{"id":25602,"date":"2026-11-08T09:36:59","date_gmt":"2026-11-08T09:36:59","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plan-croise-crossover-design"},"modified":"2026-11-08T09:36:59","modified_gmt":"2026-11-08T09:36:59","slug":"plan-croise-crossover-design","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plan-croise-crossover-design","title":{"rendered":"Plan crois\u00e9 : la rigueur de l&rsquo;auto-contr\u00f4le"},"content":{"rendered":"<p>Le plan d&rsquo;exp\u00e9rience constitue la colonne vert\u00e9brale de l&rsquo;investigation empirique en sciences du comportement, d\u00e9terminant la validit\u00e9 interne et la robustesse des inf\u00e9rences causales formul\u00e9es par les chercheurs. Parmi les architectures exp\u00e9rimentales les plus sophistiqu\u00e9es, le <strong>plan crois\u00e9<\/strong> (ou <em>crossover design<\/em>) occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e en psychologie exp\u00e9rimentale, en neuropsychologie et en recherche translationnelle. En permettant \u00e0 chaque participant d&rsquo;agir comme son propre t\u00e9moin \u00e0 travers l&rsquo;administration s\u00e9quentielle de plusieurs interventions, ce dispositif m\u00e9thodologique neutralise la variance interindividuelle et optimise la puissance statistique face \u00e0 des \u00e9chantillons cliniques restreints.<\/p>\n<h2>Plan crois\u00e9 (Crossover Design)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le plan crois\u00e9 est un protocole de recherche exp\u00e9rimentale intra-sujet dans lequel chaque participant re\u00e7oit successivement, dans un ordre al\u00e9atoire et d\u00e9termin\u00e9 au pr\u00e9alable, deux ou plusieurs traitements, conditions exp\u00e9rimentales ou interventions. Contrairement aux devis \u00e0 groupes parall\u00e8les conventionnels o\u00f9 un sujet n&rsquo;est expos\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 une seule modalit\u00e9, le plan crois\u00e9 organise une rotation syst\u00e9matique des conditions d&rsquo;\u00e9valuation \u00e0 travers diff\u00e9rentes p\u00e9riodes temporelles distinctes. Cette structure permet une comparaison directe de l&rsquo;efficacit\u00e9 relative des interventions au sein d&rsquo;une m\u00eame unit\u00e9 d&rsquo;observation biologique et comportementale.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie clinique, de la psychiatrie biologique et des neurosciences cognitives, cette m\u00e9thodologie est particuli\u00e8rement pris\u00e9e lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9valuer des th\u00e9rapies br\u00e8ves, des mol\u00e9cules psychotropes \u00e0 cin\u00e9tique rapide ou des t\u00e2ches comportementales r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. En \u00e9liminant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 basale inh\u00e9rente aux traits de personnalit\u00e9, au profil g\u00e9n\u00e9tique, aux ant\u00e9c\u00e9dents d\u00e9veloppementaux ou au statut cognitif initial, le plan crois\u00e9 isole la variance sp\u00e9cifiquement attribuable \u00e0 la manipulation exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;utilisation l\u00e9gitime de cette architecture m\u00e9thodologique exige le respect scrupuleux de postulats contraignants : la pathologie ou l&rsquo;\u00e9tat psychologique \u00e9tudi\u00e9 doit pr\u00e9senter une stabilit\u00e9 chronique remarquable, et les effets du traitement pr\u00e9c\u00e9dent doivent pouvoir \u00eatre int\u00e9gralement r\u00e9sorb\u00e9s durant une p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9limination ou d&rsquo;interruption th\u00e9rapeutique appel\u00e9e p\u00e9riode de sevrage ou de latence (<em>washout period<\/em>).<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab plan crois\u00e9 \u00bb est la traduction directe du terme anglo-am\u00e9ricain <em>crossover design<\/em> (parfois orthographi\u00e9 <em>cross-over trial<\/em> ou d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;appellation d&rsquo;<em>essai crois\u00e9<\/em>). Le mot \u00ab plan \u00bb d\u00e9rive du latin <em>planus<\/em> (\u00ab uni, plat \u00bb), ayant \u00e9volu\u00e9 vers le sens d&rsquo;un dessin g\u00e9om\u00e9trique, d&rsquo;une organisation m\u00e9thodique ou d&rsquo;un sch\u00e9ma d&rsquo;action pr\u00e9con\u00e7u dans la m\u00e9thode scientifique. Le qualificatif \u00ab crois\u00e9 \u00bb provient du latin populaire <em>cruciare<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 de <em>crux<\/em>, la croix), d\u00e9signant une intersection o\u00f9 deux trajectoires se recoupent ou s&rsquo;\u00e9changent mutuellement.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature biom\u00e9trique et statistique anglo-saxonne, le verbe <em>to cross over<\/em> a \u00e9t\u00e9 introduit pour d\u00e9crire le passage physique ou protocolaire d&rsquo;un sujet d&rsquo;un bras d&rsquo;intervention vers un autre au cours du d\u00e9roulement temporel d&rsquo;une m\u00eame exp\u00e9rimentation. L&rsquo;analogie visuelle renvoie directement aux diagrammes de flux exp\u00e9rimentaux o\u00f9 les fl\u00e8ches repr\u00e9sentant les cohortes se croisent g\u00e9om\u00e9triquement au moment de la transition entre la premi\u00e8re p\u00e9riode de traitement et la seconde.