{"id":24187,"date":"2026-11-01T10:46:12","date_gmt":"2026-11-01T10:46:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=crise-partielle-complexe"},"modified":"2026-11-01T10:46:12","modified_gmt":"2026-11-01T10:46:12","slug":"crise-partielle-complexe","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=crise-partielle-complexe","title":{"rendered":"Crise partielle complexe : Au c\u0153ur de la conscience"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 la crois\u00e9e fascinante de la neurologie clinique et de la neuropsychologie, la crise partielle complexe constitue l&rsquo;une des manifestations les plus intrigantes des dysfonctionnements du syst\u00e8me nerveux central. En suspendant partiellement la vigilance sans n\u00e9cessairement abolir toute r\u00e9activit\u00e9 motrice, ce ph\u00e9nom\u00e8ne paroxystique alt\u00e8re de mani\u00e8re singuli\u00e8re le sentiment m\u00eame d&rsquo;ips\u00e9it\u00e9, la continuit\u00e9 mn\u00e9sique et le rapport au monde environnant. Comprendre les m\u00e9canismes intimes de ces crises exige d&rsquo;explorer non seulement l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie des r\u00e9seaux neuronaux corticaux et limbiques, mais \u00e9galement les r\u00e9percussions psychologiques et cognitives profondes v\u00e9cues par les personnes qui en font l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<h2>Crise partielle complexe<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>crise partielle complexe<\/strong>, historiquement d\u00e9finie par la Ligue internationale contre l&rsquo;\u00e9pilepsie (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ligue_internationale_contre_l%27%C3%A9pilepsie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ligue internationale contre l&rsquo;\u00e9pilepsie<\/a>, ILAE) dans sa classification de 1981 et r\u00e9actualis\u00e9e en 2017 sous la terminologie de \u00ab crise focale avec alt\u00e9ration de la conscience \u00bb, d\u00e9signe un \u00e9v\u00e9nement paroxystique \u00e9pileptique qui prend naissance au sein d&rsquo;un r\u00e9seau neuronal circonscrit \u00e0 un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral et qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;une compromission ou d&rsquo;une perte partielle de la conscience et du contact avec l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>Contrairement aux crises partielles simples o\u00f9 la lucidit\u00e9 du sujet demeure intacte tout au long de la d\u00e9charge paroxystique, la crise partielle complexe se caract\u00e9rise par une incapacit\u00e9 transitoire \u00e0 percevoir, int\u00e9grer, r\u00e9agir ad\u00e9quatement aux stimuli ext\u00e9rieurs ou \u00e0 encoder des souvenirs relatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode. Bien que le patient puisse sembler \u00e9veill\u00e9, avoir les yeux ouverts et ex\u00e9cuter des mouvements involontaires coordonn\u00e9s appel\u00e9s automatismes, sa conscience de soi et de la situation se trouve profond\u00e9ment d\u00e9sorganis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, cette manifestation constitue le prototype des crises \u00e9pileptiques temporales et frontales. Elle illustre avec acuit\u00e9 la dissociation possible entre l&rsquo;\u00e9tat de veille (maintien du tonus postural et de l&rsquo;ouverture des yeux) et le contenu de la conscience (acc\u00e8s aux repr\u00e9sentations subjectives, m\u00e9moire de travail et m\u00e9tacognition), offrant un mod\u00e8le neurobiologique d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat capital pour la psychologie cognitive et la psychiatrie biologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;intitul\u00e9 \u00ab crise partielle complexe \u00bb r\u00e9sulte de l&rsquo;agencement de trois lex\u00e8mes aux racines \u00e9tymologiques distinctes qui d\u00e9crivent avec pr\u00e9cision la nature du ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/p>\n<ul>\n<li>Le substantif <strong>crise<\/strong> provient du grec ancien <em>krisis<\/em> (\u03ba\u03c1\u03af\u03c3\u03b9\u03c2), qui signifie originairement \u00ab action de s\u00e9parer, d\u00e9cision, jugement, tournant d\u00e9cisif \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>krinein<\/em> (trier, juger). En m\u00e9decine hippocratique, la crise d\u00e9signait le moment critique et soudain marquant l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;une pathologie vers la gu\u00e9rison ou l&rsquo;aggravation.<\/li>\n<li>L&rsquo;adjectif <strong>partielle<\/strong> d\u00e9rive du bas-latin <em>partialis<\/em>, lui-m\u00eame issu du latin classique <em>pars, partis<\/em> signifiant \u00ab part, portion, fragment \u00bb. En neurologie, ce terme a \u00e9t\u00e9 introduit pour d\u00e9signer une d\u00e9charge \u00e9lectrophysiologique initi\u00e9e dans un foyer anatomiquement restreint du cortex c\u00e9r\u00e9bral, par opposition aux crises dites d&#8217;embl\u00e9e \u00ab g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00bb.<\/li>\n<li>L&rsquo;adjectif <strong>complexe<\/strong> est emprunt\u00e9 au latin <em>complexus<\/em>, participe pass\u00e9 de <em>complecti<\/em> (\u00ab embrasser, contenir, enlacer, r\u00e9unir \u00bb). Dans la terminologie \u00e9pileptologique formalis\u00e9e au milieu du XXe si\u00e8cle, cet adjectif n&rsquo;indique pas une complication clinique g\u00e9n\u00e9rale, mais qualifie pr\u00e9cis\u00e9ment la compromission de la fonction cognitive la plus \u00e9labor\u00e9e du cerveau humain : la conscience sup\u00e9rieure et l&rsquo;int\u00e9gration neuropsychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;histoire du vocabulaire m\u00e9dical, cette appellation s&rsquo;est stabilis\u00e9e sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;\u00e9cole de Montr\u00e9al et des neurologues francophones et anglophones durant l&rsquo;apr\u00e8s-guerre (<em>complex partial seizure<\/em> en anglais), avant d&rsquo;\u00eatre progressivement supplant\u00e9e dans les publications acad\u00e9miques actuelles par la locution \u00ab crise focale avec alt\u00e9ration de la conscience \u00bb (<em>focal impaired awareness seizure<\/em>).