{"id":25676,"date":"2026-11-08T12:04:05","date_gmt":"2026-11-08T12:04:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cue-exposure-therapie-exposition-stimuli"},"modified":"2026-11-08T12:04:05","modified_gmt":"2026-11-08T12:04:05","slug":"cue-exposure-therapie-exposition-stimuli","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cue-exposure-therapie-exposition-stimuli","title":{"rendered":"Cue Exposure : Dompter le craving addictif"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exposition aux stimuli conditionn\u00e9s repr\u00e9sente l&rsquo;une des pierres angulaires les plus fascinantes des th\u00e9rapies comportementales modernes appliqu\u00e9es aux addictions et aux troubles anxieux. En confrontant de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e l&rsquo;individu aux signaux environnementaux qui d\u00e9clenchent un irr\u00e9pressible d\u00e9sir de consommation ou une angoisse aigu\u00eb sans lui permettre d&rsquo;accomplir l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9vitement ou de prise de substance habituel, ce paradigme th\u00e9rapeutique force le syst\u00e8me nerveux central \u00e0 r\u00e9\u00e9crire ses associations automatis\u00e9es les plus tenaces.<\/p>\n<h2>L&rsquo;exposition aux stimuli (Cue Exposure)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;exposition aux stimuli, couramment d\u00e9sign\u00e9e sous le terme anglophone de <em>cue exposure<\/em> ou <em>cue exposure therapy<\/em> (CET), est une technique comportementale issue des th\u00e9rapies cognitives et comportementales qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter de mani\u00e8re syst\u00e9matique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 un individu des stimuli d\u00e9clencheurs pr\u00e9alablement conditionn\u00e9s (signaux environnementaux, objets, odeurs ou pens\u00e9es) associ\u00e9s \u00e0 un comportement probl\u00e9matique, tout en emp\u00eachant activement la r\u00e9ponse motrice ou de consommation habituelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;addictologie et des troubles des conduites alimentaires, elle vise l&rsquo;extinction progressive du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Craving\">craving<\/a> (d\u00e9sir imp\u00e9rieux) et des r\u00e9actions physiologiques anticipatoires par le biais d&rsquo;un m\u00e9canisme d&rsquo;apprentissage inhibiteur. En psychopathologie g\u00e9n\u00e9rale, le principe s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement au traitement des phobies, de l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique et du trouble obsessionnel-compulsif, o\u00f9 il est souvent coupl\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Cette approche ne se contente pas d&rsquo;\u00e9liminer temporairement l&rsquo;envie ou la d\u00e9tresse ; elle cherche fondamentalement \u00e0 restructurer la tol\u00e9rance de l&rsquo;individu \u00e0 l&rsquo;inconfort visc\u00e9ral induit par les indices de tentation, en r\u00e9activant la m\u00e9moire de r\u00e9compense ou de peur afin d&rsquo;y adjoindre un nouvel encodage de s\u00e9curit\u00e9 et de non-renforcement.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot fran\u00e7ais \u00ab exposition \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>exponere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em> (hors de, au-dehors) et de <em>ponere<\/em> (placer, d\u00e9poser), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab mettre \u00e0 d\u00e9couvert \u00bb, \u00ab placer en vue \u00bb ou \u00ab abandonner \u00e0 la vue de tous \u00bb. Dans le lexique psychologique contemporain, il a pris le sens technique de confrontation active et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un sujet \u00e0 un stimulus anxiog\u00e8ne ou app\u00e9titif.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab stimulus \u00bb (au pluriel \u00ab stimuli \u00bb) est directement emprunt\u00e9 au latin <em>stimulus<\/em>, qui d\u00e9signait historiquement un aiguillon servant \u00e0 piquer les b\u0153ufs pour les faire avancer, m\u00e9taphoriquement transpos\u00e9 en physiologie et en psychophysique d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle pour qualifier toute cause physique ou chimique interne ou externe capable de provoquer une r\u00e9action au sein d&rsquo;un organisme vivant.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression anglaise canonique \u00ab cue exposure \u00bb associe le mot <em>cue<\/em> \u2014 d&rsquo;\u00e9tymologie incertaine, possiblement d\u00e9riv\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre anglais de la Renaissance o\u00f9 la lettre \u00ab Q \u00bb (abr\u00e9viation du latin <em>quando<\/em>, \u00ab quand \u00bb) indiquait aux com\u00e9diens le moment pr\u00e9cis d&rsquo;entrer en sc\u00e8ne \u2014 au concept d&rsquo;<em>exposure<\/em>. L&rsquo;indice ou <em>cue<\/em> est ainsi l&rsquo;amorce contextuelle qui signale la disponibilit\u00e9 imminente d&rsquo;un renfor\u00e7ateur. Dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique francophone, les termes d&rsquo;\u00ab exposition aux indices \u00bb, d&rsquo;\u00ab exposition aux signaux \u00bb ou d&rsquo;\u00ab exposition indicielle \u00bb sont indiff\u00e9remment utilis\u00e9s pour traduire ce construit.