : Cortisol, corps et esprit"},"content":{"rendered":"<p>Le syndrome de Cushing repr\u00e9sente l&rsquo;un des mod\u00e8les cliniques les plus saisissants de l&rsquo;intrication profonde entre le syst\u00e8me endocrinien, le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral et la psychopathologie humaine. Caract\u00e9ris\u00e9e par une exposition chronique et pathologique \u00e0 des taux excessifs de glucocortico\u00efdes, cette affection d\u00e9borde largement le cadre d&rsquo;un simple d\u00e9r\u00e8glement m\u00e9tabolique ou morphologique pour toucher le c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9motionnel et cognitif de l&rsquo;individu. L&rsquo;analyse psychiatrique et neuropsychologique de ce syndrome met en lumi\u00e8re la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du tissu c\u00e9r\u00e9bral face \u00e0 la toxicit\u00e9 st\u00e9ro\u00efdienne prolong\u00e9e, faisant de cette entit\u00e9 nosologique une passerelle essentielle entre l&rsquo;endocrinologie et la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<h2>Syndrome de Cushing<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>syndrome de Cushing<\/strong> est un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de signes cliniques, m\u00e9taboliques et psychologiques r\u00e9sultant d&rsquo;une exposition syst\u00e9mique prolong\u00e9e et inappropri\u00e9e \u00e0 des concentrations \u00e9lev\u00e9es de glucocortico\u00efdes libres dans l&rsquo;organisme, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;origine exog\u00e8ne ou endog\u00e8ne. Sur le versant clinique et biologique, cette affection engendre une d\u00e9r\u00e9gulation multisyst\u00e9mique touchant le m\u00e9tabolisme glucido-lipidique, le syst\u00e8me cardiovasculaire, le tissu osseux ainsi que l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 structurale et fonctionnelle du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie et de la psychologie m\u00e9dicale, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Cushing\">syndrome de Cushing<\/a> est appr\u00e9hend\u00e9 non seulement comme une affection organique s\u00e9v\u00e8re, mais \u00e9galement comme une perturbation majeure des r\u00e9seaux neuronaux sous-tendant la r\u00e9gulation affective et cognitive. L&rsquo;hypermim\u00e9tisme st\u00e9ro\u00efdien entra\u00eene une d\u00e9saffectation des syst\u00e8mes limbiques et frontaux, g\u00e9n\u00e9rant une constellation sympt\u00f4matique o\u00f9 dominent l&rsquo;anh\u00e9donie, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re, les fluctuations thymiques extr\u00eames et un d\u00e9clin mesurable des fonctions mnesiques et ex\u00e9cutives.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue nosologique, il convient d&rsquo;\u00e9tablir une distinction fondamentale entre le syndrome de Cushing, terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;hypercortisolisme ind\u00e9pendamment de sa source, et la maladie de Cushing, entit\u00e9 sp\u00e9cifique li\u00e9e \u00e0 un ad\u00e9nome hypophysaire s\u00e9cr\u00e9teur d&rsquo;hormone adr\u00e9nocorticotrope (ACTH). Dans les deux cas, le retentissement neuropsychologique constitue souvent le motif initial, bien que fr\u00e9quemment m\u00e9connu, de consultation m\u00e9dicale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable tire son \u00e9ponyme du neurochirurgien am\u00e9ricain <strong>Harvey Williams Cushing<\/strong> (1869\u20131939), pionnier de la neurochirurgie moderne \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Johns Hopkins puis au Peter Bent Brigham Hospital de Boston. En 1932, Cushing publia son travail s\u00e9minal intitul\u00e9 <em>The Basophil Adenomas of the Pituitary Body and Their Clinical Manifestations (Pituitary Basophilism)<\/em>, dans lequel il colligeait une s\u00e9rie de cas d\u00e9montrant qu&rsquo;un microad\u00e9nome basophile de l&rsquo;hypophyse ant\u00e9rieure pouvait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un tableau clinique associant ob\u00e9sit\u00e9 tronculaire, hirsutisme, ost\u00e9oporose et alt\u00e9rations comportementales.<\/p>\n<p>Le substantif masculin \u00ab syndrome \u00bb provient du grec ancien <em>sundrom\u00ea<\/em> (\u03c3\u03c5\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bc\u03ae), compos\u00e9 de la pr\u00e9position <em>sun<\/em> (\u03c3\u03cd\u03bd, \u00ab avec, ensemble \u00bb) et du nom <em>dromos<\/em> (\u03b4\u03c1\u03cc\u03bc\u03bf\u03c2, \u00ab course, chemin \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab concours d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui surviennent ensemble \u00bb. L&rsquo;utilisation conjointe du patronyme de Cushing et du terme syndrome a \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9e dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale internationale au milieu du XXe si\u00e8cle afin d&rsquo;englober toutes les manifestations cliniques d\u00e9coulant de cette pathologie surr\u00e9nalienne, qu&rsquo;elle soit induite par l&rsquo;hypophyse, une tumeur primitive des surr\u00e9nales ou une production ectopique.