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se transcrit phon\u00e9tiquement en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/k\u0281iz pa\u0281.sj\u025bl k\u0254\u0303.pl\u025bks\/<\/strong>. Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau f\u00e9minin (\u00ab crise \u00bb) et de deux adjectifs qualificatifs \u00e9pith\u00e8tes postpos\u00e9s accord\u00e9s au f\u00e9minin (\u00ab partielle \u00bb et \u00ab complexe \u00bb). Au pluriel, la forme r\u00e9guli\u00e8re devient \u00ab crises partielles complexes \u00bb (\/k\u0281iz pa\u0281.sj\u025bl k\u0254\u0303.pl\u025bks\/).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre couramment l&rsquo;abr\u00e9viation <strong>CPC<\/strong>. Bien que le terme soit historiquement et universellement compris par l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale et psychologique, l&rsquo;usage de \u00ab crise focale dyscognitive \u00bb a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9 avant que la nomenclature consensuelle de l&rsquo;ILAE de 2017 ne valide officiellement l&rsquo;expression \u00ab crise focale avec alt\u00e9ration de la conscience \u00bb. L&#8217;emploi du terme d&rsquo;origine demeure n\u00e9anmoins tr\u00e8s fr\u00e9quent dans les publications didactiques, les expertises m\u00e9dico-l\u00e9gales et les \u00e9changes cliniques quotidiens.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La crise partielle complexe repr\u00e9sente une perturbation transitoire de la dynamique oscillatoire du cortex c\u00e9r\u00e9bral, r\u00e9sultant d&rsquo;une hypersynchronie paroxystique et d&rsquo;une hyperactivit\u00e9 neuronale excessive. D&rsquo;un point de vue conceptuel, ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut \u00eatre compris sans d\u00e9construire la notion de conscience en ses deux composantes fondamentales : la vigilance (ou <em>arousal<\/em>), sous-tendue principalement par la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les noyaux thalamiques, et la lucidit\u00e9 ou contenu de la conscience (l&rsquo;<em>awareness<\/em>), gouvern\u00e9e par les r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux fronto-pari\u00e9taux et m\u00e9sio-temporaux.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une crise partielle complexe, le m\u00e9canisme pathologique d\u00e9bute au sein d&rsquo;un secteur anatomique d\u00e9termin\u00e9, le plus souvent le lobe temporal m\u00e9sial comprenant l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocampe_(cerveau)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">hippocampe<\/a>, le cortex entorhinal et le complexe amygdalien, ou plus rarement le lobe frontal, pari\u00e9tal ou occipital. D\u00e8s lors que la propagation de la d\u00e9charge hypersynchrone s&rsquo;\u00e9tend bilat\u00e9ralement aux structures limbiques, au thalamus dorsom\u00e9dian ou aux r\u00e9seaux associatifs fronto-temporaux, le traitement cognitif unifi\u00e9 du sujet s&rsquo;effondre. Le patient ne perd pas n\u00e9cessairement le tonus postural : il ne s&rsquo;effondre pas syst\u00e9matiquement au sol comme lors d&rsquo;une crise tonico-clonique bilat\u00e9rale, mais il se retrouve coup\u00e9 de son flux d&rsquo;exp\u00e9rience consciente habituel.<\/p>\n<p>Pendant cette phase, le sujet pr\u00e9sente une suspension de la conscience caract\u00e9ris\u00e9e par un regard fixe, vitreux ou absent, une d\u00e9saff\u00e9rentation sensorielle et une incapacit\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter des ordres simples ou complexes. Parall\u00e8lement, des s\u00e9quences motrices involontaires automatiques \u00e9mergent. Ces automatismes peuvent \u00eatre \u00e9l\u00e9mentaires (mastication, d\u00e9glutition, claquements de l\u00e8vres, frottement des mains) ou plus \u00e9labor\u00e9s (d\u00e9boutonner un v\u00eatement, d\u00e9placer des objets, d\u00e9ambuler de fa\u00e7on d\u00e9sorient\u00e9e, marmonner des phrases st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es). Le sujet agit sans intentionnalit\u00e9 r\u00e9flexive, pilot\u00e9 par la lib\u00e9ration de programmes moteurs sous-corticaux ou corticaux d\u00e9connect\u00e9s du contr\u00f4le pr\u00e9frontal ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>La fin de la crise clinique ne co\u00efncide que rarement avec un retour imm\u00e9diat \u00e0 un fonctionnement psychologique optimal. La d\u00e9charge \u00e9lectrique est presque invariablement suivie d&rsquo;une phase post-ictale, qui se manifeste par un \u00e9tat confusionnel, un ralentissement id\u00e9ique, des troubles phasiques (si l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re dominant a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9) et une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amn%C3%A9sie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">amn\u00e9sie<\/a> lacunaire compl\u00e8te ou partielle de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Le patient r\u00e9alise qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement s&rsquo;est produit uniquement en observant les r\u00e9actions