{"id":25655,"date":"2026-11-08T11:27:15","date_gmt":"2026-11-08T11:27:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=csr-psychologie-responsabilite-sociale-entreprises"},"modified":"2026-11-08T11:27:15","modified_gmt":"2026-11-08T11:27:15","slug":"csr-psychologie-responsabilite-sociale-entreprises","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=csr-psychologie-responsabilite-sociale-entreprises","title":{"rendered":"CSR : Psychologie de l&rsquo;engagement soci\u00e9tal"},"content":{"rendered":"<p>La responsabilit\u00e9 sociale des entreprises, universellement d\u00e9sign\u00e9e par l&rsquo;acronyme anglophone CSR (<em>Corporate Social Responsibility<\/em>) et francis\u00e9e sous le sigle RSE, a longtemps \u00e9t\u00e9 cantonn\u00e9e aux domaines de la strat\u00e9gie d&rsquo;entreprise, du droit et de l&rsquo;\u00e9conomie financi\u00e8re. Cependant, l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un courant de recherche fondamental en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_du_travail_et_des_organisations\">psychologie du travail et des organisations<\/a> a mis en lumi\u00e8re ce que les sp\u00e9cialistes nomment la \u00ab micro-RSE \u00bb (<em>micro-CSR<\/em>) : l&rsquo;\u00e9tude minutieuse de la mani\u00e8re dont les initiatives \u00e9thiques, sociales et environnementales des organisations sont per\u00e7ues, interpr\u00e9t\u00e9es et m\u00e9tabolis\u00e9es par les individus au niveau cognitif, affectif et comportemental. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple dispositif institutionnel abstrait, la CSR constitue un vecteur puissant de sens, d&rsquo;identification et de bien-\u00eatre psychologique qui red\u00e9finit en profondeur le contrat psychologique liant les salari\u00e9s, les dirigeants et les parties prenantes externes \u00e0 l&rsquo;institution productive.<\/p>\n<h2>Responsabilit\u00e9 sociale des entreprises (RSE \/ CSR)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Au sens psychologique et organisationnel, la CSR (ou RSE) d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des perceptions, des attitudes et des conduites individuelles d\u00e9coulant des politiques, pratiques et engagements volontaires d&rsquo;une organisation visant \u00e0 promouvoir le bien-\u00eatre social, la pr\u00e9servation environnementale et la justice humaine au-del\u00e0 des strictes contraintes juridiques et marchandes. Elle analyse comment les salari\u00e9s et les candidats traitent cognitivement ces signaux organisationnels pour \u00e9valuer la moralit\u00e9 intrins\u00e8que de leur employeur.<\/p>\n<p>Dans le paradigme de la psychologie contemporaine, la CSR n&rsquo;est pas uniquement envisag\u00e9e comme une politique manag\u00e9riale globale (niveau macro), mais comme un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique incarn\u00e9 (niveau micro). Les chercheurs s&rsquo;int\u00e9ressent particuli\u00e8rement \u00e0 la \u00ab CSR per\u00e7ue \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire au filtre subjectif \u00e0 travers lequel les employ\u00e9s appr\u00e9cient la sinc\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;ampleur et l&rsquo;impact des initiatives soci\u00e9tales de l&rsquo;entreprise. Cette perception d\u00e9clenche des m\u00e9canismes psychologiques cruciaux tels que l&rsquo;estime de soi organisationnelle, le sentiment d&rsquo;appartenance, la fiert\u00e9 collective et le renforcement du sens au travail.<\/p>\n<p>Ainsi, la CSR en tant que construit psychosocial transcende la simple conformit\u00e9 r\u00e9glementaire pour devenir une lentille \u00e9thique par laquelle les travailleurs \u00e9valuent la concordance entre leurs valeurs personnelles profondes et celles affich\u00e9es par leur environnement professionnel quotidien.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme \u00ab CSR \u00bb d\u00e9rive directement de la locution anglaise <em>Corporate Social Responsibility<\/em>. Le substantif \u00ab corporate \u00bb provient du latin <em>corporatus<\/em> (participe pass\u00e9 de <em>corporare<\/em>, \u00ab former un corps \u00bb), d\u00e9riv\u00e9 de <em>corpus<\/em> signifiant \u00ab corps physique \u00bb, qui a donn\u00e9 lieu en droit anglo-saxon \u00e0 la notion de corporation en tant que personnalit\u00e9 morale autonome. Le terme \u00ab social \u00bb puise sa source dans le latin <em>socialis<\/em>, adjectif d\u00e9riv\u00e9 de <em>socius<\/em> signifiant \u00ab alli\u00e9 \u00bb, \u00ab compagnon \u00bb ou \u00ab partenaire \u00bb, traduisant une interd\u00e9pendance relationnelle et un devoir d&rsquo;harmonie collective. Enfin, \u00ab responsibility \u00bb trouve son \u00e9tymologie dans le verbe latin <em>respondere<\/em> (\u00ab r\u00e9pondre de ses actes \u00bb, \u00ab promettre en retour \u00bb), combin\u00e9 au suffixe de capacit\u00e9 <em>-ibilitas<\/em>, ce qui formalise l&rsquo;obligation morale et l\u00e9gale de rendre compte de l&rsquo;impact de ses actions sur autrui.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone acad\u00e9mique et institutionnelle, la traduction standard adopt\u00e9e est \u00ab Responsabilit\u00e9 Sociale des Entreprises \u00bb ou pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Responsabilit%C3%A9_soci%C3%A9tale_des_entreprises\">Responsabilit\u00e9 Soci\u00e9tale des Entreprises<\/a> \u00bb (RSE), le qualificatif \u00ab soci\u00e9tal \u00bb ayant \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 pour inclure non seulement les relations professionnelles internes, mais l&rsquo;ensemble des interactions avec la soci\u00e9t\u00e9 civile, la biosph\u00e8re et les communaut\u00e9s locales. Toutefois, dans les publications internationales et au sein des \u00e9quipes de recherche en psychologie organisationnelle, l&rsquo;usage du sigle anglophone CSR ou de l&rsquo;expression hybride \u00ab micro-CSR \u00bb demeure extr\u00eamement fr\u00e9quent afin de pr\u00e9server l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 terminologique des concepts.