{"id":25160,"date":"2026-11-07T20:16:43","date_gmt":"2026-11-07T20:16:43","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dysplasie-corticale-les-failles-du-cortex"},"modified":"2026-11-07T20:16:43","modified_gmt":"2026-11-07T20:16:43","slug":"dysplasie-corticale-les-failles-du-cortex","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dysplasie-corticale-les-failles-du-cortex","title":{"rendered":"Dysplasie corticale : Les failles du cortex"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la neurologie clinique, de la neurobiologie du d\u00e9veloppement et de la neuropsychologie, la dysplasie corticale repr\u00e9sente l\u2019une des anomalies structurelles les plus fascinantes et d\u00e9vastatrices du syst\u00e8me nerveux central. Responsable d&rsquo;une perturbation majeure de la cytoarchitecture c\u00e9r\u00e9brale, cette malformation est aujourd&rsquo;hui identifi\u00e9e comme la cause premi\u00e8re des \u00e9pilepsies pharmacor\u00e9sistantes chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte jeune, alt\u00e9rant profond\u00e9ment les fonctions cognitives et comportementales.<\/p>\n<h2>Dysplasie corticale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>dysplasie corticale<\/strong> d\u00e9signe une malformation cong\u00e9nitale du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9sorganisation de la structure laminaire du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_c%C3%A9r%C3%A9bral\">cortex c\u00e9r\u00e9bral<\/a> et la pr\u00e9sence \u00e9ventuelle de populations neuronales ou gliales morphologiquement anormales. Elle r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00e9chec ou d&rsquo;une perturbation survenant lors des \u00e9tapes embryonnaires de prolif\u00e9ration neuronale, de migration cellulaire ou de diff\u00e9renciation post-migratoire.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et psychopathologique, cette anomalie anatomique engendre un r\u00e9seau \u00e9pileptog\u00e8ne hautement excitable, \u00e0 l&rsquo;origine de crises \u00e9pileptiques s\u00e9v\u00e8res, souvent r\u00e9fractaires aux traitements m\u00e9dicamenteux conventionnels. Outre les manifestations convulsives, la pr\u00e9sence de ce tissu d\u00e9sorganis\u00e9 compromet directement l&rsquo;efficience des r\u00e9seaux neuronaux sous-jacents, entra\u00eenant des d\u00e9ficits cognitifs cibl\u00e9s, des retards d\u00e9veloppementaux globaux, des troubles attentionnels et des perturbations affectives ou comportementales.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;elle puisse th\u00e9oriquement affecter l&rsquo;ensemble du manteau cortical sous des formes diffuses, elle s&rsquo;observe le plus fr\u00e9quemment sous une forme localis\u00e9e, d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dysplasie_corticale_focale\">dysplasie corticale focale<\/a> (DCF). Sa compr\u00e9hension est devenue primordiale pour la neurochirurgie fonctionnelle et la neuropsychologie p\u00e9diatrique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab dysplasie \u00bb puise ses racines dans le grec ancien. Il se compose du pr\u00e9fixe d\u00e9pr\u00e9ciatif \u03b4\u03c5\u03c2- (<em>dys-<\/em>), traduisant une anomalie, une difficult\u00e9, une imperfection ou un d\u00e9sordre, et du substantif \u03c0\u03bb\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2 (<em>plasis<\/em>), signifiant l&rsquo;action de fa\u00e7onner, la formation ou le modelage, d\u00e9riv\u00e9 du verbe \u03c0\u03bb\u03ac\u03c3\u03c3\u03b5\u03b9\u03bd (<em>plassein<\/em>, \u00ab modeler \u00bb ou \u00ab former \u00bb). Litt\u00e9ralement, la dysplasie \u00e9voque donc une anomalie de construction ou un d\u00e9faut de conformation tissulaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab cortical \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du latin m\u00e9di\u00e9val <em>corticalis<\/em>, issu du latin classique <em>cortex, corticis<\/em>, qui d\u00e9signait originellement l&rsquo;\u00e9corce des arbres ou l&rsquo;enveloppe protectrice d&rsquo;une plante, transpos\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle en anatomie pour d\u00e9signer la substance grise p\u00e9riph\u00e9rique enveloppant les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<p>L&rsquo;association des deux termes est apparue formellement dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, particuli\u00e8rement sous la plume du neuropathologiste britannique David C. Taylor et de ses coll\u00e8gues en 1971, qui ont forg\u00e9 le concept sp\u00e9cifique de \u00ab focal cortical dysplasia \u00bb pour d\u00e9crire des anomalies focales particuli\u00e8res d\u00e9couvertes lors d&rsquo;interventions chirurgicales visant \u00e0 traiter des crises \u00e9pileptiques r\u00e9fractaires.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le syntagme nominal s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement \/dis.pla.zi k\u0254\u0281.ti.kal\/. <\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal f\u00e9minin singulier. Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement \u00ab dysplasies corticales \u00bb. L&rsquo;acronyme couramment employ\u00e9 dans le milieu clinique et neuropsychologique francophone est DCF (pour dysplasie corticale focale) ou FCD (d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;anglais <em>focal cortical dysplasia<\/em>).