de son entourage ou les modifications impr\u00e9vues de son environnement imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la crise partielle complexe s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des d\u00e9couvertes s\u00e9miologiques et technologiques de la neuropsychiatrie moderne :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La p\u00e9riode fondatrice de John Hughlings Jackson (fin du XIXe si\u00e8cle) :<\/strong> Le neurologue britannique John Hughlings Jackson est le premier \u00e0 identifier avec rigueur les manifestations psychiques et motrices associ\u00e9es aux l\u00e9sions du lobe temporal. En forgeant l&rsquo;expression d&rsquo;\u00ab \u00e9tat de r\u00eave \u00bb (<em>dreamy state<\/em>), il documente m\u00e9ticuleusement les ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9j\u00e0-vu, les hallucinations olfactives (crises uncin\u00e9es) et les comportements automatiques, formulant l&rsquo;hypoth\u00e8se pr\u00e9monitoire d&rsquo;une hi\u00e9rarchie neuronale o\u00f9 la dissolution des fonctions sup\u00e9rieures lib\u00e8re des m\u00e9canismes primitifs.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie et l&rsquo;\u00e9cole de Montr\u00e9al (ann\u00e9es 1930-1950) :<\/strong> Avec l&rsquo;invention de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) par Hans Berger, les chercheurs peuvent objectiver les corr\u00e9lats \u00e9lectriques des crises. \u00c0 l&rsquo;Institut neurologique de Montr\u00e9al, Wilder Penfield et Herbert Jasper r\u00e9alisent des stimulations corticales perop\u00e9ratoires chez des patients \u00e9pileptiques \u00e9veill\u00e9s. Leurs travaux d\u00e9montrent de mani\u00e8re indiscutable que la stimulation de zones temporales sp\u00e9cifiques peut reproduire fid\u00e8lement les distorsions perceptives, les r\u00e9miniscences mn\u00e9siques et les alt\u00e9rations de la conscience observ\u00e9es durant les crises partielles complexes, alors qualifi\u00e9es d&rsquo;\u00ab \u00e9pilepsie psychomotrice \u00bb.<\/li>\n<li><strong>La formalisation nosographique par Henri Gastaut et l&rsquo;ILAE (1969-1981) :<\/strong> Henri Gastaut joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans l&rsquo;unification terminologique internationale. En 1981, la classification de l&rsquo;ILAE s\u00e9pare rigoureusement les crises partielles en deux cat\u00e9gories majeures : les crises partielles simples (sans alt\u00e9ration de la conscience) et les crises partielles complexes (avec alt\u00e9ration de la conscience, avec ou sans automatismes, avec ou sans aura inaugurale). Cette distinction devient la pierre angulaire de la pratique neurologique mondiale durant pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies.<\/li>\n<li><strong>La refonte contemporaine de 2017 :<\/strong> Face aux ambigu\u00eft\u00e9s s\u00e9mantiques entourant les mots \u00ab partielle \u00bb (souvent interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 tort par les profanes comme \u00ab incompl\u00e8te \u00bb) et \u00ab complexe \u00bb, le groupe de travail de l&rsquo;ILAE, pr\u00e9sid\u00e9 par Robert Fisher, red\u00e9finit la nomenclature. Les crises partielles complexes sont officiellement rebaptis\u00e9es \u00ab crises focales avec alt\u00e9ration de la conscience \u00bb (<em>focal impaired awareness seizures<\/em>), soulignant la primaut\u00e9 s\u00e9miologique de la rupture du contact conscient et la localisation focale de l&rsquo;activit\u00e9 ictale au sein des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurophysiologique et th\u00e9orique, la survenue d&rsquo;une crise partielle complexe repose sur la perturbation de l&rsquo;\u00e9quilibre synaptique entre l&rsquo;excitation neuronale (principalement m\u00e9di\u00e9e par le glutamate via les r\u00e9cepteurs NMDA et AMPA) et l&rsquo;inhibition (assur\u00e9e par l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique, ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">GABA<\/a>, via les r\u00e9cepteurs GABA-A et GABA-B). Lorsqu&rsquo;une perte de contr\u00f4le inhibiteur survient dans un groupe de neurones pyramidaux pr\u00e9dispos\u00e9s, une bouff\u00e9e de potentiels d&rsquo;action \u00e0 haute fr\u00e9quence s&rsquo;installe, cr\u00e9ant un foyer \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le paradigme de l&#8217;embrasement (<em>kindling<\/em>), mod\u00e9lis\u00e9 par Graham Goddard dans les ann\u00e9es 1960, a permis de d\u00e9montrer comment des stimulations \u00e9lectriques ou chimiques sous-liminaires r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des structures limbiques finissent par induire des alt\u00e9rations durables de la plasticit\u00e9 synaptique, conduisant \u00e0 des crises spontan\u00e9es r\u00e9currentes. La scl\u00e9rose hippocampique (ou scl\u00e9rose temporale m\u00e9siale), caract\u00e9ris\u00e9e par une perte neuronale s\u00e9lective dans les secteurs CA1 et CA4 de la corne d&rsquo;Ammon accompagn\u00e9e d&rsquo;une gliose r\u00e9actionnelle et d&rsquo;un bourgeonnement aberrant des fibres moussues (<em>mossy fiber sprouting<\/em>), constitue le substrat anatomopathologique le plus fr\u00e9quent de ces crises.