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme s&#8217;emploie principalement comme un nom propre invariable lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe l&rsquo;acronyme anglophone \u00ab le CSR \u00bb ou \u00ab la CSR \u00bb (la prononciation phon\u00e9tique \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement francis\u00e9e [se.\u025bs.\u025b\u0281] ou conserv\u00e9e sous sa forme anglaise [si\u02d0.\u025bs.\u0251\u02d0r]). L&rsquo;usage pr\u00e9dominant dans le champ de la psychologie du travail accorde le genre f\u00e9minin par ellipse de la traduction fran\u00e7aise (\u00ab la Corporate Social Responsibility \u00bb ou \u00ab la CSR \u00bb), faisant \u00e9cho \u00e0 \u00ab la RSE \u00bb [\u025b\u0281.\u025bs.\u00f8].<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le concept se d\u00e9cline sous diff\u00e9rentes formes lexicales sp\u00e9cialis\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>CSR per\u00e7ue (Perceived CSR) :<\/strong> locution nominale f\u00e9minine d\u00e9signant l&rsquo;\u00e9valuation psychologique individuelle subjective port\u00e9e par un acteur sur les actions de l&rsquo;entreprise.<\/li>\n<li><strong>Micro-CSR :<\/strong> syntagme nominal invariable d\u00e9signant la branche d&rsquo;\u00e9tude focalis\u00e9e sur l&rsquo;analyse au niveau de l&rsquo;individu (micro-niveau), par opposition \u00e0 la macro-CSR (niveau strat\u00e9gique et financier).<\/li>\n<li><strong>CSR interne vs externe :<\/strong> distinctions qualificatives discriminantes selon que les actions s&rsquo;adressent directement aux collaborateurs (justice au travail, formation, sant\u00e9) ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me soci\u00e9tal et environnemental ext\u00e9rieur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension de la CSR sous un angle psychologique repose sur une rupture paradigmatique majeure amorc\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 2000. Historiquement \u00e9tudi\u00e9e comme un instrument financier, juridique ou de gestion de r\u00e9putation de haut niveau institutionnel, la CSR a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que son succ\u00e8s ou son \u00e9chec r\u00e9el repose en premier lieu sur la dynamique subjective des ressources humaines. Lorsqu&rsquo;une organisation s&rsquo;engage dans des politiques durables ou \u00e9thiques, ces actions envoient des signaux complexes que les collaborateurs d\u00e9codent sans rel\u00e2che. La CSR per\u00e7ue agit comme une fen\u00eatre ouverte sur l&rsquo;\u00e2me \u00e9thique de l&rsquo;institution, indiquant si l&rsquo;entit\u00e9 valorise l&rsquo;humain pour ce qu&rsquo;il est (valeur intrins\u00e8que) ou s&rsquo;il n&rsquo;est qu&rsquo;un instrument utilitaire au service d&rsquo;un profit maximal.<\/p>\n<p>Le spectre conceptuel de la micro-CSR int\u00e8gre la notion fondamentale d&rsquo;attribution causale. En effet, la psychologie sociale d\u00e9montre que les individus ne se contentent pas d&rsquo;observer les conduites : ils cherchent spontan\u00e9ment \u00e0 en comprendre les motifs sous-jacents. Dans le cadre de la CSR, les employ\u00e9s attribuent ces actions soit \u00e0 des \u00ab motifs intrins\u00e8ques \u00bb (bienveillance authentique, valeurs morales profondes, altruisme organisationnel), soit \u00e0 des \u00ab motifs extrins\u00e8ques \u00bb (strat\u00e9gie marketing, calcul fiscal, opportunisme de relations publiques, \u00e9coblanchiment ou <em>greenwashing<\/em>). Ces attributions conditionnent directement la r\u00e9action psychologique : des motifs authentiques nourrissent la confiance et l&rsquo;attachement, tandis que des motifs opportunistes per\u00e7us d\u00e9clenchent cynisme, amertume, \u00e9puisement \u00e9motionnel et rupture du contrat psychologique.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la CSR red\u00e9finit les fronti\u00e8res du comportement organisationnel en mobilisant le concept de justice d\u00e9ontique. Les th\u00e9ories traditionnelles de la justice organisationnelle stipulaient que les travailleurs ne se souciaient que de la fa\u00e7on dont ils \u00e9taient personnellement trait\u00e9s (justice distributive et proc\u00e9durale \u00e9gocentr\u00e9e). Or, la psychologie de la CSR montre que les individus poss\u00e8dent une sensibilit\u00e9 morale transcendante : ils souffrent psychologiquement et r\u00e9agissent n\u00e9gativement lorsqu&rsquo;ils constatent que l&rsquo;entreprise maltraite des tiers (communaut\u00e9s riveraines, sous-traitants, environnement), m\u00eame si leur propre r\u00e9mun\u00e9ration et leur statut personnel sont pr\u00e9serv\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;inverse, observer son entreprise faire preuve de magnanimit\u00e9 et de rigueur \u00e9thique envers les plus vuln\u00e9rables suscite une \u00e9l\u00e9vation morale, une fiert\u00e9 vicariante et une consolidation de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p>Enfin, la CSR s&rsquo;articule autour de deux dimensions compl\u00e9mentaires dans l&rsquo;ar\u00e8ne de travail : la CSR interne et la CSR externe. La CSR interne englobe toutes les pratiques orient\u00e9es vers les salari\u00e9s eux-m\u00eames (\u00e9quit\u00e9 salariale, d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences, \u00e9quilibre vie professionnelle-vie personnelle, s\u00e9curit\u00e9 physique et psychologique, d\u00e9mocratie d\u00e9lib\u00e9rative). La CSR externe comprend la r\u00e9duction de l&#8217;empreinte carbone, les programmes caritatifs, le m\u00e9c\u00e9nat de comp\u00e9tences et la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9. La psychologie organisationnelle met en garde contre les d\u00e9calages dissonants : une organisation ultra-active dans l&rsquo;aide humanitaire internationale qui n\u00e9gligerait la souffrance au travail ou l&rsquo;ergonomie de ses propres salari\u00e9s engendre un d\u00e9chirement cognitif majeur particuli\u00e8rement toxique pour la sant\u00e9 mentale des \u00e9quipes.