{"id":25596,"date":"2026-11-08T09:25:32","date_gmt":"2026-11-08T09:25:32","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reflexe-croise"},"modified":"2026-11-08T09:25:32","modified_gmt":"2026-11-08T09:25:32","slug":"reflexe-croise","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reflexe-croise","title":{"rendered":"R\u00e9flexe crois\u00e9 : Fondements et motricit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Le <strong>r\u00e9flexe crois\u00e9<\/strong>, principalement incarn\u00e9 en physiologie neuromusculaire par le r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e, constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes spinaux les plus fondamentaux de la coordination motrice et de la pr\u00e9servation de l&rsquo;\u00e9quilibre postural. Loin d&rsquo;\u00eatre une simple r\u00e9ponse motrice \u00e9l\u00e9mentaire et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, cette boucle sensori-motrice polysynaptique illustre la complexit\u00e9 intrins\u00e8que de la moelle \u00e9pini\u00e8re, capable d&rsquo;int\u00e9grer des aff\u00e9rences nociceptives ou proprioceptives unilat\u00e9rales pour orchestrer une r\u00e9ponse dynamique bilat\u00e9rale et asym\u00e9trique hautement r\u00e9gul\u00e9e. Dans les domaines de la neurophysiologie, de la psychologie motrice et de la neurologie clinique, l&rsquo;\u00e9tude de ce r\u00e9flexe permet de d\u00e9crypter les m\u00e9canismes sous-tendant la locomotion, la r\u00e9activit\u00e9 sensorielle face aux stimuli aversifs et les alt\u00e9rations fonctionnelles cons\u00e9cutives aux l\u00e9sions des voies cortico-spinales.<\/p>\n<h2>Le r\u00e9flexe crois\u00e9<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le r\u00e9flexe crois\u00e9 d\u00e9signe un r\u00e9flexe spinal polysynaptique dans lequel la stimulation sensorielle d&rsquo;un membre induit une r\u00e9ponse motrice non seulement dans le membre stimul\u00e9 de mani\u00e8re ipsilat\u00e9rale, mais d\u00e9clenche \u00e9galement une r\u00e9action motrice antagoniste ou compl\u00e9mentaire au niveau du membre controlat\u00e9ral. Sa manifestation la plus arch\u00e9typale est le r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e : lorsqu&rsquo;un stimulus nociceptif provoque le retrait en flexion du membre l\u00e9s\u00e9 ou menac\u00e9, le membre oppos\u00e9 d\u00e9clenche une contraction r\u00e9flexe de ses muscles extenseurs afin de supporter le poids corporel et de maintenir la stabilit\u00e9 posturale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue fonctionnel et neuro-anatomique, ce r\u00e9flexe d\u00e9pend d&rsquo;un r\u00e9seau intriqu\u00e9 d&rsquo;interneurones commissuraux situ\u00e9s au sein de la substance grise m\u00e9dullaire, capables de projeter leurs axones \u00e0 travers la commissure blanche ant\u00e9rieure vers la corne ant\u00e9rieure controlat\u00e9rale. Cette organisation synaptique assure la coordination interlimbique essentielle, transformant une simple r\u00e9action d\u00e9fensive unilat\u00e9rale en une strat\u00e9gie motrice globale qui pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 biom\u00e9canique de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>En neurologie et en psychomotricit\u00e9, le terme s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 d&rsquo;autres manifestations d&rsquo;irradiation r\u00e9flexe pathologique ou d\u00e9veloppementale, \u00e0 l&rsquo;instar du r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9, o\u00f9 la percussion du tendon rotulien d&rsquo;un membre inf\u00e9rieur engendre une contraction involontaire des muscles adducteurs de la cuisse oppos\u00e9e, t\u00e9moignant souvent d&rsquo;un syndrome pyramidal ou d&rsquo;une immaturit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab r\u00e9flexe \u00bb puise ses origines \u00e9tymologiques dans le verbe latin <em>reflectere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em> (marquant le retour, l&rsquo;inversion ou la r\u00e9p\u00e9tition) et de <em>flectere<\/em> (fl\u00e9chir, courber). Dans le lexique philosophique et physique m\u00e9di\u00e9val, le participe pass\u00e9 substantiv\u00e9 <em>reflexus<\/em> d\u00e9signait la r\u00e9verb\u00e9ration de la lumi\u00e8re ou le renvoi d&rsquo;une onde. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XVIIe si\u00e8cle, sous la plume de Ren\u00e9 Descartes puis des physiologistes du XVIIIe si\u00e8cle, que le terme s&rsquo;est appliqu\u00e9 m\u00e9taphoriquement \u00e0 l&rsquo;action nerveuse : un influx sensoriel centrip\u00e8te qui, tel un rayon lumineux se r\u00e9fl\u00e9chissant sur un miroir, est renvoy\u00e9 en p\u00e9riph\u00e9rie sous la forme d&rsquo;un mouvement centrifuge involontaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab crois\u00e9 \u00bb d\u00e9rive du bas-latin <em>cruciare<\/em>, lui-m\u00eame issu de <em>crux<\/em> (la croix), d\u00e9crivant une disposition spatiale s\u00e9cante ou transversale. Dans le contexte neurophysiologique, le terme renvoie directement au franchissement de la ligne m\u00e9diane corporelle par les signaux neuronaux, ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le terme anatomique de d\u00e9cussation. L&rsquo;expression anglaise \u00e9quivalente, <em>crossed reflex<\/em> ou <em>crossed extensor reflex<\/em>, a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par les travaux fondateurs de Sir <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charles_Scott_Sherrington\">Charles Scott Sherrington<\/a>, qui a formalis\u00e9 les lois de l&rsquo;innervation r\u00e9ciproque et d\u00e9crit avec une rigueur analytique exceptionnelle les synergies musculaires bilat\u00e9rales.