{"id":24125,"date":"2026-11-01T08:25:09","date_gmt":"2026-11-01T08:25:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=processus-de-comparaison"},"modified":"2026-11-01T08:25:09","modified_gmt":"2026-11-01T08:25:09","slug":"processus-de-comparaison","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=processus-de-comparaison","title":{"rendered":"Processus de comparaison : Les miroirs de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Le processus de comparaison constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux du fonctionnement cognitif et social de l&rsquo;\u00eatre humain, guidant silencieusement la mani\u00e8re dont nous appr\u00e9hendons la r\u00e9alit\u00e9 physique et jaugeons notre propre valeur. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de mesurer le poids d&rsquo;un objet par rapport \u00e0 un autre ou d&rsquo;\u00e9valuer ses comp\u00e9tences professionnelles \u00e0 l&rsquo;aune de celles de ses pairs, l&rsquo;esprit humain fonctionne intrins\u00e8quement de mani\u00e8re relationnelle plut\u00f4t qu&rsquo;absolue. Cette dynamique cognitive structure nos jugements, nos affects et nos interactions quotidiennes en \u00e9tablissant des ancrages perceptifs et identitaires constants.<\/p>\n<h2>Processus de comparaison<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie, le <strong>processus de comparaison<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;op\u00e9ration cognitive et m\u00e9tacognitive par laquelle un individu met en relation deux ou plusieurs stimuli, entit\u00e9s, attributs ou repr\u00e9sentations mentales afin d&rsquo;en identifier les similitudes, les divergences et la valeur relative. Ce m\u00e9canisme permet de contextualiser une information isol\u00e9e en la confrontant \u00e0 un point de r\u00e9f\u00e9rence interne (normes personnelles, souvenirs, id\u00e9aux) ou externe (autrui, objets physiques, crit\u00e8res institutionnels).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie cognitive, la comparaison structure la cat\u00e9gorisation, le raisonnement analogique et le jugement perceptif, permettant au cerveau de r\u00e9duire la complexit\u00e9 environnementale en extrayant des invariants et des contrastes. Dans la sph\u00e8re de la psychologie sociale, il prend principalement la forme du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_la_comparaison_sociale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">processus de comparaison sociale<\/a>, m\u00e9canisme central par lequel les individus \u00e9valuent leurs propres opinions, capacit\u00e9s, \u00e9motions et statuts en se mesurant \u00e0 d&rsquo;autres personnes ou \u00e0 des groupes d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pas un simple enregistrement passif d&rsquo;\u00e9carts statistiques : il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus dynamique et motiv\u00e9, profond\u00e9ment intriqu\u00e9 avec l&rsquo;autor\u00e9gulation, la pr\u00e9servation de l&rsquo;estime de soi, la prise de d\u00e9cision \u00e9conomique et la formation de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et collective.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab comparaison \u00bb est issu du latin classique <em>comparatio<\/em>, substantif d&rsquo;action d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>comparare<\/em>, lui-m\u00eame form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>com-<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et de l&rsquo;adjectif <em>par<\/em> (\u00ab \u00e9gal \u00bb, \u00ab pareil \u00bb). Au sens \u00e9tymologique strict, comparer signifie \u00ab accoupler des \u00e9l\u00e9ments semblables \u00bb ou \u00ab mettre sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pour appr\u00e9cier le rapport mutuel \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab processus \u00bb, pour sa part, d\u00e9rive du latin <em>processus<\/em> (de <em>procedere<\/em>, signifiant \u00ab aller de l&rsquo;avant \u00bb, \u00ab progresser \u00bb), d\u00e9signant une suite continue d&rsquo;op\u00e9rations ou d&rsquo;\u00e9tapes menant \u00e0 un r\u00e9sultat d\u00e9termin\u00e9. L&rsquo;expression \u00ab processus de comparaison \u00bb traduit donc la nature s\u00e9quentielle, dynamique et \u00e9volutive de l&rsquo;acte comparatif.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;analyse comparative poss\u00e8de une longue tradition philosophique remontant \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque \u2014 notamment chez Aristote dans l&rsquo;\u00e9tude des analogies \u2014, son incorporation dans le lexique psychologique moderne s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au XIXe si\u00e8cle avec la psychophysique allemande, avant d&rsquo;\u00eatre consacr\u00e9e en psychologie sociale dans la litt\u00e9rature anglophone sous l&rsquo;appellation <em>comparison process<\/em> ou <em>social comparison process<\/em> par les travaux fondateurs de Leon Festinger au milieu du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et morphosyntaxe<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international (API) sous la forme \/p\u0281\u0254.s\u025b.sys d\u0259 k\u0254\u0303.pa.