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;itin\u00e9raire intellectuel de la CSR trouve son ancrage moderne dans les travaux de Howard Bowen qui, en 1953, publie l&rsquo;ouvrage fondateur <em>Social Responsibilities of the Businessman<\/em>. Bowen y postule que les chefs d&rsquo;entreprise portent une responsabilit\u00e9 \u00e9thique directe dans les cons\u00e9quences soci\u00e9tales de leurs d\u00e9cisions \u00e9conomiques. Durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, le concept gagne en consistance th\u00e9orique, mais reste polaris\u00e9 : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les tenants du lib\u00e9ralisme classique comme Milton Friedman affirment en 1970 que l&rsquo;unique responsabilit\u00e9 sociale d&rsquo;une entreprise priv\u00e9e est d&rsquo;accro\u00eetre ses b\u00e9n\u00e9fices en respectant la loi ; de l&rsquo;autre, des th\u00e9oriciens de la sociologie industrielle plaident pour un r\u00f4le social \u00e9largi de l&rsquo;entreprise moderne.<\/p>\n<p>En 1979 et 1991, Archie B. Carroll propose un mod\u00e8le hi\u00e9rarchique qui fera autorit\u00e9 : la \u00ab pyramide de la RSE \u00bb, articulant quatre responsabilit\u00e9s cumulatives : \u00e9conomique, l\u00e9gale, \u00e9thique et philanthropique. Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, Edward Freeman (1984) formule la c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9orie des parties prenantes (<em>Stakeholder Theory<\/em>), contestant l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie exclusive des seuls actionnaires (<em>shareholders<\/em>) pour inclure les employ\u00e9s, les clients, les fournisseurs et la collectivit\u00e9 dans la gouvernance r\u00e9flexive.<\/p>\n<p>Le grand tournant psychologique s&rsquo;op\u00e8re au tournant du XXIe si\u00e8cle. Jusqu&rsquo;alors, la CSR relevait quasi exclusivement de la strat\u00e9gie financi\u00e8re et macro\u00e9conomique. \u00c0 partir de 2006, des chercheurs pionniers comme Deborah Rupp, Russell Cropanzano et leurs coll\u00e8gues publient des articles fondateurs appelant \u00e0 injecter la psychologie dans l&rsquo;analyse de la responsabilit\u00e9 d&rsquo;entreprise. Ils d\u00e9montrent que les employ\u00e9s ne sont pas de simples ex\u00e9cutants passifs des d\u00e9marches RSE, mais des observateurs critiques dont les m\u00e9canismes psychologiques sous-jacents d\u00e9terminent la viabilit\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;organisation.<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9cennie 2010, Herman Aguinis et Ante Glavas (2012, 2019) synth\u00e9tisent ce champ \u00e9mergent sous le concept formel de \u00ab micro-CSR \u00bb. Ils appellent la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 explorer les m\u00e9diateurs et mod\u00e9rateurs cognitifs reliant les politiques de RSE aux attitudes individuelles au travail. D\u00e8s lors, les plus grandes revues scientifiques en psychologie (telles que le <em>Journal of Applied Psychology<\/em>, <em>Personnel Psychology<\/em> et <em>Frontiers in Psychology<\/em>) consacrent des num\u00e9ros th\u00e9matiques entiers \u00e0 l&rsquo;articulation entre CSR, justice morale, th\u00e9orie du sens au travail et bien-\u00eatre psychologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension psychologique de la CSR mobilise plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs issus de la psychologie sociale, cognitive et organisationnelle :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re assise repose sur la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27identit%C3%A9_sociale\">th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 sociale<\/a> d\u00e9velopp\u00e9e originellement par Henri Tajfel et John Turner. Selon cette perspective, une part essentielle de l&rsquo;estime de soi d&rsquo;un individu d\u00e9rive de son sentiment d&rsquo;appartenance \u00e0 des groupes sociaux valoris\u00e9s. Dans le monde contemporain, l&rsquo;entreprise constitue un groupe d&rsquo;appartenance pr\u00e9pond\u00e9rant. Lorsqu&rsquo;une organisation d\u00e9montre un engagement soci\u00e9tal remarquable (CSR externe forte), elle jouit d&rsquo;une r\u00e9putation prestigieuse et admir\u00e9e. Par projection et identification organisationnelle, les salari\u00e9s int\u00e8grent ce prestige \u00e0 leur propre concept de soi : ils ressentent de la fiert\u00e9 professionnelle, leur image personnelle s&rsquo;en trouve magnifi\u00e9e, et leur engagement affectif envers l&rsquo;institution se consolide consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me pilier th\u00e9orique est la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9change social (<em>Social Exchange Theory<\/em>) de Peter Blau (1964) coupl\u00e9e \u00e0 la norme de r\u00e9ciprocit\u00e9 de Gouldner. Lorsque les employ\u00e9s per\u00e7oivent des actions de CSR interne bienveillantes (programmes de sant\u00e9 mentale, am\u00e9nagements ergonomiques, politiques pro-diversit\u00e9, opportunit\u00e9s de formation continue \u00e9quitables), ils interpr\u00e8tent ces investissements comme des marques tangibles de soutien organisationnel per\u00e7u. En vertu du principe psychologique de r\u00e9ciprocit\u00e9 morale, les collaborateurs sont mus par une obligation interne de compenser cette bienveillance : ils augmentent leur effort discr\u00e9tionnaire, limitent l&rsquo;absent\u00e9isme et d\u00e9veloppent des comportements d&rsquo;entraide spontan\u00e9s.