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage m\u00e9dical, le terme s&#8217;emploie principalement de mani\u00e8re d\u00e9nombrable lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe des l\u00e9sions identifi\u00e9es (\u00ab le patient pr\u00e9sente une volumineuse dysplasie corticale frontale \u00bb) ou de mani\u00e8re conceptuelle et g\u00e9n\u00e9rique pour qualifier le processus pathologique sous-jacent (\u00ab l&rsquo;\u00e9tiologie rel\u00e8ve d&rsquo;une dysplasie corticale \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La dysplasie corticale repr\u00e9sente un spectre l\u00e9sionnel complexe r\u00e9sultant d&rsquo;une d\u00e9viance pr\u00e9coce du neurod\u00e9veloppement. Durant l&rsquo;ontogen\u00e8se, le cortex c\u00e9r\u00e9bral humain s&rsquo;\u00e9difie selon une s\u00e9quence chronologique rigoureusement orchestr\u00e9e : les cellules prog\u00e9nitrices se divisent dans la zone ventriculaire et sous-ventriculaire, puis les jeunes neurones migrent le long des fibres gliales radiaires vers la surface de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re pour composer les six couches distinctes du n\u00e9ocortex, dans un mod\u00e8le dit d&#8217;empilement \u00ab de l&rsquo;int\u00e9rieur vers l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00bb (<em>inside-out<\/em>). Lorsque ce processus est alt\u00e9r\u00e9, les neurones ne parviennent pas \u00e0 s&rsquo;aligner correctement, perdent leur orientation spatiale ad\u00e9quate, ou conservent une morphologie immature et aberrante.<\/p>\n<p>La structure dysplasique se caract\u00e9rise ainsi par la perte du patron laminaire habituel, une mauvaise diff\u00e9renciation entre la substance blanche et la substance grise \u2014 conduisant \u00e0 une jonction cortico-sous-corticale floue \u2014, et dans les formes les plus s\u00e9v\u00e8res, l&rsquo;apparition de \u00ab cellules ballonn\u00e9es \u00bb (<em>balloon cells<\/em>) et de neurones dysmorphiques volumineux. Ces cellules pr\u00e9sentent un cytosquelette atypique, des anomalies de signalisation membranaire et des r\u00e9seaux synaptiques d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s, cr\u00e9ant un d\u00e9s\u00e9quilibre critique entre l&rsquo;inhibition gabaergique et l&rsquo;excitation glutamatergique.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les fronti\u00e8res de la dysplasie ne se limitent pas \u00e0 la l\u00e9sion visible. Le concept de \u00ab zone \u00e9pileptog\u00e8ne \u00bb s&rsquo;\u00e9tend souvent bien au-del\u00e0 de l&rsquo;anomalie structurelle perceptible \u00e0 l&rsquo;imagerie. Les d\u00e9charges \u00e9lectriques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le foyer dysplasique d\u00e9stabilisent des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 distance par un ph\u00e9nom\u00e8ne de diaschisis ou d&rsquo;\u00e9pileptogen\u00e8se secondaire. Par cons\u00e9quent, les cons\u00e9quences cognitives d&rsquo;une dysplasie focale ne traduisent pas uniquement la perte de fonction de la r\u00e9gion anatomique l\u00e9s\u00e9e, mais refl\u00e8tent \u00e9galement l&rsquo;interf\u00e9rence continue des d\u00e9charges intercritiques sur les r\u00e9seaux \u00e0 grande \u00e9chelle, tels que le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut ou le r\u00e9seau fronto-pari\u00e9tal de l&rsquo;attention.<\/p>\n<p>Il convient de distinguer la dysplasie corticale des tumeurs de bas grade du d\u00e9veloppement, comme les tumeurs neuro\u00e9pith\u00e9liales dysembryoplasiques (DNT) ou les gangliogliomes, bien que ces derni\u00e8res puissent coexister au sein d&rsquo;une m\u00eame l\u00e9sion dans ce que la Ligue internationale contre l&rsquo;\u00e9pilepsie (ILAE) qualifie de dysplasie corticale de type III. La dysplasie n&rsquo;est pas un processus n\u00e9oplasique \u00e9volutif ou prolif\u00e9ratif au sens strict ; sa l\u00e9sion anatomique de base demeure intrins\u00e8quement stable dans le temps, m\u00eame si son retentissement \u00e9lectrophysiologique et cognitif \u00e9volue de fa\u00e7on p\u00e9jorative sans intervention th\u00e9rapeutique adapt\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historiques<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte et la caract\u00e9risation de la dysplasie corticale t\u00e9moignent des avanc\u00e9es conjugu\u00e9es de la neuropathologie chirurgicale et des technologies d&rsquo;imagerie diagnostique. Avant la fin du XXe si\u00e8cle, de nombreuses \u00e9pilepsies sans l\u00e9sion \u00e9vidente \u00e9taient qualifi\u00e9es de \u00ab cryptog\u00e9niques \u00bb ou \u00ab idiopathiques \u00bb, faute de r\u00e9solution microscopique ou radiologique suffisante pour en r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Le tournant historique fondamental s&rsquo;op\u00e8re en 1971 lorsque l&rsquo;\u00e9quipe men\u00e9e par David C. Taylor \u00e0 Oxford publie une s\u00e9rie princeps de dix cas de patients op\u00e9r\u00e9s d&rsquo;une \u00e9pilepsie temporale et frontale rebelle. Taylor et ses coll\u00e8gues identifient des l\u00e9sions microscopiques distinctes compos\u00e9es de neurones monstrueux d\u00e9sorient\u00e9s et de volumineuses cellules au cytoplasme hyalin et amorphe, \u00e9voquant les anomalies cellulaires retrouv\u00e9es dans la scl\u00e9rose tub\u00e9reuse de Bourneville. Cette publication s\u00e9minale introduit le concept de dysplasie corticale focale de type Taylor.