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du syntagme dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au cours du XIXe si\u00e8cle, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la neuro-anatomie comparative et de la clinique des my\u00e9lopathies, les m\u00e9decins observant la diffusion anormale des influx chez les patients atteints de l\u00e9sions de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, le terme se prononce phon\u00e9tiquement selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International : <strong>[\u0281e.fl\u025bks k\u0281wa.ze]<\/strong>. Le premier \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sente une consonne occlusive apicale finale prononc\u00e9e distinctement (\u00ab flex \u00bb), tandis que l&rsquo;adjectif s&rsquo;ach\u00e8ve par une voyelle ferm\u00e9e non arrondie, avec une liaison potentielle facultative en cas de contexte syntaxique particulier (\u00ab les r\u00e9flexes crois\u00e9s \u00bb : [le \u0281e.fl\u025bk.z\u203fk\u0281wa.ze]).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier, form\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (r\u00e9flexe) qualifi\u00e9 par un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te postpos\u00e9 (crois\u00e9). Au pluriel, il prend la forme r\u00e9guli\u00e8re \u00ab r\u00e9flexes crois\u00e9s \u00bb. Dans la taxonomie biom\u00e9dicale, on rencontre fr\u00e9quemment des d\u00e9clinaisons sp\u00e9cifi\u00e9es telles que \u00ab r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e \u00bb (f\u00e9minin par apposition du syntagme pr\u00e9positionnel d&rsquo;action) ou \u00ab r\u00e9flexe des adducteurs crois\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage discursif acad\u00e9mique, le terme s&#8217;emploie principalement comme sujet ou compl\u00e9ment de verbes d&rsquo;action physiologique tels que \u00ab d\u00e9clencher \u00bb, \u00ab moduler \u00bb, \u00ab inhiber \u00bb, \u00ab abolir \u00bb ou \u00ab exacerber \u00bb. On \u00e9vitera la confusion stylistique entre le \u00ab r\u00e9flexe crois\u00e9 \u00bb (ph\u00e9nom\u00e8ne neurophysiologique automatique) et les mouvements crois\u00e9s volontaires (exercices de coordination corporelle sollicitant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le r\u00e9flexe crois\u00e9 incarne le principe de connectivit\u00e9 commissurale au niveau segmentaire de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Contrairement aux r\u00e9flexes spinaux \u00e9l\u00e9mentaires monosynaptiques \u2014 tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9flexe_myotatique\">r\u00e9flexe myotatique<\/a>, dont l&rsquo;arc ne comporte qu&rsquo;une seule synapse entre le neurone sensitif Ia et le motoneurone alpha homolat\u00e9ral \u2014, le r\u00e9flexe crois\u00e9 n\u00e9cessite imp\u00e9rativement un r\u00e9seau multisynaptique distribu\u00e9 \u00e0 travers plusieurs segments m\u00e9dullaires et relay\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre du n\u00e9vraxe.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un stimulus aversif, par exemple thermique ou m\u00e9canique douloureux, est appliqu\u00e9 sur la face plantaire d&rsquo;un pied, les terminaisons libres des fibres sensorielles de petit calibre (fibres A-delta et C) s&rsquo;activent et transmettent le message nociceptif jusqu&rsquo;aux couches superficielles de la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re. \u00c0 ce niveau, l&rsquo;axone sensoriel \u00e9tablit des connexions synaptiques avec plusieurs familles d&rsquo;interneurones locaux :<\/p>\n<ul>\n<li>D&rsquo;une part, des interneurones ipsilat\u00e9raux activent les motoneurones alpha innervant les muscles fl\u00e9chisseurs du membre stimul\u00e9, tout en inhibant, par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;interneurones inhibiteurs d&rsquo;Ia, les motoneurones des muscles extenseurs antagonistes. Ce versant unilat\u00e9ral constitue le r\u00e9flexe classique de retrait ou r\u00e9flexe de flexion.<\/li>\n<li>D&rsquo;autre part, des axones de liaison traversent la commissure blanche ant\u00e9rieure pour atteindre la substance grise de la corne ventrale oppos\u00e9e. Ces <strong>interneurones commissuraux<\/strong> excitateurs viennent d\u00e9polariser les motoneurones innervant les muscles extenseurs du membre controlat\u00e9ral (notamment le quadriceps f\u00e9moral et le triceps sural), tandis que des interneurones commissuraux inhibiteurs r\u00e9priment l&rsquo;activit\u00e9 des fl\u00e9chisseurs controlat\u00e9raux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette double action coordonn\u00e9e produit un comportement biom\u00e9canique d&rsquo;une grande perfection fonctionnelle : le membre qui a rencontr\u00e9 l&rsquo;obstacle douloureux est imm\u00e9diatement soustrait \u00e0 la source d&rsquo;agression par une triple flexion (hanche, genou, cheville), tandis que le membre oppos\u00e9 se verrouille en extension rigide afin de supporter instantan\u00e9ment l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du centre de masse de l&rsquo;individu, \u00e9vitant ainsi la chute.<\/p>\n<p>En outre, le r\u00e9flexe crois\u00e9 se caract\u00e9rise par une latence temporelle nettement plus longue que celle observ\u00e9e lors d&rsquo;un r\u00e9flexe myotatique, en raison du d\u00e9lai de transmission synaptique inh\u00e9rent \u00e0 la travers\u00e9e de multiples interneurones (g\u00e9n\u00e9ralement entre 3 et 6 jonctions synaptiques). Il pr\u00e9sente \u00e9galement une phase de post-d\u00e9charge prolong\u00e9e : la contraction des extenseurs controlat\u00e9raux se maintient pendant plusieurs dizaines \u00e0 centaines de millisecondes apr\u00e8s la cessation du stimulus nociceptif, assurant une transition posturale stable vers une nouvelle phase motrice.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9couverte du r\u00e9flexe crois\u00e9 s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des controverses s\u00e9culaires sur l&rsquo;autonomie fonctionnelle de la moelle \u00e9pini\u00e8re face \u00e0 l&rsquo;enc\u00e9phale. D\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle, Ren\u00e9 Descartes, dans son <em>Trait\u00e9 de l&rsquo;homme<\/em>, proposait une vision m\u00e9caniste des actions involontaires, mais concevait le corps comme un syst\u00e8me de tuyaux hydrauliques o\u00f9 les \u00ab esprits animaux \u00bb \u00e9taient r\u00e9fl\u00e9chis sans v\u00e9ritable organisation segmentaire crois\u00e9e.