{"id":24258,"date":"2026-11-01T13:27:31","date_gmt":"2026-11-01T13:27:31","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=computer-of-averaged-transients"},"modified":"2026-11-01T13:27:31","modified_gmt":"2026-11-01T13:27:31","slug":"computer-of-averaged-transients","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=computer-of-averaged-transients","title":{"rendered":"Computer of Averaged Transients : Pionnier des ERP"},"content":{"rendered":"<p>Avant l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;informatique moderne en laboratoire, le cerveau humain demeurait une bo\u00eete noire \u00e9lectrophysiologique dont les murmures les plus subtils \u00e9taient syst\u00e9matiquement \u00e9touff\u00e9s par le tumulte chaotique des ondes c\u00e9r\u00e9brales globales. L&rsquo;introduction du <strong>Computer of Averaged Transients<\/strong> a constitu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique et technologique fondamentale, offrant pour la toute premi\u00e8re fois aux chercheurs le moyen d&rsquo;isoler avec nettet\u00e9 les r\u00e9ponses neuronales directes associ\u00e9es aux stimulations sensorielles et aux processus mentaux.<\/p>\n<h2>Computer of Averaged Transients (CAT)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>Computer of Averaged Transients<\/strong> (commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;acronyme <strong>CAT<\/strong>, ou en fran\u00e7ais \u00ab calculateur de transitoires moyenn\u00e9s \u00bb) est un instrument \u00e9lectronique sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 m\u00e9moire num\u00e9rique d\u00e9velopp\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u sp\u00e9cifiquement pour extraire des signaux bio\u00e9lectriques p\u00e9riodiques ou transitoires de faible amplitude enfouis dans un bruit de fond al\u00e9atoire et d&rsquo;amplitude nettement sup\u00e9rieure, en appliquant le principe math\u00e9matique de sommation et de moyennage temporel synchronis\u00e9 sur un stimulus.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;histoire des neurosciences cognitives et de la psychophysiologie, le CAT repr\u00e9sente l&rsquo;appareil pionnier qui a rendu possible l&rsquo;enregistrement syst\u00e9matique, fiable et rapide des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_%C3%A9voqu%C3%A9\">potentiels \u00e9voqu\u00e9s<\/a> sensoriels et des potentiels li\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements (ERP pour <em>Event-Related Potentials<\/em>). En num\u00e9risant les microvolts recueillis sur le scalp et en sommant les r\u00e9ponses align\u00e9es chronologiquement sur l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement externe ou interne, le CAT \u00e9limine le bruit stochastique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> spontan\u00e9e, faisant \u00e9merger des ondes cognitives jusqu&rsquo;alors invisibles \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu.<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme le premier ordinateur de laboratoire d\u00e9di\u00e9 au traitement du signal neurobiologique en temps r\u00e9el, il a transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie clinique et exp\u00e9rimentale d&rsquo;une discipline purement descriptive du trac\u00e9 continu en un outil d&rsquo;investigation quantitatif et millim\u00e9trique de la dynamique c\u00e9r\u00e9brale humaine.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression <em>Computer of Averaged Transients<\/em> puise ses racines dans le lexique combin\u00e9 des math\u00e9matiques, de la physique des syst\u00e8mes dynamiques et de l&rsquo;ing\u00e9nierie computationnelle naissante du milieu du XXe si\u00e8cle. Le substantif \u00ab computer \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>computare<\/em> (\u00ab compter \u00bb, \u00ab calculer ensemble \u00bb), ayant \u00e9volu\u00e9 en anglais pour d\u00e9signer des machines capables d&rsquo;ex\u00e9cuter des op\u00e9rations arithm\u00e9tiques s\u00e9quentielles ou parall\u00e8les.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab averaged \u00bb provient du terme maritime \u00ab avarie \u00bb (du moyen fran\u00e7ais <em>avarie<\/em>, lui-m\u00eame issu de l&rsquo;arabe <em>\u2018aw\u0101r\u012bya<\/em> d\u00e9signant des marchandises endommag\u00e9es r\u00e9parties proportionnellement entre les propri\u00e9taires), ayant gliss\u00e9 en anglais vers la notion de \u00ab moyenne arithm\u00e9tique \u00bb (<em>average<\/em>) obtenue par le quotient de la somme de valeurs par leur nombre. Enfin, le terme \u00ab transients \u00bb provient du participe pr\u00e9sent latin <em>transiens<\/em> (\u00ab qui passe \u00bb, \u00ab passager \u00bb), d\u00e9signant en \u00e9lectrotechnique des ph\u00e9nom\u00e8nes oscillatoires ou des variations de tension \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, non stationnaires et de courte dur\u00e9e d\u00e9clench\u00e9s par une modification abrupte de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un circuit ou d&rsquo;un organisme.<\/p>\n<p>L&rsquo;inventeur de la machine, le scientifique et musicien austro-am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manfred_Clynes\">Manfred Clynes<\/a>, baptisa d&rsquo;abord son premier prototype commercial <strong>Mnemotron<\/strong> (forg\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s Mn\u00e9mosyne, la d\u00e9esse grecque de la m\u00e9moire, combin\u00e9e au suffixe <em>-tron<\/em> \u00e9voquant les tubes \u00e9lectroniques de l&rsquo;\u00e9poque). L&rsquo;acronyme fonctionnel <em>CAT<\/em> s&rsquo;est ensuite impos\u00e9 dans la litt\u00e9rature internationale pour caract\u00e9riser tant la machine physique (le <em>Mnemotron CAT 400<\/em>) que la m\u00e9thodologie d&rsquo;extraction de signaux qu&rsquo;elle incarnait.