{"id":24820,"date":"2026-11-07T09:38:10","date_gmt":"2026-11-07T09:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tache-distracteur-continu"},"modified":"2026-11-07T09:38:10","modified_gmt":"2026-11-07T09:38:10","slug":"tache-distracteur-continu","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tache-distracteur-continu","title":{"rendered":"T\u00e2che de distracteur continu : l&rsquo;\u00e9nigme de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>La t\u00e2che de distracteur continu constitue l&rsquo;un des paradigmes exp\u00e9rimentaux les plus d\u00e9terminants de la psychologie cognitive contemporaine, ayant profond\u00e9ment boulevers\u00e9 les th\u00e9ories classiques de l&rsquo;architecture de la m\u00e9moire humaine. En ins\u00e9rant syst\u00e9matiquement une activit\u00e9 cognitive interf\u00e9rente entre chaque \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;une liste ainsi qu&rsquo;avant le rappel final, ce protocole a mis au jour la persistance paradoxale de l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme, remettant ainsi en cause le mod\u00e8le modal traditionnel de la m\u00e9moire.<\/p>\n<h2>T\u00e2che de distracteur continu<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La t\u00e2che de distracteur continu (en anglais, <em>continuous distractor task<\/em>) est un protocole exp\u00e9rimental d&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9moire \u00e9pisodique dans lequel une activit\u00e9 distractive normalis\u00e9e, exigeant des ressources attentionnelles soutenues (telle que la r\u00e9solution de calculs arithm\u00e9tiques), est intercal\u00e9e non seulement apr\u00e8s la pr\u00e9sentation de chaque item d&rsquo;une s\u00e9rie s\u00e9quentielle, mais \u00e9galement durant l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention pr\u00e9c\u00e9dant le rappel libre final.<\/p>\n<p>Dans un paradigme de rappel libre standard, l&rsquo;insertion d&rsquo;une t\u00e2che distractive uniquement apr\u00e8s le dernier item supprime traditionnellement le pic de rappel des derniers \u00e9l\u00e9ments, un ph\u00e9nom\u00e8ne classiquement interpr\u00e9t\u00e9 comme la vidange d&rsquo;un registre de stockage temporaire \u00e0 court terme. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;architecture rigoureuse de la t\u00e2che de distracteur continu neutralise la r\u00e9p\u00e9tition subvocale continue et vide syst\u00e9matiquement la m\u00e9moire de travail apr\u00e8s chaque item, tout en maintenant constants les intervalles inter-stimulus et le d\u00e9lai de r\u00e9tention final.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet empirique majeur engendr\u00e9 par ce paradigme r\u00e9side dans la r\u00e9apparition spectaculaire d&rsquo;un effet de r\u00e9cence robuste, commun\u00e9ment qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme \u00bb (<em>long-term recency effect<\/em>). Cette observation a d\u00e9montr\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 que la sup\u00e9riorit\u00e9 du rappel pour les derniers \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;une s\u00e9quence temporelle ne d\u00e9pend pas exclusivement du maintien passif d&rsquo;informations dans un r\u00e9servoir temporaire \u00e0 capacit\u00e9 limit\u00e9e, mais d\u00e9coule de principes g\u00e9n\u00e9raux de discrimination temporelle et d&rsquo;indi\u00e7age contextuel r\u00e9gissant la m\u00e9moire \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab t\u00e2che de distracteur continu \u00bb constitue la traduction directe de la locution anglo-saxonne <em>continuous distractor task<\/em>, formalis\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 au sein de la psychologie cognitive exp\u00e9rimentale nord-am\u00e9ricaine. Le vocable \u00ab distracteur \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>distrahere<\/em>, signifiant \u00ab tirer en sens contraire \u00bb, \u00ab d\u00e9tourner \u00bb ou \u00ab s\u00e9parer \u00bb, qui a donn\u00e9 en fran\u00e7ais classique l&rsquo;action de d\u00e9tourner l&rsquo;attention d&rsquo;un objet central vers un stimulus concurrent.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab continu \u00bb trouve son \u00e9tymologie dans le latin <em>continuus<\/em> (\u00ab ininterrompu \u00bb, \u00ab dont les parties se tiennent sans s\u00e9paration \u00bb), issu de <em>continere<\/em> (\u00ab maintenir ensemble \u00bb). Dans ce contexte pr\u00e9cis, la continuit\u00e9 ne r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 un bruit de fond passif ininterrompu, mais \u00e0 l&rsquo;it\u00e9ration cyclique et syst\u00e9matique de l&rsquo;interf\u00e9rence cognitive apr\u00e8s chaque \u00e9v\u00e9nement cible de la s\u00e9quence d&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique francophone au fil des traductions des travaux sur l&rsquo;effet de position s\u00e9rielle et les dissociations mn\u00e9siques. Il s&rsquo;oppose conceptuellement \u00e0 la t\u00e2che de distraction isol\u00e9e ou terminale (telle que celle du paradigme de Brown-Peterson), soulignant ainsi l&rsquo;organisation structurelle p\u00e9renne de la t\u00e2che interf\u00e9rente \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des intervalles temporels de l&rsquo;\u00e9preuve.