<\/p>\n<p>Introduit formellement dans la litt\u00e9rature m\u00e9thodologique au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 travers les travaux d&rsquo;agronomie et de biostatistique appliqu\u00e9e, le concept s&rsquo;est progressivement diffus\u00e9 dans les revues francophones de psychom\u00e9trie, d&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie et de pharmacologie clinique sous les terminologies interchangeables de \u00ab devis crois\u00e9 \u00bb, d&rsquo;\u00ab \u00e9tude en permutation s\u00e9quentielle \u00bb ou de \u00ab protocole \u00e0 permutations crois\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se prononce en fran\u00e7ais standard \/pl\u0251\u0303 k\u0281waze\/. Dans l&rsquo;usage acad\u00e9mique international, le terme anglais d&rsquo;origine se transcrit phon\u00e9tiquement \/\u02c8kr\u0252s\u02cco\u028av\u0259r d\u026a\u02c8za\u026an\/.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab plan crois\u00e9 \u00bb est un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : des \u00ab plans crois\u00e9s \u00bb). Il s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment de nom ou sujet syntaxique : \u00ab l&rsquo;adoption d&rsquo;un plan crois\u00e9 a permis d&rsquo;optimiser le recrutement \u00bb, \u00ab un devis exp\u00e9rimental en plan crois\u00e9 2&#215;2 \u00bb. Dans la nomenclature de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a> et des agences de r\u00e9gulation du m\u00e9dicament, on retrouve fr\u00e9quemment la locution synonyme \u00ab essai crois\u00e9 randomis\u00e9 \u00bb (\u00e9quivalent de <em>randomized crossover trial<\/em>).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la m\u00e9canique intime du plan crois\u00e9, il convient de le situer au carrefour des protocoles inter-sujets (plans parall\u00e8les) et des protocoles intra-sujets purs. Dans un essai clinique parall\u00e8le standard, deux groupes distincts d&rsquo;individus re\u00e7oivent simultan\u00e9ment l&rsquo;intervention A (exp\u00e9rimentale) et l&rsquo;intervention B (t\u00e9moin ou placebo). Toute diff\u00e9rence observ\u00e9e en fin d&rsquo;\u00e9tude refl\u00e8te une combinaison de l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique r\u00e9el et des disparit\u00e9s structurelles fortuites entre les deux \u00e9chantillons, en d\u00e9pit des m\u00e9canismes de tirage au sort (randomisation). Le plan crois\u00e9 contourne radicalement cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 en transformant chaque participant en sa propre r\u00e9f\u00e9rence contrefactuelle.<\/p>\n<p>Dans sa mod\u00e9lisation la plus \u00e9l\u00e9mentaire, qualifi\u00e9e de sch\u00e9ma bivari\u00e9 classique \u00ab deux p\u00e9riodes, deux traitements \u00bb (not\u00e9 sch\u00e9ma 2\u00d72 ou AB\/BA), la cohorte est scind\u00e9e par randomisation en deux s\u00e9quences d&rsquo;administration. Le premier groupe entame le protocole par le traitement A durant la p\u00e9riode 1, observe une p\u00e9riode de sevrage ou de r\u00e9initialisation cognitive, puis re\u00e7oit le traitement B durant la p\u00e9riode 2. Sym\u00e9triquement, le second groupe commence par le traitement B en p\u00e9riode 1, respecte le m\u00eame intervalle d&rsquo;inactivit\u00e9 exp\u00e9rimentale, puis re\u00e7oit le traitement A en p\u00e9riode 2. Cette sym\u00e9trie permet de d\u00e9m\u00ealer math\u00e9matiquement l&rsquo;effet du traitement principal, l&rsquo;effet de l&rsquo;ordre d&rsquo;administration (effet de s\u00e9quence) et l&rsquo;effet de la temporalit\u00e9 brute (effet de p\u00e9riode li\u00e9 \u00e0 la maturation ou aux variations saisonni\u00e8res).<\/p>\n<p>Le principal avantage m\u00e9thodologique r\u00e9side dans la r\u00e9duction drastique de la variance d&rsquo;erreur. Puisque l&rsquo;estimation de la sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;un traitement repose sur des diff\u00e9rences calcul\u00e9es intra-individuellement, la composante de variance inter-sujets s&rsquo;annule dans l&rsquo;\u00e9quation d&rsquo;estimation. En cons\u00e9quence, les chercheurs b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une pr\u00e9cision statistique remarquable : pour d\u00e9tecter une taille d&rsquo;effet identique avec un m\u00eame seuil de puissance, un plan crois\u00e9 requiert g\u00e9n\u00e9ralement trois \u00e0 quatre fois moins de sujets qu&rsquo;un protocole parall\u00e8le classique. Cette \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9chantillonnage s&rsquo;av\u00e8re providentielle lorsqu&rsquo;on explore des populations cliniques rares, telles que des enfants pr\u00e9sentant un trouble envahissant du d\u00e9veloppement, des patients porteurs d&rsquo;amn\u00e9sie post-traumatique s\u00e9v\u00e8re ou des personnes atteintes de pathologies g\u00e9n\u00e9tiques orphelines associ\u00e9es \u00e0 des troubles neurocomportementaux.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la sophistication du plan crois\u00e9 s&rsquo;accompagne d&rsquo;exigences draconiennes qui limitent son universalit\u00e9. Il est rigoureusement inop\u00e9rant pour l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;interventions curatives d\u00e9finitives : si le traitement A gu\u00e9rit int\u00e9gralement le trouble d\u00e9pressif majeur ou r\u00e9sout irr\u00e9versiblement un blocage cognitif d\u00e8s la premi\u00e8re p\u00e9riode, l&rsquo;individu ne peut plus participer validement \u00e0 la seconde p\u00e9riode sous condition t\u00e9moin. De surcro\u00eet, le ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9manence ou de report (<em>carryover effect<\/em>) constitue la hantise majeure du m\u00e9thodologiste. Si l&rsquo;action pharmacologique, cognitive ou relationnelle de la premi\u00e8re phase persiste silencieusement lors de la seconde phase, les donn\u00e9es collect\u00e9es se trouvent irr\u00e9m\u00e9diablement contamin\u00e9es, rendant les inf\u00e9rences statistiques trompeuses voire nulles.