{"id":25777,"date":"2026-11-08T15:13:17","date_gmt":"2026-11-08T15:13:17","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=frequence-cumulee-psychometrie"},"modified":"2026-11-08T15:13:17","modified_gmt":"2026-11-08T15:13:17","slug":"frequence-cumulee-psychometrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=frequence-cumulee-psychometrie","title":{"rendered":"Fr\u00e9quence cumul\u00e9e : Cl\u00e9 des scores psychom\u00e9triques"},"content":{"rendered":"<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9valuation psychologique et de la psychom\u00e9trie, l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un score brut demeure fondamentalement st\u00e9rile sans un rep\u00e8re normatif ou comparatif rigoureux. La fr\u00e9quence cumul\u00e9e constitue l&rsquo;un des piliers m\u00e9thodologiques fondamentaux permettant de transformer une simple mesure num\u00e9rique en une position signifiante au sein d&rsquo;une population de r\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e. En quantifiant l&rsquo;accumulation graduelle des occurrences le long d&rsquo;un continuum d&rsquo;aptitude, de personnalit\u00e9 ou de pathologie, cet outil statistique transcende la simple description empirique pour devenir la base du calcul des rangs centiles, de l&rsquo;\u00e9talonnage des instruments diagnostiques et de l&rsquo;analyse des distributions comportementales.<\/p>\n<h2>Fr\u00e9quence cumul\u00e9e (FC)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>fr\u00e9quence cumul\u00e9e<\/strong> (couramment d\u00e9sign\u00e9e par l&rsquo;acronyme <em>FC<\/em>) correspond \u00e0 la somme successive et ordonn\u00e9e des fr\u00e9quences absolues ou relatives associ\u00e9es \u00e0 une modalit\u00e9, une valeur ou une classe donn\u00e9e au sein d&rsquo;une s\u00e9rie statistique ordonn\u00e9e. Dans le contexte de la mod\u00e9lisation statistique et des sciences du comportement, elle exprime la quantit\u00e9 totale d&rsquo;observations ou d&rsquo;individus dont la performance, le niveau d&rsquo;aptitude ou l&rsquo;intensit\u00e9 symptomatique se situe \u00e0 un niveau \u00e9gal ou inf\u00e9rieur \u00e0 un seuil critique pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de sa dimension arithm\u00e9tique \u00e9l\u00e9mentaire, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e agit comme un op\u00e9rateur de transition entre la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Statistique_descriptive\">statistique descriptive<\/a> d&rsquo;\u00e9chantillon et l&rsquo;estimation de fonctions de probabilit\u00e9 th\u00e9oriques. En psychom\u00e9trie contemporaine, elle fournit le substrat math\u00e9matique indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement des normes standardis\u00e9es et \u00e0 la construction des tables d&rsquo;\u00e9talonnage. Elle permet au clinicien, au chercheur ou au psychologue du travail d&rsquo;attribuer un sens normatif direct \u00e0 un score brut en d\u00e9terminant exactement la proportion de la cohorte d&rsquo;\u00e9talonnage qu&rsquo;un sujet particulier surpasse ou \u00e9gale.<\/p>\n<p>Ce concept s&rsquo;applique indiff\u00e9remment \u00e0 des variables quantitatives discr\u00e8tes ou continues regroup\u00e9es en classes d&rsquo;intervalles, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des \u00e9chelles ordinales rigoureusement ordonn\u00e9es. Lorsqu&rsquo;elle est rapport\u00e9e \u00e0 l&rsquo;effectif global de l&rsquo;\u00e9chantillon, elle donne naissance \u00e0 la fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e, directement convertible en pourcentage cumul\u00e9 ou en rang centile, un indicateur d&rsquo;une lisibilit\u00e9 clinique majeure pour les praticiens non statisticiens.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab fr\u00e9quence cumul\u00e9e \u00bb proc\u00e8de de la conjonction de deux racines latines distinctes ayant converg\u00e9 au cours de l&rsquo;institutionnalisation des math\u00e9matiques modernes et de la sociologie quantitative au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Le substantif \u00ab fr\u00e9quence \u00bb d\u00e9rive du latin classique <em>frequentia<\/em>, signifiant originellement \u00ab affluence \u00bb, \u00ab grand nombre \u00bb, \u00ab r\u00e9p\u00e9tition \u00bb ou \u00ab rassemblement compact \u00bb, lui-m\u00eame issu de l&rsquo;adjectif <em>frequens<\/em> (nombreux, assidu, r\u00e9current). Ce terme a d&rsquo;abord servi \u00e0 caract\u00e9riser la r\u00e9currence temporelle d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne avant d&rsquo;\u00eatre adopt\u00e9 par la physique ondulatoire puis par le calcul des probabilit\u00e9s pour d\u00e9signer le d\u00e9compte d&rsquo;apparitions d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement au cours d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9preuves.