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se prononce en fran\u00e7ais standard \/t\u0251\u0283 d\u0259 dis.t\u0281ak.t\u0153\u0281 k\u0254\u0303.ti.ny\/. La transcription phon\u00e9tique internationale met en \u00e9vidence la succession d&rsquo;occlusives et de voyelles orales et nasales, sans ambigu\u00eft\u00e9 articulatoire particuli\u00e8re dans le contexte francophone.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin compos\u00e9. Le noyau nominal \u00ab t\u00e2che \u00bb (nom commun f\u00e9minin singulier) r\u00e9git le compl\u00e9ment du nom pr\u00e9positionnel \u00ab de distracteur \u00bb, lui-m\u00eame qualifi\u00e9 par l&rsquo;adjectif qualificatif \u00ab continu \u00bb accord\u00e9 au masculin singulier avec le substantif \u00ab distracteur \u00bb (bien que l&rsquo;on rencontre parfois dans la litt\u00e9rature la variante \u00ab t\u00e2che continue de distraction \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;adjectif s&rsquo;accorde alors avec la t\u00e2che elle-m\u00eame).<\/p>\n<p>Au pluriel, la locution devient \u00ab t\u00e2ches de distracteurs continus \u00bb ou \u00ab t\u00e2ches de distracteur continu \u00bb, selon que l&rsquo;on consid\u00e8re la multiplicit\u00e9 des stimuli distracteurs ou l&rsquo;unicit\u00e9 de la condition de distraction au cours des sessions exp\u00e9rimentales. Dans la pratique acad\u00e9mique, les formules \u00ab paradigme du distracteur continu \u00bb et \u00ab proc\u00e9dure de distraction continue \u00bb sont couramment admises comme des synonymes interchangeables.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir toute l&rsquo;importance th\u00e9orique de la t\u00e2che de distracteur continu, il convient de la situer par rapport aux paradigmes classiques de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rappel_(psychologie)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">rappel libre<\/a>. Dans un test de rappel libre imm\u00e9diat, des participants d\u00e9couvrent une s\u00e9rie d&rsquo;items non reli\u00e9s (g\u00e9n\u00e9ralement des mots isol\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9s visuellement ou auditivement). Le graphique illustrant la probabilit\u00e9 de rappel correct en fonction de la position de chaque mot dans la liste engendre une courbe s\u00e9rielle prototypique en forme de U : les premiers mots sont tr\u00e8s bien rappel\u00e9s (effet de primaut\u00e9), les \u00e9l\u00e9ments centraux sont les moins bien restitu\u00e9s, et les tout derniers items b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un taux de succ\u00e8s exceptionnellement \u00e9lev\u00e9 (effet de r\u00e9cence imm\u00e9diat).<\/p>\n<p>Pendant plusieurs d\u00e9cennies, le consensus th\u00e9orique dominant, incarn\u00e9 par le mod\u00e8le modal de la m\u00e9moire humaine, posait une division binaire entre deux syst\u00e8mes fonctionnels : la m\u00e9moire \u00e0 court terme (MCT), assimil\u00e9e \u00e0 un registre de travail temporaire et fragile, et la m\u00e9moire \u00e0 long terme (MLT), vaste magasin permanent. Selon cette interpr\u00e9tation, la primaut\u00e9 traduisait le transfert pr\u00e9coce et privil\u00e9gi\u00e9 des premiers items vers la m\u00e9moire \u00e0 long terme gr\u00e2ce \u00e0 un nombre sup\u00e9rieur de r\u00e9p\u00e9titions mentales subvocales, tandis que la r\u00e9cence refl\u00e9tait l&rsquo;\u00e9vacuation directe et sans effort des derniers \u00e9l\u00e9ments encore r\u00e9sidents dans le tampon \u00e0 court terme au moment du test.<\/p>\n<p>Cette interpr\u00e9tation dualiste semblait d\u00e9finitivement corrobor\u00e9e par le rappel libre diff\u00e9r\u00e9 classique : si l&rsquo;on oblige les participants \u00e0 compter \u00e0 rebours de trois en trois pendant trente secondes imm\u00e9diatement apr\u00e8s le dernier mot, l&rsquo;effet de r\u00e9cence dispara\u00eet totalement, tandis que l&rsquo;effet de primaut\u00e9 et le niveau de rappel des items interm\u00e9diaires demeurent inchang\u00e9s. L&rsquo;activit\u00e9 de calcul \u00e0 rebours \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e avoir \u00e9vinc\u00e9 l&rsquo;information fragile du tampon \u00e0 court terme, prouvant que ce dernier \u00e9tait le si\u00e8ge exclusif de l&rsquo;effet de r\u00e9cence.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette certitude axiomatique que la t\u00e2che de distracteur continu est venue briser. Dans ce protocole, chaque mot cible est suivi d&rsquo;une p\u00e9riode de calcul arithm\u00e9tique intense (par exemple, 20 secondes d&rsquo;additions mentales). Lorsque la s\u00e9rie s&rsquo;ach\u00e8ve, le sujet effectue exactement la m\u00eame t\u00e2che arithm\u00e9tique terminale pendant 20 secondes, avant de devoir restituer tous les mots de la liste. Bien que la m\u00e9moire \u00e0 court terme ait \u00e9t\u00e9 annihil\u00e9e \u00e0 la fois apr\u00e8s le dernier mot et entre chacun des mots pr\u00e9c\u00e9dents, la courbe s\u00e9rielle finale fait r\u00e9appara\u00eetre un puissant effet de r\u00e9cence. Les derniers items de la s\u00e9rie sont \u00e0 nouveau rappel\u00e9s avec une sup\u00e9riorit\u00e9 statistique indiscutable par rapport aux items du milieu de liste.