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1980 et 1990, l&rsquo;av\u00e8nement puis l&rsquo;essor fulgurant de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (IRM) transforment radicalement le statut de la pathologie. D&rsquo;une entit\u00e9 strictement anatomopathologique d\u00e9couverte <em>post-mortem<\/em> ou apr\u00e8s r\u00e9section, la dysplasie corticale devient une anomalie d\u00e9tectable <em>in vivo<\/em>, permettant de poser des indications chirurgicales cibl\u00e9es. Des pionniers de la neuroradiologie comme Guerrini, Barkovich et Palmini contribuent \u00e0 cor\u30bb\u30f3\u30b9er les anomalies visibles sur les s\u00e9quences IRM \u2014 \u00e9paississement cortical, effacement de la diff\u00e9renciation substance grise-substance blanche, hypersignal en pond\u00e9ration T2 et FLAIR \u2014 avec les constatations microscopiques.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 2000, face \u00e0 une multiplicit\u00e9 de classifications rendant difficile la comparaison des \u00e9tudes internationales, la Ligue internationale contre l&rsquo;\u00e9pilepsie (\u00ab International League Against Epilepsy \u00bb ou ILAE) mandate un groupe de travail d&rsquo;experts. En 2011, sous la coordination d&rsquo;Ingmar Bl\u00fcmcke, l&rsquo;ILAE publie une classification unifi\u00e9e consensuelle en trois sous-types majeurs. Enfin, la derni\u00e8re d\u00e9cennie a vu l&rsquo;explosion de la neurog\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire, r\u00e9v\u00e9lant le r\u00f4le fondamental des mutations somatiques en mosa\u00efque dans la voie de signalisation mTOR, unifiant ainsi la physiopathologie cellulaire et le ciblage pharmacologique moderne.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de la dysplasie corticale s&rsquo;ancre dans les mod\u00e8les contemporains de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurogen%C3%A8se\">neurogen\u00e8se<\/a> et des anomalies du guidage cellulaire. Le mod\u00e8le neurod\u00e9veloppemental classique postule que toute rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie de prolif\u00e9ration au sein des cellules gliales radiaires au cours du premier trimestre de gestation alt\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diablement l&rsquo;organisation de la plaque corticale. Si des prog\u00e9niteurs neuronaux cessent pr\u00e9matur\u00e9ment leur migration, ils s&rsquo;accumulent de mani\u00e8re ectopique dans la substance blanche ; s&rsquo;ils migrent mais ne parviennent pas \u00e0 achever leur maturation et leur r\u00e9orientation spatiale, ils forment un cortex d\u00e9sorganis\u00e9 et hyperexcitable.<\/p>\n<p>Au niveau biochimique et g\u00e9n\u00e9tique, la th\u00e9orie dominante repose sur l&rsquo;hyperactivation de la voie PI3K-AKT-mTOR (<em>mammalian Target of Rapamycin<\/em>). Cette cascade enzymatique r\u00e9gule des fonctions cellulaires fondamentales, notamment la croissance de la taille des cellules (cytom\u00e9galie), la synth\u00e8se prot\u00e9ique, l&rsquo;autophagie et la synaptogen\u00e8se. La survenue d&rsquo;une mutation somatique post-zygotique dans les g\u00e8nes codant pour les r\u00e9gulateurs de cette voie (tels que <em>MTOR<\/em>, <em>AKT3<\/em>, <em>PIK3CA<\/em>, ou les composants du complexe GATOR1 comme <em>DEPDC5<\/em>, <em>NPRL2<\/em> et <em>NPRL3<\/em>) l\u00e8ve l&rsquo;inhibition physiologique normale de mTOR. Cette cascade d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e g\u00e9n\u00e8re des neurones g\u00e9ants cytom\u00e9galiques et des cellules ballonn\u00e9es caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue \u00e9lectrophysiologique, le mod\u00e8le du r\u00e9seau \u00e9pileptog\u00e8ne d\u00e9montre que les neurones dysplasiques ne sont pas de simples cellules inertes ou isol\u00e9es. Ils conservent des connexions synaptiques aberrantes mais fonctionnelles avec le n\u00e9ocortex p\u00e9ri-l\u00e9sionnel. Les neurones dysmorphiques pr\u00e9sentent une diminution drastique de la transmission synaptique inhibitrice m\u00e9di\u00e9e par le GABA (acide gamma-aminobutyrique), qui peut m\u00eame parfois adopter un r\u00f4le d\u00e9polarisant et excitateur inhabituel en raison d&rsquo;un d\u00e9ficit de l&rsquo;extrudeur de chlore KCC2. Parall\u00e8lement, l&rsquo;expression accrue de sous-unit\u00e9s de r\u00e9cepteurs glutamatergiques AMPA et NMDA favorise une d\u00e9charge synchrone spontan\u00e9e, cr\u00e9ant un g\u00e9n\u00e9rateur intrins\u00e8que d&rsquo;oscillations de haute fr\u00e9quence (HFO, <em>High-Frequency Oscillations<\/em>) d\u00e9clenchant la crise clinique.<\/p>\n<p>Enfin, sur le versant neuropsychologique, le concept th\u00e9orique de r\u00e9organisation plastique pathologique postule que la pr\u00e9sence pr\u00e9coce d&rsquo;une dysplasie corticale entra\u00eene une relocalisation atypique des r\u00e9seaux fonctionnels. Si le cortex dysplasique touche une zone \u00e9loquente (motrice ou langagi\u00e8re), le cerveau en d\u00e9veloppement tente de d\u00e9placer ces r\u00e9seaux vers le cortex p\u00e9ri-dysplasique ou vers l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re controlat\u00e9ral. N\u00e9anmoins, cette plasticit\u00e9 compensatoire s&rsquo;av\u00e8re souvent imparfaite, laissant persister des co\u00fbts cognitifs significatifs dans la rapidit\u00e9 de traitement de l&rsquo;information et la flexibilit\u00e9 ex\u00e9cutive.