<\/p>\n<p>Le participe pass\u00e9 adjectiv\u00e9 \u00ab cumul\u00e9e \u00bb tire son origine du verbe latin <em>cumulare<\/em>, signifiant \u00ab amasser \u00bb, \u00ab entasser \u00bb, \u00ab combler \u00bb ou \u00ab porter au comble \u00bb, form\u00e9 sur le substantif <em>cumulus<\/em> qui d\u00e9signe un monceau ou un tas. Sur le plan \u00e9tymologique, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e traduit donc litt\u00e9ralement l&#8217;empilement progressif des effectifs ou des apparitions au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;on progresse dans la hi\u00e9rarchie des valeurs mesur\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la litt\u00e9rature scientifique moderne s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e initialement sous la plume de pionniers britanniques et continentaux de la d\u00e9mographie, de la statistique sociale et de l&rsquo;anthropom\u00e9trie, notamment <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Adolphe_Quetelet\">Adolphe Quetelet<\/a> et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Francis_Galton\">Francis Galton<\/a>. Galton a particuli\u00e8rement influenc\u00e9 l&rsquo;analyse psychom\u00e9trique naissante en employant l&rsquo;anglais <em>cumulative frequency<\/em> pour formaliser sa courbe en ogive lors de l&rsquo;\u00e9tude quantitative des facult\u00e9s mentales h\u00e9r\u00e9ditaires et de la biom\u00e9trie humaine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/f\u0281e.k\u0251\u0303s ky.my.le\/. La prononciation fran\u00e7aise respecte l&rsquo;\u00e9lision vocalique fluide entre la consonne fricative finale de \u00ab fr\u00e9quence \u00bb et la consonne occlusive initiale de \u00ab cumul\u00e9e \u00bb, sans rupture d&rsquo;accentuation, l&rsquo;accent tonique portant sur la derni\u00e8re syllabe de chaque terme.<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, \u00ab fr\u00e9quence cumul\u00e9e \u00bb est un groupe nominal f\u00e9minin singulier constitu\u00e9 d&rsquo;un substantif recteur f\u00e9minin (la fr\u00e9quence) et d&rsquo;un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te accord\u00e9 au f\u00e9minin (cumul\u00e9e). Son pluriel r\u00e9gulier s&rsquo;\u00e9crit \u00ab fr\u00e9quences cumul\u00e9es \u00bb (\/f\u0281e.k\u0251\u0303s ky.my.le\/), d\u00e9signant alors l&rsquo;ensemble des valeurs agr\u00e9g\u00e9es pour l&rsquo;ensemble des classes d&rsquo;une distribution statistique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychom\u00e9trique et statistique francophone, on observe diverses d\u00e9clinaisons terminologiques selon la perspective analytique retenue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quence cumul\u00e9e croissante (ou ascendante) :<\/strong> totalisation des effectifs depuis la modalit\u00e9 la plus faible jusqu&rsquo;\u00e0 la modalit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e, constituant la forme canonique standard en psychom\u00e9trie.<\/li>\n<li><strong>Fr\u00e9quence cumul\u00e9e d\u00e9croissante (ou descendante) :<\/strong> sommation inverse s&rsquo;\u00e9tendant de la valeur la plus \u00e9lev\u00e9e vers les valeurs inf\u00e9rieures, fr\u00e9quemment exploit\u00e9e dans les analyses de survie clinique ou les seuils d&rsquo;exclusion professionnelle.<\/li>\n<li><strong>Fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e :<\/strong> expression de l&rsquo;accumulation sous forme de proportions comprises entre z\u00e9ro et un, souvent not\u00e9e <em>F(x)<\/em> dans les manuels m\u00e9thodologiques formels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le traitement des scores issus des tests d&rsquo;intelligence, des questionnaires de personnalit\u00e9 ou des batteries neuropsychologiques g\u00e9n\u00e8re initialement des s\u00e9ries de nombres bruts d\u00e9nu\u00e9es de signification intrins\u00e8que. Un individu obtenant un score brut de 42 \u00e0 un inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo;anxieux de mani\u00e8re fiable sans une contextualisation distributionnelle. La fr\u00e9quence cumul\u00e9e intervient pour r\u00e9soudre cette aporie fondamentale en ins\u00e9rant le score individuel dans une cartographie ordonn\u00e9e des comportements de la population parente.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue math\u00e9matique \u00e9l\u00e9mentaire, si une variable statistique ordonn\u00e9e pr\u00e9sente <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> modalit\u00e9s mutuellement exclusives class\u00e9es par ordre croissant ($x_1 < x_2 < ... < x_k<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\") associ\u00e9es \u00e0 des fr\u00e9quences absolues respectives\">$) associ\u00e9es \u00e0 des fr\u00e9quences absolues respectives$<\/span>f_1, f_2, &#8230;, f_k<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\", la fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue\">$, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue$<\/span>CF_i$ relative \u00e0 la modalit\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i\">$x_i$<\/span> se d\u00e9finit par la somme partielle :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"CF_i = \\sum_{j=1}^{i} f_j\">$$CF_i = \\sum_{j=1}^{i} f_j$$<\/span><\/p>\n<p>Cette sommation s\u00e9quentielle garantit une propri\u00e9t\u00e9 de monotonie non d\u00e9croissante : \u00e0 mesure que la valeur du score augmente, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e reste stationnaire (si aucune observation n&rsquo;est enregistr\u00e9e pour cette valeur) ou s&rsquo;accro\u00eet rigoureusement, pour culminer au niveau du dernier score possible \u00e0 une valeur strictement \u00e9gale \u00e0 la taille totale de l&rsquo;\u00e9chantillon (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>).