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9sultat paradoxal d\u00e9montre que l&rsquo;effet de r\u00e9cence ne peut pas \u00eatre un artefact d\u00e9pendant uniquement d&rsquo;un r\u00e9ceptacle passif \u00e0 court terme. Il impose d&rsquo;envisager la r\u00e9cence comme une propri\u00e9t\u00e9 dynamique de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information temporelle, r\u00e9gie par des m\u00e9canismes g\u00e9n\u00e9raux de discriminabilit\u00e9 et d&rsquo;indices spatio-temporels qui s&rsquo;appliquent \u00e0 toutes les \u00e9chelles de dur\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de la t\u00e2che de distracteur continu s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la r\u00e9volution cognitive des ann\u00e9es 1970. D\u00e8s 1973, Ovid Tzeng publia une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences pr\u00e9liminaires d\u00e9montrant qu&rsquo;une t\u00e2che de calcul mental intercal\u00e9e entre des lettres ou des mots isol\u00e9s n&#8217;emp\u00eachait pas l&rsquo;apparition d&rsquo;un avantage mn\u00e9sique pour les stimulus finaux. Toutefois, c&rsquo;est l&rsquo;article s\u00e9minal de Robert A. Bjork et William B. Whitten publi\u00e9 en 1974 dans la revue <em>Cognitive Psychology<\/em> qui \u00e9tablit formellement le protocole et formula ses implications th\u00e9oriques capitales.<\/p>\n<p>Bjork et Whitten cherchaient initialement \u00e0 \u00e9prouver la solidit\u00e9 empirique des hypoth\u00e8ses de partage du temps attentionnel et de codage temporel. Leurs r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent que si l&rsquo;intervalle entre les mots cibles (l&rsquo;intervalle inter-pr\u00e9sentation) est suffisamment long par rapport au d\u00e9lai s\u00e9parant le dernier mot du rappel final (l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention), un effet de r\u00e9cence robuste et invariable se manifeste invariablement, m\u00eame lorsque des calculs mentaux chronom\u00e9tr\u00e9s saturent enti\u00e8rement les p\u00e9riodes interstitielles.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Arthur Glenberg et ses collaborateurs approfondirent ces travaux en faisant varier syst\u00e9matiquement les ratios temporels. Leurs d\u00e9couvertes montr\u00e8rent que la magnitude de la r\u00e9cence ne d\u00e9pendait pas de la valeur absolue des d\u00e9lais en secondes, mais d&rsquo;une relation proportionnelle invariable entre l&rsquo;espacement des items et le d\u00e9lai de test, posant ainsi les jalons de la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab r\u00e8gle du ratio \u00bb (<em>ratio rule<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies qui suivirent, avec l&rsquo;av\u00e8nement des mod\u00e8les computationnels de la m\u00e9moire et le d\u00e9clin relatif du mod\u00e8le modal d&rsquo;Atkinson et Shiffrin au profit de th\u00e9ories bas\u00e9es sur la distinctivit\u00e9 temporelle et le contexte dynamique (tels que les mod\u00e8les de Gordon D. A. Brown ou Michael W. Kahana), la t\u00e2che de distracteur continu devint le banc d&rsquo;essai obligatoire pour valider toute th\u00e9orie math\u00e9matique formelle du rappel libre.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la t\u00e2che de distracteur continu s&rsquo;appuient sur plusieurs constructions th\u00e9oriques majeures \u00e9labor\u00e9es pour pallier les insuffisances du paradigme dualiste :<\/p>\n<p>En premier lieu, la th\u00e9orie de la distinctivit\u00e9 temporelle (<em>temporal distinctiveness theory<\/em>) compare souvent la r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique \u00e0 la perspective visuelle. Dans une analogie c\u00e9l\u00e8bre formul\u00e9e par Robert G. Crowder en 1976, la rem\u00e9moration d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements temporels s&rsquo;apparente \u00e0 la vision d&rsquo;une enfilade de poteaux t\u00e9l\u00e9graphiques le long d&rsquo;une voie ferr\u00e9e. Lorsque l&rsquo;observateur se tient pr\u00e8s du dernier poteau, les premiers poteaux proches sont clairement distincts les uns des autres et se d\u00e9tachent nettement, tandis que les poteaux plus \u00e9loign\u00e9s s&rsquo;agglutinent sur la ligne d&rsquo;horizon et deviennent indiscernables. De la m\u00eame fa\u00e7on, dans la t\u00e2che de distracteur continu, l&rsquo;espacement r\u00e9gulier des items (les poteaux) cr\u00e9\u00e9 par les blocs de distraction permet au dernier item de se d\u00e9tacher sur le continuum temporel, pourvu que l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention final ne soit pas d\u00e9mesur\u00e9ment long par rapport \u00e0 l&rsquo;espacement inter-items.