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La classification \u00e9tablie par l&rsquo;ILAE sous la direction de Bl\u00fcmcke et mise \u00e0 jour par les consensus neuropathologiques contemporains d\u00e9compose la dysplasie corticale focale en trois grands types histopathologiques, chacun divis\u00e9 en sous-cat\u00e9gories pr\u00e9cises :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dysplasie corticale focale de Type I :<\/strong> Elle se caract\u00e9rise principalement par une d\u00e9sorganisation de l&rsquo;architecture laminaire sans alt\u00e9ration morphologique majeure des cellules individuelles.\n<ul>\n<li><em>Type Ia :<\/em> Alt\u00e9ration de la stratification corticale avec persistance anormale d&rsquo;une microcolonisation verticale (organisation radiaire anormale).<\/li>\n<li><em>Type Ib :<\/em> D\u00e9sorganisation de la lamination horizontale \u00e0 six couches, conduisant \u00e0 une d\u00e9stratification laminaire diffuse.<\/li>\n<li><em>Type Ic :<\/em> Association combin\u00e9e d&rsquo;anomalies \u00e0 la fois radiaires et laminaires horizontales.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dysplasie corticale focale de Type II (forme dite de Taylor) :<\/strong> Elle associe une d\u00e9sorganisation architecturale s\u00e9v\u00e8re \u00e0 des atypies cytologiques majeures.\n<ul>\n<li><em>Type IIa :<\/em> Pr\u00e9sence de neurones dysmorphiques cytom\u00e9galiques pr\u00e9sentant une accumulation anormale de neurofilaments phosphoryl\u00e9s, mais en l&rsquo;absence de cellules ballonn\u00e9es.<\/li>\n<li><em>Type IIb :<\/em> Pr\u00e9sence conjointe de neurones dysmorphiques et de cellules ballonn\u00e9es (<em>balloon cells<\/em>), volumineuses cellules binucl\u00e9\u00e9es ou multinucl\u00e9\u00e9es \u00e0 cytoplasme opalescent exprimant \u00e0 la fois des marqueurs neuronaux et gliaux.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dysplasie corticale focale de Type III :<\/strong> D\u00e9signe une d\u00e9sorganisation laminaire li\u00e9e \u00e0 ou jouxtant une l\u00e9sion principale diff\u00e9rente survenue t\u00f4t au cours de la vie.\n<ul>\n<li><em>Type IIIa :<\/em> D\u00e9sorganisation corticale associ\u00e9e \u00e0 une scl\u00e9rose de la corne d&rsquo;Ammon (hippocampe).<\/li>\n<li><em>Type IIIb :<\/em> Dysplasie associ\u00e9e \u00e0 une tumeur gliale ou glioneuronale de bas grade (ex. DNT, gangliogliome).<\/li>\n<li><em>Type IIIc :<\/em> Dysplasie bordant une malformation vasculaire c\u00e9r\u00e9brale (ex. cavernome, angiome art\u00e9rioveineux).<\/li>\n<li><em>Type IIId :<\/em> Anomalie d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;une cicatrice isch\u00e9mique, traumatique ou infectieuse acquise en p\u00e9riode p\u00e9rinatale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de la dysplasie corticale, deux vignettes arch\u00e9typales permettent de distinguer ses formes d&rsquo;expression :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Dysplasie frontale focale et troubles ex\u00e9cutifs s\u00e9v\u00e8res chez l&rsquo;enfant.<\/strong><br \/>Julien, un gar\u00e7on de 7 ans, d\u00e9veloppe d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 3 ans des crises \u00e9pileptiques nocturnes br\u00e8ves, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, faites de mouvements p\u00e9dalants violents et de postures asym\u00e9triques, \u00e9voquant initialement des terreurs nocturnes. Malgr\u00e9 trois lignes d&rsquo;anti\u00e9pileptiques successives, les crises surviennent plusieurs fois par nuit. En parall\u00e8le, l&rsquo;\u00e9cole rapporte une agitation motrice majeure, une impulsivit\u00e9 invalidante et une incapacit\u00e9 \u00e0 fixer son attention, conduisant \u00e0 suspecter \u00e0 tort un simple trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH). L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 haute r\u00e9solution avec protocole d\u00e9di\u00e9 r\u00e9v\u00e8le une dysplasie corticale focale de type IIb au fond du sillon frontal sup\u00e9rieur droit (\u00ab sign of the bottom of the sulcus \u00bb). L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique confirme une l\u00e9sion touchant les r\u00e9seaux fronto-striataux, engendrant un d\u00e9ficit s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;inhibition motrice et une baisse de la m\u00e9moire de travail. Une ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale guid\u00e9e par st\u00e9r\u00e9o-\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (SEEG) permet la disparition compl\u00e8te des crises, entra\u00eenant une r\u00e9cup\u00e9ration spectaculaire de l&rsquo;attention et un apaisement comportemental.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Dysplasie temporale n\u00e9ocorticale et alt\u00e9ration mn\u00e9sique chez l&rsquo;adulte jeune.