<\/p>\n<p>L&rsquo;utilit\u00e9 th\u00e9orique et clinique de ce mod\u00e8le r\u00e9side dans sa transition vers la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fonction_de_r%C3%A9partition\">fonction de r\u00e9partition empirique<\/a>. Lorsque l&rsquo;on divise chaque fr\u00e9quence absolue cumul\u00e9e par la taille de la cohorte (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>), on d\u00e9gage la fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"F(x_i) = \\frac{CF_i}{N} = P(X le x_i)\">$$F(x_i) = \\frac{CF_i}{N} = P(X le x_i)$$<\/span><\/p>\n<p>Cette valeur exprime directement la probabilit\u00e9 qu&rsquo;un sujet pr\u00e9lev\u00e9 au hasard au sein de la m\u00eame population manifeste un score inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i\">$x_i$<\/span>. Elle constitue le pont th\u00e9orique unissant la statistique empirique \u00e0 la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s appliqu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation humaine.<\/p>\n<p>En psychom\u00e9trie, le passage par la fr\u00e9quence cumul\u00e9e permet de s&rsquo;affranchir de la forme exacte de la distribution des donn\u00e9es. Que la distribution empirique soit rigoureusement gaussienne, sym\u00e9trique, aplatie ou fortement asym\u00e9trique (comme c&rsquo;est souvent le cas pour les \u00e9chelles psychopathologiques mesurant des traits rares dans la population g\u00e9n\u00e9rale), la fr\u00e9quence cumul\u00e9e offre une m\u00e9trique ordinale absolue et inviolable. Elle pr\u00e9serve l&rsquo;ordre hi\u00e9rarchique strict des scores sans imposer une lin\u00e9arit\u00e9 artificielle l\u00e0 o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 psychologique mesur\u00e9e ne s&rsquo;y pr\u00eate pas.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la fr\u00e9quence cumul\u00e9e s&rsquo;entrelace intimement avec l&rsquo;essor de la quantification des traits humains au dix-neuvi\u00e8me et vingti\u00e8me si\u00e8cles. Bien que le d\u00e9nombrement cumulatif ait trouv\u00e9 des ant\u00e9c\u00e9dents rudimentaires dans les tables de mortalit\u00e9 de John Graunt au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est l&rsquo;astronome et sociologue belge Adolphe Quetelet qui, vers 1835, applique pour la premi\u00e8re fois ces notions \u00e0 la variabilit\u00e9 physique et morale de l&rsquo;\u00eatre humain en d\u00e9veloppant le concept d&rsquo;\u00ab homme moyen \u00bb fond\u00e9 sur la loi normale.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable rupture conceptuelle revient toutefois au polymathe britannique Sir Francis Galton. Dans ses recherches pionni\u00e8res sur l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 du g\u00e9nie et la biom\u00e9trie (notamment dans son trait\u00e9 <em>Hereditary Genius<\/em> en 1869 puis dans <em>Natural Inheritance<\/em> en 1889), Galton constate que les moyennes et les \u00e9carts-types ne suffisent pas \u00e0 rendre compte de la r\u00e9partition des talents extr\u00eames. C&rsquo;est \u00e0 lui que l&rsquo;on doit l&rsquo;invention explicite du concept de \u00ab rang centile \u00bb (<em>percentile rank<\/em>) et l&rsquo;illustration graphique de la distribution cumul\u00e9e sous le nom d&rsquo;\u00ab ogive \u00bb (courbe en ogive de Galton), baptis\u00e9e ainsi en raison de sa ressemblance g\u00e9om\u00e9trique avec les arcs bris\u00e9s de l&rsquo;architecture gothique.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement des premiers tests d&rsquo;intelligence standardis\u00e9s par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alfred_Binet\">Alfred Binet<\/a> et Th\u00e9odore Simon (1905), puis leur r\u00e9vision am\u00e9ricaine par Lewis Terman \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Stanford (l&rsquo;\u00e9chelle Stanford-Binet en 1916), a rendu imp\u00e9rative l&rsquo;utilisation des fr\u00e9quences cumul\u00e9es pour situer l&rsquo;\u00e2ge mental d&rsquo;un enfant par rapport \u00e0 son groupe d&rsquo;\u00e2ge chronologique. Les travaux ult\u00e9rieurs de statisticiens tels que Karl Pearson et Charles Spearman ont solidifi\u00e9 l&rsquo;ancrage formel de ces distributions cumul\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9laboration de la th\u00e9orie classique des tests psychologiques.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement des tests d&rsquo;aptitudes cognitives de David Wechsler (\u00e9chelles WAIS et WISC), la fr\u00e9quence cumul\u00e9e s&rsquo;est institutionnalis\u00e9e sous forme de tables de conversion automatis\u00e9es. Les psychom\u00e9triciens ont alors cess\u00e9 de calculer manuellement ces fr\u00e9quences cumul\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;informatique naissante, mais le principe de base est demeur\u00e9 le pilier fondamental de tout \u00e9talonnage clinique standardis\u00e9.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le recours \u00e0 la fr\u00e9quence cumul\u00e9e en sciences psychologiques prend appui sur des fondations probabilistes et des cadres de mesure robustes. Le premier cadre de r\u00e9f\u00e9rence est constitu\u00e9 par la <strong>Th\u00e9orie classique des tests (TCT)<\/strong>, formul\u00e9e notamment par Gulliksen et formalis\u00e9e par Lord et Novick. Selon cette th\u00e9orie, le score observ\u00e9 d&rsquo;un sujet est la combinaison de son score vrai et d&rsquo;une erreur de mesure al\u00e9atoire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X = V + E\">$X = V + E$<\/span>). Dans ce cadre, la distribution empirique cumul\u00e9e des scores observ\u00e9s permet d&rsquo;estimer avec pr\u00e9cision les percentiles de la population, fournissant une estimation non param\u00e9trique directe de la position relative du sujet par rapport \u00e0 la variance d&rsquo;\u00e9chantillonnage.