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, les mod\u00e8les de contexte fluctuant ou mod\u00e8les du contexte temporel (tels que le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Temporal_context_model\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Temporal Context Model<\/a> ou TCM d\u00e9velopp\u00e9 par Howard et Kahana) postulent que chaque souvenir est encod\u00e9 en association avec un vecteur d&rsquo;indices contextuels internes qui d\u00e9rive continuellement dans le temps sous l&rsquo;effet du traitement cognitif. Au moment de la restitution, l&rsquo;\u00e9tat contextuel actuel du participant sert de cl\u00e9 de rappel. L&rsquo;\u00e9tat contextuel pr\u00e9sent est math\u00e9matiquement plus semblable au contexte ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encodage des derniers items pr\u00e9sent\u00e9s qu&rsquo;\u00e0 celui des \u00e9l\u00e9ments initiaux ou m\u00e9dians. Dans la t\u00e2che de distracteur continu, bien que les calculs arithm\u00e9tiques entra\u00eenent une d\u00e9rive contextuelle substantielle, le saut contextuel relatif entre le dernier item et le moment du rappel demeure minime par rapport aux sauts s\u00e9parant les items ant\u00e9rieurs, pr\u00e9servant ainsi la pr\u00e9dictibilit\u00e9 de l&rsquo;effet de r\u00e9cence.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les th\u00e9ories \u00e0 \u00e9chelle invariante (<em>scale-invariant memory models<\/em>), incarn\u00e9es notamment par le mod\u00e8le SIMPLE (<em>Scale Invariant Memory, Perception, and Learning<\/em>) de Brown, Neath et Chater (2007), postulent que la dynamique de la m\u00e9moire est fondamentalement insensible \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle temporelle brute. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de millisecondes, de secondes, de semaines ou d&rsquo;ann\u00e9es, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un souvenir est d\u00e9termin\u00e9 par la distance logarithmique relative qui le s\u00e9pare des \u00e9v\u00e9nements comp\u00e9titeurs. La t\u00e2che de distracteur continu apporte la preuve cardinale de cette invariance d&rsquo;\u00e9chelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration et la compr\u00e9hension d&rsquo;une t\u00e2che de distracteur continu reposent sur plusieurs param\u00e8tres op\u00e9rationnels d\u00e9terminants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;intervalle inter-pr\u00e9sentation distrayant (IPI) :<\/strong> Dur\u00e9e temporelle intercal\u00e9e entre la disparition d&rsquo;un item cible et l&rsquo;apparition du suivant, int\u00e9gralement occup\u00e9e par une activit\u00e9 cognitive concurrente exigeante.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;intervalle de r\u00e9tention final (RI) :<\/strong> D\u00e9lai s&rsquo;\u00e9coulant entre la disparition du tout dernier item de la s\u00e9rie et le signal explicite d\u00e9clenchant la phase de rappel, occup\u00e9 par une activit\u00e9 distractive rigoureusement \u00e9quivalente \u00e0 celle de l&rsquo;IPI.<\/li>\n<li><strong>La nature de l&rsquo;activit\u00e9 distractive :<\/strong> Op\u00e9rations choisies pour interdire la subvocalisation et le maintien passif sans cr\u00e9er une interf\u00e9rence s\u00e9mantique directe avec les cibles. On privil\u00e9gie habituellement des t\u00e2ches arithm\u00e9tiques (additions simples, soustractions en s\u00e9rie) ou des d\u00e9tections de motifs spatiaux.<\/li>\n<li><strong>Le rapport de ratio temporel (R-ratio) :<\/strong> Quotient arithm\u00e9tique calcul\u00e9 en divisant l&rsquo;intervalle inter-pr\u00e9sentation par l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention (IPI \/ RI). Ce rapport r\u00e9git directement l&rsquo;intensit\u00e9 et l&rsquo;amplitude de l&rsquo;effet de r\u00e9cence observ\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le rappel libre \u00e0 distracteur continu pur (CDFR) :<\/strong> Modalit\u00e9 standard o\u00f9 tous les intervalles sans exception contiennent la t\u00e2che interf\u00e9rente.<\/li>\n<li><strong>Le rappel libre \u00e0 distracteur continu mixte :<\/strong> Protocole exp\u00e9rimental dans lequel la dur\u00e9e ou la difficult\u00e9 des distracteurs fluctue al\u00e9atoirement ou selon un plan factoriel entre les items pour \u00e9valuer l&rsquo;impact des ruptures de r\u00e9gularit\u00e9 temporelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement la m\u00e9thodologie, consid\u00e9rons une session exp\u00e9rimentale type en laboratoire de neurosciences cognitives :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Un groupe d&rsquo;\u00e9tudiants volontaires est soumis \u00e0 une liste de 12 mots monosyllabiques concrets projet\u00e9s sur un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur. Le premier mot, \u00ab TABLE \u00bb, appara\u00eet pendant 1,5 seconde. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s son extinction, l&rsquo;\u00e9cran affiche une suite continue d&rsquo;\u00e9quations math\u00e9matiques sous la forme \u00ab 7 + 4 = 12 : Vrai ou Faux ? \u00bb, avec une nouvelle \u00e9quation toutes les 2 secondes pendant une p\u00e9riode totale de 15 secondes. D\u00e8s la fin de ce bloc arithm\u00e9tique de 15 secondes, le deuxi\u00e8me mot cible, \u00ab FLAMME \u00bb, s&rsquo;affiche pendant 1,5 seconde, suivi \u00e0 nouveau de 15 secondes de calcul arithm\u00e9tique. La s\u00e9quence se poursuit ainsi fid\u00e8lement jusqu&rsquo;au douzi\u00e8me mot, \u00ab NUAGE<\/span> \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s la disparition du mot \u00ab NUAGE \u00bb, les sujets ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 rappeler imm\u00e9diatement la liste : ils effectuent \u00e0 nouveau 15 secondes de calcul arithm\u00e9tique terminal. Un signal sonore retentit alors, les invitant \u00e0 \u00e9crire imm\u00e9diatement, dans l&rsquo;ordre qu&rsquo;ils souhaitent, tous les mots de la liste dont ils se souviennent. Les r\u00e9sultats d\u00e9montrent syst\u00e9matiquement que \u00ab NUAGE \u00bb et les deux mots pr\u00e9c\u00e9dents b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un taux de rappel de l&rsquo;ordre de 75 %, tandis que les mots de position m\u00e9diane (positions 5 \u00e0 7) ne sont rappel\u00e9s qu&rsquo;\u00e0 un taux d&rsquo;environ 30 %.<\/p>\n<p>Un cas de la vie quotidienne illustrant ce principe est celui d&rsquo;un m\u00e9decin hospitalier de garde. Chaque matin, le m\u00e9decin visite un patient, puis doit imm\u00e9diatement remplir un dossier informatis\u00e9 complexe (distraction cognitive) pendant 20 minutes, avant de se rendre aupr\u00e8s du patient suivant, r\u00e9p\u00e9tant ce sch\u00e9ma 10 fois dans la journ\u00e9e. \u00c0 la fin de sa tourn\u00e9e, apr\u00e8s avoir finalis\u00e9 le dernier dossier informatis\u00e9, lorsqu&rsquo;on lui demande de m\u00e9moire les pathologies de tous les patients vus dans la matin\u00e9e, le m\u00e9decin se souvient avec une acuit\u00e9 maximale du dernier patient auscult\u00e9, alors m\u00eame que ses ressources attentionnelles ont \u00e9t\u00e9 continuellement monopolis\u00e9es par des calculs et des saisies administratives entre chaque cas.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des performances au sein d&rsquo;une t\u00e2che de distracteur continu fait appel \u00e0 des outils quantitatifs sophistiqu\u00e9s, d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;analyse des positions s\u00e9rielles et de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique :<\/p>\n<p>Le param\u00e8tre central est la courbe de position s\u00e9rielle, construite en calculant la proportion de rappel correct pour chaque position ordinale de la s\u00e9rie (de la position 1 \u00e0 la position <em>N<\/em>). La magnitude de l&rsquo;effet de r\u00e9cence est g\u00e9n\u00e9ralement mesur\u00e9e par la diff\u00e9rence de probabilit\u00e9 de rappel entre le dernier item de la s\u00e9rie et l&rsquo;asymptote (la moyenne de rappel des items m\u00e9dians non affect\u00e9s par la primaut\u00e9 ou la r\u00e9cence).<\/p>\n<p>Un indicateur indispensable est la probabilit\u00e9 de premier rappel (<em>probability of first recall<\/em>, ou PFR). Cet indice quantifie la fr\u00e9quence \u00e0 laquelle les participants d\u00e9butent spontan\u00e9ment leur rappel libre par le dernier mot de la liste. Dans la t\u00e2che de distracteur continu, la PFR r\u00e9v\u00e8le que les sujets amorcent majoritairement leur restitution par le dernier item pr\u00e9sent\u00e9, confirmant que cet \u00e9l\u00e9ment constitue le point d&rsquo;acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 et le point d&rsquo;entr\u00e9e contextuel de la r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique.<\/p>\n<p>Les chercheurs examinent \u00e9galement les matrices de transitions conditionnelles de rappel (<em>conditional response probability<\/em>, ou CRP en fonction du lag). Cette m\u00e9trique \u00e9value la tendance d&rsquo;un participant qui vient de rappeler l&rsquo;item de position <em>i<\/em> \u00e0 rappeler ensuite l&rsquo;item <em>i + 1<\/em> ou <em>i &#8211; 1<\/em>. M\u00eame en pr\u00e9sence de distracteurs continus, la contigu\u00eft\u00e9 temporelle asym\u00e9trique vers l&rsquo;avant (biais d&rsquo;\u00e9vocation pr\u00e9f\u00e9rentielle de l&rsquo;item suivant imm\u00e9diatement celui qui vient d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9) demeure pr\u00e9serv\u00e9e, fournissant des donn\u00e9es cruciales pour calibrer les \u00e9quations de simulation mn\u00e9sique.<\/p>\n<p>Enfin, la performance \u00e0 la t\u00e2che distractive elle-m\u00eame (temps de r\u00e9action et taux d&rsquo;erreurs aux calculs arithm\u00e9tiques) doit \u00eatre scrupuleusement enregistr\u00e9e. Si un chercheur observait une chute de la pr\u00e9cision arithm\u00e9tique durant les derniers intervalles, l&rsquo;effet de r\u00e9cence pourrait n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un artefact r\u00e9sultant de l&rsquo;abandon de la t\u00e2che interf\u00e9rente au profit de la r\u00e9vision silencieuse des mots cibles.