{"id":25574,"date":"2026-11-08T08:44:10","date_gmt":"2026-11-08T08:44:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adaptation-transnasale"},"modified":"2026-11-08T08:44:10","modified_gmt":"2026-11-08T08:44:10","slug":"adaptation-transnasale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adaptation-transnasale","title":{"rendered":"Adaptation transnasale : M\u00e9canismes olfactifs"},"content":{"rendered":"<p>La perception sensorielle humaine rec\u00e8le des dynamiques subtiles o\u00f9 les organes pairs r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;architecture cach\u00e9e du syst\u00e8me nerveux central. L&rsquo;adaptation transnasale, ph\u00e9nom\u00e8ne psychophysique par lequel l&rsquo;exposition prolong\u00e9e d&rsquo;une seule narine \u00e0 une odeur r\u00e9duit la sensibilit\u00e9 de la narine oppos\u00e9e non stimul\u00e9e, offre une fen\u00eatre exceptionnelle sur le traitement interh\u00e9misph\u00e9rique. Ce processus d\u00e9montre avec \u00e9clat que la fatigue olfactive ne constitue pas un simple \u00e9puisement r\u00e9cepteur local, mais une r\u00e9gulation neurale hautement coordonn\u00e9e au sein des structures c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<h2>Adaptation transnasale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;adaptation transnasale d\u00e9signe la diminution de la sensibilit\u00e9 olfactive observ\u00e9e dans une narine (dite narine t\u00e9moin ou narine controlat\u00e9rale) apr\u00e8s une stimulation prolong\u00e9e ou r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de l&rsquo;autre narine (narine adaptatrice ou ipsilat\u00e9rale) par une substance odorante donn\u00e9e. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne psychophysique met en \u00e9vidence le transfert interh\u00e9misph\u00e9rique de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;adaptation au sein du syst\u00e8me olfactif.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, alors que l&rsquo;adaptation ipsilat\u00e9rale directe s&rsquo;explique en partie par la d\u00e9sensibilisation des r\u00e9cepteurs situ\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium olfactif p\u00e9riph\u00e9rique, l&rsquo;adaptation transnasale (ou adaptation crois\u00e9e unilat\u00e9rale) implique obligatoirement des circuits synaptiques centraux. Puisque chaque cavit\u00e9 nasale projette initialement ses axones sensoriels vers son propre bulbe olfactif homolat\u00e9ral sans d\u00e9cussation primaire, la transmission du d\u00e9clin perceptif vers la cavit\u00e9 controlat\u00e9rale n\u00e9cessite l&rsquo;intervention de connexions commissurales t\u00e9lenc\u00e9phaliques.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie sensorielle et des neurosciences cognitives, ce processus constitue une preuve empirique fondamentale permettant de dissocier les composantes p\u00e9riph\u00e9riques (fatigue des r\u00e9cepteurs membranaires, m\u00e9canismes enzymatiques) des composantes centrales (inhibition corticale, habituation synaptique, contr\u00f4le r\u00e9troactif bulbocortical) dans l&rsquo;att\u00e9nuation de la perception des odeurs.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab adaptation transnasale \u00bb est construite \u00e0 partir de racines latines profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans le vocabulaire m\u00e9dical et psychologique. Le mot \u00ab adaptation \u00bb d\u00e9rive du bas-latin <em>adaptatio<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe <em>adaptare<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (vers, en direction de) et de l&rsquo;adjectif <em>aptus<\/em> (apte, ajust\u00e9, appropri\u00e9). Dans les sciences biologiques, le terme a \u00e9t\u00e9 introduit au XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9crire l&rsquo;ajustement structurel ou fonctionnel d&rsquo;un organisme ou d&rsquo;un r\u00e9cepteur sensoriel \u00e0 son milieu.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9fixe \u00ab trans- \u00bb provient directement de la pr\u00e9position latine <em>trans<\/em>, signifiant \u00ab au-del\u00e0 \u00bb, \u00ab \u00e0 travers \u00bb ou \u00ab d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre \u00bb. Il est combin\u00e9 ici avec l&rsquo;adjectif \u00ab nasal \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du substantif latin <em>nasus<\/em>, d\u00e9signant le nez. L&rsquo;ensemble de la locution signifie donc litt\u00e9ralement un processus d&rsquo;ajustement perceptif qui op\u00e8re \u00e0 travers le nez, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une chambre nasale \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone, le ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 originellement document\u00e9 sous les appellations <em>cross-nasal adaptation<\/em>, <em>contralateral olfactory adaptation<\/em> ou <em>inter-nostril adaptation transfer<\/em>. Son introduction formelle dans le corpus francophone de la psychophysique des sens s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des travaux traduits sur la chimior\u00e9ception et la rhinologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, \u00ab adaptation transnasale \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/a.dap.ta.sj\u0254\u0303 t\u0281\u0251\u0303s.na.zal\/. L&rsquo;attaque consonantique du pr\u00e9fixe conserve la sonorit\u00e9 sourde [s] (trans-nasale), bien que des \u00e9lisions phon\u00e9tiques rapides puissent parfois induire un d\u00e9voisement partiel chez certains locuteurs.