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif et neuropsychologique, l&rsquo;alt\u00e9ration de la conscience observ\u00e9e au cours de la crise a \u00e9t\u00e9 brillamment th\u00e9oris\u00e9e par Hal Blumenfeld \u00e0 travers l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se de l&rsquo;inhibition du r\u00e9seau \u00bb (<em>network inhibition hypothesis<\/em>). Selon ce mod\u00e8le soutenu par des donn\u00e9es de neuro-imagerie fonctionnelle et d&rsquo;EEG intracr\u00e2nien, la d\u00e9charge \u00e9pileptique focale localis\u00e9e dans le lobe temporal ne se contente pas de perturber le cortex local : elle active puissamment les connexions inhibitrices descendantes projetant sur les noyaux activateurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral et le thalamus central. Cette inhibition sous-corticale induit un \u00e9tat de d\u00e9sactivation m\u00e9tabolique bilat\u00e9rale \u00e0 distance au niveau des cortex associatifs fronto-pari\u00e9taux, g\u00e9n\u00e9rant sur l&rsquo;EEG des ondes lentes analogues \u00e0 celles du sommeil profond et abolissant ainsi la conscience vigilante.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture clinique d&rsquo;une crise partielle complexe s&rsquo;articule typiquement autour de plusieurs phases chronologiques distinctes, dont l&rsquo;expression varie en fonction du si\u00e8ge anatomique du foyer \u00e9pileptique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;aura \u00e9pileptique (phase inaugurale subjective) :<\/strong> Correspondant \u00e0 la crise focale sans alt\u00e9ration de la conscience pr\u00e9c\u00e9dant imm\u00e9diatement la rupture du contact, l&rsquo;aura fournit des indices pr\u00e9cieux sur le point de d\u00e9part de la d\u00e9charge. Elle peut \u00eatre :<\/li>\n<ul>\n<li><em>\u00c9pigastrique ascendante :<\/em> Sensation p\u00e9nible de boule ou de chaleur partant de l&rsquo;estomac et remontant vers la gorge (typique de l&rsquo;\u00e9pilepsie temporale m\u00e9siale).<\/li>\n<li><em>Psychique et cognitive :<\/em> Impressions de d\u00e9j\u00e0-vu, d\u00e9j\u00e0-v\u00e9cu ou au contraire de jamais-vu ; sensations d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9, de d\u00e9personnalisation, de d\u00e9r\u00e9alisation, ou acc\u00e8s paroxystiques d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou de panique sans d\u00e9clencheur contextuel.<\/li>\n<li><em>Sensorielle :<\/em> Hallucinations olfactives (cacosmie : odeurs de br\u00fbl\u00e9, de soufre), gustatives, auditives ou vertigineuses.<\/li>\n<\/ul>\n<li><strong>La phase ictale d&rsquo;alt\u00e9ration de la conscience :<\/strong> Perte de la r\u00e9activit\u00e9 intentionnelle et de l&rsquo;acc\u00e8s conscient aux stimuli. Le sujet pr\u00e9sente un regard fixe et vide, avec une absence de r\u00e9ponse verbale ou motrice appropri\u00e9e aux sollicitations.<\/li>\n<li><strong>Les automatismes moteurs :<\/strong> Comportements moteurs involontaires apparaissant pendant ou imm\u00e9diatement apr\u00e8s la perte de contact :<\/li>\n<ul>\n<li><em>Automatismes bucco-linguo-faciaux :<\/em> Mouvements de succion, de mastication, d\u00e9glutition, l\u00e9chage des l\u00e8vres, salivation excessive.<\/li>\n<li><em>Automatismes manuels ou gestuels :<\/em> Gestes d&rsquo;agrippement, t\u00e2tonnements, frottement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 des v\u00eatements, manipulation d\u00e9sordonn\u00e9e d&rsquo;objets.<\/li>\n<li><em>Automatismes moteurs complexes ou d\u00e9ambulatoires :<\/em> Marche erratique, tentatives de fuite, gestes de d\u00e9shabillement.<\/li>\n<li><em>Automatismes verbaux :<\/em> R\u00e9p\u00e9tition machinale de syllabes, de mots ou de courtes phrases priv\u00e9es de pertinence contextuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<li><strong>Les manifestations motrices asym\u00e9triques :<\/strong> Notamment la dystonie unilat\u00e9rale d&rsquo;un membre sup\u00e9rieur (attitude fig\u00e9e en torsion ou flexion), qui a une haute valeur localisatrice en d\u00e9signant le c\u00f4t\u00e9 controlat\u00e9ral au foyer h\u00e9misph\u00e9rique, souvent associ\u00e9e \u00e0 des automatismes de la main ipsilat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>La phase post-ictale :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9sorientation temporo-spatiale, une asth\u00e9nie intense, des c\u00e9phal\u00e9es, des troubles du langage (aphasie post-ictale en cas de foyer dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re dominant) et une amn\u00e9sie compl\u00e8te de la p\u00e9riode de rupture du contact.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : Crise partielle complexe d&rsquo;origine temporale m\u00e9siale.<\/strong> Claire, une enseignante de 34 ans, ressent brusquement une sensation d&rsquo;oppression montant de l&rsquo;\u00e9pigastre vers le cou, accompagn\u00e9e d&rsquo;un sentiment \u00e9tourdissant d&rsquo;avoir d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu la sc\u00e8ne exacte qui se d\u00e9roule sous ses yeux (d\u00e9j\u00e0-v\u00e9cu intense d&rsquo;une dur\u00e9e de dix secondes). Soudainement, son regard se fige. Lorsque ses coll\u00e8gues l&rsquo;interpellent, elle ne r\u00e9agit plus et continue de fixer le vide. Pendant les soixante-dix secondes qui suivent, elle effectue des mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de d\u00e9glutition et frotte vigoureusement le pan de sa veste avec sa main gauche, tandis que son bras droit se maintient dans une posture l\u00e9g\u00e8rement raidie et sur\u00e9lev\u00e9e. La crise s&rsquo;interrompt spontan\u00e9ment, mais Claire demeure confuse pendant pr\u00e8s d&rsquo;un quart d&rsquo;heure, incapable de pr\u00e9ciser la date du jour ni d&rsquo;expliquer ce qui vient de survenir. Elle ne garde aucun souvenir des paroles prononc\u00e9es par ses coll\u00e8gues durant l&rsquo;\u00e9pisode.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Crise partielle complexe d&rsquo;origine frontale.