<\/p>\n<p>Au milieu du XVIIIe si\u00e8cle, le m\u00e9decin \u00e9cossais Robert Whytt d\u00e9montra exp\u00e9rimentalement que la pr\u00e9sence de la moelle \u00e9pini\u00e8re \u00e9tait n\u00e9cessaire et suffisante pour susciter des mouvements involontaires chez la grenouille d\u00e9capit\u00e9e, posant les bases de l&rsquo;arc r\u00e9flexe. Cependant, la nature hautement int\u00e9grative et bilat\u00e9rale des r\u00e9ponses m\u00e9dullaires ne fut v\u00e9ritablement \u00e9lucid\u00e9e qu&rsquo;au tournant du XXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux exp\u00e9riences pionni\u00e8res du physiologiste britannique Sir Charles Scott Sherrington.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage monumental publi\u00e9 en 1906, <em>The Integrative Action of the Nervous System<\/em>, Sherrington utilisa des mod\u00e8les d&rsquo;animaux d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s et spinalis\u00e9s pour analyser m\u00e9thodiquement les interactions musculaires. C&rsquo;est lui qui identifia et nomma le r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e (<em>crossed extensor reflex<\/em>). Il mit en \u00e9vidence le fait que ce r\u00e9flexe n&rsquo;\u00e9tait pas une simple diffusion anarchique de l&rsquo;excitation, mais une d\u00e9monstration \u00e9clatante de ce qu&rsquo;il nomma la <strong>loi de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Innervation_r%C3%A9ciproque\">innervation r\u00e9ciproque<\/a><\/strong> : l&rsquo;activation d&rsquo;un groupe musculaire s&rsquo;accompagne syst\u00e9matiquement de l&rsquo;inhibition synchrone de ses antagonistes directs, et cette coordination s&rsquo;\u00e9tend transversalement au membre controlat\u00e9ral sous une formule invers\u00e9e.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, Thomas Graham Brown, disciple de Sherrington, enrichit consid\u00e9rablement ces concepts en proposant en 1911 le concept de \u00ab demi-centres \u00bb spinaux (<em>half-center model<\/em>). Brown formula l&rsquo;hypoth\u00e8se audacieuse que les r\u00e9seaux neuronaux sous-jacents aux r\u00e9flexes fl\u00e9chisseurs et extenseurs crois\u00e9s constituaient la brique fondamentale des g\u00e9n\u00e9rateurs spinaux de rythme locomoteur, capables de produire une alternance gauche-droite automatique m\u00eame en l&rsquo;absence compl\u00e8te de commande c\u00e9r\u00e9brale ou de retour sensoriel.<\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, l&rsquo;av\u00e8nement des techniques de biologie mol\u00e9culaire, de g\u00e9n\u00e9tique d\u00e9veloppementale et d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique, port\u00e9es notamment par les \u00e9quipes de Martyn Goulding et d&rsquo;Ole Kiehn, a permis d&rsquo;identifier pr\u00e9cis\u00e9ment les sous-populations d&rsquo;interneurones commissuraux g\u00e9n\u00e9tiquement distincts (les classes neuronales embryonnaires V0, V1, V2 et V3) responsables de l&rsquo;alternance et de la synchronisation crois\u00e9e chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude du r\u00e9flexe crois\u00e9 repose sur plusieurs cadres conceptuels majeurs qui unissent la neurobiologie cellulaire, la biom\u00e9canique et la psychologie du contr\u00f4le moteur. Le premier pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la notion de <strong>synergie motrice<\/strong> introduite par Nikola\u00ef Bernstein. Selon la perspective bernsteinienne, le syst\u00e8me nerveux central est confront\u00e9 au probl\u00e8me de la redondance des degr\u00e9s de libert\u00e9 articulaires. Le r\u00e9flexe crois\u00e9 repr\u00e9sente une solution d&rsquo;ing\u00e9nierie biologique \u00e9l\u00e9gante \u00e0 ce probl\u00e8me : il regroupe instantan\u00e9ment des dizaines de muscles agonistes et antagonistes r\u00e9partis sur deux membres distincts au sein d&rsquo;une unit\u00e9 fonctionnelle coordonn\u00e9e, all\u00e9geant ainsi la charge computationnelle des centres sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique majeur est celui des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9n%C3%A9rateur_de_rythme_central\">g\u00e9n\u00e9rateurs de rythme centraux<\/a> (<em>Central Pattern Generators<\/em> ou CPG). Dans ce mod\u00e8le, le r\u00e9flexe crois\u00e9 n&rsquo;est pas un syst\u00e8me passif attendant un stimulus ext\u00e9rieur pour r\u00e9agir, mais l&rsquo;expression \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de repos d&rsquo;un oscillateur spinal coupl\u00e9. Lorsque le stimulus nociceptif survient, il biaise l&rsquo;\u00e9quilibre du r\u00e9seau vers une phase de flexion unilat\u00e9rale et d&rsquo;extension controlat\u00e9rale, qui constitue en r\u00e9alit\u00e9 la moiti\u00e9 d&rsquo;un cycle de locomotion de fuite. D\u00e8s lors, le r\u00e9flexe crois\u00e9 s&rsquo;inscrit au carrefour de la r\u00e9activit\u00e9 d&rsquo;urgence et de l&rsquo;adaptation cin\u00e9tique rythm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement repose sur la <strong>th\u00e9orie du contr\u00f4le hi\u00e9rarchique et modulaire<\/strong> du syst\u00e8me nerveux. Si la moelle \u00e9pini\u00e8re poss\u00e8de l&rsquo;infrastructure mat\u00e9rielle compl\u00e8te pour g\u00e9n\u00e9rer le r\u00e9flexe crois\u00e9, les structures supraspinales \u2014 notamment le cortex moteur, les noyaux vestibulaires et la formation r\u00e9ticul\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral \u2014 exercent une modulation descendante tonique et phasique permanente. Les voies cortico-spinales et r\u00e9ticulo-spinales ajustent en continu le gain des interneurones commissuraux en fonction du contexte environnemental et de l&rsquo;intention comportementale de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Enfin, la psychologie sensori-motrice contemporaine analyse ce r\u00e9flexe \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;int\u00e9gration multisensorielle et de la proprioception pr\u00e9dictive. Loin d&rsquo;\u00eatre purement automatique, la r\u00e9ponse crois\u00e9e est modulable par l&rsquo;\u00e9tat cognitif, le niveau de vigilance et les repr\u00e9sentations spatiales internes du sujet.