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;expression <em>Computer of Averaged Transients<\/em> s&#8217;emploie en fran\u00e7ais comme un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>Computers of Averaged Transients<\/em>). L&rsquo;usage acad\u00e9mique admet fr\u00e9quemment l&rsquo;abr\u00e9viation masculine \u00ab le CAT \u00bb ou \u00ab l&rsquo;ordinateur CAT \u00bb, ainsi que des d\u00e9signations p\u00e9riphrastiques fran\u00e7aises telles que \u00ab moyenneur num\u00e9rique de transitoires \u00bb ou \u00ab calculateur de transitoires moyenn\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>La prononciation francis\u00e9e standard transcrit phon\u00e9tiquement l&rsquo;anglais sous la forme \/k\u0259m\u02c8pju\u02d0t\u0259r \u028cv \u02c8\u00e6v\u0259r\u026ad\u0292d \u02c8tr\u00e6nzi\u0259nts\/. Dans la pratique courante des laboratoires francophones des ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;acronyme CAT \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement prononc\u00e9 \u00e0 la fran\u00e7aise \/kat\/ (comme le mot \u00ab chat \u00bb) ou plus rarement \u00e9pel\u00e9 \/se.a.te\/.<\/p>\n<p>Il convient de souligner une pr\u00e9caution d&rsquo;usage homographique : l&rsquo;abr\u00e9viation CAT en contexte biom\u00e9dical moderne fait tr\u00e8s souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la tomographie axiale assist\u00e9e par ordinateur (<em>Computed Axial Tomography<\/em> ou scanner X). Dans la litt\u00e9rature neurophysiologique et psychologique classique, le terme d\u00e9signe rigoureusement le calculateur de moyenne temporelle pour l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le fonctionnement conceptuel du <em>Computer of Averaged Transients<\/em> repose sur la r\u00e9solution d&rsquo;une impasse exp\u00e9rimentale majeure : l&rsquo;asym\u00e9trie extr\u00eame du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rapport_signal_sur_bruit\">rapport signal sur bruit<\/a> (RSB ou <em>SNR<\/em> pour <em>Signal-to-Noise Ratio<\/em>). L&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique de repos oscillant \u00e0 la surface du scalp produit des fluctuations de potentiel de l&rsquo;ordre de 10 \u00e0 100 microvolts (\u00b5V). En revanche, la d\u00e9charge post-synaptique synchrone d\u00e9clench\u00e9e au sein d&rsquo;une aire sensorielle ou associative par un stimulus pr\u00e9cis (un \u00e9clair lumineux, un claquement sonore ou une prise de d\u00e9cision motrice) n&rsquo;induit \u00e0 la surface du cr\u00e2ne que des amplitudes infinit\u00e9simales comprises entre 0,5 et 10 \u00b5V.<\/p>\n<p>Avant le CAT, ce potentiel \u00e9voqu\u00e9 \u00e9tait litt\u00e9ralement noy\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9lectrogen\u00e8se globale continue du cerveau. La th\u00e9orie sous-jacente du CAT postule que le signal total recueilli lors d&rsquo;un essai exp\u00e9rimental se compose de deux \u00e9l\u00e9ments additifs distincts : une r\u00e9ponse neurophysiologique transitoire invariante et temporellement verrouill\u00e9e sur le stimulus (le signal d&rsquo;int\u00e9r\u00eat), et une activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale oscillatoire sous-jacente non synchronis\u00e9e avec ce stimulus, consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un point de vue statistique comme un bruit gaussien al\u00e9atoire de moyenne nulle.<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 computationnel ex\u00e9cut\u00e9 par le CAT s&rsquo;articule autour de la segmentation temporelle et de l&rsquo;accumulation num\u00e9rique. \u00c0 chaque occurrence du stimulus, une impulsion \u00e9lectrique de synchronisation (le <em>trigger<\/em>) d\u00e9clenche le balayage d&rsquo;enregistrement du CAT. Ce dernier divise la fen\u00eatre temporelle post-stimulus (par exemple 500 millisecondes) en un nombre fini de canaux ou d&rsquo;adresses d&rsquo;\u00e9chantillonnage temporel (g\u00e9n\u00e9ralement 400 points d&rsquo;adresse m\u00e9moire dans le mod\u00e8le matriciel originel).<\/p>\n<p>\u00c0 chaque point de balayage, la valeur de tension analogique du signal EEG est \u00e9chantillonn\u00e9e, convertie en impulsions num\u00e9riques et additionn\u00e9e alg\u00e9briquement au contenu pr\u00e9existant de l&rsquo;adresse m\u00e9moire correspondante. Si l&rsquo;on r\u00e9p\u00e8te l&rsquo;op\u00e9ration sur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> pr\u00e9sentations successives du m\u00eame stimulus, les composantes d&rsquo;ondes c\u00e9r\u00e9brales spontan\u00e9es, oscillant alternativement vers des polarit\u00e9s positives et n\u00e9gatives sans corr\u00e9lation de phase avec le d\u00e9clencheur, s&rsquo;annulent mutuellement au cours de la sommation. Inversement, l&rsquo;onde neurophysiologique temporellement coupl\u00e9e au stimulus s&rsquo;additionne de mani\u00e8re constructive \u00e0 chaque it\u00e9ration.