<\/strong> Marc, un technicien de 42 ans, pr\u00e9sente des \u00e9pisodes nocturnes brefs et spectaculaires survenant au cours du sommeil lent. Sans r\u00e9veil v\u00e9ritable, il s&rsquo;assoit brusquement sur son lit, les yeux \u00e9carquill\u00e9s mais totalement inaccessible. Il manifeste une activit\u00e9 motrice explosive qualifi\u00e9e d&rsquo;hypermotrice, alternant des mouvements de p\u00e9dalage vigoureux des membres inf\u00e9rieurs et des contorsions du tronc pendant une trentaine de secondes, ponctu\u00e9s de grognements inarticul\u00e9s. D\u00e8s la fin de la d\u00e9charge motrice, il se recouche ou reprend ses esprits presque instantan\u00e9ment, sans phase confusionnelle prolong\u00e9e, mais sans conserver la moindre m\u00e9moire de cette agitation paroxystique. L&rsquo;enregistrement vid\u00e9o-EEG synchronis\u00e9 a permis d&rsquo;objectiver des d\u00e9charges critiques frontales internes et d&rsquo;\u00e9carter un diagnostic de parasomnie ou d&rsquo;attaque de panique nocturne.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic positif et diff\u00e9rentiel des crises partielles complexes repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse coupl\u00e9e \u00e0 des investigations paracliniques sp\u00e9cialis\u00e9es :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>anamn\u00e8se et l&rsquo;interrogatoire des t\u00e9moins<\/strong> repr\u00e9sentent la premi\u00e8re \u00e9tape essentielle. \u00c9tant donn\u00e9 l&rsquo;amn\u00e9sie post-critique du patient concernant la phase centrale de l&rsquo;\u00e9pisode, la reconstitution minutieuse de la s\u00e9miologie motrice, de la dur\u00e9e exacte de la crise (g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;une \u00e0 trois minutes pour les crises temporales, souvent inf\u00e9rieure \u00e0 trente secondes pour les crises frontales) et de la s\u00e9miologie de l&rsquo;aura d\u00e9pend fondamentalement des observateurs ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) standard et prolong\u00e9e de sommeil<\/strong> constitue l&rsquo;examen fonctionnel cardinal. En p\u00e9riode interictale, l&rsquo;EEG peut r\u00e9v\u00e9ler des anomalies paroxystiques focales sous forme de pointes, de pointes-ondes ou d&rsquo;ondes lentes polymorphes localis\u00e9es aux r\u00e9gions temporales ant\u00e9rieures ou frontales. Cependant, un trac\u00e9 standard normal n&rsquo;\u00e9limine en rien le diagnostic. Le recours \u00e0 la <strong>vid\u00e9o-EEG continue<\/strong> en unit\u00e9 de surveillance sp\u00e9cialis\u00e9e demeure l&rsquo;\u00e9talon-or (<em>gold standard<\/em>) : cet enregistrement prolong\u00e9 capture simultan\u00e9ment les manifestations comportementales du patient et la signature \u00e9lectro-d\u00e9chargeante synchronis\u00e9e, confirmant la nature \u00e9pileptique de la crise et pr\u00e9cisant sa topographie de d\u00e9part.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">IRM<\/a>) protocole \u00e9pilepsie<\/strong> haute r\u00e9solution (3 Tesla) est indispensable pour identifier une l\u00e9sion structurelle sous-jacente. Elle recherche avec minutie une scl\u00e9rose hippocampique (atrophie et hypersignal T2\/FLAIR de l&rsquo;hippocampe), une malformation du d\u00e9veloppement cortical (dysplasie corticale focale, h\u00e9t\u00e9rotopie nodulaire), une tumeur gliale de bas grade (comme le gangliogliome ou le DNT) ou une anomalie vasculaire (cavernome).<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;<strong>\u00e9valuation neuropsychologique<\/strong> explore les r\u00e9percussions cognitives globales et focales de la maladie \u00e9pileptique. L&rsquo;administration d&rsquo;\u00e9preuves standardis\u00e9es \u00e9value la m\u00e9moire \u00e9pisodique verbale (g\u00e9n\u00e9ralement alt\u00e9r\u00e9e en cas de foyer temporal gauche chez le droitier) et la m\u00e9moire visuo-spatiale (li\u00e9e au lobe temporal droit), l&rsquo;efficience ex\u00e9cutive, la vitesse de traitement de l&rsquo;information et la fluidit\u00e9 verbale, apportant des arguments de lat\u00e9ralisation fonctionnelle essentiels dans le bilan pr\u00e9-chirurgical.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La distinction pr\u00e9cise des crises partielles complexes rev\u00eat une importance primordiale dans le champ de la sant\u00e9 mentale et de la pratique neuropsychiatrique courante :<\/p>\n<p>Sur le plan du diagnostic diff\u00e9rentiel, les manifestations psychiques de l&rsquo;aura (panique paroxystique, sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9, hallucinations) et les automatismes comportementaux d\u00e9sorient\u00e9s conduisent fr\u00e9quemment \u00e0 des erreurs d&rsquo;orientation diagnostique initiales. De nombreux patients sont adress\u00e9s \u00e0 tort en psychiatrie pour des <strong>attaques de panique<\/strong>, des \u00e9pisodes de d\u00e9personnalisation dissociative, ou encore des \u00e9tats psychotiques aigus. La reconnaissance de la bri\u00e8vet\u00e9 st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de l&rsquo;\u00e9pisode, de l&rsquo;aura \u00e9pigastrique et de la confusion amn\u00e9sique post-ictale permet de redresser le diagnostic et d&rsquo;\u00e9viter des prescriptions inappropri\u00e9es d&rsquo;anxiolytiques ou de neuroleptiques, lesquels peuvent parfois abaisser le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Inversement, le clinicien doit savoir distinguer les crises partielles complexes des <strong>crises non \u00e9pileptiques psychog\u00e8nes (CNEP)<\/strong> ou crises fonctionnelles dissociatives. Les CNEP se manifestent \u00e9galement par des alt\u00e9rations apparentes de la conscience et des mouvements anormaux, mais surviennent volontiers en contexte de d\u00e9tresse \u00e9motionnelle, durent g\u00e9n\u00e9ralement plus longtemps, s&rsquo;accompagnent fr\u00e9quemment d&rsquo;une occlusion palp\u00e9brale active avec r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;ouverture, et ne pr\u00e9sentent aucune signature \u00e9lectrophysiologique paroxystique sur le trac\u00e9 EEG ictale synchrone.