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La formalisation du plan crois\u00e9 s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la r\u00e9volution statistique initi\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ronald_Aylmer_Fisher\">Ronald Aylmer Fisher<\/a> dans les ann\u00e9es 1920 \u00e0 la station exp\u00e9rimentale de Rothamsted. Confront\u00e9 aux d\u00e9fis de l&rsquo;agronomie, Fisher d\u00e9veloppa les principes de la randomisation, du contr\u00f4le local des erreurs et des carr\u00e9s latins pour comparer le rendement de diff\u00e9rents fertilisants sur des parcelles de terrain soumises \u00e0 des variations spatiales de fertilit\u00e9. L&rsquo;extension du principe spatial des carr\u00e9s latins \u00e0 une dimension temporelle posa les bases conceptuelles des plans de mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es appliqu\u00e9s aux organismes vivants.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1940 et 1950, le biostatisticien William G. Cochran et d&rsquo;autres pionniers de la mod\u00e9lisation quantitative formalis\u00e8rent les \u00e9quations sp\u00e9cifiques aux plans en permutation s\u00e9quentielle dans le domaine de la zootechnie et des sciences de la nutrition. Les chercheurs cherchaient alors \u00e0 tester diff\u00e9rents r\u00e9gimes d&rsquo;engraissement sur un m\u00eame b\u00e9tail en alternant les di\u00e8tes alimentaires au fil des mois.<\/p>\n<p>Le basculement d\u00e9cisif vers la recherche humaine et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychopharmacologie\">psychopharmacologie<\/a> naissante s&rsquo;op\u00e9ra \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960 et 1970. Avec l&rsquo;essor des neuroleptiques, des antid\u00e9presseurs tricycliques et des anxiolytiques, les cliniciens avaient un besoin imp\u00e9rieux de quantifier avec une extr\u00eame rigueur les modifications subtiles de la symptomatologie psychique. En 1965, John E. Grizzle publia un article s\u00e9minal posant le mod\u00e8le lin\u00e9aire d&rsquo;analyse des plans crois\u00e9s 2\u00d72, int\u00e9grant explicitement la d\u00e9tection et l&rsquo;\u00e9valuation du biais de r\u00e9manence diff\u00e9rentielle.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, des statisticiens de renom tels que Byron Jones et Michael G. Kenward approfondirent la th\u00e9orie en concevant des plans d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur et des strat\u00e9gies d&rsquo;analyse adapt\u00e9es aux donn\u00e9es longitudinales non lin\u00e9aires et aux r\u00e9ponses binaires. Parall\u00e8lement, l&rsquo;essor des neurosciences cognitives, exploitant l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie quantitative et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), fit du plan crois\u00e9 un standard incontournable pour \u00e9tudier l&rsquo;impact c\u00e9r\u00e9bral aigu de t\u00e2ches attentionnelles, de stimulations magn\u00e9tiques transcr\u00e2niennes ou de modulations pharmacologiques transitoires.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le socle th\u00e9orique du plan crois\u00e9 repose sur la th\u00e9orie de la mesure, la mod\u00e9lisation contrefactuelle de la causalit\u00e9 issue des travaux de Donald Rubin (le mod\u00e8le causal de Rubin) et les mod\u00e8les lin\u00e9aires \u00e0 effets mixtes. Dans l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de l&rsquo;exp\u00e9rimentation scientifique, l&rsquo;effet causal d&rsquo;une condition X par rapport \u00e0 une condition Y pour une unit\u00e9 d&rsquo;observation donn\u00e9e est d\u00e9fini comme la diff\u00e9rence entre la valeur qu&rsquo;aurait manifest\u00e9e cette unit\u00e9 sous la condition X et celle qu&rsquo;elle aurait manifest\u00e9e simultan\u00e9ment sous la condition Y. Puisqu&rsquo;il est ontologiquement impossible d&rsquo;observer simultan\u00e9ment deux \u00e9tats incompatibles chez une m\u00eame entit\u00e9 au m\u00eame instant (le probl\u00e8me fondamental de l&rsquo;inf\u00e9rence causale), les m\u00e9thodologistes recourent \u00e0 des approximations.<\/p>\n<p>Le plan crois\u00e9 postule que, sous r\u00e9serve d&rsquo;un \u00e9tat stationnaire de fond du sujet, l&rsquo;administration successive de X puis de Y au fil du temps constitue l&rsquo;approximation la plus pure possible du contrefactuel individuel. Contrairement aux approches inter-sujets qui s&rsquo;en remettent \u00e0 l&rsquo;\u00e9quivalence probabiliste de deux groupes d&rsquo;individus diff\u00e9rents, le plan crois\u00e9 conserve l&rsquo;identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, caract\u00e9rielle et mn\u00e9sique du participant constante \u00e0 travers toutes les conditions d&rsquo;exposition.