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le syntagme nominal \u00ab exposition aux stimuli \u00bb est de genre f\u00e9minin (\u00ab une exposition aux stimuli \u00bb). Dans le jargon clinique sp\u00e9cialis\u00e9, le terme technique anglophone \u00ab cue exposure \u00bb est tr\u00e8s fr\u00e9quemment conserv\u00e9 tel quel dans les publications scientifiques et les colloques internationaux francophones ; il est alors employ\u00e9 au masculin singulier (\u00ab le cue exposure \u00bb) ou au f\u00e9minin lorsqu&rsquo;il sous-entend la modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique (\u00ab la cue exposure therapy \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab exposition aux stimuli \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/\u025bks.p\u0254.zi.sj\u0254\u0303 o sti.my.li\/ (ou \/sti.my.lys\/ si l&rsquo;on emploie la variante singuli\u00e8re \u00ab stimulus \u00bb). L&rsquo;anglicisme \u00ab cue exposure \u00bb se prononce g\u00e9n\u00e9ralement \/kju\u02d0 \u026ak\u02c8spo\u028a.\u0292\u0259r\/ dans le milieu hospitalo-universitaire.<\/p>\n<p>Sur le plan lexical et syntaxique, le terme fonctionne comme un nom compos\u00e9 indissociable au sein de la famille des techniques comportementales, recevant des adjectifs au f\u00e9minin accord\u00e9s avec \u00ab exposition \u00bb (par exemple : \u00ab une exposition indicielle prolong\u00e9e \u00bb, \u00ab des sessions d&rsquo;exposition aux stimuli interoceptifs soigneusement calibr\u00e9es \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir toute la profondeur clinique de l&rsquo;exposition aux stimuli, il convient d&rsquo;analyser l&rsquo;architecture de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;apprentissage associatif pavlovien. Tout organisme confront\u00e9 de mani\u00e8re chronique \u00e0 une substance psychoactive (alcool, nicotine, h\u00e9ro\u00efne, coca\u00efne) ou \u00e0 un comportement r\u00e9compensant (jeux de hasard, prise alimentaire compulsive) int\u00e8gre un nombre incalculable d&rsquo;indices environnementaux et int\u00e9roceptifs qui pr\u00e9c\u00e8dent syst\u00e9matiquement l&rsquo;arriv\u00e9e de la r\u00e9compense neurobiologique.<\/p>\n<p>Ces indices neutres deviennent des stimuli conditionn\u00e9s (SC) hautement pr\u00e9dictifs. La vue d&rsquo;une seringue, l&rsquo;odeur du tabac froid, le tintement des verres sur un comptoir, la sensation d&rsquo;ennui un vendredi soir ou le d\u00e9filement d&rsquo;un flux d&rsquo;images sur un r\u00e9seau social acqui\u00e8rent la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;activer ce que Robinson et Berridge ont nomm\u00e9 la \u00ab saillance incitative \u00bb (<em>incentive salience<\/em>). Ces signaux ne se contentent pas de rappeler la substance au souvenir du sujet : ils d\u00e9tournent l&rsquo;attention de mani\u00e8re involontaire, augmentent brutalement la dopamine dans le noyau accumbens et d\u00e9clenchent une cascade de r\u00e9ponses conditionn\u00e9es (acc\u00e9l\u00e9ration du rythme cardiaque, salivation, baisse anticipatoire de la glyc\u00e9mie, anxi\u00e9t\u00e9, pens\u00e9es obsessionnelles).<\/p>\n<p>Face \u00e0 cet ouragan psychophysiologique, l&rsquo;individu en phase de maintien de l&rsquo;abstinence ressent une d\u00e9tresse aigu\u00eb, commun\u00e9ment appel\u00e9e craving. L&rsquo;instinct comportemental imm\u00e9diat consiste soit \u00e0 consommer pour faire cesser la sensation p\u00e9nible de manque (renforcement n\u00e9gatif), soit \u00e0 fuir \u00e9perdument la situation. Si la fuite ou l&rsquo;\u00e9vitement prot\u00e8ge temporairement de la rechute, elle maintient intacte la puissance du stimulus conditionn\u00e9, qui conserve toute sa force d&rsquo;\u00e9vocation pour les rencontres futures.<\/p>\n<p>Le paradigme de l&rsquo;exposition aux stimuli intervient pr\u00e9cis\u00e9ment pour briser cette boucle infernale. En soumettant le patient \u00e0 ces indices dans un environnement ultra-s\u00e9curis\u00e9, sans acc\u00e8s possible \u00e0 la substance ou au comportement probl\u00e9matique, le protocole contraint l&rsquo;organisme \u00e0 traverser la vague de craving jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle retombe spontan\u00e9ment. L&rsquo;exposition permet de d\u00e9montrer exp\u00e9rientiellement au sujet que l&rsquo;envie imp\u00e9rieuse ob\u00e9it \u00e0 une courbe biologique naturelle d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, de plateau et de d\u00e9clin spontan\u00e9, et qu&rsquo;elle n&rsquo;aboutit jamais \u00e0 une folie ou une rupture d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physiologique si l&rsquo;on n&rsquo;y c\u00e8de pas.<\/p>\n<p>Au fil des s\u00e9ances, le syst\u00e8me nerveux op\u00e8re une reprogrammation cognitive et synaptique. L&rsquo;individu d\u00e9veloppe une auto-efficacit\u00e9 accrue, apprend \u00e0 discriminer les faux signaux d&rsquo;urgence envoy\u00e9s par son syst\u00e8me dopaminergique, et remplace la r\u00e9action motrice automatis\u00e9e de consommation par une attitude d&rsquo;observation m\u00e9tacognitive et de contr\u00f4le inhibiteur pr\u00e9frontal.