{"id":24040,"date":"2026-11-01T05:15:58","date_gmt":"2026-11-01T05:15:58","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=lois-soins-sans-consentement"},"modified":"2026-11-01T05:15:58","modified_gmt":"2026-11-01T05:15:58","slug":"lois-soins-sans-consentement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=lois-soins-sans-consentement","title":{"rendered":"Soins sans consentement : \u00c9thique et contrainte l\u00e9gale"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement complexe de la psychiatrie clinique, de la jurisprudence et de l&rsquo;\u00e9thique m\u00e9dicale, les lois r\u00e9gissant l&rsquo;hospitalisation et les soins sans consentement constituent l&rsquo;un des dispositifs les plus d\u00e9battus des d\u00e9mocraties contemporaines. Ces cadres normatifs autorisent la privation de libert\u00e9 d&rsquo;individus atteints de troubles mentaux s\u00e9v\u00e8res au nom de leur propre protection ou de celle de la soci\u00e9t\u00e9, mettant en tension constante les principes d&rsquo;autonomie individuelle et les imp\u00e9ratifs de bienfaisance et de s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<h2>Lois sur les soins et l&rsquo;hospitalisation sans consentement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les lois sur l&rsquo;hospitalisation sans consentement (d\u00e9sign\u00e9es dans le monde anglo-saxon sous le terme de <em>civil commitment laws<\/em>) repr\u00e9sentent l&rsquo;ensemble des dispositions l\u00e9gislatives et r\u00e9glementaires qui encadrent l&rsquo;admission, le traitement et la r\u00e9tention involontaires d&rsquo;une personne au sein d&rsquo;une structure de soins psychiatriques. Cette mesure d&rsquo;exception d\u00e9roge au principe fondamental du consentement libre et \u00e9clair\u00e9 aux soins m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Sur le plan juridique et clinique, ces textes d\u00e9finissent pr\u00e9cis\u00e9ment les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation, les seuils de dangerosit\u00e9 ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9, ainsi que les voies de recours judiciaires ouvertes aux personnes concern\u00e9es. L&rsquo;objectif officiel de ces dispositifs est double : prodiguer des soins indispensables \u00e0 un individu dont le discernement est gravement alt\u00e9r\u00e9 par une d\u00e9compensation psychiatrique, tout en pr\u00e9venant les risques imminents d&rsquo;auto-agression ou d&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-agression.<\/p>\n<p>Dans les faits, ces lois articulent une balance d\u00e9licate entre la fonction r\u00e9galienne de maintien de l&rsquo;ordre public et la responsabilit\u00e9 d\u00e9ontologique de protection des personnes vuln\u00e9rables. Elles s&rsquo;appliquent tant en milieu intrahospitalier ferm\u00e9 que, de plus en plus fr\u00e9quemment, sous la forme de programmes de soins ambulatoires contraints.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression anglo-saxonne <em>civil commitment<\/em> d\u00e9rive du verbe latin <em>committere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>cum<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et du verbe <em>mittere<\/em> (\u00ab envoyer \u00bb, \u00ab confier \u00bb). Historiquement, <em>committere<\/em> d\u00e9signait l&rsquo;action de confier une charge, une mission ou une personne \u00e0 la garde d&rsquo;une autorit\u00e9 tut\u00e9laire. Dans la tradition de la common law, le terme s&rsquo;est progressivement sp\u00e9cialis\u00e9 pour d\u00e9signer l&rsquo;ordonnance judiciaire confiant un individu aux soins d&rsquo;une institution asilaire ou p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;\u00e9volution terminologique refl\u00e8te les mutations de la perception sociopolitique de la folie. Au XIXe si\u00e8cle, les textes parlaient ouvertement d&rsquo;\u00ab internement \u00bb ou de \u00ab placement d&rsquo;office \u00bb, termes empreints d&rsquo;une connotation spatiale, coercitive et s\u00e9curitaire. La loi historique du 30 juin 1838 consacrait ainsi le statut de l&rsquo;\u00ab ali\u00e9n\u00e9 \u00bb et organisait son exclusion bienfaisante mais absolue.<\/p>\n<p>Au cours des r\u00e9formes contemporaines, notamment la loi fran\u00e7aise du 27 juin 1990 puis celle du 5 juillet 2011, la s\u00e9mantique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment modifi\u00e9e pour substituer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;enfermement celle de soin. Les formules \u00ab hospitalisation d&rsquo;office \u00bb (HO) et \u00ab hospitalisation sur demande d&rsquo;un tiers \u00bb (HDT) ont ainsi c\u00e9d\u00e9 la place aux concepts de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Soins_psychiatriques_sans_consentement_en_France\">soins psychiatriques sans consentement<\/a>, d\u00e9clin\u00e9s en \u00ab soins \u00e0 la demande d&rsquo;un tiers \u00bb (SDT), \u00ab soins pour p\u00e9ril imminent \u00bb (SPI) ou \u00ab soins sur d\u00e9cision du repr\u00e9sentant de l&rsquo;\u00c9tat \u00bb (SDRE).