<\/p>\n<p>Un second fondement repose sur la <strong>th\u00e9orie asymptotique de la fonction de r\u00e9partition empirique<\/strong>, notamment \u00e9tay\u00e9e par le th\u00e9or\u00e8me fondamental de Glivenko-Cantelli. Ce r\u00e9sultat math\u00e9matique prouve que la fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e d&rsquo;un \u00e9chantillon converge presque s\u00fbrement et uniform\u00e9ment vers la v\u00e9ritable fonction de r\u00e9partition de la population parente lorsque la taille de l&rsquo;\u00e9chantillon tend vers l&rsquo;infini :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\lim_{N to \\infty} \\sup_{x} |F_N(x) - F(x)| = 0\">$$\\lim_{N to \\infty} \\sup_{x} |F_N(x) &#8211; F(x)| = 0$$<\/span><\/p>\n<p>Ce principe assure aux psychom\u00e9triciens que, sous r\u00e9serve d&rsquo;un \u00e9chantillon normatif repr\u00e9sentatif et suffisamment vaste (souvent plusieurs centaines \u00e0 plusieurs milliers de participants), la distribution des fr\u00e9quences cumul\u00e9es observ\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9talonnage repr\u00e9sente fid\u00e8lement la r\u00e9alit\u00e9 de la structure psychologique sous-jacente au sein de la population g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Enfin, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des mod\u00e8les non param\u00e9triques d&rsquo;ajustement distributionnel, tels que le test de conformit\u00e9 de Kolmogorov-Smirnov. Ce dernier calcule la distance maximale verticale entre la courbe des fr\u00e9quences relatives cumul\u00e9es d&rsquo;un \u00e9chantillon clinique et la courbe th\u00e9orique cumul\u00e9e d&rsquo;un mod\u00e8le math\u00e9matique (g\u00e9n\u00e9ralement la loi normale gaussienne), permettant de v\u00e9rifier empiriquement si les postulats de normalit\u00e9 requis par d&rsquo;autres proc\u00e9dures inf\u00e9rentielles sont respect\u00e9s.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des fr\u00e9quences cumul\u00e9es met en \u0153uvre un ensemble d&rsquo;indicateurs et de d\u00e9clinaisons morphologiques qu&rsquo;il convient de distinguer rigoureusement selon les objectifs de l&rsquo;\u00e9valuation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue croissante :<\/strong> D\u00e9compte arithm\u00e9tique simple des individus enregistr\u00e9s pour une note donn\u00e9e et toutes les notes qui lui sont inf\u00e9rieures. Elle est symbolis\u00e9e par <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CF\">$CF$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N_{cum}\">$N_{cum}$<\/span> et s&rsquo;exprime en nombre entier d&rsquo;unit\u00e9s statistiques.<\/li>\n<li><strong>Fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e (proportion cumul\u00e9e) :<\/strong> Quotient de la fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue par l&rsquo;effectif total de l&rsquo;\u00e9chantillon (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CF \/ N\">$CF \/ N$<\/span>). Elle prend ses valeurs dans l&rsquo;intervalle r\u00e9el <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 1]\">$[0, 1]$<\/span> et traduit une probabilit\u00e9 empirique d&rsquo;occurrence.<\/li>\n<li><strong>Pourcentage cumul\u00e9 (ou rang centile direct) :<\/strong> Fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e multipli\u00e9e par cent, indiquant le pourcentage exact de sujets de l&rsquo;\u00e9chantillon ayant obtenu un score inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 la valeur de rep\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Fr\u00e9quence cumul\u00e9e d\u00e9croissante :<\/strong> Somme inverse calcul\u00e9e \u00e0 partir du score le plus \u00e9lev\u00e9 descendant vers les scores minimaux, servant \u00e0 d\u00e9terminer combien de sujets franchissent une barre de s\u00e9lection ou un niveau d&rsquo;excellence donn\u00e9.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ogive (courbe de distribution cumul\u00e9e) :<\/strong> Repr\u00e9sentation graphique bidimensionnelle o\u00f9 l&rsquo;axe des abscisses porte les limites sup\u00e9rieures des classes de scores et l&rsquo;axe des ordonn\u00e9es porte les effectifs ou pourcentages cumul\u00e9s, formant une courbe caract\u00e9ristique en \u00ab S \u00bb ou sigmo\u00efde lorsque la distribution sous-jacente est unimodale et sym\u00e9trique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser le fonctionnement m\u00e9thodologique de la fr\u00e9quence cumul\u00e9e, examinons une cohorte standard de 200 participants soumis \u00e0 un sous-test d&rsquo;attention s\u00e9lective au cours de la normalisation d&rsquo;une batterie neuropsychologique. Les scores bruts s&rsquo;\u00e9chelonnent de 10 \u00e0 50 points, r\u00e9partis en classes de scores ordonn\u00e9es. La fr\u00e9quence cumul\u00e9e s&rsquo;\u00e9labore pas \u00e0 pas en sommant les fr\u00e9quences brutes obtenues dans chaque strate :<\/p>\n<p>Si la premi\u00e8re classe (scores de 10 \u00e0 19) rassemble 10 participants, sa fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 10, soit une fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e de 0,05 (ou 5 %). Si la deuxi\u00e8me classe (scores de 20 \u00e0 29) contient 40 individus, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e pour un score de 29 devient <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"10 + 40 = 50\">$10 + 40 = 50$<\/span>, repr\u00e9sentant 25 % de l&rsquo;\u00e9chantillon global. Si la troisi\u00e8me classe (30 \u00e0 39) rassemble 100 individus, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e pour le score 39 bondit \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"50 + 100 = 150\">$50 + 100 = 150$<\/span>, soit 75 % de l&rsquo;\u00e9chantillon. Enfin, si la derni\u00e8re tranche (40 \u00e0 50) contient 50 personnes, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e atteint <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"150 + 50 = 200\">$150 + 50 = 200$<\/span>, couvrant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des 100 % de l&rsquo;\u00e9chantillon normatif.<\/p>\n<p>Dans un contexte clinique d&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9pression \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un inventaire auto-administr\u00e9 comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Inventaire_de_d%C3%A9pression_de_Beck\">BDI-II<\/a>, consid\u00e9rons une patiente, \u00c9l\u00e9onore, qui obtient un score de 28 points. Le manuel d&rsquo;\u00e9talonnage indique que dans la population g\u00e9n\u00e9rale adulte, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e relative associ\u00e9e au score de 27 est de 0,92. Cette donn\u00e9e permet d&rsquo;affirmer avec certitude que 92 % de la population g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9sente une symptomatologie d\u00e9pressive inf\u00e9rieure \u00e0 celle d&rsquo;\u00c9l\u00e9onore, pla\u00e7ant son niveau de souffrance psychique dans le d\u00e9cile sup\u00e9rieur (top 8 %), ce qui constitue une indication robuste pour un diagnostic de d\u00e9pression d&rsquo;intensit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re n\u00e9cessitant une prise en charge imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Dans le champ de la s\u00e9lection professionnelle, imaginons une entreprise qui \u00e9value 500 candidats \u00e0 un poste d&rsquo;analyste de donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un test de raisonnement inductif. Si la direction des ressources humaines applique une politique stricte ne retenant que les postulants situ\u00e9s au-del\u00e0 du 90e percentile, le seuil de coupure est directement d\u00e9termin\u00e9 en consultant la table des fr\u00e9quences cumul\u00e9es : il s&rsquo;agira de la note minimale pour laquelle la fr\u00e9quence cumul\u00e9e atteint ou d\u00e9passe 450 candidats (90 % de 500).<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>La d\u00e9rivation op\u00e9rationnelle des fr\u00e9quences cumul\u00e9es s&rsquo;effectue traditionnellement au moyen de tableaux de distribution ordonn\u00e9e. Les \u00e9tapes de calcul ob\u00e9issent \u00e0 un protocole standardis\u00e9 en psychom\u00e9trie :<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, les scores bruts sont r\u00e9pertori\u00e9s de mani\u00e8re exhaustive, du plus petit au plus grand. Les occurrences individuelles de chaque score sont d\u00e9compt\u00e9es pour \u00e9tablir la fr\u00e9quence simple (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"f_i\">$f_i$<\/span>). Ensuite, un calcul it\u00e9ratif applique l&rsquo;addition s\u00e9quentielle continue, associant \u00e0 chaque palier de score sa fr\u00e9quence cumul\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CF_i\">$CF_i$<\/span>). Lorsque les scores sont regroup\u00e9s en classes continues, le statisticien associe la fr\u00e9quence cumul\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re sup\u00e9rieure exacte de chaque classe.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9river les rangs centiles exacts sans biaiser l&rsquo;estimation vers le haut, les psychom\u00e9triciens appliquent g\u00e9n\u00e9ralement une formule d&rsquo;interpolation lin\u00e9aire au sein de la classe contenant le score du sujet :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"Percentile = \\left[ \\frac{CF_{\\inf} + 0{,}5 \\times f_i}{N} \\right] \\times 100\">$$Percentile = \\left[ \\frac{CF_{\\inf} + 0{,}5 \\times f_i}{N} \\right] \\times 100$$<\/span><\/p>\n<p>o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CF_{\\inf}\">$CF_{\\inf}$<\/span> d\u00e9signe la fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue de la classe imm\u00e9diatement inf\u00e9rieure, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"f_i\">$f_i$<\/span> la fr\u00e9quence absolue de la classe consid\u00e9r\u00e9e et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> l&rsquo;effectif global. Cette correction conventionnelle de 0,5 postule une r\u00e9partition rectangulaire uniforme des sujets \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de chaque classe de score brut.