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cadre fondamental r\u00e9side dans la th\u00e9orie de la signalisation (<em>Signaling Theory<\/em>) de Michael Spence. Dans des contextes caract\u00e9ris\u00e9s par une asym\u00e9trie d&rsquo;information \u2014 par exemple lors du recrutement \u2014, les candidats disposent de peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments fiables pour juger des conditions humaines r\u00e9elles d&rsquo;un employeur potentiel. Les engagements de CSR fonctionnent alors comme des signaux d&rsquo;\u00e9missions puissants r\u00e9v\u00e9lant les valeurs sous-jacentes de l&rsquo;institution. Un candidat observant une forte politique \u00e9cologique et philanthropique en d\u00e9duira intuitivement que l&rsquo;environnement de travail sera juste, respectueux et chaleureux, ce qui d\u00e9cuple l&rsquo;attractivit\u00e9 per\u00e7ue de l&#8217;employeur chez les profils \u00e0 hautes exigences \u00e9thiques.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de la coh\u00e9rence et de l&rsquo;identit\u00e9 morale (Aquino &amp; Reed, 2002) explicite le lien entre \u00e9thique personnelle et activit\u00e9 laborieuse. Lorsque le travail permet d&rsquo;incarner ses propres vertus morales sans dissonance, le salari\u00e9 exp\u00e9rimente un \u00e9tat de \u00ab sens au travail \u00bb (<em>meaningful work<\/em>) et une vitalit\u00e9 psychologique qui le prot\u00e8gent contre l&rsquo;ali\u00e9nation cognitive et le syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse psychologique d\u00e9coupe la CSR en multiples sous-dimensions fonctionnelles et perceptives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>CSR interne (centr\u00e9e sur le capital humain) :<\/strong> ensemble des dispositifs d\u00e9di\u00e9s aux collaborateurs directs de l&rsquo;entreprise, comprenant l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 proc\u00e9durale dans les promotions, l&rsquo;inclusion des minorit\u00e9s, la s\u00e9curit\u00e9 physique, la pr\u00e9vention des risques psychosociaux, l&rsquo;autonomie au travail et la formation continue.<\/li>\n<li><strong>CSR externe environnementale :<\/strong> ensemble des conduites d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la minimisation des externalit\u00e9s \u00e9cologiques n\u00e9fastes, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coconception, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie circulaire, \u00e0 la r\u00e9duction des gaz \u00e0 effet de serre et au soutien \u00e0 la biodiversit\u00e9 locale.<\/li>\n<li><strong>CSR externe soci\u00e9tale et communautaire :<\/strong> actions orient\u00e9es vers les populations riveraines, \u0153uvres caritatives, soutien philanthropique aux \u00e9coles locales, partenariats avec le tissu associatif et m\u00e9c\u00e9nat social de comp\u00e9tences.<\/li>\n<li><strong>CSR commerciale et relationnelle :<\/strong> pratiques garantissant la transparence envers les clients, la loyaut\u00e9 rigoureuse dans les contrats avec les fournisseurs, le respect absolu de la vie priv\u00e9e et la fabrication de produits sans danger pour la sant\u00e9 des utilisateurs.<\/li>\n<li><strong>CSR int\u00e9gr\u00e9e (Embedded CSR) vs p\u00e9riph\u00e9rique (Peripheral CSR) :<\/strong> selon la typologie d&rsquo;Aguinis et Glavas, la CSR int\u00e9gr\u00e9e est consubstantielle aux op\u00e9rations fondamentales de l&rsquo;entreprise (routine quotidienne, mod\u00e8le d&rsquo;affaires soutenable), tandis que la CSR p\u00e9riph\u00e9rique n&rsquo;est qu&rsquo;un appendice cosm\u00e9tique ou philanthropique d\u00e9connect\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 centrale de production.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser la manifestation psychologique de la CSR au quotidien, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une grande entreprise d&rsquo;ing\u00e9nierie logicielle confront\u00e9e \u00e0 une baisse de motivation de ses ing\u00e9nieurs. La direction met en place un programme de CSR int\u00e9gr\u00e9e permettant aux salari\u00e9s de consacrer 10 % de leur temps de travail pay\u00e9 au d\u00e9veloppement gracieux de solutions technologiques pour des organisations non gouvernementales humanitaires et des centres hospitaliers p\u00e9diatriques. Du point de vue psychologique, les employ\u00e9s rapportent une augmentation spectaculaire de leur sentiment d&rsquo;utilit\u00e9 sociale, une remobilisation de leur curiosit\u00e9 intellectuelle et une att\u00e9nuation nette du sentiment de vacuit\u00e9 num\u00e9rique (souvent qualifi\u00e9 de <em>brownout<\/em>). L&rsquo;entreprise n&rsquo;a pas simplement distribu\u00e9 des dons financiers ; elle a cr\u00e9\u00e9 un pont direct entre l&rsquo;expertise technique des salari\u00e9s et une cause morale tangible, favorisant une r\u00e9conciliation identitaire compl\u00e8te.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, illustrons la rupture du contrat psychologique par le cas d&rsquo;une cha\u00eene internationale de distribution qui lance une immense campagne m\u00e9diatique vantant ses \u00ab emballages 100 % biod\u00e9gradables \u00bb et sa participation financi\u00e8re \u00e0 la reforestation en Amazonie (CSR externe p\u00e9riph\u00e9rique massive). Simultan\u00e9ment, au sein des entrep\u00f4ts logistiques de la m\u00eame enseigne, les cadences de travail sont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es arbitrairement, les arr\u00eats maladie sont stigmatis\u00e9s par la hi\u00e9rarchie et la climatisation est refus\u00e9e lors des vagues de chaleur estivale. Les pr\u00e9parateurs de commandes d\u00e9veloppent alors une perception aigu\u00eb d&rsquo;hypocrisie organisationnelle. L&rsquo;observation d&rsquo;un investissement \u00e9cologique tapageur en contraste flagrant avec le m\u00e9pris de leur dignit\u00e9 physique interne engendre un cynisme organisationnel aigu, une multiplication des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comportement_de_citoyennet%C3%A9_organisationnelle\">comportements de citoyennet\u00e9 organisationnelle<\/a> n\u00e9gatifs, et une augmentation drastique des d\u00e9missions volontaires.