<\/strong><br \/>Claire, 24 ans, \u00e9tudiante en droit, d\u00e9crit depuis son adolescence des \u00e9pisodes de d\u00e9j\u00e0-vu prolong\u00e9s, suivis d&rsquo;un arr\u00eat de parole et de m\u00e2chonnements involontaires. Initialement banalis\u00e9es comme des r\u00e9actions d&rsquo;angoisse par son m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, ces manifestations correspondent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des crises focales avec alt\u00e9ration de la conscience li\u00e9es \u00e0 une dysplasie corticale de type Ib localis\u00e9e dans le gyrus temporal sup\u00e9rieur gauche. L&rsquo;\u00e9tude neuropsychologique d\u00e9montre un d\u00e9clin progressif de l&#8217;empan mn\u00e9sique verbal et des difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s lexical (manque du mot). Ce cas illustre comment une dysplasie focale, m\u00eame d&rsquo;\u00e9tendue modeste et histologiquement mod\u00e9r\u00e9e, peut perturber l&rsquo;apprentissage universitaire sup\u00e9rieur et alt\u00e9rer les syst\u00e8mes de m\u00e9moire d\u00e9clarative.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection d&rsquo;une dysplasie corticale exige une strat\u00e9gie diagnostique multimodale hautement sp\u00e9cialis\u00e9e, men\u00e9e au sein de centres de r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89pilepsie\"> \u00e9pilepsie<\/a>. Les proc\u00e9dures s&rsquo;articulent autour de piliers compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>Imagerie par R\u00e9sonance Magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale<\/strong> constitue l&rsquo;examen cl\u00e9. Elle requiert des appareils de haut champ magn\u00e9tique (3 Tesla au minimum, d\u00e9sormais compl\u00e9t\u00e9s par le 7 Tesla) et des protocoles harmonis\u00e9s (s\u00e9quences volumiques T1 3D isotropiques de haute r\u00e9solution, s\u00e9quences T2 et FLAIR multiplanaires). Les radiologues recherchent des marqueurs subtils : \u00e9paississement focal du ruban n\u00e9ocortical, flou de l&rsquo;interface substance blanche-substance grise, anomalies d&rsquo;intensit\u00e9 sous-corticales et le c\u00e9l\u00e8bre signe de la \u00ab queue de com\u00e8te \u00bb (<em>transmantle sign<\/em>), une bande d&rsquo;hypersignal T2 s&rsquo;\u00e9tendant du cortex d\u00e9sorganis\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la paroi du ventricule lat\u00e9ral, pathognomonique de la DCF de type IIb.<\/p>\n<p>Le <strong>bilan \u00e9lectrophysiologique<\/strong> associe l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie vid\u00e9o continue de longue dur\u00e9e, visant \u00e0 enregistrer les anomalies \u00e9lectriques intercritiques (pointes, pointes-ondes r\u00e9p\u00e9titives) et \u00e0 capturer le d\u00e9but \u00e9lectroclinique des crises. Dans les situations o\u00f9 l&rsquo;IRM reste \u00e9quivoque ou normale (formes dites \u00ab IRM-n\u00e9gatives \u00bb, fr\u00e9quentes dans le type I), le recours \u00e0 la st\u00e9r\u00e9o-\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (SEEG) est indispensable. Des \u00e9lectrodes intracr\u00e2niennes multi-contacts sont implant\u00e9es par robotique directement dans la zone suspecte pour d\u00e9limiter au millim\u00e8tre pr\u00e8s le volume dysplasique \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>imagerie fonctionnelle et m\u00e9tabolique<\/strong> apporte une valeur de confirmation d\u00e9cisive. La tomographie par \u00e9mission de positons au fluorod\u00e9soxyglucose (TEP-FDG) r\u00e9v\u00e8le classiquement un hypom\u00e9tabolisme c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9gional en p\u00e9riode intercritique, tandis que la scintigraphie c\u00e9r\u00e9brale (SPECT ictal\/interictal) d\u00e9montre une hyperperfusion brutale lors de l&rsquo;initiation de la crise.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9valuation neuropsychologique compl\u00e8te<\/strong> explore l&rsquo;impact de la dysplasie sur le fonctionnement cognitif global et sp\u00e9cifique. Elle administre des \u00e9chelles de quotient intellectuel (WISC-V chez l&rsquo;enfant, WAIS-IV chez l&rsquo;adulte), associ\u00e9es \u00e0 des tests standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficience mn\u00e9sique, de l&rsquo;attention soutenue et divis\u00e9e, des fonctions praxiques et gnosiques, du d\u00e9bit verbal, et des fonctions ex\u00e9cutives de haut niveau (test de classement de cartes de Wisconsin, tour de Londres, test de Stroop).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de la dysplasie corticale pr\u00e9sente un retentissement consid\u00e9rable dans la pratique m\u00e9dicale, p\u00e9diatrique et neuropsychologique :<\/p>\n<p>En <strong>neurochirurgie de l&rsquo;\u00e9pilepsie<\/strong>, l&rsquo;identification pr\u00e9cise de la dysplasie transforme le pronostic vital et fonctionnel des patients. Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues pass\u00e9es qui consid\u00e9raient les malformations c\u00e9r\u00e9brales cong\u00e9nitales comme incurables, l&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale compl\u00e8te de la l\u00e9sion (cortectomie ou l\u00e9sionectomie) permet d&rsquo;obtenir un sevrage complet des crises chez pr\u00e8s de 70 \u00e0 80 % des individus pr\u00e9sentant une dysplasie focale de type II. Chez les tr\u00e8s jeunes enfants, une chirurgie pr\u00e9coce stoppe l&rsquo;\u00e9volution vers une enc\u00e9phalopathie \u00e9pileptique d\u00e9vastatrice et pr\u00e9serve le capital neurod\u00e9veloppemental futur.