<\/p>\n<p>Dans la gestion th\u00e9rapeutique, l&rsquo;identification de ces crises dicte la mise en \u0153uvre de traitements anti\u00e9pileptiques cibl\u00e9s (m\u00e9dicaments bloquant les canaux sodiques comme la carbamaz\u00e9pine ou la lamotrigine, ou agents \u00e0 m\u00e9canismes multiples tels que le l\u00e9v\u00e9tirac\u00e9tam, le lacosamide ou le topiramate). Lorsque les crises demeurent r\u00e9fractaires \u00e0 une bith\u00e9rapie pharmacologique bien conduite \u2014 ce qui survient chez pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des patients porteurs d&rsquo;une \u00e9pilepsie temporale m\u00e9siale \u2014, la prise en charge pr\u00e9coce en centre tertiaire ouvre la voie \u00e0 des solutions curatives : la r\u00e9section neurochirurgicale de la zone \u00e9pileptog\u00e8ne (lobectomie temporale ant\u00e9rieure, amygdalo-hippocampectomie s\u00e9lective), la thermo-coagulation par radiofr\u00e9quence guid\u00e9e par st\u00e9r\u00e9o-EEG, ou la neurostimulation (stimulation du nerf vague ou stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde thalamique).<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les neurosciences cognitives ont largement exploit\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude des crises partielles complexes pour mod\u00e9liser le fonctionnement des circuits c\u00e9r\u00e9braux humains. Les investigations pionni\u00e8res de Wilder Penfield \u00e0 Montr\u00e9al ont d\u00e9montr\u00e9 la cartographie des zones m\u00e9morielles et de la reviviscence exp\u00e9rientielle au sein du n\u00e9ocortex temporal et du syst\u00e8me limbique. Par la suite, les travaux d&rsquo;experts francophones comme Jean Bancaud et Patrick Chauvel ont perfectionn\u00e9 la st\u00e9r\u00e9o-\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (SEEG), permettant d&rsquo;enregistrer directement en trois dimensions l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique intrac\u00e9r\u00e9brale profonde et d&rsquo;\u00e9tablir avec exactitude la cin\u00e9tique de propagation spatio-temporelle de la d\u00e9charge paroxystique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9tude de la conscience, les protocoles d&rsquo;imagerie multimodale (EEG coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IRM fonctionnelle et tomographie par \u00e9mission de positons) men\u00e9s par Hal Blumenfeld et son \u00e9quipe ont confirm\u00e9 de mani\u00e8re empirique la rupture d&rsquo;int\u00e9gration fonctionnelle entre le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (<em>Default Mode Network<\/em>) et les r\u00e9seaux attentionnels fronto-pari\u00e9taux durant la phase d&rsquo;automatismes et d&rsquo;alt\u00e9ration du contact. Ces \u00e9tudes prouvent que la perte de conscience n&rsquo;exige pas une paralysie c\u00e9r\u00e9brale globale, mais r\u00e9sulte plut\u00f4t d&rsquo;une d\u00e9synchronisation pathologique des communications \u00e0 longue distance orchestr\u00e9es par le thalamus.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches translationnelles men\u00e9es sur les alt\u00e9rations cognitives chroniques soulignent l&rsquo;impact d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la r\u00e9p\u00e9tition des crises partielles complexes sur la neurogen\u00e8se hippocampique et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche. Des travaux prospectifs ont mis en \u00e9vidence que le contr\u00f4le pr\u00e9coce et complet des crises pr\u00e9vient le d\u00e9clin progressif de la m\u00e9moire de travail et consolide la stabilit\u00e9 psycho-affective des patients, r\u00e9duisant consid\u00e9rablement la pr\u00e9valence des troubles d\u00e9pressifs et anxieux comorbides.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation sociale et anthropologique de la crise partielle complexe est tributaire des repr\u00e9sentations culturelles de la conscience, du corps et de l&rsquo;individualit\u00e9. En raison de sa s\u00e9miologie singuli\u00e8re \u2014 o\u00f9 une personne physiquement pr\u00e9sente adopte un comportement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, un regard \u00e9trangement absent et des propos incoh\u00e9rents sans lien avec son identit\u00e9 habituelle \u2014, ce type de crise a longtemps aliment\u00e9 les mythes de possession d\u00e9moniaque, de transes mystiques ou de m\u00e9tamorphoses spirituelles dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles.<\/p>\n<p>Dans certains contextes socioculturels d&rsquo;Afrique subsaharienne, d&rsquo;Asie du Sud ou des communaut\u00e9s am\u00e9rindiennes, les auras psychiques (visions, sensations de d\u00e9j\u00e0-vu, r\u00e9v\u00e9lations extatiques) et les automatismes comportementaux sont parfois per\u00e7us comme des ponts m\u00e9diumniques entre le monde visible et les anc\u00eatres d\u00e9funts ou les esprits. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans d&rsquo;autres environnements, la survenue de tels comportements induit une stigmatisation s\u00e9v\u00e8re : la personne est per\u00e7ue comme dangereuse, folle ou frapp\u00e9e d&rsquo;une mal\u00e9diction transmissible, entra\u00eenant son isolement familial, des exclusions matrimoniales et le refus d&rsquo;insertion professionnelle.