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle fondamentale du gain du rapport signal sur bruit stipule que l&rsquo;amplitude du signal somm\u00e9 cro\u00eet proportionnellement au nombre d&rsquo;essais <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>, alors que l&rsquo;amplitude quadratique moyenne du bruit stochastique ne progresse que proportionnellement \u00e0 la racine carr\u00e9e du nombre d&rsquo;essais (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{N}\">$\\sqrt{N}$<\/span>). En cons\u00e9quence, le rapport signal sur bruit th\u00e9orique est am\u00e9lior\u00e9 d&rsquo;un facteur \u00e9gal \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{N}\">$\\sqrt{N}$<\/span>. Apr\u00e8s une centaine de r\u00e9p\u00e9titions, un potentiel c\u00e9r\u00e9bral de 2 microvolts enfoui sous un bruit de 50 microvolts \u00e9merge distinctement avec une clart\u00e9 morphologique in\u00e9dite.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9tection des signaux \u00e9voqu\u00e9s d\u00e9bute v\u00e9ritablement avec les travaux pr\u00e9curseurs du physiologiste britannique George Dawson \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. Dawson inventa d&rsquo;abord une technique de superimposition photographique sur plaques de verre, puis con\u00e7ut en 1954 un moyenneur \u00e9lectrom\u00e9canique compos\u00e9 d&rsquo;un commutateur rotatif coupl\u00e9 \u00e0 une s\u00e9rie de condensateurs de stockage analogiques. Bien que novateur, ce dispositif m\u00e9canique souffrait d&rsquo;une d\u00e9rive capacitive importante, d&rsquo;une grande fragilit\u00e9 m\u00e9canique et d&rsquo;un nombre tr\u00e8s restreint de points de mesure.<\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1960, au sein du Rockland State Hospital \u00e0 Orangeburg (New York), Manfred Clynes, alors directeur du laboratoire de simulation dynamique, s&rsquo;attaqua au probl\u00e8me du traitement en ligne des biosignaux. Scientifique aux comp\u00e9tences \u00e9clectiques \u2014 polytechnicien, ing\u00e9nieur du son, neurophysiologiste et pianiste concertiste de renomm\u00e9e mondiale \u2014, Clynes comprit que seule une architecture num\u00e9rique \u00e0 m\u00e9moire magn\u00e9tique rapide pouvait surmonter les limites des syst\u00e8mes analogiques de Dawson.<\/p>\n<p>En 1961, Clynes d\u00e9posa le brevet du <em>Mnemotron<\/em>, rapidement rebaptis\u00e9 <em>Computer of Averaged Transients<\/em> (CAT 400). Cet appareil autonome, d&rsquo;une taille comparable \u00e0 celle d&rsquo;un oscilloscope de table volumineux mais transportable, disposait d&rsquo;une m\u00e9moire de 400 mots magn\u00e9tiques \u00e0 tores de ferrite. Pour commercialiser cette rupture technique, Clynes fonda la <em>Mnemotron Corporation<\/em>, qui fut rapidement acquise par la <em>Technical Measurement Corporation<\/em> (TMC). Le CAT 400 devint imm\u00e9diatement l&rsquo;\u00e9quipement vedette des laboratoires d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie les plus renomm\u00e9s du monde entier.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e du CAT permit des perc\u00e9es scientifiques spectaculaires d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1960. En Allemagne, \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Fribourg-en-Brisgau, Hans Helmut Kornhuber et L\u00fcder Deecke utilis\u00e8rent un CAT 400B pour analyser l&rsquo;EEG d&rsquo;individus effectuant des mouvements volontaires des doigts. En d\u00e9clenchant le balayage du CAT \u00e0 rebours \u00e0 partir de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectromyographique du muscle, ils d\u00e9couvrirent en 1964 le c\u00e9l\u00e8bre <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Bereitschaftspotential\">Bereitschaftspotential<\/a> (potentiel de pr\u00e9paration motrice), d\u00e9montrant qu&rsquo;une onde de n\u00e9gativit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;action volontaire consciente de pr\u00e8s d&rsquo;une seconde.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, au Burden Neurological Institute de Bristol, William Grey Walter et ses collaborateurs s&rsquo;appuy\u00e8rent sur les principes du moyennage computationnel pour isoler la <em>Contingent Negative Variation<\/em> (CNV ou onde d&rsquo;attente), premi\u00e8re onde c\u00e9r\u00e9brale purement cognitive li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;anticipation d&rsquo;un stimulus significatif. Durant les d\u00e9cennies 1970 et 1980, le concept pionnier du CAT s&rsquo;est dilu\u00e9 dans l&rsquo;informatique g\u00e9n\u00e9rale : les modules mat\u00e9riels d\u00e9di\u00e9s ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 des convertisseurs analogique-num\u00e9rique universels pilot\u00e9s par des mini-ordinateurs (comme les PDP-8 et PDP-11 de DEC), puis par des micro-ordinateurs PC \u00e9quip\u00e9s de logiciels de traitement num\u00e9rique du signal.