<\/p>\n<p>Math\u00e9matiquement, le mod\u00e8le additif traditionnel d&rsquo;un plan crois\u00e9 s&rsquo;exprime sous la forme :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><em>Y<sub>ijk<\/sub> = \u03bc + S<sub>ik<\/sub> + P<sub>j<\/sub> + T<sub>d(j,k)<\/sub> + C<sub>d(j-1,k)<\/sub> + e<sub>ijk<\/sub><\/em><\/span><\/p>\n<p>Dans cette formulation, <em>Y<sub>ijk<\/sub><\/em> repr\u00e9sente la r\u00e9ponse observ\u00e9e pour le sujet <em>i<\/em> au sein de la s\u00e9quence <em>k<\/em> durant la p\u00e9riode <em>j<\/em> ; <em>\u03bc<\/em> symbolise la moyenne globale ; <em>S<sub>ik<\/sub><\/em> figure l&rsquo;effet al\u00e9atoire intrins\u00e8que propre au sujet individuel ; <em>P<sub>j<\/sub><\/em> capture l&rsquo;effet fixe de la p\u00e9riode temporelle ; <em>T<sub>d(j,k)<\/sub><\/em> correspond \u00e0 l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique du traitement administr\u00e9 ; <em>C<sub>d(j-1,k)<\/sub><\/em> \u00e9value l&rsquo;\u00e9ventuel effet r\u00e9siduel ou de r\u00e9manence issu du traitement dispens\u00e9 lors de la p\u00e9riode ant\u00e9rieure ; et <em>e<sub>ijk<\/sub><\/em> d\u00e9signe le terme d&rsquo;erreur r\u00e9siduelle al\u00e9atoire intra-sujet. Ce formalisme rigoureux permet de d\u00e9composer chaque composante de la variance pour isoler pr\u00e9cis\u00e9ment le signal de l&rsquo;intervention recherch\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre des plans crois\u00e9s se d\u00e9cline sous une multiplicit\u00e9 de configurations architecturales adapt\u00e9es aux objectifs sp\u00e9cifiques des protocoles de psychologie et de psychiatrie empirique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le plan crois\u00e9 classique 2\u00d72 (sch\u00e9ma AB\/BA) :<\/strong> L&rsquo;architecture matricielle la plus r\u00e9pandue, impliquant deux traitements et deux p\u00e9riodes cons\u00e9cutives de recueil de donn\u00e9es. Id\u00e9al pour comparer un principe actif \u00e0 un placebo ou confronter deux t\u00e2ches d&rsquo;entra\u00eenement cognitif br\u00e8ves.<\/li>\n<li><strong>Les plans d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur (Higher-Order Designs) :<\/strong> Protocoles int\u00e9grant davantage de traitements ou de p\u00e9riodes que le sch\u00e9ma de base (par exemple trois traitements et trois p\u00e9riodes sous structure ABC, BCA, CAB). Ils sont indispensables pour \u00e9tablir des courbes dose-r\u00e9ponse chez les m\u00eames sujets ou pour \u00e9valuer de fa\u00e7on comparative plusieurs techniques de rem\u00e9diation psychologique.<\/li>\n<li><strong>Les plans \u00e0 carr\u00e9s latins \u00e9quilibr\u00e9s :<\/strong> Structures combinatoires garantissant que chaque modalit\u00e9 de l&rsquo;intervention appara\u00eet le m\u00eame nombre de fois au sein de chaque p\u00e9riode temporelle et qu&rsquo;elle succ\u00e8de \u00e0 chaque autre modalit\u00e9 un nombre \u00e9gal de fois. Cette disposition neutralise structurellement les biais d&rsquo;ordre et de report lin\u00e9aire.<\/li>\n<li><strong>Les plans avec r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame traitement :<\/strong> Formules avanc\u00e9es (comme le sch\u00e9ma ABBA ou AABB) dans lesquelles chaque sujet est expos\u00e9 plus d&rsquo;une fois \u00e0 la m\u00eame condition. Cela autorise l&rsquo;estimation fine de la variabilit\u00e9 intra-sujet de la r\u00e9ponse \u00e0 un traitement donn\u00e9 et permet d&rsquo;isoler math\u00e9matiquement l&rsquo;interaction sp\u00e9cifique sujet-par-traitement.<\/li>\n<li><strong>La p\u00e9riode de sevrage ou de r\u00e9initialisation (Washout Period) :<\/strong> Fen\u00eatre temporelle critique s\u00e9parant les p\u00e9riodes exp\u00e9rimentales effectives. Son calibrage pr\u00e9cis vise \u00e0 assurer l&rsquo;extinction totale de toute trace pharmacologique, comportementale, affective ou habituative induite par la phase pr\u00e9c\u00e9dente avant d&rsquo;entamer la phase suivante.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet de s\u00e9quence (Sequence Effect) :<\/strong> Biais m\u00e9thodologique survenant lorsque la r\u00e9ponse globale varie en fonction de l&rsquo;ordre d&rsquo;attribution des interventions (recevoir A avant B ne produisant pas le m\u00eame tableau psychologique que recevoir B avant A).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet de p\u00e9riode (Period Effect) :<\/strong> Fluctuation de la variable d\u00e9pendante imputable exclusivement au temps qui passe, ind\u00e9pendamment des traitements re\u00e7us (ph\u00e9nom\u00e8nes de fatigue, maturation psychologique du patient, habituation \u00e0 l&rsquo;environnement du laboratoire ou fluctuations saisonni\u00e8res des sympt\u00f4mes affectifs).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser le fonctionnement de ce protocole en psychologie, consid\u00e9rons l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;impact de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_magn%C3%A9tique_transcr%C3%A2nienne\">stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne<\/a> r\u00e9p\u00e9t\u00e9e (rTMS) sur les d\u00e9ficits de l&rsquo;attention s\u00e9lective chez des patients adultes pr\u00e9sentant un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9<\/a> (TDAH). Trente patients sont inclus et r\u00e9partis de fa\u00e7on al\u00e9atoire en deux s\u00e9quences de 15 personnes. La s\u00e9quence 1 b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une semaine de stimulation active du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral gauche (P\u00e9riode 1), suivie d&rsquo;un intervalle de sevrage sans stimulation de trois semaines (<em>washout<\/em>), puis d&rsquo;une semaine de stimulation simul\u00e9e ou sham\/placebo (P\u00e9riode 2). La s\u00e9quence 2 re\u00e7oit d&rsquo;abord la stimulation sham, traverse le sevrage de trois semaines, puis re\u00e7oit la stimulation active. \u00c0 la fin de chaque p\u00e9riode, la performance attentionnelle est quantifi\u00e9e au moyen d&rsquo;un test informatis\u00e9 standardis\u00e9. La comparaison intra-sujet des scores r\u00e9v\u00e8le si la stimulation active conf\u00e8re une sup\u00e9riorit\u00e9 significative sans que les disparit\u00e9s individuelles de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du TDAH ne viennent fausser la mesure.