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression rel\u00e8ve de la cat\u00e9gorie nominale f\u00e9minine plurielle : \u00ab les lois sur les soins sans consentement \u00bb (prononciation phon\u00e9tique internationale : \/lwa sy\u0281 le sw\u025b\u0303 s\u0251\u0303 k\u0254\u0303.s\u0251\u0303t.m\u0251\u0303\/). Dans l&rsquo;usage acad\u00e9mique et juridique, on rencontre \u00e9galement les locutions synonymes \u00ab l\u00e9gislation sur l&rsquo;internement civil \u00bb, \u00ab r\u00e9gimes de soins sous contrainte \u00bb ou \u00ab hospitalisation psychiatrique involontaire \u00bb.<\/p>\n<p>En contexte francophone international, les abr\u00e9viations institutionnelles sont fr\u00e9quentes. En France, l&rsquo;acronyme g\u00e9n\u00e9rique SPSSC (Soins Psychiatriques Sans Consentement) est couramment employ\u00e9 dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. Au Qu\u00e9bec, on parle r\u00e9guli\u00e8rement de \u00ab garde en \u00e9tablissement \u00bb r\u00e9gie par la Loi sur la protection des personnes dont l&rsquo;\u00e9tat mental pr\u00e9sente un danger pour elles-m\u00eames ou pour autrui.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la notion s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment de d\u00e9termination (ex. : \u00ab l&rsquo;application des lois sur les soins sans consentement \u00bb) ou comme sujet passif dans les analyses sociologiques et juridiques (ex. : \u00ab la contrainte l\u00e9gale est subordonn\u00e9e au contr\u00f4le du juge \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La doctrine fondant la coercition m\u00e9dicale en sant\u00e9 mentale repose sur une tension philosophique majeure entre le respect absolu de l&rsquo;autonomie du sujet et l&rsquo;obligation d&rsquo;assistance \u00e0 personne en p\u00e9ril. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le droit moderne consacre l&rsquo;inviolabilit\u00e9 du corps humain et l&rsquo;exigence d&rsquo;un consentement \u00e9clair\u00e9 avant toute intervention m\u00e9dicale. Les lois d&rsquo;hospitalisation sans consentement constituent l&rsquo;exception la plus formelle et la plus radicale \u00e0 ce principe tut\u00e9laire.<\/p>\n<p>Pour l\u00e9gitimer une telle d\u00e9rogation, le droit s&rsquo;appuie traditionnellement sur deux piliers conceptuels distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le pouvoir de police de l&rsquo;\u00c9tat (Police Power) :<\/strong> Il autorise la puissance publique \u00e0 restreindre les libert\u00e9s individuelles pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 collective et neutraliser un risque grave pour autrui \u00e9manant d&rsquo;une personne dont le discernement est oblit\u00e9r\u00e9 par une pathologie mentale aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>La doctrine du <em>parens patriae<\/em> :<\/strong> Cette maxime juridique m\u00e9di\u00e9vale stipule que l&rsquo;\u00c9tat agit en tant que protecteur supr\u00eame et tuteur bienveillant des citoyens incapables de subvenir \u00e0 leurs besoins vitaux ou de juger sainement de ce qui est b\u00e9n\u00e9fique pour leur propre existence.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;application concr\u00e8te de ces concepts exige que plusieurs conditions cumulatives soient satisfaites. Premi\u00e8rement, la personne doit pr\u00e9senter un trouble mental diagnostiqu\u00e9 selon les classifications nosographiques en vigueur. Deuxi\u00e8mement, ce trouble doit entra\u00eener une alt\u00e9ration majeure du jugement, privant l&rsquo;individu de la capacit\u00e9 de consentir de mani\u00e8re libre et \u00e9clair\u00e9e aux soins requis. Troisi\u00e8mement, il doit exister un lien de causalit\u00e9 direct entre la pathologie mentale et un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 critique ou de dangerosit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Le champ d&rsquo;application de ces lois s&rsquo;est substantiellement \u00e9largi au tournant du XXIe si\u00e8cle. Alors que la contrainte \u00e9tait traditionnellement r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;enceinte asilaire, de nombreuses juridictions ont instaur\u00e9 des m\u00e9canismes d&rsquo;obligation de soins en milieu ouvert, appel\u00e9s <em>Assisted Outpatient Treatment<\/em> (AOT) ou ordonnances de traitement communautaire. Ces mesures permettent d&rsquo;imposer un suivi psychiatrique ambulatoire strict et une observance pharmacologique sous peine de r\u00e9admission hospitali\u00e8re imm\u00e9diate.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la r\u00e9gulation l\u00e9gale de l&rsquo;ali\u00e9nation mentale traduit le passage d&rsquo;une gestion purement polici\u00e8re de l&rsquo;ordre public vers une m\u00e9dicalisation progressive, puis vers un contr\u00f4le juridictionnel rigoureux ax\u00e9 sur la d\u00e9fense des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Droits_de_l%27homme\">droits de l&rsquo;homme<\/a>. Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, l&rsquo;enfermement des personnes d\u00e9mentes relevait principalement du cadre domestique ou de d\u00e9cisions seigneuriales et eccl\u00e9siastiques disparates, souvent guid\u00e9es par la crainte du scandale public ou de la possession d\u00e9moniaque.