{"id":25799,"date":"2026-11-08T15:53:25","date_gmt":"2026-11-08T15:53:25","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cuneus-anatomie-fonctions"},"modified":"2026-11-08T15:53:25","modified_gmt":"2026-11-08T15:53:25","slug":"cuneus-anatomie-fonctions","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cuneus-anatomie-fonctions","title":{"rendered":"Cuneus : Anatomie et Fonctions Neurocognitives"},"content":{"rendered":"<p>Nich\u00e9 au c\u0153ur de la face m\u00e9diale du lobe occipital, le cuneus constitue une structure neuroanatomique fondamentale dont l&rsquo;importance d\u00e9passe largement le cadre de la simple r\u00e9ception sensorielle visuelle primaire. Longtemps appr\u00e9hend\u00e9 sous un prisme strictement m\u00e9caniste et r\u00e9tinotopique, ce lobule cun\u00e9iforme s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un v\u00e9ritable carrefour d&rsquo;int\u00e9gration associant le traitement des contrastes \u00e9l\u00e9mentaires, l&rsquo;orientation de l&rsquo;attention spatiale, la m\u00e9moire de travail visuo-spatiale et la r\u00e9gulation d&rsquo;\u00e9tats cognitifs complexes au sein de r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux distribu\u00e9s. Comprendre les propri\u00e9t\u00e9s structurales, cytoarchitectoniques et neuropsychologiques du cuneus permet d&rsquo;\u00e9clairer non seulement les d\u00e9ficits p\u00e9rim\u00e9triques classiques de la pratique neurologique, mais \u00e9galement les alt\u00e9rations perceptivo-affectives observ\u00e9es dans diverses pathologies psychiatriques contemporaines.<\/p>\n<h2>Cuneus : Anatomie et Fonctions Neuropsychologiques<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>cuneus<\/strong> (ou lobule cun\u00e9iforme) est une formation gyrique cun\u00e9iforme situ\u00e9e sur la face interne ou m\u00e9diale de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral, au sein du lobe occipital. Anatomiquement d\u00e9limit\u00e9 par le sillon calcarin en bas et le sillon pari\u00e9to-occipital en avant et en haut, il abrite la berge sup\u00e9rieure du cortex visuel primaire ainsi qu&rsquo;une fraction importante des aires visuelles associatives secondaires et tertiaires.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, le cuneus prend en charge la r\u00e9ception et le traitement des aff\u00e9rences r\u00e9tiniennes provenant du champ visuel inf\u00e9rieur controlat\u00e9ral, mat\u00e9rialisant ainsi la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de la carte r\u00e9tinotopique stri\u00e9e. Au-del\u00e0 de ce traitement \u00e9l\u00e9mentaire de bas niveau (formes, orientations, fr\u00e9quences spatiales), les recherches contemporaines en neuro-imagerie fonctionnelle ont d\u00e9montr\u00e9 son implication active dans la s\u00e9lection attentionnelle descendante (top-down), le couplage visuo-moteur, les m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition comportementale et la dynamique oscillatoire des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux de repos.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable <em>cuneus<\/em> provient directement du substantif latin <em>cuneus<\/em>, qui d\u00e9signe un \u00ab coin \u00bb, une pi\u00e8ce de bois ou de m\u00e9tal taill\u00e9e en biseau utilis\u00e9e pour fendre des mati\u00e8res dures, ou encore une disposition triangulaire de troupes dans le lexique militaire romain. Cette m\u00e9taphore g\u00e9om\u00e9trique a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par les anatomistes du XIXe si\u00e8cle pour caract\u00e9riser la silhouette triangulaire ou triangul\u00e9e tr\u00e8s distinctive de ce gyrus lorsqu&rsquo;il est observ\u00e9 en coupe sagittale m\u00e9diane.<\/p>\n<p>Le terme a fait son entr\u00e9e formelle dans la nomenclature neuroanatomique internationale lors de la publication de la <em>Nomina Anatomica<\/em> de B\u00e2le en 1895 (BNA). Il a ensuite \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement conserv\u00e9 dans la terminologie r\u00e9actualis\u00e9e de la <em>Terminologia Anatomica<\/em> (TA98 \/ TA2). En langue fran\u00e7aise, on retrouve parfois les d\u00e9signations historiques de \u00ab coin occipital \u00bb ou de \u00ab lobule cun\u00e9iforme \u00bb, bien que l&rsquo;usage direct du terme latin <em>cuneus<\/em> soit devenu la norme consensuelle dans la litt\u00e9rature clinique et de recherche.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, <strong>cuneus<\/strong> est un nom commun masculin singulier. En phon\u00e9tique fran\u00e7aise internationale, il se prononce g\u00e9n\u00e9ralement [ky.ne.ys]. Bien que son pluriel latin r\u00e9gulier soit <em>cunei<\/em> ([ky.ne.i]), la francisation moderne admet la forme invariable <em>cuneus<\/em> au pluriel (des cuneus), bien que le terme soit tr\u00e8s couramment employ\u00e9 au singulier pour d\u00e9signer la structure unilat\u00e9rale ou qualifi\u00e9 par les adjectifs \u00ab gauche \u00bb et \u00ab droit \u00bb.<\/p>\n<p>Les d\u00e9riv\u00e9s morphologiques comportent l&rsquo;adjectif <strong>cun\u00e9en<\/strong> (f\u00e9minin : <em>cun\u00e9enne<\/em>) ou <strong>cun\u00e9al<\/strong> (f\u00e9minin : <em>cun\u00e9ale<\/em> ; pluriel : <em>cun\u00e9aux<\/em>), fr\u00e9quemment utilis\u00e9s pour d\u00e9signer des branches art\u00e9rielles (art\u00e8re cun\u00e9ale), des faisceaux de fibres my\u00e9linis\u00e9es ou des l\u00e9sions circonscrites \u00e0 cette r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;usage grammatical de ces qualificatifs ob\u00e9it aux r\u00e8gles standard de la syntaxe neuroanatomique fran\u00e7aise.