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que d\u00e9velopp\u00e9e au sein de laboratoires acad\u00e9miques pour tester des hypoth\u00e8ses de psychologie cognitive fondamentale, la t\u00e2che de distracteur continu trouve des r\u00e9sonances op\u00e9rationnelles majeures dans de nombreux secteurs appliqu\u00e9s :<\/p>\n<p>En neuropsychologie clinique, le paradigme sert d&rsquo;outil diagnostique raffin\u00e9 pour dissocier les atteintes sous-jacentes \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">m\u00e9moire de travail<\/a> de celles affectant la r\u00e9cup\u00e9ration en m\u00e9moire \u00e9pisodique \u00e0 long terme. Chez les patients amn\u00e9siques amn\u00e9sie hippocampique pure (comme le c\u00e9l\u00e8bre patient H.M.), l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 court terme (rappel imm\u00e9diat) \u00e9tait pr\u00e9serv\u00e9, mais l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme dans une t\u00e2che de distracteur continu s&rsquo;effondre drastiquement. Cette dissociation confirme que la r\u00e9cence \u00e0 long terme requiert l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des structures temporales m\u00e9dianes et hippocampiques indispensables \u00e0 l&rsquo;ancrage contextuel \u00e9pisodique.<\/p>\n<p>Dans le domaine ergonomique et la psychologie du travail, le paradigme mod\u00e9lise avec fid\u00e9lit\u00e9 les environnements multit\u00e2ches \u00e0 forte charge cognitive, tels que le contr\u00f4le du trafic a\u00e9rien, la r\u00e9gulation ferroviaire ou la chirurgie interventionnelle. L&rsquo;analyse des performances sous distraction continue aide \u00e0 concevoir des protocoles de passation de consignes et des interfaces homme-machine minimisant les risques d&rsquo;omission d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments critiques survenus en d\u00e9but ou en milieu de vacation.<\/p>\n<p>Dans le secteur p\u00e9dagogique et \u00e9ducatif, ces d\u00e9couvertes orientent la structuration temporelle des modules d&rsquo;apprentissage num\u00e9rique. Les s\u00e9quences p\u00e9dagogiques fragment\u00e9es par des micro-\u00e9valuations continues b\u00e9n\u00e9ficient des effets de r\u00e9cence et de primaut\u00e9 distribu\u00e9s, optimisant la r\u00e9tention durable des savoirs fondamentaux en \u00e9vitant l&rsquo;effet de tassement propre aux cours magistraux ininterrompus.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise empirique de la t\u00e2che de distracteur continu a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e par une multitude d&rsquo;\u00e9tudes exp\u00e9rimentales rigoureuses conduites depuis un demi-si\u00e8cle :<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude pionni\u00e8re de Bjork et Whitten (1974) a compar\u00e9 trois conditions exp\u00e9rimentales majeures : un rappel libre imm\u00e9diat, un rappel libre diff\u00e9r\u00e9 (avec 12 secondes d&rsquo;arithm\u00e9tique uniquement \u00e0 la fin de la s\u00e9rie), et une condition de distracteur continu (12 secondes d&rsquo;arithm\u00e9tique avant chaque mot et 12 secondes apr\u00e8s chaque mot). Leurs donn\u00e9es ont d\u00e9montr\u00e9 que si la condition diff\u00e9r\u00e9e abolissait enti\u00e8rement la r\u00e9cence, la condition de distracteur continu restaurait une courbe en U presque superposable \u00e0 celle du rappel imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Glenberg et ses coll\u00e8gues (1980) ont apport\u00e9 la confirmation d\u00e9finitive de la \u00ab r\u00e8gle du ratio \u00bb. En manipulant syst\u00e9matiquement l&rsquo;intervalle inter-pr\u00e9sentation (allant de 2 \u00e0 60 secondes) et l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention final, ils ont d\u00e9montr\u00e9 que la pente de l&rsquo;effet de r\u00e9cence est fonction directe du rapport math\u00e9matique entre l&rsquo;espacement et le d\u00e9lai final. D\u00e8s lors que ce ratio est maintenu constant, la morphologie de la courbe de rappel demeure invariante, que la t\u00e2che globale s&rsquo;\u00e9tende sur 30 secondes ou sur plusieurs minutes.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux conduits par Howard et Kahana (1999) ont explor\u00e9 la dynamique fine des rappels successifs au sein du paradigme. En mesurant la latence d&rsquo;amorce et les transitions inter-items, ils ont \u00e9tabli que l&rsquo;organisation du rappel sous distracteur continu suit fid\u00e8lement les m\u00eames lois d&rsquo;association temporelle que le rappel libre imm\u00e9diat. Ces r\u00e9sultats ont incit\u00e9 la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 abandonner l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle deux m\u00e9canismes totalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes contr\u00f4leraient ind\u00e9pendamment la m\u00e9moire imm\u00e9diate et la m\u00e9moire diff\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es sur les effets de position s\u00e9rielle \u00e0 travers diverses aires linguistiques et culturelles fournissent des \u00e9clairages cruciaux sur l&rsquo;universalit\u00e9 des processus cognitifs sous-jacents :<\/p>\n<p>L&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme mis en \u00e9vidence par la t\u00e2che de distracteur continu s&rsquo;observe de mani\u00e8re invariante chez des populations issues de cultures lettr\u00e9es ou traditionnelles orales. Les principes de discrimination temporelle et de perspective mn\u00e9sique rel\u00e8vent de contraintes neurobiologiques fondamentales communes \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, ind\u00e9pendantes des particularismes de la syntaxe ou de la phonologie de la langue maternelle.