\u0281\u025b.z\u0254\u0303\/ (ou \/p\u0281o.se.sys d\u0259 k\u0254\u0303.pa.\u0281e.z\u0254\u0303\/ selon les variantes r\u00e9gionales francophones). En fran\u00e7ais standard, le \u00ab s \u00bb final de \u00ab processus \u00bb se prononce syst\u00e9matiquement (\/sys\/), tandis que \u00ab comparaison \u00bb pr\u00e9sente une voyelle nasale (\/k\u0254\u0303\/) et une consonne fricative alv\u00e9olaire vois\u00e9e (\/z\/).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau masculin (\u00ab processus \u00bb), d&rsquo;une pr\u00e9position de relation g\u00e9nitive (\u00ab de \u00bb) et d&rsquo;un nom compl\u00e9ment f\u00e9minin singulier (\u00ab comparaison \u00bb). Au pluriel, la locution devient \u00ab les processus de comparaison \u00bb (le mot \u00ab processus \u00bb \u00e9tant invariable par sa terminaison graphique en \u00ab s \u00bb).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique et scientifique, on rencontre fr\u00e9quemment des formes d\u00e9riv\u00e9es et des d\u00e9clinaisons syntagmatiques, telles que \u00ab processus comparatif \u00bb, \u00ab dynamique de comparaison \u00bb, ou des sp\u00e9cifications d&rsquo;orientation (\u00ab processus de comparaison ascendante \u00bb, \u00ab descendante \u00bb ou \u00ab lat\u00e9rale \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le processus de comparaison repose sur un principe cognitif universel : l&rsquo;absence d&rsquo;absolu dans l&rsquo;appareil sensoriel et cognitif humain. Pour interpr\u00e9ter un stimulus, le syst\u00e8me nerveux a imp\u00e9rativement besoin d&rsquo;un ancrage. Ce principe s&rsquo;\u00e9tend des sensations \u00e9l\u00e9mentaires (l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;une temp\u00e9rature ou d&rsquo;une luminosit\u00e9) jusqu&rsquo;aux constructions psychologiques les plus \u00e9labor\u00e9es, comme la satisfaction de vie, la comp\u00e9tence morale ou le succ\u00e8s professionnel.<\/p>\n<p>Dans le domaine intrapersonnel, la comparaison mobilise des repr\u00e9sentations temporelles et contrefactuelles. L&rsquo;individu se compare \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9tait hier (comparaison temporelle r\u00e9trospective), \u00e0 ce qu&rsquo;il projette d&rsquo;\u00eatre demain (comparaison temporelle prospective), ou \u00e0 ce qu&rsquo;il aurait pu \u00eatre si les circonstances avaient \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes (pens\u00e9e contrefactuelle). Ces dynamiques internes modulent l&rsquo;affectivit\u00e9, suscitant tour \u00e0 tour de la fiert\u00e9, du soulagement, du regret ou de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 prospective.<\/p>\n<p>Dans le domaine interpersonnel, la comparaison sociale s&rsquo;active d\u00e8s lors que des indices relatifs \u00e0 autrui sont per\u00e7us dans l&rsquo;environnement social. L&rsquo;individu s\u00e9lectionne consciemment ou inconsciemment une \u00ab cible de comparaison \u00bb. Cette s\u00e9lection n&rsquo;est presque jamais neutre ; elle d\u00e9pend \u00e9troitement des motivations sous-jacentes du sujet, que l&rsquo;on regroupe traditionnellement en trois grands motifs : l&rsquo;auto-\u00e9valuation exacte (recherche de v\u00e9rit\u00e9 objective), l&rsquo;auto-rehaussement (protection de l&rsquo;image de soi et soulagement \u00e9motionnel) et l&rsquo;auto-am\u00e9lioration (recherche de mod\u00e8les inspirants pour progresser).<\/p>\n<p>Une fois la cible s\u00e9lectionn\u00e9e, le processus cognitif engage deux op\u00e9rations majeures : l&rsquo;\u00e9valuation de la similarit\u00e9 et le traitement diff\u00e9rentiel. Selon le mod\u00e8le de l&rsquo;accessibilit\u00e9 s\u00e9lective, l&rsquo;esprit teste d&rsquo;abord une hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale de ressemblance globale (\u00ab En quoi cette personne est-elle semblable \u00e0 moi ? \u00bb) ou de divergence (\u00ab En quoi sommes-nous diff\u00e9rents ? \u00bb). La nature de cette hypoth\u00e8se pr\u00e9alable oriente l&rsquo;activation des connaissances en m\u00e9moire s\u00e9mantique et autobiographique, d\u00e9bouchant sur des effets d&rsquo;assimilation ou de contraste.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet de contraste se produit lorsque le jugement sur soi s&rsquo;\u00e9loigne de la cible de comparaison : face \u00e0 un pair exceptionnellement brillant, l&rsquo;individu se juge particuli\u00e8rement incomp\u00e9tent. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;effet d&rsquo;assimilation survient lorsque le soi s&rsquo;ajuste vers le niveau de la cible : observer la r\u00e9ussite d&rsquo;un ami tr\u00e8s proche suscite un sentiment de fiert\u00e9 partag\u00e9e et rehausse le sentiment de comp\u00e9tence personnelle. Les fronti\u00e8res du soi, la proximit\u00e9 psychologique et le sentiment d&rsquo;appartenance groupale constituent les r\u00e9gulateurs essentiels de ces deux trajectoires cognitives.