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le cuneus de mani\u00e8re exhaustive, il est imp\u00e9ratif de situer avec rigueur ses coordonn\u00e9es morphologiques au sein de l&rsquo;architecture corticale m\u00e9siale. Le cuneus dessine un triangle r\u00e9gulier dont la base regarde vers le p\u00f4le occipital post\u00e9rieur et dont le sommet converge vers le carrefour sous-jacent \u00e0 la jonction du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sillon_calcarin\">sillon calcarin<\/a> et du sillon pari\u00e9to-occipital. La berge inf\u00e9rieure du cuneus borde directement le sillon calcarin, lequel s\u00e9pare le cuneus du gyrus lingual (gyrus occipito-temporal m\u00e9dial) sous-jacent. Sa limite ant\u00e9ro-sup\u00e9rieure est mat\u00e9rialis\u00e9e par le sillon pari\u00e9to-occipital, un profond sillon qui le d\u00e9limite nettement du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pr%C3%A9cun%C3%A9us\">pr\u00e9cun\u00e9us<\/a>, appartenant fonctionnellement et structurellement au lobe pari\u00e9tal m\u00e9dial.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue cytoarchitectonique, le cuneus n&rsquo;est pas une entit\u00e9 homog\u00e8ne ; il abrite une mosa\u00efque de structures \u00e9tag\u00e9es. La l\u00e8vre sup\u00e9rieure de la fissure calcarine correspond \u00e0 l&rsquo;aire 17 de Brodmann (BA 17), caract\u00e9ris\u00e9e par une striation my\u00e9linis\u00e9e horizontale macroscopiquement visible : la strie de Gennari. Cette zone constitue le cortex visuel primaire (V1 ou cortex stri\u00e9). Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne dorsalement du sillon calcarin pour progresser vers la base ou le bord sup\u00e9rieur du cuneus, le tissu cortical effectue une transition graduelle vers l&rsquo;aire 18 de Brodmann (V2, cortex parastri\u00e9) puis vers l&rsquo;aire 19 (V3\/V3A, cortex p\u00e9ristri\u00e9), class\u00e9es parmi les aires visuelles associatives ou extrastri\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation r\u00e9tinotopique au sein du cuneus r\u00e9pond \u00e0 des r\u00e8gles st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es tr\u00e8s strictes. En raison de la r\u00e9fraction oculaire exerc\u00e9e par la corn\u00e9e et le cristallin, ainsi que du croisement partiel des axones des cellules ganglionnaires de la r\u00e9tine au niveau du chiasma optique, chaque cuneus traite exclusivement les stimuli situ\u00e9s dans le quadrant inf\u00e9rieur du champ visuel controlat\u00e9ral. Les portions les plus ant\u00e9rieures du cuneus re\u00e7oivent les aff\u00e9rences \u00e9manant de la r\u00e9tine p\u00e9riph\u00e9rique, tandis que les r\u00e9gions post\u00e9rieures, plus volumineuses et b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une surrepr\u00e9sentation corticale disproportionn\u00e9e (magnification corticale), re\u00e7oivent les informations provenant de la r\u00e9tine centrale et parafov\u00e9ale.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette segmentation sensorielle, le cuneus participe activement \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation et au relais des voies visuelles fonctionnelles. Historiquement li\u00e9 \u00e0 la voie dorsale dite \u00ab du o\u00f9 \u00bb (voie magnocellulaire projetant vers le lobe pari\u00e9tal pour le rep\u00e9rage spatial et le guidage de l&rsquo;action), le cuneus dialogue \u00e9galement de mani\u00e8re r\u00e9ciproque avec la voie ventrale dite \u00ab du quoi \u00bb (voie parvocellulaire orient\u00e9e vers le lobe temporal pour la reconnaissance d&rsquo;objets). Les neurones du cuneus exhibent des s\u00e9lectivit\u00e9s complexes pour la fr\u00e9quence spatiale, l&rsquo;orientation des bordures, la disparit\u00e9 binoculaire (st\u00e9r\u00e9oscopie) et la cin\u00e9matique locale des cibles visuelles en d\u00e9placement.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences des syst\u00e8mes, le cuneus d\u00e9montre une int\u00e9gration remarquable au sein des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 grande \u00e9chelle. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple automate asservi aux entr\u00e9es r\u00e9tiniennes ascendantes, son activit\u00e9 est modul\u00e9e en permanence par des influx attentionnels descendants en provenance du champ oculomoteur frontal (FEF, <em>Frontal Eye Fields<\/em>) et du sillon intrapari\u00e9tal (IPS). De plus, ses sous-r\u00e9gions associatives participent \u00e0 l&rsquo;ajustement dynamique du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN, <em>Default Mode Network<\/em>) et du r\u00e9seau de contr\u00f4le ex\u00e9cutif lors de l&rsquo;alternance entre vigilance introspective et focalisation externe.