<\/p>\n<p>Le grand tournant institutionnel survient au XIXe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;ali\u00e9nisme naissant, incarn\u00e9 par Philippe Pinel et Jean-\u00c9tienne Esquirol. En France, la loi du 30 juin 1838 structure de mani\u00e8re pionni\u00e8re l&rsquo;obligation d&rsquo;asile dans chaque d\u00e9partement et codifie deux modes de placement : le placement volontaire (en r\u00e9alit\u00e9 demand\u00e9 par la famille) et le placement d&rsquo;office (ordonn\u00e9 par le pr\u00e9fet). Ce mod\u00e8le asilaire, fond\u00e9 sur la conviction qu&rsquo;isoler l&rsquo;ali\u00e9n\u00e9 du milieu pathog\u00e8ne \u00e9tait la condition pr\u00e9alable de sa gu\u00e9rison, a inspir\u00e9 la plupart des l\u00e9gislations occidentales de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Le milieu du XXe si\u00e8cle marque une rupture profonde. Les abus flagrants des r\u00e9gimes totalitaires \u2014 notamment l&rsquo;extermination des malades mentaux sous le r\u00e9gime nazi et l&rsquo;internement politique des dissidents en Union sovi\u00e9tique \u2014 alertent l&rsquo;opinion internationale sur les d\u00e9rives potentielles de la psychiatrie coercitive. Parall\u00e8lement, l&rsquo;av\u00e8nement des premiers neuroleptiques dans les ann\u00e9es 1950 autorise le contr\u00f4le symptomatique en milieu ouvert et ouvre la voie au grand mouvement de d\u00e9sinstitutionnalisation.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, des arr\u00eats jurisprudentiels retentissants de la Cour supr\u00eame durant les ann\u00e9es 1970 red\u00e9finissent drastiquement les contours l\u00e9gaux de la contrainte. L&rsquo;arr\u00eat <em>O&rsquo;Connor v. Donaldson<\/em> (1975) \u00e9tablit sans ambigu\u00eft\u00e9 qu&rsquo;un \u00c9tat ne peut confiner sans traitement un individu non dangereux capable de survivre de mani\u00e8re autonome en soci\u00e9t\u00e9. De m\u00eame, l&rsquo;affaire <em>Addington v. Texas<\/em> (1979) \u00e9l\u00e8ve le fardeau de la preuve exig\u00e9 lors des audiences d&rsquo;internement au standard de \u00ab preuve claire et convaincante \u00bb.<\/p>\n<p>En Europe, l&rsquo;influence grandissante de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cour_europ%C3%A9enne_des_droits_de_l%27homme\">Cour europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme<\/a> (notamment via l&rsquo;application de l&rsquo;article 5 de la Convention europ\u00e9enne prot\u00e9geant la libert\u00e9 et la s\u00fbret\u00e9) a contraint les \u00c9tats \u00e0 judiciariser leurs proc\u00e9dures. En France, la d\u00e9cision historique du Conseil constitutionnel du 26 novembre 2010 a censur\u00e9 l&rsquo;ancien r\u00e9gime d&rsquo;hospitalisation d&rsquo;office, imposant l&rsquo;intervention syst\u00e9matique d&rsquo;un magistrat judiciaire \u2014 le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention (JLD) \u2014 pour contr\u00f4ler la l\u00e9galit\u00e9 et le bien-fond\u00e9 de toute mesure d&rsquo;isolement ou d&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te involontaire au-del\u00e0 de douze jours.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des lois d&rsquo;hospitalisation sans consentement mobilise plusieurs cadres th\u00e9oriques issus du droit, de la philosophie politique et de la sociologie de la d\u00e9viance. Au premier rang de ceux-ci figure la th\u00e9orie de la <em>Therapeutic Jurisprudence<\/em> (jurisprudence th\u00e9rapeutique), initi\u00e9e par David Wexler et Bruce Winick \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Ce courant postule que les r\u00e8gles de droit, les proc\u00e9dures l\u00e9gales et les comportements des acteurs judiciaires constituent des forces sociales qui produisent in\u00e9vitablement des cons\u00e9quences th\u00e9rapeutiques ou anti-th\u00e9rapeutiques sur les justiciables.<\/p>\n<p>Selon les th\u00e9oriciens de la jurisprudence th\u00e9rapeutique, une audience d&rsquo;internement civil ne doit pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple rituel accusatoire ou administratif. Si la personne en souffrance per\u00e7oit que son point de vue est v\u00e9ritablement \u00e9cout\u00e9 par le magistrat et que les d\u00e9cisions sont prises avec empathie et \u00e9quit\u00e9, le processus l\u00e9gal lui-m\u00eame peut favoriser la prise de conscience morbide et restaurer l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. \u00c0 l&rsquo;inverse, une proc\u00e9dure per\u00e7ue comme arbitraire et d\u00e9shumanisante g\u00e9n\u00e8re un traumatisme durable et majore la d\u00e9fiance envers le syst\u00e8me de sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Sur le versant sociologique, l&rsquo;approche critique de Michel Foucault et les travaux de Thomas Szasz envisagent les lois de contrainte comme des instruments de contr\u00f4le social et de normalisation des comportements d\u00e9viants. Dans cette optique, l&rsquo;\u00e9tiquetage psychopathologique sert d&rsquo;alibi m\u00e9dical pour neutraliser des conduites qui menacent l&rsquo;ordre bourgeois ou l&rsquo;harmonie communautaire sans pour autant violer explicitement le code p\u00e9nal.