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la notion de comparaison en psychologie s&rsquo;enracine d&rsquo;abord dans les laboratoires de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychophysique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">psychophysique<\/a> de la fin du XIXe si\u00e8cle. Ernst Heinrich Weber et Gustav Theodor Fechner ont formellement d\u00e9montr\u00e9 que la perception d&rsquo;un \u00e9cart sensoriel d\u00e9pend de l&rsquo;intensit\u00e9 du stimulus de r\u00e9f\u00e9rence (loi de Weber-Fechner). D\u00e8s lors, la psychologie scientifique a \u00e9tabli que tout jugement perceptif \u00e9l\u00e9mentaire est une comparaison implicite.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, William James, dans ses <em>Principles of Psychology<\/em> (1890), a pressenti la nature comparative de l&rsquo;estime de soi, formulant sa c\u00e9l\u00e8bre \u00e9quation selon laquelle l&rsquo;estime de soi est le rapport entre nos r\u00e9ussites effectives et nos pr\u00e9tentions. Si les pr\u00e9tentions sont dict\u00e9es par le milieu environnant, l&rsquo;\u00e9valuation de soi devient intrins\u00e8quement comparative.<\/p>\n<p>Le tournant d\u00e9cisif survient en 1954 avec la publication de l&rsquo;article s\u00e9minal de Leon Festinger intitul\u00e9 <em>A Theory of Social Comparison Processes<\/em> dans la revue <em>Human Relations<\/em>. Festinger y postule que les \u00eatres humains poss\u00e8dent une impulsion inn\u00e9e \u00e0 \u00e9valuer leurs opinions et leurs aptitudes. En l&rsquo;absence de crit\u00e8res physiques objectifs et non sociaux, les individus se tournent in\u00e9vitablement vers leurs semblables, en privil\u00e9giant des pairs aux caract\u00e9ristiques proches afin de r\u00e9duire l&rsquo;incertitude.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1970 et 1980, les travaux de Stanley Schachter sur l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;affiliation, suivis par les recherches de Thomas Wills sur la comparaison descendante (1981), ont \u00e9largi le paradigme de Festinger. Wills a d\u00e9montr\u00e9 que la comparaison n&rsquo;est pas seulement motiv\u00e9e par un besoin \u00e9pist\u00e9mique de pr\u00e9cision, mais \u00e9galement par une impulsion d\u00e9fensive : les personnes en situation de d\u00e9tresse psychologique se comparent activement \u00e0 des cibles moins favoris\u00e9es afin de pr\u00e9server leur bien-\u00eatre affectif.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;av\u00e8nement de la cognition sociale a renouvel\u00e9 le domaine sous l&rsquo;impulsion de chercheurs tels que Thomas Mussweiler, Fritz Strack, Susan Fiske et Jerry Suls. L&rsquo;attention s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e vers les micro-processus cognitifs : comment l&rsquo;information est-elle encod\u00e9e, quelles repr\u00e9sentations mentales deviennent accessibles de mani\u00e8re automatique, et pourquoi observe-t-on des effets de contraste ou d&rsquo;assimilation ? Plus r\u00e9cemment, l&rsquo;explosion d&rsquo;Internet et des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques a ouvert un nouveau chapitre consacr\u00e9 aux comparaisons algorithmiques, ubiquitaires et asym\u00e9triques dans l&rsquo;hypermodernit\u00e9.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires rendent compte de la complexit\u00e9 des processus de comparaison :<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie de la comparaison sociale de Festinger (1954)<\/strong> demeure la matrice originelle. Elle repose sur neuf hypoth\u00e8ses majeures d\u00e9crivant la tendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation, l&rsquo;hypoth\u00e8se de similarit\u00e9 (choix pr\u00e9f\u00e9rentiel d&rsquo;une cible semblable), l&rsquo;impulsion unidirectionnelle vers le haut pour les aptitudes (d\u00e9sir de faire toujours mieux, absent dans le cas des opinions), et les pressions \u00e0 l&rsquo;uniformit\u00e9 au sein des groupes d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le du maintien de l&rsquo;auto-\u00e9valuation (Self-Evaluation Maintenance Model &#8211; SEM)<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9 par Abraham Tesser (1988), articule brillamment la comparaison interpersonnelle et l&rsquo;estime de soi. Tesser postule que deux processus antagonistes s&rsquo;affrontent face \u00e0 la r\u00e9ussite d&rsquo;un proche : le processus de r\u00e9flexion (ou rayonnement), o\u00f9 l&rsquo;on tire gloire des succ\u00e8s de l&rsquo;autre par association, et le processus de comparaison pure, o\u00f9 la performance sup\u00e9rieure de l&rsquo;autre menace notre statut. L&rsquo;arbitrage entre ces deux voies d\u00e9pend de deux variables cruciales : la pertinence du domaine de comp\u00e9tence pour l&rsquo;identit\u00e9 du sujet et la proximit\u00e9 relationnelle avec la cible.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le de l&rsquo;accessibilit\u00e9 s\u00e9lective (Selective Accessibility Model)<\/strong> de Thomas Mussweiler (2003) propose une explication purement socio-cognitive. Selon ce mod\u00e8le, la comparaison d\u00e9bute par une phase rapide et globale d&rsquo;\u00e9valuation de la similarit\u00e9 holistique. Si la cible est per\u00e7ue comme globalement semblable, le sujet teste l&rsquo;hypoth\u00e8se de similarit\u00e9 en activant s\u00e9lectivement en m\u00e9moire des informations confirmant cette parent\u00e9, produisant une <em>assimilation<\/em>. Si la cible est jug\u00e9e dissemblable, le sujet active des informations diff\u00e9rentielles, produisant un <em>contraste<\/em>.