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le r\u00e9flexe crois\u00e9 mobilise des architectures anatomiques et des dynamiques physiologiques vari\u00e9es qui peuvent \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9es selon leurs structures fondamentales, leurs typologies cliniques et leurs dimensions fonctionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La branche aff\u00e9rente unilat\u00e9rale :<\/strong> Compos\u00e9e des r\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques (nocicepteurs cutan\u00e9s, corpuscules tactiles, r\u00e9cepteurs articulaires et fuseaux neuromusculaires) et de leurs axones de conduction rapide ou interm\u00e9diaire (fibres A-b\u00eata, A-delta et C), qui p\u00e9n\u00e8trent dans la racine dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Le complexe interneuronal commissural :<\/strong> Noyau computationnel du r\u00e9flexe situ\u00e9 dans les lames lamellaires de Rexed (principalement les lames VII et VIII). Il comprend des interneurones commissuraux excitateurs (glutamatergiques) et des interneurones inhibiteurs (GABAergiques ou glycinergiques) qui projettent \u00e0 travers la commissure ventrale.<\/li>\n<li><strong>La branche motrice eff\u00e9rente bilat\u00e9rale :<\/strong> Constitu\u00e9e par les motoneurones alpha et gamma des cornes ant\u00e9rieures. Du c\u00f4t\u00e9 ipsilat\u00e9ral, ces motoneurones commandent les groupes fl\u00e9chisseurs tout en inhibant les extenseurs ; du c\u00f4t\u00e9 controlat\u00e9ral, ils recrutent massivement les cha\u00eenes d&rsquo;extenseurs antigravitaires et inhibent les fl\u00e9chisseurs.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e physiologique :<\/strong> Forme typique et protectrice d\u00e9crite par Sherrington, observ\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9vitement d&rsquo;un stimulus nocif ou lors du maintien compensatoire de la posture d&rsquo;appui unipodal.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9 :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne clinique induit par la percussion du tendon quadricipital ou tibial ant\u00e9rieur, provoquant une adduction de la cuisse oppos\u00e9e. Bien qu&rsquo;il puisse \u00eatre discr\u00e8tement pr\u00e9sent chez le jeune nourrisson, sa pr\u00e9sence marqu\u00e9e chez l&rsquo;adulte traduit une diffusion anormale de l&rsquo;influx due \u00e0 une l\u00e9sion de la voie pyramidale.<\/li>\n<li><strong>Les r\u00e9flexes cutan\u00e9o-musculaires crois\u00e9s :<\/strong> R\u00e9ponses de faible intensit\u00e9 observ\u00e9es lors de stimulations tactiles douces de la peau plantaire ou de la paroi abdominale, participant au r\u00e9ajustement fin de la marche et de la posture statique.<\/li>\n<li><strong>Les dimensions spatiales et temporelles :<\/strong> L&rsquo;irradiation segmentaire (propagation rostro-caudale le long de la moelle \u00e9pini\u00e8re permettant de mobiliser l&rsquo;ensemble du membre jusqu&rsquo;\u00e0 la racine de la hanche) et la post-d\u00e9charge (persistance de l&rsquo;activit\u00e9 tonique garantissant la stabilit\u00e9 posturale imm\u00e9diate).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser la manifestation du r\u00e9flexe crois\u00e9, consid\u00e9rons la situation clinique et biom\u00e9canique classique d&rsquo;un individu marchant pieds nus qui pose inopin\u00e9ment le pied droit sur un \u00e9clat de verre ac\u00e9r\u00e9. En une fraction de seconde, bien avant que la sensation douloureuse ne parvienne \u00e0 la conscience corticale au niveau du cortex somatosensoriel primaire, le pied droit se d\u00e9tache du sol par une flexion rapide de la cheville, du genou et de la hanche. Simultan\u00e9ment, la jambe gauche s&rsquo;\u00e9tend avec une force accrue, le quadriceps et les muscles jumeaux gauches se rigidifient instantan\u00e9ment pour supporter tout le poids du corps. Ce double mouvement antagoniste illustre parfaitement le couplage entre r\u00e9flexe de flexion ipsilat\u00e9ral et r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e controlat\u00e9ral, \u00e9vitant \u00e0 la fois une l\u00e9sion tissulaire profonde au pied droit et une chute traumatique cons\u00e9cutive au d\u00e9s\u00e9quilibre postural.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas clinique \u00e9vocateur est celui d&rsquo;un patient victime d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral capsulaire ayant entra\u00een\u00e9 une h\u00e9mipl\u00e9gie spastique. Lors de l&rsquo;examen neurologique au lit du patient, le praticien percute le tendon rotulien droit avec un marteau \u00e0 r\u00e9flexes. En r\u00e9ponse \u00e0 cette percussion unilat\u00e9rale, non seulement le r\u00e9flexe rotulien homolat\u00e9ral est hyperactif (clonus ou vivacit\u00e9 extr\u00eame), mais l&rsquo;examinateur observe une contraction subite des adducteurs de la jambe gauche, entra\u00eenant un mouvement d&rsquo;adduction involontaire de la cuisse controlat\u00e9rale. Ce \u00ab r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9 \u00bb pathologique t\u00e9moigne de la perte de l&rsquo;inhibition descendante normalement exerc\u00e9e par le tractus cortico-spinal l\u00e9s\u00e9 sur les interneurones commissuraux de la moelle lombosacr\u00e9e.