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de la <em>Justice proc\u00e9durale<\/em> de Tom Tyler \u00e9claire l&rsquo;impact subjectif des cadres l\u00e9gislatifs. Les recherches empiriques d\u00e9montrent que le sentiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 avec dignit\u00e9, respect et impartialit\u00e9 conditionne l&rsquo;adh\u00e9sion ult\u00e9rieure aux recommandations m\u00e9dicales bien plus que l&rsquo;issue favorable ou d\u00e9favorable de la d\u00e9cision juridique elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Les cadres juridiques contemporains organisent l&rsquo;intervention coercitive selon des axes pr\u00e9cis, articulant motifs d\u00e9clencheurs, niveaux d&rsquo;urgence et modalit\u00e9s d&rsquo;ex\u00e9cution :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les fondements d&rsquo;intervention :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Le motif s\u00e9curitaire (dangerosit\u00e9 pour autrui) :<\/em> D\u00e9clench\u00e9 par la commission d&rsquo;actes violents ou la formulation de menaces caract\u00e9ris\u00e9es d\u00e9coulant directement d&rsquo;une d\u00e9sorganisation psychotique, d&rsquo;un d\u00e9lire de pers\u00e9cution ou d&rsquo;un \u00e9tat maniaque aigu.<\/li>\n<li><em>Le motif de protection personnelle (danger pour soi-m\u00eame) :<\/em> Motiv\u00e9 par un risque suicidaire imminent, des comportements auto-mutilatoires graves ou une n\u00e9gligence vitale s\u00e9v\u00e8re (incurie extr\u00eame, d\u00e9nutrition).<\/li>\n<li><em>Le crit\u00e8re d&rsquo;incapacit\u00e9 ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9 :<\/em> Fond\u00e9 sur l&rsquo;impossibilit\u00e9 manifeste pour l&rsquo;individu d&rsquo;appr\u00e9cier son besoin th\u00e9rapeutique ou de donner un consentement valide en raison de l&rsquo;intensit\u00e9 de ses troubles.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les typologies proc\u00e9durales selon le mode de saisine :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;admission \u00e0 la demande d&rsquo;un tiers (familiale ou relationnelle) :<\/em> N\u00e9cessite l&rsquo;intervention d&rsquo;un membre de l&rsquo;entourage attestant de la d\u00e9gradation de l&rsquo;\u00e9tat du patient, accompagn\u00e9e de certificats m\u00e9dicaux circonstanci\u00e9s r\u00e9dig\u00e9s par des praticiens n&rsquo;exer\u00e7ant pas dans l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;accueil.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;admission en cas de p\u00e9ril imminent :<\/em> Proc\u00e9dure d\u00e9rogatoire d&rsquo;urgence mise en \u0153uvre lorsqu&rsquo;aucun proche n&rsquo;est identifiable et qu&rsquo;un risque vital imm\u00e9diat impose une prise en charge sans d\u00e9lai.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;admission par d\u00e9cision de l&rsquo;autorit\u00e9 publique (pr\u00e9fet ou maire) :<\/em> Ordonn\u00e9e lorsque les troubles mentaux compromettent manifestement la s\u00fbret\u00e9 des personnes ou portent une atteinte grave \u00e0 l&rsquo;ordre public.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les dimensions spatiales et techniques de la contrainte :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;hospitalisation compl\u00e8te :<\/em> Confinement continu en milieu hospitalier s\u00e9curis\u00e9, avec restriction totale de la libert\u00e9 d&rsquo;aller et venir.<\/li>\n<li><em>Les programmes de soins ambulatoires :<\/em> Obligation l\u00e9gale de se soumettre \u00e0 des consultations r\u00e9guli\u00e8res, \u00e0 des soins infirmiers \u00e0 domicile ou \u00e0 des prises m\u00e9dicamenteuses supervis\u00e9es tout en r\u00e9sidant chez soi.<\/li>\n<li><em>Les mesures de dernier recours intrahospitali\u00e8res :<\/em> L&rsquo;isolement th\u00e9rapeutique en chambre s\u00e9curis\u00e9e et la contention m\u00e9canique, encadr\u00e9es par des registres stricts et des dur\u00e9es maximales l\u00e9gales.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;application clinique de ces lois s&rsquo;illustre particuli\u00e8rement dans des contextes d&rsquo;urgence psychiatrique o\u00f9 le pronostic vital ou la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;autrui est engag\u00e9 \u00e0 court terme.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : \u00c9pisode maniaque s\u00e9v\u00e8re avec risque financier et comportemental majeur.<\/strong><br \/>Monsieur A., 38 ans, souffrant d&rsquo;un trouble bipolaire de type I en rupture th\u00e9rapeutique depuis trois mois, est intercept\u00e9 par les services de secours alors qu&rsquo;il distribue l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses \u00e9conomies aux passants sur la voie publique, convaincu d&rsquo;\u00eatre investi d&rsquo;une mission mystique divine. Pr\u00e9sentant une logorrh\u00e9e incoh\u00e9rente, une absence totale de sommeil et une d\u00e9sinhibition agressive envers quiconque contredit ses projets, il refuse cat\u00e9goriquement tout examen m\u00e9dical. Face \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;obtenir un consentement \u00e9clair\u00e9 et devant le risque de ruine financi\u00e8re et de mise en danger physique imm\u00e9diate, son \u00e9pouse sollicite une admission en soins psychiatriques \u00e0 la demande d&rsquo;un tiers en urgence. L&rsquo;encadrement l\u00e9gal permet son hospitalisation prot\u00e9g\u00e9e, l&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement thymor\u00e9gulateur et une r\u00e9\u00e9valuation continue de son \u00e9tat sous le contr\u00f4le du juge.