<\/p>\n<p>Ces disparit\u00e9s culturelles modifient consid\u00e9rablement l&rsquo;acc\u00e8s aux soins modernes. Les d\u00e9lais entre l&rsquo;apparition des premi\u00e8res manifestations paroxystiques et la premi\u00e8re consultation neurologique peuvent s&rsquo;\u00e9tendre sur plusieurs ann\u00e9es lorsque le patient consulte en priorit\u00e9 des gu\u00e9risseurs traditionnels ou des autorit\u00e9s religieuses. Pour \u00eatre efficaces, les programmes de sant\u00e9 publique et les d\u00e9marches de psycho\u00e9ducation doivent int\u00e9grer ces syst\u00e8mes de croyances, favorisant un dialogue transculturel respectueux qui d\u00e9mystifie l&rsquo;\u00e9tiologie neurobiologique de la crise sans heurter les rep\u00e8res symboliques des familles.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Le concept de \u00ab crise partielle complexe \u00bb a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses d\u00e9bats th\u00e9oriques et nosographiques au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, culminant lors de la r\u00e9vision de la classification de l&rsquo;ILAE en 2017 :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure portait sur l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 inh\u00e9rente au vocable \u00ab complexe \u00bb. Dans le langage m\u00e9dical g\u00e9n\u00e9ral, ce terme connote une \u00e9tiologie multifactorielle ou un tableau clinique particuli\u00e8rement intriqu\u00e9. Or, dans le cadre strict de l&rsquo;\u00e9pileptologie, il ne servait qu&rsquo;\u00e0 quantifier un unique param\u00e8tre : la d\u00e9gradation de la conscience. Cette divergence s\u00e9mantique engendrait une confusion fr\u00e9quente chez les internes, les psychologues non sp\u00e9cialistes et les patients eux-m\u00eames, incitant l&rsquo;ILAE \u00e0 abandonner ce qualificatif au profit de formulations purement descriptives.<\/p>\n<p>La seconde controverse concerne la nature binaire de la distinction entre crises simples et crises complexes. De nombreux neuropsychologues ont d\u00e9montr\u00e9 que la conscience n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne tout-ou-rien que l&rsquo;on peut commod\u00e9ment d\u00e9clarer \u00ab intact \u00bb ou \u00ab alt\u00e9r\u00e9 \u00bb. Durant une crise, un patient peut \u00eatre capable de percevoir un bruit et d&rsquo;orienter la t\u00eate (pr\u00e9servation d&rsquo;une conscience sensorielle basale) tout en \u00e9tant totalement incapable de m\u00e9moriser un mot ou d&rsquo;exprimer une intention verbale (perte de la conscience ex\u00e9cutive et m\u00e9tacognitive). R\u00e9duire cette gradation complexe \u00e0 une simple dichotomie masque l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9tats de conscience transitionnels observ\u00e9s en pratique clinique.<\/p>\n<p>Enfin, la distinction anatomoclinique entre \u00e9pilepsies temporales et extratemporales a souvent \u00e9t\u00e9 rigidifi\u00e9e de fa\u00e7on excessive. Si les crises partielles complexes avec automatismes masticatoires et aura \u00e9pigastrique \u00e9voquent en premier lieu le lobe temporal m\u00e9sial, des d\u00e9charges n\u00e9es dans le cortex orbitofrontal, l&rsquo;insula ou le gyrus cingulaire ant\u00e9rieur peuvent emprunter des voies de propagation limbiques analogues et mimer \u00e0 la perfection le tableau classique de l&rsquo;\u00e9pilepsie temporale, soulignant les limites de la seule s\u00e9miologie clinique pour localiser avec certitude le foyer pathologique.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique et nosologique dans la litt\u00e9rature psychologique et m\u00e9dicale, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement la crise partielle complexe d&rsquo;autres entit\u00e9s paroxystiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Crise partielle simple (crise focale sans alt\u00e9ration de la conscience) :<\/strong> Contrairement \u00e0 la crise partielle complexe, le patient conserve une lucidit\u00e9 totale et une conscience intacte tout au long de l&rsquo;\u00e9pisode. Il per\u00e7oit les sympt\u00f4mes moteurs, sensitifs ou sensoriels et demeure capable d&rsquo;interagir normalement avec son entourage et d&rsquo;en rapporter le souvenir complet.<\/li>\n<li><strong>Absence typique :<\/strong> Fr\u00e9quente chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent, l&rsquo;absence est une manifestation d&rsquo;\u00e9pilepsie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e idiopathique (g\u00e9n\u00e9tique) et non focale. Elle se caract\u00e9rise par une rupture br\u00e8ve du contact (cinq \u00e0 quinze secondes), d&rsquo;installation et de cessation brutales, sans aura pr\u00e9alable ni confusion post-ictale, et se traduit sur l&rsquo;EEG par des bouff\u00e9es de pointes-ondes g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, synchrones et sym\u00e9triques \u00e0 3 Hz.<\/li>\n<li><strong>Crises non \u00e9pileptiques psychog\u00e8nes (CNEP) :<\/strong> Manifestations fonctionnelles d&rsquo;origine psychologique mimant des crises \u00e9pileptiques. Elles durent souvent plus longtemps, pr\u00e9sentent un polymorphisme symptomatique variable d&rsquo;un \u00e9pisode \u00e0 l&rsquo;autre, comportent fr\u00e9quemment une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;ouverture passive des paupi\u00e8res, et ne s&rsquo;accompagnent d&rsquo;aucune anomalie \u00e9lectroenc\u00e9phalographique \u00e9pileptiforme.