<\/p>\n<p>Un autre cas repr\u00e9sentatif concerne la psychologie du sommeil et la performance psychomotrice. Des chercheurs souhaitent tester l&rsquo;impact d&rsquo;une sieste \u00e9clair de vingt minutes en milieu de journ\u00e9e par rapport \u00e0 une pause passive de vingt minutes consacr\u00e9e \u00e0 la lecture sur la vigilance de contr\u00f4leurs a\u00e9riens soumis au travail post\u00e9. Vingt op\u00e9rateurs participent \u00e0 un plan crois\u00e9 sur deux mercredis successifs. La moiti\u00e9 r\u00e9alise la condition sieste la premi\u00e8re semaine et la condition lecture la semaine suivante, tandis que l&rsquo;autre moiti\u00e9 op\u00e8re le sch\u00e9ma inverse. En mesurant le temps de r\u00e9action au test de vigilance psychomotrice (PVT) imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&rsquo;intervention, chaque op\u00e9rateur est compar\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, ce qui neutralise compl\u00e8tement les \u00e9carts immenses de chronotype, d&rsquo;\u00e2ge ou de tol\u00e9rance constitutionnelle \u00e0 la dette de sommeil.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychopharmacologie p\u00e9diatrique, l&rsquo;essai de titrage crois\u00e9 en double aveugle constitue la norme m\u00e9thodologique pour optimiser le traitement par m\u00e9thylph\u00e9nidate. Un enfant re\u00e7oit successivement, pendant des blocs d&rsquo;une semaine chacun et dans un ordre masqu\u00e9 pour les enseignants et la famille, diff\u00e9rentes doses (5 mg, 10 mg, 15 mg) et un placebo. Les grilles d&rsquo;\u00e9valuation comportementale remplies par le corps professoral permettent d&rsquo;objectiver avec une rigueur statistique infaillible la dose procurant le b\u00e9n\u00e9fice comportemental maximal tout en \u00e9vitant les effets ind\u00e9sirables, chaque \u00e9l\u00e8ve fournissant sa propre base de donn\u00e9es comparative.<\/p>\n<h3>9. Mesure, instrumentation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Le traitement des donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par un plan crois\u00e9 requiert un appareillage analytique hautement formalis\u00e9. L&rsquo;approche statistique \u00e9l\u00e9mentaire d\u00e9velopp\u00e9e historiquement par Grizzle reposait sur une proc\u00e9dure s\u00e9quentielle en deux \u00e9tapes \u00e0 l&rsquo;aide de tests t pour \u00e9chantillons ind\u00e9pendants et appari\u00e9s. La premi\u00e8re \u00e9tape consistait \u00e0 tester l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des effets de report entre les deux s\u00e9quences. Si ce test pr\u00e9liminaire n&rsquo;\u00e9tait pas statistiquement significatif (souvent \u00e9valu\u00e9 \u00e0 un seuil d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment conservateur de p = 0,10), on proc\u00e9dait \u00e0 l&rsquo;estimation de l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique en effectuant un test t appari\u00e9 sur les diff\u00e9rences intra-individuelles<\/span>.<\/p>\n<p>Cependant, les m\u00e9thodologistes contemporains ont d\u00e9montr\u00e9 les faiblesses statistiques chroniques de cette proc\u00e9dure \u00e0 deux \u00e9tapes, notamment son manque dramatique de puissance pour rep\u00e9rer les effets de r\u00e9manence et le risque accru de commettre une erreur de type I. D\u00e8s lors, l&rsquo;instrumentation analytique s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e de mani\u00e8re unanime vers les <strong>mod\u00e8les lin\u00e9aires mixtes<\/strong> (LMM) et les \u00e9quations d&rsquo;estimation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es (GEE). Ces mod\u00e9lisations hi\u00e9rarchiques int\u00e8grent l&rsquo;effet sujet comme un param\u00e8tre al\u00e9atoire tout en mod\u00e9lisant explicitement les effets fixes de traitement, de p\u00e9riode temporelle et de s\u00e9quence d&rsquo;attribution.<\/p>\n<p>Dans le domaine des mesures psychologiques d\u00e9pendantes, l&rsquo;administration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;\u00e9chelles de cotation impose le recours \u00e0 des instruments psychom\u00e9triques dot\u00e9s d&rsquo;une fiabilit\u00e9 test-retest irr\u00e9prochable et de formes parall\u00e8les valid\u00e9es. Lorsqu&rsquo;un sujet doit compl\u00e9ter un questionnaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9tat (tel que le STAI) ou passer une \u00e9preuve de m\u00e9moire de travail (telle que l&#8217;empan d&rsquo;op\u00e9rations) \u00e0 de multiples reprises, les chercheurs doivent utiliser des versions alternatives pr\u00e9sentant des caract\u00e9ristiques psychom\u00e9triques rigoureusement \u00e9quivalentes pour \u00e9carter tout biais de m\u00e9morisation des items.