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple concerne le recrutement de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s dans le secteur bancaire. Deux cabinets proposent une r\u00e9mun\u00e9ration strictement identique. Le premier communique exclusivement sur les primes \u00e0 la performance et le chiffre d&rsquo;affaires annuel. Le second met en avant sa politique d&rsquo;investissements \u00e9thiques certifi\u00e9s, son label d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 salariale femmes-hommes audit\u00e9 et son engagement envers des projets d&rsquo;\u00e9nergies renouvelables. Les candidats dot\u00e9s d&rsquo;une forte identit\u00e9 morale choisissent massivement le second \u00e9tablissement, acceptant m\u00eame parfois des perspectives d&rsquo;avancement plus graduelles en \u00e9change de la garantie d&rsquo;une compatibilit\u00e9 axiologique entre leurs id\u00e9aux et leur future r\u00e9alit\u00e9 de travail.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la CSR en psychologie ne s&rsquo;effectue pas \u00e0 travers des audits comptables ou des bilans carbone quantitatifs, mais au moyen d&rsquo;\u00e9chelles psychom\u00e9triques valid\u00e9es mesurant les perceptions subjectives des individus. Parmi les instruments les plus c\u00e9l\u00e8bres figure l&rsquo;\u00e9chelle de Duygu Turker (<em>Turker&rsquo;s CSR Scale<\/em>, 2009). Ce questionnaire \u00e0 items de type Likert en 7 points mesure les perceptions des salari\u00e9s selon quatre dimensions distinctes : la responsabilit\u00e9 envers les parties prenantes soci\u00e9tales et environnementales (g\u00e9n\u00e9rations futures, associations), la responsabilit\u00e9 envers les employ\u00e9s (bien-\u00eatre interne, \u00e9galit\u00e9 des chances), la responsabilit\u00e9 envers les clients et la responsabilit\u00e9 l\u00e9gale envers l&rsquo;\u00c9tat et les r\u00e9gulateurs.<\/p>\n<p>Une autre \u00e9chelle d&rsquo;usage r\u00e9pandu en comportement organisationnel est la <em>Psychosocial CSR Scale<\/em> (P-CSR) ainsi que l&rsquo;\u00e9chelle CSR-19 d\u00e9velopp\u00e9e pour mesurer les composantes \u00e9conomiques, \u00e9thiques, juridiques et philanthropiques selon le mod\u00e8le carrollien per\u00e7u par les cadres dirigeants et les op\u00e9rationnels. Par ailleurs, El Akremi, Gond, Swaen, De Roeck et Maignan (2018) ont mis au point une \u00e9chelle de mesure de la responsabilit\u00e9 per\u00e7ue multidimensionnelle et valid\u00e9e transculturellement (la <em>Corporate Stakeholder Responsibility Scale<\/em>), permettant de sonder pr\u00e9cis\u00e9ment les perceptions des employ\u00e9s vis-\u00e0-vis de six groupes d&rsquo;acteurs : les salari\u00e9s, les clients, les investisseurs, les fournisseurs, l&rsquo;environnement et la communaut\u00e9 au sens large.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la mesure de la CSR en elle-m\u00eame, les chercheurs couplent syst\u00e9matiquement ces outils \u00e0 des \u00e9chelles \u00e9valuant les construits m\u00e9diateurs psychologiques : l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;identification organisationnelle de Mael et Ashforth, l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;authenticit\u00e9 per\u00e7ue de la CSR, les inventaires de justice organisationnelle de Colquitt (justice distributive, proc\u00e9durale, interactionnelle et d\u00e9ontique), ainsi que les \u00e9chelles d&rsquo;attribution motivationnelle (motifs substantiels altruistes versus motifs symboliques et \u00e9gocentr\u00e9s).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en compte de la dimension psychologique de la CSR r\u00e9volutionne les pratiques en gestion des ressources humaines, en leadership et en gouvernance organisationnelle :<\/p>\n<p>Dans le domaine du recrutement et de la marque employeur, les professionnels utilisent les r\u00e9sultats de la recherche en micro-CSR pour concevoir des campagnes d&rsquo;attractivit\u00e9 sinc\u00e8res. Il ne s&rsquo;agit plus de concevoir des affiches promotionnelles g\u00e9n\u00e9riques, mais de valoriser des t\u00e9moignages de projets durables concrets men\u00e9s par les \u00e9quipes, en favorisant une mise en situation \u00e9thique d\u00e8s le processus de s\u00e9lection des talents.<\/p>\n<p>Dans la gestion quotidienne des \u00e9quipes, les principes de CSR interne permettent de refonder l&rsquo;architecture de la qualit\u00e9 de vie et des conditions de travail (QVCT). Cela se traduit par la promotion d&rsquo;un \u00ab leadership responsable \u00bb (<em>Responsible Leadership<\/em>) ou d&rsquo;un leadership serviteur, au sein duquel les managers ne se bornent pas \u00e0 surveiller la cadence productive, mais agissent comme des tuteurs \u00e9thiques attentifs \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique, \u00e0 la reconnaissance des singularit\u00e9s et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 psychologique de leurs subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, dans les contextes de conduite du changement et de transformation \u00e9cologique (telle que la d\u00e9carbonation industrielle), mobiliser la psychologie de la CSR favorise la co-construction avec le personnel. Lorsque les salari\u00e9s sont impliqu\u00e9s de mani\u00e8re participative dans la d\u00e9finition des gestes \u00e9coresponsables de leur unit\u00e9 de travail, leur r\u00e9sistance au changement s&rsquo;\u00e9vanouit pour laisser place \u00e0 une fiert\u00e9 de co-responsabilit\u00e9 et \u00e0 une intensification de l&rsquo;esprit d&rsquo;initiative solidaire.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es empiriques accumul\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies corrobore avec force l&rsquo;impact pr\u00e9pond\u00e9rant de la CSR sur les variables cl\u00e9s du fonctionnement psychologique au travail. Une m\u00e9ta-analyse majeure conduite par Herman Aguinis et Ante Glavas en 2012, portant sur des centaines d&rsquo;\u00e9tudes et des dizaines de milliers de participants, a d\u00e9montr\u00e9 que la perception d&rsquo;une CSR authentique est syst\u00e9matiquement corr\u00e9l\u00e9e de mani\u00e8re positive et robuste avec l&rsquo;engagement affectif des salari\u00e9s, la satisfaction au travail et la performance dans les t\u00e2ches prescrites.