<\/p>\n<p>Sur le plan des <strong>th\u00e9rapies cibl\u00e9es pharmacologiques<\/strong>, la d\u00e9couverte des mutations somatiques li\u00e9es \u00e0 la voie mTOR ouvre la voie \u00e0 la pharmacologie de pr\u00e9cision. L&rsquo;utilisation d&rsquo;inhibiteurs sp\u00e9cifiques de mTOR, tels que l&rsquo;\u00e9v\u00e9rolimus, d\u00e9j\u00e0 valid\u00e9 dans la scl\u00e9rose tub\u00e9reuse, offre des perspectives prometteuses pour contr\u00f4ler l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 neuronale lorsque la l\u00e9sion est situ\u00e9e dans des zones hautement \u00e9loquentes non r\u00e9s\u00e9cables (cortex moteur primaire ou aires du langage).<\/p>\n<p>Dans le <strong>secteur \u00e9ducatif et neuropsychologique<\/strong>, la reconnaissance d&rsquo;une dysplasie corticale \u00e9vite les jugements erron\u00e9s assimilant les difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage \u00e0 un manque de volont\u00e9 ou \u00e0 un d\u00e9ficit \u00e9ducatif. La prise en charge implique des projets p\u00e9dagogiques individualis\u00e9s (PAI ou PPS en France), la r\u00e9\u00e9ducation orthophonique cibl\u00e9e des fonctions langagi\u00e8res, l&rsquo;ergoth\u00e9rapie pour pallier les dyspraxies associ\u00e9es, et un soutien psycho-\u00e9motionnel pour faire face aux angoisses li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 des crises.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La derni\u00e8re d\u00e9cennie a vu un renouvellement profond des paradigmes scientifiques entourant la dysplasie corticale, port\u00e9 par les avanc\u00e9es de la g\u00e9nomique des tissus c\u00e9r\u00e9braux humains.<\/p>\n<p>Les travaux novateurs de chercheurs tels que St\u00e9phanie Baulac \u00e0 l&rsquo;Institut du Cerveau (ICM, Paris) et Jeong Ho Lee au KAIST ont mis en lumi\u00e8re le ph\u00e9nom\u00e8ne de <strong>mosa\u00efcisme somatique c\u00e9r\u00e9bral<\/strong>. Le s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 tr\u00e8s haute profondeur de tissus c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9s\u00e9qu\u00e9s lors de chirurgies a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que des mutations somatiques dans les g\u00e8nes <em>MTOR<\/em>, <em>DEPDC5<\/em>, <em>NPRL2<\/em> ou <em>NPRL3<\/em> ne sont pr\u00e9sentes que dans une infime fraction des cellules du tissu l\u00e9s\u00e9 (souvent entre 1 % et 5 % des cellules c\u00e9r\u00e9brales r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es) et totalement ind\u00e9tectables dans l&rsquo;ADN sanguin circulant. Ces r\u00e9sultats r\u00e9volutionnaires confirment que des mutations embryonnaires localis\u00e9es survenant \u00e0 des stades d\u00e9veloppementaux pr\u00e9cis suffisent \u00e0 transformer la connectivit\u00e9 de r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux entiers.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;imagerie assist\u00e9e par ordinateur, le d\u00e9veloppement d&rsquo;algorithmes d&rsquo;<strong>intelligence artificielle et d&rsquo;apprentissage profond<\/strong> (<em>deep learning<\/em>) transforme le taux de d\u00e9tection des l\u00e9sions subtiles. Les logiciels d&rsquo;analyse morphom\u00e9trique tridimensionnelle permettent de rep\u00e9rer automatiquement des \u00e9paississements corticaux ou des courbures de sillons imperceptibles \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu, transformant ainsi le statut des dysplasies auparavant d\u00e9clar\u00e9es \u00ab cryptog\u00e9niques \u00bb en cibles op\u00e9rables avec un taux de succ\u00e8s \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, les \u00e9tudes neuropsychologiques longitudinales d\u00e9montrent de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e l&rsquo;effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re cumulatif de la dur\u00e9e de l&rsquo;\u00e9pilepsie active. Les donn\u00e9es publi\u00e9es par Hermann, Helmstaedter et leurs collaborateurs prouvent que plus l&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique r\u00e9solutive est tardive, plus les r\u00e9seaux cognitifs extra-l\u00e9sionnels subissent des d\u00e9gradations irr\u00e9versibles, d\u00e9fendant avec force le recours \u00e0 des d\u00e9cisions chirurgicales pr\u00e9coces.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La r\u00e9ception et la prise en charge d&rsquo;un patient pr\u00e9sentant une dysplasie corticale varient consid\u00e9rablement d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;autre du monde, refl\u00e9tant des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques, techniques et culturelles.