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre des plans crois\u00e9s s&rsquo;\u00e9tend sur une pluralit\u00e9 de sous-domaines o\u00f9 les questions de parcimonie d&rsquo;\u00e9chantillonnage et de contr\u00f4le rigoureux des variables parasites s&rsquo;av\u00e8rent critiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuroergonomie et psychologie du facteur humain :<\/strong> Utilis\u00e9 pour tester l&rsquo;ergonomie cognitive d&rsquo;interfaces de pilotage a\u00e9ronautique, de cockpits automobiles ou de logiciels m\u00e9dicaux d&rsquo;urgence. Les op\u00e9rateurs r\u00e9alisent des sessions de simulation sous diff\u00e9rentes interfaces pour isoler les gains de charge mentale mesur\u00e9s par la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque et le suivi oculaire (<em>eye-tracking<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Psychopathologie cognitive et addictions :<\/strong> Permet d&rsquo;analyser la r\u00e9activit\u00e9 aux indices environnementaux (<em>cue-reactivity<\/em>) chez des individus d\u00e9pendants \u00e0 l&rsquo;alcool ou aux opio\u00efdes, en les confrontant en conditions de laboratoire \u00e0 des stimuli d&rsquo;incitation puis \u00e0 des stimuli neutres selon un ordre crois\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Psychopharmacologie clinique et bio\u00e9quivalence :<\/strong> Repr\u00e9sente le standard r\u00e9glementaire mondial impos\u00e9 par les agences sanitaires pour comparer les formulations g\u00e9n\u00e9riques de psychotropes aux mol\u00e9cules originales, garantissant une exposition pharmacocin\u00e9tique et des effets neuropsychiques identiques chez des volontaires sains.<\/li>\n<li><strong>Psychologie scolaire et rem\u00e9diation p\u00e9dagogique :<\/strong> Permet d&rsquo;\u00e9valuer de courtes m\u00e9thodes d&rsquo;intervention sur l&rsquo;apprentissage de la lecture ou du calcul mental, en alternant les strat\u00e9gies didactiques au sein d&rsquo;une m\u00eame cohorte d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves pour objectiver la p\u00e9dagogie la plus probante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La robustesse des plans crois\u00e9s a \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9e par une abondante production scientifique \u00e9valuant leurs m\u00e9rites comparatifs face aux essais parall\u00e8les conventionnels. Les m\u00e9ta-recherches en \u00e9pid\u00e9miologie clinique confirment qu&rsquo;en pr\u00e9sence de conditions pathologiques chroniques stables \u2014 telles que la douleur neuropathique chronique, les insomnies primaires, la maladie de Parkinson au stade initial ou les troubles anxieux stabilis\u00e9s \u2014, le plan crois\u00e9 produit des estimations de la taille d&rsquo;effet qui concordent \u00e9troitement avec les grands essais multicentriques parall\u00e8les, tout en mobilisant un nombre total de patients diminu\u00e9 de 60 % \u00e0 80 %.<\/p>\n<p>Dans une analyse m\u00e9thodologique marquante de la litt\u00e9rature psychiatrique, Senn (2002) a mis en \u00e9vidence le fait que la majorit\u00e9 des biais imput\u00e9s aux plans crois\u00e9s ne d\u00e9coulaient pas d&rsquo;une d\u00e9faillance intrins\u00e8que du concept, mais d&rsquo;une mauvaise mod\u00e9lisation des dur\u00e9es de r\u00e9manence par les exp\u00e9rimentateurs. En effet, lorsque la p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9limination ou de sevrage est sous-calibr\u00e9e par m\u00e9connaissance de la pharmacocin\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale ou de l&rsquo;inertie des processus d&rsquo;apprentissage mn\u00e9sique, la contamination crois\u00e9e compromet la validit\u00e9 globale de l&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux empiriques men\u00e9s en neuropsychologie exp\u00e9rimentale ont document\u00e9 la pr\u00e9valence substantielle de l&rsquo;effet de p\u00e9riode. M\u00eame au sein de protocoles rigoureusement standardis\u00e9s, les performances cognitives des participants ont tendance \u00e0 s&rsquo;am\u00e9liorer naturellement lors de la deuxi\u00e8me p\u00e9riode en raison de la familiarisation avec le personnel exp\u00e9rimental, de la lev\u00e9e de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 situationnelle face au mat\u00e9riel de test et de l&rsquo;adaptation aux contraintes du laboratoire. Ces observations empiriques soulignent le caract\u00e8re absolument incontournable de la contre-balanciation et de la randomisation stricte de l&rsquo;ordre d&rsquo;attribution : sans cette sym\u00e9trie ordonn\u00e9e, le gain d&rsquo;apprentissage m\u00e9canique viendrait se masquer ou s&rsquo;agr\u00e9ger ind\u00fbment \u00e0 l&rsquo;effet de l&rsquo;intervention test\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;impl\u00e9mentation pratique des plans crois\u00e9s varie profond\u00e9ment selon les populations d&rsquo;accueil, les contextes sociosanitaires et les cultures institutionnelles. En raison de sa longueur temporelle intrins\u00e8que \u2014 le participant devant traverser plusieurs phases de tests et des fen\u00eatres de sevrage \u00e9tendues \u2014, le protocole crois\u00e9 impose une charge temporelle et logistique nettement plus astreignante qu&rsquo;un simple essai unilat\u00e9ral court. Dans les soci\u00e9t\u00e9s ou les groupes sociaux caract\u00e9ris\u00e9s par une forte mobilit\u00e9 g\u00e9ographique, une pr\u00e9carit\u00e9 socio\u00e9conomique ou des contraintes professionnelles rigides, le taux d&rsquo;attrition (perte de vue au cours du suivi) s&rsquo;accro\u00eet consid\u00e9rablement entre la p\u00e9riode 1 et la p\u00e9riode 2.