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple s&rsquo;observe chez le nouveau-n\u00e9 \u00e0 terme lors de l&rsquo;\u00e9valuation p\u00e9diatrique des r\u00e9flexes archa\u00efques. Lorsque le m\u00e9decin maintient l&rsquo;un des membres inf\u00e9rieurs en extension sur la table d&rsquo;examen et stimule fermement la plante du pied correspondant, le membre controlat\u00e9ral libre esquisse d&rsquo;abord une l\u00e9g\u00e8re flexion, puis une extension vigoureuse avec adduction et \u00e9cartement des orteils. Cette r\u00e9action d&rsquo;extension crois\u00e9e n\u00e9onatale est parfaitement physiologique \u00e0 cet \u00e2ge : elle refl\u00e8te l&rsquo;immaturit\u00e9 normale de la my\u00e9linisation des voies motrices descendantes, qui viendront progressivement masquer et r\u00e9guler ce comportement automatique au cours des premiers mois de la vie postnatale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration et la quantification du r\u00e9flexe crois\u00e9 font appel \u00e0 une combinaison d&rsquo;\u00e9valuations cliniques s\u00e9miologiques et de techniques \u00e9lectrophysiologiques instrument\u00e9es :<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;examinateur \u00e9value la pr\u00e9sence de r\u00e9flexes crois\u00e9s pathologiques par la palpation et l&rsquo;inspection visuelle directe. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;adduction crois\u00e9e se r\u00e9alise au cours du test des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux, le patient \u00e9tant plac\u00e9 en d\u00e9cubitus dorsal complet, les membres inf\u00e9rieurs rel\u00e2ch\u00e9s en l\u00e9g\u00e8re abduction. La percussion du tendon du quadriceps d\u00e9clenche normalement une extension unilat\u00e9rale ; l&rsquo;apparition d&rsquo;une contraction visible ou palpable du muscle gracile et des longs adducteurs du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 est not\u00e9e de mani\u00e8re semi-quantitative (cotation de l&rsquo;exag\u00e9ration r\u00e9flexe selon l&rsquo;\u00e9chelle standard du <em>Medical Research Council<\/em>).<\/p>\n<p>En laboratoire de neurophysiologie humaine, l&rsquo;\u00e9lectromyographie (EMG) de surface bilat\u00e9rale constitue la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour quantifier le r\u00e9flexe crois\u00e9. Des \u00e9lectrodes sont positionn\u00e9es sur les muscles antagonistes des deux membres (par exemple le muscle tibial ant\u00e9rieur et le sol\u00e9aire \u00e0 gauche et \u00e0 droite). Une stimulation \u00e9lectrique transcutan\u00e9e calibr\u00e9e est appliqu\u00e9e sur un nerf sensoriel cutan\u00e9 (tel que le nerf sural) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9. L&rsquo;analyse du trac\u00e9 EMG permet de mesurer avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les diff\u00e9rentes composantes temporelles de la r\u00e9ponse r\u00e9flexe :<\/p>\n<ul>\n<li>La latence d&rsquo;apparition de la bouff\u00e9e \u00e9lectromyographique ipsilat\u00e9rale et controlat\u00e9rale ;<\/li>\n<li>L&rsquo;amplitude cr\u00eate \u00e0 cr\u00eate et l&rsquo;aire int\u00e9gr\u00e9e du signal EMG, traduisant le nombre d&rsquo;unit\u00e9s motrices recrut\u00e9es ;<\/li>\n<li>La dur\u00e9e de la post-d\u00e9charge musculaire dans le membre d&rsquo;appui controlat\u00e9ral.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une autre technique de pointe repose sur le conditionnement du <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/H-reflex\">r\u00e9flexe H<\/a> (r\u00e9flexe de Hoffmann). En d\u00e9livrant une stimulation de test pour susciter un r\u00e9flexe H dans le muscle sol\u00e9aire d&rsquo;une jambe \u00e0 divers intervalles de temps apr\u00e8s la stimulation sensorielle de la jambe oppos\u00e9e, les chercheurs peuvent cartographier les courbes d&rsquo;excitabilit\u00e9 et mesurer avec une rigueur absolue le d\u00e9cours temporel de l&rsquo;inhibition ou de la facilitation commissurale.<\/p>\n<p>Enfin, les plateformes de force stabilom\u00e9triques et les syst\u00e8mes d&rsquo;analyse cin\u00e9matique du mouvement en trois dimensions permettent d&rsquo;enregistrer les cons\u00e9quences biom\u00e9caniques r\u00e9elles du r\u00e9flexe lors de la marche ou de la station debout, en mesurant le d\u00e9placement du centre de pression et la r\u00e9partition instantan\u00e9e des forces d&rsquo;appui au sol.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du r\u00e9flexe crois\u00e9 pr\u00e9sente des implications fondamentales dans plusieurs domaines cliniques et technologiques :<\/p>\n<p>En <strong>neurologie clinique et neurochirurgie<\/strong>, l&rsquo;observation d&rsquo;un r\u00e9flexe crois\u00e9 ab\u00e2tardi ou d\u00e9sinhib\u00e9 constitue un marqueur diagnostique majeur d&rsquo;atteinte du motoneurone sup\u00e9rieur. La d\u00e9tection d&rsquo;un r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9 bilat\u00e9ral oriente imm\u00e9diatement le praticien vers une my\u00e9lopathie cervicale ou dorsale compressive, une scl\u00e9rose en plaques, une syringomy\u00e9lie ou les s\u00e9quelles d&rsquo;une paralysie c\u00e9r\u00e9brale infantile. L&rsquo;\u00e9volution de ce signe clinique permet de suivre l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un traitement d\u00e9compressif ou d&rsquo;une th\u00e9rapie antispastique (telle que l&rsquo;administration de baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <strong>r\u00e9\u00e9ducation neuromotrice et de la kin\u00e9sith\u00e9rapie<\/strong>, les r\u00e9seaux du r\u00e9flexe crois\u00e9 sont largement exploit\u00e9s pour restaurer les capacit\u00e9s locomotrices chez les patients bless\u00e9s m\u00e9dullaires incomplets ou h\u00e9mipl\u00e9giques. Les protocoles d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la marche sur tapis roulant avec suspension partielle du poids corporel s&rsquo;appuient directement sur l&rsquo;activation sensorielle rythm\u00e9e d&rsquo;un membre pour provoquer la r\u00e9ponse motrice de l&rsquo;autre membre gr\u00e2ce aux interneurones commissuraux. M\u00eame lorsqu&rsquo;un patient pr\u00e9sente une paralysie motrice volontaire s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;une jambe, la stimulation aff\u00e9rente du membre sain ou r\u00e9siduel peut r\u00e9veiller des synergies d&rsquo;extension dans le membre par\u00e9tique.