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se conceptuelle de l&rsquo;exposition aux stimuli remonte aux travaux fondateurs d&rsquo;Ivan Pavlov au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle sur le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_classique\">conditionnement classique<\/a>. Pavlov avait d\u00e9j\u00e0 document\u00e9 qu&rsquo;un chien salivant au son d&rsquo;une cloche cesse progressivement de saliver si la cloche retentit de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en l&rsquo;absence absolue de pr\u00e9sentation de viande : ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;extinction exp\u00e9rimentale posa le premier jalon empirique de l&rsquo;approche.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, le psychiatre Joseph Wolpe th\u00e9orise la d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique pour traiter les n\u00e9vroses et les phobies, d\u00e9montrant qu&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 peut \u00eatre \u00e9limin\u00e9e par la confrontation gradu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objet de la peur dans un \u00e9tat physiologique oppos\u00e9 (la relaxation musculaire progressive). Parall\u00e8lement, des pionniers du comportementalisme comme Hans Eysenck et Stanley Rachman posent les bases de l&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse (EPR) dans le trouble obsessionnel-compulsif, fournissant l&rsquo;armature m\u00e9thodologique sur laquelle s&rsquo;appuiera plus tard l&rsquo;addictologie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et durant la d\u00e9cennie 1980 que l&rsquo;application sp\u00e9cifique aux troubles de l&rsquo;usage de substances \u00e9merge v\u00e9ritablement sous l&rsquo;impulsion de chercheurs tels que Steven Childress, Charles O&rsquo;Brien et Peter Monti. Ces chercheurs documentent scientifiquement la r\u00e9activit\u00e9 aux stimuli (<em>cue reactivity<\/em>) chez les v\u00e9t\u00e9rans d\u00e9pendants aux opiac\u00e9s et les patients alcooliques, mettant en \u00e9vidence que des stimuli environnementaux st\u00e9riles suffisent \u00e0 reproduire les sympt\u00f4mes physiques du sevrage et un intense d\u00e9sir de consommer.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1990, des protocoles stricts de th\u00e9rapie par exposition aux stimuli (Cue Exposure Therapy &#8211; CET) sont standardis\u00e9s pour l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance par Drummond, Glautier et Rohsenow. Les premiers essais cliniques r\u00e9v\u00e8lent toutefois une limite de taille : si l&rsquo;extinction fonctionne remarquablement bien dans le cabinet du th\u00e9rapeute, les rechutes persistent massivement d\u00e8s que le patient retourne dans son milieu naturel d&rsquo;origine.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, les d\u00e9couvertes fondamentales de Mark Bouton sur les contextes d&rsquo;extinction et le renouveau des neurosciences cognitives men\u00e9es par Michelle Craske transforment la discipline. L&rsquo;accent glisse du simple mod\u00e8le d&rsquo;\u00ab habituation \u00bb vers le mod\u00e8le de \u00ab l&rsquo;apprentissage inhibiteur \u00bb (<em>inhibitory learning<\/em>). Simultan\u00e9ment, l&rsquo;irruption des nouvelles technologies dans les ann\u00e9es 2010 et 2020 \u2014 notamment la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9alit%C3%A9_virtuelle\">r\u00e9alit\u00e9 virtuelle<\/a> (VRET pour <em>Virtual Reality Exposure Therapy<\/em>), les applications pour smartphones et l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9cologique instantan\u00e9e (EMA) \u2014 offre une renaissance sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l&rsquo;exposition aux stimuli en permettant de contextualiser les stimuli au plus pr\u00e8s du quotidien des patients.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Trois mod\u00e8les th\u00e9oriques interd\u00e9pendants fournissent l&rsquo;assise scientifique de l&rsquo;exposition aux stimuli : le mod\u00e8le de l&rsquo;apprentissage pavlovien, le mod\u00e8le neurocognitif de l&rsquo;apprentissage inhibiteur, et le mod\u00e8le cognitif de la tol\u00e9rance \u00e0 la d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique repose sur le conditionnement r\u00e9pondant et l&rsquo;apprentissage par contingence. Dans l&rsquo;addiction, la prise de substance repr\u00e9sente le stimulus inconditionn\u00e9 (SI) qui g\u00e9n\u00e8re une perturbation hom\u00e9ostatique et une r\u00e9ponse inconditionn\u00e9e (RI) biologique. L&rsquo;exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e aux stimuli conditionn\u00e9s (SC) sans administration du SI rompt la contingence pr\u00e9dictive entre le signal et la cons\u00e9quence. Selon la loi de l&rsquo;extinction comportementale, la probabilit\u00e9 d&rsquo;apparition de la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e (RC) diminue \u00e0 mesure que le stimulus conditionn\u00e9 n&rsquo;est plus appari\u00e9 \u00e0 son renfor\u00e7ateur habituel.