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie des perspectives (Prospect Theory)<\/strong> de Daniel Kahneman et Amos Tversky (1979) illustre la comparaison dans le champ de la d\u00e9cision \u00e9conomique et cognitive. Elle d\u00e9montre que les individus n&rsquo;\u00e9valuent pas les gains et les pertes en valeur absolue, mais \u00e0 partir d&rsquo;un \u00ab point de r\u00e9f\u00e9rence \u00bb neutre. La valeur subjective est une fonction comparative asym\u00e9trique : la douleur d&rsquo;une perte est psychologiquement deux fois plus intense que le plaisir d&rsquo;un gain \u00e9quivalent, illustrant le r\u00f4le structurant du point d&rsquo;ancrage comparatif.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le processus de comparaison dans sa globalit\u00e9, il convient de d\u00e9composer ses axes fonctionnels et structurels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Direction de la comparaison :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Comparaison ascendante (Upward comparison) :<\/em> Confrontation \u00e0 une cible per\u00e7ue comme sup\u00e9rieure ou plus performante. Elle peut susciter l&rsquo;admiration, l&rsquo;inspiration ou au contraire l&rsquo;envie, la honte et le d\u00e9couragement.<\/li>\n<li><em>Comparaison descendante (Downward comparison) :<\/em> Confrontation \u00e0 une cible per\u00e7ue comme inf\u00e9rieure, moins chanceuse ou moins comp\u00e9tente. Elle g\u00e9n\u00e8re fr\u00e9quemment du soulagement, de la gratitude ou, dans ses formes dysfonctionnelles, du m\u00e9pris.<\/li>\n<li><em>Comparaison lat\u00e9rale (Lateral comparison) :<\/em> Confrontation \u00e0 un pair per\u00e7u comme strictement \u00e9quivalent, utilis\u00e9e prioritairement pour calibrer la pr\u00e9cision d&rsquo;une opinion ou d&rsquo;une attitude.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Nature de la r\u00e9f\u00e9rence temporelle :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Comparaison sociale (inter-individuelle) :<\/em> \u00c9valuation de soi vis-\u00e0-vis d&rsquo;autrui ou de sous-groupes sociaux.<\/li>\n<li><em>Comparaison temporelle (intra-individuelle) :<\/em> \u00c9valuation de l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent du soi par rapport \u00e0 des \u00e9tats pass\u00e9s (trajectoire r\u00e9trospective) ou futurs anticip\u00e9s (trajectoire prospective).<\/li>\n<li><em>Comparaison contrefactuelle :<\/em> Confrontation de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle \u00e0 un sc\u00e9nario virtuel (\u00ab ce qui aurait pu se produire \u00bb).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Degr\u00e9 d&rsquo;automaticit\u00e9 cognitive :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Comparaisons implicites et spontan\u00e9es :<\/em> Traitements automatiques d\u00e9clench\u00e9s en quelques millisecondes d\u00e8s la perception d&rsquo;un visage, d&rsquo;un statut ou d&rsquo;un indice contextuel, sans d\u00e9lib\u00e9ration consciente.<\/li>\n<li><em>Comparaisons explicites et contr\u00f4l\u00e9es :<\/em> D\u00e9marches volontaires et motiv\u00e9es d&rsquo;analyse comparative en vue d&rsquo;un choix strat\u00e9gique, d&rsquo;un bilan de comp\u00e9tences ou d&rsquo;un apprentissage technique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Issues psychologiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Effet d&rsquo;assimilation :<\/em> Rapprochement du jugement sur soi vers le niveau du r\u00e9f\u00e9rent (ex. : s&rsquo;identifier \u00e0 un champion et se sentir plus fort).<\/li>\n<li><em>Effet de contraste :<\/em> Accentuation per\u00e7ue de la distance s\u00e9parant le soi du r\u00e9f\u00e9rent (ex. : c\u00f4toyer un individu fortun\u00e9 et se sentir plus pauvre).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un premier exemple embl\u00e9matique provient du milieu scolaire. Le chercheur Herbert W. Marsh a th\u00e9oris\u00e9 l&rsquo;\u00ab effet du gros poisson dans une petite mare \u00bb (<em>Big-Fish-Little-Pond Effect<\/em>). Un \u00e9l\u00e8ve moyen plac\u00e9 dans une classe d&rsquo;excellence acad\u00e9mique effectue de nombreuses comparaisons sociales ascendantes avec des camarades brillants. Malgr\u00e9 un niveau intellectuel objectif tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, son concept de soi acad\u00e9mique s&rsquo;effondre en raison d&rsquo;un effet de contraste permanent. \u00c0 l&rsquo;inverse, ce m\u00eame \u00e9l\u00e8ve plac\u00e9 dans une classe de niveau h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne ou moyen d\u00e9veloppe un concept de soi acad\u00e9mique florissant, car les comparaisons lat\u00e9rales et descendantes renforcent son sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas illustratif s&rsquo;observe dans la consommation