<\/p>\n<p>Le terme s&rsquo;est progressivement diffus\u00e9 dans les disciplines psychologiques et psychiatriques sous l&rsquo;impulsion des travaux sur l&rsquo;endocrinologie comportementale, formalisant l&rsquo;existence de troubles mentaux directement imputables \u00e0 une perturbation hormonale identifiable plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9tiologie purement psychodynamique ou sociale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique et phonologique en fran\u00e7ais, l&rsquo;expression se d\u00e9cline selon les normes suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cat\u00e9gorie grammaticale :<\/strong> Locution nominale masculine singuli\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Orthographe standard :<\/strong> Syndrome de Cushing (avec majuscule au nom propre \u00ab Cushing \u00bb). On \u00e9vite l&rsquo;apostrophe anglo-saxonne (*Cushing&rsquo;s syndrome*) dans les r\u00e9dactions acad\u00e9miques francophones, m\u00eame si la forme \u00ab syndrome de Cushing-hyphysaire \u00bb ou \u00ab cushingode \u00bb appara\u00eet sous forme adjectivale.<\/li>\n<li><strong>Forme adjectivale d\u00e9riv\u00e9e :<\/strong> Cushingien, cushingienne (ex. : \u00ab un profil cushingien \u00bb, \u00ab une d\u00e9pression cushingienne \u00bb) ou cushingode (qui ressemble au syndrome de Cushing, g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 pour d\u00e9crire un faci\u00e8s ou un habitus).<\/li>\n<li><strong>Transcription phon\u00e9tique internationale (API) :<\/strong> \/s\u025b\u0303.d\u0281om d\u0259 ku.\u0283i\u014b\/ ou \/s\u025b\u0303.d\u0281om d\u0259 ky.\u0283i\u014b\/. Bien que la prononciation d&rsquo;origine anglaise tende vers [\u02c8k\u028a\u0283.\u026a\u014b], l&rsquo;usage m\u00e9dical francophone prononce g\u00e9n\u00e9ralement la premi\u00e8re syllabe avec un son [u] ou plus rarement [y], termin\u00e9e par la consonne v\u00e9laire nasale [\u014b].<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le syndrome de Cushing repose sur une rupture hom\u00e9ostatique profonde induite par l&rsquo;hypercortisolisme. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortisol\">cortisol<\/a>, principal glucocortico\u00efde endog\u00e8ne s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par la zone fascicul\u00e9e du cortex surr\u00e9nalien, est une hormone vitale charg\u00e9e d&rsquo;orchestrer la r\u00e9ponse au stress, d&rsquo;accro\u00eetre la n\u00e9oglucogen\u00e8se, de moduler l&rsquo;activit\u00e9 immunitaire et d&rsquo;influencer la r\u00e9activit\u00e9 vasculaire. En condition physiologique normale, sa s\u00e9cr\u00e9tion ob\u00e9it \u00e0 un rythme circadien strict, caract\u00e9ris\u00e9 par un pic matinal (\u00ab acrophase \u00bb) peu apr\u00e8s le r\u00e9veil et un nadir nocturne survenant aux premi\u00e8res heures du sommeil.<\/p>\n<p>Dans le syndrome de Cushing, ce contr\u00f4le fin s&rsquo;effondre totalement. Le r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif exerc\u00e9 normalement par le cortisol circulant sur l&rsquo;hypothalamus et l&rsquo;hypophyse devient inop\u00e9rant. Il en r\u00e9sulte une disparition de la p\u00e9riodicit\u00e9 circadienne et une impr\u00e9gnation tissulaire permanente par des doses supra-physiologiques de st\u00e9ro\u00efdes. Cette saturation continue provoque une cascades d&rsquo;effets cataboliques au niveau p\u00e9riph\u00e9rique : fonte musculaire proximale (amyotrophie), fragilit\u00e9 capillaire entra\u00eenant des ecchymoses spontan\u00e9es, vergetures pourpres larges et caract\u00e9ristiques sur l&rsquo;abdomen et les cuisses, ost\u00e9op\u00e9nie voire ost\u00e9oporose fracturaire, intol\u00e9rance au glucose ou diab\u00e8te franc, et redistribution facio-tronculaire du tissu adipeux (faci\u00e8s \u00ab lunaire \u00bb et bosse de bison ou \u00ab buffalo hump \u00bb).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement aux anomalies p\u00e9riph\u00e9riques, l&rsquo;impact sur le syst\u00e8me nerveux central est d\u00e9vastateur. Le tissu c\u00e9r\u00e9bral est particuli\u00e8rement riche en r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes (GR) et aux min\u00e9ralocortico\u00efdes (MR), sp\u00e9cialement au sein des structures limbiques telles que l&rsquo;hippocampe et l&rsquo;amygdale, ainsi que dans le cortex pr\u00e9frontal. L&rsquo;exposition chronique \u00e0 de hautes concentrations de cortisol provoque une r\u00e9duction de la neurogen\u00e8se hippocampique, une r\u00e9traction des \u00e9pines dendritiques, une alt\u00e9ration de la plasticit\u00e9 synaptique et, \u00e0 terme, une perte volum\u00e9trique c\u00e9r\u00e9brale globale et focale mesurable en neuro-imagerie.