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique, d\u00e9velopp\u00e9 principalement par Mark Bouton et Michelle Craske, est la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage inhibiteur. Contrairement \u00e0 une croyance tenace, l&rsquo;extinction n&rsquo;efface pas la trace mn\u00e9sique originale liant le stimulus au plaisir ou au soulagement. Elle cr\u00e9e au contraire une nouvelle trace de m\u00e9moire concurrente dite \u00ab CS-NoUS \u00bb (Stimulus Conditionn\u00e9 \u2013 Pas de Stimulus Inconditionn\u00e9), signifiant que le stimulus est d\u00e9sormais synonyme d&rsquo;innocuit\u00e9 ou de non-d\u00e9livrance de la substance. Cette nouvelle trace m\u00e9morielle, sous-tendue par des projections inhibitrices du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian vers l&rsquo;amygdale et le striatum, est cependant fragile et fortement d\u00e9pendante du contexte spatio-temporel.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le cognitif et m\u00e9tacognitif met l&rsquo;accent sur les croyances erron\u00e9es du patient concernant son propre craving. Beaucoup de personnes d\u00e9pendantes adh\u00e8rent \u00e0 la croyance rigide que l&rsquo;envie est une pente exponentielle qui ne redescendra jamais sans passage \u00e0 l&rsquo;acte, ou que r\u00e9sister \u00e0 cette envie entra\u00eenera une d\u00e9compensation psychique ou physique catastrophique. L&rsquo;exposition aux stimuli agit comme une exp\u00e9rience comportementale de mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 : en d\u00e9couvrant que l&rsquo;envie culmine puis s&rsquo;\u00e9tiole spontan\u00e9ment (ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>surf sur l&rsquo;envie<\/em> ou <em>urge surfing<\/em> th\u00e9oris\u00e9 par Alan Marlatt), le patient restructure ses croyances d&rsquo;impuissance et d\u00e9veloppe un sentiment robuste d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre clinique de l&rsquo;exposition aux stimuli se d\u00e9cline selon des typologies m\u00e9thodologiques pr\u00e9cises et mobilise des composantes th\u00e9rapeutiques multidimensionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;exposition in vivo (en conditions r\u00e9elles) :<\/strong> Confrontation directe avec des stimuli concrets tangibles (manipuler une bouteille de whisky, humer l&rsquo;ar\u00f4me d&rsquo;un paquet de cigarettes ouvert, tenir une pipe \u00e0 crack vide, manipuler des billets de banque chez le joueur pathologique).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;exposition en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (VRET) :<\/strong> Immersion tridimensionnelle interactive au sein d&rsquo;environnements num\u00e9riques complexes et hautement d\u00e9clencheurs (un bar bond\u00e9 avec musique festive, un casino illumin\u00e9, une f\u00eate entre amis) permettant de manipuler des indices multisensoriels sous supervision clinique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;exposition imaginaire :<\/strong> Guidage verbal par le th\u00e9rapeute pour amener le sujet \u00e0 reconstruire mentalement, avec un r\u00e9alisme sensoriel et \u00e9motionnel maximal, des sc\u00e9narios r\u00e9cents ou redout\u00e9s de tentation extr\u00eame.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;exposition interoceptive :<\/strong> Induction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de sensations corporelles internes (tachycardie induite par un effort physique bref, sensation de vertige, faim physiologique, sensation de solitude ou de stress par induction \u00e9motionnelle) qui constituent souvent les indices d\u00e9clencheurs les plus insidieux chez les patients vuln\u00e9rables.<\/li>\n<li><strong>La pr\u00e9vention active de la r\u00e9ponse (Response Prevention) :<\/strong> Composante incontournable qui interdit l&rsquo;\u00e9chappement comportemental, la distraction cognitive d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou le recours \u00e0 la consommation de la substance ou \u00e0 la pratique de la compulsion.<\/li>\n<li><strong>La variation syst\u00e9matique des contextes :<\/strong> Multiplication des lieux (bureau du clinicien, domicile, environnement urbain), des moments de la journ\u00e9e et des \u00e9tats affectifs afin de maximiser la g\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;apprentissage inhibiteur et d&rsquo;\u00e9viter le renouvellement du craving hors cabinet.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la r\u00e9alit\u00e9 pragmatique de ce protocole, consid\u00e9rons le cas clinique de Marc, un cadre d&rsquo;entreprise de 42 ans souffrant d&rsquo;un trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;alcool s\u00e9v\u00e8re, sevr\u00e9 sur le plan m\u00e9dical depuis un mois, mais terroris\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de rechuter lors de ses d\u00e9jeuners d&rsquo;affaires. Son th\u00e9rapeute met en place un protocole d&rsquo;exposition aux stimuli in vivo combin\u00e9 \u00e0 des strat\u00e9gies de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Lors de la premi\u00e8re s\u00e9ance d&rsquo;exposition, le th\u00e9rapeute installe sur la table de consultation une bouteille du vin de Bordeaux favori de Marc, accompagn\u00e9e d&rsquo;un verre en cristal. Le protocole d\u00e9bute par une observation visuelle passive. Le th\u00e9rapeute demande \u00e0 Marc d&rsquo;\u00e9valuer son craving toutes les 90 secondes sur une \u00e9chelle visuelle analogique de 0 \u00e0 100. En moins de