<\/p>\n<p>La fr\u00e9quence cumul\u00e9e sert \u00e9galement de m\u00e9canisme interm\u00e9diaire pour op\u00e9rer la normalisation des scores. Lorsque les donn\u00e9es psychologiques brutes violent les principes de la loi normale, les psychom\u00e9triciens r\u00e9alisent une <em>transformation d&rsquo;aire<\/em>. Cette m\u00e9thode consiste \u00e0 transformer les scores bruts en fr\u00e9quences relatives cumul\u00e9es, puis \u00e0 projeter ces probabilit\u00e9s cumul\u00e9es sur l&rsquo;axe standardis\u00e9 d&rsquo;une distribution normale th\u00e9orique au moyen de la fonction r\u00e9ciproque de la loi normale (probit). Ce processus donne naissance aux scores standardis\u00e9s normalis\u00e9s, tels que les notes T, les stanines ou les notes d&rsquo;\u00e9chelonnage standardis\u00e9 (stens), largement exploit\u00e9s dans les tests d&rsquo;intelligence comme les \u00e9chelles de Wechsler.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications des fr\u00e9quences cumul\u00e9es traversent l&rsquo;ensemble des branches appliqu\u00e9es de la psychologie contemporaine. En <strong>neuropsychologie clinique<\/strong>, elles sont vitales pour objectiver l&rsquo;alt\u00e9ration cognitive acquise (amn\u00e9sie, aphasie, dysex\u00e9cution). Les cliniciens travaillent fr\u00e9quemment avec des distributions non normales issues de tests neuropsychologiques tr\u00e8s sensibles au plafonnement, o\u00f9 la majorit\u00e9 des sujets sains obtiennent le score maximal. Dans cette configuration, seule la fr\u00e9quence cumul\u00e9e permet de d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment le seuil pathologique, habituellement fix\u00e9 en dessous du 5e ou du 2e percentile normatif.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie scolaire et en \u00e9ducation<\/strong>, les \u00e9valuations standardis\u00e9es nationales ou internationales (telles que les enqu\u00eates PISA pilot\u00e9es par l&rsquo;OCDE) recourent exhaustivement aux distributions cumul\u00e9es pour d\u00e9finir les niveaux de comp\u00e9tence de base. La fr\u00e9quence cumul\u00e9e permet de cartographier la proportion d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9ducatif qui \u00e9chouent \u00e0 atteindre le seuil de litt\u00e9ratie \u00e9l\u00e9mentaire, fournissant aux d\u00e9cideurs politiques un outil d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision macro-\u00e9ducative directement quantifiable.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie du travail et des organisations<\/strong>, les fr\u00e9quences cumul\u00e9es r\u00e9gissent les ratios de s\u00e9lection. Lorsqu&rsquo;un cabinet de recrutement traite des milliers de candidatures pour des postes \u00e0 haute responsabilit\u00e9 manag\u00e9riale, les mod\u00e8les de d\u00e9cision coupent l&rsquo;acc\u00e8s aux candidats dont la fr\u00e9quence cumul\u00e9e sur des dimensions comme la stabilit\u00e9 \u00e9motionnelle ou la conscience professionnelle n&rsquo;atteint pas des percentiles pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s lors des bilans d&rsquo;aptitudes.<\/p>\n<p>Enfin, en <strong>psychiatrie \u00e9pid\u00e9miologique<\/strong>, les courbes de fr\u00e9quences cumul\u00e9es aident \u00e0 tracer l&rsquo;incidence et la pr\u00e9valence cumulative des troubles mentaux \u00e0 travers les diff\u00e9rentes strates d&rsquo;\u00e2ge, facilitant l&rsquo;identification des p\u00e9riodes critiques de d\u00e9veloppement propices aux actions de pr\u00e9vention primaire.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Dans la recherche psychologique exp\u00e9rimentale et corr\u00e9lationnelle, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e constitue un instrument analytique de premier plan pour valider la robustesse des mod\u00e8les de mesure. Un domaine d&rsquo;investigation majeur concerne l&rsquo;\u00e9tude de la d\u00e9rive des normes temporelles, universellement connue sous le nom d&rsquo;effet Flynn. En analysant les d\u00e9placements des courbes de fr\u00e9quences cumul\u00e9es des performances au fil des d\u00e9cennies, les chercheurs ont pu documenter avec rigueur l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation continue des scores moyens d&rsquo;intelligence fluide au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle, contraignant les \u00e9diteurs de tests \u00e0 r\u00e9\u00e9talonner p\u00e9riodiquement leurs instruments afin d&rsquo;\u00e9viter la sous-estimation artificielle des d\u00e9ficiences cognitives.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la m\u00e9thodologie de la th\u00e9orie de la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;item (TRI) moderne s&rsquo;appuie largement sur l&rsquo;\u00e9tude des fonctions de r\u00e9ponse aux items polytomiques (comme les mod\u00e8les de r\u00e9ponses gradu\u00e9es de Samejima). Dans ces mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9valuation avanc\u00e9e, la probabilit\u00e9 cumul\u00e9e qu&rsquo;un sujet r\u00e9ponde dans une cat\u00e9gorie donn\u00e9e ou dans une cat\u00e9gorie sup\u00e9rieure correspond formellement \u00e0 une courbe de fr\u00e9quence cumul\u00e9e mod\u00e9lis\u00e9e par une fonction logistique continue.