<\/p>\n<p>Cependant, des nuances transculturelles apparaissent dans le choix et la r\u00e9ception de la t\u00e2che distractive. Si le calcul arithm\u00e9tique simple est universellement mobilisable chez des individus scolaris\u00e9s, son application chez des populations non scolaris\u00e9es n\u00e9cessite une adaptation m\u00e9thodologique rigoureuse. L&rsquo;utilisation de t\u00e2ches de d\u00e9tection perceptive visuelle ou de tapotement rythmique moteur calibr\u00e9 est alors indispensable pour \u00e9viter que l&rsquo;effort de calcul ne provoque une anxi\u00e9t\u00e9 indue ou une surcharge disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le sens de lecture et d&rsquo;\u00e9criture (de gauche \u00e0 droite en langues occidentales, de droite \u00e0 gauche en arabe ou en h\u00e9breu, ou vertical) fa\u00e7onne la fa\u00e7on dont les repr\u00e9sentations temporelles spatialis\u00e9es sont cartographi\u00e9es mentalement le long de la ligne du temps, bien que cela ne modifie pas l&rsquo;avantage accord\u00e9 aux derniers \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus dans l&rsquo;axe temporel objectif.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa port\u00e9e paradigmatique, la t\u00e2che de distracteur continu a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses controverses th\u00e9oriques qui continuent d&rsquo;animer la psychologie cognitive :<\/p>\n<p>L&rsquo;une des objections les plus tenaces, initialement formul\u00e9e par John Koppenaal et d&rsquo;autres d\u00e9fenseurs du mod\u00e8le dualiste classique dans les ann\u00e9es 1980, reposait sur l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00ab adaptation au partage du temps \u00bb (<em>time-sharing adaptation<\/em>). Selon cette critique, les participants confront\u00e9s \u00e0 des blocs de calculs r\u00e9p\u00e9titifs d\u00e9velopperaient une strat\u00e9gie d&rsquo;automatisation leur permettant de d\u00e9dier une partie r\u00e9siduelle de leur attention \u00e0 la r\u00e9vision silencieuse des mots cibles. Toutefois, de nombreuses exp\u00e9riences contr\u00f4l\u00e9es recourant \u00e0 des t\u00e2ches distrayantes complexes \u00e0 charge variable et impr\u00e9visible ont r\u00e9fut\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que cette r\u00e9vision clandestine suffise \u00e0 engendrer la r\u00e9cence observ\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat critique concerne la sp\u00e9cificit\u00e9 du mat\u00e9riel. La majorit\u00e9 des exp\u00e9riences pionni\u00e8res s&rsquo;est cantonn\u00e9e \u00e0 des listes de substantifs d\u00e9contextualis\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9s en laboratoire. Certains th\u00e9oriciens de la cognition incarn\u00e9e et \u00e9cologique ont questionn\u00e9 la validit\u00e9 \u00e9cologique de ces listes artificielles par rapport au flux continu et multimodal des exp\u00e9riences de la vie r\u00e9elle, o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements ne sont pas s\u00e9par\u00e9s par des \u00e9quations arithm\u00e9tiques arbitraires.<\/p>\n<p>Enfin, des divergences persistent quant \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation math\u00e9matique des mod\u00e8les rivaux. Si les tenants de la distinctivit\u00e9 temporelle pure (comme le mod\u00e8le SIMPLE) soutiennent que le temps lui-m\u00eame sert de dimension discriminante, les partisans des mod\u00e8les de contexte dynamique (comme le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Context_Maintenance_and_Retrieval\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">mod\u00e8le CMR<\/a>) affirment que le temps n&rsquo;agit que comme un v\u00e9hicule passif au long duquel des changements d&rsquo;\u00e9tats cognitifs internes s&rsquo;op\u00e8rent. La t\u00e2che de distracteur continu demeure le champ clos o\u00f9 s&rsquo;affrontent ces mod\u00e9lisations concurrentes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle, il importe de distinguer nettement la t\u00e2che de distracteur continu des paradigmes exp\u00e9rimentaux voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Paradigme de Brown-Peterson :<\/strong> Dans cette proc\u00e9dure, un trigramme de consonnes unique est suivi d&rsquo;une p\u00e9riode de calcul mental avant son rappel. Contrairement \u00e0 la t\u00e2che de distracteur continu, il n&rsquo;y a pas de s\u00e9quence de multiples cibles s\u00e9par\u00e9es individuellement par des distracteurs r\u00e9currents, le but \u00e9tant d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;oubli \u00e0 tr\u00e8s court terme d&rsquo;un item isol\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Rappel libre imm\u00e9diat (IFR) :<\/strong> Proc\u00e9dure o\u00f9 le rappel commence aussit\u00f4t apr\u00e8s la pr\u00e9sentation du dernier mot de la s\u00e9rie, sans aucune t\u00e2che distractive intercal\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Rappel libre diff\u00e9r\u00e9 classique (DFR) :<\/strong> Modalit\u00e9 dans laquelle les mots de la liste se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme r\u00e9gulier sans distraction interm\u00e9diaire, la seule t\u00e2che distractive \u00e9tant ins\u00e9r\u00e9e \u00e0 la fin de la s\u00e9rie, ce qui \u00e9limine s\u00e9lectivement l&rsquo;effet de r\u00e9cence.