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Schizophr\u00e9nie parano\u00efde et pers\u00e9cution d\u00e9lirante sans tiers disponible.<\/strong><br \/>Madame B., 29 ans, vit isol\u00e9e et souffre d&rsquo;un d\u00e9lire parano\u00efde structur\u00e9 dirig\u00e9 contre ses voisins de palier, qu&rsquo;elle accuse d&rsquo;\u00e9mettre des ondes toxiques \u00e0 travers les cloisons. Elle barricade sa porte, coupe l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et l&rsquo;eau courante de son domicile et cesse de s&rsquo;alimenter depuis plus de dix jours par crainte d&#8217;empoisonnement. Alert\u00e9s par l&rsquo;odeur et le silence, les services sociaux p\u00e9n\u00e8trent dans les lieux avec la force publique et d\u00e9couvrent la patiente dans un \u00e9tat de d\u00e9shydratation s\u00e9v\u00e8re et de prostration hallucinatoire. En l&rsquo;absence de tout tiers familial joignable, le m\u00e9decin r\u00e9gulateur active la proc\u00e9dure de soins pour p\u00e9ril imminent. Cette disposition l\u00e9gislative permet de stabiliser son \u00e9tat somatique et psychiatrique en milieu hospitalier ferm\u00e9 sans attendre l&rsquo;autorisation formelle d&rsquo;un tuteur l\u00e9gal.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et crit\u00e8res juridiques<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre des lois de soins sans consentement ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une simple intuition clinique ; elle s&rsquo;appuie sur une d\u00e9marche diagnostique et \u00e9valuative rigoureuse, soumise \u00e0 des crit\u00e8res m\u00e9dico-l\u00e9gaux stricts. Le psychiatre \u00e9valuateur doit documenter avec pr\u00e9cision l&rsquo;existence d&rsquo;une pathologie mentale caract\u00e9ris\u00e9e selon les crit\u00e8res diagnostiques du DSM-5-TR ou de la CIM-11 (par exemple un trouble psychotique aigu, une d\u00e9pression majeure avec caract\u00e9ristiques m\u00e9lancoliques, ou un \u00e9tat de d\u00e9mence avanc\u00e9e accompagn\u00e9 de troubles majeurs du comportement).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique et psychiatrique se concentre particuli\u00e8rement sur trois dimensions fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;anosognosie et la perte de discernement :<\/strong> L&rsquo;incapacit\u00e9 neurologique ou psychodynamique du patient \u00e0 reconna\u00eetre la pr\u00e9sence de sa maladie mentale et \u00e0 comprendre les cons\u00e9quences concr\u00e8tes de l&rsquo;absence de traitement. Des outils cliniques comme la <em>Scale to Assess Unawareness of Mental Disorder<\/em> (SUMD) permettent d&rsquo;objectiver ce d\u00e9ficit de conscience morbide.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation actuarielle et structur\u00e9e du risque de violence :<\/strong> L&rsquo;appr\u00e9ciation de la dangerosit\u00e9 pour autrui requiert l&rsquo;utilisation d&rsquo;instruments cliniques valid\u00e9s tels que la grille HCR-20 (<em>Historical, Clinical, Risk Management-20<\/em>). Ces \u00e9chelles \u00e9vitent les jugements purement subjectifs en combinant des facteurs historiques immuables (ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;actes violents), des facteurs cliniques actuels (id\u00e9es de pers\u00e9cution actives, impulsivit\u00e9, abus de substances psychoactives) et des facteurs environnementaux de gestion du risque.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation du risque d&rsquo;auto-agression et de suicide :<\/strong> L&rsquo;utilisation d&rsquo;outils comme l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation du risque suicidaire de Columbia (C-SSRS) permet de mesurer l&rsquo;imminence du passage \u00e0 l&rsquo;acte, la l\u00e9talit\u00e9 des moyens envisag\u00e9s et l&rsquo;absence d&rsquo;ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 capable de faire frein \u00e0 l&rsquo;impulsion auto-destructrice.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan proc\u00e9dural, la validit\u00e9 des soins contraints repose sur une obligation formelle de coll\u00e9gialit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9valuations m\u00e9dicales it\u00e9ratives. En France, par exemple, la loi prescrit un examen somatique complet dans les premi\u00e8res 24 heures suivant l&rsquo;admission, compl\u00e9t\u00e9 par deux certificats m\u00e9dicaux d&rsquo;\u00e9valuation r\u00e9dig\u00e9s respectivement \u00e0 24 heures et 72 heures par des praticiens distincts, dont au moins un n&rsquo;ayant pas sign\u00e9 le certificat initial d&rsquo;admission.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;hospitalisation d&rsquo;urgence en service ferm\u00e9, la l\u00e9gislation sur la contrainte s&rsquo;applique \u00e0 un spectre \u00e9tendu de situations institutionnelles et communautaires. L&rsquo;un des d\u00e9veloppements les plus significatifs des derni\u00e8res d\u00e9cennies concerne les ordonnances de soins ambulatoires contraignants, connues aux \u00c9tats-Unis sous le nom de \u00ab Kendra&rsquo;s Law \u00bb dans l&rsquo;\u00c9tat de New York ou de \u00ab Laura&rsquo;s Law \u00bb en Californie.