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes empiriques en psychopathologie cognitive exploitent \u00e9galement l&rsquo;analyse des temps de r\u00e9action par le biais de distributions de fr\u00e9quences cumul\u00e9es individualis\u00e9es (parfois d\u00e9sign\u00e9es sous le terme de fonctions cumulatives empiriques de temps de r\u00e9ponse ou fonctions de distribution ex-gaussienne). Ces travaux r\u00e9v\u00e8lent que dans des pathologies comme le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH) ou la schizophr\u00e9nie, ce n&rsquo;est pas tant la vitesse de traitement m\u00e9diane qui est alt\u00e9r\u00e9e, mais l&rsquo;asym\u00e9trie de la queue de distribution cumul\u00e9e vers les temps de latence extr\u00eamement longs, t\u00e9moignant d&rsquo;effondrements transitoires du contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation transculturelle de tests standardis\u00e9s met en lumi\u00e8re la sensibilit\u00e9 critique des fr\u00e9quences cumul\u00e9es vis-\u00e0-vis des facteurs contextuels, linguistiques et socio-\u00e9ducatifs. Lorsqu&rsquo;un test psychom\u00e9trique con\u00e7u et \u00e9talonn\u00e9 dans un pays occidental est export\u00e9 sans adaptation rigoureuse vers un environnement culturel distinct, les courbes de fr\u00e9quences cumul\u00e9es subissent r\u00e9guli\u00e8rement des distorsions massives. Un score brut correspondant au 50e percentile (fr\u00e9quence cumul\u00e9e de 0,50) dans la population d&rsquo;origine peut chuter au 15e ou grimper au 85e percentile dans la population cible, non en raison d&rsquo;une diff\u00e9rence de trait psychologique intrins\u00e8que, mais du fait de biais d&rsquo;items ou d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s d&rsquo;acculturation aux formats d&rsquo;\u00e9valuation.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 impose le respect scrupuleux des directives internationales publi\u00e9es par des organismes de r\u00e9gulation comme l&rsquo;<em>International Test Commission<\/em> (ITC). Ces recommandations stipulent formellement qu&rsquo;aucun diagnostic psychologique ou orientation scolaire ne doit \u00eatre prononc\u00e9 sur la base de tables de fr\u00e9quences cumul\u00e9es \u00e9labor\u00e9es sur une culture distincte de celle du sujet examin\u00e9. Le recalibrage d&rsquo;une distribution cumul\u00e9e locale devient un imp\u00e9ratif \u00e9thique pour neutraliser les biais de construit et d&rsquo;\u00e9chantillonnage.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la perception m\u00eame de ce que repr\u00e9sente une position relative sur une courbe cumulative varie selon les cultures. Dans les soci\u00e9t\u00e9s fortement individualistes privil\u00e9giant la comp\u00e9tition interpersonnelle, le rang centile issu de la fr\u00e9quence cumul\u00e9e est souvent valoris\u00e9 comme un indice de distinction individuelle. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les structures soci\u00e9tales plus collectivistes, l&rsquo;\u00e9valuation psychologique privil\u00e9gie fr\u00e9quemment des standards bas\u00e9s sur des crit\u00e8res de ma\u00eetrise plut\u00f4t que sur un positionnement hi\u00e9rarchique normatif relatif au sein d&rsquo;une distribution cumulative.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que son usage soit omnipr\u00e9sent, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e suscite d&rsquo;importantes controverses m\u00e9thodologiques et fait l&rsquo;objet de limites intrins\u00e8ques que tout psychologue doit ma\u00eetriser. La critique principale formul\u00e9e par les m\u00e9trologues concerne l&rsquo;<strong>illusion de lin\u00e9arit\u00e9 d&rsquo;\u00e9chelle<\/strong> qu&rsquo;elle engendre. La transformation des scores bruts en pourcentages cumul\u00e9s (rangs centiles) d\u00e9truit l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des intervalles propre aux \u00e9chelles m\u00e9triques sous-jacentes. En effet, dans une distribution normale, les scores sont tr\u00e8s denses autour de la moyenne et tr\u00e8s clairsem\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, une faible variation de quelques points de score brut au voisinage du centre de la distribution produit un saut spectaculaire en fr\u00e9quence cumul\u00e9e (par exemple, passer du 45e au 55e percentile), alors que la m\u00eame variation num\u00e9rique de scores bruts aux extr\u00e9mit\u00e9s de la distribution (dans les zones de surdouance ou de d\u00e9ficit profond) n&rsquo;entra\u00eene qu&rsquo;un glissement minime en pourcentage cumul\u00e9 (par exemple de 98,5 % \u00e0 99,2 %). Les praticiens non avertis commettent fr\u00e9quemment l&rsquo;erreur d\u00e9ontologique de surestimer l&rsquo;importance des \u00e9carts au centre et de sous-estimer la port\u00e9e clinique consid\u00e9rable des variations situ\u00e9es dans les queues de distribution.<\/p>\n<p>Une seconde controverse d\u00e9coule de l&rsquo;extr\u00eame sensibilit\u00e9 des fr\u00e9quences cumul\u00e9es aux caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e9chantillon d&rsquo;\u00e9talonnage. Si le groupe de r\u00e9f\u00e9rence est sous-dimensionn\u00e9 ou souffre d&rsquo;un biais de repr\u00e9sentativit\u00e9 socio-\u00e9conomique, la courbe cumulative devient fragile et non reproductible. Enfin, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e est incapable d&rsquo;exprimer l&rsquo;incertitude m\u00e9trique li\u00e9e \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 de l&rsquo;outil : elle assigne une place ordinale d\u00e9terministe au sujet sans int\u00e9grer nativement l&rsquo;intervalle de confiance issu de l&rsquo;erreur standard de mesure (ESM).