<\/p>\n<p>La perte de sujets au cours d&rsquo;un plan crois\u00e9 s&rsquo;av\u00e8re infiniment plus dommageable pour la puissance statistique que dans un plan parall\u00e8le. Si un sujet quitte l&rsquo;\u00e9tude avant la p\u00e9riode 2, la totalit\u00e9 de ses donn\u00e9es ant\u00e9rieures devient inutilisable dans le cadre des analyses appari\u00e9es traditionnelles, cr\u00e9ant un d\u00e9s\u00e9quilibre entre les s\u00e9quences qui menace l&rsquo;ind\u00e9pendance de la randomisation initiale. Ainsi, dans les contextes de recherche communautaire ou transculturelle o\u00f9 la fid\u00e9lit\u00e9 au suivi longitudinal est compromise, les chercheurs optent fr\u00e9quemment, par mesure de s\u00e9curit\u00e9 m\u00e9thodologique, pour des plans \u00e0 groupes parall\u00e8les ind\u00e9pendants, pourtant plus exigeants en taille de recrutement initial.<\/p>\n<p>Sur le versant de l&rsquo;\u00e9thique de la recherche biom\u00e9dicale et comportementale, le plan crois\u00e9 soul\u00e8ve un assentiment favorable prononc\u00e9 de la part des comit\u00e9s de protection des personnes et des participants. Dans les \u00e9tudes de psychopathologie lourde, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un patient affect\u00e9 \u00e0 un bras placebo ne recevra jamais l&rsquo;intervention innovante suscite des r\u00e9ticences morales et nuit au consentement \u00e9clair\u00e9. Le plan crois\u00e9 garantit \u00e0 chaque individu qu&rsquo;il aura acc\u00e8s, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de son parcours, \u00e0 l&rsquo;intervention potentiellement th\u00e9rapeutique. Cette certitude \u00e9thique majore la motivation des volontaires et favorise l&rsquo;acceptabilit\u00e9 soci\u00e9tale des essais cliniques randomis\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique ind\u00e9niable, le plan crois\u00e9 fait l&rsquo;objet de vives contestations dans les sph\u00e8res de la m\u00e9thodologie scientifique contemporaine, au point que certains biostatisticiens pr\u00e9conisent son bannissement pur et simple d\u00e8s lors que la r\u00e9manence biologique ou psychologique ne peut \u00eatre formellement \u00e9cart\u00e9e.<\/p>\n<p>La controverse principale gravite autour de la notion de <strong>r\u00e9manence diff\u00e9rentielle<\/strong> (<em>differential carryover<\/em>). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne surgit lorsque l&rsquo;ampleur de l&rsquo;effet r\u00e9siduel d\u00e9pend de la nature du traitement administr\u00e9 : par exemple, si le traitement psychologique A modifie profond\u00e9ment et durablement les sch\u00e9mas cognitifs du sujet au point que ses r\u00e9percussions persistent pendant des semaines, alors que la condition placebo B cesse d&rsquo;agir instantan\u00e9ment \u00e0 son arr\u00eat. Dans une telle \u00e9ventualit\u00e9, la s\u00e9quence AB verra la p\u00e9riode B contamin\u00e9e par les traces positives de A, alors que dans la s\u00e9quence BA, la p\u00e9riode A ne subira aucune interf\u00e9rence de B. Lorsque ce sc\u00e9nario se produit, les estimateurs statistiques de l&rsquo;effet d&rsquo;intervention deviennent structurellement biais\u00e9s, et aucun r\u00e9ajustement math\u00e9matique r\u00e9trospectif n&rsquo;est en mesure de corriger validement les donn\u00e9es collect\u00e9es.<\/p>\n<p>Une seconde limite majeure concerne le postulat fondamental de r\u00e9versibilit\u00e9 et de stabilit\u00e9 de la condition psychologique investigu\u00e9e. Les processus mentaux se caract\u00e9risent par une plasticit\u00e9 d\u00e9veloppementale continue. Si un protocole s&rsquo;\u00e9tale sur plusieurs mois, l&rsquo;\u00e9volution spontan\u00e9e d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif, la r\u00e9mission naturelle d&rsquo;un \u00e9tat de stress post-traumatique ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, la d\u00e9gradation neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;un patient atteint de la maladie d&rsquo;Alzheimer contreviennent frontalement \u00e0 l&rsquo;exigence de stabilit\u00e9 basale. Si le statut de base de l&rsquo;individu n&rsquo;est plus identique au commencement de la p\u00e9riode 2 compar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat qui pr\u00e9valait au d\u00e9but de la p\u00e9riode 1, les postulats du mod\u00e8le additif s&rsquo;effondrent.<\/p>\n<p>Enfin, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame aux donn\u00e9es manquantes constitue le talon d&rsquo;Achille op\u00e9rationnel du dispositif. Bien que les mod\u00e8les lin\u00e9aires mixtes modernes att\u00e9nuent cette faiblesse en autorisant l&rsquo;inclusion de sujets ne disposant pas de toutes les observations au fil du temps (sous le postulat de donn\u00e9es manquantes au hasard ou <em>Missing at Random<\/em>), la d\u00e9fection asym\u00e9trique de participants entre les s\u00e9quences introduit syst\u00e9matiquement un biais de s\u00e9lection insidieux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique au sein des protocoles de recherche en psychologie, il est imp\u00e9ratif de situer le plan crois\u00e9 par rapport aux dispositifs exp\u00e9rimentaux apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Plan \u00e0 groupes parall\u00e8les (Parallel Group Design) :<\/strong> Dispositif dans lequel chaque groupe de sujets ne re\u00e7oit qu&rsquo;un seul traitement de mani\u00e8re exclusive. Contrairement au plan crois\u00e9, il \u00e9limine tout risque de contamination de report ou de r\u00e9manence, mais exige des cohortes d&rsquo;effectifs consid\u00e9rablement plus massives en raison du bruit induit par la variance inter-sujets.