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la caract\u00e9risation du cuneus \u00e9pouse fid\u00e8lement l&rsquo;\u00e9volution des neurosciences morphologiques et fonctionnelles depuis le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf). L&rsquo;individualisation anatomique des circonvolutions de la face m\u00e9diale du cerveau a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, avant que le terme de <em>cuneus<\/em> ne soit popularis\u00e9 par l&rsquo;anatomiste allemand Karl Friedrich Burdach au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, puis consolid\u00e9 par les travaux pionniers de Louis Pierre Gratiolet sur les plis c\u00e9r\u00e9braux des primates.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle que la fonction visuelle du cuneus a \u00e9t\u00e9 formellement \u00e9tablie, rompant avec les th\u00e8ses ant\u00e9rieures attribuant le centre de la vision au gyrus angulaire. En analysant les l\u00e9sions occipitales par balles de fusil \u00e0 haute v\u00e9locit\u00e9 chez les soldats bless\u00e9s durant la guerre russo-japonaise (1904-1905), l&rsquo;ophtalmologiste japonais Tatsuji Inouye publia une premi\u00e8re carte r\u00e9tinotopique quantitative d\u00e9montrant sans \u00e9quivoque qu&rsquo;une atteinte de la l\u00e8vre sup\u00e9rieure du sillon calcarin (cuneus) entra\u00eenait une perte campim\u00e9trique circonscrite au quadrant inf\u00e9rieur controlat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Les conclusions d&rsquo;Inouye furent ult\u00e9rieurement confirm\u00e9es et affin\u00e9es de mani\u00e8re magistrale par le neurologue britannique Gordon Holmes lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Holmes cartographia avec une pr\u00e9cision chirurgicale les correspondances entre les perforations cr\u00e2niennes occipitales et les scotomes ou quadranopsies r\u00e9siduels, \u00e9tablissant la projection du champ visuel sup\u00e9rieur sur le gyrus lingual et du champ inf\u00e9rieur sur le cuneus. Parall\u00e8lement, Korbinian Brodmann int\u00e9grait le cuneus dans sa carte cytoarchitectonique de 1909 en y d\u00e9crivant l&rsquo;agencement laminaire sp\u00e9cifique des aires 17, 18 et 19.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, les d\u00e9couvertes \u00e9lectrophysiologiques r\u00e9volutionnaires de David Hubel et Torsten Wiesel sur l&rsquo;architecture en colonnes du cortex stri\u00e9 chez le f\u00e9lin et le primate ont fourni les m\u00e9canismes neuronaux \u00e9l\u00e9mentaires sous-tendant le fonctionnement du cuneus. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1990, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;IRMf a permis de valider <em>in vivo<\/em> chez l&rsquo;humain sain les mod\u00e8les de r\u00e9tinotopie par stimulation p\u00e9riodique \u00e0 damier rotatif (mapping de phase), tout en d\u00e9voilant l&rsquo;implication insoup\u00e7onn\u00e9e du cuneus dans des op\u00e9rations non strictement visuelles, comme l&rsquo;attention s\u00e9lective, le rappel autobiographique et la synchronisation inter-h\u00e9misph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le fonctionnement neurocognitif du cuneus s&rsquo;articule autour de plusieurs paradigmes th\u00e9oriques majeurs de la psychologie cognitive et des neurosciences computationnelles. Le premier de ces cadres est la <strong>th\u00e9orie du codage pr\u00e9dictif<\/strong> formul\u00e9e par Karl Friston et ses contemporains. Selon ce mod\u00e8le, le cuneus ne se limite pas \u00e0 enregistrer passivement les signaux visuels ascendants transmis par les corps genouill\u00e9s lat\u00e9raux ; il compare continuellement ces signaux bruts avec les pr\u00e9dictions descendantes g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les aires corticales sup\u00e9rieures (pari\u00e9tales et frontales). Les neurones du cuneus calculent et propagent ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;\u00ab erreur de pr\u00e9diction \u00bb, permettant au cerveau d&rsquo;ajuster en quelques millisecondes sa repr\u00e9sentation du monde visuel.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique indispensable est la <strong>th\u00e9orie de la comp\u00e9tition biais\u00e9e<\/strong> de Robert Desimone et John Duncan. Dans un environnement encombr\u00e9 de stimuli multiples, plusieurs objets visuels activent simultan\u00e9ment des populations neuronales concurrentes au sein du cuneus. Les m\u00e9canismes attentionnels dirig\u00e9s par les buts de l&rsquo;individu (guidage attentionnel endog\u00e8ne) ou d\u00e9clench\u00e9s par la saillance physique des stimuli (guidage exog\u00e8ne) biaisent cette comp\u00e9tition en augmentant le gain synaptique et la synchronie de d\u00e9charge des neurones du cuneus qui codent l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, \u00e9touffant simultan\u00e9ment les r\u00e9ponses d\u00e9volues aux distracteurs.<\/p>\n<p>Enfin, la mod\u00e9lisation en r\u00e9seaux complexes (th\u00e9orie des graphes) situe le cuneus \u00e0 l&rsquo;intersection de deux r\u00e9gimes computationnels. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il constitue un module sp\u00e9cialis\u00e9 hautement s\u00e9gr\u00e9g\u00e9, optimis\u00e9 pour le traitement parall\u00e8le des informations optiques (couleur, mouvement, contraste). De l&rsquo;autre, par l&rsquo;entremise de ses sous-divisions p\u00e9ristri\u00e9es (aire 19), il op\u00e8re comme une passerelle d&rsquo;int\u00e9gration multimodale se connectant au r\u00e9seau somatosensoriel, au r\u00e9seau vestibulaire et aux circuits fronto-striataux, d\u00e9montrant ainsi le principe de coh\u00e9rence oscillatoire et de synchronisation \u00e0 longue distance.