<\/p>\n<p>En 2021, une m\u00e9ta-analyse approfondie men\u00e9e par Paruzel et ses collaborateurs a confirm\u00e9 que l&rsquo;identification organisationnelle agit comme le m\u00e9canisme m\u00e9diateur psychologique central reliant la perception de la CSR aux comportements discr\u00e9tionnaires des collaborateurs : les salari\u00e9s se sentant fiers des actes vertueux de leur firme affichent un surplus massif de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comportement_de_citoyennet%C3%A9_organisationnelle\">comportements de citoyennet\u00e9 organisationnelle<\/a> (OCB &#8211; <em>Organizational Citizenship Behaviors<\/em>), se traduisant par un soutien spontan\u00e9 envers les coll\u00e8gues en difficult\u00e9 et une loyaut\u00e9 institutionnelle accrue.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, Rupp et Mallory (2015) ont rassembl\u00e9 des preuves attestant d&rsquo;une r\u00e9duction drastique du turnover volontaire et de l&rsquo;absent\u00e9isme de complaisance dans les entreprises pr\u00e9sentant un haut score de CSR per\u00e7ue. Des travaux exp\u00e9rimentaux men\u00e9s par De Roeck et Delobbe (2012) dans le milieu hospitalier et industriel ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la CSR environnementale et soci\u00e9tale contribue \u00e0 pr\u00e9server la sant\u00e9 mentale des employ\u00e9s en tamponnant les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res du stress quotidien : savoir que son employeur contribue positivement au monde agit comme un protecteur moral face \u00e0 la charge mentale cognitive.<\/p>\n<p>Cependant, les recherches r\u00e9centes de Farooq et al. (2017) ainsi que de Gond et collaborateurs (2017) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;effets de mod\u00e9ration cruciaux. L&rsquo;impact positif de la CSR externe sur les comportements des salari\u00e9s est fortement mod\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;authenticit\u00e9 per\u00e7ue. D\u00e8s lors que les salari\u00e9s d\u00e9tectent un d\u00e9calage entre les engagements publics et la r\u00e9alit\u00e9 interne (dissonance morale), l&rsquo;effet s&rsquo;inverse dramatiquement : la CSR per\u00e7ue comme manipulatoire induit un stress d\u00e9ontique, un d\u00e9sengagement psychologique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et des comportements contre-productifs au travail (ralentissement volontaire de la cadence, fuite de donn\u00e9es, critiques publiques de la marque).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La r\u00e9ceptivit\u00e9 psychologique aux diff\u00e9rentes facettes de la CSR est tributaire des matrices culturelles nationales et r\u00e9gionales, comme le d\u00e9montrent les comparaisons internationales bas\u00e9es sur les travaux de Geert Hofstede et du programme GLOBE. Dans les cultures professionnelles caract\u00e9ris\u00e9es par un fort collectivisme et une faible distance hi\u00e9rarchique (comme dans les pays scandinaves), les collaborateurs accordent une pr\u00e9\u00e9minence absolue \u00e0 la CSR interne : l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de traitement, la gouvernance d\u00e9mocratique, le consensus et l&rsquo;\u00e9quilibre harmonieux de la vie de famille constituent les crit\u00e8res premiers par lesquels la valeur morale de l&rsquo;entreprise est jaug\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures \u00e0 orientation individualiste et \u00e0 forte valorisation de la performance (\u00e0 l&rsquo;instar des \u00c9tats-Unis), la CSR est souvent \u00e9valu\u00e9e sous l&rsquo;angle du volontariat individuel et de la philanthropie d&rsquo;action. L&rsquo;accent y est mis sur la libert\u00e9 accord\u00e9e au salari\u00e9 de s&rsquo;impliquer dans des fondations d&rsquo;entreprise ou des lev\u00e9es de fonds sponsoris\u00e9es. L&rsquo;impact sur l&rsquo;estime de soi d\u00e9coule alors directement de l&rsquo;opportunit\u00e9 de briller personnellement en tant qu&rsquo;agent du bien au sein d&rsquo;une collectivit\u00e9 performante.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9conomies \u00e9mergentes (telles que le Br\u00e9sil, l&rsquo;Inde ou certaines nations d&rsquo;Afrique subsaharienne), la sensibilit\u00e9 des travailleurs \u00e0 la CSR communautaire et paternaliste bienveillante demeure particuli\u00e8rement vive. Les salari\u00e9s attendent fr\u00e9quemment que l&rsquo;entreprise suppl\u00e9e aux d\u00e9faillances de l&rsquo;\u00c9tat providence en finan\u00e7ant directement des \u00e9coles pour leurs enfants, des dispensaires m\u00e9dicaux ou des infrastructures d&rsquo;assainissement villageoises. La loyaut\u00e9 psychologique et le d\u00e9vouement envers l&#8217;employeur y sont alors index\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9tendue de cette prise en charge protectrice du clan social \u00e9tendu.