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le cadre conceptuel du CAT s&rsquo;inscrit au carrefour de la th\u00e9orie du signal de Wiener, de la cybern\u00e9tique et des probabilit\u00e9s stationnaires. L&rsquo;hypoth\u00e8se de base formul\u00e9e pour valider le calcul de moyennage peut s&rsquo;exprimer math\u00e9matiquement par l&rsquo;\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale du signal enregistr\u00e9 lors du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span>-i\u00e8me essai :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"x_k(t) = s(t) + n_k(t)\">$$x_k(t) = s(t) + n_k(t)$$<\/span><\/p>\n<p>Dans cette formulation, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s(t)\">$s(t)$<\/span> repr\u00e9sente le signal transitoire d\u00e9terministe (le potentiel \u00e9voqu\u00e9) d\u00e9clench\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instant fixe <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"t = 0\">$t = 0$<\/span>, strictement reproductible en forme et en latence d&rsquo;un essai \u00e0 l&rsquo;autre. Le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"n_k(t)\">$n_k(t)$<\/span> symbolise le bruit \u00e9lectroenc\u00e9phalographique de fond, pr\u00e9sum\u00e9 \u00eatre un processus stochastique stationnaire ergodique, dont l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique est nulle :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\mathbb{E}[n_k(t)] = 0\">$$\\mathbb{E}[n_k(t)] = 0$$<\/span><\/p>\n<p>En proc\u00e9dant \u00e0 la sommation arithm\u00e9tique de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> essais successifs puis \u00e0 leur division par <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>, la moyenne observ\u00e9e <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\bar{x}(t)\">$\\bar{x}(t)$<\/span> s&rsquo;\u00e9nonce comme suit :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\bar{x}(t) = \\frac{1}{N} \\sum_{k=1}^N x_k(t) = s(t) + \\frac{1}{N} \\sum_{k=1}^N n_k(t)\">$$\\bar{x}(t) = \\frac{1}{N} \\sum_{k=1}^N x_k(t) = s(t) + \\frac{1}{N} \\sum_{k=1}^N n_k(t)$$<\/span><\/p>\n<p>En vertu de la loi des grands nombres et du th\u00e9or\u00e8me central limite, lorsque le nombre d&rsquo;essais <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> tend vers l&rsquo;infini, la variance du terme r\u00e9siduel de bruit d\u00e9cro\u00eet de fa\u00e7on inversement proportionnelle \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>, et l&rsquo;amplitude moyenne quadratique du r\u00e9sidu tend vers z\u00e9ro. Le profil moyen converge ainsi formellement vers le signal invariant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s(t)\">$s(t)$<\/span>.<\/p>\n<p>Ce fondement th\u00e9orique a profond\u00e9ment marqu\u00e9 la psychologie cognitive en introduisant une dissociation \u00e9pist\u00e9mologique entre les \u00e9tats d&rsquo;activation c\u00e9r\u00e9brale continus (le tonus cortical refl\u00e9t\u00e9 par le rythme alpha ou b\u00eata) et les op\u00e9rations de traitement de l&rsquo;information discr\u00e8tes (les micro-\u00e9tapes de d\u00e9tection, cat\u00e9gorisation et encodage mn\u00e9sique refl\u00e9t\u00e9es par les composantes P100, N100, P300).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture interne du <em>Computer of Averaged Transients<\/em> standard (tel que le mod\u00e8le embl\u00e9matique Mnemotron CAT 400B) se subdivisait en plusieurs sous-syst\u00e8mes mat\u00e9riels hautement sp\u00e9cialis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Module de d\u00e9clenchement synchrone (Trigger Input) :<\/strong> Circuit \u00e9lectronique recevant une impulsion externe \u00e9mise au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le stimulus est administr\u00e9 (ou au moment de la contraction musculaire), initiant avec une gigue temporelle inf\u00e9rieure \u00e0 la microseconde l&rsquo;ouverture de la fen\u00eatre d&rsquo;analyse.<\/li>\n<li><strong>Convertisseur analogique-num\u00e9rique (CAN) \u00e0 modulation temporelle :<\/strong> \u00c9tage convertissant la tension \u00e9lectrophysiologique continue amplifi\u00e9e en un train d&rsquo;impulsions dont la fr\u00e9quence ou la dur\u00e9e \u00e9tait rigoureusement proportionnelle \u00e0 l&rsquo;amplitude du potentiel \u00e9lectrique.<\/li>\n<li><strong>Matrice de m\u00e9moire \u00e0 tores de ferrite (Magnetic Core Memory) :<\/strong> M\u00e9moire vive non volatile de 400 adresses num\u00e9riques. Selon le protocole de configuration, cette m\u00e9moire pouvait \u00eatre allou\u00e9e en une seule voie de 400 points temporels, en deux voies ind\u00e9pendantes de 200 points, ou en quatre voies simultan\u00e9es de 100 points chacune.<\/li>\n<li><strong>Unit\u00e9 arithm\u00e9tique binaire d&rsquo;accumulation :<\/strong> Processeur c\u00e2bl\u00e9 \u00e0 fonction unique ex\u00e9cutant l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab lire l&rsquo;adresse m\u00e9moire, additionner la nouvelle valeur \u00e9chantillonn\u00e9e, stocker le r\u00e9sultat \u00bb pour chaque tranche temporelle du balayage.<\/li>\n<li><strong>Horloge \u00e0 quartz et base de temps r\u00e9glable :<\/strong> S\u00e9lecteur rotatif permettant de calibrer la dur\u00e9e totale d&rsquo;analyse par balayage, de quelques millisecondes (pour l&rsquo;\u00e9tude des potentiels auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral) \u00e0 plusieurs secondes (pour l&rsquo;\u00e9tude des variations lentes de pr\u00e9paration motrice).<\/li>\n<li><strong>Interface de restitution analogique et affichage :<\/strong> Convertisseur num\u00e9rique-analogique coupl\u00e9 directement \u00e0 un \u00e9cran cathodique incorpor\u00e9 pour le monitoring visuel en temps r\u00e9el, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des sorties destin\u00e9es \u00e0 des tables tra\u00e7antes analogiques papier (traceurs X-Y type Moseley) ou \u00e0 des perforateurs de ruban papier pour archivage informatique externe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la transformation concr\u00e8te op\u00e9r\u00e9e par le CAT dans la pratique de recherche, examinons trois protocoles embl\u00e9matiques r\u00e9alis\u00e9s dans les d\u00e9cennies 1960 et 1970 :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;identification du potentiel de pr\u00e9paration motrice (Bereitschaftspotential).