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Au pluriel, il prend la marque orthographique standard : \u00ab adaptations transnasales \u00bb. L&rsquo;adjectif \u00ab transnasal \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif f\u00e9minin \u00ab adaptation \u00bb. On rencontre occasionnellement les variantes synonymiques \u00ab adaptation nasale crois\u00e9e \u00bb ou \u00ab adaptation olfactive controlat\u00e9rale \u00bb, cette derni\u00e8re \u00e9tant privil\u00e9gi\u00e9e dans les publications de neurophysiologie stricte pour souligner la lat\u00e9ralit\u00e9 anatomique.<\/p>\n<p>Le terme s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment d&rsquo;objet ou sujet dans des propositions relatives aux mesures psychophysiques de seuils de d\u00e9tection : par exemple, \u00ab l&rsquo;exp\u00e9rimentateur a quantifi\u00e9 l&rsquo;adaptation transnasale en mesurant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des seuils olfactifs de la narine gauche apr\u00e8s stimulation de la narine droite \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour comprendre en profondeur l&rsquo;adaptation transnasale, il est n\u00e9cessaire de saisir l&rsquo;organisation anatomique singuli\u00e8re du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_olfactif\">syst\u00e8me olfactif<\/a> par rapport aux autres modalit\u00e9s sensorielles. Contrairement \u00e0 la vision, \u00e0 l&rsquo;audition ou \u00e0 la somesth\u00e9sie, dont les voies aff\u00e9rentes primaires croisent massivement la ligne m\u00e9diane avant d&rsquo;atteindre le thalamus, la projection sensorielle olfactive primaire est strictement ipsilat\u00e9rale. Les neurones r\u00e9cepteurs olfactifs situ\u00e9s dans la fente olfactive sup\u00e9rieure d&rsquo;une narine envoient leurs filets non my\u00e9linis\u00e9s \u00e0 travers la lame cribl\u00e9e de l&rsquo;os ethmo\u00efde directement vers les glom\u00e9rules du bulbe olfactif situ\u00e9 du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un flux odorant continu p\u00e9n\u00e8tre dans la cavit\u00e9 nasale ipsilat\u00e9rale, il provoque une cascade de transductions biochimiques : liaison aux r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G (RCPG), synth\u00e8se d&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc), ouverture des canaux ioniques cycliques nucl\u00e9otidiques (CNG), d\u00e9polarisation membranaire, suivie d&rsquo;un r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif m\u00e9di\u00e9 par le calcium et la kinase GRK3. Ce premier palier de d\u00e9sensibilisation est strictement local et p\u00e9riph\u00e9rique. Il entra\u00eene un \u00e9puisement fonctionnel des r\u00e9cepteurs de la narine stimul\u00e9e, observable par une r\u00e9duction de l&rsquo;\u00e9lectro-olfactogramme (EOG).<\/p>\n<p>Cependant, si l&rsquo;on pr\u00e9sente imm\u00e9diatement apr\u00e8s une sonde odorante \u00e0 la narine oppos\u00e9e \u2014 rest\u00e9e isol\u00e9e de toute mol\u00e9cule odorante pendant la phase d&rsquo;induction \u2014, on observe chez le sujet une baisse significative de l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue et une augmentation de son seuil absolu de d\u00e9tection. Ce transfert d&rsquo;inhibition ne peut d\u00e9couler des r\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques de la narine non expos\u00e9e, qui demeurent intacts et pleinement r\u00e9actifs. Il t\u00e9moigne de l&rsquo;existence d&rsquo;un m\u00e9canisme central o\u00f9 l&rsquo;activit\u00e9 soutenue des voies ipsilat\u00e9rales recrute des r\u00e9seaux inter-h\u00e9misph\u00e9riques inhibiteurs.<\/p>\n<p>Les voies sous-tendant cette communication font principalement intervenir la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commissure_ant%C3%A9rieure\">commissure ant\u00e9rieure<\/a>, un faisceau substantiel de fibres nerveuses reliant les deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux. Les neurones \u00e0 axones crois\u00e9s issus du noyau olfactif ant\u00e9rieur (NOA) et du cortex piriforme envoient des collat\u00e9rales vers les structures controlat\u00e9rales, modulant l&rsquo;activit\u00e9 des cellules mitrales et des cellules \u00e0 panache par l&rsquo;interm\u00e9diaire des interneurones granulaires GABAergiques. Cette r\u00e9tro-inhibition crois\u00e9e ajuste en temps r\u00e9el le gain sensoriel global de l&rsquo;organisme, emp\u00eachant une divergence de traitement disproportionn\u00e9e entre les deux h\u00e9misph\u00e8res.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de ce ph\u00e9nom\u00e8ne est toutefois asym\u00e9trique par rapport \u00e0 l&rsquo;adaptation directe : l&rsquo;adaptation transnasale est g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;une magnitude inf\u00e9rieure (souvent de l&rsquo;ordre de 30 % \u00e0 60 % de l&rsquo;adaptation ipsilat\u00e9rale) et se dissipe plus rapidement. Cela d\u00e9montre que l&rsquo;adaptation sensorielle olfactive globale est un continuum \u00e0 deux composantes : une composante p\u00e9riph\u00e9rique puissante et persistante, et une composante centrale plus labile, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration contextuelle et cognitive des odeurs.