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-divisions et connectivit\u00e9<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension morpho-fonctionnelle du cuneus requiert une analyse syst\u00e9matique de ses diff\u00e9rentes strates cellulaires, de ses divisions ar\u00e9olaires et de ses r\u00e9seaux de faisceaux de substance blanche :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Aire 17 de Brodmann (Cortex visuel primaire \/ V1)<\/strong> : Situ\u00e9e le long de la l\u00e8vre sup\u00e9rieure de la scissure calcarine. Pr\u00e9sente une couche IV extr\u00eamement d\u00e9velopp\u00e9e divis\u00e9e en sous-couches (IVa, IVb, IVc-alpha, IVc-b\u00eata) et travers\u00e9e par la strie de Gennari. Elle est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;analyse locale des fr\u00e9quences spatiales, de l&rsquo;orientation et de la luminance dans le quadrant visuel inf\u00e9rieur oppos\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Aire 18 de Brodmann (Cortex parastri\u00e9 \/ V2)<\/strong> : Borde l&rsquo;aire 17 vers la convexit\u00e9 dorsale du cuneus. Divis\u00e9e histochimiquement en bandes cytochromes oxydases p\u00e2les, \u00e9paisses et minces, sp\u00e9cialis\u00e9es respectivement dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;orientation spatiale, de la disparit\u00e9 st\u00e9r\u00e9oscopique et de la couleur \u00e9l\u00e9mentaire.<\/li>\n<li><strong>Aire 19 de Brodmann (Cortex p\u00e9ristri\u00e9 \/ V3 et V3A)<\/strong> : Occupe la r\u00e9gion ant\u00e9ro-sup\u00e9rieure du cuneus au voisinage imm\u00e9diat du sillon pari\u00e9to-occipital. L&rsquo;aire V3A poss\u00e8de une s\u00e9lectivit\u00e9 marqu\u00e9e pour la direction et la vitesse du mouvement visuel, contribuant directement aux flux d&rsquo;informations guidant la motricit\u00e9 oculaire et manuelle.<\/li>\n<li><strong>Aff\u00e9rences g\u00e9niculo-calcarines (Radiations optiques)<\/strong> : Le faisceau sup\u00e9rieur des radiations optiques (faisceau pari\u00e9tal dorsal de Gratiolet) contourne la corne occipitale du ventricule lat\u00e9ral et projette directement la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure de l&rsquo;image r\u00e9tinienne sur les neurones du cuneus.<\/li>\n<li><strong>Connectivit\u00e9 intrins\u00e8que et commissurale<\/strong> : Par le spl\u00e9nium du corps calleux, le cuneus \u00e9change des axones commissuraux denses avec le cuneus controlat\u00e9ral, assurant la continuit\u00e9 perceptive \u00e0 travers le m\u00e9ridien vertical du champ visuel.<\/li>\n<li><strong>Faisceaux d&rsquo;association longue distance<\/strong> : Connexions massives avec le lobe pari\u00e9tal sup\u00e9rieur via le faisceau longitudinal sup\u00e9rieur (SLF), et avec les noyaux sous-corticaux par l&rsquo;interm\u00e9diaire de boucles cortico-tectales (colliculus sup\u00e9rieur) et cortico-pulvinariennes, r\u00e9gulatrices des mouvements saccadiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations neuropsychologiques<\/h3>\n<p>Les atteintes fonctionnelles ou structurelles du cuneus fournissent des illustrations saisissantes de la dissociation des fonctions visuelles et cognitives en s\u00e9miologie m\u00e9dicale :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : La quadranopsie homonyme inf\u00e9rieure<\/strong>. Un patient de 62 ans est admis en unit\u00e9 neurovasculaire suite \u00e0 l&rsquo;occlusion embolique de l&rsquo;art\u00e8re calcarine sup\u00e9rieure, une branche terminale de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure gauche. Le scanner et l&rsquo;IRM confirment un infarctus isch\u00e9mique strictement limit\u00e9 au cuneus gauche. \u00c0 l&rsquo;examen neurologique, le patient ne pr\u00e9sente aucun d\u00e9ficit moteur ni phasique, mais signale une g\u00eane visuelle lors de la lecture et de la marche. L&rsquo;\u00e9valuation du champ visuel met en \u00e9vidence une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%A9mianopsie\">quadranopsie<\/a> homonyme inf\u00e9rieure droite avec respect maculaire partiel. Ce tableau illustre la s\u00e9gr\u00e9gation stricte des repr\u00e9sentations r\u00e9tinotopiques : l&rsquo;atteinte cun\u00e9enne sup\u00e9rieure se traduit obligatoirement par une amputation du quadrant inf\u00e9rieur oppos\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Hallucinations visuelles de lib\u00e9ration (Syndrome de Charles Bonnet)<\/strong>. Chez des patients pr\u00e9sentant une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire ou une d\u00e9aff\u00e9rentation visuelle s\u00e9v\u00e8re, l&rsquo;imagerie montre r\u00e9guli\u00e8rement une hyperactivit\u00e9 paroxystique de d\u00e9sinhibition au sein des aires visuelles du cuneus et du gyrus lingual. Priv\u00e9s de leurs aff\u00e9rences normales en provenance de la r\u00e9tine, les circuits locaux du cuneus g\u00e9n\u00e8rent des d\u00e9charges spontan\u00e9es et synchronis\u00e9es, donnant naissance \u00e0 des phosph\u00e8nes, des motifs g\u00e9om\u00e9triques ou des hallucinations visuelles complexes et parfaitement conscientes, attestant du r\u00f4le actif du cortex cun\u00e9en dans la gen\u00e8se interne des percepts visuels.