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences psychiques de cette d\u00e9gradation morphologique et fonctionnelle se traduisent par une symptomatologie psychiatrique polymorphe et s\u00e9v\u00e8re. Plus de 70 \u00e0 80 % des patients d\u00e9veloppent des perturbations thymiques significatives. Il s&rsquo;agit classiquement d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur atypique, marqu\u00e9 par une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle extr\u00eame, une irritabilit\u00e9 explosive, une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avec attaques de panique, et dans les cas les plus s\u00e9v\u00e8res, des \u00e9pisodes maniaques ou des manifestations psychotiques aigu\u00ebs (d\u00e9lires parano\u00efdes, hallucinations), autrefois qualifi\u00e9es de \u00ab folie cushingienne \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les patients pr\u00e9sentent un profil d&rsquo;alt\u00e9ration sous-cortico-frontal. Les d\u00e9ficits portent avec pr\u00e9dilection sur la m\u00e9moire \u00e9pisodique d\u00e9clarative, la flexibilit\u00e9 mentale, la vitesse de traitement de l&rsquo;information, l&rsquo;attention soutenue et la m\u00e9moire de travail. Cette d\u00e9t\u00e9rioration cognitive engendre un handicap fonctionnel consid\u00e9rable, isolant souvent les patients sur le plan professionnel et relationnel avant m\u00eame que le diagnostic somatique ne soit formellement pos\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire m\u00e9dicale du syndrome de Cushing illustre le passage progressif d&rsquo;une compr\u00e9hension purement anatomoclinique vers une d\u00e9marche neuroendocrinienne int\u00e9gr\u00e9e. D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, plusieurs cliniciens, notamment le m\u00e9decin viennois Arthur Sch\u00fcller en 1906, avaient not\u00e9 des associations curieuses entre des tumeurs hypophysaires et des syndromes d&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 dystrophique. N\u00e9anmoins, c&rsquo;est Harvey Cushing qui, gr\u00e2ce \u00e0 une rigueur m\u00e9thodologique exceptionnelle, d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;affection en 1932 \u00e0 partir d&rsquo;une cohorte initiale de douze patients, attribuant le trouble \u00e0 des l\u00e9sions basophiles de l&rsquo;hypophyse.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1940 et 1950, l&rsquo;isolement du cortisol et de l&rsquo;hormone corticotrope (ACTH) par des chercheurs comme Edward Calvin Kendall, Tadeus Reichstein et Philip Showalter Hench (qui partag\u00e8rent le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1950) a permis d&rsquo;\u00e9lucider la biochimie du cortex surr\u00e9nalien. Cette avanc\u00e9e th\u00e9orique a d\u00e9montr\u00e9 que le syndrome observ\u00e9 par Cushing pouvait \u00eatre provoqu\u00e9 soit directement par une s\u00e9cr\u00e9tion excessive de cortisol surr\u00e9nalien, soit indirectement par une hypers\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;ACTH.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement des dosages radio-immunologiques mis au point par Rosalyn Yalow et Solomon Berson a permis d&rsquo;\u00e9valuer pr\u00e9cis\u00e9ment les concentrations d&rsquo;ACTH et de st\u00e9ro\u00efdes plasmatiques, autorisant ainsi un diagnostic diff\u00e9rentiel rigoureux entre les formes hypophysaires, surr\u00e9naliennes et paran\u00e9oplasiques. Parall\u00e8lement, les observations du psychiatre Russell Gardner et de ses coll\u00e8gues ont commenc\u00e9 \u00e0 documenter syst\u00e9matiquement la r\u00e9versibilit\u00e9 partielle des d\u00e9sordres psychiatriques apr\u00e8s r\u00e9section tumorale chirurgicale.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) haute r\u00e9solution a r\u00e9volutionn\u00e9 la neurobiologie de l&rsquo;hypercortisolisme. Les travaux s\u00e9minaux men\u00e9s par Robert Sapolsky sur la neurotoxicit\u00e9 des glucocortico\u00efdes chez l&rsquo;animal ont trouv\u00e9 leur confirmation chez l&rsquo;\u00eatre humain gr\u00e2ce aux \u00e9tudes de Monica Starkman et d&rsquo;Yvette Sheline. Ces chercheurs ont apport\u00e9 la preuve formelle d&rsquo;une atrophie s\u00e9lective de l&rsquo;hippocampe chez les patients pr\u00e9sentant un syndrome de Cushing, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la dur\u00e9e et \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;hypercortisolisme, tout en objectivant une remarquable r\u00e9cup\u00e9ration volum\u00e9trique apr\u00e8s normalisation endocrinienne.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension moderne du syndrome de Cushing s&rsquo;articule autour du mod\u00e8le neuroendocrinien de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_hypothalamo-hypophyso-surr%C3%A9nalien\">axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien<\/a> (axe HHS). En r\u00e9gime physiologique, les neurones \u00e0 corticolib\u00e9rine (CRH, <em>Corticotropin-Releasing Hormone<\/em>) du noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus stimulent la synth\u00e8se et la lib\u00e9ration de la pro-opiom\u00e9lanocortine (POMC) et de son d\u00e9riv\u00e9, l&rsquo;ACTH, par l&rsquo;hypophyse ant\u00e9rieure. L&rsquo;ACTH se lie ensuite aux r\u00e9cepteurs de la m\u00e9lanocortine de type 2 (MC2R) sur le cortex surr\u00e9nalien pour stimuler la st\u00e9ro\u00efdogen\u00e8se.