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des interactions unilat\u00e9rales et bilat\u00e9rales en olfaction remonte aux d\u00e9buts m\u00eames de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychophysique\">psychophysique<\/a> \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Le physiologiste n\u00e9erlandais Hendrik Zwaardemaker, inventeur de l&rsquo;olfactom\u00e8tre en 1888, fut parmi les premiers \u00e0 concevoir des appareils permettant l&rsquo;administration s\u00e9par\u00e9e de flux odorants \u00e0 chaque narine. Zwaardemaker s&rsquo;\u00e9tait interrog\u00e9 sur la fa\u00e7on dont les odeurs pr\u00e9sent\u00e9es simultan\u00e9ment ou successivement aux deux narines se m\u00e9langeaient ou s&rsquo;annulaient, posant ainsi les pr\u00e9mices th\u00e9oriques de l&rsquo;adaptation crois\u00e9e et de la rivalit\u00e9 binarale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970 que l&rsquo;adaptation transnasale a fait l&rsquo;objet d&rsquo;exp\u00e9rimentations syst\u00e9matiques rigoureuses. En 1971, le psychophysicien n\u00e9erlandais E. P. K\u00f6ster publia des monographies capitales d\u00e9montrant que l&rsquo;adaptation olfactive pr\u00e9sentait une composante centrale d\u00e9montrable par la r\u00e9duction de sensibilit\u00e9 controlat\u00e9rale. K\u00f6ster mit en \u0153uvre des protocoles rigoureux contr\u00f4lant la v\u00e9locit\u00e9 du flux respiratoire et la concentration des stimuli, \u00e9liminant les biais de dilution gazeuse qui avaient entach\u00e9 les recherches ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le psychologue William S. Cain et ses coll\u00e8gues de l&rsquo;Universit\u00e9 de Yale et du Laboratoire John B. Pierce ont apport\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 des preuves quantitatives d\u00e9cisives du transfert bilat\u00e9ral de l&rsquo;adaptation. En utilisant des m\u00e9thodologies de magnitude psychophysique, Cain a \u00e9tabli que l&rsquo;exposition unilat\u00e9rale diminuait non seulement l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue du m\u00eame odorant dans la narine oppos\u00e9e, mais pouvait \u00e9galement affecter des odorants de structures chimiques diff\u00e9rentes, d\u00e9montrant ainsi le concept d&rsquo;adaptation crois\u00e9e au sens large.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne puis de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle<\/a> (IRMf) dans les d\u00e9cennies 1990 et 2000, des chercheurs tels que Sobel, Savic, et Gottfried ont pu localiser les corr\u00e9lats anatomiques pr\u00e9cis de ces transferts. L&rsquo;identification du r\u00f4le central du cortex piriforme ant\u00e9rieur et post\u00e9rieur dans le filtrage adaptatif a transform\u00e9 l&rsquo;adaptation transnasale, d&rsquo;une simple curiosit\u00e9 psychophysique de laboratoire en un biomarqueur clinique de la connectivit\u00e9 interh\u00e9misph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Trois grands cadres th\u00e9oriques permettent d&rsquo;interpr\u00e9ter les m\u00e9canismes et l&rsquo;utilit\u00e9 fonctionnelle de l&rsquo;adaptation transnasale : la th\u00e9orie du double traitement (p\u00e9riph\u00e9rique vs central), le mod\u00e8le de codage pr\u00e9dictif et l&rsquo;\u00e9cologie sensorielle de la localisation spatiale.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie du double traitement postule que la perception olfactive est optimis\u00e9e par une division fonctionnelle du travail. La p\u00e9riph\u00e9rie (l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium olfactif) a pour vocation de saturer chimiquement face aux expositions massives afin de prot\u00e9ger l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 biologique du signal et de pr\u00e9venir la toxicit\u00e9 neuronale, tandis que les circuits centraux (le noyau olfactif ant\u00e9rieur et le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_piriforme\">cortex piriforme<\/a>) g\u00e8rent l&rsquo;habituation cognitive. L&rsquo;adaptation transnasale s&rsquo;inscrit pr\u00e9cis\u00e9ment dans la fraction centrale : elle repr\u00e9sente une modification des poids synaptiques m\u00e9di\u00e9e par des r\u00e9tro-injections descendantes, assurant que le cerveau ne gaspille pas ses ressources attentionnelles sur un stimulus persistant, m\u00eame si ce stimulus change de narine d&rsquo;entr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le cadre du codage pr\u00e9dictif (<em>predictive coding<\/em>), appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;olfaction, con\u00e7oit le cerveau comme une machine bay\u00e9sienne g\u00e9n\u00e9rant continuellement des pr\u00e9dictions descendantes sur les entr\u00e9es sensorielles attendues. Lorsqu&rsquo;une odeur est introduite unilat\u00e9ralement, le cortex olfactif met \u00e0 jour son mod\u00e8le interne du monde chimique environnant. Cette mise \u00e0 jour s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;ensemble du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral olfactif unifi\u00e9 via les commissures t\u00e9lenc\u00e9phaliques. Par cons\u00e9quent, lorsque la narine controlat\u00e9rale re\u00e7oit \u00e0 son tour cette mol\u00e9cule, celle-ci correspond d\u00e9j\u00e0 au signal pr\u00e9dit par le mod\u00e8le c\u00e9r\u00e9bral ; l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction est minime, ce qui se traduit ph\u00e9nom\u00e9nologiquement par une perception d&rsquo;intensit\u00e9 affaiblie.