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Ataxie optique lors de l\u00e9sions occipito-pari\u00e9tales sup\u00e9rieures<\/strong>. Une l\u00e9sion traumatique ou chirurgicale empi\u00e9tant sur la fronti\u00e8re entre le cuneus ant\u00e9ro-sup\u00e9rieur et le pr\u00e9cun\u00e9us perturbe fr\u00e9quemment la transmission de la voie dorsale. Le patient peut parfaitement identifier un objet plac\u00e9 devant lui (par la voie ventrale temporale intacte), mais se r\u00e9v\u00e8le incapable de guider pr\u00e9cis\u00e9ment sa main vers la cible situ\u00e9e dans son champ visuel inf\u00e9rieur, mat\u00e9rialisant une rupture entre la repr\u00e9sentation spatiale cun\u00e9enne et les programmes moteurs d&rsquo;atteinte manuelle.<\/p>\n<h3>9. Mesure, neuro-imagerie et \u00e9valuation fonctionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique et scientifique du cuneus mobilise un arsenal m\u00e9thodologique multidisciplinaire combinant approches psychophysiques, morphom\u00e9triques et \u00e9lectrophysiologiques :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re modalit\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuation repose sur la <strong>p\u00e9rim\u00e9trie statique automatis\u00e9e<\/strong> (comme le protocole Humphrey) ou dynamique (p\u00e9rim\u00e9trie de Goldmann). Ces outils permettent de quantifier avec une extr\u00eame sensibilit\u00e9 les seuils de d\u00e9tection lumineuse dans l&rsquo;ensemble du champ visuel et de r\u00e9v\u00e9ler des scotomes, scotomes scindants ou d\u00e9ficits quadranopsiques traduisant une souffrance du parenchyme cun\u00e9en.<\/p>\n<p>En neuro-imagerie structurale, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale pond\u00e9r\u00e9e en T1 haute r\u00e9solution coupl\u00e9e \u00e0 la morphom\u00e9trie bas\u00e9e sur le voxel (VBM, <em>Voxel-Based Morphometry<\/em>) et aux algorithmes de reconstruction de surfaces corticales (tels que FreeSurfer) permet de quantifier avec pr\u00e9cision l&rsquo;\u00e9paisseur corticale, l&rsquo;aire surfacique et le volume de mati\u00e8re grise du cuneus. L&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI) permet quant \u00e0 elle de reconstruire les trajectoires des fibres my\u00e9linis\u00e9es des radiations optiques abordant la face interne du cuneus.<\/p>\n<p>En imagerie fonctionnelle, l&rsquo;<strong>IRMf r\u00e9tinotopique<\/strong> constitue la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour subdiviser exp\u00e9rimentalement le cuneus. En projetant des stimuli visuels sp\u00e9cifiques (anneaux concentriques en expansion pour l&rsquo;excentricit\u00e9 et secteurs en damier tournant pour l&rsquo;angle polaire), les chercheurs cartographient les fronti\u00e8res pr\u00e9cises des aires V1, V2 et V3 sur la surface c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9pli\u00e9e de chaque individu. De plus, l&rsquo;IRMf \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de repos (<em>resting-state fMRI<\/em>) permet de mesurer la connectivit\u00e9 fonctionnelle intrins\u00e8que entre le cuneus et les autres r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux (r\u00e9seau visuel, r\u00e9seau attentionnel dorsal, r\u00e9seau de saillance).<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 haute densit\u00e9 et la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) offrent une r\u00e9solution temporelle milliseconde pour enregistrer les potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV), notamment la composante C1 (qui \u00e9merge entre 50 et 80 millisecondes post-stimulus et dont la polarit\u00e9 s&rsquo;inverse selon que le stimulus est pr\u00e9sent\u00e9 dans le champ visuel sup\u00e9rieur ou inf\u00e9rieur, refl\u00e9tant directement l&rsquo;activation initiale de la berge cun\u00e9enne de la scissure calcarine).<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et signification pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du cuneus constitue un enjeu transversal majeur dans de nombreuses disciplines de la sant\u00e9 mentale et des neurosciences appliqu\u00e9es :<\/p>\n<p>En <strong>neurochirurgie oncologique et de l&rsquo;\u00e9pilepsie<\/strong>, la pr\u00e9servation du cuneus et du faisceau g\u00e9niculo-calcarin sous-jacent est cruciale lors de l&rsquo;abord des l\u00e9sions intra-axiales de la face interne du lobe occipital ou des abords inter-h\u00e9misph\u00e9riques du carrefour ventriculaire. L&rsquo;utilisation de la neuronavigation guid\u00e9e par tractographie DTI et la r\u00e9alisation de r\u00e9sections sous anesth\u00e9sie locale avec cartographie corticale perop\u00e9ratoire \u00e9veill\u00e9e permettent d&rsquo;\u00e9viter des amputations campim\u00e9triques d\u00e9finitives particuli\u00e8rement invalidantes pour l&rsquo;autonomie du patient.