<\/p>\n<p>Dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 occidentaux \u00e0 haute densit\u00e9 technologique, l&rsquo;acc\u00e8s rapide aux IRM de haute r\u00e9solution permet un rep\u00e9rage p\u00e9diatrique pr\u00e9coce, d\u00e9culpabilisant les familles en mat\u00e9rialisant l&rsquo;origine organique des troubles d&rsquo;apprentissage et des crises convulsives. La d\u00e9monstration d&rsquo;une cause neuroanatomique concr\u00e8te facilite l&rsquo;acceptation de protocoles th\u00e9rapeutiques invasifs par les parents et aide l&rsquo;\u00e9quipe p\u00e9dagogique \u00e0 mettre en place des am\u00e9nagements sans stigmatiser l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les pays \u00e0 ressources m\u00e9dicales limit\u00e9es, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la neuroradiologie sp\u00e9cialis\u00e9e fait tragiquement d\u00e9faut. Les dysplasies corticales focales y demeurent fr\u00e9quemment sous-diagnostiqu\u00e9es. Les crises nocturnes de type hypermoteur g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les dysplasies frontales sont alors r\u00e9guli\u00e8rement interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers des prismes mystiques, paranormaux ou psychiatriques, conduisant \u00e0 une stigmatisation sociale intense, \u00e0 l&rsquo;exclusion scolaire et \u00e0 l&rsquo;errance th\u00e9rapeutique aupr\u00e8s de gu\u00e9risseurs traditionnels sans administration d&rsquo;anti\u00e9pileptiques adapt\u00e9s.<\/p>\n<p>M\u00eame dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, le dilemme bio\u00e9thique li\u00e9 \u00e0 la chirurgie en zone \u00e9loquente suscite des r\u00e9flexions complexes au sein des familles. La mise en balance d&rsquo;un risque de l\u00e9ger d\u00e9ficit moteur ou langagier post-op\u00e9ratoire contre l&rsquo;assurance d&rsquo;arr\u00eater des crises d\u00e9vastatrices pour le d\u00e9veloppement cognitif global n\u00e9cessite une d\u00e9marche \u00e9thique rigoureuse et un accompagnement psychologique soutenu de la d\u00e9cision partag\u00e9e.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 des avanc\u00e9es spectaculaires, la nosologie et la gestion de la dysplasie corticale continuent de susciter d&rsquo;\u00e2pres controverses scientifiques :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la reproductibilit\u00e9 de la classification histologique ILAE de 2011. Si la distinction du type II (avec neurones dysmorphiques et cellules ballonn\u00e9es) fait l&rsquo;objet d&rsquo;un tr\u00e8s fort consensus inter-observateur, le diagnostic de dysplasie de type I (Ia, Ib) demeure l&rsquo;objet de contestations r\u00e9currentes. Plusieurs neuropathologistes soulignent la fronti\u00e8re floue entre des variations constitutionnelles mineures de l&rsquo;organisation corticale humaine saine et une r\u00e9elle l\u00e9sion dysplasique de type I. Le risque de surdiagnostic anatomopathologique chez des patients op\u00e9r\u00e9s sans l\u00e9sion visible \u00e0 l&rsquo;IRM demeure un sujet r\u00e9guli\u00e8rement point\u00e9 dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me point de friction repose sur l&rsquo;\u00e9tendue exacte de la r\u00e9section chirurgicale. Deux \u00e9coles continuent de d\u00e9battre : les partisans d&rsquo;une r\u00e9section purement l\u00e9sionnelle (limit\u00e9e \u00e0 la morphologie alt\u00e9r\u00e9e observ\u00e9e en IRM) s&rsquo;opposent \u00e0 ceux d&rsquo;une r\u00e9section \u00e9lectrophysiologique \u00e9tendue (englobant toute la zone g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;ondes de haute fr\u00e9quence en SEEG). Une ex\u00e9r\u00e8se trop conservatrice expose au risque d&rsquo;\u00e9chec chirurgical avec persistance de crises r\u00e9fractaires, tandis qu&rsquo;une r\u00e9section trop agressive majore inutilement le danger de s\u00e9quelles cognitives, ex\u00e9cutives ou motrices irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>Enfin, la question de l&rsquo;accessibilit\u00e9 des nouvelles techniques mol\u00e9culaires pose question. Alors que la g\u00e9nomique permet de classifier les l\u00e9sions selon leur mutation (ex. MTOR-opathies), ces analyses de s\u00e9quen\u00e7age somatique ne peuvent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es qu&rsquo;apr\u00e8s r\u00e9section chirurgicale d&rsquo;un fragment de tissu viable, ce qui emp\u00eache tout recours \u00e0 un traitement biologique personnalis\u00e9 pr\u00e9alable \u00e0 la d\u00e9cision op\u00e9ratoire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La terminologie des malformations du cortex c\u00e9r\u00e9bral \u00e9tant particuli\u00e8rement dense, il importe d&rsquo;\u00e9tablir des distinctions rigoureuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Polymicrogyrie :<\/strong> Se caract\u00e9rise par une surface corticale form\u00e9e d&rsquo;un nombre excessif de circonvolutions anormalement petites et pliss\u00e9es, avec fusion des couches superficielles. \u00c0 l&rsquo;inverse de la dysplasie corticale focale qui s&rsquo;enfonce souvent au fond d&rsquo;un sillon unique, la polymicrogyrie couvre souvent de vastes territoires vasculaires (comme le sillon p\u00e9ri-sylvien) et r\u00e9sulte fr\u00e9quemment d&rsquo;accidents isch\u00e9miques infectieux foetaux (ex. cytom\u00e9galovirus).<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mim\u00e9galenc\u00e9phalie :<\/strong> D\u00e9signe une hypertrophie volum\u00e9trique et d\u00e9sorganis\u00e9e massive de la totalit\u00e9 ou de la quasi-totalit\u00e9 d&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral. Bien qu&rsquo;elle partage les m\u00eames alt\u00e9rations g\u00e9n\u00e9tiques (voie mTOR) et histologiques (cellules ballonn\u00e9es) que la DCF de type IIb, son \u00e9chelle anatomique est globale et non focale.