<\/li>\n<li><strong>Plan \u00e0 mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (Repeated Measures Design) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant tout protocole o\u00f9 la variable d\u00e9pendante est recueillie \u00e0 plusieurs reprises temporelles chez les m\u00eames sujets. Le plan crois\u00e9 constitue une sous-cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique hautement structur\u00e9e du plan \u00e0 mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, caract\u00e9ris\u00e9e par la permutation randomis\u00e9e des conditions d&rsquo;intervention entre les p\u00e9riodes.<\/li>\n<li><strong>Plan factoriel (Factorial Design) :<\/strong> Organisation exp\u00e9rimentale \u00e9valuant simultan\u00e9ment deux ou plusieurs variables ind\u00e9pendantes ainsi que leurs interactions mutuelles (par exemple un plan factoriel 2\u00d72 \u00e9valuant une th\u00e9rapie cognitive et un traitement m\u00e9dicamenteux). Les facteurs peuvent \u00eatre manipul\u00e9s de mani\u00e8re inter-sujets, intra-sujets, ou selon une structure mixte.<\/li>\n<li><strong>Protocole \u00e0 cas unique ou plan \u00e0 s\u00e9ries temporelles interrompues (Single-Case Experimental Design \/ N-of-1 trial) :<\/strong> Essai clinique individualis\u00e9 o\u00f9 un unique sujet est soumis \u00e0 des alternances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;interventions et de retraits (sch\u00e9mas ABA, ABAB). Si un essai de type \u00ab N de 1 \u00bb partage l&rsquo;esprit de l&rsquo;auto-contr\u00f4le propre au plan crois\u00e9, le plan crois\u00e9 standardise son analyse sur une population d&rsquo;individus agr\u00e9g\u00e9e, alors que le protocole \u00e0 cas unique focalise sa mod\u00e9lisation sur la trajectoire intra-individuelle d&rsquo;un sujet singulier.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le plan crois\u00e9 s&rsquo;affirme comme une architecture exp\u00e9rimentale sophistiqu\u00e9e et d&rsquo;une remarquable puissance statistique dans la recherche en psychologie et en neurosciences, pourvu que son application ob\u00e9isse \u00e0 un cadre rigoureusement circonscrit :<\/p>\n<ul>\n<li>Chaque participant parcourt les diff\u00e9rentes conditions exp\u00e9rimentales dans un ordre randomis\u00e9, servant math\u00e9matiquement de son propre t\u00e9moin contrefactuel.<\/li>\n<li>Il neutralise int\u00e9gralement la variance interindividuelle, permettant d&rsquo;abaisser consid\u00e9rablement le nombre de sujets requis par rapport \u00e0 un essai \u00e0 groupes parall\u00e8les conventionnel.<\/li>\n<li>Il est strictement restreint aux affections cliniques stables, chroniques et r\u00e9versibles, et proscrit pour l&rsquo;\u00e9valuation de th\u00e9rapies curatives d\u00e9finitives.<\/li>\n<li>La neutralisation des effets de r\u00e9manence ou de report exige le calibrage m\u00e9ticuleux d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;interruption th\u00e9rapeutique et de r\u00e9initialisation cognitive (<em>washout<\/em>) d&rsquo;une dur\u00e9e suffisante.<\/li>\n<li>L&rsquo;analyse statistique de pointe repose d\u00e9sormais sur l&#8217;emploi des mod\u00e8les lin\u00e9aires mixtes et des \u00e9quations d&rsquo;estimation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es pour g\u00e9rer avec flexibilit\u00e9 les effets de s\u00e9quence, de p\u00e9riode et les \u00e9ventuelles donn\u00e9es manquantes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fisher, R. A. (1935). <em>The Design of Experiments<\/em>. Oliver and Boyd. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/in.ernet.dli.2015.501506\">Consulter la source d&rsquo;archive<\/a><\/li>\n<li>Grizzle, J. E. (1965). The two-period change-over design and its use in clinical trials. <em>Biometrics<\/em>, 21(2), 467\u2013480. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/2528104\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/2528104<\/a><\/li>\n<li>Jones, B., &amp; Kenward, M. G. (2014). <em>Design and Analysis of Cross-Over Trials<\/em> (3e \u00e9d.). Chapman and Hall\/CRC. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1201\/b17590\">https:\/\/doi.org\/10.1201\/b17590<\/a><\/li>\n<li>Rubin, D. B. (1974). Estimating causal effects of treatments in randomized and nonrandomized studies. <em>Journal of Educational Psychology<\/em>, 66(5), 688\u2013701. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0037350\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0037350<\/a><\/li>\n<li>Senn, S. (2002). <em>Cross-over Trials in Clinical Research<\/em> (2e \u00e9d.). John Wiley &amp; Sons. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/0470854596\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/0470854596<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plan crois\u00e9 (crossover design) est un protocole exp\u00e9rimental intra-sujet rigoureux o\u00f9 chaque participant re\u00e7oit successivement plusieurs interventions. 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