<\/li>\n<li><strong>T\u00e2che d&#8217;empan complexe (<em>complex span task<\/em>) :<\/strong> Utilis\u00e9e pour mesurer la capacit\u00e9 de la m\u00e9moire de travail (ex. <em>Operation Span<\/em>), o\u00f9 des op\u00e9rations arithm\u00e9tiques alternent avec des lettres \u00e0 m\u00e9moriser, mais avec un rappel s\u00e9riel ordonn\u00e9 strict plut\u00f4t qu&rsquo;un rappel libre, et sans vis\u00e9e d&rsquo;analyse des courbes de distinctivit\u00e9 temporelle \u00e0 long terme.<\/li>\n<li><strong>Effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme (<em>long-term recency effect<\/em>) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne comportemental d\u00e9couvert gr\u00e2ce \u00e0 la t\u00e2che de distracteur continu, d\u00e9signant l&rsquo;augmentation du taux de rappel des derniers items d&rsquo;une liste malgr\u00e9 l&rsquo;interposition de d\u00e9lais et de distracteurs majeurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La t\u00e2che de distracteur continu demeure une contribution majeure \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice de la science de la m\u00e9moire. Ses enseignements essentiels se r\u00e9sument ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle consiste \u00e0 intercaler une t\u00e2che cognitive interf\u00e9rente normalis\u00e9e apr\u00e8s chaque stimulus d&rsquo;une liste ainsi qu&rsquo;avant la phase de restitution finale en rappel libre.<\/li>\n<li>Elle a invalid\u00e9 le postulat classique du mod\u00e8le modal affirmant que l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e9tait le monopole exclusif d&rsquo;un magasin temporaire \u00e0 court terme.<\/li>\n<li>Elle a \u00e9tabli l&rsquo;existence indiscutable de l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme, r\u00e9gi par des principes de discriminabilit\u00e9 temporelle et de rapport de ratio constant.<\/li>\n<li>Elle a conduit au d\u00e9veloppement de mod\u00e8les computationnels modernes fond\u00e9s sur l&rsquo;invariance d&rsquo;\u00e9chelle temporelle et la d\u00e9rive continue du contexte \u00e9pisodique.<\/li>\n<li>Elle constitue un outil de r\u00e9f\u00e9rence pour \u00e9valuer les m\u00e9canismes fondamentaux de la r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique, tant en psychologie exp\u00e9rimentale fondamentale qu&rsquo;en neuropsychologie clinique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bjork, R. A., &#038; Whitten, W. B. (1974). Recency-sensitive retrieval processes in long-term free recall. <em>Cognitive Psychology<\/em>, 6(2), 173\u2013189. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(74)90009-7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(74)90009-7<\/a><\/li>\n<li>Brown, G. D. A., Neath, I., &#038; Chater, N. (2007). A temporal ratio model of memory. <em>Psychological Review<\/em>, 114(3), 539\u2013576. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.114.3.539\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.114.3.539<\/a><\/li>\n<li>Glenberg, A. M., Bradley, M. M., Stevenson, J. A., Kraus, S., Tkachuk, M. J., &#038; Gretz, A. L. (1980). A two-process account of long-term serial position effects. <em>Journal of Experimental Psychology: Human Learning and Memory<\/em>, 6(4), 355\u2013369. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.6.4.355\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.6.4.355<\/a><\/li>\n<li>Howard, M. W., &#038; Kahana, M. J. (1999). Contextual variability and serial position effects in free recall. <em>Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition<\/em>, 25(4), 923\u2013941. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.25.4.923\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0278-7393.25.4.923<\/a><\/li>\n<li>Tzeng, O. J. (1973). Positive recency effect in delayed free recall. <em>Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior<\/em>, 12(4), 436\u2013439. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0022-5371(73)80023-9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0022-5371(73)80023-9<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La t\u00e2che de distracteur continu est un paradigme exp\u00e9rimental cl\u00e9 de la m\u00e9moire humaine d\u00e9montrant l&rsquo;existence de l&rsquo;effet de r\u00e9cence \u00e0 long terme.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[4168,4123,647],"tags":[41882,41883,4156,93,1892],"class_list":["post-24820","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-memoire-humaine","category-methodologie-experimentale","category-psychologie-cognitive","tag-distracteur-continu","tag-effet-de-recence","tag-memoire-episodique","tag-psychologie-cognitive","tag-rappel-libre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24820","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24820\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24820"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24820"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24820"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}