trois minutes, le score grimpe de 15 \u00e0 85 : Marc transpire, ses mains tremblent, il ressent une s\u00e9cheresse buccale intense et une impulsion motrice irr\u00e9pressible de porter le verre \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de fuir ou de pratiquer une relaxation qui d\u00e9tournerait son attention, Marc est guid\u00e9 pour appliquer le \u00ab surf sur l&rsquo;envie \u00bb : il focalise son attention sur ses sensations physiques, d\u00e9crit \u00e0 voix haute la forme de la tension dans sa poitrine et son estomac, et accepte l&rsquo;inconfort sans chercher \u00e0 le chasser. Apr\u00e8s douze minutes de maintien sous tension, sans que le vin ne soit bu, le craving entame une d\u00e9crue progressive pour redescendre \u00e0 un score stable de 20 au bout de quarante minutes.<\/p>\n<p>Dans les s\u00e9ances ult\u00e9rieures, la complexit\u00e9 de l&rsquo;exposition est accrue : Marc est invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9boucher lui-m\u00eame la bouteille, \u00e0 verser le liquide, \u00e0 le humer longuement, puis \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter cet exercice dans diff\u00e9rents contextes (\u00e0 la cantine de la clinique, en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, dans un restaurant partenaire sous la supervision discr\u00e8te d&rsquo;un accompagnant th\u00e9rapeutique). \u00c0 terme, le stimulus visuel et olfactif perd sa valence d&rsquo;urgence, rendant \u00e0 Marc sa libert\u00e9 d&rsquo;action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse des effets de l&rsquo;exposition indicielle n\u00e9cessite une approche multi-m\u00e9thodes combinant des mesures subjectives, physiologiques et comportementales avant, pendant et apr\u00e8s les s\u00e9ances :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les \u00e9chelles auto-rapport\u00e9es de craving :<\/strong> L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9chelles analogiques visuelles (EVA) du craving (not\u00e9es de 0 \u00e0 10 ou de 0 \u00e0 100), ainsi que de questionnaires standardis\u00e9s valid\u00e9s tels que l&rsquo;<em>Obsessive Compulsive Drinking Scale<\/em> (OCDS) pour l&rsquo;alcool, le <em>Penn Alcohol Craving Scale<\/em> (PACS) ou le <em>Tobacco Craving Questionnaire<\/em> (TCQ).<\/li>\n<li><strong>Les mesures psychophysiologiques autonomes :<\/strong> L&rsquo;enregistrement continu de la conductance cutan\u00e9e (r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale traduisant l&rsquo;activation du syst\u00e8me sympathique), de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (HRV), de la tension musculaire \u00e9lectromyographique et de la r\u00e9activit\u00e9 pupillaire lors de la confrontation au stimulus.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle (IRMf) :<\/strong> Dans les contextes de recherche translationnelle, observation de l&rsquo;hypoactivation progressive des r\u00e9gions du circuit de la r\u00e9compense (noyau accumbens, cortex orbitofrontal, aire tegmentale ventrale) et du renforcement de la connectivit\u00e9 avec le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral au cours des blocs d&rsquo;exposition indicielle.<\/li>\n<li><strong>Les tests d&rsquo;attention biais\u00e9e et de temps de r\u00e9action :<\/strong> Utilisation de paradigmes informatis\u00e9s comme la t\u00e2che de Stroop modifi\u00e9e pour les addictions ou la t\u00e2che de d\u00e9tection de sonde (<em>Dot-Probe Task<\/em>), mesurant la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;attention du patient se d\u00e9sengage spontan\u00e9ment des images d&rsquo;indices apr\u00e8s le traitement th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation \u00e9cologique momentan\u00e9e (EMA) :<\/strong> \u00c9valuation in situ au moyen de questionnaires sur smartphone notifiant le patient \u00e0 intervalles al\u00e9atoires au cours de sa vie courante pour mesurer le taux de craving quotidien r\u00e9siduel et documenter la survenue \u00e9ventuelle d&rsquo;\u00e9pisodes de consommation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Si l&rsquo;exposition aux stimuli a \u00e9t\u00e9 initialement th\u00e9oris\u00e9e pour les addictions pharmacologiques, son champ d&rsquo;application contemporain s&rsquo;est prodigieusement \u00e9tendu \u00e0 de nombreux domaines de la sant\u00e9 mentale et comportementale.<\/p>\n<p>En alcoologie et en tabacologie, elle constitue un adjuvant th\u00e9rapeutique de premier plan pour consolider l&rsquo;abstinence ou pour soutenir les programmes de consommation contr\u00f4l\u00e9e chez les patients r\u00e9fractaires \u00e0 l&rsquo;abstinence totale. Les protocoles enseignent aux patients \u00e0 tol\u00e9rer la pr\u00e9sence de produits sans s&rsquo;y soumettre, d\u00e9samor\u00e7ant le pi\u00e8ge classique des rechutes survenant lors d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements festifs inattendus.<\/p>\n<p>Dans les troubles des conduites alimentaires \u2014 notamment la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boulimie\">boulimie<\/a> nerveuse et l&rsquo;hyperphagie boulimique (<em>binge eating disorder<\/em>) \u2014, l&rsquo;exposition aux aliments tabous (chocolat, chips, p\u00e2tisseries) coupl\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9vention de la purge ou de la restriction permet d&rsquo;\u00e9teindre l&rsquo;angoisse d\u00e9vorante associ\u00e9e aux aliments r\u00e9put\u00e9s \u00ab interdits \u00bb et d&rsquo;apaiser la perte de contr\u00f4le compulsive.