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que le courant de la micro-CSR jouisse d&rsquo;une reconnaissance acad\u00e9mique grandissante, il fait l&rsquo;objet de vives controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure s&rsquo;attaque au spectre du <em>greenwashing<\/em> (ou \u00e9coblanchiment) et \u00e0 la captation instrumentale de la morale. Des chercheurs critiques soulignent que la CSR est fr\u00e9quemment employ\u00e9e par les \u00e9tats-majors d&rsquo;entreprise comme un simple instrument de pacification sociale et de manipulation psychologique. En mobilisant des symboles \u00e9thiques de surface, certaines organisations chercheraient \u00e0 susciter une adh\u00e9sion affective inconditionnelle des salari\u00e9s afin de l\u00e9gitimer des conditions de travail pr\u00e9caires ou d&rsquo;amortir la contestation salariale l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le ph\u00e9nom\u00e8ne de compensation morale (<em>moral licensing<\/em>). Des \u00e9tudes en psychologie cognitive ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une entreprise ayant accompli une action philanthropique spectaculaire peut inconsciemment s&rsquo;octroyer \u00e0 elle-m\u00eame un \u00ab brevet de vertu \u00bb, l&rsquo;autorisant ensuite \u00e0 commettre des entorses \u00e9thiques mineures sans sentiment de culpabilit\u00e9. Au niveau individuel, un manager fier d&rsquo;une action \u00e9cologique de son groupe peut faire preuve de moins de bienveillance humaine envers ses subordonn\u00e9s imm\u00e9diats, convaincu que son bilan moral global demeure largement positif.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, une grande partie de la litt\u00e9rature empirique en micro-CSR a repos\u00e9 sur des \u00e9tudes transversales corr\u00e9lationnelles utilisant des questionnaires auto-rapport\u00e9s (<em>self-reports<\/em>). Ce design m\u00e9thodologique expose la recherche au biais de variance de m\u00e9thode commune (<em>common method variance<\/em>), gonflant artificiellement les associations positives entre perception de la CSR et engagement au travail. Les sp\u00e9cialistes contemporains appellent donc \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser les protocoles exp\u00e9rimentaux randomis\u00e9s, les \u00e9tudes longitudinales en panel et la collecte de donn\u00e9es objectives sur le bien-\u00eatre physiologique (taux de cortisol, variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque) pour consolider l&rsquo;assise scientifique du domaine.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier sans ambigu\u00eft\u00e9 la place de la CSR au sein du lexique scientifique, il convient d&rsquo;expliciter ses fronti\u00e8res avec des concepts voisins ou partageant un acronyme similaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>CSR vs RSE :<\/strong> CSR est l&rsquo;acronyme anglophone direct de <em>Corporate Social Responsibility<\/em>, tandis que RSE d\u00e9signe sa d\u00e9clinaison francophone (Responsabilit\u00e9 Sociale ou Soci\u00e9tale des Entreprises). Sur le plan th\u00e9orique, les deux termes recouvrent le m\u00eame champ s\u00e9mantique, bien que la litt\u00e9rature francophone valorise particuli\u00e8rement la nuance \u00ab soci\u00e9tale \u00bb pour marquer l&rsquo;ouverture sur la communaut\u00e9 extra-professionnelle.<\/li>\n<li><strong>Micro-CSR vs Macro-CSR :<\/strong> la macro-CSR analyse les politiques globales de gouvernance, les indicateurs extra-financiers, les impacts r\u00e9glementaires et les rendements \u00e9conomiques au niveau de l&rsquo;organisation tout enti\u00e8re ou de l&rsquo;industrie. La micro-CSR se concentre sur les m\u00e9canismes intrapsychiques, cognitifs et relationnels v\u00e9cus par l&rsquo;individu (salari\u00e9, candidat, consommateur).<\/li>\n<li><strong>CSR vs Philanthropie d&rsquo;entreprise :<\/strong> la philanthropie se limite \u00e0 des dons financiers, mat\u00e9riels ou du m\u00e9c\u00e9nat sans contrepartie directe, souvent g\u00e9r\u00e9s en p\u00e9riph\u00e9rie de l&rsquo;activit\u00e9 commerciale. La CSR authentique est une d\u00e9marche holistique int\u00e9gr\u00e9e au mod\u00e8le op\u00e9ratoire global de l&rsquo;entreprise, transformant l&rsquo;ensemble de ses processus humains et productifs.<\/li>\n<li><strong>CSR vs Crit\u00e8res ESG (Environnement, Social, Gouvernance) :<\/strong> les crit\u00e8res ESG constituent une grille d&rsquo;\u00e9valuation financi\u00e8re et normative principalement con\u00e7ue pour les investisseurs et analystes boursiers afin d&rsquo;\u00e9valuer le risque de durabilit\u00e9 d&rsquo;une entreprise. La CSR repr\u00e9sente la philosophie manag\u00e9riale et l&rsquo;ensemble des pratiques r\u00e9elles v\u00e9cues par le corps social interne.<\/li>\n<li><strong>CSR (Micro-CSR) vs CSR (Combat Stress Reaction) :<\/strong> dans le vocabulaire g\u00e9n\u00e9ral de la psychologie et de la psychiatrie militaire, l&rsquo;acronyme \u00ab CSR \u00bb renvoie \u00e9galement \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89thique_des_affaires\">r\u00e9action de stress au combat<\/a> (<em>Combat Stress Reaction<\/em>), un tableau clinique aigu de sid\u00e9ration psychologique et d&rsquo;\u00e9puisement neurov\u00e9g\u00e9tatif survenant chez les combattants en zone d&rsquo;affrontement arm\u00e9. Ce trouble psychiatrique n&rsquo;a aucun lien substantiel avec la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises, bien qu&rsquo;il partage fortuitement le m\u00eame sigle litt\u00e9ral.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La responsabilit\u00e9 sociale des entreprises (CSR \/ RSE) constitue d\u00e9sormais un objet d&rsquo;\u00e9tude cardinal de la psychologie contemporaine. Son analyse \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle micro-psychologique d\u00e9montre que l&rsquo;entreprise n&rsquo;est pas uniquement un lieu d&rsquo;\u00e9change \u00e9conomique entre du temps et un salaire, mais une communaut\u00e9 morale et relationnelle au sein de laquelle se n\u00e9gocient le sens de l&rsquo;existence, la dignit\u00e9 et l&rsquo;identit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p>Les perceptions de la CSR fa\u00e7onnent directement la dynamique des \u00e9quipes de travail. Lorsque les salari\u00e9s observent des engagements soci\u00e9taux et environnementaux authentiques soutenus par une justice interne rigoureuse, ils d\u00e9veloppent une identification organisationnelle profonde, une fiert\u00e9 collective protectrice de leur sant\u00e9 mentale et un d\u00e9vouement discr\u00e9tionnaire remarquable.