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie \u00e9cologique de la st\u00e9r\u00e9o-olfaction propose que les deux narines agissent de concert pour localiser l&rsquo;origine des panaches odorants dans l&rsquo;espace gr\u00e2ce \u00e0 des diff\u00e9rentiels de concentration infimes (st\u00e9r\u00e9osmie). L&rsquo;adaptation transnasale r\u00e9gule l&rsquo;\u00e9talonnage bilat\u00e9ral : si une narine s&rsquo;adaptait de mani\u00e8re totalement isol\u00e9e sans recalibrage central de la seconde, tout diff\u00e9rentiel d&rsquo;intensit\u00e9 capt\u00e9 subs\u00e9quemment serait fauss\u00e9 par un biais de r\u00e9f\u00e9rence, rendant impossible la localisation pr\u00e9cise des odeurs dans l&rsquo;environnement dynamique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude approfondie de l&rsquo;adaptation transnasale n\u00e9cessite de d\u00e9composer le ph\u00e9nom\u00e8ne selon plusieurs dimensions neurobiologiques et psychophysiques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Lat\u00e9ralit\u00e9 et directionnalit\u00e9 du protocole :<\/strong> La distinction entre la narine conditionnante (ipsilat\u00e9rale, expos\u00e9e au stimulus adaptateur continu) et la narine test\u00e9e (controlat\u00e9rale, \u00e9valu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;impulsions br\u00e8ves afin de ne pas induire une adaptation locale propre).<\/li>\n<li><strong>Nature chimique et sp\u00e9cificit\u00e9 du stimulus :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Adaptation transnasale homotypique :<\/em> Le m\u00eame compos\u00e9 chimique sert d&rsquo;adaptateur unilat\u00e9ral et de sonde de test controlat\u00e9rale (par exemple, exposition unilat\u00e9rale au cin\u00e9ole suivie d&rsquo;un test controlat\u00e9ral au cin\u00e9ole).<\/li>\n<li><em>Adaptation transnasale h\u00e9t\u00e9rotypique (ou crois\u00e9e \u00e9largie) :<\/em> L&rsquo;exposition unilat\u00e9rale \u00e0 une mol\u00e9cule A entra\u00eene une baisse de sensibilit\u00e9 controlat\u00e9rale pour une mol\u00e9cule B partageant des propri\u00e9t\u00e9s st\u00e9r\u00e9ochimiques ou des notes perceptives similaires.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Participation trig\u00e9minale vs olfactive pure :<\/strong> L&rsquo;interaction entre le nerf olfactif (nerf cr\u00e2nien I) et le nerf trijumeau (nerf cr\u00e2nien V). Les substances dites \u00ab mixtes \u00bb (comme le menthol ou l&rsquo;acide ac\u00e9tique) activent les m\u00e9canor\u00e9cepteurs et nocicepteurs somatosensoriels via le trijumeau, produisant des patrons d&rsquo;adaptation transnasale distincts de ceux des odorants purs (tels que la ph\u00e9nyl\u00e9thylamine ou la vanilline).<\/li>\n<li><strong>Composante temporelle :<\/strong> Les cin\u00e9tiques de mont\u00e9e et de r\u00e9cup\u00e9ration. L&rsquo;adaptation transnasale s&rsquo;installe g\u00e9n\u00e9ralement plus lentement que la fatigue p\u00e9riph\u00e9rique, mais son d\u00e9cours temporel d&rsquo;extinction est plus rapide, refl\u00e9tant la labilit\u00e9 synaptique centrale.<\/li>\n<li><strong>Influence du cycle nasal physiologique :<\/strong> L&rsquo;alternance spontan\u00e9e de congestion et d\u00e9congestion relative des muqueuses \u00e9rectiles dans chaque fosse nasale, r\u00e9gul\u00e9e par le syst\u00e8me nerveux autonome, qui modifie le d\u00e9bit d&rsquo;air et le taux de d\u00e9position des mol\u00e9cules d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;autre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement l&rsquo;adaptation transnasale dans la vie courante et en laboratoire, consid\u00e9rons plusieurs situations caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p><strong>Exemple 1 : L&rsquo;exp\u00e9rience psychophysique en laboratoire.<\/strong> Un sujet assis dans une cabine insonoris\u00e9e et ventil\u00e9e porte une canule nasale herm\u00e9tique s\u00e9par\u00e9e. On injecte un flux continu de g\u00e9raniol (odeur de rose) exclusivement dans sa narine droite pendant cinq minutes, \u00e0 un d\u00e9bit calibr\u00e9 de deux litres par minute, tout en maintenant la narine gauche expos\u00e9e \u00e0 un flux d&rsquo;air pur et inodore filtr\u00e9 sur charbon actif. Apr\u00e8s cette phase d&rsquo;induction, on pr\u00e9sente une impulsion br\u00e8ve de g\u00e9raniol d&rsquo;une demi-seconde \u00e0 la narine gauche. Le sujet rapporte que l&rsquo;odeur para\u00eet remarquablement faible et distante, et son seuil de d\u00e9tection absolu pour la narine gauche s&rsquo;av\u00e8re quadrupl\u00e9 par rapport \u00e0 sa valeur basale \u00e9tablie avant la session, d\u00e9montrant sans \u00e9quivoque le transfert adaptatif central.<\/p>\n<p><strong>Exemple 2 : Le sommelier et l&rsquo;expertise professionnelle.