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie clinique et neuropsychologie<\/strong>, le cuneus fait l&rsquo;objet d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat grandissant dans l&rsquo;\u00e9tude des troubles de l&rsquo;humeur et des psychoses. Chez les patients atteints de trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9, de nombreuses \u00e9tudes ont objectiv\u00e9 une diminution du volume de substance grise et une alt\u00e9ration de la connectivit\u00e9 fonctionnelle du cuneus. Ces perturbations sont associ\u00e9es \u00e0 un biais de traitement visuo-attentionnel n\u00e9gatif : le cuneus filtre moins efficacement les stimuli visuels \u00e0 tonalit\u00e9 triste ou mena\u00e7ante, facilitant l&rsquo;amplification des ruminations d\u00e9pressives. Dans la schizophr\u00e9nie, des anomalies morphologiques du cuneus ont \u00e9t\u00e9 corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 des d\u00e9ficits du traitement visuel pr\u00e9coce (notamment de la d\u00e9tection de la texture et du mouvement) et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;hallucinations visuelles et auditives complexes.<\/p>\n<p>En <strong>addictologie<\/strong>, l&rsquo;imagerie fonctionnelle montre une r\u00e9activit\u00e9 exacerb\u00e9e (hyperactivation) du cuneus lors de l&rsquo;exposition \u00e0 des indices visuels associ\u00e9s \u00e0 la substance d&rsquo;abus (alcool, tabac, drogues illicites, nourriture app\u00e9tissante chez les sujets souffrant d&rsquo;hyperphagie boulimique). Cette hyper-r\u00e9activit\u00e9 traduit un recrutement attentionnel disproportionn\u00e9 et involontaire du cortex visuel pr\u00e9coce en r\u00e9ponse \u00e0 des stimuli hautement gratifiants, pr\u00e9cipitant le ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>craving<\/em> (d\u00e9sir impulsif de consommer).<\/p>\n<h3>11. Recherches contemporaines et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es neuroscientifiques r\u00e9centes ont profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la vision traditionnelle du cuneus en d\u00e9montrant son exceptionnelle plasticit\u00e9 et son r\u00f4le dans des fonctions m\u00e9tacognitives insoup\u00e7onn\u00e9es :<\/p>\n<p>L&rsquo;un des axes de recherche les plus marquants concerne la <strong>plasticit\u00e9 transmodale<\/strong> chez les sujets non-voyants cong\u00e9nitaux ou pr\u00e9coces. Les \u00e9quipes de recherche men\u00e9es notamment par Alvaro Pascual-Leone et Maurice Ptito ont d\u00e9montr\u00e9 que chez l&rsquo;individu priv\u00e9 de vision d\u00e8s la naissance, le cuneus ne reste pas silencieux. Il subit une r\u00e9organisation structurelle et fonctionnelle majeure : il est recrut\u00e9 pour le traitement d&rsquo;informations tactiles lors de la lecture du braille, ainsi que pour l&rsquo;\u00e9cholocation et la localisation auditive spatiale. L&rsquo;application d&rsquo;impulsions de stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) sur le cuneus de ces sujets bloque la perception tactile du braille, d\u00e9montrant le caract\u00e8re causal et indispensable de cette r\u00e9gion pour un sens enti\u00e8rement distinct de la vision.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des m\u00e9ta-analyses d&rsquo;imagerie fonctionnelle ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le cuneus est syst\u00e9matiquement mobilis\u00e9 dans des t\u00e2ches d&rsquo;<strong>inhibition comportementale motrice<\/strong>, telles que les paradigmes Go\/No-Go et de temps de r\u00e9action au signal d&rsquo;arr\u00eat (<em>Stop-Signal Task<\/em>). Bien que l&rsquo;inhibition soit traditionnellement attribu\u00e9e aux aires pr\u00e9frontales (gyrus frontal inf\u00e9rieur), l&rsquo;activation pr\u00e9coce du cuneus semble indispensable pour encoder de mani\u00e8re ultrarapide le signal d&rsquo;interruption visuelle (\u00ab Stop \u00bb) et relayer cette information critique vers les circuits striataux et moteurs avec une latence minimale.<\/p>\n<p>Enfin, la recherche en neurostimulation non invasive (tDCS et TMS) explore l&rsquo;induction de courants \u00e9lectriques cibl\u00e9s sur le cortex cun\u00e9en pour moduler la plasticit\u00e9 synaptique post-accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral et tenter de restaurer partiellement la sensibilit\u00e9 campim\u00e9trique chez des patients pr\u00e9sentant des quadranopsies r\u00e9siduelles, ouvrant des perspectives prometteuses pour la r\u00e9habilitation neurovisuelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;architecture fondamentale du cuneus rel\u00e8ve de la morphog\u00e9n\u00e8se biologique universelle, son calibrage fonctionnel est influenc\u00e9 par les interactions culturelles, \u00e9ducatives et environnementales de l&rsquo;individu tout au long de sa vie :<\/p>\n<p>L&rsquo;apprentissage de la <strong>lecture et des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9criture<\/strong> fa\u00e7onne de mani\u00e8re diff\u00e9rentielle les circuits visuels du cuneus et des r\u00e9gions adjacentes. Les neuroscientifiques \u00e9tudiant la lecture (notamment l&rsquo;\u00e9quipe de Stanislas Dehaene) ont montr\u00e9 que l&rsquo;alphab\u00e9tisation modifie profond\u00e9ment la connectivit\u00e9 fonctionnelle du cuneus. De surcro\u00eet, les lecteurs de syst\u00e8mes id\u00e9ographiques ou logographiques (tels que les sinogrammes du chinois mandarine), qui requi\u00e8rent une discrimination g\u00e9om\u00e9trique et visuo-spatiale globale bien plus dense que les syst\u00e8mes alphab\u00e9tiques phonologiques lin\u00e9aires, induisent une activation bilat\u00e9rale significativement plus importante du cuneus et des aires occipitales associatives.