<\/p>\n<p>Ces programmes ciblent sp\u00e9cifiquement les patients atteints de troubles mentaux chroniques graves caract\u00e9ris\u00e9s par le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab porte tournante \u00bb (<em>revolving-door syndrome<\/em>). Ce syndrome d\u00e9signe la trajectoire cyclique d&rsquo;individus qui d\u00e9compensent, sont hospitalis\u00e9s sous contrainte, se stabilisent temporairement, sortent sans suivi rigoureux, interrompent leurs prises m\u00e9dicamenteuses, et sont de nouveau r\u00e9admis dans un \u00e9tat clinique critique quelques semaines plus tard. Le programme de soins ambulatoires permet de judiciariser le suivi externe : l&rsquo;\u00e9quipe soignante assure des visites r\u00e9guli\u00e8res et peut solliciter une r\u00e9hospitalisation imm\u00e9diate d\u00e8s l&rsquo;apparition des premiers signaux avant-coureurs de rechute.<\/p>\n<p>Dans le domaine p\u00e9nitentiaire et criminel, les lois d&rsquo;internement s&rsquo;articulent avec le principe de non-responsabilit\u00e9 p\u00e9nale en raison d&rsquo;un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli le discernement au moment des faits (article 122-1 du Code p\u00e9nal en France, r\u00e8gles de <em>M&rsquo;Naghten<\/em> dans les juridictions anglo-saxonnes). Les personnes d\u00e9clar\u00e9es irresponsables p\u00e9nalement sont alors orient\u00e9es vers des unit\u00e9s hospitali\u00e8res sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9es (UHSA) ou des unit\u00e9s pour malades difficiles (UMD), o\u00f9 le r\u00e9gime de soins sans consentement s&rsquo;ex\u00e9cute sous un contr\u00f4le m\u00e9dico-judiciaire particuli\u00e8rement renforc\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale consacre des efforts consid\u00e9rables \u00e0 \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique, la pertinence \u00e9thique et l&rsquo;impact \u00e0 long terme des r\u00e9gimes de soins sans consentement. L&rsquo;une des \u00e9tudes les plus vastes men\u00e9es sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des soins ambulatoires sous contrainte est l&rsquo;essai clinique randomis\u00e9 OCTET (<em>Oxford Community Treatment Order Evaluation Trial<\/em>), dirig\u00e9 par Tom Burns et ses coll\u00e8gues, publi\u00e9 dans <em>The Lancet<\/em> en 2013. Cette recherche a \u00e9valu\u00e9 plus de 300 patients au Royaume-Uni et a conclu, de fa\u00e7on contre-intuitive, que l&rsquo;imposition l\u00e9gale d&rsquo;un traitement en milieu ambulatoire ne r\u00e9duisait pas significativement le taux de r\u00e9hospitalisation \u00e0 douze mois par rapport \u00e0 un suivi intensif d\u00e9livr\u00e9 sur une base strictement volontaire.<\/p>\n<p>Toutefois, d&rsquo;autres donn\u00e9es issues d&rsquo;\u00e9tudes observationnelles longitudinales conduites \u00e0 New York sur l&rsquo;application de la <em>Kendra&rsquo;s Law<\/em> sugg\u00e8rent des b\u00e9n\u00e9fices tangibles. Les analyses men\u00e9es par Jeffrey Swanson et Marvin Swartz ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les patients int\u00e9gr\u00e9s dans des programmes de soins ambulatoires assist\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;une baisse substantielle des taux d&rsquo;incarc\u00e9ration, d&rsquo;une diminution des passages \u00e0 l&rsquo;acte h\u00e9t\u00e9ro-agressifs et d&rsquo;une am\u00e9lioration globale de leur qualit\u00e9 de vie, \u00e0 la condition expresse que ces mesures judiciaires soient adoss\u00e9es \u00e0 un renforcement massif des ressources soignantes sur le terrain.<\/p>\n<p>Concernant l&rsquo;hospitalisation ferm\u00e9e, les \u00e9tudes qualitatives et quantitatives mettent en \u00e9vidence l&rsquo;ambivalence v\u00e9cue par les usagers. Les m\u00e9ta-analyses consacr\u00e9es au v\u00e9cu r\u00e9trospectif de la contrainte indiquent qu&rsquo;entre 40 % et 60 % des patients estiment <em>a posteriori<\/em> que leur hospitalisation involontaire \u00e9tait n\u00e9cessaire et leur a sauv\u00e9 la vie. N\u00e9anmoins, une proportion non n\u00e9gligeable de patients rapporte un sentiment d&rsquo;humiliation profond, une rupture de la confiance envers la profession m\u00e9dicale, et des sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques du trouble de stress post-traumatique directement induits par les mesures coercitives d&rsquo;isolement ou de contention physique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et internationales<\/h3>\n<p>Les seuils de tol\u00e9rance et les cadres l\u00e9gislatifs entourant la coercition psychiatrique varient de mani\u00e8re spectaculaire d&rsquo;une r\u00e9gion du monde \u00e0 l&rsquo;autre, refl\u00e9tant des conceptions profond\u00e9ment diff\u00e9rentes du r\u00f4le de l&rsquo;individu, de la cellule familiale et de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes, la protection des libert\u00e9s fondamentales et le respect de la volont\u00e9 du patient occupent le sommet de la hi\u00e9rarchie normative. Ces principes ont trouv\u00e9 leur cons\u00e9cration internationale dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Convention_relative_aux_droits_des_personnes_handicap%C3%A9es\">Convention relative aux droits des personnes handicap\u00e9es<\/a> (CDPH) adopt\u00e9e par l&rsquo;Organisation des Nations Unies en 2006. Le Comit\u00e9 des droits des personnes handicap\u00e9es de l&rsquo;ONU interpr\u00e8te l&rsquo;article 14 de cette convention comme une interdiction absolue de toute privation de libert\u00e9 motiv\u00e9e par l&rsquo;existence d&rsquo;une d\u00e9ficience physique ou mentale, exigeant l&rsquo;abolition pure et simple de l&rsquo;hospitalisation sans consentement.