contemporaine des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques. Une jeune adulte consultant son fil d&rsquo;actualit\u00e9s est expos\u00e9e de mani\u00e8re continue \u00e0 des images soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9es, \u00e9dit\u00e9es et id\u00e9alis\u00e9es de vacances paradisiaques, de r\u00e9ussites professionnelles ou de silhouettes athl\u00e9tiques. Bien qu&rsquo;elle sache rationnellement que ces publications ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une fraction filtr\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, le processus de comparaison s&rsquo;active automatiquement. Ce flux ininterrompu de comparaisons ascendantes non compens\u00e9es produit un sentiment d&rsquo;inad\u00e9quation personnelle, une humeur d\u00e9pressive transitoire et une baisse marqu\u00e9e de la satisfaction corporelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine organisationnel, consid\u00e9rons la n\u00e9gociation salariale. Un cadre sup\u00e9rieur recevant une augmentation de salaire de 10 % ressent une satisfaction intense jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 il d\u00e9couvre que son coll\u00e8gue de bureau, effectuant des t\u00e2ches identiques, a obtenu une revalorisation de 15 %. La valeur absolue de l&rsquo;augmentation (le gain financier mat\u00e9riel) est instantan\u00e9ment oblit\u00e9r\u00e9e par la comparaison sociale ascendante, transformant un \u00e9v\u00e9nement objectivement positif en une exp\u00e9rience subjective d&rsquo;injustice relative et de ressentiment.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des processus de comparaison repose sur des \u00e9chelles valid\u00e9es mesurant la propension individuelle \u00e0 se comparer, l&rsquo;orientation de ces comparaisons et leurs r\u00e9percussions affectives :<\/p>\n<p>L&rsquo;instrument le plus largement utilis\u00e9 dans la recherche internationale est l&rsquo;<strong>Iowa-Netherlands Comparison Orientation Measure (INCOM)<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9 par Frederick X. Gibbons et Bram P. Buunk (1999). Cette \u00e9chelle psychom\u00e9trique comprend 11 items \u00e9valuant la \u00ab disposition \u00e0 la comparaison sociale \u00bb (<em>social comparison orientation &#8211; SCO<\/em>). L&rsquo;INCOM se subdivise en deux sous-dimensions factorielles stables : la comparaison des capacit\u00e9s (\u00ab J&rsquo;aime comparer mes r\u00e9ussites \u00e0 celles des autres \u00bb) et la comparaison des opinions (\u00ab J&rsquo;essaie souvent de savoir ce que pensent les autres quand je dois me faire une id\u00e9e \u00bb).<\/p>\n<p>D&rsquo;autres instruments ciblent des domaines sp\u00e9cifiques, notamment l&rsquo;apparence physique. La <strong>Physical Appearance Comparison Scale (PACS-3)<\/strong> mesure la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 avec lesquelles un sujet compare son poids, sa musculature ou son allure g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 ceux de ses pairs dans des contextes r\u00e9els ou num\u00e9riques. En milieu professionnel, des questionnaires d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 per\u00e7ue bas\u00e9s sur la th\u00e9orie de John Stacey Adams mesurent le ratio per\u00e7u entre contributions et r\u00e9tributions par comparaison avec des r\u00e9f\u00e9rents internes ou externes.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des \u00e9chelles auto-rapport\u00e9es, les neurosciences cognitives et la psychologie exp\u00e9rimentale utilisent des paradigmes de temps de r\u00e9action (t\u00e2ches d&rsquo;amor\u00e7age subliminal), l&rsquo;oculom\u00e9trie (eye-tracking pour mesurer la fixation visuelle sur les attributs saillants d&rsquo;autrui) et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">IRMf<\/a>). Ces travaux mettent en \u00e9vidence l&rsquo;activation de structures c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques telles que le striatum ventral lors de comparaisons favorables (circuit de la r\u00e9compense) et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur dorsal lors de comparaisons d\u00e9favorables (associ\u00e9 au traitement de la douleur physique et sociale).<\/p>\n<h3>10. Applications pratiques et port\u00e9e appliqu\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie des processus de comparaison trouve des d\u00e9bouch\u00e9s majeurs dans plusieurs secteurs d&rsquo;intervention :<\/p>\n<p>En <strong>psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC)<\/strong>, l&rsquo;identification des comparaisons sociales automatiques constitue une \u00e9tape cl\u00e9 du restructuration cognitive. Les patients souffrant de troubles d\u00e9pressifs ou d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale pr\u00e9sentent une tendance pathologique \u00e0 effectuer des comparaisons ascendantes rigides tout en rejetant les donn\u00e9es d&rsquo;assimilation positive. Le th\u00e9rapeute les aide \u00e0 r\u00e9orienter leur regard vers des comparaisons temporelles intra-individuelles (mesurer leurs progr\u00e8s par rapport \u00e0 leur propre pass\u00e9 plut\u00f4t que par rapport \u00e0 des standards inatteignables incarn\u00e9s par autrui).