<\/strong> Dans les exp\u00e9riences de Kornhuber et Deecke, un sujet assis \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 fl\u00e9chir spontan\u00e9ment et librement l&rsquo;index droit sans r\u00e9gularit\u00e9 temporelle pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e. L&rsquo;EEG continu \u00e9tait enregistr\u00e9 simultan\u00e9ment au sommet du cr\u00e2ne et sur les r\u00e9gions motrices, tandis qu&rsquo;un capteur myographique rep\u00e9rait le d\u00e9but exact du mouvement du doigt. L&rsquo;astuce technique consistait \u00e0 enregistrer l&rsquo;EEG sur bande magn\u00e9tique analogique et \u00e0 le relire en sens inverse vers le CAT d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lectromyogramme. Apr\u00e8s le moyennage d&rsquo;environ 500 mouvements, le CAT r\u00e9v\u00e9la une rampe n\u00e9gative lente d\u00e9butant environ 800 \u00e0 1000 millisecondes avant la contraction physique, d\u00e9montrant que le cortex commence l&rsquo;orchestration motrice bien avant la manifestation objective du geste.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;audiom\u00e9trie objective chez le nourrisson non verbal.<\/strong> Avant le moyennage num\u00e9rique, il \u00e9tait impossible de d\u00e9terminer avec certitude si un jeune enfant atteint de retard de d\u00e9veloppement pr\u00e9sentait une surdit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique ou une aphasie centrale. En utilisant le CAT coupl\u00e9 \u00e0 des bips sonores r\u00e9p\u00e9titifs (100 \u00e0 500 clics), les cliniciens ont pu extraire du scalp temporal la morphologie des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces et corticaux. La pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence d&rsquo;ondes \u00e0 latence normale fournissait une mesure objective et seuil-pr\u00e9cise de l&rsquo;acuit\u00e9 auditive, sans n\u00e9cessiter aucune collaboration verbale ou motrice du patient.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : La d\u00e9tection pr\u00e9coce des atteintes de la scl\u00e9rose en plaques.<\/strong> Dans le diagnostic neurologique de la scl\u00e9rose en plaques, la d\u00e9my\u00e9linisation du nerf optique peut rester asymptomatique sur le plan de la vision globale. En projetant un damier alternant sur un \u0153il et en moyennant les r\u00e9ponses visuelles occipitales avec le CAT, les neurologues mesuraient la latence de l&rsquo;onde positive P100. Un allongement significatif de cette latence (par exemple 130 ms au lieu de 100 ms) attestait d&rsquo;un ralentissement de la conduction saltatoire le long de la voie visuelle, apportant une preuve paraclinique formelle de l\u00e9sion multifocale du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation rigoureuse d&rsquo;un <em>Computer of Averaged Transients<\/em> n\u00e9cessitait un contr\u00f4le m\u00e9trologique m\u00e9ticuleux des param\u00e8tres d&rsquo;acquisition afin d&rsquo;\u00e9viter la formation d&rsquo;art\u00e9facts de calcul. L&rsquo;\u00e9valuation de la qualit\u00e9 d&rsquo;un signal extrait au CAT reposait sur plusieurs crit\u00e8res quantitatifs :<\/p>\n<p>Le premier param\u00e8tre critique concernait la r\u00e9solution temporelle par adresse m\u00e9moire. Si l&rsquo;on analysait un ph\u00e9nom\u00e8ne de 1 seconde r\u00e9parti sur 100 points de mesure, chaque canal d&rsquo;\u00e9chantillonnage repr\u00e9sentait une tranche int\u00e9gr\u00e9e de 10 millisecondes, ce qui \u00e9tait suffisant pour les composantes lentes mais inadapt\u00e9 pour les ondes auditives ultrarapides du tronc c\u00e9r\u00e9bral (qui n\u00e9cessitent une r\u00e9solution de l&rsquo;ordre de la fraction de milliseconde). Le chercheur devait arbitrer entre l&rsquo;\u00e9tendue de la fen\u00eatre post-stimulus et la fr\u00e9quence d&rsquo;\u00e9chantillonnage de chaque point.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9fi majeur tenait au ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab saturation \u00bb ou d\u00e9bordement arithm\u00e9tique de la m\u00e9moire magn\u00e9tique. En l&rsquo;absence de microprocesseurs capables de g\u00e9rer des entiers \u00e0 virgule flottante, les adresses \u00e0 tores de ferrite du CAT disposaient d&rsquo;une capacit\u00e9 de comptage binaire born\u00e9e. Si une d\u00e9charge \u00e9pileptiforme ou un mouvement oculaire violent survenait pendant un essai, la tension excessive inject\u00e9e pouvait saturer instantan\u00e9ment la m\u00e9moire de l&rsquo;adresse correspondante, d\u00e9truisant la repr\u00e9sentativit\u00e9 de la moyenne globale. Les exp\u00e9rimentateurs devaient surveiller en permanence le trac\u00e9 et interrompre manuellement l&rsquo;accumulation en cas d&rsquo;art\u00e9fact moteur massif.