<\/p>\n<p>Deux classes de r\u00e9cepteurs nucl\u00e9aires m\u00e9dient les effets c\u00e9r\u00e9braux du cortisol : les r\u00e9cepteurs min\u00e9ralocortico\u00efdes (MR ou type I) et les r\u00e9cepteurs glucocortico\u00efdes (GR ou type II). Les r\u00e9cepteurs MR pr\u00e9sentent une tr\u00e8s haute affinit\u00e9 pour le cortisol et sont presque enti\u00e8rement satur\u00e9s \u00e0 des concentrations basales normales. Les r\u00e9cepteurs GR poss\u00e8dent une affinit\u00e9 dix fois plus faible et ne sont recrut\u00e9s que lors du pic circadien matinal ou lors d&rsquo;un stress aigu. Dans le syndrome de Cushing, la saturation permanente et \u00e9crasante des r\u00e9cepteurs GR d\u00e9clenche une cascade d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d\u00e9sign\u00e9e sous le nom d&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se de la neurotoxicit\u00e9 st\u00e9ro\u00efdienne \u00bb.<\/p>\n<p>Cette neurotoxicit\u00e9 s&rsquo;exprime \u00e0 travers plusieurs m\u00e9canismes synergiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Excitotoxicit\u00e9 glutamatergique :<\/strong> Le cortisol surabondant inhibe la recapture astrocytaire du glutamate via la r\u00e9duction de l&rsquo;expression des transporteurs GLT-1, conduisant \u00e0 une accumulation synaptique de glutamate. La suractivation cons\u00e9cutive des r\u00e9cepteurs NMDA provoque un afflux massif d&rsquo;ions calcium intracellulaires, d\u00e9clenchant un stress oxydatif et la mort neuronale.<\/li>\n<li><strong>Suppression des facteurs neurotrophiques :<\/strong> L&rsquo;hypercortisolisme \u00e9teint la transcription du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF, <em>Brain-Derived Neurotrophic Factor<\/em>), entra\u00eenant une r\u00e9gression de l&rsquo;arborisation dendritique hippocampique et pr\u00e9frontale et bloquant la neurogen\u00e8se dans la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Alt\u00e9ration de la bio\u00e9nerg\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> Les glucocortico\u00efdes \u00e0 fortes doses r\u00e9duisent l&rsquo;entr\u00e9e de glucose dans les neurones en modulant n\u00e9gativement les transporteurs GLUT-3, rendant les cellules nerveuses particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables \u00e0 tout stress m\u00e9tabolique incident.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9r\u00e9gulation monoaminergique :<\/strong> L&rsquo;exc\u00e8s st\u00e9ro\u00efdien modifie la synth\u00e8se, le renouvellement et la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques (5-HT1A et 5-HT2), dopaminergiques et noradr\u00e9nergiques, expliquant le caract\u00e8re r\u00e9fractaire des syndromes d\u00e9pressifs associ\u00e9s aux th\u00e9rapies antid\u00e9pressives classiques monoaminergiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9tiopathog\u00e9nique, le syndrome de Cushing se scinde en deux cat\u00e9gories majeures d\u00e9termin\u00e9es par le niveau d&rsquo;ACTH plasmatique, auxquelles s&rsquo;ajoute l&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse particuli\u00e8rement fr\u00e9quente :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de Cushing exog\u00e8ne (iatrog\u00e8ne) :<\/strong> Cause la plus r\u00e9pandue d&rsquo;hypercortisolisme dans la population g\u00e9n\u00e9rale, cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;administration prolong\u00e9e de cortico\u00efdes de synth\u00e8se (prednisone, d\u00e9xam\u00e9thasone, hydrocortisone) par voie orale, intraveineuse ou percutan\u00e9e \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es pour traiter des maladies auto-immunes, h\u00e9matologiques ou inflammatoires.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Cushing endog\u00e8ne ACTH-d\u00e9pendant (environ 80 \u00e0 85 % des formes endog\u00e8nes) :<\/strong> Comprend la classique <em>maladie de Cushing<\/em> (ad\u00e9nome hypophysaire hypers\u00e9cr\u00e9tant l&rsquo;ACTH, responsable d&rsquo;environ 70 % des cas endog\u00e8nes) et la <em>s\u00e9cr\u00e9tion ectopique d&rsquo;ACTH<\/em> (10 \u00e0 15 % des cas), li\u00e9e le plus souvent \u00e0 des tumeurs neuroendocrines bronchiques, thymiques ou pancr\u00e9atiques.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Cushing endog\u00e8ne ACTH-ind\u00e9pendant (environ 15 \u00e0 20 % des formes endog\u00e8nes) :<\/strong> R\u00e9sulte d&rsquo;une production autonome de cortisol par la glande surr\u00e9nale elle-m\u00eame, g\u00e9n\u00e9ralement due \u00e0 un ad\u00e9nome surr\u00e9nalien unilat\u00e9ral b\u00e9nin, plus rarement \u00e0 un corticosurr\u00e9nalome malin, ou exceptionnellement \u00e0 des hyperplasies bilat\u00e9rales des surr\u00e9nales macro- ou micronodulaires.<\/li>\n<li><strong>Dimensions neuropsychopathologiques :<\/strong> L&rsquo;expression clinique s&rsquo;articule en trois p\u00f4les symptomatiques majeurs : le p\u00f4le affectif (d\u00e9pression, anh\u00e9donie, dysphorie, labilit\u00e9), le p\u00f4le cognitif (troubles de la m\u00e9moire verbale et de travail, dysfonction ex\u00e9cutive) et le p\u00f4le v\u00e9g\u00e9tatif\/\u00e9motionnel (insomnie majeure avec rupture du sommeil lent profond, hyper-r\u00e9activit\u00e9 anxieuse, asth\u00e9nie globale \u00e9puisante).