<\/li>\n<li><strong>Ictus amn\u00e9sique (amn\u00e9sie globale transitoire) :<\/strong> \u00c9pisode paroxystique de perte soudaine et massive de la m\u00e9moire ant\u00e9rograde durant plusieurs heures avec questions r\u00e9p\u00e9titives, mais o\u00f9 la vigilance, l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et les fonctions cognitives complexes restent parfaitement pr\u00e9serv\u00e9es, sans automatismes moteurs ni d\u00e9charge \u00e9lectroenc\u00e9phalographique \u00e9pileptique.<\/li>\n<li><strong>Attaque de panique paroxystique :<\/strong> \u00c9pisode aigu d&rsquo;angoisse avec palpitations, oppression et sentiment de d\u00e9personnalisation qui dure g\u00e9n\u00e9ralement de quinze \u00e0 quarante-cinq minutes, sans rupture v\u00e9ritable du contact avec l&rsquo;environnement ni amn\u00e9sie lacunaire cons\u00e9cutive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La crise partielle complexe constitue un paradigme clinique fondamental pour la compr\u00e9hension des relations entre dynamique des r\u00e9seaux neuronaux corticaux et maintien de la conscience humaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9finition fondamentale :<\/strong> Crise \u00e9pileptique naissant dans un foyer c\u00e9r\u00e9bral unilat\u00e9ralement circonscrit (le plus souvent temporal ou frontal) et se propageant pour induire une alt\u00e9ration temporaire de la conscience et du contact.<\/li>\n<li><strong>Nomenclature contemporaine :<\/strong> D\u00e9sign\u00e9e sous le terme de \u00ab crise focale avec alt\u00e9ration de la conscience \u00bb selon la classification internationale de l&rsquo;ILAE de 2017.<\/li>\n<li><strong>Manifestations typiques :<\/strong> D\u00e9bute fr\u00e9quemment par une aura subjective (\u00e9pigastrique, psychique de type d\u00e9j\u00e0-vu ou sensorielle), suivie d&rsquo;une rupture du contact avec regard fixe, d&rsquo;automatismes involontaires (orofaciaux, manuels, d\u00e9ambulatoires) et d&rsquo;une confusion post-ictale avec amn\u00e9sie de l&rsquo;\u00e9pisode.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canismes neurobiologiques :<\/strong> Rupture de l&rsquo;\u00e9quilibre excitation\/inhibition limbique, alt\u00e9ration de la connectivit\u00e9 fronto-pari\u00e9tale et inhibition indirecte des structures sous-corticales r\u00e9gulatrices de l&rsquo;\u00e9veil (thalamus, tronc c\u00e9r\u00e9bral).<\/li>\n<li><strong>Diagnostic et explorations :<\/strong> Repose sur l&rsquo;anamn\u00e8se clinique rigoureuse, la vid\u00e9o-EEG (d\u00e9charges focales critiques), l&rsquo;IRM \u00e0 haute r\u00e9solution (recherche de scl\u00e9rose hippocampique ou dysplasie) et le bilan neuropsychologique.<\/li>\n<li><strong>Enjeu neuropsychiatrique :<\/strong> N\u00e9cessite un diagnostic diff\u00e9rentiel pr\u00e9cis avec les attaques de panique, les \u00e9tats dissociatifs et les crises non \u00e9pileptiques psychog\u00e8nes pour instaurer rapidement une prise en charge pharmacologique ou neurochirurgicale adapt\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Blumenfeld, H. (2012). Impaired consciousness in epilepsy: Mechanisms and clinical implications. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 11(9), 814\u2013826. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(12)70188-2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(12)70188-2<\/a><\/li>\n<li>Commission on Classification and Terminology of the International League Against Epilepsy. (1981). Proposal for revised clinical and electroencephalographic classification of epileptic seizures. <em>Epilepsia<\/em>, 22(4), 489\u2013501. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1528-1157.1981.tb06159.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1528-1157.1981.tb06159.x<\/a><\/li>\n<li>Fisher, R. S., Cross, J. H., French, J. A., Higurashi, N., Hirsch, E., Jansen, F. E., Lagae, L., Mosh\u00e9, S. L., Peltola, J., Roulet Perez, E., Scheffer, I. E., &#038; Zuberi, S. M. (2017). Operational classification of seizure types by the International League Against Epilepsy: Position Paper of the ILAE Commission for Classification and Terminology. <em>Epilepsia<\/em>, 58(4), 522\u2013530. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/epi.13670\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/epi.13670<\/a><\/li>\n<li>Gastaut, H. (1970). Clinical and electroencephalographical classification of epileptic seizures. <em>Epilepsia<\/em>, 11(1), 102\u2013113. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1528-1157.1970.tb03872.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1528-1157.1970.tb03872.x<\/a><\/li>\n<li>Penfield, W., &#038; Jasper, H. (1954). <em>Epilepsy and the functional anatomy of the human brain<\/em>. Little, Brown and Company. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/epilepsyfunction00penf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/epilepsyfunction00penf<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise partielle complexe, d\u00e9sormais d\u00e9nomm\u00e9e crise focale avec alt\u00e9ration de la conscience, d\u00e9signe un \u00e9pisode \u00e9pileptique prenant naissance dans un r\u00e9seau neuronal circonscrit et s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une rupture du contact avec l&rsquo;environnement, d&rsquo;automatismes moteurs et d&rsquo;une amn\u00e9sie post-ictale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,31394],"tags":[41010,1740,41008,41007,6984,41009,173],"class_list":["post-24187","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-troubles-neurologiques","tag-automatismes","tag-conscience","tag-crise-focale","tag-crise-partielle-complexe","tag-epilepsie","tag-lobe-temporal","tag-neuropsychologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24187\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}