<\/strong> Lors d&rsquo;une d\u00e9gustation analytique, un \u0153nologue examine un vin pr\u00e9sentant un d\u00e9faut de bouchon (trichloroanisole ou TCA). Supposons que par habitude gestuelle, l&rsquo;expert incline le verre de telle sorte que le panache de vapeur p\u00e9n\u00e8tre pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans sa narine droite. S&rsquo;il tente ensuite de v\u00e9rifier la pr\u00e9sence de notes subtiles de fruits rouges en approchant son nez sous un autre angle qui sollicite principalement la narine gauche, il constate une d\u00e9sensibilisation partielle : le TCA a non seulement satur\u00e9 sa narine droite, mais a \u00e9galement projet\u00e9 une ombre inhibitrice centrale att\u00e9nuant sa finesse gustative et olfactive controlat\u00e9rale pour des compos\u00e9s volatils apparent\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Exemple 3 : \u00c9valuation clinique diff\u00e9rentielle.<\/strong> Chez un patient se plaignant d&rsquo;anosmie unilat\u00e9rale unilat\u00e9rale post-traumatique, un clinicien utilise le test d&rsquo;adaptation transnasale pour discerner un dysfonctionnement p\u00e9riph\u00e9rique d&rsquo;une atteinte centrale. La stimulation prolong\u00e9e de la narine saine entra\u00eene-t-elle des variations de potentiels \u00e9voqu\u00e9s olfactifs enregistr\u00e9s au niveau du vertex lors du test de la narine controlat\u00e9rale ? L&rsquo;absence totale de r\u00e9ponse ou de modulation transnasale aide \u00e0 circonscrire des atteintes commissurales ou des foyers comitiaux au sein du lobe temporal m\u00e9dial.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychophysique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;adaptation transnasale requiert une instrumentation sophistiqu\u00e9e capable d&rsquo;isoler chimiquement et physiquement les deux cavit\u00e9s nasales afin de pr\u00e9venir toute contamination passive entre la narine stimul\u00e9e et la narine t\u00e9moin.<\/p>\n<p>L&rsquo;outil fondamental de cette m\u00e9trologie est l&rsquo;olfactom\u00e8tre contr\u00f4l\u00e9 par ordinateur \u00e0 canaux binaraux ind\u00e9pendants. Cet appareil permet de d\u00e9livrer des impulsions odorantes avec un temps de mont\u00e9e tr\u00e8s court (inf\u00e9rieur \u00e0 20 millisecondes), en maintenant une humidit\u00e9 relative (environ 80 %) et une temp\u00e9rature constantes (autour de 36,5 \u00b0C) pour neutraliser les interf\u00e9rences m\u00e9caniques et thermiques trig\u00e9minales. Les embouts narinaires doivent assurer une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 parfaite \u00e0 l&rsquo;aide de joints en silicone personnalis\u00e9s ou de mousses m\u00e9dicales expansives, garantissant qu&rsquo;aucune mol\u00e9cule ne traverse le septum nasal par l&rsquo;air ambiant externe.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le des mouvements respiratoires constitue un imp\u00e9ratif m\u00e9thodologique strict. La respiration oronasale classique risquant d&rsquo;induire une diffusion r\u00e9tropharyng\u00e9e de l&rsquo;odorant vers la narine t\u00e9moin via le cavum v\u00e9laire, les protocoles utilisent couramment la technique du blocage v\u00e9lo-pharyng\u00e9 (m\u00e9thode de <em>velopharyngeal closure<\/em>). Durant cette man\u0153uvre, le sujet apprend \u00e0 respirer exclusivement par la bouche tout en \u00e9levant son palais mou pour isoler le nasopharynx de l&rsquo;oropharynx, rendant tout reflux interne m\u00e9caniquement impossible.<\/p>\n<p>Les m\u00e9triques recueillies se divisent en donn\u00e9es psychophysiques subjectives et en mesures neurophysiologiques objectives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9termination des seuils de d\u00e9tection :<\/strong> Mesure des seuils au moyen d&rsquo;\u00e9chelles de dilution g\u00e9om\u00e9trique (m\u00e9thode des limites ou m\u00e9thode du choix forc\u00e9 \u00e0 trois alternatives &#8211; 3-AFC) appliqu\u00e9es \u00e0 la narine t\u00e9moin avant et apr\u00e8s induction ipsilat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Estimation de grandeur (Magnitude Estimation) :<\/strong> Attribution par le sujet de notes num\u00e9riques directes proportionnelles \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue des concentrations supra-liminaires pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la narine t\u00e9moin.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s olfactifs (OEP) :<\/strong> Enregistrement \u00e9lectroenc\u00e9phalographique (EEG) des composantes tardives n\u00e9gatives et positives (N1, P2) g\u00e9n\u00e9r\u00e9es au cortex lors de la stimulation unilat\u00e9rale, observant la modulation d&rsquo;amplitude de ces ondes \u00e0 la suite de l&rsquo;adaptation crois\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Neuro-imagerie fonctionnelle :<\/strong> Analyse de l&rsquo;att\u00e9nuation du signal BOLD (<em>Blood Oxygen Level Dependent<\/em>) en IRMf dans le cortex piriforme et le cortex orbitofrontal bilat\u00e9ral pendant les phases de repos et de relance unilat\u00e9rale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;adaptation transnasale puisse de prime abord appara\u00eetre comme un ph\u00e9nom\u00e8ne confin\u00e9 aux laboratoires de sensorim\u00e9trie, sa port\u00e9e s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 de nombreuses disciplines m\u00e9dicales, cognitives et industrielles.