<\/p>\n<p>Dans les addictions comportementales, telles que le jeu de hasard et d&rsquo;argent pathologique (ludomanie) ou l&rsquo;usage probl\u00e9matique des jeux vid\u00e9o et des \u00e9crans, les s\u00e9ances confrontent les patients aux sons des machines \u00e0 sous, \u00e0 l&rsquo;interface des plateformes de paris sportifs en ligne ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran de connexion des jeux massivement multijoueurs. Les patients y apprennent \u00e0 r\u00e9guler l&rsquo;hyperfocalisation attentionnelle sans basculer dans la mise d&rsquo;argent ou la session de jeu compulsive.<\/p>\n<p>Enfin, dans le traitement de l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique (ESPT), l&rsquo;exposition prolong\u00e9e aux indices traumatiques (sons d&rsquo;explosions, odeurs sp\u00e9cifiques, retour g\u00e9ographique sur les lieux d&rsquo;un accident) demeure l&rsquo;intervention psychoth\u00e9rapeutique disposant du plus haut niveau de preuve scientifique pour dissoudre la charge \u00e9motionnelle toxique greff\u00e9e aux souvenirs traumatiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche sur l&rsquo;exposition aux stimuli a connu des vagues successives d&rsquo;enthousiasme, suivies de r\u00e9visions m\u00e9thodologiques majeures apport\u00e9es par la communaut\u00e9 internationale des chercheurs en neurosciences comportementales.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res m\u00e9ta-analyses des ann\u00e9es 1990 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (notamment celles de Conklin et Tiffany en 2002) avaient jet\u00e9 un doute relatif sur l&rsquo;efficacit\u00e9 globale de la CET classique dans l&rsquo;addiction. Si les patients d\u00e9montraient sans conteste une extinction spectaculaire de leur craving \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cabinet de consultation, les taux de rechute \u00e0 six mois demeuraient \u00e9lev\u00e9s. Ce paradoxe clinique a permis d&rsquo;identifier le ph\u00e9nom\u00e8ne dit de \u00ab renouveau contextuel \u00bb (<em>renewal effect<\/em>) : l&rsquo;apprentissage inhibiteur acquis dans le contexte neutre du cabinet ne se transf\u00e8re pas spontan\u00e9ment au domicile ou au bar de quartier.<\/p>\n<p>Pour contourner cet obstacle, les \u00e9quipes de recherche contemporaines, s&rsquo;inspirant des travaux fondamentaux de Craske et collaborateurs (2014), ont r\u00e9vis\u00e9 les protocoles pour maximiser la violation des attentes (<em>expectancy violation<\/em>). Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;attendre passivement une baisse du craving au sein d&rsquo;une s\u00e9ance tranquille, mais de pousser d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le patient dans des situations \u00e9motionnelles vari\u00e9es, d&rsquo;introduire des facteurs de surprise et d&rsquo;effectuer des rappels d&rsquo;extinction p\u00e9riodiques.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (Pericot-Valverde et al., 2019 ; Hone-Blanchet et al., 2014) ont confirm\u00e9 que l&rsquo;immersion dans des environnements interactifs \u00e9cologiquement fid\u00e8les provoque une r\u00e9activit\u00e9 physiologique quasi identique \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, multipliant de mani\u00e8re significative la g\u00e9n\u00e9ralisation des acquis th\u00e9rapeutiques. Par ailleurs, des essais translationnels combinent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;exposition aux stimuli avec des facilitateurs pharmacologiques de la plasticit\u00e9 synaptique (comme la D-cyclos\u00e9rine) ou avec des techniques de reconsolidation de la m\u00e9moire, avec des r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires prometteurs pour r\u00e9duire la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 long terme face aux indices r\u00e9activateurs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mise en place d&rsquo;un protocole d&rsquo;exposition aux stimuli exige une sensibilit\u00e9 culturelle aigu\u00eb de la part du clinicien, car la nature m\u00eame des stimuli signifiants, les contextes de consommation et la signification symbolique accord\u00e9e au craving varient drastiquement selon les contextes socioculturels.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, la consommation d&rsquo;alcool est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans la sociabilit\u00e9 professionnelle (les <em>afterworks<\/em>, les d\u00eeners d&rsquo;entreprise), ce qui fait des coll\u00e8gues et des lieux de convivialit\u00e9 urbaine des indices majeurs \u00e0 int\u00e9grer imp\u00e9rativement dans les hi\u00e9rarchies d&rsquo;exposition. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans d&rsquo;autres cultures o\u00f9 la consommation d&rsquo;alcool est formellement prohib\u00e9e ou clandestine pour des motifs religieux ou traditionnels, la prise de substance s&rsquo;effectue dans l&rsquo;isolement complet ou au sein de cercles restreints tr\u00e8s codifi\u00e9s, d\u00e9pla\u00e7ant l&rsquo;exposition indicielle vers des indices de honte, de secret ou d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 int\u00e9roceptive.