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la pr\u00e9sentation clinique et diagnostique, examinons le cas typique de Madame B., \u00e2g\u00e9e de 38 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques personnels ni familiaux, adress\u00e9e en consultation psychiatrique pour un \u00e9tat d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re r\u00e9sistant \u00e0 deux lignes th\u00e9rapeutiques successives d&rsquo;inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS).<\/p>\n<p>Depuis dix-huit mois, la patiente se plaint d&rsquo;une fatigue physique et morale \u00e9crasante, de pleurs immotiv\u00e9s, d&rsquo;une irritabilit\u00e9 majeure envers ses proches et d&rsquo;une perte d&rsquo;efficience intellectuelle marqu\u00e9e dans son travail de cadre financi\u00e8re (incapacit\u00e9 \u00e0 planifier ses t\u00e2ches, oublis massifs de rendez-vous professionnels). Elle attribue son \u00e9tat \u00e0 un surmenage professionnel. N\u00e9anmoins, l&rsquo;examen clinique attentif r\u00e9v\u00e8le des \u00e9l\u00e9ments somatiques d\u00e9routants : un gonflement r\u00e9cent du visage avec rougeur malaire (faci\u00e8s lunaire), une prise pond\u00e9rale de 9 kilogrammes localis\u00e9e strictement \u00e0 l&rsquo;abdomen contrastant avec un amincissement des membres, l&rsquo;apparition de larges vergetures violac\u00e9es non r\u00e9centes sur les flancs et une faiblesse musculaire rendant difficile la mont\u00e9e des escaliers.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce tableau, un bilan endocrinien est sollicit\u00e9 : le cortisol libre urinaire des 24 heures s&rsquo;av\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00e0 quatre fois la limite sup\u00e9rieure de la normale, le cortisol salivaire nocturne \u00e0 minuit t\u00e9moigne d&rsquo;une perte absolue du cycle circadien, et le test de freinage minute \u00e0 la d\u00e9xam\u00e9thasone (1 mg) ne parvient pas \u00e0 supprimer la s\u00e9cr\u00e9tion de cortisol plasmatique. Une IRM hypophysaire met en \u00e9vidence un microad\u00e9nome de 6 mm confirmant une maladie de Cushing. Suite \u00e0 une r\u00e9section transsph\u00e9no\u00efdale de la l\u00e9sion, la normalisation progressive du cortisol s&rsquo;est accompagn\u00e9e, sur une p\u00e9riode de douze mois, d&rsquo;une r\u00e9mission compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif et d&rsquo;une r\u00e9cup\u00e9ration partielle mais substantielle des capacit\u00e9s cognitives ant\u00e9rieures.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic clinique<\/h3>\n<p>La d\u00e9marche diagnostique face \u00e0 une suspicion de syndrome de Cushing repose sur un protocole m\u00e9thodique en deux temps : confirmer l&rsquo;hypercortisolisme biochimique endog\u00e8ne, puis en identifier pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9tiologie.<\/p>\n<p>Pour la confirmation diagnostique initiale, les recommandations internationales pr\u00e9conisent au moins deux des trois examens de premi\u00e8re intention suivants :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Cortisol libre urinaire (CLU) des 24 heures :<\/strong> R\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur au moins deux recueils distincts, il refl\u00e8te la fraction non li\u00e9e, physiologiquement active, du cortisol circulant. Une \u00e9l\u00e9vation sup\u00e9rieure \u00e0 trois fois la norme est fortement \u00e9vocatrice.<\/li>\n<li><strong>Test de freinage faible minute \u00e0 la d\u00e9xam\u00e9thasone :<\/strong> Ingestion de 1 mg de d\u00e9xam\u00e9thasone \u00e0 23h00, suivie d&rsquo;un dosage du cortisol s\u00e9rique le lendemain matin \u00e0 8h00. Une cortisol\u00e9mie sup\u00e9rieure \u00e0 50 nmol\/L (1,8 \u03bcg\/dL) signe une absence de r\u00e9trocontr\u00f4le adaptatif.<\/li>\n<li><strong>Cortisol salivaire nocturne (vers 23h-minuit) :<\/strong> Test simple et non invasif \u00e9valuant la disparition du creux circadien physiologique nocturne, hautement sensible et adapt\u00e9 aux investigations ambulatoires.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Une fois le diagnostic d&rsquo;hypercortisolisme pos\u00e9, le dosage de l&rsquo;ACTH plasmatique au repos permet d&rsquo;orienter le diagnostic \u00e9tiologique : un taux d&rsquo;ACTH effondr\u00e9 ou ind\u00e9tectable (< 5 pg\/mL) signe une forme surr\u00e9nalienne (ACTH-ind\u00e9pendante) et impose une tomodensitom\u00e9trie des surr\u00e9nales. En revanche, un taux d'ACTH normal ou \u00e9lev\u00e9 oriente vers une pathologie ACTH-d\u00e9pendante, n\u00e9cessitant une IRM hypophysaire avec s\u00e9quences dynamiques inject\u00e9es et, en cas de doute, un cath\u00e9t\u00e9risme s\u00e9lectif des sinus p\u00e9treux inf\u00e9rieurs avec injection de CRH pour distinguer un ad\u00e9nome hypophysaire d'une hypers\u00e9cr\u00e9tion ectopique.