<\/p>\n<p>Enfin, pour \u00e9valuer si l&rsquo;onde finale obtenue repr\u00e9sentait un signal neurophysiologique authentique ou un artefact r\u00e9siduel de bruit mal annul\u00e9, la m\u00e9thode canonique consistait \u00e0 scinder le protocole en deux sous-s\u00e9ries distinctes (par exemple les essais pairs moyenn\u00e9s sur les m\u00e9moires 1-200 et les essais impairs sur les m\u00e9moires 201-400). La superposition parfaite des deux trac\u00e9s ind\u00e9pendants apportait la confirmation empirique de la r\u00e9plicabilit\u00e9 du potentiel \u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact pratique du CAT a irrigu\u00e9 un nombre consid\u00e9rable de sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales et de disciplines acad\u00e9miques des sciences humaines :<\/p>\n<p>En <strong>psychologie cognitive et exp\u00e9rimentale<\/strong>, le CAT a ouvert l&rsquo;\u00e8re de la chronom\u00e9trie mentale \u00e9lectrophysiologique. Pour la premi\u00e8re fois, il devenait envisageable de d\u00e9couper temporellement les op\u00e9rations cognitives successives intervenant entre la perception d&rsquo;un signal et l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un comportement, jetant les bases des paradigmes d&rsquo;attention s\u00e9lective (ondes N1, onde de mismatch n\u00e9gative) et de traitement de l&rsquo;incongruit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>En <strong>neurologie clinique<\/strong>, le CAT a inaugur\u00e9 le diagnostic fonctionnel des voies de conduction nerveuse centrale. Les potentiels \u00e9voqu\u00e9s somesth\u00e9siques (PES), visuels (PEV) et auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC) sont devenus des examens de routine pour le d\u00e9pistage des tumeurs de l&rsquo;angle pontoc\u00e9r\u00e9belleux, le suivi des comas, l&rsquo;\u00e9valuation des traumatismes cr\u00e2niens et le diagnostic de mort enc\u00e9phalique.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie biologique<\/strong>, le CAT a servi d&rsquo;instrument d&rsquo;investigation pour sonder les anomalies du traitement de l&rsquo;information dans la schizophr\u00e9nie et les troubles de l&rsquo;humeur. Les anomalies d&rsquo;inhibition sensorielle (filtrage auditif P50) et les d\u00e9ficits de l&rsquo;onde P300 ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des perturbations microscopiques de l&rsquo;attention et de la m\u00e9moire de travail non d\u00e9celables par l&rsquo;EEG standard.<\/p>\n<p>En <strong>ergonomie et physiologie du travail<\/strong>, le CAT a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960 pour \u00e9valuer la charge mentale des pilotes d&rsquo;aviation, des op\u00e9rateurs de centrales nucl\u00e9aires et des contr\u00f4leurs a\u00e9riens, en mesurant la d\u00e9gradation d&rsquo;amplitude des r\u00e9ponses \u00e9voqu\u00e9es en situation de privation de sommeil ou de stress op\u00e9rationnel soutenu.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les publications fondatrices issues directement de l&rsquo;exploitation du CAT constituent des classiques absolus de la litt\u00e9rature neuroscientifique. D\u00e8s 1961 et 1962, Manfred Clynes et Michael Kohn ont publi\u00e9 dans des revues d&rsquo;ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale et des annales hospitali\u00e8res les premi\u00e8res s\u00e9ries de potentiels visuels et respiratoires moyenn\u00e9s par le Mnemotron, validant exp\u00e9rimentalement le gain math\u00e9matique de rapport signal sur bruit pr\u00e9vu par les \u00e9quations th\u00e9oriques.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude historique de Kornhuber et Deecke, publi\u00e9e en 1965 dans les <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em> sous le titre <em>\u00ab Hirnpotential\u00e4nderungen bei Willk\u00fcrbewegungen und passiven Bewegungen des Menschen: Bereitschaftspotential und r\u00fcckefferente Potentiale \u00bb<\/em>, repose int\u00e9gralement sur les enregistrements effectu\u00e9s avec le Mnemotron CAT 400B. Ce travail a d\u00e9montr\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 biophysique d&rsquo;une programmation corticale ant\u00e9rieure \u00e0 la d\u00e9cision motrice, d\u00e9clenchant des d\u00e9bats philosophiques et scientifiques majeurs qui ont plus tard inspir\u00e9 les c\u00e9l\u00e8bres exp\u00e9riences de Benjamin Libet sur le libre arbitre.<\/p>\n<p>Dans le domaine auditif, les travaux pionniers de Hallowell Davis au <em>Central Institute for the Deaf<\/em> \u00e0 Saint-Louis au cours des ann\u00e9es 1960 ont standardis\u00e9 l&rsquo;extraction des potentiels auditifs corticaux lents au moyen du CAT. Davis a d\u00e9montr\u00e9 une corr\u00e9lation hautement significative entre les seuils d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique n\u00e9cessaires pour susciter une composante N1-P2 observable au CAT et les seuils d&rsquo;audibilit\u00e9 psychoacoustique d\u00e9termin\u00e9s par les m\u00e9thodes subjectives traditionnelles.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es probantes ont \u00e9t\u00e9 enrichies par les travaux d&rsquo;Herbert Vaughan et de ses coll\u00e8gues du Albert Einstein College of Medicine, qui ont utilis\u00e9 le CAT pour cartographier la topographie corticale des potentiels somatosensoriels chez les primates et les humains, confirmant l&rsquo;organisation somatotopique des r\u00e9ponses fonctionnelles \u00e0 la surface du scalp.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La diffusion du <em>Computer of Averaged Transients<\/em> au cours des d\u00e9cennies 1960 et 1970 s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e dans un contexte g\u00e9opolitique de guerre froide et d&rsquo;internationalisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de la biom\u00e9decine. L&rsquo;appareil, bien que produit aux \u00c9tats-Unis, s&rsquo;est rapidement diffus\u00e9 dans les principaux centres acad\u00e9miques d&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest, d&rsquo;URSS et du Japon.