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les m\u00e9taphores utilis\u00e9es pour expliquer le craving et le m\u00e9canisme d&rsquo;extinction doivent s&rsquo;adapter aux repr\u00e9sentations culturelles de la volont\u00e9 et de la maladie mentale. Alors qu&rsquo;une approche biom\u00e9dicale analytique (\u00ab dompter son amygdale et son circuit de la dopamine \u00bb) sera bien re\u00e7ue dans les milieux urbains \u00e9duqu\u00e9s, des communaut\u00e9s valorisant des mod\u00e8les holistiques ou spirituels r\u00e9pondront bien plus favorablement \u00e0 des repr\u00e9sentations centr\u00e9es sur la m\u00e9tacognition, la pleine conscience, l&rsquo;acceptation de l&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;impulsion et la reconnexion avec le soi profond.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa robustesse th\u00e9orique, l&rsquo;exposition aux stimuli suscite plusieurs d\u00e9bats scientifiques intenses et fait face \u00e0 des limitations cliniques bien document\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le risque th\u00e9orique de r\u00e9activation sans extinction :<\/strong> Si une s\u00e9ance d&rsquo;exposition est interrompue pr\u00e9matur\u00e9ment alors que le patient se trouve au paroxysme de son craving et de sa d\u00e9tresse, il existe un risque de sensibilisation (renforcement de la trace aversive ou app\u00e9titive) plut\u00f4t que d&rsquo;extinction, pouvant pr\u00e9cipiter une rechute imm\u00e9diate apr\u00e8s la consultation.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9ticence des praticiens :<\/strong> Une proportion significative de cliniciens h\u00e9site \u00e0 utiliser la CET par crainte d&rsquo;induire une souffrance intense inutile chez le patient, pr\u00e9f\u00e9rant des approches verbales ou de soutien \u00e9motionnel moins confrontantes mais parfois moins durables.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet de renouveau et le recouvrement spontan\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;extinction n&rsquo;\u00e9tant pas une destruction de la m\u00e9moire de d\u00e9pendance mais un apprentissage inhibiteur fragile, le passage du temps (recouvrement spontan\u00e9), un changement d&rsquo;environnement (renouveau) ou un \u00e9v\u00e9nement de vie hautement stressant (r\u00e9int\u00e9gration induite par le stress) peuvent soudainement r\u00e9activer la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e avec toute sa f\u00e9rocit\u00e9 initiale.<\/li>\n<li><strong>La difficult\u00e9 d&rsquo;isoler les indices int\u00e9roceptifs :<\/strong> Les d\u00e9clencheurs purement externes (une canette de bi\u00e8re, un briquet) sont ais\u00e9ment reproductibles en clinique, mais les indices int\u00e9roceptifs complexes comme un sentiment d&rsquo;abandon diffus, un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement chronique ou un sentiment existentiel de vide s&rsquo;av\u00e8rent infiniment plus ardus \u00e0 calibrer et \u00e0 exposer m\u00e9thodiquement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle, il importe de distinguer l&rsquo;exposition aux stimuli de plusieurs notions et paradigmes voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique :<\/strong> Proc\u00e9dure classique combinant l&rsquo;exposition gradu\u00e9e (g\u00e9n\u00e9ralement en imagination) avec un \u00e9tat d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque (relaxation musculaire), alors que l&rsquo;exposition indicielle moderne n&rsquo;exige pas d&rsquo;\u00e9tat de calme physique pr\u00e9alable et encourage l&rsquo;acceptation de l&rsquo;inconfort \u00e9motionnel et neurov\u00e9g\u00e9tatif brut.<\/li>\n<li><strong>Exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse (EPR) :<\/strong> Protocole standard du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Bien que la CET soit une variante d&rsquo;EPR adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;addiction, l&rsquo;EPR vise principalement l&rsquo;extinction de la peur et de l&rsquo;angoisse de catastrophe imminente, tandis que l&rsquo;exposition aux stimuli cible au premier chef la saillance de r\u00e9compense, l&rsquo;impulsion app\u00e9titive et le craving visc\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9sensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires (EMDR) :<\/strong> Approche psychoth\u00e9rapeutique ciblant la m\u00e9moire traumatique par stimulation bilat\u00e9rale altern\u00e9e, distincte de l&rsquo;exposition comportementale pure qui repose sur l&rsquo;apprentissage inhibiteur et la r\u00e9p\u00e9tition prolong\u00e9e sans stimulation externe sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement du stimulus :<\/strong> Strat\u00e9gie de gestion comportementale inverse consistant \u00e0 fuir activement toute situation, personne ou objet rappelant l&rsquo;addiction. Bien qu&rsquo;utile dans les premi\u00e8res semaines de sevrage pour stabiliser la physiologie du patient, l&rsquo;\u00e9vitement prolong\u00e9 appauvrit la vie sociale du sujet et le laisse compl\u00e8tement d\u00e9muni lorsqu&rsquo;il est in\u00e9vitablement confront\u00e9 au monde r\u00e9el.