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et neuropsychologique, l&rsquo;\u00e9valuation objective doit faire appel \u00e0 des instruments standardis\u00e9s : \u00e9chelles de d\u00e9pression et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (Hamilton Depression Rating Scale [HAM-D], Beck Depression Inventory [BDI-II]), batteries de tests neuropsychologiques d\u00e9taill\u00e9es explorant la m\u00e9moire verbale et visuelle (test de rappel libre\/rappel indic\u00e9 RL\/RI-16, figure de Rey) et les fonctions ex\u00e9cutives (Trail Making Test, test de Stroop, Wisconsin Card Sorting Test).<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et neuropsychologique<\/h3>\n<p>La pertinence de la reconnaissance du syndrome de Cushing dans la pratique clinique r\u00e9side dans la gravit\u00e9 de ses complications lorsqu&rsquo;il est non diagnostiqu\u00e9. L&rsquo;hypercortisolisme non contr\u00f4l\u00e9 est associ\u00e9 \u00e0 un taux de mortalit\u00e9 cardiovasculaire et infectieuse multipli\u00e9 par quatre par rapport \u00e0 la population g\u00e9n\u00e9rale appari\u00e9e pour l&rsquo;\u00e2ge et le sexe.<\/p>\n<p>En milieu psychiatrique, l&rsquo;enjeu r\u00e9side dans le diagnostic pr\u00e9coce. Il est classique d&rsquo;observer un d\u00e9lai moyen de 2 \u00e0 5 ans entre les premiers sympt\u00f4mes psychiques ou g\u00e9n\u00e9raux et l&rsquo;identification de l&rsquo;ad\u00e9nome ou de la tumeur sous-jacente. Ce retard diagnostique expose le patient \u00e0 des prescriptions d&rsquo;antid\u00e9presseurs multiples et inefficaces, \u00e0 des hospitalisations r\u00e9it\u00e9r\u00e9es, voire \u00e0 des \u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapies dispens\u00e9es \u00e0 tort pour des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs qualifi\u00e9s de r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique int\u00e9gr\u00e9, le traitement premier du syndrome de Cushing est \u00e9tiologique : ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale de l&rsquo;ad\u00e9nome hypophysaire par voie transsph\u00e9no\u00efdale ou surr\u00e9nalectomie. En p\u00e9riode p\u00e9riop\u00e9ratoire ou en cas d&rsquo;\u00e9chec chirurgical, des inhibiteurs enzymatiques de la st\u00e9ro\u00efdogen\u00e8se surr\u00e9nalienne tels que la m\u00e9tyrapone, le k\u00e9toconazole ou l&rsquo;osilodrostrostat permettent une r\u00e9duction rapide du cortisol plasmatique, entra\u00eenant souvent une am\u00e9lioration notable et spectaculaire de l&rsquo;\u00e9tat psychiatrique en quelques semaines.<\/p>\n<p>Toutefois, la normalisation hormonale brutale apr\u00e8s r\u00e9section chirurgicale expose le patient au risque aigu d&rsquo;insuffisance corticotrope relative et au classique \u00ab syndrome de sevrage en glucocortico\u00efdes \u00bb. Ce dernier se traduit par une asth\u00e9nie paradoxale intol\u00e9rable, des myalgies diffuses, une exacerbation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et un d\u00e9sespoir profond, exigeant un accompagnement psychologique intensif et une substitution r\u00e9gressivement dos\u00e9e en hydrocortisone sur plusieurs mois, voire plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle a \u00e9tabli le syndrome de Cushing comme l&rsquo;un des arch\u00e9types de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 neuroplastique induite par l&rsquo;environnement hormonal. Des \u00e9tudes de volum\u00e9trie c\u00e9r\u00e9brale par IRM men\u00e9es par Starkman et ses collaborateurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une r\u00e9duction significative du volume hippocampique bilat\u00e9ral chez les patients cushingiens comparativement \u00e0 des t\u00e9moins sains, r\u00e9duction statistiquement corr\u00e9l\u00e9e aux scores d&rsquo;amputation de la m\u00e9moire verbale.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re remarquable, ces m\u00eames investigations longitudinales ont montr\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s correction chirurgicale de l&rsquo;hypercortisolisme, on observe une augmentation mesurable du volume de l&rsquo;hippocampe, d\u00e9montrant pour la premi\u00e8re fois chez l&rsquo;humain la capacit\u00e9 de r\u00e9versibilit\u00e9 de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Atrophie_c%C3%A9r%C3%A9brale\">atrophie c\u00e9r\u00e9brale<\/a> sous l&rsquo;effet de la r\u00e9gression de la toxicit\u00e9 cortisomim\u00e9tique. Ces r\u00e9sultats ont offert un appui empirique d\u00e9cisif \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se neurog\u00e9nique des troubles de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p>Cependant, les donn\u00e9es empiriques \u00e0 long terme ont temp\u00e9r\u00e9 cet optimisme initial. Des travaux prospectifs conduits par Andela, Pereira et van der Wee ont mis en \u00e9vidence que, bien que la macro-architecture hippocampique et le cortisol se normalisent, des alt\u00e9rations persistantes de la microstructure de la substance blanche (visibles en imagerie du tenseur de diffusion) persistent chez les patients en r\u00e9mission depuis plusieurs ann\u00e9es. Cliniquement, ces anomalies structurelles r\u00e9siduelles co\u00efncident avec le maintien d&rsquo;une moindre r\u00e9silience \u00e9motionnelle, de taux accrus de troubles anxieux et d&rsquo;un sentiment subjectif d&rsquo;alt\u00e9ration permanente de la qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception et l&rsquo;interpr\u00e9tation des modifications morphologiques et comportementales induites par le syndrome de Cushing sont \u00e9troitement li\u00e9es aux repr\u00e9sentations culturelles du corps et du genre. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines, o\u00f9 dominent des id\u00e9aux d&rsquo;extr\u00eame minceur et de ma\u00eetrise corporelle, la transformation physique cushingienne (visage arrondi, adiposit\u00e9 abdominale, alop\u00e9cie andro-g\u00e9n\u00e9tique f\u00e9minine, hirsutisme) est souvent interpr\u00e9t\u00e9e, \u00e0 tort, comme le r\u00e9sultat d&rsquo;un laisser-aller alimentaire ou d&rsquo;un manque de volont\u00e9 morale. Cette stigmatisation sociale aggrave le retrait relationnel et la d\u00e9tresse narcissique du sujet.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses r\u00e9gions du globe ou au sein de communaut\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;endocrinologie de pointe est restreint, les premi\u00e8res manifestations de la maladie \u2014 d\u00e9lire pers\u00e9cutif, insomnie d\u00e9vastatrice, agressivit\u00e9 verbale, prostration \u2014 sont couramment attribu\u00e9es \u00e0 des crises existentielles, \u00e0 des influences mystiques ou \u00e0 des pathologies purement psychiatriques fonctionnelles. Ces divergences contextuelles renforcent les in\u00e9galit\u00e9s majeures quant au d\u00e9lai diagnostique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;usage th\u00e9rapeutique massif et non encadr\u00e9 de dermocortico\u00efdes d\u00e9pigmentants dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Afrique subsaharienne et parmi les populations de la diaspora g\u00e9n\u00e8re une pr\u00e9valence alarmante de syndromes de Cushing iatrog\u00e8nes exog\u00e8nes graves, coupl\u00e9s \u00e0 des complications m\u00e9taboliques et psychiques d&rsquo;une particuli\u00e8re acuit\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Le point le plus d\u00e9battu et le plus complexe en pratique neuropsychiatrique concerne l&rsquo;entit\u00e9 nosologique qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00e9tat de <strong>pseudo-Cushing<\/strong> (ou hypercortisolisme fonctionnel non cushingien). De multiples \u00e9tats psychopathologiques \u2014 au premier rang desquels figurent la d\u00e9pression majeure m\u00e9lancolique, l&rsquo;anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re, le trouble d&rsquo;usage de l&rsquo;alcool et le sevrage alcoolique \u2014 sont eux-m\u00eames responsables d&rsquo;une hyperactivit\u00e9 chronique de l&rsquo;axe corticotrope par d\u00e9sactivation du frein central, mimant ainsi fid\u00e8lement les anomalies biochimiques du syndrome de Cushing l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Cette zone grise diagnostique soul\u00e8ve de fr\u00e9quents dilemmes : la d\u00e9pression du patient est-elle la cons\u00e9quence d&rsquo;un v\u00e9ritable ad\u00e9nome corticotrope occult\u00e9, ou est-elle la cause d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement fonctionnel de l&rsquo;axe surr\u00e9nalien ? Pour d\u00e9m\u00ealer cette intrication, des protocoles sp\u00e9cifiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s, tels que le test combin\u00e9 d\u00e9xam\u00e9thasone-CRH, bien que sa sp\u00e9cificit\u00e9 demeure aujourd&rsquo;hui encore l&rsquo;objet de vives controverses parmi les endocrinologues et les psychiatres chercheurs.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le devenir \u00e0 long terme de ces patients apr\u00e8s une gu\u00e9rison biologique confirm\u00e9e. Longtemps, la m\u00e9decine a postul\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e9section tumorale ad\u00e9quate entra\u00eenait une restauration int\u00e9grale du statut neurocognitif et psychoaffectif. Or, les associations de patients et les investigations r\u00e9centes d\u00e9montrent la fr\u00e9quence d&rsquo;un handicap invisible r\u00e9siduel (fatigabilit\u00e9 cognitive, anh\u00e9donie subtile, troubles de la r\u00e9gulation affective), sugg\u00e9rant l&rsquo;existence d&rsquo;une cicatrice morpho-fonctionnelle d\u00e9finitive au niveau du cortex limbique, sous-estim\u00e9e par le corps m\u00e9dical.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension pr\u00e9cise de la pathologie n\u00e9cessite de distinguer rigoureusement les notions suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de Cushing vs Maladie de Cushing :<\/strong> Le <em>syndrome de Cushing<\/em> est le cadre nosologique g\u00e9n\u00e9ral regroupant tout hypercortisolisme chronique quelle qu&rsquo;en soit la source. La <em>maladie de Cushing<\/em> d\u00e9signe exclusivement la sous-cat\u00e9gorie caus\u00e9e par un ad\u00e9nome hypophysaire hypers\u00e9cr\u00e9tant l&rsquo;ACTH.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Cushing vs \u00c9tat de pseudo-Cushing :<\/strong> Le pseudo-Cushing d\u00e9signe une hyperactivation fonctionnelle de l&rsquo;axe corticotrope secondaire \u00e0 un stress biologique ou psychiatrique majeur (d\u00e9pression unipolaire endog\u00e8ne, alcoolisme chronique, ob\u00e9sit\u00e9 morbide simple), sans autonomie tumorale de l&rsquo;hypophyse ou des surr\u00e9nales.