<\/p>\n<p>Dans le secteur <strong>organisationnel et manag\u00e9rial<\/strong>, la gestion des processus comparatifs est d\u00e9terminante pour pr\u00e9server le climat social, la motivation intrins\u00e8que et la r\u00e9tention des talents. L&rsquo;instauration de grilles salariales transparentes et \u00e9quitables pr\u00e9vient les spirales d&rsquo;injustice relative. De plus, un management bienveillant \u00e9vite la mise en concurrence directe et publique des collaborateurs, susceptible d&rsquo;engendrer de l&rsquo;animosit\u00e9 interpersonnelle, du sabotage discret ou du d\u00e9sengagement moral, pour favoriser plut\u00f4t une culture de coop\u00e9ration interd\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <strong>p\u00e9dagogie et de l&rsquo;\u00e9ducation<\/strong>, les enseignants avertis modulent le recours aux classements publics et aux \u00e9mulations comp\u00e9titives. En privil\u00e9giant l&rsquo;\u00e9valuation par crit\u00e8res de ma\u00eetrise plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e9valuation normative par classement, l&rsquo;\u00e9cole limite les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de contraste chez les apprenants les plus fragiles, consolidant leur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sentiment_d%27auto-efficacit%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9<\/a> tel que th\u00e9oris\u00e9 par Albert Bandura.<\/p>\n<p>En <strong>marketing et communication publique<\/strong>, les concepteurs de campagnes exploitent l&rsquo;influence des normes descriptives comparatives. Des messages indiquant que \u00ab 80 % de vos voisins recyclent leurs d\u00e9chets m\u00e9nagers \u00bb incitent bien plus efficacement \u00e0 l&rsquo;action que des injonctions morales abstraites, le comportement d&rsquo;autrui servant de point de comparaison normatif contraignant.<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les investigations empiriques des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies ont permis d&rsquo;affiner consid\u00e9rablement les m\u00e9canismes fins du processus comparatif. Dans une m\u00e9ta-analyse fondatrice sur la comparaison sociale descendante, Gerard et ses collaborateurs, ainsi que les synth\u00e8ses conduites par Jerry Suls et Ren\u00e9 Martin, ont confirm\u00e9 que les individus confront\u00e9s \u00e0 une menace aigu\u00eb sur leur sant\u00e9 ou leur statut activent spontan\u00e9ment des comparaisons avec des personnes en situation plus critique, ce qui r\u00e9duit significativement les indices de stress physiologique et les affects n\u00e9gatifs.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les travaux conduits par Thomas Mussweiler et Fritz Strack ont apport\u00e9 des preuves robustes soutenant le mod\u00e8le de l&rsquo;accessibilit\u00e9 s\u00e9lective. Dans des s\u00e9ries d&rsquo;exp\u00e9riences en laboratoire, ils ont manipul\u00e9 l&rsquo;amorce initiale de similarit\u00e9 ou de diff\u00e9rence en demandant \u00e0 des participants de comparer deux images g\u00e9om\u00e9triques ou des portraits. Les r\u00e9sultats montrent que lorsque l&rsquo;orientation de pens\u00e9e pr\u00e9alable est focalis\u00e9e sur les points communs, la comparaison sociale ult\u00e9rieure d\u00e9bouche syst\u00e9matiquement sur une assimilation du jugement de soi, m\u00eame face \u00e0 des cibles extr\u00eames, d\u00e9mentant l&rsquo;id\u00e9e que le contraste serait automatique.<\/p>\n<p>Les neurosciences sociales, men\u00e9es notamment par Hidehiko Takahashi et ses collaborateurs, ont explor\u00e9 les corr\u00e9lats neuronaux de l&rsquo;envie et de la jubilation malveillante (<em>schadenfreude<\/em>). Leurs \u00e9tudes d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9montrent que la confrontation \u00e0 des cibles sup\u00e9rieures dans des domaines auto-pertinents d\u00e9clenche une activation conjointe du cortex cingulaire ant\u00e9rieur (associ\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tresse psychologique), tandis que l&rsquo;observation ult\u00e9rieure d&rsquo;un revers de fortune subit par cette m\u00eame cible sup\u00e9rieure active vigoureusement le striatum ventral, validant empiriquement les th\u00e9ories psycho-affectives de la comparaison sociale formul\u00e9es cinquante ans plus t\u00f4t.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La dynamique et la fr\u00e9quence des processus de comparaison varient substantiellement d&rsquo;une aire culturelle \u00e0 l&rsquo;autre, refl\u00e9tant les construits de soi dominants d\u00e9crits par Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama (soi ind\u00e9pendant contre soi interd\u00e9pendant) :<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales (notamment en Am\u00e9rique du Nord et en Europe occidentale), le soi est con\u00e7u comme autonome, distinct et orient\u00e9 vers l&rsquo;affirmation de son unicit\u00e9. D\u00e8s lors, les processus de comparaison sont pr\u00e9f\u00e9rentiellement mobilis\u00e9s \u00e0 des fins d&rsquo;auto-rehaussement. Les individus cherchent \u00e0 se positionner \u00ab au-dessus de la moyenne \u00bb dans les domaines valoris\u00e9s, un biais \u00e9gocentrique largement document\u00e9 dans ces populations mais nettement moins pr\u00e9valent ailleurs.