<\/p>\n<p>Cette posture abolitionniste radicale de l&rsquo;ONU suscite d&rsquo;intenses d\u00e9bats au sein de l&rsquo;Association mondiale de psychiatrie (WPA), de nombreux cliniciens arguant que priver les malades s\u00e9v\u00e8rement psychotiques d&rsquo;un acc\u00e8s aux soins d&rsquo;urgence au nom d&rsquo;un droit abstrait \u00e0 la libert\u00e9 constitue une forme d&rsquo;abandon et de non-assistance soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique ou du Moyen-Orient, o\u00f9 la structure communautaire et familiale pr\u00e9domine sur l&rsquo;individualisme lib\u00e9ral, la l\u00e9gislation accorde traditionnellement une autorit\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 la famille dans les d\u00e9cisions d&rsquo;admission et de traitement. En Chine, la loi sur la sant\u00e9 mentale de 2012 a constitu\u00e9 une \u00e9tape historique en tentant de restreindre le pouvoir unilat\u00e9ral des familles d&rsquo;interner leurs proches, exigeant pour la premi\u00e8re fois la constatation m\u00e9dicale d&rsquo;un comportement dangereux av\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Les critiques formul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encontre des lois d&rsquo;hospitalisation sans consentement \u00e9manent de multiples fronts, incluant des juristes, des collectifs d&rsquo;usagers, des sociologues et des psychiatres eux-m\u00eames.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La critique antiautoritaire et le mouvement des usagers :<\/strong> Les mouvements de survivants de la psychiatrie et les collectifs d&rsquo;anciens patients d\u00e9noncent la violence inh\u00e9rente aux mesures de contrainte. Ils soutiennent que l&rsquo;administration forc\u00e9e de psychotropes et l&rsquo;enfermement dans des chambres d&rsquo;isolement portent atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 corporelle et violent les droits constitutionnels \u00e9l\u00e9mentaires.<\/li>\n<li><strong>Le risque d&rsquo;asym\u00e9trie proc\u00e9durale :<\/strong> Bien que les lois modernes garantissent la pr\u00e9sence d&rsquo;un avocat et la tenue d&rsquo;audiences devant un magistrat judiciaire, de nombreux observateurs critiquent le caract\u00e8re formel, voire routinier, de ces audiences. Dans la majorit\u00e9 des cas, les juges s&rsquo;en remettent quasi syst\u00e9matiquement \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 des avis m\u00e9dicaux fournis par les h\u00f4pitaux, transformant le contr\u00f4le juridique en une simple chambre d&rsquo;enregistrement.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;arbitraire et la disparit\u00e9 territoriale :<\/strong> De nombreuses enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques r\u00e9v\u00e8lent des variations inexpliqu\u00e9es des taux de recours aux soins sans consentement d&rsquo;un d\u00e9partement, d&rsquo;une r\u00e9gion ou d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre. Ces disparit\u00e9s g\u00e9ographiques sugg\u00e8rent que la d\u00e9cision d&rsquo;internement d\u00e9pend souvent moins de la gravit\u00e9 intrins\u00e8que des sympt\u00f4mes cliniques que de la saturation des lits hospitaliers, de la culture d&rsquo;\u00e9quipe des soignants ou de la raret\u00e9 des alternatives ambulatoires disponibles.<\/li>\n<li><strong>Les biais syst\u00e9miques et discriminatoires :<\/strong> Des recherches concordantes aux \u00c9tats-Unis et en Europe indiquent que les personnes issues des minorit\u00e9s raciales ou des milieux socio-\u00e9conomiques d\u00e9favoris\u00e9s pr\u00e9sentent un risque statistiquement plus \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;\u00eatre soumises \u00e0 la contrainte psychiatrique, \u00e0 diagnostic \u00e9gal, traduisant l&rsquo;existence de biais implicites dans la perception de la dangerosit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;appr\u00e9hender avec exactitude la port\u00e9e des lois sur les soins sans consentement, il convient de les distinguer clairement d&rsquo;autres concepts juridiques et cliniques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Protection juridique des majeurs (Tutelle, Curatelle, Sauvegarde de justice) :<\/strong> Ces r\u00e9gimes de protection civile visent \u00e0 assister ou repr\u00e9senter une personne dont les facult\u00e9s cognitives sont alt\u00e9r\u00e9es dans la gestion de ses biens et actes de la vie civile. Contrairement aux soins sans consentement, ils ne conf\u00e8rent aucun pouvoir direct pour contraindre une personne \u00e0 subir un traitement m\u00e9dical ou une hospitalisation psychiatrique contre son gr\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Responsabilit\u00e9 p\u00e9nale et d\u00e9claration d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale concerne l&rsquo;imputabilit\u00e9 morale d&rsquo;une infraction commise par un individu en \u00e9tat de d\u00e9mence au moment de l&rsquo;acte. Les lois sur les soins sans consentement rel\u00e8vent du droit civil et administratif et s&rsquo;appliquent ind\u00e9pendamment de toute infraction p\u00e9nale.