<\/li>\n<li><strong>Hypercortisolisme vs Insuffisance surr\u00e9nalienne (Maladie d&rsquo;Addison) :<\/strong> Il s&rsquo;agit d&rsquo;antonymes physiopathologiques parfaits. La maladie d&rsquo;Addison repr\u00e9sente le d\u00e9ficit primaire en glucocortico\u00efdes et min\u00e9ralocortico\u00efdes par destruction surr\u00e9nalienne, produisant hypotension, m\u00e9lanodermie, d\u00e9pl\u00e9tion sod\u00e9e et ralentissement psychomoteur extr\u00eame.<\/li>\n<li><strong>Syndrome m\u00e9tabolique :<\/strong> Le syndrome m\u00e9tabolique partage de nombreux traits ph\u00e9notypiques avec le Cushing (adiposom\u00e9galie abdominale, insulino-r\u00e9sistance, hypertension art\u00e9rielle), mais en l&rsquo;absence de toute anomalie de la r\u00e9gulation st\u00e9ro\u00efdienne ou d&rsquo;amyotrophie musculaire proximale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le syndrome de Cushing est une affection multisyst\u00e9mique complexe r\u00e9sultant d&rsquo;une exposition tissulaire excessive et prolong\u00e9e aux glucocortico\u00efdes, qu&rsquo;elle soit d&rsquo;origine exog\u00e8ne m\u00e9dicamenteuse ou endog\u00e8ne (hypophysaire, surr\u00e9nalienne ou paran\u00e9oplasique). Ses implications pour la psychologie clinique et la neurologie sont cardinales : l&rsquo;exc\u00e8s continu de cortisol entra\u00eene une v\u00e9ritable neurotoxicit\u00e9 structurale, touchant prioritairement l&rsquo;hippocampe et le cortex pr\u00e9frontal via des m\u00e9canismes d&rsquo;excitotoxicit\u00e9 et de d\u00e9pl\u00e9tion en facteurs neurotrophiques.<\/p>\n<p>Sur le plan symptomatique, l&rsquo;atteinte mentale associe une d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re atypique r\u00e9sistante aux traitements conventionnels, une anxi\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, une instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle explosive et des d\u00e9ficits cognitifs majeurs de la m\u00e9moire \u00e9pisodique et des fonctions ex\u00e9cutives. Le rep\u00e9rage clinique doit \u00eatre vigilant devant toute alt\u00e9ration thymique inexpliqu\u00e9e accompagn\u00e9e de stigmates morphologiques d&rsquo;\u00e9chappement catabolique (amyotrophie, vergetures pourpres, fragilit\u00e9 cutan\u00e9e, r\u00e9partition tronculaire des graisses).<\/p>\n<p>Le traitement \u00e9tiologique visant la gu\u00e9rison chirurgicale ou m\u00e9dicale de l&rsquo;hypercortisolisme permet une r\u00e9gression significative des d\u00e9sordres psychiatriques et une rem\u00e9diation volum\u00e9trique c\u00e9r\u00e9brale mesurable. N\u00e9anmoins, la prise en charge post-curative requiert un suivi holistique \u00e9troit pour accompagner le sevrage st\u00e9ro\u00efdien et pallier les s\u00e9quelles neuropsychologiques et de qualit\u00e9 de vie fr\u00e9quemment observ\u00e9es au long cours.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Andela, C. D., van der Wee, N. J., &amp; Pereira, A. M. (2015). Quality of life and cognitive impairment in Cushing&rsquo;s disease. <em>The Lancet Diabetes &amp; Endocrinology<\/em>, 3(10), 754-756.<\/li>\n<li>Cushing, H. (1932). The basophil adenomas of the pituitary body and their clinical manifestations (pituitary basophilism). <em>Bulletin of the Johns Hopkins Hospital<\/em>, 50, 137-195.<\/li>\n<li>Nieman, L. K., Biller, B. M., Findling, J. W., Newell-Price, J., Savage, M. O., Stewart, P. M., &amp; Montori, V. M. (2008). The diagnosis of Cushing&rsquo;s syndrome: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. <em>The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/em>, 93(5), 1526-1540.<\/li>\n<li>Sapolsky, R. M. (2000). Glucocorticoids and hippocampal atrophy in neuropsychiatric disorders. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 57(10), 925-935.<\/li>\n<li>Starkman, M. N., Giordani, B., Gebarski, S. S., Berent, S., Schork, M. A., &amp; Schteingart, D. E. (1999). Decrease in cortisol reverses human hippocampal atrophy following treatment of Cushing&rsquo;s disease. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 46(12), 1595-1602.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome de Cushing est une affection d\u00e9termin\u00e9e par un hypercortisolisme chronique, entra\u00eenant des alt\u00e9rations m\u00e9taboliques, morphologiques et neuropsychiatriques majeures, dont la d\u00e9pression et le d\u00e9clin cognitif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6871,46,859],"tags":[43414,31970,484,43413,173,31974],"class_list":["post-25822","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-endocrinologie","category-neuropsychologie","category-psychopathologie","tag-atrophie-hippocampique","tag-axe-corticotrope","tag-depression","tag-hypercortisolisme","tag-neuropsychologie","tag-syndrome-de-cushing"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25822\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}