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s collectivistes ou interd\u00e9pendantes (notamment en Asie de l&rsquo;Est), l&rsquo;accent normatif est mis sur l&rsquo;harmonie du groupe, l&rsquo;autocritique constructive et l&rsquo;ajustement aux attentes sociales. Les recherches transculturelles montrent que les individus issus de ces contextes s&rsquo;engagent plus volontiers dans des comparaisons sociales ascendantes spontan\u00e9es. Ces comparaisons ne sont pas per\u00e7ues comme des agressions narcissiques destructrices, mais plut\u00f4t comme des opportunit\u00e9s d&rsquo;identifier leurs lacunes personnelles et de s&rsquo;aligner sur les exigences de leur communaut\u00e9 (processus d&rsquo;auto-am\u00e9lioration et de perfectionnement moral).<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le statut socio-\u00e9conomique et l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 structurelle d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e modulent l&rsquo;intensit\u00e9 comparative. Comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 Kate Pickett et Richard Wilkinson dans leurs travaux sur le niveau d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des revenus, les soci\u00e9t\u00e9s caract\u00e9ris\u00e9es par de forts \u00e9carts de richesse amplifient l&rsquo;\u00ab anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e au statut \u00bb (<em>status anxiety<\/em>). Dans ces contextes, les processus de comparaison s&rsquo;exacerbent, la valeur d&rsquo;un individu \u00e9tant constamment mesur\u00e9e par des symboles mat\u00e9riels et positionnels ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa richesse heuristique, l&rsquo;\u00e9tude des processus de comparaison soul\u00e8ve plusieurs controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique concerne le risque de <strong>pan-comparatisme<\/strong>. En \u00e9levant la comparaison au rang de principe explicatif quasi exclusif de l&rsquo;\u00e9valuation humaine, certains chercheurs ont pu n\u00e9gliger l&rsquo;existence de standards internes intrins\u00e8ques, de valeurs d\u00e9ontologiques ou de motivations pures qui ne d\u00e9pendent nullement de ce que fait autrui. L&rsquo;\u00eatre humain est \u00e9galement capable de jouir d&rsquo;une exp\u00e9rience pour sa texture propre, sans r\u00e9f\u00e9rence imm\u00e9diate \u00e0 un tiers.<\/p>\n<p>Une seconde controverse m\u00e9thodologique r\u00e9side dans la validit\u00e9 \u00e9cologique des paradigmes exp\u00e9rimentaux traditionnels. Longtemps, la psychologie sociale a \u00e9valu\u00e9 la comparaison en pr\u00e9sentant \u00e0 des \u00e9tudiants en laboratoire des profils fictifs sur des fiches cartonn\u00e9es ou des \u00e9crans d&rsquo;ordinateur. Or, dans la vie quotidienne r\u00e9elle, les comparaisons sont fluides, dynamiques, intriqu\u00e9es dans des relations d&rsquo;affection, d&rsquo;histoire partag\u00e9e ou de hi\u00e9rarchies complexes qu&rsquo;une mise en situation artificielle peine \u00e0 r\u00e9pliquer fid\u00e8lement.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 la primaut\u00e9 de l&rsquo;automaticit\u00e9 versus le contr\u00f4le volitionnel. Si certains auteurs soutiennent, \u00e0 la suite de Daniel Gilbert, que toute comparaison est d&rsquo;abord un processus automatique incontr\u00f4lable que l&rsquo;esprit tente ensuite \u2014 avec plus ou moins de succ\u00e8s \u2014 de corriger par un effort cognitif secondaire, d&rsquo;autres th\u00e9oriciens affirment que l&rsquo;attention accord\u00e9e \u00e0 autrui est modulable d\u00e8s les premiers stades perceptifs en fonction des buts conscients du sujet.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique, il importe de distinguer le processus de comparaison de plusieurs concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Comparaison vs \u00c9valuation absolue :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation absolue mesure une performance ou un objet \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un crit\u00e8re standardis\u00e9 invariant (ex. : mesurer une taille en centim\u00e8tres, r\u00e9ussir un examen en r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res objectifs pr\u00e9d\u00e9finis), tandis que la comparaison d\u00e9termine la valeur relative par mise en relation avec un point d&rsquo;ancrage contextuel ou humain variable.<\/li>\n<li><strong>Comparaison sociale vs Conformisme :<\/strong> Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conformisme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">conformisme<\/a> d\u00e9signe la modification effective d&rsquo;un comportement ou d&rsquo;une croyance afin de s&rsquo;aligner sur les normes d&rsquo;un groupe sous la pression per\u00e7ue de celui-ci. La comparaison est le processus cognitif pr\u00e9alable qui permet d&rsquo;identifier l&rsquo;\u00e9cart entre soi et autrui ; elle peut aboutir au conformisme, mais aussi \u00e0 la diff\u00e9renciation active ou au rejet de la cible.