<\/p>\n<p>Dans le secteur de la <strong>neuro-ing\u00e9nierie et de la bionique<\/strong>, les \u00e9quipes de recherche d\u00e9veloppent des interfaces de neuro-stimulation \u00e9lectrique fonctionnelle (FES) et des exosquelettes de marche inspir\u00e9s des lois du r\u00e9flexe crois\u00e9. En mimant la d\u00e9charge coordonn\u00e9e des circuits spinaux commissuraux, ces dispositifs \u00e9lectroniques parviennent \u00e0 restituer une marche plus fluide, plus robuste et moins co\u00fbteuse en \u00e9nergie m\u00e9tabolique pour les personnes parapl\u00e9giques.<\/p>\n<p>Enfin, en <strong>ergonomie et pr\u00e9vention des chutes chez le sujet \u00e2g\u00e9<\/strong>, l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alt\u00e9ration physiologique des temps de r\u00e9ponse du r\u00e9flexe crois\u00e9 permet de concevoir des programmes d&rsquo;entra\u00eenement proprioceptif cibl\u00e9 afin de restaurer la promptitude du membre d&rsquo;appui lors des tr\u00e9buchements accidentels.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, la recherche sur les r\u00e9flexes crois\u00e9s a connu un renouveau spectaculaire gr\u00e2ce aux approches de g\u00e9n\u00e9tique intersectionnelle et d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique appliqu\u00e9es aux mod\u00e8les murins. Les travaux majeurs conduits par l&rsquo;\u00e9quipe de Martyn Goulding au Salk Institute et celle d&rsquo;Ole Kiehn \u00e0 l&rsquo;Institut Karolinska ont radicalement transform\u00e9 notre compr\u00e9hension de l&rsquo;architecture m\u00e9dullaire bilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Ces chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la transmission crois\u00e9e repose sur des populations g\u00e9n\u00e9tiquement identifiables d&rsquo;interneurones commissuraux d\u00e9rivant de la lign\u00e9e embryonnaire pr\u00e9coce :<\/p>\n<ul>\n<li>Les interneurones <strong>V0<\/strong>, qui expriment le facteur de transcription Dbx1, constituent la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la coordination gauche-droite. Des exp\u00e9riences ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la d\u00e9l\u00e9tion s\u00e9lective des neurones V0 chez la souris abolit l&rsquo;alternance motrice normale des membres post\u00e9rieurs : au lieu de marcher en alternant les pattes, les souris mutantes se d\u00e9placent par bonds synchrones (allure de saut de lapin), prouvant que le r\u00e9flexe crois\u00e9 et l&rsquo;inhibition commissurale r\u00e9ciproque sont indispensables \u00e0 la cin\u00e9tique locomotrice normale.<\/li>\n<li>Les sous-classes V0D (glycinergiques\/inhibitrices) et V0V (glutamatergiques\/excitatrices) orchestrent la transition entre l&rsquo;alternance lente de la marche et les coordinations requises \u00e0 plus grande vitesse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans le champ de la r\u00e9habilitation humaine, les recherches novatrices men\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Gr\u00e9goire Courtine \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique F\u00e9d\u00e9rale de Lausanne (EPFL) ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le crucial des aff\u00e9rences r\u00e9flexes crois\u00e9es dans la restauration motrice post-traumatique. En combinant une stimulation \u00e9pidurale cibl\u00e9e en temps r\u00e9el avec des agonistes pharmacologiques monoaminergiques, les chercheurs ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9activer les r\u00e9seaux spinaux sous-l\u00e9sionnels dormants chez des patients parapl\u00e9giques complets. Leurs enregistrements \u00e9lectrophysiologiques montrent que la stimulation sensorielle unilat\u00e9rale, lorsqu&rsquo;elle est correctement synchronis\u00e9e avec les phases de marche, d\u00e9clenche via les circuits commissuraux la r\u00e9ponse extru-motrice indispensable du c\u00f4t\u00e9 controlat\u00e9ral, permettant une d\u00e9ambulation fluide et autonome.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle et de stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) bilat\u00e9rale chez l&rsquo;humain sain confirment que le cortex moteur primaire module en continu l&rsquo;amplitude du r\u00e9flexe crois\u00e9 par l&rsquo;interm\u00e9diaire de voies cortico-r\u00e9ticulo-spinales descendantes, modifiant l&rsquo;excitabilit\u00e9 des synapses commissurales en fonction du contexte attentionnel et des contraintes gravitationnelles environnementales.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que le r\u00e9flexe crois\u00e9 constitue une fonction neurobiologique universelle propre \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine et partag\u00e9e avec l&rsquo;ensemble des t\u00e9trapodes, les contextes d&rsquo;interpr\u00e9tation m\u00e9dicale et les paradigmes th\u00e9oriques d&rsquo;\u00e9valuation varient sensiblement selon les traditions scientifiques et les environnements cliniques :<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;histoire de la neurologie, des divergences notables ont exist\u00e9 entre l&rsquo;\u00e9cole s\u00e9miologique francophone (illustr\u00e9e par Jean-Martin Charcot, Joseph Babinski et leurs successeurs) et l&rsquo;\u00e9cole anglo-saxonne issue des travaux physiologiques exp\u00e9rimentaux de Sherrington. Tandis que la tradition fran\u00e7aise accordait une primaut\u00e9 absolue \u00e0 l&rsquo;analyse s\u00e9miologique au lit du malade \u2014 \u00e9rigeant la recherche m\u00e9ticuleuse des r\u00e9flexes crois\u00e9s (tels que le signe de Brudzinski dans le syndrome m\u00e9ning\u00e9, qui comporte une composante de flexion crois\u00e9e, ou l&rsquo;adduction crois\u00e9e) en indicateurs