<\/p>\n<p>En neuropsychologie et en neurochirurgie, le ph\u00e9nom\u00e8ne constitue une m\u00e9thode non invasive pour sonder l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la commissure ant\u00e9rieure et du syst\u00e8me limbique. Chez les patients ayant subi une commissurotomie chirurgicale (par exemple pour traiter des \u00e9pilepsies r\u00e9fractaires s\u00e9v\u00e8res) ou souffrant d&rsquo;ag\u00e9n\u00e9sie du corps calleux associ\u00e9e \u00e0 des anomalies de la ligne m\u00e9diane, l&rsquo;adaptation transnasale est abolie ou profond\u00e9ment modifi\u00e9e : l&rsquo;\u00e9puisement perceptif reste strictement circonscrit \u00e0 la narine stimul\u00e9e, sans r\u00e9percussion sur la cavit\u00e9 oppos\u00e9e. Ce test psychophysique fonctionnel fournit un indice de la plasticit\u00e9 ou de la d\u00e9connexion interh\u00e9misph\u00e9rique chez le patient c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les industries des parfums, des ar\u00f4mes et des cosm\u00e9tiques, la compr\u00e9hension de l&rsquo;adaptation crois\u00e9e et transnasale guide la formulation de produits m\u00e9nagers et d&rsquo;ambiance. Les concepteurs de d\u00e9sodorisants d&rsquo;int\u00e9rieur exploitent ces principes pour concevoir des diffuseurs s\u00e9quentiels altern\u00e9s. La compr\u00e9hension des m\u00e9canismes centraux de l&rsquo;habituation \u00e9vite de saturer l&rsquo;appareil sensoriel des usagers, pr\u00e9servant ainsi la sensation de fra\u00eecheur olfactive sur de longues dur\u00e9es.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine du travail et en s\u00e9curit\u00e9 industrielle, l&rsquo;adaptation transnasale doit \u00eatre prise en compte dans la fixation des seuils d&rsquo;alerte et des protocoles d&rsquo;exposition aux substances toxiques ou incommodantes (hydrog\u00e8ne sulfur\u00e9, solvants volatils). Si un op\u00e9rateur travaille dans une atmosph\u00e8re o\u00f9 des fuites d&rsquo;odeurs surviennent de mani\u00e8re asym\u00e9trique, l&rsquo;adaptation transnasale peut insidieusement an\u00e9mier la sensibilit\u00e9 de ses deux narines, compromettant sa capacit\u00e9 de d\u00e9tection du danger m\u00eame s&rsquo;il tourne la t\u00eate ou tente de renifler une zone d&rsquo;air moins concentr\u00e9e avec son autre narine.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;arsenal des preuves exp\u00e9rimentales soutenant l&rsquo;adaptation transnasale a fait l&rsquo;objet de confirmations m\u00e9thodologiques pouss\u00e9es depuis plus de cinq d\u00e9cennies. Les travaux pionniers de William S. Cain en 1977 ont \u00e9tabli que l&rsquo;adaptation transnasale pour des compos\u00e9s purs comme le linalol ou l&rsquo;ac\u00e9tate d&rsquo;amyle engendre une \u00e9l\u00e9vation des seuils absolus contralat\u00e9raux statistiquement significative, bien que syst\u00e9matiquement inf\u00e9rieure \u00e0 celle enregistr\u00e9e sur la narine ipsilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Une \u00e9tape d\u00e9terminante a \u00e9t\u00e9 franchie avec les recherches de Pamela Dalton et de son \u00e9quipe au Monell Chemical Senses Center. Dalton a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;adaptation olfactive chez l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;est pas uniquement conditionn\u00e9e par la chimie des r\u00e9cepteurs, mais subit d&rsquo;importantes modulations cognitives. Dans leurs exp\u00e9riences sur l&rsquo;adaptation crois\u00e9e et unilat\u00e9rale, ils ont \u00e9tabli que les consignes verbales fournies aux sujets concernant la dangerosit\u00e9 pr\u00e9tendue d&rsquo;une mol\u00e9cule odorante pouvaient moduler le degr\u00e9 d&rsquo;habituation centrale, influen\u00e7ant de ce fait la vitesse et la magnitude de l&rsquo;adaptation transnasale mesur\u00e9e au niveau de la narine non expos\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences fondamentales, les \u00e9tudes d&rsquo;IRMf men\u00e9es par Poellinger et ses collaborateurs (2001) ont quantifi\u00e9 les d\u00e9cours temporels de l&rsquo;activit\u00e9 neuronale dans les aires c\u00e9r\u00e9brales primaires et secondaires. Leurs enregistrements r\u00e9v\u00e8lent que le cortex piriforme ant\u00e9rieur pr\u00e9sente une d\u00e9croissance rapide du signal h\u00e9modynamique en moins de 30 secondes d&rsquo;exposition continue, tandis que les structures secondaires telles que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_orbitofrontal\">cortex orbitofrontal<\/a> maintiennent un profil d&rsquo;activation plus stable. Cette d\u00e9sensibilisation rapide au niveau du cortex primaire est bilat\u00e9rale lors d&rsquo;une exposition unilat\u00e9rale, apportant la confirmation neuro-anatomique directe que l&rsquo;adaptation transnasale proc\u00e8de d&rsquo;une d\u00e9sactivation synchronis\u00e9e des structures corticales r\u00e9ceptrices d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que les voies synaptiques de l&rsquo;adaptation transnasale reposent sur une architecture neurobiologique universelle propre \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, son expression perceptuelle et son interpr\u00e9tation cognitive sont profond\u00e9ment m\u00e9di\u00e9es par des facteurs culturels, contextuels et exp\u00e9rientiels.<\/p>\n<p>L&rsquo;expertise sensorielle acquise dans certains milieux socioculturels fa\u00e7onne la plasticit\u00e9 des connexions centrales. Des \u00e9tudes comparatives entre parfumeurs experts form\u00e9s dans la tradition occidentale (Grasse, Paris) et des populations non expertes ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;entra\u00eenement olfactif intensif att\u00e9nue la vuln\u00e9rabilit\u00e9 subjective \u00e0 l&rsquo;adaptation. Gr\u00e2ce \u00e0 des strat\u00e9gies attentionnelles cibl\u00e9es et \u00e0 un r\u00e9pertoire s\u00e9mantique riche, les professionnels parviennent \u00e0 surmonter plus efficacement l&rsquo;inhibition transnasale descendante, maintenant une sensibilit\u00e9 analytique diff\u00e9rentielle sur la narine t\u00e9moin l\u00e0 o\u00f9 un sujet na\u00eff d\u00e9clarerait ne plus rien percevoir.