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;introduction de l&rsquo;ordinateur CAT a profond\u00e9ment influenc\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie clinique anim\u00e9e par des figures telles que Paul Dell \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Henri-Rousselle ou Antoine R\u00e9mond \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re. R\u00e9mond, qui d\u00e9veloppait parall\u00e8lement ses propres m\u00e9thodes de cartographie topographique du potentiel c\u00e9r\u00e9bral (le Phasotron et le syst\u00e8me Matilde), a imm\u00e9diatement per\u00e7u dans le CAT le moyen d&rsquo;automatiser et de fiabiliser les calculs laborieux jusqu&rsquo;alors ex\u00e9cut\u00e9s par des m\u00e9thodes graphiques semi-manuelles.<\/p>\n<p>Sur le plan culturel de la pratique m\u00e9dicale, le CAT a particip\u00e9 \u00e0 une uniformisation globale de la s\u00e9miologie \u00e9lectrophysiologique. Quels que soient la langue, le pays d&rsquo;origine ou l&rsquo;\u00e9cole clinique, les neurologues ont commenc\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter les m\u00eames morphologies d&rsquo;ondes d\u00e9sign\u00e9es par une nomenclature standardis\u00e9e (N100, P200, N200, P300), promue par la F\u00e9d\u00e9ration internationale de neurophysiologie clinique (IFCN).<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;enthousiasme r\u00e9volutionnaire suscit\u00e9 par le CAT, la m\u00e9thode du moyennage par sommation synchrone a soulev\u00e9 d&rsquo;importantes controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>La critique la plus fondamentale concerne l&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se d&rsquo;invariance et de stationnarit\u00e9<\/strong> du signal \u00e9voqu\u00e9. Le principe du CAT pr\u00e9suppose que la r\u00e9ponse c\u00e9r\u00e9brale <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s(t)\">$s(t)$<\/span> est strictement identique \u00e0 chaque essai. Or, le cerveau humain est un syst\u00e8me biologique plastique, vivant et hautement adaptatif. D&rsquo;un essai \u00e0 l&rsquo;autre, des ph\u00e9nom\u00e8nes de fatigue, d&rsquo;habituation neuronale, de fluctuation attentionnelle ou de microsaccades oculaires modifient l&rsquo;amplitude et la latence de la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Cette variabilit\u00e9 de latence d&rsquo;un essai \u00e0 l&rsquo;autre (commun\u00e9ment appel\u00e9e la <em>gigue temporelle<\/em> ou <em>latency jitter<\/em>) entra\u00eene un effet pervers lors du calcul de la moyenne : elle provoque un \u00e9largissement artificiel des pics et une sous-estimation syst\u00e9matique de leur amplitude r\u00e9elle. Deux composantes nettes et \u00e9troites apparaissant \u00e0 des latences l\u00e9g\u00e8rement fluctuantes peuvent ainsi se fusionner dans la moyenne du CAT en une seule onde basse et \u00e9tal\u00e9e, induisant en erreur l&rsquo;observateur sur la dynamique r\u00e9elle du micro-circuit cortical.<\/p>\n<p>Une seconde limite tenait au <strong>co\u00fbt prohibitif et \u00e0 l&rsquo;encombrement<\/strong> du dispositif originel. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, l&rsquo;acquisition d&rsquo;un Mnemotron CAT repr\u00e9sentait un investissement financier majeur (souvent plus de 10 000 dollars am\u00e9ricains de l&rsquo;\u00e9poque, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de pr\u00e8s de 100 000 dollars actuels), r\u00e9servant initialement son utilisation \u00e0 une poign\u00e9e d&rsquo;instituts de recherche d&rsquo;\u00e9lite dot\u00e9s de subventions substantielles.<\/p>\n<p>Enfin, la perte irr\u00e9m\u00e9diable de l&rsquo;information individuelle essai par essai constituait une frustration majeure pour les psychologues de la d\u00e9cision. En \u00e9crasant la variabilit\u00e9 sous une moyenne liss\u00e9e unique, le CAT occultait les dynamiques cognitives d&rsquo;apprentissage, les h\u00e9sitations et les bifurcations strat\u00e9giques propres \u00e0 chaque essai singulier, incitant des d\u00e9cennies plus tard les chercheurs \u00e0 d\u00e9velopper des algorithmes avanc\u00e9s de d\u00e9tection \u00e0 essai unique (<em>single-trial analysis<\/em>) bas\u00e9s sur l&rsquo;analyse en composantes ind\u00e9pendantes et les d\u00e9compositions temps-fr\u00e9quence en ondelettes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender pr\u00e9cis\u00e9ment la nature du CAT dans l&rsquo;arsenal des sciences cognitives, il convient de le distinguer clairement de concepts et de technologies connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9lectroenc\u00e9phalographie continue standard (EEG) :<\/strong> Enregistrement brut en temps r\u00e9el du trac\u00e9 global des ondes c\u00e9r\u00e9brales spontan\u00e9es. Contrairement au CAT, l&rsquo;EEG standard ne proc\u00e8de \u00e0 aucun calcul de moyenne synchronis\u00e9e et ne permet pas d&rsquo;observer directement les micro-r\u00e9ponses transitoires de faible voltage masqu\u00e9es par le rythme alpha ou\u55b3th\u00eata.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s \/ Potentiels li\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements (ERP) :<\/strong> Les ERP constituent le ph\u00e9nom\u00e8ne neurophysiologique extrait (le signal biologique mesur\u00e9), tandis que le CAT \u00e9tait l&rsquo;instrument technologique sp\u00e9cifique (l&rsquo;ordinateur) utilis\u00e9 pour r\u00e9aliser cette extraction.