<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir tout risque de confusion terminologique, il est indispensable de confronter la fr\u00e9quence cumul\u00e9e \u00e0 plusieurs concepts m\u00e9thodologiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quence absolue simple vs Fr\u00e9quence cumul\u00e9e :<\/strong> La fr\u00e9quence simple compte exclusivement le nombre d&rsquo;occurrences associ\u00e9es \u00e0 une valeur unique isol\u00e9e, tandis que la fr\u00e9quence cumul\u00e9e int\u00e8gre l&rsquo;ensemble des occurrences accumul\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 cette valeur inclusivement.<\/li>\n<li><strong>Rang centile vs Fr\u00e9quence cumul\u00e9e :<\/strong> Bien que souvent assimil\u00e9s en pratique, le rang centile exprime rigoureusement le pourcentage th\u00e9orique de la population qui obtient un r\u00e9sultat strictement inf\u00e9rieur (ou parfois inf\u00e9rieur ou \u00e9gal) \u00e0 un score, alors que la fr\u00e9quence cumul\u00e9e absolue est un d\u00e9compte d&rsquo;individus r\u00e9els (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N_{cum}\">$N_{cum}$<\/span>) dans un \u00e9chantillon fini donn\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Histogramme de fr\u00e9quences vs Ogive :<\/strong> L&rsquo;histogramme visualise la densit\u00e9 de chaque classe de mani\u00e8re discontinue par des barres verticales ind\u00e9pendantes, tandis que l&rsquo;ogive illustre la sommation cumulative sous forme d&rsquo;une courbe continue monotone croissante.<\/li>\n<li><strong>Fonction de r\u00e9partition vs Fonction de densit\u00e9 :<\/strong> En probabilit\u00e9, la fonction de r\u00e9partition est l&rsquo;\u00e9quivalent math\u00e9matique continu de la fr\u00e9quence relative cumul\u00e9e, correspondant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grale de la fonction de densit\u00e9 de probabilit\u00e9 le long du continuum de mesure.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la fr\u00e9quence cumul\u00e9e repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;une simple op\u00e9ration d&rsquo;addition statistique : elle constitue le moteur essentiel de la psychom\u00e9trie normative. Ses caract\u00e9ristiques centrales peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es dans les points suivants :<\/p>\n<p>Elle se d\u00e9finit comme l&rsquo;accumulation ordonn\u00e9e des effectifs ou des proportions d&rsquo;un \u00e9chantillon depuis les valeurs les plus faibles jusqu&rsquo;\u00e0 un niveau donn\u00e9, produisant une distribution monotone non d\u00e9croissante.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, elle convertit un score brut abstrait en un rang compr\u00e9hensible et exploitable, servant de fondement direct \u00e0 la d\u00e9rivation des rangs centiles et \u00e0 l&rsquo;\u00e9talonnage des tests diagnostiques, cognitifs et de personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Son trac\u00e9 graphique prend la forme d&rsquo;une courbe en ogive dont l&rsquo;asym\u00e9trie ou la r\u00e9gularit\u00e9 sigmo\u00efde traduit fid\u00e8lement les propri\u00e9t\u00e9s morphologiques de la distribution empirique observ\u00e9e.<\/p>\n<p>Sa manipulation requiert toutefois une grande rigueur d\u00e9ontologique : elle d\u00e9forme l&rsquo;espacement des intervalles m\u00e9triques au d\u00e9triment des queues de distribution et d\u00e9pend enti\u00e8rement de la validit\u00e9 repr\u00e9sentative de la population d&rsquo;\u00e9talonnage mobilis\u00e9e.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Educational Research Association, American Psychological Association, &#038; National Council on Measurement in Education. (2014). <em>Standards for educational and psychological testing<\/em>. American Educational Research Association.<\/li>\n<li>Galton, F. (1889). <em>Natural inheritance<\/em>. Macmillan and Co.<\/li>\n<li>Howell, D. C. (2018). <em>M\u00e9thodes statistiques en sciences humaines<\/em> (M. Rogier, trad. ; 3e \u00e9d.). De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/li>\n<li>Lord, F. M., &#038; Novick, M. R. (1968). <em>Statistical theories of mental test scores<\/em>. Addison-Wesley.<\/li>\n<li>Nunnally, J. C., &#038; Bernstein, I. H. (1994). <em>Psychometric theory<\/em> (3rd ed.). McGraw-Hill.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fr\u00e9quence cumul\u00e9e (FC) en psychom\u00e9trie permet d&rsquo;agr\u00e9ger les scores observ\u00e9s pour \u00e9tablir des rangs centiles et \u00e9talonner les instruments d&rsquo;\u00e9valuation clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[304,2,4225],"tags":[32506,7766,9930,16,2069,307],"class_list":["post-25777","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodologie-de-recherche","category-psychometrie","category-statistiques-psychologiques","tag-etalonnage","tag-frequence-cumulee","tag-percentiles","tag-psychometrie","tag-statistique-descriptive","tag-theorie-classique-des-tests"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25777","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25777\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25777"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25777"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25777"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}