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;instrumentalisation opportuniste des causes \u00e9thiques \u2014 le <em>greenwashing<\/em> ou le d\u00e9calage cynique entre une communication externe prestigieuse et des pratiques manag\u00e9riales internes d\u00e9grad\u00e9es \u2014 constitue une source toxique de souffrance psychique, de cynisme destructeur et de d\u00e9fection professionnelle. Plus que jamais, l&rsquo;alignement entre les paroles morales et les actes quotidiens s&rsquo;impose comme la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la sant\u00e9 psychologique au travail.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Aguilera, R. V., Rupp, D. E., Williams, C. A., &amp; Ganapathi, J. (2007). Putting the S back in corporate social responsibility: A multilevel theory of social change in organizations. <em>Academy of Management Review<\/em>, 32(3), 836-863. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5465\/amr.2007.25275678\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.5465\/amr.2007.25275678<\/a><\/li>\n<li>Aguinis, H., &amp; Glavas, A. (2012). What we know and don&rsquo;t know about corporate social responsibility: A review and research agenda. <em>Journal of Management<\/em>, 38(4), 932-968. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206311436079\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206311436079<\/a><\/li>\n<li>Aguinis, H., &amp; Glavas, A. (2019). On corporate social responsibility, sensemaking, and the search for meaningfulness through work. <em>Journal of Management<\/em>, 45(3), 1057-1086. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206317691575\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206317691575<\/a><\/li>\n<li>Bowen, H. R. (1953). <em>Social responsibilities of the businessman<\/em>. Harper &amp; Row.<\/li>\n<li>Carroll, A. B. (1991). The pyramid of corporate social responsibility: Toward the moral management of organizational stakeholders. <em>Business Horizons<\/em>, 34(4), 39-48. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0007-6813(91)90005-G\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0007-6813(91)90005-G<\/a><\/li>\n<li>De Roeck, K., &amp; Delobbe, N. (2012). Do environmental CSR initiatives serve organizations&rsquo; legitimacy in the oil industry? Exploring employees&rsquo; reactions through organizational identification theory. <em>Journal of Business Ethics<\/em>, 110(4), 397-412. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-012-1489-x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-012-1489-x<\/a><\/li>\n<li>El Akremi, A., Gond, J.-P., Swaen, V., De Roeck, K., &amp; Maignan, I. (2018). How do employees perceive corporate responsibility? Development and validation of a multidimensional corporate stakeholder responsibility scale. <em>Journal of Management<\/em>, 44(2), 619-657. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206315569311\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0149206315569311<\/a><\/li>\n<li>Farooq, O., Rupp, D. E., &amp; Farooq, M. (2017). The multiple pathways through which internal and external corporate social responsibility influence organizational citizenship behavior and employee engagement: The role of pride, respect, and organizational identification. <em>Journal of Business Ethics<\/em>, 144(2), 349-364. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-015-2882-3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-015-2882-3<\/a><\/li>\n<li>Gond, J.-P., El Akremi, A., Swaen, V., &amp; Babu, N. (2017). The psychological microfoundations of corporate social responsibility: A systematic review. <em>Organizational Behavior and Human Decision Processes<\/em>, 140, 78-96. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.obhdp.2017.04.001\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.obhdp.2017.04.001<\/a><\/li>\n<li>Jones, D. A., Willness, C. R., &amp; Madey, S. (2014). Why are job seekers attracted by corporate social performance? Experimental and field tests of three candidate mechanisms. <em>Academy of Management Journal<\/em>, 57(2), 383-404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5465\/amj.2011.0848\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.5465\/amj.2011.0848<\/a><\/li>\n<li>Paruzel, A., Schmidt, L., &amp; Maier, G. W. (2021). The relationship between perceived corporate social responsibility and employee-related outcomes: A meta-analysis. <em>Frontiers in Psychology<\/em>, 12, Article 647193. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2021.647193\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2021.647193<\/a><\/li>\n<li>Rupp, D. E., Ganapathi, J., Aguilera, R. V., &amp; Williams, C. A. (2006). Employee reactions to corporate social responsibility: An organizational justice framework. <em>Journal of Organizational Behavior<\/em>, 27(4), 537-543. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/job.380\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/job.380<\/a><\/li>\n<li>Turker, D. (2009). Measuring corporate social responsibility: A scale development study. <em>Journal of Business Ethics<\/em>, 85(4), 411-427. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-008-9780-6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10551-008-9780-6<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les fondements psychologiques de la CSR (responsabilit\u00e9 sociale des entreprises) : micro-RSE, \u00e9chelles de mesure, sens au travail et impact sur le bien-\u00eatre des salari\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1727,154,2],"tags":[1445,16853,2734,43139,874,2826,28835],"class_list":["post-25655","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-du-travail-et-des-organisations","category-psychologie-sociale","category-psychometrie","tag-bien-etre-au-travail","tag-csr","tag-ethique-des-affaires","tag-micro-csr","tag-psychologie-organisationnelle","tag-rse","tag-sens-au-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25655\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}