cardinaux de s\u00e9miologie topographique \u2014, la tradition anglo-saxonne a rapidement orient\u00e9 ses efforts vers la mod\u00e9lisation cybern\u00e9tique, la mesure biom\u00e9canique quantitative et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans les contextes de sant\u00e9 publique des pays \u00e0 faibles revenus ou dans les r\u00e9gions d\u00e9pourvues d&rsquo;acc\u00e8s direct aux technologies d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM), l&rsquo;\u00e9valuation clinique rigoureuse des r\u00e9flexes spinaux et de leur diffusion crois\u00e9e demeure aujourd&rsquo;hui un outil d&rsquo;une rentabilit\u00e9 diagnostique irrempla\u00e7able pour d\u00e9tecter pr\u00e9cocement une compression m\u00e9dullaire d&rsquo;origine pottique (tuberculose rachidienne) ou traumatique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue pal\u00e9oanthropologique et \u00e9volutif, la configuration du r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e a subi une adaptation fonctionnelle singuli\u00e8re lors du passage \u00e0 la bip\u00e9die permanente chez les hominid\u00e9s. Chez les animaux quadrup\u00e8des, le r\u00e9flexe crois\u00e9 s&rsquo;accompagne d&rsquo;une coordination quadripodale diagonale complexe (le retrait d&rsquo;une patte avant induit une extension de la patte arri\u00e8re diagonale). Chez l&rsquo;\u00eatre humain, la lib\u00e9ration des membres sup\u00e9rieurs a focalis\u00e9 le r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e sur la gestion de l&rsquo;\u00e9quilibre vertical instable, renfor\u00e7ant consid\u00e9rablement le contr\u00f4le supra-spinal inhibiteur sur ces r\u00e9seaux spinaux afin de pr\u00e9venir les contractions brusques non d\u00e9sir\u00e9es lors de la station \u00e9rig\u00e9e.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son statut classique en neurophysiologie, le concept de r\u00e9flexe crois\u00e9 a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et comporte des limites diagnostiques et m\u00e9thodologiques qu&rsquo;il convient de souligner :<\/p>\n<p>La critique majeure, formul\u00e9e principalement par les tenants de la <strong>th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques<\/strong> et de la psychologie \u00e9cologique (telle que d\u00e9velopp\u00e9e par James J. Gibson et Esther Thelen), conteste la vision d&rsquo;un \u00ab r\u00e9flexe \u00bb con\u00e7u comme un programme rigide c\u00e2bl\u00e9 une fois pour toutes dans la moelle \u00e9pini\u00e8re. Ces chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus identique peut s&rsquo;inverser totalement en fonction de la phase exacte du cycle moteur dans laquelle se trouve le sujet. Lors de la marche, si la stimulation cutan\u00e9e survient au moment o\u00f9 le membre oppos\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 en l&rsquo;air, le syst\u00e8me nerveux n&rsquo;active pas une extension impossible qui provoquerait une catastrophe m\u00e9canique ; il commute instantan\u00e9ment le r\u00e9flexe vers une autre synergie posturale. D\u00e8s lors, r\u00e9duire le contr\u00f4le moteur \u00e0 une simple collection de r\u00e9flexes c\u00e2bl\u00e9s appara\u00eet aujourd&rsquo;hui comme une simplification r\u00e9ductionniste obsol\u00e8te.<\/p>\n<p>Une controverse clinique persistante concerne la signification pathologique exacte du r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9. Si une r\u00e9ponse franchement asym\u00e9trique ou extr\u00eamement vive est indiscutablement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 un syndrome pyramidal, une l\u00e9g\u00e8re tendance \u00e0 l&rsquo;adduction crois\u00e9e peut \u00eatre retrouv\u00e9e chez un pourcentage non n\u00e9gligeable de sujets jeunes sains, particuli\u00e8rement lors d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 majeure ou d&rsquo;hyper\u00e9motivit\u00e9 accompagn\u00e9s d&rsquo;un tonus sympathique \u00e9lev\u00e9. L&rsquo;interpr\u00e9tation isol\u00e9e de ce signe, sans confrontation au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Signe_de_Babinski\">signe de Babinski<\/a> ou \u00e0 une spasticit\u00e9 objective, expose \u00e0 des faux positifs diagnostiques pr\u00e9judiciables.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan exp\u00e9rimental, la difficult\u00e9 d&rsquo;isoler l&rsquo;activit\u00e9 purement m\u00e9dullaire chez l&rsquo;\u00eatre humain conscient constitue une limite m\u00e9thodologique constante. Les interactions permanentes entre les r\u00e9trocontr\u00f4les transcorticaux rapides, les r\u00e9ponses posturales automatiques du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les circuits spinaux rendent souvent floue la fronti\u00e8re exacte entre ce qui rel\u00e8ve du r\u00e9flexe segmentaire crois\u00e9 et ce qui appartient \u00e0 une r\u00e9action posturale \u00e9labor\u00e9e de boucle longue.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour une parfaite rigueur acad\u00e9mique, il est essentiel de distinguer le r\u00e9flexe crois\u00e9 de plusieurs autres concepts neurophysiologiques et psychomoteurs voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9flexe de flexion (ou de retrait) :<\/strong> R\u00e9action unilat\u00e9rale ipsilat\u00e9rale provoquant l&rsquo;\u00e9loignement d&rsquo;un membre du stimulus aversif. Il constitue la premi\u00e8re moiti\u00e9 du r\u00e9flexe d&rsquo;extension crois\u00e9e mais reste strictement confin\u00e9 au membre stimul\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Innervation r\u00e9ciproque :<\/strong> Principe synaptique th\u00e9oris\u00e9 par Sherrington selon lequel l&rsquo;activation d&rsquo;un groupe musculaire s&rsquo;accompagne de l&rsquo;inhibition simultan\u00e9e de ses muscles antagonistes au sein de la m\u00eame articulation. Le r\u00e9flexe crois\u00e9 \u00e9tend ce principe au membre oppos\u00e9 sous une forme invers\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9flexe myotatique monosynaptique :<\/strong> R\u00e9flexe intrins\u00e8que d&rsquo;\u00e9tirement provoquant la contraction imm\u00e9diate du muscle \u00e9tir\u00e9 (arc \u00e0 deux neurones et une seule synapse). Le r\u00e9flexe crois\u00e9 est, \u00e0 l&rsquo;inverse, n\u00e9cessairement polysynaptique, bilat\u00e9ral et met en jeu des r\u00e9cepteurs cutan\u00e9s ou proprioceptifs h\u00e9t\u00e9ronymes.