<\/li>\n<li><strong>Comparaison vs Rivalit\u00e9 \/ Comp\u00e9tition :<\/strong> La comp\u00e9tition est un comportement d&rsquo;affrontement explicite visant l&rsquo;obtention d&rsquo;une ressource rare ou exclusive. Le processus de comparaison est l&rsquo;op\u00e9ration mentale sous-jacente qui peut nourrir la rivalit\u00e9 comp\u00e9titive, mais qui existe tout aussi fr\u00e9quemment sans aucune vell\u00e9it\u00e9 d&rsquo;affrontement ni enjeu mat\u00e9riel.<\/li>\n<li><strong>Comparaison vs Envie :<\/strong> L&rsquo;envie est une \u00e9motion sp\u00e9cifique d\u00e9sagr\u00e9able provoqu\u00e9e par le constat qu&rsquo;autrui poss\u00e8de un bien ou une qualit\u00e9 d\u00e9sirable dont on est d\u00e9pourvu. La comparaison est le m\u00e9canisme cognitif global qui g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;envie, mais elle peut tout autant engendrer l&rsquo;admiration, la piti\u00e9, la gratitude ou l&rsquo;indiff\u00e9rence selon la disposition d&rsquo;esprit du sujet.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le processus de comparaison est une op\u00e9ration cognitive et socio-\u00e9motionnelle incontournable de l&rsquo;architecture mentale humaine, remplissant des fonctions vitales de r\u00e9duction de l&rsquo;incertitude, de r\u00e9gulation de l&rsquo;estime de soi et d&rsquo;orientation de l&rsquo;action. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple calcul arithm\u00e9tique de diff\u00e9rences, il s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des dynamiques relationnelles, culturelles et existentielles de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Ses r\u00e9percussions sur le bien-\u00eatre d\u00e9pendent fondamentalement de sa direction (ascendante, descendante, lat\u00e9rale, temporelle) et de son traitement cognitif (contraste ou assimilation). Alors qu&rsquo;une comparaison ascendante men\u00e9e sous le sceau de l&rsquo;assimilation constitue un puissant moteur d&rsquo;inspiration et d&rsquo;apprentissage vicariant, la m\u00eame comparaison v\u00e9cue dans un mode de contraste rigide engendre de la d\u00e9tresse, du ressentiment et une d\u00e9pr\u00e9ciation de soi.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;hyperconnectivit\u00e9 et de la mise en sc\u00e8ne algorithmique permanente des r\u00e9ussites d&rsquo;autrui sur les plateformes num\u00e9riques, la capacit\u00e9 m\u00e9tacognitive \u00e0 prendre conscience de ses propres automatismes comparatifs, \u00e0 d\u00e9samorcer les contrastes toxiques et \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;\u00e9valuation temporelle intra-individuelle repr\u00e9sente l&rsquo;une des comp\u00e9tences psychologiques les plus d\u00e9cisives pour pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique moderne.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bandura, A. (1997). <em>Self-efficacy: The exercise of control<\/em>. W. H. Freeman.<\/li>\n<li>Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. <em>Human Relations<\/em>, 7(2), 117\u2013140. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872675400700202\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872675400700202<\/a><\/li>\n<li>Gibbons, F. X., &amp; Buunk, B. P. (1999). Individual differences in social comparison: Development of a scale of social comparison orientation. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 76(1), 129\u2013142. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.76.1.129\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.76.1.129<\/a><\/li>\n<li>Mussweiler, T. (2003). Comparison processes in social judgment: A selective accessibility model. <em>Psychological Review<\/em>, 110(3), 472\u2013489. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.110.3.472\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.110.3.472<\/a><\/li>\n<li>Tesser, A. (1988). Toward a self-evaluation maintenance model of social behavior. Dans L. Berkowitz (\u00c9d.), <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em> (Vol. 21, pp. 181\u2013227). Academic Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60227-0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60227-0<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le processus de comparaison est le m\u00e9canisme cognitif et social par lequel un individu confronte ses attributs, aptitudes et opinions \u00e0 des points de r\u00e9f\u00e9rence externes ou internes, guidant ainsi son auto-\u00e9valuation, ses \u00e9motions et ses comportements.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,154,1472],"tags":[478,1222,1687,40902,881,40901,220],"class_list":["post-24125","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-sociale","category-sciences-du-comportement","tag-auto-evaluation","tag-cognition-sociale","tag-comparaison-sociale","tag-contraste-et-assimilation","tag-estime-de-soi","tag-festinger","tag-psychologie-sociale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24125\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}