<\/li>\n<li><strong>Mesures de quarantaine et d&rsquo;isolement sanitaire g\u00e9n\u00e9ral :<\/strong> Ces dispositions, encadr\u00e9es par le droit de la sant\u00e9 publique en cas d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie (ex. tuberculose, COVID-19), contraignent la libert\u00e9 de d\u00e9placement pour pr\u00e9venir la contagion virale, alors que la contrainte psychiatrique repose exclusivement sur l&rsquo;\u00e9tat psychopathologique mental de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>Directives anticip\u00e9es en psychiatrie (Psychiatric Advance Directives) :<\/strong> Outils juridiques par lesquels un individu r\u00e9dige, en p\u00e9riode de r\u00e9mission stable, ses souhaits th\u00e9rapeutiques concernant les traitements qu&rsquo;il accepte ou refuse pour le cas o\u00f9 il traverserait une future d\u00e9compensation psychotique l&#8217;emp\u00eachant de s&rsquo;exprimer valablement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les lois sur l&rsquo;hospitalisation et les soins sans consentement forment un \u00e9chafaudage juridique indispensable mais fondamentalement paradoxal au sein de l&rsquo;\u00c9tat de droit. En suspendant temporairement le droit fondamental de disposer de sa personne, elles poursuivent une finalit\u00e9 humaniste et protectrice : apporter du soulagement et un traitement m\u00e9dical intensif \u00e0 des personnes priv\u00e9es temporairement de leur libre arbitre par une pathologie psychique d\u00e9vastatrice.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9server leur l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique, ces lois doivent demeurer strictement exceptionnelles, proportionn\u00e9es et transparentes. L&rsquo;\u00e9volution contemporaine des textes privil\u00e9gie une judiciarisation continue de la proc\u00e9dure, l&rsquo;acc\u00e8s syst\u00e9matique \u00e0 une d\u00e9fense juridique comp\u00e9tente, ainsi que la r\u00e9duction drastique des moyens de contention physique.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir de cette l\u00e9gislation s&rsquo;oriente vers le d\u00e9veloppement d&rsquo;alternatives novatrices, telles que la planification pr\u00e9alable des soins, le renforcement des r\u00e9seaux de crise communautaires et le partenariat direct avec les pairs-aidants, dans l&rsquo;optique de rendre le recours \u00e0 la force l\u00e9gale de plus en plus marginal dans le parcours de r\u00e9tablissement en sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li>Burns, T., Rugk\u00e5sa, J., Molodynski, A., Dawson, J., Yeeles, K., Vazquez-Montes, M., Voysey, M., Sinclair, J., &amp; Priebe, S. (2013). Community treatment orders for patients with psychosis (OCTET): A randomised controlled trial. <em>The Lancet<\/em>, 381(9878), 1627\u20131633. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60107-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60107-5<\/a><\/li>\n<li>Swanson, J. W., Swartz, M. S., Van Dorn, R. A., Elbogen, E. B., Wagner, H. R., Rosenheck, R. A., Stroup, T. S., McEvoy, J. P., &amp; Lieberman, J. A. (2007). A national study of violent behavior in persons with schizophrenia. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 64(5), 566\u2013576. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.64.5.566\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.64.5.566<\/a><\/li>\n<li>Tyler, T. R. (2006). <em>Why people obey the law<\/em>. Princeton University Press. <a href=\"https:\/\/press.princeton.edu\/books\/paperback\/9780691126739\/why-people-obey-the-law\">https:\/\/press.princeton.edu\/books\/paperback\/9780691126739\/why-people-obey-the-law<\/a><\/li>\n<li>Wexler, D. B., &amp; Winick, B. J. (Eds.). (1996). <em>Law in a therapeutic key: Developments in therapeutic jurisprudence<\/em>. Carolina Academic Press. <a href=\"https:\/\/cap-press.com\/books\/isbn\/9780890899045\/Law-in-a-Therapeutic-Key\">https:\/\/cap-press.com\/books\/isbn\/9780890899045\/Law-in-a-Therapeutic-Key<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie des lois r\u00e9gissant les soins et l&rsquo;hospitalisation psychiatrique sans consentement : principes juridiques, \u00e9thique clinique et controverses contemporaines.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[40751,3118,3],"tags":[22787,40752,33731,419,32074],"class_list":["post-24040","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-droit-et-psychiatrie","category-ethique-medicale","category-psychologie-clinique","tag-droits-des-patients","tag-hospitalisation-doffice","tag-psychiatrie-legale","tag-sante-mentale","tag-soins-sans-consentement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24040","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24040\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24040"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24040"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24040"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}