<\/li>\n<li><strong>G\u00e9n\u00e9rateur central de rythme (CPG) :<\/strong> R\u00e9seau neuronal autonome capable d&rsquo;engendrer des patrons moteurs rythmiques cycliques (comme la nage, la respiration ou la marche). Le r\u00e9flexe crois\u00e9 utilise en partie les m\u00eames interneurones commissuraux que le CPG locomoteur mais op\u00e8re typiquement en tant que r\u00e9ponse discr\u00e8te \u00e0 un stimulus \u00e9v\u00e9nementiel.<\/li>\n<li><strong>Syncin\u00e9sie :<\/strong> Mouvement involontaire se produisant dans un territoire musculaire lors de l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement volontaire ou r\u00e9flexe dans un autre territoire (par exemple la syncin\u00e9sie d&rsquo;imitation chez l&rsquo;h\u00e9mipl\u00e9gique). Bien qu&rsquo;elle t\u00e9moigne \u00e9galement d&rsquo;un d\u00e9faut de s\u00e9lectivit\u00e9 motrice supraspinale, la syncin\u00e9sie rel\u00e8ve de m\u00e9canismes corticaux ou r\u00e9ticulo-spinaux beaucoup plus larges que l&rsquo;arc r\u00e9flexe spinal du r\u00e9flexe crois\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, le <strong>r\u00e9flexe crois\u00e9<\/strong> constitue un chef-d&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;ing\u00e9nierie biologique de la moelle \u00e9pini\u00e8re, illustrant l&rsquo;int\u00e9gration spatiale et fonctionnelle du syst\u00e8me nerveux moteur :<\/p>\n<ul>\n<li>Il se d\u00e9finit comme une r\u00e9ponse sensorimotrice bilat\u00e9rale et polysynaptique o\u00f9 la stimulation unilat\u00e9rale d&rsquo;un membre d\u00e9clenche une r\u00e9ponse musculaire antagoniste au niveau du membre oppos\u00e9 (typiquement retrait fl\u00e9chisseur ipsilat\u00e9ral et extension de soutien controlat\u00e9rale).<\/li>\n<li>Son substrat neuro-anatomique repose sur les interneurones commissuraux de la substance grise m\u00e9dullaire franchissant la ligne m\u00e9diane par la commissure blanche ant\u00e9rieure, reliant la corne dorsale d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 aux cornes ventrales bilat\u00e9rales.<\/li>\n<li>Formul\u00e9 th\u00e9oriquement par Sherrington et Graham Brown, son m\u00e9canisme g\u00e9n\u00e9tique intime a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crypt\u00e9 par l&rsquo;identification des interneurones V0 et des circuits rythmog\u00e8nes de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/li>\n<li>Sur le plan clinique, sa recherche renseigne sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des faisceaux pyramidaux et cortico-spinaux ; sa lib\u00e9ration pathologique (notamment sous la forme du r\u00e9flexe adducteur crois\u00e9) d\u00e9nonce une souffrance du motoneurone central.<\/li>\n<li>En neuror\u00e9habilitation et ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale, les circuits du r\u00e9flexe crois\u00e9 forment le socle fondamental sur lequel reposent l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la marche, la stimulation \u00e9pidurale fonctionnelle et les technologies d&rsquo;assistance locomotrice chez les personnes en situation de handicap moteur.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brown, T. G. (1911). The intrinsic factors in the act of progression in the mammal. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B, Containing Papers of a Biological Character<\/em>, 84(572), 308\u2013319. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1911.0077\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1911.0077<\/a><\/li>\n<li>Courtine, G., Song, B., Roy, R. R., Zhong, H., Herrmann, J. E., Ao, Y., Qi, J., Edgerton, V. R., &amp; Sofroniew, M. V. (2008). Recovery of supraspinal control of stepping via indirect propriospinal relay connections after severe spinal cord injury. <em>Nature Medicine<\/em>, 14(1), 69\u201374. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nm1682\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nm1682<\/a><\/li>\n<li>Goulding, M. (2009). Circuits controlling vertebrate locomotion: Moving in a new direction. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 10(7), 507\u2013518. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2608\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2608<\/a><\/li>\n<li>Kiehn, O. (2016). Decoding the organization of spinal circuits that control locomotion. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 17(4), 224\u2013238. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn.2016.9\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn.2016.9<\/a><\/li>\n<li>Sherrington, C. S. (1906). <em>The integrative action of the nervous system<\/em>. Yale University Press. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/cu31924003554238\">https:\/\/archive.org\/details\/cu31924003554238<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9flexe crois\u00e9 est un r\u00e9flexe spinal polysynaptique essentiel o\u00f9 la stimulation d&rsquo;un membre d\u00e9clenche une r\u00e9action antagoniste coordonn\u00e9e du membre oppos\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,7005,31948],"tags":[6507,43028,43029,33036,43027,38984,30995],"class_list":["post-25596","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neurophysiologie","category-psychomotricite","tag-coordination-motrice","tag-extension-croisee","tag-interneurones-commissuraux","tag-moelle-epiniere","tag-reflexe-croise","tag-sherrington","tag-systeme-nerveux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25596\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}