<\/p>\n<p>Le statut symbolique et la familiarit\u00e9 des odeurs au sein d&rsquo;une culture donn\u00e9e modifient \u00e9galement la dynamique de l&rsquo;habituation centrale. Dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les espaces de vie sont satur\u00e9s d&rsquo;aromates sp\u00e9cifiques (encens, r\u00e9sines, \u00e9pices de cuisson), l&rsquo;exposition chronique fa\u00e7onne des patrons d&rsquo;adaptation basale h\u00e9t\u00e9rotypiques. Le cerveau d\u00e9veloppe une habituation tonique \u00e0 ces compos\u00e9s r\u00e9currents, ce qui peut amplifier ou masquer s\u00e9lectivement les effets transnasaux lorsque de nouvelles odeurs d&rsquo;une classe chimique similaire sont test\u00e9es de mani\u00e8re unilat\u00e9rale en laboratoire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;adaptation transnasale a suscit\u00e9 de vigoureux d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques au sein de la communaut\u00e9 des chimior\u00e9cepteurs, plusieurs auteurs ayant questionn\u00e9 la puret\u00e9 du transfert central observ\u00e9.<\/p>\n<p>La critique la plus tenace concerne le risque omnipr\u00e9sent d&rsquo;art\u00e9facts m\u00e9caniques li\u00e9s \u00e0 la diffusion r\u00e9tropharyng\u00e9e. Lors d&rsquo;une inhalation unilat\u00e9rale, m\u00eame l\u00e9g\u00e8re, une fraction gazeuse des mol\u00e9cules stimulantes peut th\u00e9oriquement traverser la cloison post\u00e9rieure du pharynx pour atteindre l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium de la narine oppos\u00e9e par voie r\u00e9tro-nasale. Si cette fuite se produit, la r\u00e9duction de sensibilit\u00e9 observ\u00e9e dans la narine t\u00e9moin ne traduirait qu&rsquo;une simple adaptation p\u00e9riph\u00e9rique locale induite par inadvertance, et non un transfert central noble. Bien que l&rsquo;adoption des man\u0153uvres de fermeture v\u00e9lo-pharyng\u00e9e ait largement r\u00e9solu cette objection dans les laboratoires sp\u00e9cialis\u00e9s, de nombreuses \u00e9tudes historiques non contr\u00f4l\u00e9es demeurent entach\u00e9es par ce soup\u00e7on exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans le r\u00f4le confondant de la stimulation trig\u00e9minale. Presque tous les odorants, \u00e0 concentration supra-liminaire, stimulent non seulement les fibres du nerf olfactif, mais \u00e9galement les terminaisons somatosensorielles du nerf trijumeau r\u00e9parties sur la muqueuse respiratoire. Or, le syst\u00e8me trig\u00e9minal poss\u00e8de des projections bilat\u00e9rales complexes au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral (noyau spinal du trijumeau) qui induisent de puissants r\u00e9flexes centraux d&rsquo;inhibition crois\u00e9e. Plusieurs chercheurs ont soutenu que l&rsquo;adaptation transnasale ne serait particuli\u00e8rement robuste que pour les substances dot\u00e9es d&rsquo;une composante trig\u00e9minale irritante ou tactile, son intensit\u00e9 s&rsquo;av\u00e9rant consid\u00e9rablement plus faible et variable pour des odorants olfactifs stricts.<\/p>\n<p>Enfin, le cycle nasal physiologique repr\u00e9sente une source de variabilit\u00e9 continue que les exp\u00e9rimentateurs peinent parfois \u00e0 normaliser. La r\u00e9sistance des voies a\u00e9riennes d&rsquo;une fosse nasale fluctuant naturellement de mani\u00e8re asynchrone toutes les deux \u00e0 six heures, l&rsquo;efficacit\u00e9 de d\u00e9livrance des mol\u00e9cules au cours d&rsquo;une t\u00e2che d&rsquo;adaptation unilat\u00e9rale peut d\u00e9pendre de la phase congestive dans laquelle se trouve la narine au moment exact de l&rsquo;\u00e9preuve.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion conceptuelle, il convient de distinguer soigneusement l&rsquo;adaptation transnasale d&rsquo;autres ph\u00e9nom\u00e8nes sensoriels apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adaptation ipsilat\u00e9rale (ou homolat\u00e9rale) :<\/strong> Diminution de la r\u00e9ponse perceptive dans la narine m\u00eame qui a subi la stimulation prolong\u00e9e. Elle combine la d\u00e9sensibilisation p\u00e9riph\u00e9rique r\u00e9ceptrice et l&rsquo;inhibition centrale, pr\u00e9sentant une ampleur nettement sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;adaptation transnasale.<\/li>\n<li><strong>Adaptation crois\u00e9e (<em>cross-adaptation<\/em>) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;exposition \u00e0 un odorant A diminue la sensibilit\u00e9 \u00e0 un odorant distinct B. Bien que l&rsquo;adaptation transnasale soit une forme spatiale d&rsquo;adaptation crois\u00e9e (d&rsquo;une narine \u00e0 l&rsquo;autre), le terme g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;adaptation crois\u00e9e fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la substitution chimique des mol\u00e9cules plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 leur localisation anatomique unilat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Habituation olfactive :<\/strong> Terme souvent employ\u00e9 de fa\u00e7on interchangeable avec l&rsquo;adaptation, mais r\u00e9serv\u00e9 en psychologie cognitive aux processus cognitifs descendants impliquant une diminution des r\u00e9ponses attentionnelles et comportementales \u00e0 long terme, m\u00e9di\u00e9e par des structures corticales pr\u00e9frontales et limbiques.