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9t\u00e9rotopie nodulaire ou laminaire :<\/strong> D\u00e9finit un amas de neurones normaux sur le plan histologique, mais ayant compl\u00e8tement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 migrer, restant fig\u00e9s sous forme d&rsquo;\u00eeles nodulaires le long de la paroi ventriculaire (h\u00e9t\u00e9rotopie p\u00e9riventriculaire) ou de bandes au sein de la substance blanche (double cortex). Dans la dysplasie corticale focale, le tissu d\u00e9sorganis\u00e9 int\u00e8gre le manteau cortical lui-m\u00eame.<\/li>\n<li><strong>Tubercules corticaux de la scl\u00e9rose tub\u00e9reuse :<\/strong> L\u00e9sions b\u00e9nignes de la maladie g\u00e9n\u00e9tique multisyst\u00e9mique de Bourneville (mutations <em>TSC1<\/em> ou <em>TSC2<\/em>). Sur le plan microscopique, leur aspect est quasi identique \u00e0 la dysplasie corticale de type IIb (pr\u00e9sence de neurones g\u00e9ants et cellules ballonn\u00e9es), mais ils sont diss\u00e9min\u00e9s dans l&rsquo;ensemble du cortex et s&rsquo;accompagnent d&rsquo;anomalies extraneurologiques (cutan\u00e9es, r\u00e9nales, cardiaques).<\/li>\n<li><strong>Tumeurs neuro\u00e9pith\u00e9liales dysembryoplasiques (DNT) :<\/strong> Tumeurs glioneuronales b\u00e9nignes d&rsquo;architecture multikystique associant des colonnes axonales bord\u00e9es d&rsquo;oligodendrocytes. Elles peuvent coexister avec une dysplasie corticale satellite, class\u00e9e alors comme DCF type IIIb.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La dysplasie corticale constitue un mod\u00e8le exemplaire de dysfonctionnement neurobiologique \u00e0 l&rsquo;interface de la structure c\u00e9r\u00e9brale, de l&rsquo;\u00e9pileptologie et des capacit\u00e9s cognitives. Les points d\u00e9terminants pour la compr\u00e9hension de ce trouble sont :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine embryonnaire pr\u00e9coce :<\/strong> Elle d\u00e9rive d&rsquo;anomalies de la neurogen\u00e8se, de la migration et de la lamination survenant au cours du d\u00e9veloppement n\u00e9ocortical intra-ut\u00e9rin.<\/li>\n<li><strong>Responsabilit\u00e9 \u00e9pileptog\u00e8ne majeure :<\/strong> Elle est la principale cause d&rsquo;\u00e9pilepsie pharmacor\u00e9sistante chez les enfants candidats \u00e0 un traitement chirurgical.<\/li>\n<li><strong>R\u00f4le g\u00e9n\u00e9tique des mTOR-opathies :<\/strong> La survenue de mutations post-zygotiques somatiques ciblant la voie intracellulaire PI3K-AKT-mTOR explique l&rsquo;apparition focale de cellules monstrueuses dysmorphiques.<\/li>\n<li><strong>Impact neuropsychologique \u00e9tendu :<\/strong> Au-del\u00e0 de la zone l\u00e9s\u00e9e, les d\u00e9charges r\u00e9p\u00e9t\u00e9es alt\u00e8rent l&rsquo;ensemble de la connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, perturbant les fonctions ex\u00e9cutives, attentionnelles et mn\u00e9siques.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge personnalis\u00e9e :<\/strong> La combinaison de l&rsquo;IRM de pointe, de la st\u00e9r\u00e9o-\u00e9lectroenc\u00e9phalographie et d&rsquo;une neurochirurgie d&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se pr\u00e9cise offre aujourd&rsquo;hui un taux \u00e9lev\u00e9 de r\u00e9mission compl\u00e8te et favorise la r\u00e9cup\u00e9ration cognitive globale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baulac, S. (2014). Genetics of focal cortical dysplasia: New insights into mTOR pathway. <em>Epilepsia<\/em>, 55(11), 1699\u20131704. https:\/\/doi.org\/10.1111\/epi.12782<\/li>\n<li>Bl\u00fcmcke, I., Thom, M., Aronica, E., Armstrong, D. D., Vinters, H. V., Palmini, A., Jacques, T. S., Avanzini, G., Barkovich, A. J., Battaglia, G., Becker, A., Cepeda, C., Cendes, F., Colombo, N., Crino, P., Cross, J. H., Delalande, O., Dubeau, F., Duncan, J., \u2026 Spreafico, R. (2011). The clinicopathologic spectrum of focal cortical dysplasias: A consensus classification proposed by an ad hoc Task Force of the ILAE Diagnostic Methods Commission. <em>Epilepsia<\/em>, 52(1), 158\u2013174. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1528-1167.2010.02777.x<\/li>\n<li>Crino, P. B. (2015). mTOR signaling in epilepsy: Insights from malformations of cortical development. <em>Cold Spring Harbor Perspectives in Medicine<\/em>, 5(4), a022442. https:\/\/doi.org\/10.1101\/cshperspect.a022442<\/li>\n<li>Kabat, G. C., &#038; Krsek, P. (2012). Focal cortical dysplasia: Neuroimaging and neuropathology. <em>Child&rsquo;s Nervous System<\/em>, 28(8), 1181\u20131193. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00381-012-1786-z<\/li>\n<li>Taylor, D. C., Falconer, M. A., Bruton, C. J., &#038; Corsellis, J. A. (1971). Focal dysplasia of the cerebral cortex in epilepsy. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 34(4), 369\u2013387. https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.34.4.369<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dysplasie corticale est une malformation neurod\u00e9veloppementale caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9sorganisation de la cytoarchitecture du cortex c\u00e9r\u00e9bral. 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