<\/p>\n<p>Des travaux d&rsquo;anthropologie cognitive et de psychologie interculturelle sugg\u00e8rent \u00e9galement que l&rsquo;environnement \u00e9cologique influence le balayage visuel et le traitement perceptif cun\u00e9en. Les sujets issus de soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es pr\u00e9sentent fr\u00e9quemment un biais d&rsquo;analyse focal et analytique (focalisation sur l&rsquo;objet central), tandis que les sujets issus de cultures d&rsquo;Asie orientale d\u00e9montrent plus fr\u00e9quemment un traitement holistique int\u00e9grant simultan\u00e9ment le contexte et l&rsquo;arri\u00e8re-plan de la sc\u00e8ne visuelle. Ces styles perceptifs modulaires se traduisent par des signatures d&rsquo;activation diff\u00e9renci\u00e9es dans les r\u00e9seaux extrastri\u00e9s reliant le cuneus aux lobes temporaux et pari\u00e9taux.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;exposition massive et pr\u00e9coce aux environnements num\u00e9riques interactifs, aux \u00e9crans haute fr\u00e9quence et aux jeux vid\u00e9o d&rsquo;action rapides \u00e0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 des augmentations de volume de substance grise et \u00e0 une efficience accrue de traitement spatial au sein du cuneus, t\u00e9moignant de sa remarquable adaptabilit\u00e9 aux contraintes visuelles des soci\u00e9t\u00e9s modernes.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation consid\u00e9rable de publications scientifiques, plusieurs d\u00e9bats th\u00e9oriques et \u00e9cueils m\u00e9thodologiques entourent encore l&rsquo;\u00e9tude du cuneus :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la <strong>controverse du modularisme strict contre le distributionnisme en r\u00e9seau<\/strong>. Durant plusieurs d\u00e9cennies, le cuneus a \u00e9t\u00e9 confin\u00e9 au statut de relais m\u00e9canique passif de la r\u00e9tinotopie. Bien que ce sch\u00e9ma reste valide pour l&rsquo;organisation primaire de V1, la surinterpr\u00e9tation des activations du cuneus dans les \u00e9tudes d&rsquo;IRMf contemporaines pose le probl\u00e8me de la validit\u00e9 de l&rsquo;\u00ab inf\u00e9rence inverse \u00bb (<em>reverse inference<\/em>). Observer une activation du cuneus lors d&rsquo;un protocole d&#8217;empathie, de prise de d\u00e9cision morale ou d&rsquo;\u00e9valuation financi\u00e8re ne signifie pas que le cuneus est le si\u00e8ge de la morale ou de la prise de d\u00e9cision, mais indique plus vraisemblablement une modulation de l&rsquo;attention visuelle r\u00e9flexe d\u00e9clench\u00e9e par la t\u00e2che exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Une seconde difficult\u00e9 m\u00e9thodologique r\u00e9side dans la <strong>d\u00e9limitation anatomique variable<\/strong> d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;autre. Le sillon calcarin et le sillon pari\u00e9to-occipital pr\u00e9sentent une variabilit\u00e9 interindividuelle consid\u00e9rable en termes de profondeur, de ramifications secondaires et de plis de passage transverses enfouis. Les techniques de recalage spatial automatique sur des cerveaux standards (comme l&rsquo;espace MNI) ont tendance \u00e0 moyenner et \u00e0 lisser ces singularit\u00e9s anatomiques, introduisant parfois des erreurs de classification entre le cuneus post\u00e9rieur, le pr\u00e9cun\u00e9us inf\u00e9rieur et le gyrus lingual adjacent.<\/p>\n<p>Enfin, les limites inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;IRM fonctionnelle du lobe occipital doivent \u00eatre soulign\u00e9es. Le signal BOLD dans le cuneus est particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable aux art\u00e9facts pulsatiles issus des volumineuses veines corticales locales (veine c\u00e9r\u00e9brale interne, sinus droit) ainsi qu&rsquo;aux micromouvements oculaires (microsaccades) non contr\u00f4l\u00e9s par un syst\u00e8me pr\u00e9cis d&rsquo;oculom\u00e9trie (<em>eye-tracking<\/em>), imposant une rigueur m\u00e9thodologique absolue dans l&rsquo;interpr\u00e9tation des donn\u00e9es publi\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions neuroanatomiques<\/h3>\n<p>Afin de dissiper toute ambigu\u00eft\u00e9 nosologique, il convient d&rsquo;expliciter les relations et les contrastes morphologiques entre le cuneus et les structures c\u00e9r\u00e9brales avoisinantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9cun\u00e9us<\/strong> : Situ\u00e9 imm\u00e9diatement en avant du cuneus, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du sillon pari\u00e9to-occipital. Contrairement au cuneus qui est un lobule occipital d\u00e9volu au traitement visuel sensoriel et associatif, le pr\u00e9cun\u00e9us appartient au lobe pari\u00e9tal sup\u00e9rieur m\u00e9dian et constitue un n\u0153ud central du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, impliqu\u00e9 dans la conscience de soi, la m\u00e9moire autobiographique et les m\u00e9tarepr\u00e9sentations.<\/li>\n<li><strong>Gyrus lingual<\/strong> : Situ\u00e9 imm\u00e9diatement en dessous du cuneus, s\u00e9par\u00e9 de lui par la fissure calcarine. Le gyrus lingual forme la l\u00e8vre inf\u00e9rieure du cortex visuel primaire et re\u00e7oit les projections du champ visuel <em>sup\u00e9rieur<\/em> controlat\u00e9ral, tandis que le cuneus re\u00e7oit le champ visuel <em>inf\u00e9rieur<\/em>.