<\/li>\n<li><strong>Scanner CAT (Computed Axial Tomography) :<\/strong> Terme homonymique pr\u00eatant fr\u00e9quemment \u00e0 confusion chez les non-sp\u00e9cialistes. Le scanner CAT est une modalit\u00e9 d&rsquo;imagerie radiologique morphologique par rayons X reconstituant des coupes anatomiques 3D des tissus, sans aucun rapport avec l&rsquo;ordinateur de moyennage \u00e9lectrophysiologique de Manfred Clynes.<\/li>\n<li><strong>Analyse spectrale par transform\u00e9e de Fourier (FFT) :<\/strong> Technique math\u00e9matique d\u00e9composant un signal en ses fr\u00e9quences constitutives stationnaires (ondes delta, th\u00eata, alpha, b\u00eata, gamma). Le CAT pr\u00e9serve la structure temporelle milliseconde par milliseconde du signal dans le domaine temporel, alors que la FFT convertit le signal dans le domaine fr\u00e9quentiel sans conservation directe de la forme d&rsquo;onde instantan\u00e9e transitoire.<\/li>\n<li><strong>Moyenneur \u00e9lectrom\u00e9canique de Dawson :<\/strong> Pr\u00e9d\u00e9cesseur imm\u00e9diat du CAT invent\u00e9 en 1954. Alors que le syst\u00e8me de Dawson utilisait des contacts m\u00e9caniques rotatifs et des condensateurs analogiques sujets \u00e0 des fuites de charge, le CAT employait une num\u00e9risation par convertisseur et une m\u00e9moire matricielle \u00e0 tores magn\u00e9tiques enti\u00e8rement statique et digitale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le <strong>Computer of Averaged Transients (CAT)<\/strong> a marqu\u00e9 une transition historique capitale dans la fa\u00e7on dont les sciences cognitives et la m\u00e9decine explorent le fonctionnement du cerveau humain. Con\u00e7u au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 par Manfred Clynes, cet appareil a r\u00e9solu l&rsquo;obstacle s\u00e9culaire du rapport signal sur bruit en sommant de mani\u00e8re num\u00e9rique des segments d&rsquo;ondes c\u00e9r\u00e9brales synchronis\u00e9s sur un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9duction du bruit al\u00e9atoire proportionnelle \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sqrt{N}\">$\\sqrt{N}$<\/span>, le CAT a transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie en r\u00e9v\u00e9lant les \u00e9tapes millim\u00e9triques du traitement de l&rsquo;information dans le cortex. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 lui que des d\u00e9couvertes majeures telles que le potentiel de pr\u00e9paration motrice (Bereitschaftspotential) et les premi\u00e8res composantes cognitives endog\u00e8nes ont pu \u00eatre document\u00e9es de fa\u00e7on indiscutable.<\/p>\n<p>Bien que ses circuits mat\u00e9riels d\u00e9di\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par la puissance flexible des ordinateurs personnels actuels, l&rsquo;algorithme math\u00e9matique d&rsquo;extraction par moyennage de transitoires inaugur\u00e9 par le CAT demeure, plus de soixante ans apr\u00e8s son invention, la pierre angulaire m\u00e9thodologique de toute la recherche moderne sur les potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Clynes, M. (1962). CAT (Computer of Average Transients): An aid for biological and medical research. <em>Transactions of the New York Academy of Sciences<\/em>, 24(7), 785\u2013790.<\/p>\n<p>Clynes, M., &#038; Kohn, M. (1960). Portable 400-channel computer of average transients (CAT). <em>Proceedings of the 13th Annual Conference on Electrical Techniques in Medicine and Biology<\/em>, 12, 44\u201345.<\/p>\n<p>Dawson, G. D. (1954). A summation technique for the detection of small evoked potentials. <em>Electroencephalography and Clinical Neurophysiology<\/em>, 6(1), 65\u201384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0013-4694(54)90007-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0013-4694(54)90007-3<\/a><\/p>\n<p>Kornhuber, H. H., &#038; Deecke, L. (1965). Hirnpotential\u00e4nderungen bei Willk\u00fcrbewegungen und passiven Bewegungen des Menschen: Bereitschaftspotential und r\u00fcckefferente Potentiale. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 284(1), 1\u201317. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00412364\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00412364<\/a><\/p>\n<p>Walter, W. G., Cooper, R., Aldridge, V. J., McCallum, W. C., &#038; Winter, A. L. (1964). Contingent negative variation: An electric sign of sensori-motor association and expectancy in the human brain. <em>Nature<\/em>, 203(4943), 380\u2013384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/203380a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/203380a0<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;histoire, les principes et l&rsquo;impact du Computer of Averaged Transients (CAT), l&rsquo;appareil pionnier ayant permis la d\u00e9couverte des potentiels \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1516,304,1387],"tags":[41136,6797,41138,41137,5046,6878],"class_list":["post-24258","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-methodologie-de-recherche","category-neurosciences-cognitives","tag-computer-of-averaged-transients","tag-electroencephalographie","tag-erp","tag-manfred-clynes","tag-potentiels-evoques","tag-psychophysiologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24258\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}