<\/li>\n<li><strong>Rivalit\u00e9 binarale (ou dichorhinique) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne perceptif qui survient lorsque deux odeurs chimiquement distinctes et incompatibles sont pr\u00e9sent\u00e9es simultan\u00e9ment, l&rsquo;une \u00e0 la narine gauche et l&rsquo;autre \u00e0 la narine droite. Au lieu de se fusionner en un m\u00e9lange olfactif stable, les percepts alternent cycliquement dans la conscience du sujet, un m\u00e9canisme distinct de l&rsquo;adaptation temporelle cons\u00e9cutive.<\/li>\n<li><strong>St\u00e9r\u00e9osmie :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 localiser une source odorante dans l&rsquo;espace en exploitant les \u00e9carts d&rsquo;intensit\u00e9 et de latence temporelle d&rsquo;arriv\u00e9e du flux gazeux entre les deux narines, fonction qui d\u00e9pend directement de l&rsquo;\u00e9talonnage bilat\u00e9ral pr\u00e9serv\u00e9 par les m\u00e9canismes transnasaux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;adaptation transnasale illustre avec une rare \u00e9l\u00e9gance l&rsquo;intrication des processus p\u00e9riph\u00e9riques et centraux dans la construction de notre exp\u00e9rience sensorielle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne permet de synth\u00e9tiser plusieurs lois fondamentales des sciences de la perception :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine centrale :<\/strong> L&rsquo;adaptation transnasale est le transfert de la fatigue olfactive d&rsquo;une narine stimul\u00e9e vers la narine controlat\u00e9rale non expos\u00e9e, prouvant l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9gulation interh\u00e9misph\u00e9rique active.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9seaux anatomiques :<\/strong> Elle s&rsquo;appuie sur les communications de la commissure ant\u00e9rieure, du noyau olfactif ant\u00e9rieur et du cortex piriforme pour moduler bilat\u00e9ralement le gain sensoriel via des interneurones inhibiteurs GABAergiques.<\/li>\n<li><strong>Dissociation fonctionnelle :<\/strong> Elle constitue le paradigme psychophysique par excellence pour dissocier la d\u00e9sensibilisation p\u00e9riph\u00e9rique de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium nasal de l&rsquo;habituation neurale centrale.<\/li>\n<li><strong>Sp\u00e9cificit\u00e9 quantitative :<\/strong> L&rsquo;effet transnasal est syst\u00e9matiquement d&rsquo;amplitude inf\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;adaptation ipsilat\u00e9rale directe et pr\u00e9sente une cin\u00e9tique d&rsquo;estompage plus rapide.<\/li>\n<li><strong>Exigences m\u00e9thodologiques :<\/strong> Sa mesure requiert une \u00e9limination stricte des transferts passifs par fermeture v\u00e9lo-pharyng\u00e9e et une distinction minutieuse entre composantes purement olfactives et sensations trig\u00e9minales.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cain, W. S. (1977). Bilateral interaction in olfactory adaptation. <em>Sensory Processes<\/em>, 1(3), 202\u2013214.<\/li>\n<li>Dalton, P. (2000). Psychophysical and behavioral characteristics of olfactory adaptation. <em>Chemical Senses<\/em>, 25(4), 487\u2013492. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/chemse\/25.4.487\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/chemse\/25.4.487<\/a><\/li>\n<li>K\u00f6ster, E. P. (1971). <em>Adaptation and cross-adaptation in olfaction<\/em>. Bronder-Offset.<\/li>\n<li>Poellinger, A., Thomas, R., Lio, P., Lee, A., Makris, N., Rosen, B. R., &amp; Kwong, K. K. (2001). Activation and habituation in human fMRI sensory perception: Olfactory system. <em>NeuroImage<\/em>, 13(4), 547\u2013560. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1006\/nimg.2000.0713\">https:\/\/doi.org\/10.1006\/nimg.2000.0713<\/a><\/li>\n<li>Savic, I., &amp; Gulyas, B. (2000). PET shows that odors are processed both hierarchically and in parallel in the human brain. <em>Human Brain Mapping<\/em>, 11(3), 200\u2013213.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;adaptation transnasale est la baisse de sensibilit\u00e9 olfactive dans une narine apr\u00e8s l&rsquo;exposition prolong\u00e9e de l&rsquo;autre, r\u00e9v\u00e9lant les m\u00e9canismes centraux de l&rsquo;habituation.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,31000,5106],"tags":[42990,42796,42991,4757,17453,1127,32391],"class_list":["post-25574","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-perception","category-psychophysique","tag-adaptation-transnasale","tag-bulbe-olfactif","tag-cortex-piriforme","tag-neurosciences-cognitives","tag-olfaction","tag-psychophysique","tag-systeme-sensoriel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25574","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/25574\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25574"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25574"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25574"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}