<\/li>\n<li><strong>Cortex stri\u00e9 (V1) versus Cortex extrastri\u00e9 (V2, V3, V4, V5)<\/strong> : Le cortex stri\u00e9 ne constitue que la berge calcarine profonde du cuneus, tandis que les r\u00e9gions dorsales et ant\u00e9rieures de ce dernier sont compos\u00e9es de cortex extrastri\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par une hi\u00e9rarchie r\u00e9ceptive plus complexe et l&rsquo;absence de strie de Gennari.<\/li>\n<li><strong>Lobule paracentral<\/strong> : Formation gyrique situ\u00e9e beaucoup plus en avant sur la face m\u00e9diale du cerveau, entourant la terminaison du sillon central de Rolando et impliqu\u00e9e dans la commande motrice et sensitive des membres inf\u00e9rieurs et des sphincters, sans lien fonctionnel direct avec le cuneus.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le cuneus repr\u00e9sente une entit\u00e9 neuroanatomique et neuropsychologique de premier plan dont les propri\u00e9t\u00e9s s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments synth\u00e9tiques suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Localisation<\/strong> : Lobule triangulaire de la face interne du lobe occipital, d\u00e9limit\u00e9 par le sillon pari\u00e9to-occipital en haut et le sillon calcarin en bas.<\/li>\n<li><strong>Repr\u00e9sentation fonctionnelle<\/strong> : Encadre la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de la carte r\u00e9tinotopique, prenant en charge le quadrant visuel inf\u00e9rieur oppos\u00e9 de mani\u00e8re unilat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Architecture cytoarchitectonique<\/strong> : Contient l&rsquo;aire 17 de Brodmann (V1) le long du sillon calcarin, ainsi que les aires 18 (V2) et 19 (V3\/V3A) sur ses faces plus dorsales.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9miologie clinique<\/strong> : Une destruction isch\u00e9mique ou traumatique du cuneus provoque une quadranopsie homonyme inf\u00e9rieure controlat\u00e9rale classique avec ou sans \u00e9pargne maculaire.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9seaux cognitifs<\/strong> : Au-del\u00e0 de la vision primaire, le cuneus intervient dans l&rsquo;inhibition motrice, le codage pr\u00e9dictif sensoriel, le filtrage attentionnel descendant et la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle aux stimuli visuels saillants.<\/li>\n<li><strong>Psychiatrie<\/strong> : Pr\u00e9sente des alt\u00e9rations structurelles et une dysconnectivit\u00e9 fonctionnelle document\u00e9es dans la d\u00e9pression majeure, les troubles psychotiques et les conduites addictives.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brodmann, K. (1909). <em>Vergleichende Lokalisationslehre der Grosshirnrinde in ihren Prinzipien dargestellt auf Grund des Zellenbaues<\/em>. Johann Ambrosius Barth.<\/li>\n<li>Desimone, R., &amp; Duncan, J. (1995). Neural mechanisms of selective visual attention. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 18(1), 193-222. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.18.030195.001205\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.18.030195.001205<\/a><\/li>\n<li>Friston, K. (2005). A theory of cortical responses. <em>Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences<\/em>, 360(1456), 815-836. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.2005.1622\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.2005.1622<\/a><\/li>\n<li>Holmes, G. (1918). Disturbances of vision by cerebral lesions. <em>The British Journal of Ophthalmology<\/em>, 2(7), 353-384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bjo.2.7.353\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bjo.2.7.353<\/a><\/li>\n<li>Hubel, D. H., &amp; Wiesel, T. N. (1977). Ferrier lecture: Functional architecture of macaque monkey visual cortex. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences<\/em>, 198(1130), 1-59. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1977.0085\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1977.0085<\/a><\/li>\n<li>Wandell, B. A., Dumoulin, S. O., &amp; Brewer, A. A. (2007). Visual field maps in human cortex. <em>Neuron<\/em>, 56(2), 366-383. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2007.10.012\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2007.10.012<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cuneus est un lobule de la face m\u00e9diale du lobe occipital d\u00e9limit\u00e9 par les sillons calcarin et pari\u00e9to-occipital. Cl\u00e9 du traitement du champ visuel inf\u00e9rieur, il s&rsquo;int\u00e8gre \u00e9galement dans l&rsquo;attention spatiale et les r\u00e9seaux cognitifs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6756,46,1387],"tags":[6552,43369,38205,1049,43370,22223],"class_list":["post-25799","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuroanatomie","category-neuropsychologie","category-neurosciences-cognitives","tag-cortex-visuel","tag-cuneus","tag-lobe-occipital","tag-neuro-imagerie","tag-quadranopsie","tag-retinotopie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25799","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25799\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25799"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25799"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25799"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}