<\/li>\n<li><strong>Conditionnement aversif :<\/strong> Technique archa\u00efque consistant \u00e0 apparier un indice addictif \u00e0 un stimulus d\u00e9plaisant ou naus\u00e9eux (m\u00e9dicament \u00e9m\u00e9tique, choc \u00e9lectrique mineur) pour cr\u00e9er un d\u00e9go\u00fbt conditionn\u00e9, tomb\u00e9e en d\u00e9su\u00e9tude au profit des approches cognitives d&rsquo;apprentissage inhibiteur respectueuses de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du patient.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;exposition aux stimuli (<em>cue exposure<\/em>) s&rsquo;affirme comme une intervention comportementale et cognitive de premier plan dans l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique contemporain destin\u00e9 au traitement des d\u00e9pendances et des troubles apparent\u00e9s. En plongeant de mani\u00e8re s\u00e9curis\u00e9e et m\u00e9thodique le patient au c\u0153ur des stimuli sensoriels et \u00e9motionnels qui d\u00e9clenchent ses pulsions, la technique d\u00e9samorce la tyrannie du craving et permet au syst\u00e8me nerveux central d&rsquo;apprendre qu&rsquo;un d\u00e9sir puissant n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre fatalement satisfait pour s&rsquo;\u00e9teindre.<\/p>\n<p>Les acquis r\u00e9cents des neurosciences ont clarifi\u00e9 que ce processus ne repose pas sur l&rsquo;oubli passif, mais sur la consolidation d&rsquo;un nouvel apprentissage inhibiteur actif sous la gouvernance du cortex pr\u00e9frontal. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;incorporation croissante de la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et \u00e0 une diversification syst\u00e9matique des contextes de mise en pratique, l&rsquo;exposition aux stimuli d\u00e9passe aujourd&rsquo;hui les limites historiques du cabinet de consultation pour offrir aux personnes en r\u00e9tablissement des comp\u00e9tences concr\u00e8tes, p\u00e9rennes et hautement g\u00e9n\u00e9ralisables vers leur quotidien affranchi des automatismes de la d\u00e9pendance.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bouton, M. E. (2002). Context, ambiguity, and unlearning: Sources of relapse after behavioral extinction. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 52(10), 976-986. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-3223(02)01546-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-3223(02)01546-9<\/a><\/li>\n<li>Childress, A. R., Mozley, P. D., McElgin, W., Fitzgerald, J., Reivich, M., &amp; O&rsquo;Brien, C. P. (1999). Limbic activation during cue-induced cocaine craving. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 156(1), 11-18. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.156.1.11\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.156.1.11<\/a><\/li>\n<li>Conklin, C. A., &amp; Tiffany, S. T. (2002). Applying extinction research and theory to cue-exposure addiction treatments. <em>Addiction<\/em>, 97(2), 155-167. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1360-0443.2002.00014.x\">https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1360-0443.2002.00014.x<\/a><\/li>\n<li>Craske, M. G., Treanor, M., Conway, C. C., Zbozinek, T., &amp; Vervliet, B. (2014). Maximizing exposure therapy: An inhibitory learning approach. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 58, 10-23. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.04.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.04.006<\/a><\/li>\n<li>Drummond, D. C., Tiffany, S. T., Glautier, S., &amp; Remington, B. (Eds.). (1995). <em>Addictive behaviour: Cue exposure theory and practice<\/em>. John Wiley &amp; Sons.<\/li>\n<li>Pericot-Valverde, I., Germeroth, L. J., &amp; Tiffany, S. T. (2019). The use of virtual reality in the investigation of cue reactivity and cue exposure therapy for substance use disorders: A review of the state of the art. <em>Neuroscience &amp; Biobehavioral Reviews<\/em>, 98, 230-241. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2019.01.020\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2019.01.020<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;exposition aux stimuli (cue exposure) est une technique comportementale d&rsquo;apprentissage inhibiteur visant \u00e0 \u00e9teindre le craving et les r\u00e9actions automatiques face aux indices de d\u00e9pendance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,3,1413],"tags":[1193,9577,15405,43183,7477,7043,289],"class_list":["post-25676","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-psychologie-clinique","category-therapies-comportementales-et-cognitives","tag-addictions","tag-apprentissage-inhibiteur","tag-craving","tag-cue-exposure","tag-exposition-avec-prevention-de-la-reponse","tag-extinction-comportementale","tag-tcc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25676","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25676\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25676"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25676"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25676"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}